CHAPITRE VII
mis, pour de l'argent, l'exécution de testaments contraires à la loi ; Field, évêque de Laodaff , de fraude et de corruption ; sir Henri Yelverton, procureur général, d'avoir secondé Mompesson et Mitchell dans leurs actions illégales (1); et Floyd, avocat catholique, prisonnier a la Flotte , d'avoir exprimé sa satisfaction de ce que «le bonhomme Palsgrave et la bonne femme Palsgrave » ( le palatin et son épouse ) avaient été chassés de la ville de Prague. On peut négliger les trois premiers cas comme de peu d'importance; mais le dernier demande l'attention du lecteur, puisqu'il servit à distinguer les devoirs respectifs des deux chambres, à confirmer aux lords leurs droits judiciaires, et à borner les communes au seul pouvoir d'accuser. Le délit de Floyd n'était pas d'un grand intérêt , mais il réveilla l'esprit de vengeance religieuse. Dés qu'on eut répandu que les communes étaient décidées à punir le papiste qui avait eu l'impiété sacrilège de se réjouir du désastre des princes protestants, divers orateurs proposèrent successivement la peine du pilori, du fouet, ou de le clouer par les oreilles, ou de lui percer la langue; et il fut enfin condamné par la chambre à payer une amende de 1,000 liv. sterling, à être exposé au pilori sur trois places différentes, et deux heures chaque
(1)1* Ben net se délivra de «es accusateurs, en demandant du temps pour préparer sa défense. Avant l'expiration du délai, le parlement fut prorogé, et A la session tui vaine, on oublia l'accusation et le châtiment. Heu après, Bennet fut condamné à 20,000 livres d'amende par la chambre étoilée ; mais le roi lui pardonna Bacon , vi, 383. 2° Field s'était fait remettre, par un plaideur en cour de chancellerie , une obligation de 10,000 liv. stert., pour être garanti du payement d'une somme de 6,000 livres, dans le cas où il obtiendrait un arrêt favorable du lord chancelier , par l'entremise de son patron, le marquis de Buckingham. Mais ta sévéïité des pairs fut désarmée par la soumission de l'archevêque; et comme on ne put prouver qu'il dût recevoir aucune partie de la somme, ou l'abandonna aux censures de ses supérieurs ecclésiastiques, dans la chambre haute de convocation. 3° Yelrerton se défendit avec énergie, donna à eutendre qu'il n'avait été mis en prison qu'à cause de l'inimitié personnelle que lui portail le duc de Buckingham , et de son influence sur le roi Jacques demanda prompte justice de celte double calomnie. L'accusation primitive contre le procureur général fat oubliée , et , pour son nouveau délit , il fut condamné à payer une amende au roi et une autre au favori, et a être détenu en prison , au bon plaisir du roi Ses amendes lui furent remites.
fois, et à être conduit de place en place sur un cheval , la figure tournée vers la queue (I). F!oyd en appela immédiatement au roi , qui, le lendemain, envoya savoir sur quelles bases les communes foudaient leur droit à juger des délits qui ne touchaient en rien leurs privilèges, et par quels raisonnements on démontrait qu'une cour, qui n'avait pas reçu de preuves sur serment , pouvait avec justice condamner un prisonnier qui niait le délit qu'on lui imputait. Ce message déconcerta les meneurs populaires. Aller plus loin , c'était risquer de rencontrer l'opposition du roi et des lords; revenir sur leurs pas, c'eût été confesser qu'ils avaient excédé leurs pouvoirs. Plusieurs jours s'écoulèrent en débats inutiles : enfin, dans une conférence des deux chambres, on convint que l'accusé comparaîtrait devant les lords , et qu'on insérerait dans les journaux la déclaration que son procès devant les communes ne préjiidicicrait en rien aux droits respectifs des deux chambres (2). Mais si leur défaite fut évidente, leur esprit de vengeance eut de quoi se satisfaire. Les lords ajoutèrent encore à la sévérité du premier jugement; et outre le pilori, une amende de 1,000 liv., et un emprisonnement perpétuel, ils dégradèrent Floyd du rang de gentilhomme, le déclarèrent infâme, et le condamnèrent à être fouetté, derrière une charrette, depuis la prison de la Flotte jusqu'à Westminster-Hall. Un châtiment si énormément disproportionné au délit, si même il y avait délit quelconque, ne passa point sans observation. Leleodemain , à la de-
(1) Journaux des communes , 590-602. Il y avait souvent quelque chose de ridicule dans le* châtiments infligés par la chambre des communes. • Moore et Loke , tous deux officiers , furent condamnés a se rendre a cheval , nus jusqu'à la ceinture , et placés dos à do* , de Westminster à la Bourse, avecceue inscription sur la poitrine : • Pour avoir arrêté le domestique d'un membre de la chambre des communes. • Ibid., 038.
(2) Les communes soutinrent que leur chambre était une cour d'enregistrement; qu'elle pouvait recevoir uu serment , et , pat conséquent , prononcer un arrêt. I.es lords ne voulurent point enirer dans toutes ces questions; ils se bornèrent à nier que le cas de Floyd fût de leur compétence. Les lords prétendirent que les communes leur avaient remis le jugement définitif de Floyd , ce que les communes ne voulaient point admettre : elles avaient jugé Floyd ; elles espéraient que les lords te , également Journaux, 610, 619, 621.
HISTOIRE D'ANGLKTKIIRK.
mande du prince, on convint que le supplice du fouet ne serait point iu(ligé, et comme pour expier la précipitation de la chambre, on arrêta que désormais on ne prononcerait jamais de sentence le jour meme où on aurait voté(l).
Cependant la patience de Jacques était épuisée : le parlement avait duré quatre mois; mais, au milieu des accusations, des enquêtes, de la rédaction des bills de grâce et de réforme, on n'avait donué aucune attention aux besoins du roi, ni à sa demande d'un subside plus considérable. Ou pensait que le parti des provinciaux regardait le souverain comme réduit, par le besoin d'argent, à se soumettre à sou bon plaisir. A leur grande surprise , un message vint annoncer l'intention du roi, d'ajourner le parlement à la fin de la semaine ( 25 mai). D'aigres et violents débats s'élevèrent: les communes résolurent de réclamer une prolongation; mais, quand on leur offrit une quinzaine (2juin), elles refusèrent cette faveur avec une pétulance d'eufant (pour se servir de l'expi essiou du roi). A l'époque marquée ( 4 juin), le paremlent fut ajourné par commission au mois de novembre, et les deux chambres s'ajournèrent elles-mêmes immédiatement (2).
Dans cette session, ou convention, comme le roi affectait de la nommer, le parlement s'était acquis des droits à la gratitude de la nation. Les seules poursuites exercées pour corruption avaient procuré des avantages incalculables aux citoyens, en introduisant dans les cours ecclésiastiques et dans les cours d'équité celte sage administration de justice qu'on se plaisait à reconnaître dans les cours s de droit commun. Cependant les membres de
(1) Journaux d<* lords', 148.
(2, Il parait, d'après les Journaux, qu'on établissait une différence entre l'ajournement et la prorogation : ajourner , c'étail seulement suspendre la session ; la proroger, c'était la terminer. Dans le premier cas, les affaires soumises aux comités, et les bi Is qui avaient été présentés ou qui attendaient la sanction royale, restaient • in staiu quo ; > dans l'autre cas , tout était annulé , et toutes 1rs dispositions déjà faites étaient considérées tomme non avenues. C'est pourquoi le roi préférait un ajournement , qui permettait de reprendre , à la prochaine réunion du parlement , les affaires dans l'état où on les •rail laissées.
la chambre basse furent effrayés de retourner près de leurs commettants. Ils semblaient avoir néglige le grand objet pour lequel on les avait envoyés au parlement, et qui intéressait si vivement les sentiments religieux du peuple. Pour avoir l'air de s'en être occupé, un des membres, quelques minutes après l'ajournement, proposa une déclaration portant que, si les troubles d'Allemagne n'étaient point apaisés à leur satisfaction par un traité, du* rant l'ajournement, ils se tiendraient prêts, à leur retour à la chambre, au sacrifice de leurs fortunes et de leurs vies pour la restauration du prince palatin et la défense de la vraie religion. Cela fut voté par acclamation; et, pour le confirmer par des solennités religieuses, sir Edouard Coke, tombant à genoux , récita avec beaucoup de chaleur et d émotion une oraison pour le roi et la famille royale, tirée du livre de commune prière (1).
Le premier soin du roi, après l'ajournement, fut de donner un successeur à Bacon. Trois candidats se présentaient : Ley et Hobart, les deux présidents, et sir Lionel Cranfield, négociant de la cité, qui, en épousant une parente de Buckingham, avait acheté sa protection. Williams, dot en de Westminster, si nous en croyons son biographe, aspirait secrètement à cette place; mais il appuya ouvertement les prétentions de Crandfield, dans l'espoir que son insuffisance ramènerait sur lui-même les pensées du roi et de son favori. Cette politique lui réussit : lorsque les sceaux lui furent offerts, il affecta de la surprise; il objecta modestement son inexpérience eu matière de droit; et ne se rendit, avec une apparente répugnance, que sous la condition que deux juges siégeraient avec lui comme assislants, et qu'on ne le regarderait tomme possesseur réel de cette diguité qu'après un essai de dix-huit mois. Jacques le nomma d'abord a l'évêchc vacant de Lincoln, et lui confia le grand sceau, en lui donnant le litre de garde des sceaux (10 juill.). Depuis longtemps, aucun ecclésiastique n'avait présidé la chancellerie; les gens de loi virent son élévation avec jalousie, et le traitèrent avec mépris. Mais leur répugnance
(I) Journaux , 639. Cub., Pari. bisL, i, 1294.