CHAPITRE XXIIL
De Fan z485 à ran i5o9,
Après avoir fatigué Fesprit du lecteur par le récit pénible et effrayant des trahisons, des perfidies , des meurtres et des usurpations des précédens règnes , nous arrivons enfin à une époque intéressante et plus glorieuse pour là nation anglaise. Nous avons à observer la conduite d un monarque qui, s'il ne fut pas le meilleur des souverains, fut au moins un de ceux dont le règne fut le plus avantageux au bonheur du peuple. Nous remarquerons avec satisfaction une nation tumultueuse, soumise enfin à la subordination et aux lois de la civilisation une noblesse arrogante et factieuse , humiliée et restreinte dans sa puissance ; des lois instituées dans le royaume ; le commerce rétabli ; et les arts paisibles et utiles , i;endus chers à un peuple dont la guerre avait été jusqu'alors l'unique charme.
Jusqu'à présent, nous n'avons vu que les ac-
HENRI VII. ao5 lions révoltantes (l'une nation barbare ^ n^obéissant qu'avec répugnance) et ne se laissant gouverner que par caprice ; mais maintenant la peinture de mœqrs plus douces et plus recherchées, de plans ' mieux concertés, va reposer notre esprit, et nous verrons enfin la sagesse humaine se réveiller de sa longue léthargie , pour subjuguer la férocité naturelle du peuple anglais , et le rendre à un état de félicité durable. ■
Dès que Henri fut établi sur le trône , il épousa la princesse Élisabeth , fille d'Edouard , et cette alliance réunit tellement ks intérêts des maisons d'York et deLancastre, que jamais, depuis, aucune distinction ne s'éleva entr'elles; mais^ ne voulant pas donner au peuple l'idée qu'il avait cherché à fortifier ses droits personnels de ceux de cettie princesse, et s'appuyer de ce titre ,^ il ne la fit couronner que deux an$ après ; il voulut , par cette mesure , établir ses prétentions , comme descendant de la maison de Lancastre.
Dès le commencement de son règne ^ il fit respiftcter la puissance <^es lois, ce dont l'Angleterre avait vu peu d'exemples jusqu'alors. Un acte de proscription avait' été passé sous le règuje précédent, contre tous les partisans de Henri de Richmondi Cet acte était encore en pleine vigueur, et devait être révoqué par la çhambre actuelle, dont plusieurs des proscrits faisaient partie* Souffrir qu'ils se réunissent pour casser cet acte, était les rendre juges de leur propre cause, et agir contre les ré^lemens des lois; Henri ne le voulut pas, et.
2o6 HISTOIRE d'àÎÏGLKTEÏIRE.
pour obvier à cette difficulté ^ il les obligea à sortir de la chambre, jusqu'à ce qu'un nouvel acfe rendu par le parlem^t eût révoqué le bill de proscription.
Il était d'usage , sous le règne précédent , que Us biens de celui qui était dégradé et convaincu de crime de lèse-majesté paçsassept au profit de quelques favoris de la cour^ Henri reconnut que cette coutume avait deux effets, dangereux : premièrerement, l'indignation que l'injustice de cette mesure était propre à exciter; secondement, la trop grande puissance qui en résultait pour un sujet \ Afin de remédier à ces abus^ Henn promulgua une loi qui dépouillait les rébelles; mais leurs bims et leurs états passaient au profit de la couronne.
Une grande partie des infortunes de ses prédécesseurs provenaient <iu* mauvais état de teurs finances, camsé par leurs débauches et leurs dissipations. Henri sentit que l'^irgent pouvait seul ramener la balance du pouvoir èa sa faveur, et accumtfla toutes les confiscations de ses ennemis , avec l'économie fa plus sévère. Cette conduite l'a <ait taxer d'avarice par là plupart des historiens ; mais n'est-ce pas une injustice ? et l'avarie^ qui tend à augmenter la puissance d'un gouvernemenl: et à réprimer l'esprit de sédition , n'est-elle pas, nonseulement pensable , mais -digne de louanges? La libéralité dans un souverain n'est trop souvent qu'tmfe vertu mal placée, dpnit il résulte de nom-
. ' De plu» , le peûcliânt à dénonceT celui dônt on espérait la dépouille. C. t.
HEJTRI VII.
breuK abus^ et l'argent arrad^ à Tindustrie et au besoin est, en général, prodigué aux riches orgueilleux, aux flatteurs et aux vils favoris des cours.
Henri ^ sous ce rapport, se montra bien diffé* rent de ses prédéoessenrs, car il accorda très-petf de récompenses à ses courtisans^ et nul>, excepté ^indigent, n'eut droit à ses bienfaits.
li fit rendre la liberté aux prisonniers,' dont les idettes né sè montèrent pîfô à plus de quarante schellings^ ët paya leurs créanciers des deniers de la couronne. Ainsi , scm économie ie mit dans le cas »d'étre, nôn-seul^ent utile à l'infortuné , mais exact avec ses propres créanciers , soit dans son royaume , soit dans les pays étrangers. Les sommes- •^u'il fut forcé d'emprunter à la vilte'de Londres^ et k quelques-uns de ses sujets , furent rendues à l'époque désignée , avec la plus scrupuleuse poncl7i(ialité,j||pei^ -par cette conduite prudente et sage -qu'dl sut acquérir r^estime ^et le respect, non-seulement de son peuple , mais de toutes les puissances étrangères. '
Quant au gouvernement de sa maison , il resta 4e maître i^bsolu ; il ne choisit pas" ses principaux /ministres dans la noblesse, ainsi que l'on avait eu -coutume de le faire jusqu'alors: il plaça son choix ♦sur John Mai*ton et Richard Fox, deux écclésias* -tiques *qui joignaient à leur caractère respect2d>le Tin zèle-, une vigilance et une habileté remar- ^quables. Ce futià eux principalement qu'il donna -sa coiifiance. i^eAit^tre supposait-il que , Gorana«e ecclésiastiques , de tels ministres seraient plus dé-
108 HISTOIRE d'aICGLKTEARE.
pendatis'de sa volonté que des nobles , et qu'ils seraient, par cette raison, plus soiunis et plus dévoués à son service. ^ • Aussitôt après son mariage avec la princesse Elisabeth, il accorda un pardon général k tous ceux qui s'étaient déclarés contré lui ' ; mai^ les lords orgueilleux, qui avaient été favoris du trône sous les règnes pirécédens, et qui étaient habitués depuis long^tems à la turbulence , refusèrent avep hauteur Famnistie qu'il accordait si généreusement^ et volèrent de nouveau aux armés. Lord Lovel^ ^ir Hujnphrey et Thomas Stafford se mirent à la téte de cette insurrection. Henri envoya à leiir rencontre le duc de Bedford, avec ordre d'essayer de nouveau ce que produirait sur eux l'offre du pardon , avant d'entreprendre de Jfes réduire par la force.
Le duc obéit ponctuellement auxtin|||fuction5 qu'il avait reçues , et offrit aux rebelles un pardon général qui produisit moins d'effet sur les chefs que sur les, soldats. Lèvel, qui avait formé une entreprise au-dessus de ses forces et de sa capacité^ fut tellement effrayé de là désertion de ses troupes, qu'il se retira subitement, et, après avoir erré quelque tems dans le comté de Lancastre, il s'enfuit en Flandre, où il trouva protection près de là duchesse de Bourgogne. Les Stafford se réfugièrent dans l'église de Colnham, village près d'Abingdon ; mais , comme celte église n'avait pas le privilège de protéger les rebelles, ils y fu-
' Ande J.C., i486.
HENRI Y II. ;209
rent arrêtés : l'aîné des Stafford fut exécuté à Tybum; le plus jeune, ayant assuré .qu'il avait été séduit par son frère, obtint son pardon. L'année rebelle n'étant plus dirigée par aucun chef, se soufrait et se dispersa, après avoir été amnistiée.
Mais le peuple était devenu si turbulent et si factieuse par la longue durée de la guerre civile , qu'aucun chef ne pouvait le gouverner, aucun souverain ne pouvait parvenir à lui plaire, et une révolte ne cessait que pour faire place à une autre* Le roi, dès le commencement de son règne > avait donné des ordres pour que le fils du duc de Clarenôe^ qui , sous Edouard V , avait été noyé dàus une tonne de vin> fut retiré de la prison où - il avait été confiné par Richard , et il le fit conduire à la Tpuf . Cet infortuné jeune homme, appelé le comte de W^rwick, avait l'esprit tellement affaibli par sa longue captivité, qu'on a dit qu'U était incapable de dire la différence qui existait entre un canard et une poule. Cependant quel que fût l'état de nullité où il était plongé, il ne devint pas moins un instrument dont on se servit pour tromper le peuple. Il y avait à Oxford un prêtre subtil et audacieux , nommé Richard Simon , qui , ayant jeté les yeux sur Lambert Simnel , fils d'un boulanger, lui apprit à contrefaire exactement toutes les manières du comte de Warwick, et le mit au côurant d'une foule de faits et d'événemens qui étaient arrivés au comte, à la cour d'Édouard. Mais comme Richard Simon craignait que l'imposteur ne pût soutenir uii examen sévère, on jugea à propos de li. i4
irô HISTOIRE D*AirGLETERRE.
réioigner, et de ctoisir rirlande pour le théâtre mf lequel il dèvait jôuer son rôle. Le plan fut suivi de tout le su<icès ût1:etidu. Simnel fiit reçu avec les plus, grandes démonstrations de joie ; il fut proclamé roi dlrlande, et conduit avec pompe, par les magistrats et la populace de Dublin , au château, où il fut trs^ité convenablement à sa naissance ^ k son i^âiîg supposés.
Cette imposture excita dans l'esprit de Hemi plus de chagrin qu'elle ne méritait d'en faire naître ; il soupçonna la reine douairière , sa belle^mère, dont il connaissait le caractère inquiet et ambi*^ tieux , d'être de Ce complot. Il demanda l'avis de son conseil, et, après une mure délibération , il se détermina à confiner la princesse dans un monas- • tère. Mais, pour ôter à cette mesure toute imputa*- Ho» odieuse, on la colora du. prétexte de punir lâ téloe douairière d*avoir cédé autrefois aux sollicita* tlons de Richard, et d'avoir voulu lui Uvrer sa fille Éfisab^th.
Le peuple mûrmmsi de la rigueur de ce trai^ mént ; mais le roi , sans paraître se soucier cfe ses vaines clameurs, persista dans sa résolution, et la captivité de cette princesse dura jusqu'à sa mart qui n'arriva que plusieurs années après.
Une autre mesure que le roi s'empressa de •prendre fut de faire exposer Warwick aux regards du peuple. En conséquence , il le fit tiret de la Téur, où il était îenferméy et le fit promener dans l^s principales rues de Londres, après, quoi il fut conduit sotenneUement à Tégitse de Saint -Paul,
• , HENRI VII. ill
OÙ une ioale innombrable se rassembla pour le voir. Les habitans de Dublin persistèrent cependant à rendre à leur prétendu monarque les hommages qu'ils croyaieiit lui devoir; il fut couronné avec la plus grande pompe, §n présence du comte de Kildare , du chancelier et des autres principaux officiers de l'État. Ces sortes d'événemens étaient fréquens, à cette époque, dans différentes parties de l'Europe, et la Lorraine, le royaume de Naples et le Portugal avaient aussi leurs imposteurs qui parvinrent à tromper le peuple pendant assez long-tems. Enfin les habitans de chaque pays étaient tellement renfermés dans les limites étroites de leurs royaumes , et.ils s'informaient si peu de ce qui se passait dans le reste du monde , qu'aucune histoire, quelque absurde qu'elle fut, ne paraissait invraisemblable.
Lord Lovel et d'autres mécontens se joignirent au nouveau roi Simnel, et résolurent de faire une invasion en Angleterre Ils abordèrent dans le comté de Lancastre, d'où ils se dirigèrent vers York, espérant que les habitans de ce pays se lèveraient en masse et se réuniraient à eux ; mais ils furent désabusés à cet égard. Le peuple , peu disposé à seconder les efforts des troupes allemandes et irlandaises rassemblées soûs les drapeaux de Simnel, €t redoutant le courroux du roi, dont il connaissait la réputation d'habileté dans les armes , resta tranquille, et ne prêta son secours qu'au parti royaliste. Le comte de Lincoln , auquel le
' Atk dé J. C, 1487.
histoire d'aNGL£T£ARE.
commandement de Tarmée rebelle avait été confié, ne voyant rien à espérer que dans la victoire , se détermina à décider proniptement la querelle par une bataille. Les deux armées se rencontrèrent à Stoke, dans le comté de Nottingham, et combattirent d'une manière plus sanglante et plus ob^ stinèe qu'on ne devait l'attendre de l'inégalité de leurs forces.
La victoire enfin se déclara en faveur du roi* Le c^omte périt sur le champ de bataille^ Pour lord Ijovel ) on n'entendit plus parler de lui , ce qui fit supposer qii'il ayait eu le même sort. Simnel et son protecteur Simon furent faits prisonniers > et quatre mille soldats périrent clans la bataille. Comme Simon était ecclésiastique^ il né put être jugé par un tribunaL civil , et ne fut condamné qu'à une étroite réclusion. Simnel était un être trop mépris^le pour vCxciter les craint^ ou le ressentiment du prince ; il eut son pardon ^ et fut depuis employé comme marmiton dans les. cuisines du roi ; il parvint dans la suite au rang de fauconnier, bas emploi dans lequel il moiirut.
Le calme ainsi rétabli dans le royaume , le roi commença à diriger ses pensées vers des alliances continentales et à établir quelques relations entre lui et les princes voisins. Il était trop sage et trop prudent pour ne pas reconnaître que les conquêtes sur le continent étaient plus nuisibles qu'avantageuses , et que le seul bien qui en pouvait résulter pour la nation n'était qu'une vaine réputation de gloire militaire. Cependant, quelque mé-
HENRI VII. 2l3
, pris qu'il eut intérieurement pour des triomphes aussi dangereux , il fut obligé , afin de se rendre populaire, de paraître les estimer davantage. Plusieurs fois il affecta de se vanter de vouloir conquérir le royaume de Frariçe , et Tarracher aux mains des usurpateurs qui le possédaient depuis si long-tems. Mais toutes ces irienaCes ne furent que des ruses de, sa politique, et rien ne fut jamais plus éloigné de son esprit que de tels projets. Il employa autant qu'il put la voie, des négociations, et fit tout ce qui dépendit de lui pour défendre les intérêts de ce royaume , de manière à l'empêcher de devenir trpp puissant. Quant à des secours d'hommes et d'argent, il connaissait trop la vâleur de Yun et de l'autre pour les prodiguer, ainsi que ses prédécesseurs, à des entreprises infructueuses.
Vers ce tems, la noblesse de Bretagne, dégoûtée de son ministre, Pierre Landois, se révolta contre lui et le fit mourir Cherchant eifsmte à pallier ce crime par un autre , les Bretons eurent recours au roi de France pour les protéger contre le ressentiment de leur propre souverain, Charles VIU se rendit promptement à leurs sollicitations. Mais loin de ne songer qu'à les défendre, il envahit la Bretagne et s'enipara de là plus grande partie du pays. Les barons, alarmés, recoururent à Henri VII. Ce monarque, selon sa coutume, parut plus disposé à les secourir par la voie des négociations que par celle des armes. Quoique déterminé à persister dans cette conduite pacifique,
' An de J. C. , i48$.
ai4 HISTOIRE d'Angleterre.
autant que la situation de ses affaires le lui per* mettrait, il n'ignorait pas les dispositions belU* <|uetises de ses sujets et leur désir ardent de participer à une entreprise qui pàrai^sait promettre d'humilier la France; aussi résolut-il de tirer parti de ce penchant pour obtenir quelques subsides , sous le prétexte de secourir le duc de Bretagne. Il convoqua un parlement à \yestminster, et parvint sans peine à obtenir une somme considérable'. L'argent, à cette époque, était plus facile à trouver en Angleterre que les hommes.
Cependant une nouvelle insurrex:tion éclata bientôt dans le comté d'York. Le peuple refusa de payer la taxe exigée pour le subside. Le duc de Northumberland ayant essayé de faire exécuter les ordres du roi par la force, la populace $'imagina qu'il avait conseillé cette mesure oppressive, et vola aux armes; elle attaqua la maison du comte , et lui-mémé fut massacré. Les matins n'en restèrent pas là : excités par un nommé John Achamber, homme de basse extraction, ils choisirent sir JohnÉgremond pour leur chef, et se préparèrent à faire une vigoureuse résistance. Le roi, informé de leur conduite téméraire, leva sur-le-champ un corps de troupes dont il do^na le commandement au comte de Surrey qui parvint à dissiper le tumulte et à faire prisour niers les principaux chefsdela révolte. John Acham* ber fut exécuté peu de tems après; mais sir John Égremond s'enfuit à la cour de la duchesse de Bourgogne , refuge ordinaii-é de tou§ ceux qui se
^ Aq de j. c.» 1489-
HEICRI VU. a|5
remifueat odiew: m gouveroemeut d'^gk^erre.
Henri , après avoir faàt prépiratife cûnwdér rables paur la guerre avec la France, ppfléçhit que ce serait trop abuspr djç la c^édfiJité de Ja lag^ tiqn ^aglaû^ , que de ne pas effectuer unçi parJdç 4^ $e$ promesses La France venait de conclure^ à cette époque, une alliance entre le roi Charles VIII 0t la 4uçhesse de Bi;etagne5 ce quimett^ût la France en posfiessipn de tout ce duché. Une telle augme»tatio|i 4^ pouvoir dans un royaume rival était red^tabkt non -seulement pour Henrf , mais pour i'purope entière, ^e roi d'Angtete^rre ;s'étant donc 4ispx)sé à faire une dej¢e en France, aborda à Çala^s* à la téte d'une armé^e de vingt-ciifiq çaill^ hwwnes d'infanterie et de ^eize oçnts cavalie^-s^ qu'il init sous le cçmwiandemtnt du duc de Bedford et du comte d'Oxford. Mais, malgré ces apparence d'hostiUté, il y avait des avances faites précédemment et ejQ secret pour unp paix de trois noiois^d^s cqmmissaires avîûjent étjé désignés pour û^er les conditions du traité. Lep demandes de Eçpri étaient e^itièreipiçnt pçcuniaires. I^e roi de franq?, qui regardait la possession de la Bretagne • comme un ample dédoromagement de tou^e spmi^ quelconque , consentit sans difûculjbé jaux dp?^*^de^ de Henri. Il s'engagea à lui payer deux cent mille livres sterling, comme remboursement dps dépenses .Édtes pour son ex,pédition en Francp ; et , QUtre pela il fut stipulé qu'il payerait au roi d'An- .
* Ân de J. C, F491.
ai6 tiisToiBK d'angletsbre.
gleterre ou à ses héritiers une pension annuelle dë
vingt-cinq mille courc^nes.
Henri s^était flatté <^'après une paix aussi avantageuse il jouirait d'une longue tranquillité ; mais il s'était trotnpé ; il avait encore des ennemis qui trouvèrent moyen de lui susciter de nouveaux dangers. On devait s'imaginer que, d'après la mauvaise réus* site de l'imposture de Simnel , personne n'oserait se hasarder dans une entreprise de ce genre; cependant la vieille duchesse de Bourgogne, pkts irritée que découragée par le màuyais succès de ses intrigues passées, résolut de trpid)ler un gouvernement qu'elle ne pouvait parvenir à renverser. Elle fit d'abord répandre le bruit que te jeune duc dTfork, que l'on disait avoir été assassiné dans la Tour, était encore vivant; et ce bruit ayant été accueilli avec avi(Kté, elle fit bientôt paraître un jeune homme revêtu du nom et de la dignité du prince. Celui sur lequel elle avait fixé son choix était un nommé Osbeck ou Warbeck , fils d'un juif converti , qui^'était trouvé en Angleterre sous te règne d'Édouard IV. C'est là qu'il avait eu ce fils, dont le nom était Pierre , mais que la corruption de la langue flamande avait fait nommer depuis Peter-* kin ou Perkin.
Plusieurs personnes se laissèrent persuader que, dans le nombre des aventures amoureuses d'Édouard , il avait eu quelqu'intimité secrète avec la femme de Warbeck^ ce qui parut avoir d'autant plus de fondement, qu'il y avait une ressemblance frappante entre le jeune Perkin et ce monarque.
^ENRl Vil. 217
Perkin, ayant suivi la destinée de son pèVe, avait tellement voyagé, pendant plusieurs années, que sa naissance et les circonstances de sïs^ vie étaient tombées dans Toubli , et qu'il était présqu'impossible d'en retrou vei' les moindres traces. Les divers événemeiis qui lui étaient arrivés avaient probablement contribué à développer la sagacité et la souplesse naturelle de son caractère ; il paraissait propre à jouer toils les rôles dont on voudrait le charger. La duchesse de Bourgogne trouva ce jeune homme digne de remplir ses vues ; elle lui donna des leçons dont, en peu de tems, il sut pro* fiter si habilement, qu'il fut bientôt capable de jouer parfaitanent le personiiage du duc d'York; sa tournure noble et gracieuse , ses manières élégantes et sa conversation vive et brillante, finirent par imposer, même à ceux qui étaient dans le secret de son imposture.
Le royaume d'Irlande, qui conservait encore un ancien attachement à la maison d'York, fat re-r gardé, ainsi qu'il l'avait déjà été à l'égard de Simnel, comme le théâtre le plus fàvorèble aux débuts de Perkin. Il aborda à Cork , où ayant pris sur-lechamp le nom de Richard Plantagehet, il se fit une foule jde partisans parmi le peuple crédule. H écrivit des lettres aux comtes de Dermond et de Kildare pour les engager à se réunir à lui ; U répandit partout l'histoire prétendue dé ses malheurs et la manière étonnante dont il s'^était soustrait à la cruauté *de son oncle Richard. Les gens avides de nouveauté et de merveilleux ne s'occuj)èrènt bien-
ai9 HISTOIRE b'anolisterre.
t6t plu$*<)ue de ce personnage singulier, etb^M* cwp finirent même par s'intéresser à lui. Sa répu* ^tion se répandit juisqu'eu France ; et Charles VIH envoya à Perkin une invitation de se rendre à sa cour, ou il le reçut avec toutes les marques d« considération dues à son rang prétendu.
lie jeune aventurier , loin d'être ébloui de son élévation subite , soutint si bien son caractère et parut justifier tellement toutes les préventions favorables qu'il avait feit naître, que l'Angleterre"^ eUe-méme commença à ajouter foi à ses préten-r tions, et que sir Georges Nevil, sir John Taylor et plus de cexii gentilshommes sa pendirent à Paris pour loi rendjre leurs hommages et lui offrir leurs services.
La paix, comme on l'a vu, ayant été conclue pou de tems après entre la France et l'Ange terre, le prétendu prince fut obligé de se retirera la cour de son ancienne protectrice, la duchesse de Bourgogne. L'entrevue qui eut lieu entre ces deux intrigans fut réellement ridicule. La duchesse affecta d'ignorer ses prétentions, et parut même les croire dénuées de toute vraisemblance; elle était d'autant plus disposée à en douter, disait-elle, qu'elle avait été déjà trompée une fois par SimneL Elle parut examiner toutes leà circonstances de son récit avec la défiance 1^ plus scrupuleu/ie , lui fit elle-même plusieurs questions particulières, affecta un éton* nement subit à chacune de ses réponses , et enfin, après un long et sévère examen , laissant éçlater toute sâ s}Jf prise ét toute sa. joie d'une détivrance
HEMRI VII. » 119
aussi mracttleu^e , elle le reconnut pour son ne*veu , la vivante image d'Edouard et le successeur légitime du trône d'Angleterre* £Ue lui donna sur* lenchamp une suite convenabJe à sa naissance prétendue,, lui accorda une garde de trente haUd^ardier^,.et, dans toutes les occasions, l'honora du titre d« la Jîose blmcbe de Angleterre.
Les Anglais, toujours disposés à la révolte, n'accueillirent que trop toutes ces absurdités, auxquelles la prudence, les manières et les cHscours d^ Perkin semblaient doniier im caractère de vé*rité Tous ceux qui étaient mécontens du gou^ vernemen t du roi, se hâtèrent de se joindre au j eune aventurier y et plusieurs de .ceux qui avaient con* tribué à placer Henri sur le trône , trouvant les récompenses qu'ils avaient reçues indignes des services qu'ils avaieint rendus , encouragèrent secrètement l'impostuve , et se déterminèrent à Êiir^ partie des chefs de bette conspiration. Un nombre infini de gens de I9 classe inférieure vint se joindre à eux, les uns par amoi^r de la nouveauté, les autres par l'attachement aveugle qu'ils avaient pout leurs chefs, et quelques-uns encore par l'espoir qu'un changement de choses remédierait à leur forti^ne désespérée.
Lord Fitz-Walter, sir Simon Montfort, sir Thomas Thwaites et sir Robert Clifford furent du nppibre de ceux qui favorisèrent secrètement la cause de Perkin ; mais celui qui eut le plus de poids dans cette affaire, et dont l'appui fut le plus
' Aade J.C., 1493.
^1iO HISTOIRE d'aICGL^ETERAE.
dangereux pour Henri, fut sir William Stanley, ihambellan du roi, et frère du fameux tord Stanley qui avait soutenu avec tant de succès les intérêts de Henri. Soit que ce seigneur fut égaré par une aveugle crédulité ou, plus probablement, par une ambition inquiète , il entra dans une conspiration déclarée contre le roi, et établit une correspondance entre les méoontens de l'Angleterre et ceux de la Flandre.
Tandis que ce complot se tramait de tous c6<tés, Henri, attentif aux desseins de ses ennemis, n'épargnait ni soins ni argènt pour démasquer l'imposture du prétendant à la couronne, et il s'appliquait également à découvrir ceux qui étaient ses secrets partisans. Dans ce dessein , il dispersa des espions par toute la France , et engagea plusieurs d'entre eux, par des présens considérables, à feindre d'entrer dans les intérêts de ses ennemis ; il corrompit même quelques * uns de leurs adhérens; sir Robert Clifford, l'un dès plus remarquables par son rang et le degré de confiance dont il jouissait , fut du nombre de ceux qui se laissèrent séduire. Henri apprit par liki la naissajfice et toutes les avéntures de Perkin , âinsi^qiie les noms de ceux qui étaient secrètement convenus de le seconder. Le roi fut, ainsi qu'on peut le penser, extrêmement satisfait d'une découverte aus^i importante ; mais plus il accordait de confiance à ses espions , plus il paraissait feindre contre eux un vif ressentiment.
L'ingratitude de tant de sujets qui avaient en-
HENRI Yll. 321
louré son trône, le frappa d'abord d'indignation; mais il dissimula sa colère, et remit ses projets à une époque plus favorable. Il fit arrêter presque en même tems Fitz-Walter, Montfort et Thwaites, ainsi que William d'Aubigny , RcAert Radcliffe , Thomas Cressener et Thomas Astw^od Montfort ^ Radcltffe et d'Aubigny furent exécutés sur-lechamp ; les autres obtinrent le^ pardoq. Mais le plus grand coupable, que son rafig comme chambellan et que ses liaisons avec les principaux personnages du royaume semblaient mettre à l'abri de toute censure, restait encoire à punir. Dans ce dessein , Clifford fut poussé à se rendre secrètement en Angleterre et à dénoncer Stanley en personne. Cette accusation remplit d'étonnement tous ceux qui furent présens ; Henri affecta de ne point ajouter foi à la dénonciation; mais Clifford ayant persisté , Stanley fut arrêté , et bientôt après examiné devant le conseil. S!apercevaîit que son crime était trop évidemment prouvé pour essayer dé le nier, il l'avoua, espérant qu'une confession sincère apaiserait le roi ou lui servirait d'expiatiçn, ou se flattant peut-êtré que ses anciens services lui obtiendraient son pardon. Mais il reconnut bientôt son erreur à cet égard. Après un délai de six semaines, pendant lesquelles le roi feignit de balancer sur la conduite qu'il devait tenir, Stanley fut jugé, condamné et décapité*.
Pendant toute la durée de ce règne, ce prince
' An d6i. C, i494* » Andc J. C, 149^.
laa HISTOIRE d'awgleterre.
sut faire ime distinctiaii remarquable parmi leè Êoa|MJ)les qui conspirèrent contre lui : celui qm prenait les armes par conviction de principe et par un reste d'amour pour la maison d'York , était en général certaiif d'obtenir son pardon; mais lor^ que le désir (ïu changement ou le dégoût de la subordination étaient le motif de tentatives sem« blables , le coupable était sur d'être puni avec toute la rigueur fies lois.
Tandis^ que les partisans de Perkin ^ient trai* tés si sévèrement en Angleterre^ il s'efforçait d'aborder dans le comté de Kent. Les gentilshommes de ce pays se rassemblèrent en corps pour s'opposer à ses tentatives, et cherchèrent d'abord par de flatteuses promesses à l'engager à descendre à terre : mais le prudent jeuhe homme, ayant observé qu'il y avait parmi eux plus d'ordre et de régularité qu'op ne devait s'attendre à en trouver parmi des troupes levées à la hâte , refusa de se remettre entre leurs mains. Ils ne purent attaquer que les gens de sa suite qui étaient descendus du vaisseau , et parmi lesquels ils firent cent cinquante prisonniers qui furent tous condamnés et lexécutés par ordre du roi, résolu qu'il était de n'avoir aucun e^rd pour ^es gens qui n'avaient ni foi ni honneur.
L'imposteur, voyant ses espérances frustrées, se détermina à aller tenter la fortuite en Ecosse. Ce pays lui ini plus favorable que l'Angleterre* Jacques IV le reçut avec amitié, et^ séduit par l'histoire de sa prétendue naissance et de ses aventures
H^KRi VII. aa3 ^tratordinftires , il poussa la confiance jusqu'au point de lui donner en mariage Lady Catherine Gordon , fille du comte de Huntiey et proche.pa^ vente de sa femme; cette jeune personne ^tait aussi remarquable par sa beauté que par ses vertus. Non content de ces marques éd faveur signalées^ Jacques prit la résolution ^e le placer sur le iront d'Angleterre, convaincu que ^ dès linstant que Perkîn paraîtrait dans ce royaume , tous les partisans de la maison d'York se déclareraient pour lui» Dans cette persuasion^ le roi d'Ecosse entra en Angleterre à la téte d'und nombreuse armée, ^t s'empressa de proclami^ partout le jefune aveifturier ^; mais chacun était fatigqé alors de prétentions et de tentatives qui avaient été constaûiment suivies de mauva% succès , et persof!nne ne pamt disposé à seconder les efforts de Perkia et du roi d'Ecosse, qui surpiis et découragé d'une ei mauvaise réussite , retourna à Edimbourg , oà Perkin c(Hitinua à denieurer jusqu'au moment que la conclusion de la paix entre les deux rois l'obk- ^a d'abandonner l'Ecosse et d'aller chercher un nouveau protecteur.
Henri n'avait pas été fâché de cette tentativ<e de Perkin^ qui pouvait lui servir de prétexte pour obtenir de son. parlement des subsides qu'il ne doutait plus de recevoir.
Effectivement, il obtint sans peine ce qu'il dési* rait ; mais îl s'aperçât qu'il n'étut pas aussi facilé de lever l'argent. Fjgs habitans de CornmiAiiies
• An de J. C, 1496.
HISTOIRE d'aKCLETERRE.
furent les premiers qui refusèrent de contribuer, ne se souciant ^as de donner leur argent pour défendre une partie du royaume aussi éloignée d'eux Leur mécontentement fut bientôt exdté par un nommé Michel Joseph, maréchal ferrant de Bodmin, (jui pendant long-^tems avait été orateur du peuple. Thomas Flammock, jurisconsulte, se joignit à lui , et, sous la conduite de ces deux che& de parti, les insurgés traversèrent le comté de Devon et se dirigèrent vers le comté de Somerset où leurs forces furent encore augmentées par la jonction de Jord Andley, descendant d'une famille ancienne, homme très-populaik*e, mais vain, ambitieux, et d'un caractère inquiet et turbulent. '•
Les rebellés ainsi commandés et ne respirant que la perte des miij^tres du roi , prennent leur marche et s'avancent vers Londres, sans avoir commis cependant aucune dévastation dans leur che^ min. N'ayant reçu ni accueil favorable ni nouveau renfort^ ils se déterminèrent à établir leur camp près d'Ëltham, nôn loin de Londres. Henri, dont la valeur et l'activité n'étaient jamais tardives^ avait ^ quelque tems auparavant, levé une armée dans le dessein de chasser les Écossais. Il ordonna donc que ces troupes fussent dirigées vers le sud, afin de dissiper l'insurrection des habitans de Cotr nouailles. Dan3 d'autres circonstances, ou l'avait toujours vu presser la décision des événemens, et l'on avait coutume de l'entendre dire qu'il ne désirait seulement que d'apercevoir ses ennemis ;
' Au de J. C, i497*
HENRI VU. ati5 niais comme cette fois les rebelles semblaient mettre de la modération dans leur conduite , il différa Tattaque pendant quelque tems. Lord Daubigny entama enfin l'action, et, après quelque résistance de la part dc^ insurgés, leur armée fut rompue et dispersée. Ix)rd Andley, Flammock et Joseph fiirent pris et exécutés; le reste des rebelles, au nombre de quatorze mille, fut renvoyé sans autre punition.
Perkin, ayant été chassé d'Écosse, et n'ayant reçu qu'un accueil très ^ froid des Flamands , qui désir raient rester en paix avec l'Angleterre, se décida à poursuivre son plan d'opposition , et se réfugia encore une fois dans les déserts sauvages de l'Irlande. Fatigué bientôt d'une vie inactive, il tint conseil avec ses compagnons de foriune , Herne , Skelton et Astley , trois commerçans ruinés ; d'après leur avis, il résolut d'éprouvef l'affection des habitansde Cornouailles que la conduite généreuse du roi n'avait servi qu'à disposer encore plus à la révolte. Ces hommes ignorans ^t grossiers, incapables de nourrir le noble sentiment de la reconnaissance , et n'attribuant qu'à la crainte la clémence du roi, persuadèrent à leurs compatriotes que le royaume entier était prêt à venger leur querelle. Ce fut d'après ces suggestions qu'ils se déterminèrent à mettre Perkin à leur tête , et, dès qu'il parut à Bodmin, la populace, au nombre dé trois raille hommes, accourqt se ranger sous ses étendards.
Enorgueilli de cette apparence de succès, il osa II. 1 5
aaÔ HISTOIRfe D^NCLÏITËRRÈ.
prendre*, pour la première Cois, le titre de ÎMchard IV, roi d'Ângkterre, et, pour ne pas laisser languir le courage et l'ardeur de ses partisans , il les conduisit devant Exeter. Mais voyant que les habitans persistaicQt opiniâtrement à lui fermer les portes, et n'ayant ui au*tillerie ni provisioos nécessaires pour assiéger la ville, il résolut de traîner cette entreprise en longueur , afin de pouvoir se procurer les forces nécessaires pour pénétrer dans le royaume. Henri avait appris avec joie la nouvelle de sa descente, et avait déclaré qu'il serait enchanté de se procurer une entrevue avec un homme qu'il désirait voir depuis silong-tems. Tous les courtisans, convaincus de la situation désespérée de Perkin , et voulant prouver au roi leur fidélité, se préparèrent avec activité à le seconder : les lords Daubigny et Broke, le comte de Devpnshire et le duc de Buckingham se mirent à la téte de leurs forces respectives^ et parurent attendre avec impatience l'occasion de déployer au^ yeux de leur souverain lepr courage et leur zèle.
Perkin, informé de ces grands préparatifs > leva le siège d'Exeter, et se retira à Taunton. Ses troupes, qui s'élevaient alqrs au nombre de sept mille honunes^ semblaient disposées à défendre sa cause avec ardeqr; mais, au moment de combattre, le courage de Perkin l'abandonna , et , au lieu de les conduire sur le champ de bataille, il déserta fortivement , et se réfugia au monastère jde J^aulieu dans la Nouvelle-Foret. Ses malheureux partisans «e soumirent au roi , et le trouvèrent encore dis-
HJENRI VII.
f>osé à leur pardonner. Excepté un trèà-petit nombre de chefs, aucun ne fut puni de peine capitale. Lady Catherine Gordon , femme de Perkin , tomba entre les mains du vainqueur , et fut traitée par lui avec tous les égards dus à son rang et à son sexe. Il lui donna une place distinguée prés de la reine , et lui accorda une pension dont elle jouit jusqu'à sa mort.
Quant au sort de Perkin , il lie parut plus douteux. Quelques personnes suggérèrent d'abord au roi de l'arracher de force de l'asile où il s'était réfugié, et de faire de 5on châtiment Un exemple frappant; mais Henri ^ jugeant à propos d'employèr des moyens plus doux ^ chargea quelques agens de négocier avec Perkin , et de Tengager , sous la promesse du pardon, à se remettre entre les mains de la justice , et à faire l'aveu de toute son imposture. Perkin , ne pouvant plus douter que ses affaires ne fussent entièrement désespérées, accepta sans hésiter l'offre du roi , et quitta le sanctuaire qu'il avait choisi. Henri, qui désirait ardemment le voir , ordonna qu'il fût conduit à la cour. On lui fit traverser les rues de Londres en triomphe, au milieu des huées et des insultes de la populace , qu'il parut supporter avec dignité et résignation. Il fut forcé de signer une confession entière de sa vie et de ses intrigues passées , ce qui fut iùîpriin^ et répandu aussitôt dans tout le royaume. Mais cette confession était si imparfaite et si contradictoire , qu'au lieu de donner la conviction de l'imposture de Perkin , elle ne fit qu'exciter plus de
2a8 HISTOIRE d'angLëterrê.
doutes que jamais sur sa naissance et sur ses aven* tures ; et l'incertitude , à l'égard des prétentions de ce jeune homme, est encore la même aujourd'hui parmi les gens les plus éclairés.
Quoique la vie lui eût été accordée % on le retint cependant en prison, et des gens furent désignés pour surveiller sa conduite; bientôt l'ennui et l'impatience que lui fit éprouver cette captivité, le , poussèrent à tromper la siirveillance de ses gardes ; il se réfugia dans le monastère de Shene, et se remit entre les mains du prieur. Il fut entraîné une seconde fois à se fier à la miséricorde du roi et à se remettre entre ses mains. Dans le dessein de le rendre entièrement méprisable, il fut conduit aux chântiers de Westminster et de Cheapside, où on l'obligea de répéter à haute voix la confession qui avait été écrite précédemment en son nom. De ce lieu, témoin de sa honte, il fut envoyé à la Tour, prison inaccessible que l'on jugea propre à modérer son esprit actif et inquiet; mais rien ne pouvait réprimer son penchant pour les intrigues. 11 parvint à gagner la confiance de quatre domestiques du lieutenant de la Tour , et entama, par leur moyen , une correspondance avec l'infortuné comte de Warwick qui était renfermé dans la même prison depuis phisieurs années, et qui était resté dans une ignorance entière de tout ce qui s'était passé *.
Selon toutes les probabilités, le roi laissa cette
' An de J. C. , 149B.
* An de J. C, 1499.
HENRI VII. 229
correspondance s'engager entre les deux prisonniers , dans l'espérance que le génie entreprenant et l'adresse insinuante de Perkin finiraient par engager le simple Warwick dans quelque projet qui lui fournirait le prétexte de leur ôter la vie. Ce qu'il désirait ne manqua pas d'arriver: Perkin parvint à gagner les domestiques du gouvarneur , qui consentirent , dit^on , à assassiner leur maître , afin d'assurer la fuite des deux prisonniers, lesquels devaient s'échapper immédiatement après, et se réfugier dans quelqu'endroit obscur du royaume.
Pour que le danger parut plus imminent, et que les mesures que le roi avait l'intention de prendre pussent être justifiées en quelque 3or te , une autre insurrection fiit excitée , en même tems , dans le royaume de Kent : un jeune homme, nommé Ralph Wilford, fils d'un cordonnier, poussé par les instigations dl'un moine augustin, nommé Patrick, joua le personnage du 00m te de Warwick ; le moine fit même des sermoQs, pour exhorter le peuple à prendre les armes en sa faveur. Cet homme, qui servait ordinairement d'instrument aux émissaires du roi , fut arrêté ainsi que son disciple qui fut pendu , tandis que le moine obtint sa grâce. .
Cet événement fut le prélude du triste sort de Perkin et du comte de Warwick. Le premier , ayant été jugé à Westminster , et convaincu sur l'évidence des domestiques du gouverneur de la Tour, fut pendu à ïyburn, ainsi que John Walter, maire de Cork, lequel, dans toutes les circonstances.
•l3o HISTOIRE D'i^WGLETERRE.
avait constamment défendu la cour de Perkin et pârttgé toutes les vicissitudes de saifortime< Blewet et Astwood, deux des domestiques, subû*ept leméme destin. Six autres personnes, condamnées comme complices, obtinrent cependant leur pardon.
Peu de jours après l'exécution de Perkin , le malheureux; comte de Warwick fiit jugé par des pairs et convaincu de crime de haute trahison ; en conséquence, il eut la tête tranchée à Tower- Hill, et en hii périt le dernier mâle de la hranche des Plantagenet
La fin déplorable de cet homme innocent, et le triste sort de Perkin qui, malgré toutes le^ cir* constances amassées contre lui , était cru , par de& gens dépourvus de préjugés, le fils véritable du roi Édotiard, remplirent le royaume d'horreur, et inspirèrent une telle aversion pour le gouver^ nement de Henri, qu'il fut obligé de rejeter tout l'odieux de cette action -^ur son allié Ferdinand d'Arragon, qui, à ce qu'il prétendit, avait rejeté son alliance^ jusqu'à ee qu'il fut certain qu'il n'existât plus aucun héritier de la maison d'York.
Comme il n'y avait «u jusqu'alors sous ce règne que complots, trahisons, insurrections et impostures, il est probable que cette rigueur de la part de Henri provenait des craintes continuelles dans lesquelles il vivait. Il est certain qu'aucun prince
' Il est étonnant que Ooldsmith ait fait quelque éloge de Henri VII , après ce qu'on vient de lire de ce prince macbiayéUate. C. Y.
• Le marhige du prince Arthur , fils de Henri , avec la princesse Cathwine, £lle de Ferdinand. A. A.
sENRi VII. a3i n aima jamais la paix plus que lui , et que la haine de ses sujets pour lui vint, en grande partie, d^ s€s efforts constanspour réprimer leur humeur belliqueuse* Le commencement de tous ses traités était que, €< Lorsque le Christ arriva dans lè monde, la pake <f fut annoncée , et que , lorsqu'il le quitta , il légtta c la paix à son peuple.» Il ne désirait étendre son pouvoir que par des traités sages et avantageux: par ce moyen, il se rendait beaucoup plus redou-> table à ses voisins que ses prédécesseurs ne l'avaient été par leurs brillantes conquêtes. Ces souverains omcpiérans s'étaient rendus 1^ ferreur da leurs propres sujets, tandis que Henri n'était 1'^ froi que des rois ses rivaux.
\ Henri , en montant sur le trône , avait eu principalement cteux objets en vuç ; le premier , de réprimer la puissance de la noblesse et du clergé : le second^ d'élever le peu}:^ et de, l'éclairer , convàînçu qu'il était que l'ambition et la turbulence des uns, ainsi ^ue la misère et la crédulité des autres avaient été la cause de tous les troubles des règnes précédeus. Dai^s les tems féodaux, chaque noble possédait un . certain nondjre de sujets sur lesquels il ayait u^ pouvoir absolu, qu'il excitait à la ^ivolte pu à la désobéissance, au moindre mécontentemeijf q^'il éprouvait. Henri prévit ^\%c raisoi» qu'un, des mpy^n^ certains d'affaiblir la piiissançe 4e ces petits tyrans était de leur . donner le . droit de vendre leuri^ Ipi^^ns qui , jusqu'alors, avaient été inaliénables.
Il rendit donc un arrêt par lequel il était permis
Histoire d'angleterhé.
aux nobles de disposer de leurs états; ceite loi^ qui plut infiniment aux communes , ne fut nullement désagréable aux nobles qui virent par là un moyen sûr de soutenir leur goût pour la prodigalité, et de satis&ire aux demandes de leurs créanciers. Ce coup frappait évidemment sur leur postérité; mais ils étaient trop ignorans et trop avides pour s'affecter de' malheurs aussi éloignés d'eux. ^
Son premier soin fut ensuite de les empêcher de garder dans leur dépendance plusieurs cen-* taines d'hommes qui, revêtus de leurs livrées, étaient à leur service, et prêts à obéir au moindre de leurs ordres. Par un autre acte , qui fut rendu sous son règne , il fut défendu généralement, sous peine de punitions très-sévères, de porter une livrée , à l'exception des gens regardés positivement comme des domestiques; le roi s'appliqua à faire observer cette loi avec la plu» grande rigueur. On raconte que , étant un jour allé rendre visite au comte d'Oxford, il fut reçu par lui avec une splen* deur presque royale. Lorsqu'il fui sur le point de partir, il vit sur deux lignes un nombre considérable d'hommes , revêtus de livrées fort riches , et disposés à lui rendi^e, au moment de son passage, les honneurs qui lui étaient dus. Frappé de surprise, le roi demanda à lord Oxford s'H entretenait à son service un nombre de domestiques aussi considérable. Le comte , devinant le motif de cette question , lui répondit que ces hommes n*étaient là que pour lui rendre hommage , et qu'il ne les payait
itENHi Vil. ^33 que dans des cas aussi extraordinaires : a Sur ma « foi, milord, reprit le roi, je vous remercie de « votre bon accueil ; mais je ne puis souffrir que t< les lois soient ainsi violé^ en ma présence: raori (f procureur-général en conférera avec vous. » Ox* ford n'en fut pas quitte , dit-on , à moins.de quinze mille marcs , qu*on l'obligea de payer en compensation de sa transgression aux lois.
On a déjà vu, par l^ nombre de criminels qui se mettaient à l'abrî de la justice dans les sanctuaires, l'abus que l'on faisait des monastères et des autres lieux dévoués au culte. Par ce privilège que le clergé s'était approprié comme un droit incontestable , ces asiles, prétendus sacrés, étaient devenus des repaires de meurtriers , de voleurs et de conspirateurs. Les sorciers et les magicieiis seuls ne pouvaient profiter de Favàntage qu'offraient ces refuges ; et ces infortunés , dont les crimes étaient imaginaires, étaient les seuls auxquels il fût défendu de participer au bien qui pouvait résulter d'un tel privilège
Le roi fit tout son possible pour engager le pape à abolir ces asiles; mais il ne put réussir; tout ce qu'il obtint fut que, dans le cas où les voleurs, les meurtriers et les filous , recueillis une première fois dans ces retraites sacrées, en sortiraient pour commettre de nouveaux crimeis et s'y réfugier ensuite , il» pourraient être arrachés du sanctuaire , et livrés à la justice.
* V<^là donc les services que rendaient les couvcns au quinzième siècle, services qu'on nous promet au dix-neuvième! A. M.
234 HISTOIRE b'aNGLETERRE.
Mais tandis que Henri témoignait la plus profonde soumission pour les ordres du pontife, et le plus grand respect pour le clergé , il s'efforçait de diminuer la puissance du pape auquel il parvint à en imposer tellement par son attachement apparent pour \!Église , que le pontife Ten^gea à renouveler les croisades et à entreprendre de reconquérir la Terre-Sainte. La réponse que Henri fit à ce sujet mérite d'être rapportée. Il assura sa sainteté que «Personne n'était plus disposé que luiàen- « tre prendre une expédition aussi glorieuse et aussi « utile; mais que ses états étant fort éloignés de Gon- « stantinople, il était plus à propos de recourir aux « rois de France et d'Espagiie ^ pour une telle entre- « . prise y et que dans le cas où ils consentiraient à «s'en charger, il s'empresserait de les seconder, «c dès que tout différent aurait cessé entre les pria*' « ces chrétiens. » Cette réponse adroite était tout à la fois un refus poK et un reproche indirect.
Tout en s'efforçant d'affaiblir le pouvoir des nobles et du clergé, il employait les moyens, qui étaient en sa puissance, pour agrandir les privilèges du peuple. Le peu d'indulgence que, sous les règnes précédens, on avait eue pour cette classe , l'irritait et l'excitait continuellement à la guerre civile; et des meurtres terribles étaiait les résultats des mesures rigoureuses et injustes qu'on ne cessait d'employer à l'égard des cla^s inférieures. Le roi rendit plusieurs actes qui, en rétablissant une partie des droits du peuple, servirent à réprimer l'esprit de rébellion, jusqu'a-
HENRI VII. a3 J
Iprs très-répandu chez lui. Le bas peuple , cessant dès-lors d'être entretenu par des chefs orgueilleux dans une coupable oisiveté , fut forcé , pour son proprei bien, de devenir industrieux. La noblesse ^ au lieu de s'envier réciproquement le nombre et la force de ses^rdes, acquit par degrés un genre d'émulation plus recherchée , et elle s'efforça de se distinguer pou* l^ splendeur et l'élégance de ses équipages ^ de se$ maiscms et de sa table. Toutes les vues du roi tendaient à développer le commerce qui contribuait naturellement à introduire l'esprit de liberté parmi le peuple et à le délivrer de toute espèce de d^endapce » . exce|)té celle qu'imposaient les lois et le souverain.
Avant cette grande époque, toutes nos villes devaient leur origine à quelque vieux château, séjour habituel d'un seigneur puissant. Ces forteresses servaient tour-à-tour d'asile à l'infortune et de prison aux criminels, files étaient ordinairement gardées par une garnison armée , approvisionnées et dépendantes entièrement des nobles auxquels appartenaient ces châteaux- forts. .Près de ces demeures protectrices s'établirent alors des artisans et des marchands a£n de fournir aux habitans de ces manoirs et à leur suite toutes \es choses nécessaires de la vie. Les fermiers et les laboureurs du voisinage vinrent également demeurer près des forts, afin de trouver protection contre les nombreuses troupes de brigands appelées alors Robertsmen % qui se cachaient dans les bois
' Les hommes de Robert.
^'i6 HISTOIRE d'aNG^^ETERRE.
pendant le jour , et infestaient les campagnes pendant là nuit. C'est ainsi que se peuplèrent successivement les villes. Henri s'efforça de réunir plus intimement encore les habitans de ces différentes colonies, en leur offrant un genre de vie commercial qu'ils n'avaient jamais connu jusqu'alors. Il leur enseigna, par son propre exemple, la frugalité et réconomie; d'une exactitude remarquable dans le paiement des dettes, qu'il fut forcé de con^ tracter , jamais il ne négligéa les intérêts des commerçans respectables, dans tous ses traités avec les puissances étrangères.
Mais il ne faut pas se dissimuler que les calculs continuels de Henri sur les avantages relatifs de l'argent, l'entraînèrent insensiblement à donner à ce métal plus de valeur qu'il ne devait en avoir. A mesure qu'il devint vieux , son esprit d'économie dégénéra en avarice et surpassa bientôt son ambition ; les moyens qu'il employa pour augmenter ses trésors, ne sauraient être justifiés même par ses admirateurs les plus zélés. Il avait trouvé deux ministres parfaitement propres à seconder ses vues cupides : Empson et Dudley étaient tous deux jurisconsultes. Le premier, d'une naissance obscure , avait des mœurs grossières et un caractère inflexible. Le second était d'une naissance moins basse, il avait reçu une éducation plus soignée; mais il était également dur et inexorable- Leur usage habituel était de dénoncer et de faire arrêter les personnes sur lesquelles ils avaient l'intention de faire tomber le poids de leur oppres-
HENAI Ylf.
sion. Elles ne pouvaient recouvrer leur liberté qu'en payant des amendes considérables qu'on appelait adoucissemens et cmnpositions. Peu-à-peti ces ministres sordides s'endurcirent tellement, qu'ils dédaignèrent même de remplir les formalités ordinaires de la loi, et se déterminèrent à employer des moyens expéditifs. pour parvenir à leur fin. Ils disposaient, selon leur volonté, de la liberté des sujets qu'ils accusaient, et confisquaient leurs biens au profit du trésor royal. Mais le principal instrument de leur oppression ^ c'étaient les lois pénales que, sans considération de rang, de qualité, ou de services, ils appliquaient indistinctement.
La dernière partie du règne de ce monarque actif se consuma en projets continuels pour amasser de nombreux trésors et augmenter le pouvoir du peuple; moyen certain , selon lui, d'agrandir la puissance de la nation. Il eut la satisfaction de conclure un mariage entre Arthur , prince de Galles, et l'Infante Catherine d'Espag«e% alliance qui était négociée depuis sept ans. Mais ce mariage tant désiré n'eut que des suites funestes. Le - ^ jeune prince t<fmba malade et mourut au bout de quelques mois , regretté de la nation entière ^. La princesse fiit obligée , peu de tcms après cet événement, d'épouser Henri , second fils du roi, qui fut nommé prince de Galles, à la place de son frère. Le prince lui-même s'opposâ de toutes ses forces à
' An de J. C , i5oi.
^ An de J. C. , i5oa.
3t38 HISTOIRE d'aNCLETERRÈ.
un tel mariage, mais le roi ayant persisté dans sa résoliition et obtenu une dispense du pape, la cérémonie nuptiale fut célébrée, malgré la répugnance du jetlne Henri qui entrait alors dans sa douzième année.
La magnificence de ces noces fit bientôt place aux réjouissances qui eurent lieu à l'occasion de l'arrivée accidentelle de l'archiduc Philippe ^ et de Jeanne, son épouse. S'étant embarqués pour l'Espagne, pendant l'hiver, afin de profiter de la disposition favorable des Espagnols, qui désiraient que le gouvernement fût transmis à Philippe, une violente tempête les assaillit, pendant leur voyage ; ils furent obligés de relâcher au havre de Weymouth où ils furent reçus de la manière la plus honorable par sir John Trenchard, -seigneur qui possédait une grânde autorité dafls le comté de Dorset: Le roi, informé de suite de leur arrivée, envoya le comté d'ArUndel les complimenter de sa part et leflUr annoncer que son intention était de venir leur rendre une visite en personne Philippe, voyant qu'il né pouvait éviter de cé^er au^soUicita* tions du roi, résolut, pour abréger tout déftî/ île le^ prévenir et d'avoir une entrevue avec lui à Windsor. Henri le reçut avec toute la magnificence posstblç et avec toutes les démonstrations de l'amitié la plus sincère ; mais il avait pris la détermination secrète de se faire rembourser des dépenses auxquelles il était forcé en cette circonstahce , en ti-
' Gouverneur des Pays-Bas , et roi de Castille. A. A. * Ande J. C, i5o6.
tîENRI VIT.
rant parti de la visite de son hôte^ pour son propre intérêt et celui de sa nation.
Il y avait eu quelques années auparavatit une con^ration formée contre lui par le comte de Su£Eolk , pour laquelle James Tyrrel et sir James Windham avaient été condamités et exécutés , tandis que Suffolk, lauteur principal de ce complot, s'était échappé dans les Pays-Bas où il avait trouvé protection près de Philippe» Ce prince, à la requête de Henri , consentit à le remettre entre ses mains, et le comte, ayant été ramené en Angleterre, fut renfermé dans la Tour.
Les deux princes conclurent également un traité de commerce qui fut alors de la plus grande importance pour l'Angleterre, et qui est encore le fondement de tous ceux d'aujourd'hui.
Henri voyant enfin l'Angleterre civilisée par ses soins , le peuple disposé à payer les impôts sans contrainte, les. nobles façonnés à une juste subordination ^ les lois mises en vigueur et respectées , les villes commençant à devenir indépendantes , le commerce se développant chaque jour davantage, l'esprit de faction s'éteignant ins^siblement, et les étrangers redoutant l'Angleterre et désirant son alliance, commença à songer à une autre vie. S'aperce vant depuis quelque temsquesa fin approchidt, il résolut de se réconcilier avec le Ciel , en distribuant des aumônes , en fondant des maisons religieuses , et en accordant un pardon général à tous ses sujets, afin d'expier les erreurs dont il s'était rendu coupable. C'est dans ces dispositions
HrSTOIRE d'aNGLETERRE.
qu'il mourut de la goutte qui lui était remontée dans l'estomac ^ Il était âgé de cinquante-deux ans , et régnait depuis vingt-trois ans.
Depuis Alfred, l'Angleterre n'avait pas été gouvernée par un tel roi. Il avait rendu ses sujets puissans et heureux ; il avait opéré sur les mœurs du peuple un changement plus grand qu'on ne devait l'espérer en si peu de tems. La plus grande faute qu'on ait à lui reprocher, est d'avoir laissé dégénérer en avarice cet esprit d'économie qui avait été si avantageux à la nation, et d'avoir oublié ses vues si sages pour le plaisir sordide d'à-» masser des sommes immenses. Cependant ne doiton pas lui pardonner un défaut qui tourna même à l'avantage du bien public ? Les coffres du roi étaient le seul trésor de la nation, et le peuple anglais était jugé riche ou indigent, selon la situation des finances du souverain*.
A cette époque, non-seulement l'Angleterre, mais toute l'Europe parut se réveiller de l'assoupissement où elle avait été plongée pendant plus de douze cents années. La France, l'Espagne, le Portugal et la Suède étaient gouvernés par des monarques sages et bieiifaisans , qui protégeaient les arts naissans et donnaient à leurs sujets des moyens certains de bonheur. Les Portugais, sous le commandement de y asco de Gama, firent un voyage au Cap-de-Bonne-
* Lé a I avril 1 5o^
^ Oui; mais cette avarice qui remplît les coffres du roi, prépara le despotisme de son fils Henri VIII, en le rendant indépendant de son peuple. ( Note de Brîssot ff^arviUç aux Lettres sur rUistQtre d'Angleterre. )
HENKÏ VU. . !i4^
Espérance, Les Espagnols, sous la conduite de Christophe Colomb, firent la découverte du Nouveau- Monde. 6e fut le hasard qui «mpécha Heniiî d'avoir part à. une entreprise aussi* considérable; car Colomb, ayant éprouvé plusieurs refus des cours- de Portugal et d'Sspagne , avait envoyé son frère Barthélémy èn Angleterre , afin d'expliquer, ses projets au roi et de solliçitep: sa protection ; Henri invita Colomb à se rendre anssitôt en Angleterre; mais Bartlxélemy, en retournant en iEspagae , fat pris par de^ piralçs. Pendant ce tems^ Colomb réussit près d'Isabelle, reine de Castille^ et obtint des secours avec lesquels il^entrçprit son voyage qu'il exécuta heureusement.
Hefnri ne fut point déowragé de ce contre-tems; il fit équiper Sébastien Cabpt, vénitien, deme^Mrant à Bristol, et l'envoya du coté de l'occident, à I9 rècherche de nouveaux pays. Cabot découvrit, la partie septentriùnale de la terre ferme de l'Amérique ^ Il fit voile ensuite vers le midi, le long de la côte y et découvrit Terre-Neuve et d'autres contrées; mais il revint en Angletpri:e, sans avoir fait dan3 le îfouveau-Monde aucun établissement. .
Henri, peu de teyns. après, dépensa quatorze mille livres sterling pour construire un yaisseau que Ton nomma le GrandrUenri. Ce fut réellanent le premier Jbâtimént de la marine anglaise; car lorsque le roi av^it eu besoin H'une flotte, il n'avait eu d'autre moyen jusqu'alors que de louer les vaisseaux marchands.
* An de J. C, 1497.
HISTOIRE D'ANGL|ET£Ra£.