LE VU
lui : qu'il avait reçu une commission du roi de France, qu'il avait parlé peu respectueusement de son souverain, qu'il avait accusé les lords Doncaster et Carew de lui avoir donné le conseil de s'échapper, et que jadis, à I exécution d'Essex , il s'était publiquement réjoui de la chute de son ennemi. Mais son discours trompa la curiosité de ses auditeurs. Il ne fit aucune allusion à la trahison pour laquelle il avait été originairement condamné , et ne chercha point à justifier la conduite qui l'avait amené à Pécha faud (1).' Ayant pris congé des lords qui se trouvaient présents , il demanda la hache , en essaya le tranchant, et observa, en souriant, que c'était une médecine aiguè, mais un remède à lotis les maux. Il mil alors la téte sur le bloc , et donna le signal ; mais la lenteur du bourreau le porta à s'écrier : « Pourquoi donc ne frappes-tu pas? Frappe, homme !» Au second coup, la tète fut sé|>arée du corps.
Le sort de Halcij-h excita beaucoup de compassion. On crut généralement qu'il avait été autrefois injustement condamné, et la haine nationale que I on portait à l'Hspagne le disculpa de son dernier délit. On accusa le roi d'avoir sacrifié aux représentationsinlércsséesde Gondomar un de ses meilleurs ufriciers et l'un des plus éclairés de ses sujets. Cependant , si l'on considère sans partialité les circonstances d'où cette expédition avait pris son origine et la manière illégale dont on l'avait conduite, on doit avouer que la provocation avait été grande et la punition méritée. Raleip;h,à la vérité, alléguait que la ville espagnole était bà lie sur les terres même du roi , dont il avait pris possession pour la couronne anglaise, en 1591. Mais cette excuse ne (KMtvait être admise: si la découverte donne le droit, les Espagnols étaient les premiers ; si l'on allègue la possession , ils étaient possesseurs depuis plus de vingt ans.
La reine fui du nombre des personnes qui s'intéressèrent à Raleigh. Sa passion pour les amusements publics avait cessé depuis longtemps; elle passa la dernière partie de sa vie dans la retraite, à Greenwicli et à Hampton- Court. On ne sait guère de son histoire , après la mort de son fils aîné, que la recommandation
(t) Son discourt est dans Cayley, h , 168. Traités de Sotuers . h . 138. Le lires de Touiitoo , dans Uemiunfbrd.
HISTOIRE D'ANGLETKORE.
qu'elle fit au roi, de \ illicrs , à qui elle demanda, en retour, d'intercéder pour la vie de f Raleigh. Alors, elle souffrait déjà d'une hydropisie, qui, sous peu de mois, la conduisit au tombeau ( 1619, 1er mars). Le peuple prétendit que sa mort avait été annoncée par l'apparition d'une comète, l'automne précédent ; tandis que les plus savants considérèrent ce phénomène comme l avant-coureur des événeme nts sur lesquels je vais appeler l'attention du lecteur (1).
Pendant seize ans Jacques avait porté le sceptre paisiblement. Avant la fin de son règne , il fut à rcjjrct entraîné dans une guerre causée par l'ambition de «on pendre et l'enthousiasme de son peuple. Elle prit son origine sous un climat éloigné, dans une discussion relative à la situation des églises, au milieu des montagnes de la Bohême; mais la querelle touchait à la religion , et dans un siècle perdu de fanatisme religieux, la provocation la plus insignifiante suffisait pour pousser au combat la moitié de l'Europe contre l'autre moitié. Le premier article du traité de paix publié par l'empereur Rodolphe avait établi la liberté des cuRes en Bohème. Par un accommodement entre les communiants sous une espèce et les communiants sous les deux esj>èces ( c'est ainsi qu'on les distinguait ), on arrêta que les derniers auraient la liberté de bâtir des églises sur les domaines royaux ; et quelques années plus tard , certains calvinistes, prétendant que les terres de l'Église étaient comprises sous cette
(I) Caytey, n , 156. Wilson , 719. Datrymple, i , 78. Rallour, n , 72. Peut-être doi»-je parler ici de l'armée en Angleterre du célèbre converti Marc-Autoiue de» Domiiii* , élevé par le* jésuite» , et employé par eut comme professeur à Vérone el a Padmie. il fut bientôt poil é a I évêché de î*ona, el de là à f archevêché de Spalatro. Pendant Iri débat» entre le pape et la république de Venise, il prit parti pour celle-ci. Le mécontentement de Paul V, et le dan;;er détre |K>ursii!Vi pour hérésie, l'en- IP(;errnt . a prendre le* aile» de la oloiiibe , . el a chercher un asile en Amjlctcne en ICI7. (Sa déclJi-ation , Traité de Souiers, n , 19.) Il fui favorablement accueilli, ■e conforma a r£fili«e établie, et fut lait doyen de Windsor et principal du collège de Savoie. Quelque» années après, il sollicita sa prire du pape , revinl en Italie, et abjura publiquement le protestantisme, en I62J. Il mourut l'année suivante; mais ses paroles avaient donné lieu de douter de son ortboJoiie : l'intuition reudil un ju;jeinent conlre lui , et son corp» fut brûlé dans la place de Cainpo di Kiorl Vnyei les Traités de Someri, u , 30.. D-lrymple,., 1W-1I8. »
domination , c. mmencèrent à bâtir sur le»' propriétés de l'archevêque de Prague , et sur celles de l'abbé de Brunn. l es deux prélats en appelèrent à l'empereur Matthias, qui décida en leur faveur ; mais les chefs des calvinistes furent mécontents. Au mépris de la prohibition impériale , ils s'assemblèrent au collège Carolin ( 1618, 22 mai), passèrent le jour suivant en jeûnes et en prières , et le troisième jour entrèrent en arme* au château de Prague, jetèrent par les fenêtres les principaux membres du conseil , et s'emparèrent par force de la capitale. Au même moment , et comme par un mouvement simultané, leurs partisans se soulevèrent en différents districts : deux armées se formèrent , el la plupart des forteresses tombèrent en leur pouvoir. Les calvinistes seuls prirent part à ce mouvement. Les catholiques et les luthériens ne montrèrent aucune opposition; mais ils restèrent fidèles à leur souverain (1).
Ce fut en vain que Matthias, prince âgé et infirme, chercha à étouffer l'insurrection par l'offre d'une amnistie, sous certaines conditions; qu'il proposa de référer de tous les sujets de discussion au jugement de quatre arbitres, les deux électeurs catholiques de Mayence et de Bavière, et les deux électeurs protestants de Saxe et du Palatinat; et qu'il sollicita, en définitive, un armistice qui pût préparer à une paix générale. Matthias mourut, et fut remplacé par son cousin, Ferdinand de Gratï (1619, 1er mars), qui , environ deux ans auparavant, avait été couronné roi de Bohème (16 17, 29 juin), du consentement unanime des états. Ferdinand notifia son avènement aux insurgés par une ratification de leurs privilèges et par une déclaration de liberté de conscience. Mab ils reçurent ce message avec dédain , et offri rent la couronne de Bohème, d'abord à Jean George, électeur de Saxe, et ensuite à Frédé > rie, électeur palatin. U premier eut assez de prudence pour refuser un si dangereux présent (1619, 12 sept.); le second , couvrant son ambition du masque de l'hypocrisie, déclara qu'il voyait le doigt de Dieu dans son élection, et qu'il n'osait s'opposer à la voîonlé du Tout- .
(I) Belli Laurea austriaca , 36, 37. Lolicbîut, 12-15. Cluri ri , Abrégé , 652.