‹ Histoire d'Angleterre (vol.2)Chapitre 219 sur 327 · CHAPITRE SEPTIÈME, m · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME, m

6ii baiaiüe* Lus soldats restèrent à leurs rangs jusqu "h ce qu'il fît sombre; mais comme F ennemi Rapprochait pas, ils les rom pirem dans la soirée, et s'avancèrent en silence par une route blanche qui se présentait devant eux. Heureusement elle menait a Maisoncellesj grand village où ils trouvèrent une nourriture meilleure et des logemenls plus commodes qu'ils n’en avaient eu depuis quelques semaines ■.

t eiail avec peine que le connétable avait contenu l’impétuosite de ses troupes, qui montaient, dit-on,, d’après les plus basses évaluations, à cent mille hommes. Mais il savait qu’aux fatales batailles de Crécy et do Poitiers les Français avaient été les assaillants, et il était déterminé cette fois ù laisser ce dangereux honneur aux Anglais. Un délai ne pouvait qu’augmenter ses forces et leur amenait la famine et une destruction inévitable. Il avait donc choisi une forte position dans les champs situés en face du village d’Azincourt, par lesquels il fallait que le roi d'Angleterre s ouvrit un passage, s’il ne voulait consentir à se rendre prisonnier, bes maréchaux avaient assigné leurs postes aux différentes divisions de 1 armée, et chaque seigneur avait planté sa bannière an heu qu’il comptait occuper durant la bataille. La nuit était ironie , sombre cl pluvieuse; mais un grand nombre de feux «tairaient l horizon, et on entendait continuellement partir des lignes françaises des éclats de rire et de gaieté. Les soldats étaient reunis autour de leurs bannières, passaient le temps en orgies et <® discussions, calculaient les événements probables du lendemain, et fixaient la rançon du roi ei des barons anglais. Aucun

Uï ne ,suPPosai* ia possibilité d’une défaite; et cependant ils de Crécy *ent *"norer liaient dans le voisinage dos plaines

Pour les Anglais, ce fut une nuit d’espérance et do crainte

oui f,l,i8ue* et allai hlis par les nombreuses privations

q i nécessairement accompagnem une armée en marche h traji, I>a^ C>,,,,emi> et en présence de forces supérieures. Mais «s tiaient soutenus par l’énergie et la confiance de leur vaillant

1V2„, Pîlr or?uelUeux sou':et}ir des victoires que leurs pères i ni rem portées dans des circonstances sera bla blés. Toutefois nommes qui savaient que leur vie dépendait de l’issue de la

1 Eüu. 5S. Monstrel. i, ÿîi, vl Hardyntj, 39t. Monstre!, i, $37,

m II JSTÛlKli lEANGLETEHlth,

lmiâillu> ils passèrent les moments qui leur restaient ô faire leurs testaments et à remplir leurs devoirs de religion. Lo roi lui-même pris peu de repos. Il visita les différents quartiers de l'armée, envoya, dès que la lune fut levée, des officiers examiner le terram, réglâ tes opérations du jour suivant, ordonna à des musiciens de jouer successivement pendant la nuit, et avant le loyer du soleil il commanda aux troupes d’assister à ma Lines et a la messe [25 oct], De la prière il les mena au champ de bataille, c.l les rangea, d'après sa méthode ordinaire, en trois divisions et deux ailes, mats si près Y une de Faillie , qu'elles ne semblaient former qu'un seul corps. Les archers, sur qui reposait sa principale espérance, étaient placés en avant des hommes d'armes. La réputation qu'ils s'ét aient acquise à juste titre dans les précëd € n tes ba t a il 1 es , e L le u r a ppa re n ce sa u v a ge en ce jo ur , f r a p p è rc n t leurs ennemis de terreur. Beaucoup s’étalent mis nus ; les outres s’étaient découvert les bras et ln poitrine, afin d'avoir les mouvements pins libres* Outre son arc et ses fléchés, sa hache d armes ou son épée, chacun d'eux portait sur son épaule le pieu dont il a été question, et ils opposaient ainsi uiï rempart de piques aux charges de ia cavalerie française» Le roi lui-même parut sur un palefroi gris, suivi d'une file de chevaux de main ornés des plîtë magnifiques harnais. Sou casque était d'acier poli , surmonte d'une couronne étincelante de pierreries, et sur son surent étaient blason nées en or les armes d'Angleterre et de !■ rance1. Connue il allait de bannière en bannière, encourageant et exhortant ses soldats, il lui arriva d'entendre un officier exprimer b l'un de ses camarades le désir que quelques-uns des bous chevaliers qui étaient rosies les bms croisés en Angleterre fussent transportés par un miracle sur le champ de bataille. « Non, s'écria Henri, jo ne voudrais pas avoir un seul homme de plus. Si Dieu nous donne la victoire, il est clair que nous la devrons h sa bonté; s il no nous la donne pas, moins nous serons, moins gratido sera là perte pour notre pays. Mais combattez avec votre courage ordinaire, cl Dieu et la justice de notre cause nous protégeront. Avant la nuit, l'orgueil do nos ennemis sera humilié, et la plus grande partie de cette multitude sera étendue dons la plaine ou prisonnière entre nos moins2. »

Les Français étaient rangés dans le même ordre, mais avec cette

1. îrcN iIoivh un roi eitm leupardi iiüm. El tu b» Ol, :J, Ljv. 10. Elmh, 00, 01.

CKàPlTKE SUPTiMIL. 4 VU

effrayante disproportion de nombre, que les J des anglaises ôtaient pro ïm 1 des de quatre h oui mes, et le s leu rs dot re n te 1 * Le c un né* table commandait Uu-memo la première division, les ducs de &r et cl Alençon La seconde, les comtes de Mario et de Falçoubcirg la troisième. La distance entre les deux: années n'était guere -que -d’uni quart de mille ; mais le terrain élait humide et spongieux; et d'Albret, fidèle h son plan, ordonna à ses hommes ik s'asseoir près de leurs bannières, el d'attendre patiemment que l1 ennemi s’avançât. Leur inaction déconcerta le roi, qui espérait être attaqué, il profita, toutefois, de l'occasion pour faire distribuer clans les rangs des rafraîchissements nu abondance, tandis que deux détachements s'éloignaient a llnsu des Français : I nu d eux avait pour instruction de se tenir en embuscade dans une prairie1 de Tmmeeourt, sur leur flâne gauche, et l’autre de les alarmer pendant la bataille en mettant le feu aux maisons situées sur leurs derrières. A F instant où le roi venait d’achever tous ses préparatifs pour Fattaque, il fut surpris de voir arriver trois chevaliers français qui demaudèrenl h lui parler. L'un d'eux était le baron de Hclly, qui avait été prisonnier en Angleterre, et avait, dit-on. violé sa parole. IL saisit celte occasion de nier I imputation, et oflfit do se mesurer en combat singulier entre tes deux armées avec tout homme qui oserait la répéter. Le roi, qui voyait son but, répondit aussitôt : « Il ne s'agit pas en ce moment de combat singulier. Allez dire a vos compatriotes de se préparer pour la bn laide avant Ja nuit, et ne doutez pas que, pour avoir manqué a votre parole, vous 11e perdiez une seconde fois votre liberté, sinon votre vie. ï> — - « Sire, » répliqua Hclly, « je n ai point d’ordre a recevoir de vous; Charles est notre souverain, fr estù lui que nous obéissons, et pour lui nous vouscombatlrons, imites les fois que nous le jugerons convenable. « Fartez donc, » répliqua le roi, a et prenez garde que nous n' arrivions avant vous;L » Aussitôt, faisant quelques pas, il s’écria : « Bannières en

Ltv™& L-t Llmharn remorquent qà'on avriit placé dune tes lignes françaises u» ftcunri nombre de machina de guerre ou canons pour jeter des pierres nu tl,k /J*, s Anglais £Lhr. Ifl. Elin. C3j, S ni va ht Lirins, tesFnmçttis étaient plus mi l C0Iître Monütreiei ; i, 398) dit .«mtanu- -m sis. Je soupçonne iuk- dans

r.™*^ . ♦ lorsqu il pnilé des bits, nous dorons lire xxx au lieu de xx, comme nus faisons duos Livm. Un écrivain contemporain évalue le nombre des eti-

lïàLÛ m! fi1 Afn,L^ nfiM r Vl m- Ci'a ,aml le ^ritul de Hturdvtip,

1 a\J,.PpFem. Ham* dîXi. Jtivtti computocSonein huruldoniai. Id:&»l. Fnbvnit

, 571». Garni» , outre WnLaterie, compte dix mille hommes de cavalerie dans l'armée française. Ibid. j.

Uvuis, p 37. EJmhum fait mention de barri véa de ces chevaliers, mnïs non

■Wfl HISTOIRE I) ANGLETERRE*

avant î » Au mémo instant, sir Thomas Erpingham jeta son bâton en l’air; et les soldats, tombant h genoux, mordirent La terre1, se levèrent, poussèrent un cri et coururent vers l'ennemi. A la distance de vingt pas, ils firent halte pour reprendre haleine, puis îJs poussèrent un nouveau cri. Il fui répété par le détachement de là prairie qui, sortant de son embuscade, assaillit aussitôt le fia ne gauche des Français, Au même instant, les archers ayant planté leurs pieux, coururent devant eux, déchargèrent leurs flèches, et se retirèrent derrière leur rempart. Le connétable avait désigné un bataillon d'élite de huit cents hommes d armes pour rompre ce corps formidable, Sur ce nombre il n'y en eut pas plus de cent quarante qui prirent parta fiaction. Us furent, promptement détruits; les autres ne pouvant affronter cette grêle incessante de flèches, détournèrent la tète et ne furent plus maîtres de leurs chevaux, qui, furieux de douleur, se jetèrent sur différents points dans les rangs serrés de la première division. Ce fut un moment de confusion irrémédiable. Les archers ne laissèrent point échapper cette occasion : jetant leur arc en arrière, et prenant en main leur épée ou leur hache d’armes, ils se précipitèrent au plus fort de Tenue mi, tuèrent le connétable ei Les principaux commandants, et en peu de temps dispersèrent totalement ce corps a;

Henri, qui avait suivi avec les hommes d’armes, ordonna aux archers de se reformer, et chargea aussitôt la seconde division. Les Français, quoique le sort de leurs camarades eût abattu leur présomption, reçurent le choc avec courage, et soutinrent pende leur 'objet, p. OS. Mois la ballade contemporaine Oit qu'ils le sommèrent rie se rendre :

* The lord Httîy un trewe knyzt imtel oure kyuft ht? corne in bye, and sayd : < Syre, æeld ta n withoute fyzt and save zoure sdf and labre meyney. >

El œ. m

Le lord Hulj% vrai chevalier, auprès do notre roi il vient en hâte, et dit i < Sire, rendes,- vous sans combat et sauvez votre personne el vos hommes.

E A BinpnliB in oro capta tes™ ^articula, Tit . Lit?. 1$, 19. Eh» Il Gô. Cette slniîutu’rv coutume lirait été introduite psir les payons de Flandre avant la f?mnde victoire qu’ils remportèrent sur la cavalerie française 4 Cotirtruy tn l'JO-. lin prêtre se fini en tète do Parme** , tenant l’hosltc consacrée dans sa main t et chaque soldat, léajtünnuilîant, prit üh peu de terre dans sa bouche, pour terneù-

fner son désir de recevoir ht en m munie n, cl reconnaître ijqÜI en etüiî indicm. pond&n. it, 339.

^ Monstre! I, m Wnlft. m- Tit. Lin. lü

liant deux heures une lutte sanglante et douteuse. La vie du mi

J' P'us,eurs RD danS« imminent. Voyant sou frère, le duc de Uartni-e, blesse oi gisant h terre, il l’enjamba à la Lite h

SSSlÏ8”1^"* r *fl0Tt* dt'S ""&«*• imft ce que [,

^ /r V "i P° ° Pn 1SU Sl,r Par ses propres serviteurs. Bientôt après fl fut charge par une troupe do dix-huit chevaliers français qui s étaient engagés vis-à-vis les uns des autres h le tueront fr

*” av», (l’un coup de masse lit omdèr .

mi sur les genoux; lirais fl fui 1, l’instant secouru par ses Jmdes et tous ses adversaires furent tués, A la fin, le duc d’Aleown’ omtuandant français, se fraya uu pas V jusqu’à i’étenS

il f,m i, r Pl ‘ r/“Versa à lerre Ié‘ duc d’York ; d’un autre jt" , la “««Wtodu casque du roi. Tous les bras à 1 instant u trait contre lui. Le duc, comprenant le danger, s’écria ■ « Je me remis; je suis Alençon ! » Henri lui tendit la main - mais déjà sou vuiflam ennemi n’était plus. La mort du duc riit suivie de la finie de ceux qui lui avaient survécu •. flesiait la troisième et la plus nombreuse division de l’ennemi

£ 2 i'il! 'ré,ait Pfls encore rompue, et les Anglais

se préparaient h la charger quand arriva la nouvelle ajarmSe

£“* , °rce pulSSanIe s’appraeïiftït des derrières de l’armée ans cette occurrence imprévue, le roi donna à la hâte l’ordre ' a ®or‘ lam ,es prisonniers ; ordre qui nuflhenreu àe- . ■ 1 fut exe eu te on grande partie avant que l’erreur pût être

Werte Ufom, avait tant exagérl JE&ÏÏ'X

V^rnh H J * T'" "* par %binet dé Bournonvffle et

(lan™ hii A p™ fl'1' 8™'ent profilé du moment pour entrer l'armée t ï; P‘ " ,eS bagages Rt emm™OT les chevaux de dÆreuï Z PTVaietl‘ preT0ir Tue «lie entreprise serait si 2 1P" lrS COmpatr,olesi mais ds furent plus tard

J5L îmn .. ****** compte i et severen*f>nt punk par leursoi- Gn^(ir immédiat, le duc de Bourgogne2

J)ans nmervalle. ies rangs de là troisième division commen- |w ciaiiLeler, et leur irrésolution fut augmentée parles amn e, afluinees sur leurs derrières par le détachement anglais

dèren ‘ ,ÜrP’ 11 n ? eul 1'» sil «nls hommes qui se déci¬

de il" " SUIVfÜ ie,lrs ,chefs>Je* de Falcombergel de Marie T précipitèrent hardiment sur les vainqueurs, ei trouvèrent’

I t37. Moiîflird. r, 33 1.

MonutreL it S8&/

sH-f ms n mu iiWMifeTOiiur,.

tv'qulte choïchaient probableaicnt, la captivité ou une mûri honorable* Les Anglais r niaient point en étal de poursuivre les fuyards Dès que la résistance eut cessé, le roi traversa le champ de bataille avec scs barons, tandis que les hérauts examinaient les armes des morts et comptaient les cadavres* Puis il appèlu Montjoïe, roi d'armes des Français, et lui demanda a qui appartenait la victoire. « \ vous, sire, » répliqua îlontjoie* — «El quel est, ■» continua le roi? « ce château que je vois a distance \ » ,t Qu rappelle le château d’Azinmirt, » fut la réponse* — « Eh bien, » reprit. Henri, « que cette bataille soit doue connue sous le nom de bataille dWzincourl »

Le sang versé dans celte journée sortait des plus nobles familles de France. On compta parmi les morts lui il mille chevaliers el écuyers, plus de cent baimerets, sept comtes, les trois ducs de Brabant, de Bar et d'Alençon, le connétable et P amiral de France Les prisonniers les plus distingué! étaient les ducs d'Orléans et de Bourbon, et les coin les d'Eu, de Vendôme et de HichemôhL La perte des vainqueurs monta h seize cents hommes, parmi lesquels était le comte de £uffolk et le duc d York* Ils quittèrent Maisoncetles le lendemain malin [36 ocl. u et reprirent leur marche vers Calais. En traversant le champ de batatHc, ils tuèrent ceux des blessés qui dormaient encore signe de vie ; et dès qu'ils furent partis* l'espoir du pillage attira surle heu dm milliers d’hommes et de femmes des villages voisins. Les soldats étrangers avaient emporté tous les objets de valeur : e& pillards indigènes dépouillèrent les morts de leurs vêlements, et laissèrent plus de dix mille cadavres nus sur la terre :i. Le comte de Ch a rotais, fils du duc de Bourgogne, lit enterrer les mûris a ses frais. Cètix qu'il fut possible de reconnaître furent inhumés

1 Le roi daim lu ronvîrüou qu'il devait ce suecès «xfeftordiiiah'e » la prêterûtm dit dei fil venir le cierge et ordonne de célébrer sur-le-champ un servit* d'art iims de -r it es en présence de tome t’armée. Par allusion e. ce qn jts avuiciii échappé a jjenuümï* ou chanta le psaume cxiv, Quand Urad sortît dV ! fcflÿjrf'. et nu vétittt No» iiàa a nous, A Stigneur, non pus « *mwst m»ttt a ton

i„ ghirtf, tous les soldat* s’ü^enouilléreui Lu ceremonie se lermmu F|

ii1 Te Peut! i Hall, f. 50.

Hardyiïn calcule qu'il y eut cinq eomi^, quatre-vingt-dix barnièretn. quia» cents chevalier» et une Irïw-gronrïo quantité de combattants inferieurs , Monslrcléi donne les noms de sept comtes et de plus de trois cents gràïiLs Rigueurs, 2530, SW1,

3* Et dèteourèrént sur le champ tous dasmies^ comme ils issirent du yfntrf de leur mero. Id. i, 9)1. Parmi les morts était te baron de Helly. ld. 5SK - Lu - v Sur tes dix mille il n’y en avait, dit-on, que Bskt& ecDts qui ne fussent pas w noble nais&Ailco. Monst. 23 L

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