CHAPITRE XXI
iEdot7ard y.
An de Jésus-Christ, 146 3.
A la mort d'Édouard, le royaume se trotiva divisé en deux nouvelles factions. La famille de la reine, sous le dernier règne, devenue puissante, s'était rendue odieuse à Tancienne noblesse qui la regardait comme très-inférieure à elle et qui ne se soumettait qu'avec répugnance à son autorité. Cette animosité n'avait Osé se manifester pendant la vie du roi : la crainte qu'il inspirait avait su réprimer la haine de ce parti dont il s'était efforcé dè garantir sa femille à son lit de mort. Il avait exprimé le désir que son frère, lé ducdeGloucester, fut invésti de la régence', et il lui avait recommandé en lîiourant d'entretenir la paix et l'union pendant la minorité de son fils. Mais le roi n'eut pas plutôt cessé de vivre, que le ressentiment des deux partis éclata ouvertement', et le duc de Glotîtester, homme rusé, méchant et ambitïeux, résolut de tirer parti des dissensions mutuelle^. ' '
Il commença de marcher k son but en excstatit secrètement le mécontentement de Tahcienne no^ blesse, en l'irritant contre là reine et en insinuant adroitement que la bassesçe dè son origine perçait malgré elle dsLM les rmnvellevS promotions
lB% HISTOIRE d'aNGLBTERRE.
qu'elle avait faites. Il redoubla en même tems de marques de zèle et d'attachement pour cette princesse et obtint par là sa confiance entière. Après avoir a^ ainsi avec succès pendant quelque tems , il parvint à mettre le duc de Buckingham et quelques autres seigneurs dans ses ihtérêts , et les détermina à seconder ses efforte pour obtenir la tutelle et la garde du jeune prince.
Certain de l'appui de ces derniers, il résolut xi'enlever la garde du jeune^ roi au comte de iiivers, son oncle maternel. Après avoir donné l'ordre de faire arrêter ce seigneur, il se rendit près du jeune Edouard, et, avec les démonstrations du respect le plus profond, il lui offrit de le conduire à Londres.. Assuré de la pers(Hme du roi, il $on* gea à s'emparer é^galemeiit de son jeune frèrfe ;qui, sous la protection de sa mère, s'était çtfugié dîM^s l'abbaye de Westminster. La reine,, qui dès le ^ximmencement avait prévu les dâUigers qui menaçaient sa famille, ne consentit ^u'a^ vec difficulté à se séparer dej son enfant ; mais^, .vainciie par les sollicitations du primat ett de l'archevêque d'Yorcls, elle céda à leur avis; prenant alors sou fils en^re ses bra^ , el^e l'^mbr*?^ tjftttdrement et le laissa partir , non sans av(>ir versé Un torrent de larmes. Le jeune roi , enchanté de Ja pré^e»ce de ,spn frère , se félicita de la comjp^^is^nce de la reine, bien loin de sê douter dp î>iitT&ijt^ flç -ces plrépar^t^fe» H «e tçirda pmnt h se décowîvrir , et peu de,)ours ^près , le daç de i^lQ^^ter, qui aurait ét^ iiKxmn^ protef^t^pr dn
le pr^te^te de 1^ ^rm^r de toute 6ff>èa6 ik
p^i3sanç$ les étr^^ ÎDOiQce^s qu'il Noulait détfwé; çp^mepça par répandre h lUruit de Uùr îllégitlt quté» et <:i*é^ di£{^rm9 pbati^cle» pour dif£éceif k couric^uçipiept 4n vm- Itprd ^td^iey^hoiMme d'uM péufBtrajtion prQ£oQde, fut le prenpier à ^oupi^i^ n€^ le3 ifîtai>tipps perfides du protecteur. Il oomt i|[^iqua ses iuqu\é{tude$ à4wd H^ogs qui pu^ l9ogTteip§ lét^r fermem^pt att^ûhj^ àja £anûl^ ^ji^ r-pi. ^astings n'ajouta d'ab9r44^wwiiô fiai À «t* W»pçpns , et jl^ ardent qp'il i^prouy^jit ; q^im prpjjet si qdiem n'exilât pas, iufluçà^robabiU^œt sur sofli j^^gewjB^t §t jQQptribiiia à ^^gmewter eu rite trompeuse. Il fut Iî>ie;ntôt fQrfié4^ ^opt^ Àf ^^ erreîLir; Catesby, ypil ipfttru?ï)çWt4uprQtfiaeuP* fut gnvoy^ pomr w»der se^ ppipiçnîft ftt ppur,e§« Sfty^ fie l'engager > .secçpder les pr^)jeM' 4* Â'u- ^urp^teur. Ha^tii?gs ^^itt upp telle ipr^positii» ^\ec borre^ir y il pro^^ta jf^e^sw ,a^tta^p><wH ifté^ J>r^i4»Wp au moftfuf rîéwlpe pftr.filfiUr
pestef. , ■
p<es prdn^s furi?i;i|t dçinws m/^xa^ tt^^ .pimf ^xéçut^ joird Jiiy^r^,^ir Rîq^^ard tftrey.et »p.TW>r V^Vghs^i , qu^ am«Mi^nt,été repfeirm^ Je ^ât^av. 4? Ppnjefr^|;,;^î dipntie seul onÎP^.^it jkiur attachepiçut ?iu jeuu^? fl[?pî[iarque, /;
Le jour désigné pôur leur exécution, le protecteur convoqua un conseil .à 1^ 'ÏQ.W? Jftïstffl
l84 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
et plusieurs autres se rendirent, ne prévoyant nulkment que leur vie fut en 4anger. Mais le duc de Gloucester était capable de commettre les crimes ies phis atix>ces avec la plus froide indifférence. Il se présenta au conseil à neuf heures du matin, il salua tous les membres de l'assemblée avec l'air le plus afifable^ et donna à chacun des marques de satis&ctioa et de gaieté. 11 complimenta même l'évéque d'ÉIy sur les fraises précoces qu'il cultivait et lui en deman^ un plat. Puis , quittant subitement le conseil, comme si quelqu'autre affaire exigeait sa présence, il demanda instamment que son absence n'interrompît point les débats. Un quart d^'heure après, il reparut, le visage altéré, fronçant les sourcils, mordant ses lèvres^, et offrant dans toute sa contenance les marques d'un trouble extrême. L'assemblée gardait un morne silence, et chacun s'observait en tremblant, s'attendait, non sans raison, à apprendre une horrible catastrophe.
A la fin, Gloucester rompant ce silence redoutable , s'écria : « Milords , que mérite celui qui a osé conspirer contre ma yie? » A cette question inattendiie, Tétonnement de l'assemblée redoubla ^t le silence continua. Lord Hastings se levant, ré^ pondit «nfin : a Quiconque s'est rendu coupable « d'un tel crime, mérite d'être puni comme traître. » — ce Ces traîtres, car ils sont plusieurs, reprit le ^ « protecteur , sont la femme de mon frère et « Jeanne Shore, sa 'maîtresse, ainsi que d'autres
' On dit qoe lorscpi'ii était en colère , il mordait sa lèvre infé^ mure, et caressait en siknce le manche de son poignard. A. A.
EDOUARD V. l85
« complices. Voyez dans quel état ils m'ont réduit <c par leurs charmes et leurs sortilèges. » En acbe* vant ces mots, il découvrit son bias qui parut désséché*. A cette terrible accusation,- le conseil frémit , et lord Hastings reprit la parole : « S'ils sont « aussi coupables , ils méritent d'être punis , s'écria- <c t-il. » — ce Si ! si ! s'écria le protecteur d'une voix a eflfrayante, oses-tu bien douter? Je soutiens qu'ils ce ont conspiré contre ma vie et que tu es toi- « même traître et complice de leur crime. » A. ces mots, frappant de sa main deux coups sur la table, l'appartement. se trouva à l'instant rempli de gens armés.. « Je t'arrête, continua Gibucester, en se « tournant vers Hastings , pour crime de haute « trahison. » Et au même instant il donn^ aux soldais l'ordre de s'emparer de lui.
' Le tumulte et la cotifusibn régnaient dans la chambre du conseil , et quoique personne n'osât tenter de secourir Hastings , les soldats faisaient autant de bruit que s'ils eussent eu à craindre quelqu'émeute. L'un d'eux frappa lord Stanley d'un coup de hache, et faillit lui fendre la tête, mais il échappa au danger, en se réfiigiant sous la table. Il est probable que cet homme avait reçu l'ordre de commettre cet attentat , et que si Stanley eût été tué , sa mort eût été attribuée au tumulte occasionné pour sauver Hastings. Cependant quoiqu'il eût échappé au coup qui lui était destiné , il ne fut pas «auvé et ne tarda pas à être ar-
' Infinnité que, selon quelques-uns, il arnit dès sa naissance. Hume, tom. m, pag. ^44. A. A.
fllSTOl^JÇ DVlïQtfTERRE.
rêté ordre dn protççtçwr qu» çqniM^swd^ SQJi 9tti(çhe|iient ppur le jeune roi.
Quwt à lord' H^^tipgs , il fut obligé dç |iaire , ^r- IcKbaipp , une qourtfi coiifesaion à i^n prêtre q^i fe trouva présent; le protecteur jurs», par sainj- Paul, qu'il ue dînerait pas q^'il n'eût vu tomber 1^ téte de sùn enneipi- U fut donc traîné de forcç dans un petit terreiu, si^né près de )^ chapélle de la Tour, et là, on lui trancha la tête sur un tronc d'arbre, qui se trouva par hasard en ce Ueu. Deux heures après, on publia, dçins la villç 4f Londres , une proclamation dans laquelle on fai^i^ rénumération des prétendus crimes d'Hastings , des motifs puissans qui avaient forcé à hhter aipi^ son cbat{ment. On remarqua le n^ot d'un marçb^pd qui, entendant cette proclamation, prétendit qu'elle était certainement dictée par un esprit prophétique.
Le farouche » Gloucester , parvenu ainsi à cjétruire tous ceux qui lui portaient le plus d'om* brage , voulut , pour plaire au peuple , punir ^u^ Jeanne Shore, la maîtresse du feu roi. Cette femmç infortunée était une ennemie trop in^puissante pour être redoutable ; cependant il fiv^it jnré de la perdre^ et comme il l'avait aci?nsée de ^prcçljl^ rie , et que personne ne le croyait , il r^sol^t df la faire mourir, sous le prétexte de son ipcont^ fience. Jeanne Shore avait autrefois aba^ndpmp^ «on mari, or£èyre à Londres., pour vivre avpç , Edouard, au milieu des délices d'ime qo^r dissoj^p. Cependant, malgré cette inconduite , son cœur n'était pas vicieux, et elle possédaijt des qualités qi^
BDOUARD Y-
pouvaient peut-être faire excuster de$ foufces. On Mi^ vait qu'elle avait toujours défendu la cause de», malheureux , et qu'elle ae s'était ocoupée que. d'ia^ tercéder en leur faveur. Elle était dbaritable«ft généreuse. Sa conversatiou était aimable ^ et il étak aussi difficile de résister aux grâces de $00 esptit qu'aux charmes de sa beauté.
Comme on ne pouvai t lui faire d'autre r^[>roolie que celui de son amour illicite pour le roi^ le protecteur ordonna qu'elle fût poursuivie en adulr tère. Il est probable que le peuple ne fut pas Ëid:ié de voir humilier une femme qu'il avait vue à pegret s'élever au-dessus de sa classe et paitag^ les faveurs de la cour. L'accusation était trop évidente pour être niée ; elle s'avoua coupable , et fût con* damnée en conséquence à parcourir la ville ^ pîeds^ nus , et à faire pénitence publiquement devant l'église de Saint-Paul, en chemise et un cierge à la main. Elle vécut encore quarante ans après cette sentence, réduite à la plus extrême misère. Tfaomds More assure que, sous le règne suivant, il la vit:, cueillant, pour son souper, des légumes dans un 4(diamp près de la ville , exemple frappant de IW gratitude des cours et des revers de la fortune*.
Le protecteur, jugeant, l'occasion favorable, pour déclarer ses pi^éten^ions à la couronne , jeta le masque, qu'il avait gardé jusqu'alors, et laissa pressentir le sort funeste qu'il destinait aux enfans
' Madame Mark a pi/hlié, sous le titre de Jtanne Skore , an jcii roman, à la suite duquel on trouy^ une foule de détails cuiMMx«iir jcette époque de l'histoire d'Angleterre. A. A:
d'Édouard. Il avait eu soin , par des présens et des promesses brillantes , de mettre dans ses intérêts le duc de Buckingham, homme habile et puissant. Ce seigneur, assez vil pour se laisser corrompre , employa tous les jnoyens en son pouvoir pour accréditer, panni le peuple, l'opinion deTillégitimité du feu roi et de ses enfans. Le docteur Shaw, prédicateur, fat payé pour haranguer le peuple a ce sujet à la croix de Saint-Paul, où, après s'être étendu amplement sur l'incontinence de la reinemère % et s'être appesanti sur la fausseté du titre de jeune roi , il fit ùn éloge pompeux des vértus du protecteur : «C'est lui, s'écria-t-il , qui porte « sur sa figure Timage de la vertu et les signes « d'une origine vraiment noble. Lui seul peut « rendre à la nation l'honneur et la gloire qu'elle ut a perdus. >y
On espérait que quelques-uns d'entre le peuple s'écrieraient: Pli^e le roi Richard! mais tous les auditeurs gardèrent un profond silence. Le duc de Buckîngham entreprit, à son tour, de les persuader par son éloquence: son discours eut pour base les calamités du règne précédent , et l'illégitimité de la race actuelle: « H ne voyait, disait-il, qu'un seul a moyen d'écarter les malheurs qui menaçaient «l'état, c'était d'élever le protecteur à la souve- (K raineté; mais il craignait, ajoutait-il , qu'il ne re»
' La duchcAse d*York , mère de Richard ; pour mieax assurer ses droits, Richard voulait Sûre passer Édouard IV et Clarence , qui laissaient des enfans, pour des bâtards , et lui seul poiir fils ]é|ptîine de Bichard d'York. 0. Y.
ÉDOUàAD Vi ï8^
ùisàt d'accepter un trône hérissé de tant de dif- (c ficultés et de dangers ». U demanda ensuite* à ses auditeurs s'ils lie consentaient point à accepter le protecteur pour roi; le plus profond silence succéda à cette question. Sa mortification fut extrême. Le m.iire^ qui était dans le secret et qui voulait tirer le duc d'une situation aussi embarrassanJ^e , lui fit observer que les citoyens, n'étant point habitués k être harangués par wol ^omme' d'une si habite importance , étaient peut-être em«* barrassés pour lui adresser la parole , et consentir raient plus facilement à réJ)ondre.à leur juge as^ sesseUr. II répéta donc les propres paroles du duc^ mais le peuple continuaat à garder le même str^ lence, «Quelle étrange opiniattreté! s'écria Buc^ akingham^ liaus vous demandons en propres « ternies , ajouta-t-il ^ si vous consentez , oui oti ff Qon , à accepter le duc dé Gloucester pour roi ? « Cette dém^irche auprès de vous n'eet qu'une « uiarque de cpusidération que nous voulons vous «donner, puisque les lords et les. communes ont « assez de pouvoir pour élire un ^ouverain^^ «ans « votr« consentement.» Aprèst tant d'efforts, quelques pauvres ouvriers , excités par le» gens du protecteur et de Buckingham, élevèrent un faible cri de f^ii^e Richardl La populace^ classé méprisa* ble, qu'il faut distinguer de celle de peuple, ré^ péta le cri de Ricliardl Richard] Quelques chapeaux furent jçtés en l'air, et le duc, profitant de cette approbation feinte, courut ^ adcompa^ gné du maire et des aldermen , offrir le trôae au
i§0 HISTOIBlË Dî*ANdtETERRl5.
ptMîrteétéiir qui h^itâîî éii te thotûënî le cEâtéàù
Lomfue Rik:îhar(î* (m kifëttùé qu'il y ataiit à la porté du cMteâiir une mûltitudé de gens qui dèiaanâaiei)^t à le toiï», prènànt tout-à-eotip ïstir d'ipypodrisie aiiquél il était hâ^ituê , il |)ârut stir une griea^ èntre' defux étéquéë , et feignît lat ëttt^ pfiÉé k k vm d'uné tëtte foulé. On lut apptit qué le motif qai rasseïftbkit lé peiiple en ce monïeîit était te désir luï offrit* la celironne. Étoftné eti apparence fil ^léclara positivemeiîf qu'il la refusait^ en aUégifani son àttachauent pôur te fetï foi, son frèiie^ (9t sùi tendresse feiîiiîrère pouf fes ënfarii'qu'il avait confiée à ses soins ; il as^umlt ^ d^ailleurs > qu'il ne ^ossédaH aucun des taleuà? propres à gouverner un raystume^ Bùckinghatn eut l'air d'être ttiéesntent de cette tépoftâe , et tnurmui'â entre ^e« 4entsy pais adressant la parolè au proteetetir^ il le ppifi> de «e rendré au^t vôeùx du peuplé qui étaitdi^oséàriaccepter pour rdi, prétendant que toos-ces refus étaient désormais inutiles, qué le* ehoses» étaient trop airancée^ p^at reculer ^ et que , dan$ le oaâ oà il persisterait à le fàire^ le péuple était d^tettaitié à offrir la couronne à un antrè prêt à l'accépter. L'ftppa(rente tendresse du pn^teoteur pour soti peuple devait lui faire trouvw pet prjftttaent irrésistîblé-
k Jé^wife^ dit4l d'un ton modes té, que la nàk tkfiti a ré^lu de 'me charger d'Un fardéau quel tt mon inhabileté me ffefld ilrtcâpâblèf dë s^Utenii* ; u cependant , puisqu'il eàt dé nfiôn détoi^ d'o-
Edouard 191 cr béîf âttx volontés d'un peuplé libf è , j'accepte , « quoiqu'avec répugnance ^ sa proposition ; je « prends donc possession de l'Angleterre , avecî la a résolution de la défendre et de soumettré la «France.» La fotile s'éloignâ insensiblement, et chacun se dispersa , en repassant dans son esprit événetnens dé la journée ^ et en réfléchissant sxst toutes ces choses , selon ce que la passion , Tîtité!^êt , ou l'esprit de parti pouvaient suggérer.