IS2 HISTOIRE D
conséquence de ce pouvoir très-étendu , Ra- !ci|;h envoya plusieurs expéditions sur les côtes de l'Amérique du Nord. Mlles devinrent ruineu- *cs pour le faiseur de projets , bien qu'avantageuses j)Our le pays, en ce qu'elles conduisirent â l i colonisation de la Virginie. En lo96(6févr.), il s'embarqua, mais son objet était de nature «iifférente : c'était la découverte du fabuleux nnpire de la Guiane, de ses incalculables richesses, et de la ville d'or de Manoa, appelée l»ar les aventuriers espagnols El Dorado. Il fut reçu à la Trinité par les Espagnols, comme à sou voyage en Virginie, et un commerce d'échanges cul lieu a l'amiable entre les étrangers et la garnison; mais Ralcigb , qui en cherchait l'occasion , surprit et massacra la garde, réduisit en cendres la ville de Saint-Joseph, et emmena Bcrco, le gouverneur, qui précédemment avait fait un établissement à la Guiane (1).
Ayant cet officier pour guide, et sans crainte désormais qu'aucun ennemi interceptât son retour, il fit voile hardiment pour l'embouchure de l'Orénoque, remonta cette rivière dansdes barques â quelques centaines de milles, I donnant à entendre aux indigènes qu'il était un ami et un prolecteur, venu à la recherche de quelques Espagnols, leurs ennemis communs. Il employa quatre semaines à prendre connaissance du pays et à communiquer avec les habitants; mais alors les eaux grossirent tout à coup , les barques ne purent résister à la rapidité du courant , et les aventuriers, obligés de s'y abandonner, furent , à travers mille périls, ramenés à leurs vaisseaux. Les découvertes qu'il avait faites excitèrent plus qu'elles ne satisfirent la curiosité de Baleigh. Il avait trop peu gagné pour s'indemniser de la dépense de son voyage , mais il en avait assez vu
(I) Il di*ait, pour justifier celle conduite : •D'abord , a'hi de venger un précèdent outrage (on disait que, dans
line première expédition ver» la Trinité, Bereo avait I
t.ni pi iMMiniernhuii Anglais mxi* les ordres du capitaine 1
WhiddoiO, et en coiikidératit aussi que je n'aurai* été |
qu'un âne, si, devant entrer dan» la Guiane avec des '
bateaux , et ni éloigner de quatre ou cinq cents mille* de j
uies vaisseaux , j'riuue laissé derrière moi une garubo!i ;
iutéres*éeà la même entreprise , et qui a'tendai jourui 1- •
leuiciU des renfort» de rhsparjue ; d'après cela, prenant !
le moment le plus avantageux , je tombai sur le corps •
de r,arde, itc. • l'«.ur ne pas passer pour un âne , il de- | vint ud meur trier
.NGLETRRRE.
pour ranimer son espoir, et l'engager à de nouvelles entreprises.
La relation qu'il publia après son retour prouve qu'il était passé raallre dans l'art de la forfanterie (l î; il peignit sous les plus séduisantes couleurs les richesses des indigènes, la fertilité du sol , et la salubrité du climat. Un grand nombre de personnes offrirent de partager avec lui les charges d'une autre expédition, et plusieurs vaisseaux firent successivement voile pour la Guiane, et revinrent en Angleterre, mais sans avoir formé d'établissement ou fait de nouvelle découverte. Raleigh attribua ce défaut de succès à l'inexpérience ou à la mauvaise conduite des chefs : il connaissait les indigènes et la situation de leurs mines ; s'il lui était permis de partir, il ferait de la Guiane, pour l'Angleterre, ce que le Pérou avait été pour l'Espagne. Celait une forfanterie hardie et périlleuse ; car sa proprenarralion montre qu'il ne savait des mines d'or que ce qu'il en conjecturait , d'après l'apparence de la surface, et ce qu'il concluait de l'assertion accidentelle d'un indigène, le guide du capitaine Keyrais. Mais il rit en sorte d'attirer sur son projet l attenlion du secrétaire Windwood, et enfin le ministre, ébloui par de belles espérances (161 G, -G août), présenta sa pétition au roi , et en obtint la permission qu'il souhaitait.
On croyait que Gondomar. l'ambassadeur espagnol , avait acquis une grande influence sur l'esprit du roi , par la finesse de ses flatteries et l'éclat de son esprit. Il ne tarda pas à découvrir le dessein de Raleigh , et se plaignit au roi de ce qu'il avait autorisé ce qui , en réalité, n'était qu'une expédition de piraterie, contre les établissements espagnols dans l'A-' mérique du Sud. Jacques envoya chercher les
(I ) • Ici le simple soldat combattra pour de l'or , el se payera lui-même, au lieu de pence, avec des plaques d'argent d'un demi-pied de largeur, tandis que dans d'autre* guerres il se lause estropier pour la disette el la ini*cre Le* commandants el le* capitaines, qui visent è l'honneur et a l'abondance, y trouveront plus de rtebe» et belle* villes, plus de lrmpl«s ornés d'images d'or, plus de sépulcres remplis de trésor*, que n'eu trouvèrent Cor» tel au Mexique, ou Pu n i e au lYrou. • Voyez la « Découverte du vaste, riclie, et superbe empire de la Guiane, et la description de la fraude ville d or de Manoa, • etc. Lon- «Irr», in *\ 1596, dans les ouvrages de Raleiob, par lin eh, 11, 137.