‹ Histoire d' AngleterreChapitre 96 sur 307 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Puissant. Il se rendit en toute bàlc a Prague , avec sa famille, et les insurgés le couronnèrent solennellement roi de Bohème (1) (4 nov.).

Il est difficile de décrire la joie délirante que cette nouvelle répandit en Angleterre. L'archevêque Abbot montra le texte même de l'Apocalypse où cette importante révolution se trouvait annoncée. Les prédicateurs, du haut de la chaire (moyen dont l'influence politique n'était pas moins grande à cette époque que la presse de nos jours), enflammèrent les passions de leurs auditeurs ; et toute la nation supplia le roi de prendre les intérêts de son gendre, lesquels, dans leur opinion , étaient les intérêts de Dieu. Au milieu de celte fermentation générale , Jacques se montra calme et recueilli. Il vit bien que, s'il s'engageait dans celte guerre, ce serait épouser une cause évidemment injuste : sanctionner le principe que des sujets pouvaient légalement déposer leur souverain pour différence de religion , et se plonger dans un abime de dépenses sans aucune probabilité de succès; car il était insensé d'espérer que le palatin , avec les secours qu'il recevrait de l'Angleterre, pût continuellement tenir fête à la puissance de Ferdinand , assisté, comme il le serait, par les princes de sa famille, ainsi que par les feu dal aires catholiques et luthériens de l'Empire. Mais, d'un autre côté, on demandait s'il pouvait décemment abandonner son gendre, et rester tranquille spectateur d'une guerre qui, probablement, le chasserait de ses domaines héréditaires. 11 n'était pas même bien sûr pour lui de résister aux vœux de ses sujets, et de leur apprendre, par son apathie apparente, à douter de sa sincérité en matière de religion. Il choisit, selon sa maxime favorite, un terme moyen: il refusa toute espèce de secours en faveur des prétentions de Frédéric à la couronne de Bohème; mais il consenti! à mettre sur pied des troupes, pour protéger ses possessions patrimoniales. 4,000 hommes y furent envoyés comme volontaires ( 1620, 22 juill), sous le commandement des comtes d'Essex et d'Oxford : ce corps même, quand il eut rejoint l'armée «de l'union protestante,» composée d'Allemands alliés du palatin, ne fut pas en état de tenir tcie aux forces nombreuses

(1) Bclli Uurea, 199-21 1 . Loticbiun , 72, 82, 88, 93

des impériaux, conduites par le célèbre Spinola. Au commencement de l'automne , le bas Palatinat fut perdu ; vers le même temps , la Lusacese soumit à l'électeur de Saxe, qui était chargé de l'exécution du ban de l'Empire contre l'ambitieux mais infortuné Frédéric; et la victoire de Prague (4 nov.), gagnée par le duc de Bavière contre le prince d'Anhalt , renversa ce roi éphémère de son trône nouvellement acquis. Les états de Bohême sollicitèrent et obtinrent le pardon de leur souverain, Frédéric erra avec sa famille, dans le nord de l'Allemagne, en exilé et en suppliant, jusqu'à ce qu'il fut arrivé à La Haye, où il reçut une pension de la pitié ou de la politique des Élats (1).

Une souscription volontaire et un emprunt à gros intérêts avaient donné au roi la possibilité de soutenir l'expédition du Palatinat ; mais le dernier désastre de son gendre réclamait des secours plus puissants; et le zèle du peuple demandait à grands cris une croisade pour défendre l'intérêt du protestantisme. Les ministres du roi lui conseillèrent de mettre à profit cet enthousiasme , et de convoquer un l»arlcment. Cette assemblée ne pouvait lui refuser des subsides, sans lesquels il lui serait impossible de négocier avec dignité, ou de tirer l epée avec succès. Jacques donna son consentement, mais avec difficulté et mécontentement: il connaissait le caractère réformateur et l'esprit audacieux des chefs populaires ; le temps n'existait plus où la crainte seule d'encourir le déplaisir royal suffisait pour soumettre les «rurs les plus fermes, et la couronne ne possédait pas cet immense patronage, qui, depuis, lui a donné les moyens de s'assurer la majorité dans les deux chambres. On tint plusieurs consuliatious, et l'on décida que le plus sûr si rait de flatter les habitants de la campagne par des concessions, et de les engager à suppléer aux besoins de l'échiquier par l'offre directe des avantages que les parlements antérieurs avaient inutilement demandés (2).

La sesMon s'ouvrit par un discours concilia' tt ur, ou plutôt suppliant (1621, 30 janvier) Mais ce fut en vain que Jacques supplia et cxli irta. Le premier soin des communes fut de se

(I) liitidiius, 209-21 1 . Cluveri , Epitoiuc , 656, C5C. (2; Baco;i, t, 431, 532.

/rendre à l'appel des animosilés religieuses, el de punir les catholiques du dedans , des succès qui arc mpagnaicnt les armes de ceux du de- 'hors. Eil« s se réunirent aux lords, pourenga- [ger le roi à bannir tous les réfïactaircs à la distance de dix milles de Londres , à les borner à entendre la messe dans leurs maisons ou dans Iles chapelles particulières des ambassadeurs, et à mettre à exécution toutes les lois pénales jadis portées contre eux ; en outre, et pour montrer qu'elles prenaient part à la position générale, elles rédigèrent un bill, a l'appui de l'ancien statut , qui donnait à la couronne les J deux tiers des propriétés des papistes réfractaires.

De la religion , les communes passèrent à la considération de leurs privilèges. Elles ^c plaignirent de ce que quatre de leurs membres (I2févr.) avaient été emprisonnés, a la clôture du dernier parlement, relativement à leur conduite dans la chambre. On pouvait, il est vrai, alléguer des précédents pour excuser le roi ; mais tous ces précédents n'étaient que des actes illégaux du pouvoir arbitraire : le droit déjuger et de punir toute infraction à l'honneur de la chambre, commise dans son enceinte, lui appartenait exclusivement ; et si ce droit résidait dans une autre autorité, la liberté de parler ne serait qu'un rêve ou une fiction. Ce sujet fut traité avec une chaleur qui alarma les ministres : ils prétendirent que les craintes delà chambre étaient chimériques; et la fermentation fut enfin arrêtée par l'assurance solennelle que l'intention de Jacques était encore, comme elle l'avait toujours été, de maintenir la liberté de la parole que lui demandait sa fidèle chambre des communes (I) (15févr.).

Jusqu'ici la question du subside était restée en suspens; au reçu de ce message, ils votè-

(I) Journaux , 5:22. Le lendemain, pour montrer qu'il* avaient le pouvoir de punir leur* propre* membre*, il» ( haïrent Sbepberd de la chambre, parce que, dan* un tftfcoun contre le bill pour réprimer les abu« du jour du wbbai , il arait prétendu que le sabbat était le samedi, et non le dimanche ; que le bill était contraire à l'Écrilui e , qui recommandait la danse comme une partie du culte divin , et que l'auteur du bill était un perturbateur de la paix publique , en «"opposant aux ordres du roi à ce sujet Ibid , 523 525.

rent deux subsides (16 fëvr.) , mais sans dixièmes ni quinzièmes. C'était une somme bien médiocre, évidemment insuffisante pour l'objet auquel elle était destinée; mais ils crurent politique de rendre le roi dépendant de leur bienveillance , afin de le trouver plus disposé à se soumettre à leur demande. Jacques lui-même cacha ses sentiments. Il affecta de regarder ce vote comme le gage d'une nouvelle confiance-, il les remercia dans les termes les plus gracieux ; il les exhorta â se livrer au redressement des griefs de la nation, et les assura qu'ils le a trouveraient toujours prêt à aller au-devant de leurs désirs » ( I).

Sa sincérité ne tarda pas â être mise à l'épreuve. Déjà un comité d'enquête availélécréé: on avait rassemblé el interrogé les témoins , et la conduite des officiers de la couronne, des juges, et de leurs dépendants, fut soumise à la plus scrupuleuse el à la plus sévère investigation. Tous les membres populaires se mêlèrent avec ardeur de la recherche , mais nul n'y prit une part plus marquée que sir Kdouard Coke, dont la longue expérience et le savoir en jurisprudence donnaient beaucoup de poids à son autorité , quoique ses ennemis fissent courir le bruit que son zèle pour le bien public n'avait d autre motif que le souvenir du traitement qu'il avait reçu de la cour. Mais quels que fussent les motifs des réformateurs, on doit avouer que leurs recherches furent utiles. Ils contribuèrent à déraciner les abus qui avaient détruit la liberté du commerce et souillé l'adtni nistralion de la justice: et ils firent revivre, dans la chambre des communes, un privilège inestimable , qui dormait depuis plusieurs siècles, celui de citer les criminels d'État devanV la chambre des lords , comme le tribunal le plus élevé du royaume.

Le premier abus qui attira l'attention des communes fut celui des monopoles accordés par lettres patentes. Il est vrai que plusieurs avaient été déjà supprimés par suite des remontrances du parlement précédent; mais l'avidité des faiseurs de projets était si ingénieuse et l'influence de leur patron si puissante, que dans le lieu même d'où l'on en extirpait un, il en renaissait plusieurs , également sans profit

(I) Ibid , 523.

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