CHAPITRE HUITIÈME
arrêté sur le pont de WakeEeld. Quand on lui demanda sou nom, muet de frayeur, il tomba a genoux; et celui qui l'escortait* croyant le sauver, dit que c’était le fils du duc. « Eh bien, s’écria Clifford, comme ton père a tué le mien, je veux aussi te tuer, toi et tous les tiens ; » et plongeant sa dague dans le sein du jeune prince, il dit au gouverneur d'aller en porter îa nouvelle a la mère de l'enfant. A l'arrivée de la reine, on lui présenta îa tête de son ennemi, le duc, et elle ordonna de îa couronner d’un diadème de papier et de la placer sur les murs d’York L
[1461,] A dater de ce moment, la guerre prit un nouveau caractère; et la soif de la vengeance donna aux combattants de chaque parti une férocité è laquelle ils avaient été etrangers jusqu’alors. Edouard, comle de Ma reh et héritier du feu duc d’York, élail è Ciloucesler, lorsqu'il reçut la triste nouvelle du sort de soit père et de son frère; et ayant complété ses levées, il accourut placer une armée entre les royalistes et la capitale. Il fut suivi de près par une force inférieure, composée de Gallois et d’Irlandais, sous les ordres du frère utérin du roi, Jasper, comte {Je Pembroke j mais, craignant d’être entouré, il lit soudain volteface [2 fév.], et remporta la sanglante victoire de Mor limer’ > Cross, près de Wigmore. Les royalistes perdirent, dît-on, environ quatre mille hommes. Pembroke lui-même s’échappa ; mais son père O won Tudor fut pris et décapité a Hereford avec Throgmorlon et sept autres capitaines, comme sacrifice aux ni A nés de ceux qu’on avait exécutés après la bataille de WakefieUî a.
Tandis qu’ Edouard était ainsi retenu a l’ouest, la reine s'avancait avec son armée victorieuse sur la route de Londres, et elle ne rencontra aucune opposition jusqu’h co qu’elle eût atteint Saml-Àlbans, Cotte ville était occupée par 1e comte de Wanvick, qui avait rangé ses troupes sur les petites hauteurs au midi. Les royalistes pénétrèrent jusqu’il la croix du marché [i 7 février] : niais ils furent repoussés par un corps considérable d'archers. Ils se frayèrent ensuite un passage par une autre rue jusqu'à Barnet-Healli, nu, après une longue lutte, ils mirent on fuite les gens de Kent. La nuit sauva les yorkisles d’une destruction complète. Ils se séparèrent et s’enfuirent dans différentes directions, laissant le roi dans sa tente aux soins de lurd Monlague, son chambellan. 11 eut bientôt ta visite de Marguerite et de son
! Rüé. Part, v, 4ÛG» Wyreust. 4H4, 485. WfaeUuim, 4&}, Cont. CfVtjL 330.
Hall, 1(0,
-♦ Wyrcest 480, Croyl. 330.
hhO HISTOIRE D'ANGLETERRE,
llîs, et les embrassa avec des transports de joie. 11 périt environ deux mille hommes dans celle bataille. Le lendemain [18 fév.], le lord Bonvîlle et sir Thomas Kyriel eurent la téta tranchée eu représailles des exécutions de Hereford L
Ainsi, par une autre révolution inattendue, Henri fut rendu à ses amis et placé l\ k tête d'une armée victorieuse. S'il eût pu conduire immédiatement celte armée à la capitale, les citoyens eussent été forcés d'ouvrir les portes; mais scs soldats étaient principalement des frontières, accoutumés H vivre de rapine, et avaient été attirés sous l’étendard royal parla promesse du pillage. Aucune prière ne put les décider h marcher en avant; aucune défense les empêcher de se disperser pour piller lé pays; et ta nécessité de protéger leurs propriétés attacha aux bannières de la maison d'York les citoyens de Londres et les habitants des comtés voisins, Henri annonça par une proclamation que son assentiment au dernier décret lui avait été arraché par la violence, et donna des ordres pour l'arrestation immédiate d'E* dptt&rd, ex-comte de Mardi, et (Ils du feu duc d'York - [22 fév,]. .Mais Edouard avait réuni ses forces à celles du comte de Wa.rwick ; et leur supériorité numérique engagea les royalistes h se retirer promptement dans les comtés du nord. Ils ne furent pas poursuivis. Edouard avait en vue un objet plus important, et iî entra dans Londres avec toute la pompe d'uû monarque victorieux [25 février]. Sa jeunesse (il avait dix-neuf ans), sa beau lé et sou mérite, la malheureuse destinée de son père et de son frère, la renommée de ses derniers succès, et les ravages des royalistes, concoururent h multiplier le nombre de ses adhérents. Afin de souder les dispositions des citoyens, le lord Faleonberg passa en revue quatre mille hommes dans les champs, et Xc ville, évêque d’Exeter, saisît celle occasion pour haranguer les spectateurs sur l'invalidité des droits et f incapacité do Henri, el sur lu légitimité du Lilro et les talents d’Edouard [2 mars], Los acclama lions qui suivirent ce discours furent considérées comme une preuve des sentiments du peuple; el le lendemain [3 mars], il
1, Wyrçwt, 4841, Whothum- W^Ol. ConL Croy?. 560, On n dit «nu veut qui- BorirUîa et Kyriel icccmpkgmdutit 11- roîp ut an seraient enfulfi- mtm que Henri leur persuada du tester, un leur du nn fuit an pfcfGlé qu'un ne k’U exécuterait point- Ces çcdTftiiiR contemporains n’en parlent pasT et rCyrcester a ou tient express muntqiu* ne fui i« Lord MottUiguu qui fui pris avor Henri. Ceuendunt, dans l’aet*1 do condamnation rendu dan* lu première année du replie fTEdomird IV, il osl dit qu'ils avaient reçu do lui une promesse de protection. Rot. Pari* v, d?7.
S, Rot, Part. vt iüü.
CIUPITHK niîlTIÈME.
fui résolu, dons un grand conseil, que Henri, en so joignant aux lorcps de la reine, avait violé le décret et perdu la couronne au profit û Edouard, héritier do Richard* dernier duc d'York. Dès que celle résolution fut annoncée, le prince se rendît à cheval en cortège h Westminster-hall, et montant sur le trône, il expli* m à i1 auditoire les droits de sa famille [h mars]. Ensuite il entra dans l'eglise, y répéta son discours, et la seconde comme la première fois, fut fréquemment interrompu par dos cris de ct yive le roi Edouard ! » Il fui immédiatement proclamé dans le stylo d’usage par les héraut* dans différentes parties de la cité K Ce jour vît expirer le règne de Henri VI, prince dont le carat v tera personnel commandait le respect de ses ennemis mômes fit dont les infortunes réclament la sympathie du lecteur. R était vertueux et religieux, humain, miséricordieux et bienveillant ■ mais la nature lui avait refusé la santé de corps et la fermeté tl e>jsnt qui lui eussent permis de lutter contre les difficulté» partictdières do sa situation. Il serait injuste d attribuer ces difficultés à dos erreurs de conduite; elles provenaient de causes indépendantes de sa volonté, du vice originaire de sou titre, do ja Juréc de sa minorité, des dissensions do ses oncles, et du retour fréquent dTune débilité corporelle* accompagnée généraleaient de la privation de sa raison. Quelques-unes de ces causes au surplus, donnèrent naissance k des mesures très-intéressantes puur ceux qui désirent approfondir les principes de notre ancteimB constitution* On y voit que. bien que le roi, on cas d absence temporaire du royaume, pût nommer un régentât lui déléguer I autorité durant son absence, il ne pouvait pourtant pas, sacs le concours des trois étals, pourvoir au gouvernement pendaQt la limité de son successeur ; — que, toutes les fois que le monarque régnant, pour cause d'èximne jeunesse uu de maladie mentale, était incapable de remplir les fonctions de la royauté, exercice de son autorité appartenait exclusivement h la chambre i lor^si Çui nommait les grands officiers do l’état et les membres du conseil, leur donnant pouvoirs de faire tes affaires ordinaires du gouvernement, mais reprenant ces pouvoirs ehaqi|0 fois qu'ils étaient eux-mômes assemblés soit on parlement son en grand conseil ; et que la reconnaissance de ces doc tri nés m requise des premiers princes du sang, les ducs de Bedford* tn ^ducester et d’York, qui, h différentes époques, convinrent
b Confia, CrotfL 350* Whetbnra. 51P5R Wyrëest, 4£8, 48a*
£52 HlSTplKE UANGLETfcKRE,
que, durant la minorité ou rmcftjàpitê du roi, ils nkvafêiM \m droit h plus d’ autorité que tout autre pair, \\ moins qu'elle né leur fût conférée par tout le corps1 * 3. Par la mémo raison, quand la succession h la couronne était contestée, les prétentions de chaque partie étaient, soumises h la chambre des lords, comme le seul tribunal légitime qui possédât Toulurïlé nécessaire puur prononcer sur une question si importante* Les communes n osaient point intervenir, et on no T eût pas souffert. Elles pouvaient bien représenter T urgence du casé la chambre haute; elles pouvaient de* mander a connaître ses résolutions, et s’il fallait un acte du parlement, elles y pouvaient donner leur assentiment; mais les pairs seuls nommaient le protecteur et les conseillers, et déterminaient leurs pouvoirs; et les fondions des deux chambres étaient nettement définies dans la rédaction des statuts qui attribuent la nomination au rot de l'avis et assentiment des lords, e( avec F assentiment seule ment des communes *•
Les communes, toutefois, sous ce règne, eurent soin de se conserver dans l’état P importance qu'elles avaient hériLee de leurs prédécesseurs* Elles continuèrent de voler les subsides et d'en fixer remploi ; leur concours était reconnu nécessaire pour la validité des statuts; et elles exerçaient le droit de mettre pn a cens a lion les ministres qui avaient perdu la confiance do la nation. Si elles laissèrent attenter h la liberté de la parole et a T inviolabilité de leurs personnes, lors de l'emprisonnement de 1 borpe par Tînfluence du duc d'York, et de celui tf Young par Tordre du roi, il faut se rappeler que ces actes illégaux furent commis lorsque les esprits étaient échauffés par la lutte des prétendants a h couronne, et par conséquent ne pouvaient pas former de précédents pour des temps plus paisibles. Les communes obtinrent de Henri ce que les souverains précédents avaient refusé ou éludé, une loi pour k sûreté personnelle de tous les membres du parlement dans T exercice de leurs fonctions et on fil plusieurs statué pour régler le modo des élections, prévenir les nominations frauduleuses, et fixer Les qualités requises pour les candidats el le? votants* Le shMff eut ordre de procéder h l'élection dans la première cour du comté, après k réception do l'Ordonnance du roi,