‹ Histoire d'Angleterre, Volume 2Chapitre 16 sur 31 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

TENIkl VI.

Henri VI n'avait pas encore un an, lorsqu'il monta sur le trône. L'àdministratioA du royaume, pendant sa minorité, ne tarda pas à être disputée par les membres de sa famille. Le duc dè Bedford, l'un des princes les plus accomplis du siècle et qui • possédait une habileté égale dans le cabinet et au champ de bataille, fiit nommé, par le parlement.

HENÀi vr. i33 protecteur de l'Angleterre , défenseur de l'Église , et premier conseiller du roî. Son frère, le duc de Gloucester, fut désigné pour gouverner le royaunàe pendant que Bedford continuerait de diriger la guerre en France ; et*, J)our limiter le pouvoir des deux frères, on nomma un conseil sans l'avis duquel aucune mesure importante ne pouvait être prise,.

Les choses ainsi réglées, et les opérations milir taires étant à cette époque beaucoup plijB importantes que les affaires civiles , le duc de Bedford établit sa résidence en France, afin de veiller aux succès des armes anglaises et de s'opposer aux tentatives de Charles VII qui venait de prendre le titre de roi des Français et dont la situation était ^déplorable. Les Anglais étaient maîtres de presque toute la France; et Henri VI, encore au berceau, avait été revêtu par lés envoyés de Paris de tout le pouvoir royal. Le duc de Bedford, à la tête d'ime nombreuse armée , pénétra donc dans 1^ cœur du royaume, et se disposa à réprimer toutes les insurrections qui éclateraient, tandis què le duc de^Bour- ^gne, qui, précédemment, avait fait un traité aveç lui, resta dans la plus grande tranquillité, né songeant qu'à seconder ses prétentions.

Malgré des apparences aussi déplorables pour Charles VII, ce prince, qui réunissaît la prudence de l'âge mûr à l'amabilité de la jeunessç (il n'avait alors que vingt ans), trouva moyen de rompre *la ligue formée contre lui , et de ramener ses su^ jets à leurs intérêts naturels et au sentiment

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de leur devoir. Ses premières tentatives, cependant, ne furent suivies d'aucun succès : partout où il s'efforçait de Êiire face k l'ennemi, il était vainçu; a peine bsait-il se fier aux amis.qui entouraient $a persojane, son autorité était méconnu^ même de ses propres domestiques \ Les Anglais obtinrent sur luidifférens avantages, et une bataille, qui fut livrée près deVemeuil , où il fut totalement dé&it pgr le duc de JBedford , rendit ses affaires entièrement dé^spérées

Mais l'impossibilité où les Anglais se trouvaient de soutenir la guerre san& de nouveaux subsides» ayant forcé Bedford à se retirer en Angleterre , son ennemi vigilant profita de son absence pour se relever de sa chute. Dunois , l'un de ses gêné* raux,>s'étant mis à la tète de sei^ nlille hommes , força le comte de Warwick à lever le siège deMontargis, et cet avantage, quelque léger qu'il fut, commença à prouver aux Français que les Anglais n'étaient pas invincibles.

Mais un triomphe plus éclatant leur était réservé ; bientôt les moyens sur lesquels on devait le moins compter, et qui, selon toutes les vnaisem-

' An de J: C , i4a3.

* Les yictoires sur la France produisirent au reste peu de bons effets en Angleterre. Les sciences et les arts reculèrent , et cet âge malheureux ne produisit ni poète ni historien. ( Lettres sur l'Histoire Angleterre, ) Les livrés étaient alors fort rares , ce qui empêchait les lumières de se répandre. La comtesse de Westmoreland , présenta , en 1434 t une requête au conseil privé, où elle réclamait un XWré intitulé les Chroniques de Jérusalem , qu'elle avait prêté au îm poi. {^ote de Brissot de ff^arviiU.) Mais l'imprimerie s'Introduisit en Angleterre à la fin de ce malheureux règne , par les soins de Guillaume Gaxton de Londres. A« A.

bbuces, ne pouvaient être, suiTÎs d'attcim^ceès, produisirent la révolutioa la pkis heureuse pour la France. Une femme, née dans la classe k plus hw)I>le e% ne possédant aucune espèce d'éducatkok, força la VktoirQ à se prononcer en faveur de ses compatriotes^ et inspira aux Anglais cette même terreur qui avait rendu le^ Français si feibles derant leurs vainqueurs. Aidés diu secours d'une îeune fille, ik> se relevèrent glorieusement deleor chu telles Anglais, repoussés de toutes parrts, furent totalaiieot cfa^issés) du royaume, et les vaincm devinrent à leur tour vainqueurs.

Da»s le village de Domremi , près, de Vaucouleurs , sur les frontières de la Lorraine ,^vait une jeune paysanne dç vingt-sept ans environ appe- ^ lée Jeanne d'Are. Cette fiHe avait été servante dans une petite auberge, et, dakis cet humble état^, s'était sôuiQiise A tous les emploie pénibles peuvent préparer le corps aiix fatigues de la guerre- Ses momn étaient irréjMrochabks, et, Jusqu'alors, elle n'avait annoncé aucune de ces. dispoâtions au<dajcieuses qu'elle déploya bientôt. Satisfaite de son sort,. elle rempfesaîA avec sèle et exactitude ses dévoies^ et ne. se faisait remarquer que par ^ mo*des.tie; et sa piété extrême.

Cependant les malheurs de sa patrie parais* saieat être l'objet constant de. ses pensées; squ-* vent eile s'appitoyait sur le sort déplorable de la E'rance; s^n^ souverain expulsé du trône où il avait des droite si légitimes, son pays inondé de sang,

' Elle n'en avouait que dix-huit. tH. Y.

l36 HISTÔIHE D'ANGLETERRE.

et la vue des biigandages innombrables que cômmettaient continuellement les étrangers, étaient des motifs <Xrop puissans pour ne point exciter son ressentiment et échauffer son cœur du désir ardent de remédier «aux maux de la France^ Son ame exaltée et nourrie de ces pensées constantes, commença à ressentiF dés impulsion;» qnVlle chercha à prendre pour des inspirations du ciel. Convaincue enfin de la réalité; de ses visions, elle alla trouver Dandicourt , gouverneur de Vaucouleurs , et lui dit qu'elle était destinée par levciel à délivrer son pays de ses farouches usurpateurs. Dandicourt la traita d'abord assez froidement et ne l^écouta qu'avec indifférence ; n(iais sa persévérance et ses impprtuhités ayant fini p^r l'emporter, il cousen» tit à mettre à l'épreuve les talens qu'eliè jwi^tendait posséder, et lui ayant donné une escorte^ il la fit conduire à la| cour de France, qui résidait alprs à Chinon.

Quelque convaincu que fut, sans doute, le roi de' la faiblesse des prétentions de Jeanne d'Arc, il ne voulut, cependant, dédaigner àucun m,oyen de relever sa fortune chancelante. En conséquence , on publia que Jeanne était inspirée du Giel j qu'elle avait reconnu le roi au milieu de ses courtisans, quoiqu'il se fût dépouillé de toutes les marques de son autorité ; qu'elle lui avait, révélé des secrets connus de lui seul , et qu'elle avait demandé une épée dont elle avait donné une description minutieuse , quoiqu'elle ne l'eût jamais vue; cette épée, àvait-elle assuré , de-

HENRI VI. i'ij

vait être conservée clans l'église de Sainte CadieriQe de Fierbois. L'esprit du vulgaire ainsi préparé, Jeanne fut habillée de pied en cap, montée sur im cheval de bataille et offerte à la vue du peuple dans tout l'appareil martial. £llç fut conduite ensuite devant les docteurs de l'Université, qui, imbus de la crédulité du tems ou disposés à* favoriser une imposture qui pouvait amener d'heureux résultats, déclarèrent qu'elle avait reçu sa mission du ciel même.

Lorsque tous les préparatifs furent terminés, on se disposa à envoyer Jeanne contre l'ennemi Les Anglais assiégeaient alors la ville d'Orléans , unique ressource de Charles, et tout semblait leur promettre un prompt succès. Jeanne entreprit de faire lever le siège, pour se rendre encore plus imposante^ elle se ceignit de l'épée miraculeuse qu'elle avait dépeinte précédemment d'une manière si extraordinaire. £Ue ordonna à tous les soldats de se confesser avant de songer à combattre, puis, déployant une bannière consacrée, elle assura les troupes d'une victoire certaine. Sa confiance finit par exciter llardeur de l'armée fran» çaise ; les Anglais mêmes , qui s'efforçaient de montrer pour elle du mépris , se sentirent secrètement émus de l'idée de sa mission divine, et, malgré eux, la terreur s'empara de leurs ame&. Un convoi devait être envoyé pour approvisioiuier la ville. Jeanne , à la tête de quelques troupe^, couvrit l'embarcation et rentra, dans Orléans avec

' An de J. C. , i^^^g.

l38 HISTOIRE l>'AIfGL£T£RRE.

le ponvoi qu'elle avait si heureiisement protégé. Le$ Anglais, ténioins de ce succès, étaient plongés dans l'étonnement : un morne silence régnait parmi eux, et ils contemplaient avec une crainte religieuse ce courage téméraire qu'JUb croyaient n6 devoir provenir que d'une puis^nce surnaturelle. Mais ilsfurentbientôt forcés de sortir de l^urjstupéfaction par upe vive sortie <fe l'ennemi : Jeanne, portant l'étendard sacré daiis. sa niain, et encourageant les soldats par ses paroles et ses actions, les conduisit aux trançUées et a^aiUit les assiêgeans jusque dans leurs prqpres redoutes* Pendant l'attaque de Fun des forts, elle fut bleâséci au cou par une flèche , niais ayant retiré k l'instant le trait a de sa propre main 9 et mis promptement un appareil Siuç s^ blessure elli se bita de reparaître à la tête de ses tro^upes , et planta elle*même sa bannière yictorieui^ sur Jes remparts de l'ennemi.

Ses succès augmentant à cbaqi^ instant , les Anglais; ccmmw^èrent à cjooire qu'il était impossible de résister à 4^ troupe animées d'une énergie aussi surnaturelle, et Çuffplk, qui dirigeait l'attaque, ayant jugé qu'il pouvait devenir extrêmement dangereux de rester plus long^ems en présence d'un ennemi aussi heureux que brave, leva le siège et se retira avec toutes les précautions possibles.

Après avoir été attaqués pendant si long-tejns , les Français, à leur tour, étaient devienus les agresseurs, Charles ayant rassemblé un coi^ de six mille hommes, l'envoya pour assiéger Jet^eau, que le comte de Suffolk occupait en ce moment

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avec une partie de son armée. La ville fut prise ; S^ffolkse rendit prisonnier, et Jeanne entra triomphante dans la ville, à la té te de Tarmée. Bientôt après, il y eut une bataille livrée près de Patay, où les Anglais furent vaincus également , et où les généraux Scales et Talbot furei^t prb.

Ija levée du siège d'Orléans n'était quHme partie des promesses faites par la Pucelle au roi de France j l'autre , était son couronnement à Reims. Elle annonça alors qu'il était tems d'accomplir cette cérémonie, et Charles, détermine à suivre ses ^vis , se dirigea vers Reims , à la téte de douze mille hommes. Le§ villes qu'il traversa ouvrirent leurs portes pour le recevoir , et les habitans de Reims, au moment de son arrivée , envoyèrent une députation lui porter les clés de la ville. La cérémonie de son couronnement eut lieu avec la plus grande solennité; et la Pucelle d'Orléans, voyant*sa mission remplie, demanda la permission de se retirer , puisqu'elle avait atteint le but de ses désirs. Mais le roi, ne pouvant se déteiininer à se séparer d'elle , après les services qu'elle venait de lui rendre , la pressa si vivement de rester près de lui, qu'elle finit par consentir à ce qu'il souhaitait.

Une foule de succès suivirent ce couronnement: Laon, Soissons, Château-Thierry, Provins et plusieurs autres villes se soumirjent à Charles, sans effort. De Tautre c6té , les Anglais , consternés et abattus, fuyaient de toutes parts, ne sachant s'ils devaient attribuer leur défaite. au pouvoir de quelqu'enchantement ou à une influence divine.

l4o HISTOIRE D*AirGL£T£RAE.

et ils étaient également terrifiés par la crainte de l'une ou l'autre de ces deux puissances. Ils se voyaient ravir à regret les conquêtes qu'ils avaient obtenues^ et forcés de se soiimettre aux Français, comme autrefois eux- mêmes avaient été /obligés de se soumettre aux armes anglaises» Leurs dissensions mutuelles, tant sur Incontinent que dans l'intérieur de leur royaume , les rendaieiit incapables de continuer la guerrë, et le duc ^e Bedford, malgré toute sa prudence , se vit dépouiller de ses forteresses, sans qu'il lui fût possible d'arrêter les progrès de l'ennemi.

Il résolut donc , pour relever l'état chancelant de ses affaires , dé faire couronner le prince Henri à Paris, espérant que la splendeur de cette cérémonie imposerait aux Frariçais, et les forcerait à l'obéissance. Henri , en conséquence , fut couronné roi des Français ; et tous ceux qui persistaient encore à reconnaître l'autorité étrangère jurèrent fidélité et hommage au nouveau monarque \ Mais il était trop tard alors pour que la pompe du couronnement pût donner une tournure favorable aux affaires de l'Angleterre : la majeure partie des Français s'était déclarée contre les conquérans , et le reste n'attendait que l'oocasion de suivre çet exemple.

Il arriva bientôt un événement qui ,* quelqiie avantageux qu'il parût d'abord à la cause des Anglais, ne servit qu'à les rendre plus odieux et ^ hâter leur expulsion totale du pays qu'ils avaient

' Aude J. C, i43i.

HKNRI VI. î4l

usurpé. Le duc de Bourgogne , à la téte d'uue ar- » mée puissante, avaitmis le siège devant Compiègne , et la Pucelle d'Orléans s'était jetée dans cette place contre la volonté du gouverneur , jaloux d'une autorité supérieure à la sienne. La garnison ne la reçut pas moins avec transport, et se crut invinr cible sous sa protection ; mais leur joie ne fut que de courte durée. Jeanjie , ayant fait une sortie le jour suivant, et chassé deux fois l'ennemi de ses retranchemens , fut enfin obligée de se rétirer et de se placer à Tarrière-garde pour protéger la retraite de ses troupes. Au moment où elle se disposait à les suivre et à rentrer avec elles dans la vijie, elle trouva, à sa grande surprise, |es portes fermées et le pont levé par ordre du gouverneur qui, à ce que l'on . prétend, épiait depuis longtems l'occasion de la livrer à ses ennemis.

Rien ne saurait exprimer la joie des Anglais à la nouvelle de la prise d'une femme qui était la terreur, de leurs arrîies. Le Te Deum fut chanté , et dès-lors on espéra qu'une capture si importante et si extraordinaire rendrait aux Anglais leurs premiers succès. Le duc de Bedford, informé de la prise de la Pucellè , la racheta du comte de Vendôme, qui l'avait faite prisonnière, et ordonna qu'elle fût gardée étroitement.

La crédulité du peuple , à cette époque ^ était si grande que les choses les plus absurdes étaient accueillies sans peine, ce dont les grands et le clergé savaient profiter habilement. Jeanne, que ses succès avaient fait regarder depuis quelque

tems comme une sainte, fut considérée, dès le momént de sa captivité , comme une sorcière aban-* donnée même du démon qui ne lui avait prêté qii'un secours trompeur et momen^aiié. Il fut résolu, en plein conseil, qu'elle serait envoyée à Rouen, afin d'y être jugée pour crime de sorcellerie, et révêque de Beauvais, homme entièrement dévoué aux intérêts de l'Angleterre , présenta une requête contrç elle. L'université de Paris eut la bassesse de se joindre à lui. Plusieurs prélats , parmi lesquels le cardinal de Winchester était le seul anglais, furent désignés pour ses juges. Ils tinrent leur cour à Rouen, où Henri résidait alors ; et la Pucelle, revêtue de tout l'appareil militaire, mais chargée de fers , parut devant ce tribunal implacable. Sa conduite, en cette circonstatice, ne démentit nullement sa valeur passée ; elle ne montra ni faiblesse ni soumission déplacée ; mais elle a{!>pela à Dieu et au pape de la vérité dé sès premières révélations. Malgré sa défense , elle fut déclarée coupable d'hérésie et de sorcellerie , et condamnée à être brûlée vive, châtiment ordinaire des crimes de cette espèce.

Mais avant de prononcer cette sentence redoutable , ses bourreaux résolurent de la forcer à abjurer ses erreurs passées , et les tèrreurs qu'ils employèrent , èt les tôurmens qu'ils lui firent supporter finirent par vaincre son courage. Sès visions commencèrent à s'évanouir; la sombre méfiance prit la place de ces brillantes inspirations. Elle déclara publiquement qu'elle consentait à se rétrac-

HENRI VI

ter j et promît de ne plus accueillir à Tayenir les vaines illusions qui l'avaient égarée jusqu'alors et qui en avaient imposé au peuple. Cette rétractation était tout ce que ses persécuteurs désiraient, voulant montrer quelqu'apparence de clémence ; ils commuèrent sa sentence en une prison perpétuelle , au pain et à l'eàu. Mais la fureur de sés enkiemis n'était pas de nature à s'apaiser par un châtiment si doux. Satisfaits de ses aveux, ils voulurent s'assurer si sa rétractation était sincère. Soupçonnant que les habits de son sexe , qu'elle avait consenti à reprendre, lui étaient désagréables, ils placèrent à dessein dans sa prison un costume guerrier , et épièrent FefFet que devait produiï*e cette vue sur elle. Leur cruel artifice eut tout le succès qu'ils attendaient. Jeanne, émue vi^ vement à l'aspect des vêtemens sous lesquels elle avait acquis^ tant de gloire, jeta sa robe de pénitente , et se revêjit des habits défendus. Ses ennemis , entrés en ôe moment, la trouvèrent dans ce costume, et son imprudence fut regardée comme le signe le plus certain de son endurcissement au crime. Dès-lors , il ne lui resta plus aucun espoir de par'don. Elle ftit condamnée à être brûlée vive sur la place* du marché, à Rouen, et l'infamé sentence fut exécutée rigoureusement.

Cette cruelle action , résultat de la superstition et de la cruauté humaine , ne servit qu'à auginenter la haine âes deux puissancfes l'une contre l'autre, et ne fat d'aucun avantage pour les Anglais. L'une des premières infortunes qu'ils éprouvè-

î44 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

rent après leur crime , fut la désertion du duc de Bourgogne , qui, depuis quelque tems , avait reconnu sa faute , et désirait rompre une alliance fondée sûr l'injustice, et fatale au bien de son pays. En conséquence, un traité fut coi^clu* entre lui et Charles, dans lequel le dernier consentit à fcûre toutes les réparations possibles, pour le meurtre du feu duc, et le premier s^éngagea à aider Charles à chasser les Anglais de France. Cette défection du duc de Bourgogne fut un coup fatal pour eux; et tels furent les effets qu'elle produisit sur la populace de Londres , qu'elle se livra à des excès terribles^ et massacra plusieurs, vassaux dut duc, qui se trouvaient alors ^en Angleterre. Peutêtre cet événement contribua-t-il aussi à hâter la la mort du duc de Bedford qui termina sa vie à Rouen, peu de tems après le traité conclu entre le roi de France et le duc de Bourgogne. Richard, duc d'York, fut nommé à sa place régetit d^ France.

Dès que le duc de Bedford eut cessé dfe vivre, les malheurs de l'Anglet-erre devinrent irréparables. Les Parisiens retrouvèrent enfin Je sentiment de leur devoir j et lord Willougby, qui commandait Paris pour les Anglais, fut trop heureux , après de vains efforts, de stipuler la sûreté de la retraite de ses troupes en Normândie.

C'est ainsi que -les Français^ en agissant avec persévérance , regagnaient , quoique lentement, le terrain sur leurs ennemis, et quoique leurs champs fussent dévastés et leurs villes dépeuplées, ils

* AndeJ, C,

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trouvaient dans la faiblesse et les dissensions con^ tinueiles des . Anglais un avsuita^e dont ils savaient habilement profiter.

Les deux nations, fatiguées enfin d^une guérlre qui, quelque languissante qu'elle fût, était éncore ua fardeiau plus pesant qu'on ne pouvait le. supporter , conimencarent à désirer ardemment te repos ;, mais les conditions étaient si e^gérées de part et d'autre, qu^ tout espoir d'accommodement s'évanouit promptement. On finit cependant par convenir d'une trêve de vingt-deux mois seulement^ qui laissa les choses sur le même pied entire les deux^partis'. ,

©es que cette trêve fut conclue , Charles s'occupa avec zèle et habileté de remédier aux maux innombrables auxquels son royaume était exposé dep^is si long^teins, par là durée des guerres étran<^ gères et intestines^ Il rétablit la .discipline panxii ses trpupes^ la police dans ses états; réprima les factions; fit revivre l'agriculture, et^ s'étant remis en état de reprendre lex^hamp de bataille, saisit la première occasion qui s'offrit dé rompre la trèvcw La Normandie fut envahie par quatre armées puissantes, dont la première était commandée par Charles, la seconde, par le duc de Bretagne, la troisième, par le duc d'Alençon ,et la quatiième, par lé comte Dunois.^. Presque toutes les places fortes ouvrirent leurs portes^ dès que les Français parurent. Rouen fut la seule ville qui sembla dispos^ée à sou-

' An de J. C, i444- ' * Ab deJ. C, x449-

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l46 HISTOIRK d'aNGLETERRE.

tenir un siège ; mais les habitans demandèrent à ii grands cris la reddition de là place, que le duc de Somerset, qui commandait la garnison, fut obligé de capituler*. " .

La bataille, ou plutôt l'escarmouche de Fourmignjr fut la dernière tentaitive que firent les Anglais poUr défendre leurs possessions françaises; elle n'eut pas plus de succès que les autres : ils furent mis en déroute, et plus de mille hommes fiirent tués. Toute la Normandie et la Guyenne , qui , de- ^ puis si long-tetns , étaient soumises à l'autorité de l'Angleterre , retournèrent à la France ; et les Anglais se virent enfin totalement dépouillés de deul provinces, que depuis trois siècles ils regardaient comme Élisant partie de leurs états'. De tant de conquêtes , Calais, fut la seule ville qui leur resta, et cétte faible compensation de tant de sang^ ré* pandu et de tant de trésors prodigués né fut qu'un triomphe passager pour l'ambition.

On pense bien que les mauvais succès, qui marquaient les première^ années du règne de Henri, durent produire des querelles et des factions parmi les chefe du gouvernement. Le duc de Gloucester , qui avait été nommé régent d'Angleterre pendant l'absence de 3on frère, avait plusieurs rivaux qui enviaient son rang. Dans le nombre de ces concurrens, on remarquait Henri Beaufort évéque de Winchester , grand oncle du roi , et fils de Jean de Gand.Ge prélat, ataquel Féduca^on du jeune mo-

' Ande J. C. , i45o.

* An d« J. C., 1453.

fiarque avait été confiée, étadt doué d'une expé*rience consommée et d'une grânde habileté, mais il avait gn même tcms un caractère remuant et dangereux. Le désir ardent qu'il nourrissait de parvenir au gouvernement du royaume, faisait naître de fréquentes disputes entre lui et le duc de Gloucester, prince d'uïi caractère franc et ouvert, et sur lequel il obtenait des avantages continuels. C'était en vain que le duc de Bedford avait employé toute sôn autorité et celle du parlement pour les réconcilier ; leur animosite mutuelle n'avait cessé ^ pendant plusieurs années , de troubler le gouvernement, et n'avait pas manqué de tourner au profit des ennemis du royaume. Leurs sentimens différaient surtout relativement aux affaires de la France. Le cardinal était d'avis d'agréer toutes les propositions d'accommodement; le duc de Gloucester voulait que l'on soutînt Thonneur des armes anglaises, et que l'on s^efforçat de re^ prendre tout ce qui avait été perdu par les défaites et fes délais. Tous étant divisés d'opinion , il devînt nécessaire dé recourir à de nouveaux auxi* liaires. Le cardinal résolut,^ pour fortifier son parti, de faire faire au roi un mariage convenable, d'entraîner la jeune reine dans ses intérêts,' et de forcef ainsi la balance en sa faveur.

Le comte de Suffolk, dont l'attachement et la fidélité lui étaient assuçés, fut donc envoyé en France , sous le prétexte de régler les conditions du traité qui avait été conmiencé; maille but réel était d'arranger un mariage pour le rii. Le duc de ^

lO'.

]48 HISTOIRK d'aBTGLETERRE.

Gloucester avait proposé, quelque tems avant, uncî fille du comte d'Armagtiac; ïnais son influence avait été trop faible pour l'emporter. Le card^al et ses partisans avaient jeté les yeux sur Marguerite d'Anjou, fille de René, roi titulaire de la Sicile^ de Naples et de Jérusalem , mais qui ne posisédait ni états ni pouvoir réel. On espérait que cette princesse , la plus accômplîe de son siècle par sa beauté, son esprit et son grand caractère , saurait prendre un empire nécessaire sur son époux , prince faible , timide et superstitieux. Le traité fut passé à la hâte par Suffolk^ et le mariage célébré en Angleterre, le roi ayant alors vingt-quatre ans.

Cette alliance fortifia considérablement le parti du cardinal ; la reine se déclara entièrement pour lui , et le duc de Gloucester se trouva bientôt ne plus posséder qu'une ombre de pouvoir. Toutes ses mesures étaient hautement désapprouvées par son puissant antagoniste ^ et chaque jour il se voyait ii^^iilté de la manière la plus cruelle. L'un des moyens criminels que ses ennemis prirent pour ie rendre odieux, fut d'accuser la duchesse, sa femme, de sorcellerie. On prétendit qu'elle avrfit eu des entretiens secrets avec Roger Bolingbroke, prêtre soupçonné de nécromancie , et une femme nommée Marie Gurdemain, réputée sorcière également. On déclara que ces trois personnel réunies avaient , à l'aide de .cérémonies diaboliques , placé sur un feu lent une effigie du roi , faite en cire, dans y idée que les forces de ce prince s'épui* seraient à rifesure que la cire se fondrait, et qu'à

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sa totale dissolution la vie 4e Henri se terminerait. Une telle accusation devait s'accréditer sans peine dans ce siècle crédule ; plus elle s'éloignait du bon sens, plus elle Semblait digne de foi. Tous trois forent dédarés coupables ; et ni le rang de la duchesse, ni l'innocence des accusés, ne purent les sauver. La première fot condamnée à un emprisonnement perpétuel 3^ le prêtre pendu , et la femme brûlée dans Smithfield.

Ce ne fot là que le cbnipaencement des persécutions qu'eut à essuyer lé duc de Gloucester.. Le cardinal de Winchester, déterminé à poi^sser sôh ressentiment jusqu'à ia dernière extrémité, convôqua un parlement, non à Londres^ ville trop dévouée aujduc^ mais à Saint-Edmondshuiy, où les partisans du cardinal étaient en nombre suffisant pour tenir en crainte . les amis du duci Dès qu'il comparut, il fot accusé de trahison, jeté dans une prison obscure, et, le jour désigné pour entendre sa défense ^ on le trouva mort dans son lit, sans qu'aucun signe de violence parût sur son corps.

La mort de l'infortuné duC fut attribuée géné« ralement au cardinal qui expira lui-même six se*^ maines après, en témoignant le renaords le plus profond de sa condui|e barbàre. La part que la reine eut dans ce crime est fort incertaine; son activité* ordinaire et la trempe de son esprit firent présumer, avec quelque raison , au peuple, que les ennemis du duc n'auraient osé cotnmettre une tella action , s'ils n'avaient été autorisés par elle.

l5o HISTOIRE b'4NGLET£RrÈ^

L'aversion générale que ce meurtre inspira tomba bientôt sur Henri qui , dépourvu d'esprit et de caractère, ne put parvenir à éloigner de lui le soupçon. Dès cette époque , le mécoqtentemenit se manifesta parmi le peuple, et l'esprit de faption te ralluma parmi les grands. Un monarque faible^ quoique doux et vertueux, ne peut manquer, tôt ou tard, de voir sa personne méprisée et son autorité méconnue. L'incapacité totale de Henri se fusant remarquer chaque jour davantage, et la guerre avec l'étranger n'étant plus à craindre , le peuple anglais commença à pressentir toutes les horreurs de la guerre civile. Dans ce moment si critique, un autre objet d'intérêt, qui, pendant les tem$ de triomphes et de prospérité, était resté dans l'oubli, rejMffut tout-à-coup , et vint offrir un nouvel aliment aux esprits inquiets du :royaume.

Le moment était venu ou les. Anglais paient subir le châtiment tardif, mais mérité, de leur conduite injuste dans la déposition de Richard H. Un autre Richard , duc d'York , descendant , par sa mère, dé Lionel, l'un des, fils d'Édouard III avait des droits qui devaient l'emporter sur ceux du roi actuel, descendant de Jean de Gand, ûls du même Édouard III, mais plus jeune que Lionel. Richard sôngea do^c à faire valoir ^ses. titres à la succession , et jygea que la faiblesse et les troubles du règne présent offraient une circonstance favorable à son ambition. Le parti de Richard avait pour ^emblème une rose blanche , et celui de Henri une rose rouge. Ce fut là l'origine de ces deux factions qui.

peads^t un si grand nombfi^ d'années , devaient inonder le royaume de sang.

Le cardinal de Winchester éjtant mort j le <kui de Suffolk, qui avait pris part k 1 assassinat du duc de Gloucestef^ s'empara des afïajres, ct^ Sjeeoi>dé secrètement par la reine^ U joiiit })iejQtôt d'une aur torité sans bornes. Cet homme ambitieui^, parvenu à la fortune par un meurtre, était déterminé à m^iptenir sa puissance par les moyens ordinaire aux hommes videpx et inéchans , en tyramii^$ant $e^ inférieurs et en fjiatt^t bassement ses supé* rieurs. Sa conduite ne t^rda pas à exciter le mé^ contentement et la haine du royaume entier^ lua haute noblesse avait peine à supporter Félévation d'un sujet qui était d'une naiss^^nce inférieure à la sienne. Le peuple murmurait de ses mesures ar-» bitraires, ainsi que des immenses acquisitions qu'il avait faites, et chacun s'empres$ait de rejeter sur lui le bl^^e de toutes les mesures injustes et préjudiciables au bien pjublic. Suffolk n'ignorait pa^ l'aversion du peuple pour lui , mai$ i^ supppsait que ses crimes étaient de nature à ne pouvoir éfir^ prouvés , et que y dans le. ca^ çiépfxe où ses. enn^-' mis parviendraient à le faire, il lui serait facile 4'é^ luder le châtiment. Jl s'efforça donc de leur im*poser par -son audace ; il se présenta hardiment pour répondre à leur appel, et il le$ somma 49 prouver ce qu'ils avançaient. Cette démarche était , ce que la chambre des communes désirait depuis lon^-tems ; une accusatiqn fut sur-le-champ inten-^ tée cpptre lui, et on lui reproicha les crimes d#

i5a HISTOIRE i/angleterre.

corruption , de tyrannie et de trahison ; il fut ae4 cusé d'avoir contribué à la perte des possessions françaiseis ; d'avoir engagé le roi de f rance à envahir FAngleterre à force année , et d'avoir trahi l^s secrets du gouvernement. Peut-être ces imputations étaientnelles injustes , mais la haine de ses ennemi^ était telle , qu'ils s'y appesantirent avec achamement, et citèrent peu l'abus cruel qull faisait d'un poi;voir usurpé. Il n'est pas Êicile à un seul homme, malgré toute sâ puissance, de résister aii ressentiment réuni d'une nation entière. La c0ur, nonobstant ses efforts, fut contrainte à abandonner son favori^et le roi , pour se mettre, autant quepossîblev à l'abri de l'aversion populaire, se détermina à le bannir pour cinq ans du royaume. Cette sentence fut regardée par plusieurs personnes comme une faveur, et comme un moyèn de le soustraire à la rigueur de la justice. Mais ses ennemis, qui ayaient juré sa perte, séduisirent le capitaine d'un -vaisseau , et le (Jéterminèrent à intercepter son passage en France, lï fut arrêté près de Douvres, et eut la tête tranchée à bord d'une chaloupe; son corps fut jeté à la mer. On voit avec regret, que parmi les différens événemens de ce siècle, il y en a peu qui soient dignes d'intéresser le lecteur en faveur de l'un ou l'autre parti ; on n'aperçoit que des crimes' de part et d'autre, e4: à peine trouve-ton un trait de grandeiir ou de vertu (jui puisse dédommager du -récit pénible de tant dè forfaits.

Richard d'Yoi'k se vit , par la mort du duc de

HENAt VI. l53

SufFolk ^, débarrassé d'un ennemi puissant , et se réjouit secrètement de voir le mécontentement du peuple augmenter chaque jour. Parmi les murmures sans nombre auxquels les abus du gouvernement donnaient lieu , il y en eut qui allèrent jusqu'à l'insurrection. L'une de ces révoltes , dirigée par John Cade, fut de la nature la plus dangereuse. Cet homme , né en Irlande , avait été obligé de s'expatrier en France pour différeus crimes ; mais, à son retour, voyant le peuple disposé à adopter les mesures les phis violentes, il prit le nom de Mortimer, et, à la' tête de vingt mille hommes de Kent, il se dirigea vers la capitale, eft campa à Blackheàth. Le roi , informé de ce qui se passait , envoya un message pour savoir la cause d'un tel rassemblement. Cade, au nom de la communatité, répondit que leur but était de punir les' ministres coupables et de réformer les abus dont le peuple était victime. Le conseil du roi jugea ces deDâandes séditieuses^ et quinze mille hônimes furent levés pour marcher contre Ites insurgés. Henri Itû-méme se mit à la téte de ses troupes, et s'avança vers Blackheàth. A son approche Cade se. retira, feignant d'être effrayé d'en venir à un engagement, et dressa une embuscade dans un bois voisin , ne doutant pas qu'il ne fut poursuivi par l'armée royale; mais Henri se contenta d'envoyer un détachetnent à la suite des fugitifs, et retourna à I^ndres. Cade, qui n'attendait que ce moment, sortit brusque-*

* Ai>de J. C, 1460.

1 54 HISTOIRE Jo'AirOIyETERRE.

laent tioa eipbuscadç f^t mit le détadueit^ent m pièces.

Les atoyens de Londres, peu 4^ teins après, ouvrirent leurs portes au vainqueur, et Cade sut^ p^BddQt quelque tems, maintenir le bo^ ordre et la discipline parmi ses troupes; il les recoi^luisait hors de la ville pendant la nait, et ses ordres eontrç la violence et le pillage étaient de la plus grande sévérité.

Le lendemain de son entréç .dans )a capitale , ayant appris que lord Say, le trésorier, était dan;s la ville , il le fit arrêter et lui fit trancher la têt^ sans autre forme de procès , et retourna à Soutb** wark dans la matinée. Pendant plusieurs jours i^ suivit la même conduite, portant de la \jile la nuit et y reoti'ant dès le jour. Mais à la il lui devint impossible de contenir se^ troupes dans dp }uste$ bornes, et les habitans de Londres prirent le parti de fermer leurs portes à Gade , ce qui donna Iteu à un engagement entre luiet les citoyens de la ville; la nuit:seule mit fin à ce combat L'arcbevêque de Cantorbéry et le chancelier, qui s'étaient ré^igiés dans la Tour, ayant appris la situation des afEadres^ trouvèrent moyen, peiidant la même nuit, de dres-^ ser un acte d'amnistie, qui fut distribué secrète* ment parmi les rebelles. Cejtte p^^sure eut tout re£fet désiré; Cade se vit, dans la matinée, abandonné de la plupart de ses gens; et, s'étant retiré à Rochest^, il fut bi^itot obligé de fqir seul et de se cacher dans les bois deK-ent. Une récompense fut promise publiquèiEnent à celui qni rapporterait

HENRI VI

sa tété. Il fut découvert , çt tué par un nommé AlexajMlre Edeu qui , pour pri^ de ce ^ervicie, fol; nommé gouverneur du château de Douvres.

Le duc d'York fomentait secrètement tous ce»

troubles; et, se décorant le défenseur du peuple^ il écrivit au roi pour l'engager à réformer le mi* nistère'. La chambre compiunes le seconda de tout son pouvoir ; ,une requête, fut présentée contre le duc.de Somerset ^ la duchesse de $uffolk, l'évéque de Chester, sir Jçhn Sutton et lord Dudley. On sollicitait vivement le roi de les éloigner pour jao^s de sa perspna^e et de spn conseil, et de leur ordonner de se te^irà uqe dîs^noe de douze milles de la coiwr. Quelque, disposé ^ue fôt le roi à rejeter une mesure aussi vioI|g||^te 9 il s'efforça cependant d'adoucir l'animosité générale éir rigéè contre ses favoris, en promettant de bannir de la cour , pendant l'espace d'une aonée , une partie du ministère si odieux au peuple, -> Mais de telles considérations, sont toujours un mauvais palliatif dans un gouvei;n€aiient. L^ duc d'York, voyant le peuple émbrasser sa cause avec ardeur , résolut de tirer parti de son pouvoir , et leva \m corps de diiç mille hommes, a\)eç lequel il marcha sur Londres , demandant à haute voix 1^ réformatioQ du gouvernement et l'éloignemie^ii^t de Somerset*. Il avait d'abord conçu ^espoir que les habitans de Londres, en le voyant,Jui ouvriraient le& portes avec empressement ; mais il éprouva

* An de J. c/, t45i.

* An de J. C, i453. •

l56 HISTOIRK d'a^NOLETEAAE.

une mortification extrême , lorsqu'il vit que Ten-* trée de la vil!e lui était refusée ; il se retira dans le royaume de Kent. Là, il y eut entre lui et le roi une conférence dftna laquelle le duc insista encore sur la démission du duc de Sômerset, à laquelle Henri parut enfin disposé à consentir. En conséquence , le duc d'York se laissa persuader d'aller rendre ses hommages au roi dans sa j3ropre tente.

Au moment où il répétait ses accusations contre Somerset, il fut surpris de voir ce mii^isti'e sortir de derrière un rideau , et offrir de prouver son innocence. York , s'apercevant du datiger' de sa situation , réprima son impétuosité et prit congé du roi. Dès qu'il fut éloigné, Henri ordonna qu'il fiit arrêté ; mais telle était l'influence de ce seigneur ou la timidité du conseil du roi , qu'on le jaissa se retirer à sa terre de Wigmore , sous la promesse d'une obéissance saris bornes pour l'avenir.

Une réconciliation arrachée ainsi , ne pouvait être de longue dui*ée. York continuait à aspirer secrètement à la couronne ; mais quelqu'ardens que fussent ses désirs à cet égard , ses craintés et ses scrupules l'empêchèrent d'agir pendant quel-^ que tems. Un événement imprévu favorisa ses espérances, et amena enfin ce que ses intrigues n'avaient pu parvenir à faire réussir ^

Le roi fut attaqué d'une maladie qui augmenta tellement sa nullité naturelle , qu'il devint même incapable de.lsoutenir les apparences de la majesté royale. Le parti d'York triomphant alors, le nomma

' An de j/c, 1454.

HENRI VI. l5'J

lieutenant et protecteur du royaume, et lui donna le droit d'ouvrir et de tenir à volonté les session» du parlement. Cet événement fut un coup fatal pour là maison de Lancastre; tous les adiîérensde ce parti furent élôignés de la cour; le duc de Somerset fut envoyé à la Tour de .Londres.

Yôrk continua pendant quelque tems à jpjuir du plein pouvoir dont il avait été investi; mais le malheureux roi sortit enfin de l'espèée de léthargie où il avait été plongé ; et^ comme s'il se fut réveillé d'un songe pénible il s'aperçut avec étonnen^ent qu'il était dépouillé de toute son autorité. La reine Marguerite, s'efforçant, de soh côté^ de le repdre au sentiment de sa situation huipiliante, obtint de lui que le duc d'York fut éloigné et privé de son pouvoir. Richard, sans perdre de tems, courut âux armes, et le mx)narque impotent , obligé de tenir la campagne, se laissa traîner à Saint-Alban, à la suite de son armée. I^s deux partis en vinrent à un engagement dans lequel les yorkistes obtinrent une victoire complète, et où le duc de Somerset fut tué ^ Le roi, blessé lui-même et s'étant retiré dans une chaumière située près du champ de bataille, fut Fait prisonnier ; mais le vainqueur le traita de la manière la plus respectueuse et la plus attentivé. Peu de tems après, il fut reconduit à Londres en triomphe , et le duc d'York le laissa jouir du titre de roi , tandis qu'il se réservait celui de protecteur , sur lequel reposait tout le pouvoir réel du trône.

' Andc J. C, 1455.

r58 HISTOIRE d'Angleterre.

Heîïii n^^étaîf plus qu'un prisonnier traité avec splendeur et magnificence; mais faible et indolent, il psiraissait satisfait de sa situation , et ne songeait &u}Iemen>l à regretter on pouvoir qu'il n'avait jamais exercé qu'avec pdne. Il n'en était pas ainsi de Marguerite. Cette princesse , nàturellement active, entreprenante et courageuse , né pouvait se eôntettter de Pàpparence d'autorité que ses ennemie Itti permettaient de conserver. Sans cessfe elle e^téitait le malheureux monarque à recouvrer sa dignité royale et à reprendre des idées d'indépendance. Elle parvint* de nouveau à le détermitier à faire usage de ses prérogatives, et le duc d'York se vit contraint de défendre sa liberté et Sa vie. Une négociation fut entamée ^'abord, mais là méfiance réciproque et l'animosité mutuelle des deux partis les entraînèrent bientôt sur le champ de babille-, et la destinée du royaume dépendit du résultat d€i ce combat».

Les deux armées se rencontrèrent à Bloreheath , sur les frontières do comté de Staffort. Les yorkistes obtinrent d'abord quelques avantages ; mais au moment où ofi s'attendait à une action générale, sir Andrew Troflop, qui commandait un corps de vétérans pour le duc d'York, passâ avec eux du côté du roi, ce qui consterna tellement le parti 4es yôrkistes, que l'armée se sépara le jour suivant sans ârtroir porté un seul coupi

Le duc d'York se retira en Irlânde ; le comte de Warwick , l'un de ses partisans les plus intrépides

' s 3 septembre i^Sg.

HEKRi VI. r5g et' les piui^ habiles, s'échappa et se rendit à Calais, dont le gouvernement lui avait été conâé par le dernier protecteur. Tous les yorkistes , ainsi dis^persés, convinrent de cacher soigneusement leurs intentiotis , et d'attendre une occasion &vorable. Elle ne tarda point à se présenter : Warwick , ajant fait quelques^eipéditions heureuses s^r mer, et ayant été joint par quelques autres barons , marcha sur Londres , au milieu des acclamations du peuple'. Son armée s'étant grossie pendant sa marche, il ^e trouva bientôt en état de faire face A l'armée royale, qui, arrivant du coté de Coventry, se hâtait de .venir l'attaquer.

Jamais on ne vit une querelle plus terrible et une haine plus invétérée entre des chefe de parti. Wârwîck était l'un des plus fameux généraux de sort siècle. Formé à l'école des troubles et des révolutions, il joignait à un fcaràctère extrémeitient artificieux une bravoure incontestable ; il était également . habile comme diplomate et comme guerrier, et son aversion pour la reine était insurmontable. Cette princesse déployait, de son côté, une activité et un courage remarquables; elle rangea éUe-méme son armée et donna tous les ordres nécessaires, tandis. que le faible monarque, qui avait été amené malgré lui sur le champ de bataille , resta spectateur presqu'impassible de tous ces préparatife de giièrre. .

Le^eux armées se rencontrèrent dans une plaine près de Northamptbn. Quoique les foFces de la reinfi

' An de J. C, 1460.

l6o HISTOIRE d'aNGLJ^TERRË;

• fussent très-inférieures à celles dû comte> elle ne se laissa pas décourager. Parcourant tous les rangs, elle exhortait les sôldats , tandis que le roi , renfermé dans sa tente, attendait l'issue de ce combat, avec toutes les inquiétudes et les craintes qu'on excuse à peine dans une fçmme. La bataille dura cinq làeures, avep une opiniâtreté inconcevable; mais enfin. le nombre Femporta^ et la fortune se déclara en faveur de Warwick. L'armée de la reine fut entièrement défaite , et elle, eût la douleur de voir Je roi tomber encore une fois entre les maius de ses vainqueurs , et ramené en triomphe dans sa capitale.

La cause des yorkiste^ décidée ainsi par le plus fort de tou^ les argumens, celui de la puissance, uil parlement fut convoqué pour lui donner une sanction formelle. Le duc d'York, qui, jusqu'alors^ s^était contenté du titre de protecteur, commença à faire usage de ses droits^ et vit avec joie une brillante perspective se déployer enfin à ses regards. Ce fut en cette çitconstance que, pour la première fois, la chambre des pairs parut faire usage d'une autorité fixe et désintéressée. La cause de Henri et celle de Yorik furent examinées et di^utées pubUqueiqent ; chaque adversaire présenta ses raisons qui furent débattues avec impartialité; ce fut la pre-. mière fois enfin qu'un esprit de liberté bien raisonné se développa en Angleterre , et qu'une délibération de ce genre ne fut point influencée par ^esprit de parti , ni par la victoire récente qui venait d'avoir lieu. Le duc, quoique vainqueur, ne put

HENRI VI. l6l

obtenir gain de cause; il fut décidé que Henri resterait en possession de la couronne pendant le reste de sa vie, et que le duc serait désigné pour son successeur, au préjudice du prmce de Galles qui, encore dans l'enfance, fut insensible à Tinjure qu'il recevait-

Là reine, selon toute apparence, n*^avait plus aucun espoir à conserver; son armée avait été défaite, son époux était prisonnier, et le parlement rejetait sa cause Cependant, quoiqu^ayant tout perdu, elle conservait son intrépidité et sa persévérance. L*esprit de cette princesse était d'une trempe supérieure , et les fautes qu'on eut à lui reprocher ne provinrent que dé l'ambition , la seule passion dominante de son caractère. Quoique fugitive, éloi- , gnée de la capitale , et repousséé par une armée victorieuse dirigée par un habile général, elle ne se laissa point abattre, et employa tous les moyens qui restèrent en son pouvoir pour réparer les désastres de sa fortune. Elle se hâta de voler dans le pays de Galles ^ où elle s'e/força de ranimer lé zèle de ses anciens amis et d'en acquérir de nouveaux. La noblesse du nord, qui se regardait comme la plus belliqueuse et la plus brave du royaume, s'indigna de voir les barons du sud disposer de la couronne et régler le gouvernement selon leur volonté. Trouvant la cause' royale injustement opprimée, ils jurèfent de la défendre, et la reine se trouva bientôt à la tête d'une arrpée de vingt mille hommes prêts à la seconder. Elle et son ennemi iipplacable, le duc d'York^ se rencontrèrent de nouveau à Wa- II. II ^

i6a HiSToiRÉ d'akclibterre.

ke£[eid-Green, près du château de Sandal, et là yictoire, cette fois, se déclara en faveur de la reine*. Le duc d'York fut tué dans l'action, et son corps' ayaQt été troitvé parmi les morts , on lui trancha la tête par les ordres de Marguerite qtu la 6t placer sur les portes d'York^ aVec une couronne de papier , en dérision de ses prétenduis droits. L'un de ses fils. Je comte de Rutland, jeune homme de 4ix - sept ans y fut fait prisonMer et tué de sa^g froid de la m^iin de lord Clifford qui, par ce trait de férocité , crut venger la mort de son père, lequel avait péri dans la bataille de Saint-AIban.

Marguerite, certaine, de la' victoire, marcha vers Londres, afin de rendre la libertéau roi; mais le comte de Warwick , qui s'était mis à la tète des y^orlustes, commandait unç armée où il avait placQ le roi captif, afin de donner pluà d'autorité à ses démarches A l'approche des lancastriensy il fit avancer ses forcés, augmentées d'un corps composé des habitans de Londres , dont l'attachement é^t extrême pour sa causé. La bataille fut livrée de nouveau à Sainte Alban. Tandis que les deux armées étaient aux mains ^ lord Lovélace, qui commandait un corps considérable d'yofkisteà , trahit lâchement son parti, et, s'étant retiré du coinbat^ fit, par cette perfidie, décider la victoire en faveur de la reine. Plus de deux mille yorkisfes périrent dans la bataille ; le roi retomba entre les mains de son propre parti, pour être traité avec toutes les

* 3o décérabre i46,r.

HElfBI VI. l63 .

spp9jpe^Ê^ de respect, niais en secret méprisé * souverainement. Lovd Bouneville, aux soins duquel il avait été coBfié ^ resta près de liii après la défsdte , sur la foi du pardoa qûe ce monarque lui promit; nmisla reîiïe, sans égard pour les promesses de son époux, lui fit trancker la tete^

La ville de Londres était la seule qui fut encore à se rendre ; cependant Warwick avait su la mettre d'avance dans ses intérêts, et leshabitans, qui redott^ûent l'armée tumultueuse de la reine, refusèrent de lui .ouvrir les portes. Le jeune Edouard^ fils aîné du feù duc d'York , conùcnénçait à réparer les pertes que, son parti avait éprouvées, et à ranimer le coulage d,es yorkistes. Ce prince, dans la fleur de la jeunesse, remarquable par sa beauté , sa bravoure et sa conduite populaire, s'avança vers Londres , avec le reste de l'armée de Warwick , et, ayant forcé Marguerite à se retirer, entra dans la ville/ aux. acclamations du peuple. Certain de l'af^ fection des Anglais, il se 4ècida, sans perdre de tems, k soutenir ses droits, et Warwii^ ^ son ami zélé, B^nt rassemblé les habitàns de Londres, dans Saint John's fields, prononça une harangue dans laquelle il exposa les titres d'Édouard, et se récria hautement contre la tyrannie et l'usurpation de la maison de Lancash*e. Après quoi, ayant demandé au peuple s'il consentait à choisir Henri de Lancastre pour foi, tous s'éorièrent unanimement*: « YôrkI York ! j» Une assemblée d'évét{ues et de loitl^ fut convoquée promptement au château de Baynard, et ratifia le choix du peuple. Le jeune duc

t64 HISTOIRE D^NGLEtERRE*

fut proclàmè roi d'Angléterre sous le titre d*Édouard IV, et fut comiuit avec la plus grande pompe au palais <jue Henri avait coutume d'occuper, lorsqu'il habitait Ix>ndres.

Mais les fur^rs de la guerre civile n'étaient pas terminées, l'intrépide Marguerite résolut de frapper un dernier coup. A. son retour dans le nord, tin gratid nombre de partisans s'étaient empressés de se réunir sous sès étendards, et, en peu ^ de jours, elle se vit à la tête d'une armée de soixante mille hommes. De l'autre côté , le comte de Warwick conduisit le jeune Édouard à la téte de quarante mille hpmines.et marcha contre la reine.

Les deux armées se rencontrèrent près de Tôwtpn, dâns le comté de York S et la destinée de l'empire dépendit encore une fois de l'issue d'une bataiile. Jamais combat rie fût plus terrible ét ne dépeupla l'Angleteri'e d'une manière aussi effrayante. C'était certainement un horr^Dle spectacle que celui de cent mille hommes du même pays dirigeant leurs armes lés uns contré 4es àutres^ et s'entr'égorgeant, dans le seul but de satisfaire la vaine ambition du plus faible ou du plus méchant. Tandis que l'armée d'Édouard s'ar vahçaît à la <;harge, une neige abondante vint 'k tàwhe^ ; le vent la diassant ^u visage des ennemis, les aveugla entièrement; cet avantage, secondé par uûe attaque impétueuse , décida la victoire en faveur dé» yorkîites. Édouard donna: des ordres pour ne faiire auciin quartier , et U y eijit un car-

* a9 mars 4^'- '

ÉDODAKD IV, l6S

mge époUvàQta]>le , dans lequel périrent trente cinq mille lancastriens. Édouard entra victorieux à York, fit enlever la tçite de son père, et celle du eomte de Salisbury, qui avaient été exposées sur la porte de la ville , et fit mettre à leur place celle du comte de Devonshire. .

Marguerite ayant appris le désastre de son ar* mée i et trop certaine alors (qu'aucune ville del'Anr g^éterre ne pouvait désormais lui • offrir un asile, se hâta de fuir avec Henri et son fils en.ÉcMse. Mais nulle calamité ne pouvait abattre le courage ët la persévérance de cette princesse* Quejqjue nombreuses que fussent ses défaites^ elle se détermina à rentrer en Ang^eterre^ avec cinq mille liommes que le roi de France avait consenti à lui donner, et le -malheureux Henri fut encpre une fois traîné à sa suité, afin que sa présence donnât plus de force aux prétentions de la reii^^. Mais sa mauvaise' fortune coi)tinua à la poursuivre : sa petite flotte fut dispersée par une tempête, ^^le^ même s'échappa avec beaucoup de difficultés, en entrant dans l'embbuchure de la Tweed. Une autre dé&ite que sa petite armée éprouva à Hexham/* rendit sa cause désespérée, et la cruauté que Ton exerça envers tous ses partisans augnaenta encore le danger de sa situation.

perte de cette bataillé l'ayant privée de toute scspèce de ressources , elle et son ^k>uii furent obligés de fuir séparément, sans aucune

' An de J. d , x46^.

* An de J. C, i464; :

j66 HISTQIRB d'aN6LET£R|IE.

smte «t MDs avoir même les premîènes nécessités .de k vie. Le £aiible et infortuné monarque , toù-^ jours imprudent et toujours poursuivi psûr unë fortune contraire, espéra qu'il pouvait rester ca^ ché en Angleterre, mais son erreur fut suivie des conséquences les plus funèstes; il fiit découvert*, enmené à Londres ignomipieusâmient et renfermé dans la Tour. Le sort de Marguerite fut un peu moins déplorable. Elle s'était sauvée avec son .fils dans une foret où elle cherchait à se cacher, lors^^ que, pendant Pobscurité de la nuit, elle fut surprise par desTbleUirs qui ne la connaissant pas où respectant peu le rang de cette princesse, la dépouil* ler^t de tous ses bijoux et la traitèrent avec ki dernière indignité. La malheur^se reine, ayant trouvé le moyen dç s'échapper, éprouva enfin un traitement plus respectueux de la part d'un de ce^ bri||inds à qui elle ccmfia son rang et le sort , de son fils. Cet homme, touché de sa ^tuation , i*ésg|pt de la^ sauver, au risque de se perdre lui* même. Il la conduisit sur le bord de la mer, d'où elle se réfugià en Flandre chez son père qui, malgré sa pauvreté, s'efforça de tout son pouvoir de la dédommager de ses malheurs. Les ducs de Somerset ét d'Exeter se retirèrent à la même cour, où ils eurent à supporter tous les tourmens de la misère.' Philippe de^ Comines, historien français, assure qu'il a vu le duc d'Exeter suivant pied^-nus l'équipage da duc de Bourgègne , auquel il avait consenti à servir de valet de pied, pour gagner sa nourriture. C'était assurément une situation J>ien

ÉDOVkRD IV.

avilissante pour un homme qui avait été à la tétê des armées et qui était allié aux rois et aux princes du sang. Mais les marques dé distinction qui existaient à cette époque entre Içs grands et la basse classe, n'étaient pas aussi apparentes qu'aujourd'hui^ et la différence, par conséquent, était beaucoup moins choquante

Édouard, feiTOèment établi sur le trône paf les soins de Warwick, régnait paisiblement; ses droits avalent été reconnus par le parlement, et le peuplé anglais s'y était soumis généralement. Tous ses désirs ambitieux étant satisfaits, il commença à s'abandonner à ses passions favorites , la galanterie et la cruauté. Dans le même palais , qui offrait tout-àcoup une scène sanglante, on voyait le lendemain des spectacles et des mascarades. Le roi se plaisait tout à la fois à courtiser une maîtresse et à sur*veiller une exécution. Warwick ^ voulant le détourner de pènchans aussi funestes à son bonheur à venir , lui conseilla de se marier , et l'ayant décidé, il se rendit en France, de son consentement, pour demander en mariage Bonne de Savoie, Cette alliance fut promptement conclue; mais tandis que lé comte s'en occupait avec activité , le roi luimême fit échouer ce projejt, en épousant Elisabeth Widville j. lady Grey ^ dont il était dé venu amoureux, ét qu'il s'était vainement efforcé de séduire. Warwick, vivement blessé de cette conduite, éclata

* Les'reYer» de fortune et les humiliations que les princes et les grands seigneurs éprouvaient dans ces siècles l)arbares, les despotes et les princes de l'Asie et de l'Afrique les éprouvent encore aufourd'hni. A. A. ^

l68 HISTOIRE. b'aITQLETJSARB.

en plaintes qui offensèrent le roi. Édouard se détermina à rompre tout rapport avec lui en le chas^ sant cju conseil. Tqut contribua alorsà 9ugi;nénter le ressentiment qui s'élevait entre le roi et ce puissant sujet. La faveur dont jouissait le parti de la reine, et le mépris qui tomba s\ir le comte, déterminèrent une rupture éclatante. Warwick , dont la prudence égalait la bravoure, , résolut de^e servir de tous les moyens pour se venger. Il séduisit le duc de Clarence , frère du roi , et , pour s'assurer l'appui de ce seigneur, il lui donna sa fille en mariage. Une conspiration puissante et dangereuse se forma alors contre Édouard et son ministère, et un accident qui eut lieu bientôt après, contribua à propager la flamme de la discorde.

Les habitans qui demeuraient dans les environ* de l'hôpital Saint-Léonard, dans le comté d'York, se plaignirent de ce que les contributions qu^on levait pour cette Jinstitution , et qui, dans Torigine, avaient été destinées à de pieux usages, tournaient au profit des administrateurs ; ils refusèrent de contribuer davantage , et prirent les armes pour s'opposer aux censures ecclésiastiques qui avaient été dirigées contr'eux par le comte de Pembroke'. Il est probable que Warwick avait secrètement fomenté ces trpubles; cependant, ils furent apaisés,, et Édouard consentit à pardonner; mais quelque;^ autres révoltes , qui éclatèrent peu de tems après celle-ci, parurent favorables aux desseins de Warwick. La vengeance semblait être le seul but de

» AndeJ. c, 1469.

Edouard iv. 169 sa conduite , et il la poursuivadt avec un achar* neraent que rien ne pouvait diminuer. Les complots, les trahisons, les stratagèmes et les négociations secrètes se succédaient avec une rapidité étcmnante.

La fortune de Warwick triompha enfin ; et le roi, à ce qu'on assure, ayant accepté une invitation qu'il lui avait faite à dessein de le surprendre, tomba en sa puissance. Ce fait est très-incertain; mais, quoi qu'il en soit , Édouard se trouva bientôt à la téte d'ojne nombreuse armée et en état de tirer vengeance de la trahison de son puissant antagoniste. Déterminé à profiter de la faiblesse où se trouvait alors l'ennemi^ il défit un parti cpnlmandé par lord Wells, à qui il fit trancher la tête, ensuite il s'avança pour livrer bataille ^ Warwick et le duc de Clarence n'eurent bientôt plus d'autre ressource (jue de quitter le royaume ; ils s^embarqiièrentà Calais , et , après s'être emparés de quelque^ vaisseaux flamands qui se trouvèrent près de la côte , ils se dirigèrent vers l'un des ports de la France. La nécessité les força à se réunir à Marguerite, et chacun parut disposé à oublier son ressentiment pk>ur songer à se venger. Louis 'XI fit préparer une flotte pour les escorter; Marguerite et Warwick, ayant saisi une occasion favoi*able^ s'embarquèrent^ et abordèrent à Darmouth avec yn petit corps de troupes. Pendant ce tems, Édouard était occupé dans le nord à dissiper une insurrection qui av^it éclaté depuis peu. Rien n'est plus

* An di^ J. C. , 1470. '

extraordmaîre que le ^ccès de Warwick en cette circonstance. L'esprit de mécontentement qui ré^ gnait dans la plus grande partie du royaume , et l'instabilité naturelle du caractère anglais^ semblèrent conspirer pour seconder son ambition , et tant de partisans accoururent en foule se réunir sous ses étendards , qu'en moiûs de six jours il se vit à la tête d'une armée de soixante mille iiommes.

Ce fut alors à Édouard de fuir le royaume à son tour. Il n'eut que le tems d'échapper pendant la nuit à un piège que lui avait préparé le marquis de. Montague , et de s'embarquer sur une f>eti*é flotte qui le conduisit à Lynn, dans le Norfolk. Il ûe trouva pas moins de dangers , lorsqu'il fut en mer^ ayant été chassé par quelques vaisseaux ap* partenant aux villes aniséatiques , qui étaient en guerre à cette époque avec la France qt l'Angleterre, Mais il finit par aborder heureusement en Hollande, où il fut reçu très-froidement du duc de Bourgogne , avec lequ^el il avait formé une alliance quelque tems auparavant.

Warwick, à la té te d'une armée à laquelle rien ne pouvait résister, s'avança vers Londres, et l'infortuné roi d'Angleterre fut enfin retiré de sa prison pour être, replacé sur un trône dangereux et in* c'fertain.Un parle9ient,quifut convoqué à ce sujet, confirma ses titres avec la plus grande solennité , et Warwick reçut dès ce moment, panni le peuplé, le surnom de^ Ki/ig^Maker (faiseur de rois). On cassa tous les bills de proscription rendus çontre les lancastriens , et Ton réhal>ilita tous ceux qui

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