CHAPITRE :XX
DeTan 1471 à l^an 1483.
Le peùplè anglais est de tous les peuples le plus enclin à la compassion et à la sensibilité, et jamais il ne se déclarera l'appui d'un trône établi sur des principes de cruauté. Rien ja'était dotic plus absurde que de songer à gouverner une telle nation par la main du bourreau. '
Edouard , délivré de ses ennemis les plus redoutables, n'interrompit pas pour cela le cours des punitions et des rigiieurs, qu*il fit tomber sur ceux qui restèrent encore, quelque peu dangereux qu'ils fussent devenus; les gibets ne cessèrent d'être occupés par ses ennemis, et leurs biens furent confisqués à son profit. Le bâtard Falcônbridge , s'étant avancé sur Londres à la tête d'xm petit corps de troupes, fut repoussé , fait prisonnier et exécuté sur4e-charop. ' ^ ^ Tandis que d'un côté Ëdouard s'efforçait d'imprimer la terreur dans l'esprit de ses sujets , de l'autre il se plongeait dans les plaisirs de toute es-
pèoe. La nature semblait s'êtré plu à le Êrvori^ry car il était le plus bel homme de sôn royaume. courtisans étaient toujours prêts à encourager les débauches auxquelles ils prenaient part, et le clergé; qui lui-même se livrait impunément au libertinage, montrait' la plus grande indulgence pour l'incon-^ duite du souverain. Les vices les plusénormes étaient enfin deyenus si cotnmuns , que Faduttère n'était regardé que comme une faute très-légère. Danà lé nombre des n^aitresses d'Édouard , il y en eut uné nommée Jeanne Shore, femme d'un marchand de la cité. Elle était d'une beauté et d'un esprit remarquait , mais sa vertu ne fîit pas assez forte pour résister aux séductions d'un homme qui était non -seulement aimable et beau, mais souveraiii puissani:. ,
L'Angleterre jouissant alors d'un calme passager , Édouard pehsa que le moyen le plus sûr de se rendre agréable k ses sujets était de maintenii* ses droits aux possessions françaises que les insurrections de son père avaient contribué à aliéner sous le règne précédent. Une tentative de cette es-, pèce était bien fsiite pour réveiller les dispositions malignes de ses ennemis , et ne pouvait manquer de plaire à un peuple plus ambitieux de splendeui' que d'acquisitions utiles. £n conséquence de ces projets, le poi envoya à sqn allié, le duc deBour-^ gogne, un renfort de trois mille hommes ^ et lui^ même se rendit bientôt en France, à la tête d'uné puissante année ^ Louis s'alarma avec raison dé
' An de 1. C, liji, II. lUL
cefeté iiwàsièn formidable , dont il s'efforça dë gai^Qtir par un traité. Ce parti réussit mieux què celiui des aFoaes. Les deux rois eurent une entre- Yfcie à Peéquigm^ et ^ sur Isj promet d^une sommé stifmlée, Édomatd consentit à reconduire se^ tï-ëW pes eni Angleterre. Ce monarque volijptûéux éf âHî impatient de rètrouver ses maîtresses , et de pr<^ diguér poiii!' éllès l'argent qu'il s'attendait à f éféëy<ftir la Fràhce. Mais ïjoms espérait! se i^6ttlid bientôt eii étàt die lui refitser les socomed énortittètl q^'ii: yeiiait de s'ëngager à lui payer.
Apfès lai cbrïdudioa de cette expédition Saiîii elË^t, Edouard se* laissa efntièrement dominer nc^ s^i^ûaent par des .piassîon^ ibdî^ies d'un sotitèi?«ui) et d'un homme d'état^ mais pdrme bassef ja-^ lousie contre tous ceux qui paraissaient mépriser sa coii^uite.
AA.nopibre de sesr torts particulier^y qui ont trop pe^ d'importainree poun tenir plaèé dans l'histolré^ on doit 4Ât^r un âcte* dd ^amniis dont il së rëndie coupable dads sa proprè fsmîlle , et qtii mérite à jamais riBAigQtition de la» postérité.
Qiioiquë le. duc de Glarence eut abandomié la p4rti de Wanyich, et qu'il «e fut efforcé , p«r ses qoâ^l^rëux services « de fairë oriblier au roi sa con^^ 4uitet passée^ il n^'avait jamdis pu recoorrer l'amin ti^ df9 (tèm qui dq>uis long -teins cheHshatS ufi pfétexte pour lé perdré. La pétulance dt^ soft c^rai^tère fit bientôt Saitre Toccdsio^ désirétf. L« rdi, cessant un Jour dans le |jarb de TbdthàS Bskt^ det , homme dévoué au duc , tua un daim b^nc
qDd pfopriétâîre aimâit beaucoup. Bèrdet, irrité de cette perte, s'écria, dans sa colère, qu'il voudrait que le bois de cet animal fôt dans le venfre de celui qui avait conseillé au ^oi de le tuer. Ixinfortuné Bardet fut jugé pour cette exdamatioû brusque et inconsidérée, et exécuté à Tyburn. Le dttc de Clarence , vivement affligé de la mort de son ami, exprima sa douleur en reproches réitérés èontm Bùa frère , et se récria contre Tiniquité de la sentéiiée qui avait fait périr un homm^ iBn<^ emt. Le roi, grièvement offensé de la liberté qu'o^ sôit prendïTe le duc, saisit av^ ardeur le prétexta qui s'ôffi*aTt, jet lui ayant frit faire son procès à la chambre des pairs, y comparut hii-méme comme son dcaisateur ^ Dans ces tems de troubla et tfhoiTeurs , toute accusation alléguée par le pârti d» plus fort (tevenâit fatale. Le duc fut déclaré coupable; et le choix d'un genre de mort lui ayant été offert, il fut noyé Secrètement à la Tour dans %me tonne de Malvoisie, choix bissarf e , qui fait pré« sumer qu'il avait probablement une prédilectioii extrême pour ce vin.
Le reste du règne d'Édouard s'écoula en désordresycn débauches, en prodigalités, en traités nuls avec la France, et en menaces vaînes^contre le mo* narque qui ne céssa jamais de le tron^pér; Son parlement, dèvenu le ministre docile de ses volontés , consentit , sur sa demande , à déclarer la guerre à la France, à une époque où toutes ses alliances projetées sur le continent étant rompues,
' An de J. G., 147S.
l8o HISTOIRE I>'aJ?îGLETERRE.
il ne devait concevoir aucune espérance de succès. Le peuple accueillit avec joie l'idée d'une expédition qui, sans aucun motif d'utilité, tendait à appauvrir la nation , et l'on conçut de nouveau l'espoir de reconquérir la France.
Tandis que les uns. s'occupaient de brillans pro-* jets et de préparatifs , et que les autres tiraient secrètement des conjectutes funesjtes sur cette expédition \ Édouard fut attaqué toui-à-rcoup d'i^ne maladie violente dont il mourut, dans sa quarante et unième année Il y avait alors vingt-trois ans qu'il régnait, y compris les années de sa première usurpation. Les seules qtialités de ce prince furent le courage et la valeur ; la beauté remarquable dont la nature l'avait doué y ajouta un prestige auquel peu de personnes eurent le pouvoir de résister. Du reste, son caractère était uo composé de tous les: vices*.
Outre cinq filles qu'il etit , il laissa deux fils : Édouard, prince de Galles, qui fut son successeur, âgé alors de treize ans , et Ricbard , duc d'York , qui entrait dans sa neuvième année.
' 9 avril r483.
* Le caractère de ce plince peut éxtc tracé en deut mots : il nVut BOUT bonnes qualités que le courage et li( beauté; tons les vkes à la fois éuieat entrés dans son ame. ( Lettres sur V histoire tt Angleterre.)