ÉDOUARD V
FBlîTCES CONTEMPORAINS,
Fmp. d'Alltn %. Ho* tVFcosse, Roi de France. Sottie d*MspQgne.
Frédéric 111. Jacques 1IL Louis XI. f*abd.k. >
Ferdinand. |
FiFfc.
Sine IV.
Conduite du duc du Cjloucester. Arrestations. — Le duc est fait protecteur,
— Meurtre de tord Hiistings et du comte Rivera. — Pénitence de Jane S] tore.
— Le duc aspire à la couronne. — Sermon en sa faveur. — Dis cours, du dur
de Ruekiugbutn. — Offre de la coure m te à Gleucesier,, — qui Vucaepte.
On peut jeter un faible jour sur ce qui se passa après la mort du dernier roi, en observant Fétat des partis b la fin de son règne* Soit qu’ Edouard y eût été entraîné par les importunités de sa femme, soit qu’il eûL mis de l'orgueil h rehausser la famille do celle qu'il avait placée à son côté sur le trône, il avait successivement élevé les parents de la reine do la condition de chevalier et d’écuyer aux plus hauts honneurs et offices de FEtat. L'ancienne noblesse vit leur élévation rapide avec jalousie et ressentiment; et leur influence, quoiqu’elle parût formidable, tant qu’elle fut soutenue par la faveur du roi, se trouva fort fieu de chose dans la suite, et restreinte} au petit nombre de familles dans lesquelles ils étaient entrés. Le marquis de Dorset, fils de la reine, d’un premier lit, et son frère, Faceompli mais inforUmé comte Hivers, occupaient les premières places au conseil; mais ils avaient conlinuellemenl pour adversaires les lords Ilastiogs, Howard et Stanley, amis personnels du roi, particuRèremeot le premier, qif Edouard avait choisi pour compagnon de ses plaisirs, et qui pour cette raison même était d’aulant plus odieux h la reine. Le monarque, tant qu’il fut en santé, avait contenu par sa prudence la rivalité des deux partis, et par sou autorité imposé silence h leurs dissensions ; et h son lit de mort, éclairé par la malheureuse minorité de Henri VI, il les avait appelés dans sa chambre, les avait exhortés a so pardonner mutuellement, et leur avait commandé de s’embrasser en sa présence. Ils obéirent avec cm-
CHAJ’tTKIÎ DIXIÉME. ü07
prosgement en apparence ; maïs leurs cœurs démenaient les sen-
V . S< qV H3 eipTaient; et P°u de Jours suffirent pour prou- 0llle la faus3ete de ces sortes de réconciliations, quand celui qn les a ordonnées n’est plus là pour les maintenir ».
Ues que te roi eut expiré, lo conseil s’assombln et résolut de proclamer son Jiîs aîné sous le nom d’Edouard V 9 avril ! Mais leur unanimité s’arrêta là. Le jeune prince, aceourçsgné do' son
éià I’ Ie 1VTerS’ et de son frfere u|érin, lord Grey, avait envoyé à Ludlow dans le Shropshire, sous prétexte” que sa présence servirait à contenir les Gallois; maison réalité, afin que, g amïissaid sous leur direction, il devint plus attaché à ses painiJn ernels- On eut le soupçon qu’à l’imitation d’Isabelle, r,„ d Edouard 111, la remo aspirait à une part considérable de . "r,1 '■ oiant la minorité de son fils; et pour déjouer ses dosreins, les ennemis des Wydevile attendirent impatiemment l’ar- •ree du duc de Glmtcester, oncle du roi, et du duc de Buckins-
„r,; ,deT;^rJn,j1 direct de Hi™» de VVoodstock, te plus jeune f’ro 1 *- Edouard 111’ Quand Elisabeth proposa que Ri vers et 1 ^ rendissent Edouard de Ludlow à la métropole sous la P o et, ion t.i une armée, Unslings et ses amis prirent l’alarme, uloucester et Buckingham étaient encore absents: la Tour était au pouvoir du marquis de Dorset; le roi était environné des créanres de la reine; et avec l’appui d’une armée, elle tiendrait ses dversaires ji sa merci, et tes Wydevüo pourraient consolider un autorité. Ou était, demandèrent-ils, la nécessité d’une armée . quels etaieu lies ennemis contre lesquels on devait la diriger?
L intention des Wydevile était-elle de violer leur serment de réconciliation? Il s’ensuivit une longue et vive altercation: Hasmgs déclara qu il quitterait la cour et se retirerait dans son gouvernement de Calais; la reine jugea prudeul de céder; et. dans
1 uQLrt, & Gumiriè i.nvoye üiams cLvs puissance étrau l-fIy-v; ’ { n *Vvr i ti t
m HISTOIRE D'ANGLETERRE.
IJ.QQ heure Tîj Laie, la résolution fut prise que la suite du jeune roi ne dépasserait pas deux mille cav allers K Richard, duc de Gloucester, était un prince d’une ambition insatiable, et qui savait cacher les plus sanglante projets sous le masque de l'affection et de la loyauté. Ayant le commandement de l’armée contre les Ecossais,, il était occupé dans les marches h F époque delà mort de son frère; mais dès quïi apprit cet événement, il se rendit à York avec une suite de six cents chevaliers et écuyers vêtus de deuil, fit faire dans k cathédrale les obsèques du roi défunt avec une magnificence royale, somma lus gentilshommes du comté de jurer allégeance h Edouard \ ; et, pom leui donner ^exemple, il fut le premier h prêter serment. En même temps il expédia des lettres pour protester de son affection et do sa loyauté envers son neveu, complimenter Elisabeth sur la perle de son mari, et offrir son amitié au comte Hivers et aux autres lords de la famille do la reine. Ayant augmenté son escorte, il continua sa route vers le sud, dans le dessein ostensible d’assister au couronnement, que le conseil avait fixé au h mai
Nous ignorons l'objet dos messages secrets qui, durant cet intervalle, s’étaient échangés entre le duc, Buckingham et Haslmgs; mais nous pouvons nous former une Idée probable de leur contenu par les événements qui survinrent immédiatement. Le jeune Edouard avait atteint S tony Stratford, se rendant a Londres, le jour même oii son oncle arrivait b Northampton, à environ dix milles derrière lui [29 avril j. Les lords Hivers et Grey se hâtèrent d’aller b la rencontre do Glouccster au nom du roi T et de soumettre b sou approbation les ordres qui avaient été rédiges pour rentrée du roi dans ta métropole. Us furent reçus avec distinction ci invités b dîner avec le duc, qui leur prodigua des marques d’estime et d’amitié- Pans la soir™, arriva le duc do Buckingham avec une suite de trois cents cavaliers. Après souper, Hivers et Grey se retirèrent h leurs quartiers, enchantes de la réception: les deux princes, laissés è eux-mêmes, dressèrent le plan de cc qu’ils avaient h faire le Lendemain.
Le malin, on découvrit que toutes les issues du la ville avatcii été ■ fortement gardées pendant la nuit, dans le dessein, eiait-il dit, d’ empêcher q ue personne ne rendît ses devoirs au roi avant î a rn v eu de Glouccster ;30 avril]. Celte circonstance éveilla les soupçons;
L Cant* Croifl. "jüj. More, 4L S, Ibid.
UIAWTIIE DtMÊiHE* (ÎOU
mais tes quatre lords chevauchaient de cou|i^} et amicalement en apparence, à, leur entrée dans Stony Slratford, lorsque G km ces ter accusa soudain Hivers et Grey de lut avoir aliéné le cœur de son neveu. Ils repoussèrent l’imputation ; mais ils furent imtnëd internent arretés et conduits h Tanière-garde. Les deux ducs se rendirent à la maison où le roi résidait, et T abord firent en fléchissant le genou, et en protestent de leur loyauté eide leur attachement. Mais après cette démonstration de respect, ils appréhendèrent sir Thomas Vaughan et sir Richard Hawse, ses domestiques de confiance, ordonnèrent au reste de sa suite de se disperser, et défendirent par une proclamai ion a aucun d’eux de su rc prose nier devant le roi, sous peine de mort. Le prince, abandonné et effrayé, fondit en larmes: mats G lu u ces ter le conjura a genoux de chasser ses terreurs, de compter sur Taffection de son oncle, et de croire que la perfidie des Wydeviïe avait rendu ces précautions nécessaires. Il reconduisit Edouard h Xorlhumptom et ordonna que les quatre prisonniers fussent conduits sous bonne escorte au château de Pontefract1.
Le môme soir, ce mystérieux événement fut annoncé en confidence au lord ILigiings, et bientôt après fut communique « la reine mère, qui, prévoyant la ruine de sa famille, se retira a la liàie avec son second fils Richard, ses cinq filles et le marquis do Morset, dans le sanctuaire de Westminster [l*r mai], et là fut logée dans les appartements de l'abbé. CeL asile avait été jadis respecté par son plus grand ennemi, le comte de Warwick : elle espérait qu’il ne serait pas violé par un beau-frère. La capitale fut aussitôt dans le désordre. Les citoyens s'armèrent : les uns so rendirent auprès d’Elisabeth, à W estminster, les autres auprès du lord Hastings, h Londres. Ce seigneur assura à ses amis, eu termes généraux, ce qu’il croyait probablement lui- mémo, que les deux ducs étaient do loyaux sujets; mais leur dessein réel restait un secret impénétrable ; elles partisans de la reine, sans chef et sans information, attendirent le résultat dans la plus pénible incertitude 2,
Le h mai, jour primitivement fixé pour lu couronnement, Glourester conduisit son neveu captif dans la métropole, ils ren contrèrent h Homscy-ïVk le lord-maire el les aldermen vêtus d’êcarîato et suivis de cinq cents citoyens vêtus de violet. Lejeune
1- èont. CrotjL 5fîÔ* More, ilT 4>. s- Vont, Cray!, m fi, OtiG, More, 43.
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roi portail un long manteau de velours bleu; ses serviteurs étaient en grand deuil : Gloucester était h * cheval devant lui, la tète nue, et le désignait aux acclamations des citoyens. Il fut logé, avec tous les honneurs de la royauté, dans le palais do lévêquej et reçut immédiatement la féaulé et Lhommnge des prélats, des lords et des membres des communes qui étaient présents. Un grand conseil avait été convoqué, et il continua de siéger pendant plusieurs jours. Sur la motion du duc de Buckingham, le rui fut transféré à la Tour ; un jour éloigné, le 2*2 juin, fut fixé poiu- le couronnement ; on retira les sceaux à l’archovÈquo d’York et on les donna a P évêque do Lincoln; on renvoya plusieurs officiers de la couronne, pour faire place aux adhérents du parti dominant - et Gloucester, qui avait été nommé protecteur [27 mai], prit le titre pompeux de « frère et oncle de rois, protecteur et défenseur, grand chambellan, connétable et lord grand amiral d’Angleterre 1 . »
On no peut faire que des conjectures sur le projet primitif do ce prince. 11 est rare que l’aventurier distingue au départ le but auquel il finit par arriver. Le flux des événements le pousse en avant, etlo succès obtenu l'excite h do plus hautes tentatives. Si le due n1 aspirait qu’au protectorat, son ambition n’était pas a blûmer. (Pétait une dignité qui, d’après les précédents des deux dernières minorités, semblait appartenir à l oncle du roi. Mais ou reconnut bientôt qu’il ne pouvait se tenir si près du trône, sans désirer de s’y asseoir lui-même ; et que lorsqu’il avait une fois pris sa résolution, aucune considération de parenté, de justice, ni d’humanité, ne pouvait le détourner de son but. Il s’avança toutefois avec la prudence et la dissimulation qui le caractérisaient; ses desseins ne se dévoilèrent que graduellement et partiellement; et i] n’avoua ouvertement ses prétentions îi la couronne, que lorsqu’il eut écarté les plus fidèles amis du roi, et été aux autres tout espoir de s’opposer à lui avec succès.
Tandis qu’on donnait des ordres et qu’on faisait des préparatifs pour le couronnement annoncé, Gloucester était tout occupé h mûrir ses plans et b expédier des instructions h ses partisans. Les membres du conseil se rassemblaient tous les jours dans les appariements royaux de la Tour; les contidents du protecteur, b Crosbyplace, dans Bishopsgate-sireet, so résidence li Londres. Ces réunions séparées n’échappèrent pas a l’attention de lord Stanley ;
1, Cant Cray J. $66. More, 47. Uvni. su. Buck. 523, ISO- Fab. 513. Drak? :f Eborac. 115.