‹ Histoire d'Angleterre, Volume 2Chapitre 24 sur 31 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

274 HISTOIRE d'aWCLITERRE.

cuUèreci 9 contribuèrent enfin à l'éloigner d'elle; cependant^ quelque répugnance qu'il éprouyàt pour la princesse^ il s'^fiEorça long-tera» de la dissimuler soigneusenent, et se contenta d'adresser ses hommages aux beautés de sa cour, que son rang et ses agrémens personnels rendaient dociles à ses désirs. Mai^ bientôt un motif, plus puissant que les remords secrets de sa conscience , Tentraîna k se conduire différemment.

Sir ThcHnas Boleyn, gentilhomme de distinction et allié à plusieurs personnes de la^ haute noblesse, avait été employé par le roi dans différentes amb^sades et avait épousé une fille dû duc deNor* folk. Il était né de ce mariage une fille nommée Aiu»ei, dont la beauté sïnpass^t celle de toutes les f<^mi9e& de cette cour voluptueuse. Son éducation, qui avait été faite à P^ris, contribuait à relever encore plus ses channes personnels ; ses tràits étai^t IM^bles -et ré§[idiers , leur expression douce et attrayante; sa taiUè, élégante et beHe, quoi(pi'audessous de la moyenne , et ses grâces , sa vivadté ét son esprit l'emportaient ^K^ore sur tous ses iEigrémeiiA physiques. Henri, qui n'avait jamais appris à vaincre se& passons ni à réprimer un seul de ses désîjrs, la vit et l'aima éperdument. Mais, aprèS) plusieurs tentatives inutiles pour l'engs^er à condescendre, à' ses désirs cnminels, il acquit la certitude que le mariage seul aiirait le pouvoir de ^lettre en sa possession l'objet de son amour. La reine devint alors pour lui un tel objet d^ dégoût, qu'a^n d'obtenir le. divorce, il allégua quesa #i»n-

science effrayée lui reprochait d'àvoir vécu aussi lang^iems dans un inceste arec la femme dé son frère. SoOs ce prétexte, il écrivit à Gtémétit VU, et ne doutant pas, d'après les services qu*il lui a.vait rendus , qu'il ine fût ctisposé à condescendre k ses désirs , il le pria 4,'dnnuler la bulle du pape , par laqufelle il avait obtenu la permission d'épouser Catherine, et dé déclarer qu^il n'était pas ménie en la puissance du Saint-Siège de violer une loi strictement prescrite par l'Écriture.

-Le pape se trouva alors dans tme incertitude eictréme; la reine Catherine était tante de l'empereur qui dernièrement l'avait fait prisonnier, et il craignait avec raison que son ressentiment ne se rathimàt, en apprenant l'mjure faite à une si proche parente; ôutre cela, il ne pouvait sans imprudence casser une bulle faite par son prédécesseur, ce qui aurait été attaquer directement la doctrine de Fih- £aillîbilité du pape. D*un autrê côté, Henri était son protecteur et son ami, l'Angleterre était la ressource principale de ses finances, et ïe roi 'de France , quelque tems auparavant , avait obtenu une bulle de divorce, dans un cas à peu près semblable. Il pOTsa que, dans cette occurrence, le parrti le phrs sage était de traîner l'affaire en longueur, au moyen d'une négociation. Il chargea donc Wolsey , de concert avec l'archevêque de Cantorbéry ou quelqu'autre p^rélat anglais, d'examiner la valkiilé^du mariage du roi, ainsi que sa premi^ dispense , et leur accorda en même tems une dispensie provisoire pour un nouveau mariage. Les

276 HISTOIRE b'aKGLJ^TERIIE.

cardinacDL, en la recevant,. firent la réflexion prt^* dente qu'une permission donnée par le pape, d'une nuinière aussi secrète pourrait être aisément désf* avpuée en public, et qu'on pourrait contester. la légitimité des enfans qui naîtraient de ce mariage clandestin^ En conséquence, de nouvelles dépêches furent envoyées au pape qui répondit encore d'une manière évasive^ espérant que la passion du roi ne tiendrait pas çontre la lenteur des contro* verses ecclésiastiques^ Il cherchait à user le tems en.ptomessës et en coi^testations ;^ mais tout fut inutile. Henri avait appris à discuter aussi bien que lui ; il trouva ou expliqua promptement difSérens textes de l'Écriture ,< en faveur de ses Opinions et de sa passion. A ces argumens il joignit des menaces , et assiâra le pape que l'Angleterre n'était que trop disposée k abandonner le Saint-Siège, et que, s'il continuait de refuser de condescendre à ses. désirs, tous ses sujets suivraient aussitôt l'exeinple de leur monarque qui , blessé de son ingratitude , abjurerait toute obéissance envers un pontife qui n'avait jamais cessé d'agir avec duplicité et hypocrisie.

Le roi alla même jusqu'à proposer au pape de lui accorder ûn0 dispense pour avoir deux femmes, dans le cas où il ne pourrait lui permettre de répudier la première ^

' Le pape Cfément VU, bâtard de Jnlien de Méâkîs, tenait de voir Borne saccagée par Tamiée de Charles -Quint. Ayant fiiit la paix avec reropereur, «il craignit. toujours, dit Voltaire [ Essai sur Us mœurs y ch. cxxxv), que ce prince ne le fit déposer poitt* sa bâ- « tardise. Il craignait encore plus qu*on ne le déclarât simoniaque ,

HEITRI VIII.

Le pape, remarquant Tiiigreur da roi, parut alors disposérà céder à ses demandes , et envoya à Londres le cardinal Campeggio , son légat , qul^ conjointement avec Wolsey, tint une coui^, afin d'examiner la légitimité du mariage de Henri Le roi et la reine furent sommés de comparaître , et |Dus deux s'y rendirent ; mais la reine , ait lieu de répondre à son appel , se leva de son siège, et , c6nraut se jeter aux pieds' du roi , elle le supplia , dû ton le plus attendrissant , de prendre pitié d'èlle. Étrangère, sans protecteur, sans ami', elle ne pouvait trouver d*ajppui qu'en lui seul; ne de^traît-îl pas être son défenseur, lui qui connaissait si bien isa soumission et son innocence ? Désormais elle n'avait aucune protection à espérer d'une cour où tous ses ennemis obtiendraient l'avantage, et contribueraient à diriger les lois contre elle. Elle s'opj»osa donc de tout son pouvoir à un jugement dont elle ne pouvait attendre aucune jqstice; mais nonobstant ses objections et ses prières, le procès n'en continua pas moins ; bientôt le roi , triomphant , eut l'espoir de voir tous ses vœux satisffldts.

Le point principal qu'examinèrent les légats fot la preuve de la consommation du mariage du "prihce Afthur, que plusieurs de ses éapressibns tendaient à confirmer ; d'autres motifs , préparés long- ^ems d'avance , prouvèrent l'incapacité du pape , irnéiné

• et qu*on oc f>roduîsit le fatal billet qu*Il avait fait au cardinal Com lonAe ; billet par lequel il lui promettâit des- biens et des honneurs, ■ s'il parvenait au pontificat par 4a faveiir de su vdi» et do «€# bon» « offices. » A. M.

* Ao de J. C. , iSad.

^78 HfSTOIÈE D'ÀNULSTEaRE.

pour accorder une dispense à Henri et à Catherine^ et cett^ afËiire était enfin sur le point d'être tenmnée 9 lorsqu'à la grande surprise de chacun , Camp^^o, sans aucun ordre et sous des prétextes fri* voles, suspendit la cause et la renvoya devaqt lu cour de Roine.

Pendant le cours de ces négociations embarras^ sautes, de l'issue desquelles le bonheur de Henri semblait dépendre, il s'était attendu à trouver dan» son favori Wolsey un zélé défenseur ; mais il s'aperçut bientôt qu'il s'était trQmpé. Wolsey paraissait aussi embarrassé que le pape. D'un coté, il devait chercher à plaire au roi, son maître, dont il avait réçu les plus grandes marques de &veur ; de Vautre, il craignait de désobliger le pape^ dont il était la créaturè dévouée, et qui, d'ailleurs^ avait le pouvoir de le punir de sa désobéissance^ Il résolut donc de demeurer neutre dan& cette contrbr verse, et, quoique le plus hautain des hommes, il céda le pas en cette occasion à son collègue Camp^gio , aoi^s le prétexte Ae la déférence qu'il devait à son expérience dans les lois canoniques. Ce pUu de Wolsey déplut souverainement au roi, mais il s'efforça d'étouffer son ressentiment jusqu'à ce que l'occasion se présentât dè se venger à coup sw. Il s'occupa secrètement de chercher un homme: aussi habile que Wolsey, mais moins artificieux. La fortune ne tarda point à lui offrir Thomas Cranmer, hpmme d'une sdence profonde et d'unfe intégrité probablement plus grande que celle du cardinal. Cranmer était docteur en théologie

HENRI VJIi. 2^9

et avait professé à Cao^ridge ; mais un >i»Ëu4^ige coatrakre âux inatitutioxfô des statut» de l'Église , qui enjoignaient le câibat à tot^ ks eed^iastiqueSy lui avait fait perdre sa^ plirôe. U avait voyagé en Allemagne pendant ^a jçuinesae, là U avait, pris coQuaiasance des ouvrages de Lutber ç^t em-^ brassé ^ doctrine*. Cet bomime étant un soir^dam la «ociété de Gardiner, secrétmre d'État, et de Fox, aumônier du roi, le divorce du monarque ctevint bientôt le sujet de la conversation^ L'^itiiob de Oamner fut que le moyen le plus prompt^e tran* quilbser la conscience du k^oi et d'arraibher ie gom* seiite«(if nt du ps^e ^ ^^it de îponsiilter toutes les universités de l'Idirope. Cet avis^ qui éxi bientôt rapporté au roi, lui plut teUenàeiit^ qu'il fit venir Craniper à la cour.

Le roi, le regardant comiâe un itonune propre à remplacer Wolsey ^ ne chercha plus alors à dissixmikr son ressentiment. Le procm^r çqnéral reçut l'ordre de former un-acte 4'âccusation c^tre Wj^laey qui^ jpeu de après, iut forcé de rendre le sc;eau royal* Il ^t i^ctle de trouver des icrinnes à un fevori em disgi^e ; aussi ks oçurtilsàjnp ne diminuèrent p^s dégrossir la liste de ses £atttes; bienl:6t il lui fut enjoint d'abandonner st>ii padaiei de Westminster, et toat ce ^u'il œnlenait d« ppé* cimx. devint la propriété du , roi* L'inventaire de ses biens sulpas^ tout, oe.qu'eài, avait pu imagkier jusqu'hors. Paroni les .dboses rarcB en beauté^ on trouva raille pièces de la plus . fine toile de Hollande; les murs de son palais étaient recou-

a8o HISTOIRE b'angleteuri!:.

verts 4e draps d'or et d'argent ; il y avait un buffet d'or massif; toutes les autres richesses du cardinal étaient en proportion; il est probable que leur immensité fut un objet d'envie pour la main puissante qui t'écrasait en ce momént.

Le parlement ayant confirmé la sentence qué la clmmbre étoilée avait rendue contre lui , iFlui fut x)rdonné de se retirer à Esher , maison de campagne qu'il possédait près déHampton. Là, il atteqdit de nouveaux ordres du roi^avec toùtè Tagitation de la crainte et de l'espérance.' Il possédait e^core^ à cette époque, Tarcbevêché d^ork et4'évêché de Winchester ; un moment il vit luire un rsiyon d'espoir : le roi lui envoya un jour un anneau accompagné d'un message gracieux. Wolsey, comme tqu^ les hommes de son caractère, était orgueilleux avec ses égaux et humble avec ses supérieurs; dès qu'il aperçut l'envoyé du roi, il se mit à gaupux devant lui , et reçut , de cette manière abjecte, la marque de souvenir de sa majesté. Mais ses dernières espérances s'évanouirent bientôt j il y avait peu de tems qu'il habitait Esher> lorsqu'il reçut uu nouvel ordre de s'éloigner de ce pays et de se rendre à York Il qboisit Cawood pour sa résidence, et devint alors très -affable et très'-populaire ; mais il ne lui fut pas permis de vivre long^ems danys cettè retraite, sans recevoir de nouvelles humiliations. Le comte de Northumbérland l'arrêta enfin, par un ordre du roi, pour

HEITRI VIII. aSr

criiiie de haute trahison, et l'on se disposa à. U conduire à Londres, afin de le mettre en jugement.

Comme cardinal, il refusa d'abord de se soumettre k une telle \iolepce , mais voyant que le comte ét^it déterminé à reinplir rigoureusement sa . mission, }ï céda, et consentit àtse laisser côaduire à Londres et à f>aràî|re comme un coupable dans cette ville où naguère il avait agi en roi. Il s'arrêta une quinzaine de jours au château du comte de Shrewsbury où, ét^nt un Jouf à dîner, il fut pris tout-àvcoup par de violentes dpideurs qui firent ^upçonner qu'il s'était empoisonnés Ce fut avec beaucoup de difficultés qu'où le conduisit jusqtfà l'abbaye de Leicester. Les moines vinrent au-devant de lui : «.Mes frères, leur dit-il, en les voyant, je «r viens laisser mon corps parmi vous ; » ^t il or*^ donna que son lit fût préparé sur-le^h^mp. Son mal augmentait rapidement^ bientôt > tous les se^ coHrs fUreût inutile^. . •

Quelques minutes avant d'expirer , il dit à officier .placé près* de lui et chargé de l'observer i c Je vous prie de f^ire mes adieux à sa majesté : « c'est un monarque qui possède le caractère lé « plus royal; il a vraiment un cœur de prince. « Plutôt que de céder la moindre partie de sa vo- « lonté, il aimerait mieux risquer la moitié de son « royaume. Je puis vous assurer que je me suis « souvent tenu à genoux devant lui , pei^dant trpis « heures <lè suite, pour l'engager à renoncer à une « volonté où à un désir, mais sans avoir jamais pu « rien obtenir. Si j'avais servi Dieu aussi bien que

aSa HISTOIRE d'angleterre.

« j'ai sei^vi le roi, il ne m'aurait pas abatidotitté <c dan» ma yîeiilesse. La conduite du roi à mon « égard e^t la juste récompense que je devais at^ « tendre de mes travaux et de mes peiaes; je^d©^ vais être puni d'avoir oubUi^ le service de moïi « Dieu pour celui de mon roi. »

Peu d'instans après ces paroles , il mourut dans toutes les angoisses du remords, et quitta enfin une vie que l'ambition n^avàit cesté dé ttwibïer et de rendre misérable. Il laissa ^ux et^tis naturels , dont l'un était revêtu des dignités dè l'Église.

Henri, délivré des observations (J'tm bomme qui, depu^ quelque tems, paraissait être un obstacle à ses désirs, fit^ d'après l'avis de <^raniner, •examiner là légalité de son mariage par les universités les plus remarquables de l'Europe. C'était utié chose fort singulière de vwr , d'un côté, le roi soUicitet* les universités de favoriser son amour, et dé l'autre, l'empereur les presser avec une ardeur égale d'être favorables à sa tante. Henri récompensa généreusement les dbcteursvqoi se : déclarèrent ppur lut, et l'empereur i»:corda des bénéfices à ceux dont l'avis fat <x>nforme à ses désirs* Le tems a dévoilé toutes- ces intrigues : on trouve dans un des re»» gistres de Henri le compté des dépenses qu'il fit à ùQ sujet : il donnait une couronne à lui .sousdiacre et deux à un diacre; ainsi de suite : iliiécompeilsait chacun selon son rang et son opinién; iapersonne qui était chargée de corrompre se disculpa , • en déclarant qu'elle ne livrait jamais l'argent que le vote ne fut don^^^^ j|es libi^^és et confeéquem-

H£KRI VIII. ,

maBt les isufïrages du roi remportèrent, et cette dispute eut enfin tout le succès qu'il pouvait sou* haiter. Les collèges d'Italie et de France déclarèrent son mariage contraire à toutes les lois cttvînes et huipaines/et soutinrent qu'il n^était pas même en k puissance du pape S'accorder une dispense à H^ri et à Catherine. Jjes -seules villes où cette opinion fut Combattue avec chaleur furent Oxford et Cambridge; mais , après quelques débats,elles l'adoptèrent également. Les agens de Hènri ne se contentèrent pas des suffrages des universi* tés^ ils voulurent obtenir encore celcd des rabbins t- ^ oê qui leur réussît avec le même bonheur.

Henri, fort de l'opinion générale qui se nïontmiï en sa faveur, résolut de se déclarer alors contre le pape. Il coàimença par foire revivre contre le clergé une ancienne loi qui ordonnait que tous ceux qui aui'aient reconnu le pouvoir du légat, seraient condamnés à payer une amende considé^ rable^. Le clergé , pour se* concilier la faveur du roi, consentit donc à donner une somme de cent dit -huit mille livres, et fut forcé èn outre dè re^ • G cmnaitre le roi ^our le protecteur et le chef suprême de r Église d^^ngleterre.

Ces dMfcessions enlevèrent à l'Église romaimd une gramre partie de ses bénéfices et de sa puissance, et biiirtôt un ^cte du parlement défendit de recevoir pour Rome une année des revetius de tous les évéchés vacans*. -

' An de J. C, i53i.

' An de J. G., i53a. Ce droit que la cour de Rome s'étmt ar-.

^84 HISTOIRE d'aKGLETERRE.

Le lien qui existait entre Henri et l'Église étant ainsi rompu , il se détermina à ne plus garder kucun ménagement avec le pontife. Il épousà secrètement Anne de Boleyn qu'il avait créée depuis peu niarquise de Pémbroke. Le duc de Norfôk, oncle de la nouvelle reine , son père , sa rùèré et le doctéur Cranmer furerit téijnoins de cette cérémonie. Peu de tems après , la reine étant devenue grosse, le roi déclara publiquement ion mariage, et, afin de côlorer d'uile apparence de trtom[>he , sa désobéissance envers le jiape , lui et sa nouvelle ^ épouse traversère^nt la ville de Londres, 'en lourés d'une magnificence qui surpassait tout ce què l'on avait vu jusqu'alors. Les rues étaient jonchées de fleurs^ les maisons décorées de riches tapisseries ; le vin jaillissait des fontaines, et une joie universelle se manifestait parmi le peuple, plus empressé de jouir de cette féte brillantéque curieux d'en examiner le motif. Catherine , qui jusqu^alors avait soutenu ses droits avec courage et modçstie, fut citée au tribunal ; mais ayant refusé de com-

• paraître, elle fut jugée par contumacç, et son

• mariage annulé. Reconnaissant «nfin l'iriutilité d'une plus longue résistance, elle se Retira à Ampthilt, prés Dunstable^ où elle passa le ÉÊÊb de 'sa vie dans la solitude et la paix. ^

TOgéf de toucher les revenus des éyéchés et bénéfices vacaus, s'appe^ lait le droit Abonnâtes, « Les peuples, dit Voltaire, prêtèrent avec allégi^sse an ror un nouveau serment qu'où appela le Sethtnt db sMprématîe, Tout le crédit du pape« si puissant pendant tant de siècles , tomba en un instant sans contradiction malgré le désespoir des . ordres religieux. » A. M.

HENRI VIII. aé5

Lorsque ces nbuvelles arrivèrent à Rome, le conclave devint furieux; le pape, poussé par l'ardeur de sQs cardinaux et effrayé par les men^^ces de Teipopereur, publia une sentence qui déclarait la reine Catherine seule femme légitime de Henri ^ et enjoignait à celui-ci de la reprendre, sous peine, d'encourir la censure , en cas^ de refus»

Hépri, ayant remarqué que ses 911 jfts, de quel* que rang qu'ils fussent , av£^eïit embrassé sa oause^ et qu'ils s^yai^nt secondé volontairement ses effojrti pour, secouer un joug étranger , résolut démettre, fin à unç soumission à laquelle aucune puissance ne. pouvait le forcer. Le peuple avait été préparé par degrés à cette grande jnnoVatipn ; depuis plusieurs années, Qn avait pris spin de le convaincre que le pape rC avait aucun droit à unç autorité au-délh de^ lùnites de son diocèse ^. Le roi ne voulut donc pa§ différer plus long-tems le plan qu'il méditait, de se , séparer entièrement de l'Église romainè< Le parlement ^tait à sa dévotion ; lamajorité du clergé était dans ses intérêts, puisqu'elle s'était déjà dé* cjbréç contre le pape, en se, prononçant en Éaveur du. divorce ; le peuple, surtout^ désirait ardemment qu'on humiliât l'orgueil de l'Église qui depuis si long-tems prenait plaisir aie tourmenter, et dont les immenses richesses s'augmentaient journellement du fruit de ses . travaux et de. ses peines. Tout en-

' « Ceux qni prétendaient, dit Voltaire, que dau» un grand royauitia on ne pouvait rofnpre «vec le pape , virent qu*un seul coup pouvait renverser ce colosse vénémble; dont là tête était d'or et dont le* pieds étaient d'argiîe. » A. M-

u86 msTOiRK d'angleterre.

fin paraissant d'accord avec lA désirs dxi roi , il . ordonna à son dergé de le reconnaître pour ehefsu* préme de T Église anglaise^. Le parlement confiroia ce titre, abolit le pouviûr du pape, déclara contraires aux lois tous les impots payés jusqu'alors au Saint-Si^e , et confia au roi la donation de tous les bénéfices ecclésiastiques. La ûatîon entière ado[^c«s mesures avec joie , et le ^er^ieut de suprématie fut prononcé.. Toute l'autorité que le pape possédait depuis des ^ècles fut détraite eu un seul inc»iientr et personne ne parut murmurer de cette révolution. étonnai) te, excq^té ceux doi^t la fortune dépendait de la^cour d^ Borne.

Mais quoique Henri se fat séparé de l'Église, il n'avait jamais songé d'adopter un système de réforme plus étendu. Toute idée d'hérésie lui semblait également dangereuse et détestable; et tan* dis que son ressentiment contre la cour de Rome avait éloigné une partie de ses premiers préjugés, il s'était: fait un point de conscience de conserver tous les autres scrupuleusement. Quelque séparé qu'il fijht donc de l'Église catholi(|ue et du pontife qui en était le chef , il s'était promis de maintenir fprmemient la doctrine catholique,.^ il (considérait conmie un devoir sacré de conserver pat* le 1er et le feu toute la pureté de sa première insti* tution^. Ses ministres et ses courtisans, d'un carac-

* An de J. e., i534.

' ■ Henri VIH voulut bien être, dît Voltaire, le rival du pape, « inais non luthérien ou sacramentaire. L'invocation des saiAts ne « fut point abolie, mais restreinte. Il fit lire TÉcritUre en langue vul- « gaire, mais il ne voulut pas qu'on allât plus avant. Ce fut un crime

HENRÏVIII. 287

tère mou et sans énergie, ne cessèrent, peiuiant tout ce règne, de montrer de l'irrésolution, et de flotter entre Fancienne et la nouvelle religion. La jeune reine, par intérêt comme parindinatton, fa< vorisa les^ réformés. Thomas Cromwell , autrefois attaché à.Wolsey, et qui, par une défense admirable de la conduite de son, ancien maître, s'était attiré la faveur et la confiancé du roi, embrassa les nouvelles opinions , et ses talens ainsi que su prudence contribuèrent aux progrès de cette doctrine^ quoîqu^il n'y travaillât qae d'une manière cs^ée. Cranmer, devenu archevêque de Cantorbéry, avait adopté depuis long^tems les dogmes protestans; sa candeur et sa jÉ^cérité lui avaient mérité l'amitié dù roi. ^

D'un autre côté, le dm de Norfolk restait fidèle à r^ncien culte, et la grandeur de sa naissance, ainsi que ses talens civils èt militaires , lui donnaient on grand poids dans le Ccmseilldù roi. Gardiner, créé depuis peu é véque de Winchester , suivait la même eroyance ; et la^uplessè et l'habileté de son caractère le rehdàietit également utile à son parti* Bour le roiyiltenait la balance entre ceà factions^etles flat* teries continuelles des courtisans protestans et catholiques ne lui donnaient que ^Itts de facilîlié en- COTe à s'approprier une autorité sans bornes.

Cette religion^^tait alors trop peu connue et les

« capital de crpire au pape ; c'en fat un d*étre protestant. ïlût brûler f dans la même pHte ceux qui parlaient pour le pontife, et ceiuc « qui se dédaràient de la réforme d' Allemagne, m Essaie sàrMs mœurs^ ch. cxxxv. On retrouvera tout-à-l*heure les mêmes remarques dans le corps de c«tte Ikkteire. A. M. .

^88 HlSTOimS D*49GLKTEm&£.

esprits trop exaspérés de part et d'autre, pour que les aHiséquences n'en devinssent pas funestes. De nombreuses Tictimes furent sacrifiées, et les réformés forent les premiers qui supf^rtèrent les effets de la fureur irindicative de ceux qui voulaient la continuation des superstitions anciennes. Un nommé James Bainhamy chevalier de l'ordre des Templiers, fut accusé. d'avgir favorisé la doctrine de Luther. Après avoir subi la torture, il fut condamné,, comme hérétique, à être brûlé dans Smithfièld, Un prêtre, nommé Thomas Bilney; qui avait embrassé également les nouveaux dogmes, fut atteint de remorck si terribles, qu'il se rendit à Norfolk /et désavouant pubKqiiement son abjura* tion , doùQa la preuve des erreurs où le papisme peut entraîner. On s'empara de lui aussitôt, ,et on le mit en jtigement dans la cour de l'évéque , où il fut bruléiaus^i comme hérétique. D'un autre côté, Henri n'.était pas moins prcnnpt à punir ceux , qui étaient disposés à blâmer le motif de sa rupture avec le Âpape, et comme 1^ moines étaient * ceux qui souffraient le plus de la réforme , la manière Ubre dout ils. s'exprimaient à ce sujet excitait souvent contre eux le colère du roi.

Pour seconder les ir>tentions de Henri, le parlement déelara que quiconque nierait la suprématie du roi sur l'Église^ serait condamné à subir la peine capitale , et bientôt; une foule d'ecclésiâstiques perdirent la vie en punition de ce nouveau crime. Mais, parmi ceux qui furent sacrifiés à cette loi injuste et barbare, les plus remarquables et les

HENRI VIII. aSg plus dignes de regrets sont un nommé Fisher, évéque de Rochester, et le célèbre Thomas More ou Morus. Fîsher était un prélat distingué par ses talens et par la pureté de sa morale ; mais il était si fièrement attaché à ses anciennes opinions, que rien ne put le forcer à les abandonner. Il fut jeté en prison., et dépouillé de tous ses revenus: il était dans une telle misère, qu'il avait à peine quelques haillons pour se couvrir. Coupable d'avoir nié la suprématie du roi , il eut la téte tranchée

Thomas More a droit à de plus grands regrets encore , puisque son mérité était supérieur! Cet homme extraordinaire fut un de ceux qui firent revivre Tancienne littérature; il fut sans contredit l'écrivain le plus distingué de son siècle ; il avait refusé, pendant long-tems, de seconder les passions capricieuses du roi; nommé chancelier, il avait mieux aimé renoncer à ce brillant emploi que de concourir à la rupture de l'Angleterre avec l'Église romaine. L'austérité de ses mœurs ainsi que la pureté de sa conduite n'avaient, en aucune façon, empiété sur la gaîté de son caractère , qui était sans doute le résultat d'une conscience libre. Il fut bientôt jeté, comme tant d'autres, dans une obscure prison ; mais ni prières , ni artifices ne purent le déterminer à reconnaître la justice des prétentions

'An de J. C, , i/35. «Le pape Paul III, successeur de Clément Vil, crut, dit Voltaire, saùvçr la vie à Fisber, pendant qu*on instruisait son procès , en lui envoyant le chapeau de cardinal : il ne fit que donuer au roi le plaisir de faire périr un cardinal sur Téchafaud. » A. M.

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