‹ Histoire d'Angleterre, Volume 2Chapitre 25 sur 31 · II · texte numérisé non relu

II

^(fO HISTOIRK I>'aNGLETERRE.

du roL Un nommé Rich , qui était alors solliciteur général, fut chargé de l'interroger en particulier. Dans la chaleur de la conversation, Thomas More se laissa entraîner à dire que toute question relative à la loi qui établissait la prérogative de suprématie, était comme une épée à deux tranchans; que, de quelque manière qu'on répondît, on ne pouvait manquer de se perdre, puisque d'une feçon , Ton renonçait au salut de soname, et de l'autre , on consentait à la destruction de son corps. Ces seules paroles suffirent au lâche dénonciateur pour intenter une accusation, et comme, à cette époque , les jugernens n'étaient que de pures formalités , le jury prononça la sentence de mort contre Thomas, après l'avoir fait languir longtems. Il conserva sa gaîté naturelle , jusqu'à son defuier moment. En montant sur l'échrafaud , il dit à quelqu'un qui était près de lui: «Mon ami, aicf dez-moi à monter , j'irai fort bien tout seul, lors- « qu'il faudra descendre. » Le bourreau lui ayant demandé pardon , il lui accorda ce qu'il désirait , en lui disant : « Vous ne parviendrez jamais à ac- « quérir une réputation en me coupant la téte , car (( j'ai le cou bien court. » Lorsque sa téte fut posée sur le billot , il pria le bourreau d'attendre un moment , afin qu'il pût mettre sa barbe de côté, « car , âjouta-t-il , elle n'est point coupable de « trahison. »

L'approbation que le peuple semblait donner à ces exécutions cruelles, augmentait l'autorité que Henri prenait , par un gouvernement aussi tyran-

HENRI VIII. aC)!

nique , et l'engageait à poursuivre son plan d'innovation. Comme les moines lui avaient constamment opposé de la résistance, il résolut de Leur ôter à l'avenir le pouvoir de l'ofFenser. Conformément à ce projet, il chargea Cromwell, secrétaire d'état, d'envoyer des commissaires dans plusieurs pays de l'Angleterre , afin dHnspecter les monastères , et de venir lui rendre compte avec une exactitude rigoureuse de la conduite de ceux qui les habitaient. Des créatur'es de la cour se chargèrent promptement.de ces emplois, entr'autres^ Layton, Ix)ndon, Price, Gage, Petre et Belasis, qui découvrirent, dit-on ^ des désordres monstrueux. Tôus les couvens de femmes étaient abandonnés au plus honteux libertinage , et des moines complices partageaient leurs cdmés. La fraude et l'hypocrisie , sous le voile de la piété , se montraient partout, afin d'augmenter la dévotion et les libéralités des^ fidèles; et les chefs de cesnaiaisons étaient continuellement divisés par des factions cruelles et invétérées. Ces accusations vraies ou fausses furent publiées avec éclat et inspirèrent bientôt une horreur générale contre ces communautés'.

Le roi jugea alors la Circonstance favorable pour abolir ces institutions; mais, cherchant à couvrir

' On voit que les mœurs des couvens anglais n'étaient pas meilleures que celles des couvens français , dans le même siècle. Si les éyéques et les autres prêtres avaient des concubines , on voit qu'elles ne leur faisaient pas toutefois négliger les religieuses, qui s'en trouvaient fort bien , et c'est ce bon vieux tems que Ton voudrait nous rendre. A. M. .

af)^ HISTOIRE d'awgliterre.

ses actes de rigueur d'une inodération apparente, il ordonna au parlement de ne supprimer d'abord que les plus petits monastères qui possédaient un revenu au-dessous de deux cents livrfô. Trois cent soixante-seize couvens furent donc supprimés et les revenus donnés au roi se montèrent à trentedeux mille livres par an sans compter les meubles et la vaisselle plate , qui furent évalués cent mille livres de*plus. Ce ne fut là que le prélude de ces confiscations ; car, environ deux ans après , le roi ordonna la destruction entière de tous les monastères ; les perquisitions et les visites recommencèrent; de nouveaux crimes, de nouveaux abus furent découverts ; et l'on sut couvrir d'une telle apparence de justice les mesures rigoureuses que l'on prit, elles furent suivies d'un succès si complet, qu'en moins deux ans Henri devint possesseur des revenus entiers -de toutes les fondations monastiques; elles étaient au nombre de six cent qu?irante-cinq , dont vingt-huit abbés avaient droit de siéger au parlement. Quatre-vingt-dix collèges , deux mille trois cent soixante<[uatre cathédrales et chapelles , ainsi que cent dix hôpitaux, furent également supprimés. La somme totale des revenus de tous ces établisseipens se montait à cent soixante et un mille de livres sterling, ce qui n'était rien moins que le vingtième du revenu national.

' And* J. (5, i536.

' Bornât dit cent soixante mille livres de rvrenu , sans comprendre les meubles et l'argent comptait. A. M.

HÊNRI VIII*

Là perte que fit le clergé, quelque considérable qu'elle fût , lui causa beaucoup moins de regrets et de mortifications que les reproches et les insultes erùelles qu'on lui fit éprouver. Les reliques sans nombre, qui avaient été amassées pour tromper le peuple et en extorquer de l'argent , furent alors .exposées publiquement, et livrées aux railleries les plus piquantes: on vit dans ce nombre un ange qui tenait le manche de la lance qui avait percé le côté du Christ; Jes charbons qui avaient servi autrefois à griller saint Laurent; les rognures des ongles des pieds de saint Edmond ; certaines reliques qui préservaient de la pkiié; d'autres qui avaient le pouvoir d'arrêter la croissance des mauvaises herbes dans le blé. Il y avait à Roxley , dans le comté de Kent, un crucifiée, nommé la Croix de gmce^ qui avait la réputation de se baisser, de se relever , de tourner les yeux et de secouer la tête. Il fut mis en pièces, et les roues et les ressorts, qui le faisaient agir furent livrés à la curiosité du peuple de Londres*.

A Haies, dans le comté de Gloucester , les moines /aisaieàt un trafic considérable du prétendu sang de JésuS'Christ. Ce n'était autre chose que le sang d'un canard que Von tuait toutes les semaines ^ et dont , on remplissait une fiole de cristal: si les prières du pé- ' lerin étaient accueillies par le ciel , le sang s'offrait à ses regards ; . si l'on supposait qu'elles dèvaient

* «On brûla dans lé mstrché de Londres, dit Yokaire, plusieurs statues de bois que des mpines faisaient mouvoir par des ressorts * Essai sur Us mœurs, ^. M.

être rejetées, le sang restait inyisible, miracle qui s'opérait facilement en retournant ^ la fiole qui était opaque d'un côté. Le pillage de la châsse de saint Thomas Becket , à Cantorbéry , surpassa tout ce que l'imagination avait pu concevoir jusqu'alors : la châsse fut brisée en morceaux , et l'or qui l'entourait remplit deux énormes coffres que huit hommeis purent à peine emporter de l'église. Le roi cita le saint à comparaître au tribunal , afin d'être mis en jugement et condaipné comme traître. Il ordonna que son nom fût rayé du calendrier, que ses os fiissent brûlés et que son office fiit effacé du bréviaire.

Telles furent les iaiesurés violentes que le roi employa, pour détruire l'empire de Tindolence et de. l'imposture; mais, comme elles i^e pouvaient manquer d'exciter de grands murmures , il prit soin de faire partager le pillage entre ceux dont l'opinion lui était favorable , et ceux dônt l'ôpposition pouvait Jui être fimeste. 11 fit présenta ses principaux courtisans des revenus de diflFérens couvehs , ou bien il les leur vendit à très-bas prix, ou il les échangea' pour des terres sur lesquelles il perdait considérablement. Il créa six nouveaux évêchés. : Westminster, Oxford, Péterborough , Bristol, Chesler et Gloucester, dont cinq existent encore'. Il fixa, pour les abbés et les prieurs, des appoiritemehs proportionnés à leur.s anciens reve-

^ « D« tant de dépouilles^ dit Voltaire , Henri VIII fonda ses six nouveaux évéchés et un collège , récompensa qu^ques serviteurs , et convertit le reste à son usage. » A. M.

HENRI VII T

nus OU à leur mérite , et chaque moine eut droit à une pension annuelle (le huit marcs.

Le roi , n'étant nullement disposé à £^dopter un nouveau système de religion, quoiqu'il se fut séparé de l'Église romaine, ne voulut suiyre aucun conseil à cet égard, et refusa entièrement d'abolir, les pratiques absurdes que les prêtres avaient employées jusqu'alors. L'invocation des saints ne fut donc pas détruite, mais restreinte seulement. Il ordonna qu la Bible fût traduite en languç vulgaire , mais il défendit qu!elle fût mise entre les mains des laïcs. Ce fut un crime capital de croire à la suprématie du pape, et c'en fut un également d'être de la religion réformée , telle qu'elle était établie en Allemagne. Les sentimgns du roi se manifestèrent enfin dans iine loi qui, gar ses horribles conséquences , fut nommée loi sanguinaire: elle déclarait coupa^hle d'hérésie quiconque nierait 9a transubstaiitiation ou persisterait à affirmer que la cpmmunion sous les deux espèces était nécessaire ; quiconque soutiendrait que le mariage des prêtres était légitipie , et que le vœu de chasteté pouvait être rompu; que les messes particulières et la confession auriculaire étaient inutiles. Quiconque se rendrait coupable dje l'un de ces prétendus crimes devait être brûlé ou pendu , selon le jugement de la cour.

Comme le peuple était composé de luthériens et de catholiques , cette dernière loi , d'accord avec les premières ordonnances de Henri, menaçait également les deux partis, et ouvrait lin vaste.

HISTOIRE d'\NGL£T£RR£.

champ à la persécution et au fanatisme; aussi un^ horrible moisson ne tarda-t-elle pointa commencer.

Elle fut précédée d'uû acte de Qruauté d'une nature différente , qui n'avait pour cause ni la po* litique, ni la religion; mais qui provenait pure^ ment d'un caprice tyrannique. La protection que la reine Anne Boleyn ou de Boulen avait toujours accordée aux réformés lui avait attiré, dans le parti opposé, des ennemis qui n'attaidaient que l'occasion fevorable de détruire son crédit dans l'esprit du roi : elle ne se présenta que trop tôt.

La satiété avait éteint depuis long-tems la passion de Henri,; le désir brutal qu'il avait eu de posséder Anne étant satisfait, il conçut de Famour (s'il est pegxiis de prostituer ainsi cette, expression) pour la J)elle Jeanne Seymour qui avait été , pendant quelque tems, fille d'honneur dé la reine.

Dès que les ennemis d'Anne «'aperçurent de l'in-. constance du roi , ils résolurent de profiter de cette circonstance , pour achever de l'éloigner d'elle , et ils Taccusèrent de cripies supposés. La vicomtesse de Rocheford, qui avait épousé le frère de la reine^ fat la plus acharnéç à la perdre; cette femme, d'un caractèi:e infâme, commença d'attaquer laréputa*^ tion de sa belle-sœur, par les insinuations les plus perfides. Elle l'accusa d'avoir une correspondance coupable avec son mari, et, non contente de ces calomnies, elle présenta toutes les innocentes légèretés de là reine sous le jour le plus criminel. La jalousie du roi commença à se manifester dans un tournoi à Greenwich , où la reine ayant laissé

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tomber son mouchoir, ou supposa qu'elle l'avait fait dans l'intention qu'il fut ramassé par un de ses £avoris, afin qu'il pût en essuyer son visage baigné de sueur, par l'exercice qu'il venait de faire.

Le roi, s'étant retiré brusquement , donna de$ ordres pour que la reine fut détenue dans son appartement. Elle se mit à rire d'abord, croyant que le roi plaisantait; mais lorsqu'elle vit que la chose devenait sérieuse, elle reçut les sacremens dans son cabinet , et commença à s'effrayer du peu d'indulgence qu'elle avait à attendre d'un tyran aussi furieux.

Ses ennemis ne négligèrent pas d'enflammer les accusations dirigées contr'elle. Le duc de Norfolk, poussé par son zèle pour l'ancienne reKgion , produisit des témoicis contr'elle, qùi déclarèrent qu'elle s'était conduite de la manière la plus scandaleuse avec les gens les plus bas de la cour. Quatre personnes furent particulièrement désignées pour avoir été de ses amans : Henri Norris , valet de garde-robe, Weston et Brereton, gentilshommes de la chambre du roi , et un musicien nommé Mai'k Smeton. Comme ils l'avaient toujours servi avec la plus grande assiduité , les témoignages de leur respect furent regardés par ses ennemis , comme les preuves d'un attachement coupable. L'infortunée reine eut beau protester de son innocence et adresser au ciel la prière de la secourir, elle fut efivoyée à la Tour, et ce fut en vain qu'elle demanda à être admise en la présence do roi. Sa tante, lady Boleyn, qui la haïssait mortellement,

s'opposa durement à ce désir, et elle rapporta au roi, d'une manière envenimée, tous les discours incohérens de la malheureuse prisonnière. Elle avouait, dans son délire, qu'une fois elle avait raillé Norris , sur le peu de goût qu'il paraissait avoir pour le mariage , et qu'elle lui avait dit , en riant , que probablement il espérait l'épouser un jour , lorsqu'elle serait devenue veuve. Elle disait avoir reproché une fois à Weston l'amour criminel qu'il paraissait avoir pour l'une de ses femmes, et l'indifférence qu'il témoignait à la sienne. Weston lui avait répondu alors qu'elle se méprenait sur l'objet de ses affections , puisque c'était elle-même qu'il osait aimer. Smeton» afiirmait-elle , n'était jamais entré dans son appartement que<ieux fois seulement, pour, pincer de la harpe ; mais elle avouait qu'un jour il avait eu la hardiesse de 4ui dire qu'un seul de ses regards sufiSrait pour le rendre heureux>

Tous ces aveux, quelque faibles qu'ils fussent, tournèrent contr'elle , et devinrent des preuves de son incouduite. Tous les courtisans , qui naguère étaient à ses piods,, l'abandonnèrent dans son malheur; Cranmer seul lui resta fidèle; il écrivit au roi une lettre en faveur de la reine ; mais tous ses efforts, pour la sauver^ furent inutiles. Lorsque Norris et les autres prisonniers furent jugés à Westminster-Hall , on offrit à Smeton la promesse de son pardon, s'il voulait consentir à avouer qu'il entretenait une corresponjdance criminelle avec la reine; il fut as^^ faible pëj^se laisser séduire,

HENRI VIII

mais , ri'ayant point été confronté avec elle , sop €Kécution ne servit, ainsi que celle de ses compagnons, qu'à là» faire paraître plus innocente aUx yeux de ceux (^ui n'étaient point influencés par la haine. Gomme Norris était en faveur près, du roi , on lui fit offrir la vie également, s'il voulait consentir à accuser sa souveraihe, mais il rejeta avec mépris cette proposition indigne, et mourut en affirmant son inpocertce et celle de la princesse.

* Anne, affligée des conséquences terribles de son malheur, avait tenté d'adoucir la colère du roi, en le suppliant d'épargner la vie de ces infortunés; mais tout ce qu'elle avait fait était resté sans succès; rien ne pouvait apaiser une jalousie cruelle , qui ne provenait que de l'orgueil. La lettre que la reine lui écrivit alors est remplie des plaintes les plus tendres ; elle est trop remarquable pour être omise ici; elle peut donner une idée de la situation d'esprit d^ la malheureuse prisonnière, ainsi que de l'élégance de son style k cette époque.

« Sire,

« Le malheur que j'éprouve d'avoir pu vous déplaire, et le triste emprisonnement où je. suis réduite , sont des événemens si étranges pour moi , que j'ignore comment je suis coupable et comment je dois me défendre.

a Celui que vous aVez envoyé pour recevoir de ma bouche l'aveu de la vérité, est l'un de mes plus mortels ennemis, vous ne l'ignoriez pas; aussi, en le voyant paraître devant moi, ai-je compris votre

pensée. Si , comme vous l'assurez , la vérité seule peut me sauver, l'espoir doit rentrer au fond de mon ame. Je suis donc prête à remplir mon devoir et à obéir à vos comman démens.

a Mais gardez-vous d'imaginer que votrç épou^ puisse consentir à reconnaître une faute, lorsqu'elle n'a pas même à se reprocher une pensçe coupable. Jamais prince , j'ose le dire, n'eut une compagne plus jalouse de remplir ses devoirs qu'Anne de Boleyn, dont le nom et le- rang modeste eussént suffi à son bonheur, si Dieu et votre majesté u'eus.sent disposé autrement de son sort. Dans aucun tems je ne me suis abusée sur mon élévation au point de ne pas m'être attendue au changement que j'éprouve aujourd'hui , car cette élévation n'était fondée que sur un amou,r passager, et je n'ignorais pas que la moindre circonstance pouvait diriger cet amour vers un autre objet.

« Vous m'avez ^élevée du rang modeste où le sort ni'avait platiée à celui de vptre épouse et de reine; ce rang, vous le savez, ne fut point l'objet de mon ambition et de mes désirs. Mais si , à une époijue plus heureuse, vous m'avez trouvée digne d'un tel honneur, un léger ciaprice et les conseils perfides de mes ennuis doivent -ils donc suffire pour m enlever la faveur de mon roi? Sire, ne permettez pas que l'odieuse calomnie souille d'une tache impure votre épouse fidèle et la princesse votre fille. Jugez -moi, prince, j'y consens, mais jugez-moi à un tribunal légitime, et ne me donnez pas mes ennemis et mes accusateurs pour juges.

HËNRI VIII. 3oi

Je demande que mon procès soit £sdt publiquement, convaincue que je suis qu'aucune honte ne peut retômber sur moi ; ou mon innocence sera reconnue, ou mon crime sera prouvé ; dans ce dernier cas, votre majesté sera libre alors devant Dieu et devant les hommes d'ordonner non- seulement le châtiment justement mérité d'une épouse infidèle , mais encore de suivre son penchant pour celle dont je suis la victime aujourd'hui. Je pourrais citer ici son nom, puisque votre majesté n'ignore pas mes soupçons à cet égard. *

« Mais si mon sort est déjà fixé, que la calomnie triomphe y et que ma mort et mon déshonneur doivent vous rendre po^esseur de l'objet de vos désirs, je prie le ciel de vous pardonner.ee crime et d'absoudre également tous ceux qui auront été les instrumens de mon malheur. Puisse* Dieu ne pas vous appeler à rendre compte un jour de votre cruaiité et de votre injustice envers moi ! Ce jour approche où vous et moi paraîtrons devant un tribunal suprême, où mon innocence sera authentiquement reconnue, quel que soit aujourd'hui le , jugement du monde à mon égard.

a Mon unique et dernière prière^ sire, est d'être seule condamnée à porter le fardeau de votre haine ^ et que les serviteurs fidèles qui souffrent pour moi en ce moment soient promptement justifiés. Si jamais je trouvai grâce devant vos yeux, si jamais le nom d'Anne de Boleyn fut agréable à vos oreilles , permettez-lui d'obtenir cette seule grâce, elle cessera alors de troubler votre majesté.

3oj HISTOIRE d'aWGLETERRE,

« Veuille le ciel exaucer mes ardentes prière^ pour votre bonheur, et vous maintenir en sa bonne garde, en vous dirigeant dans toutes vos actions.

« De ma triste prison, à la Tour, le 6 mai.

« Votre très-fidèle et très-obéissante feipme,

« Anne de Bolevn. »

Il eût été inutile d'espérer que <;ette lettre ^oquente pût atten4rir un tyran dont les passions n'étaient jamais excitées que par des motifs coupables, et sur lequel aucun sentiment noble et généreux ne pouvait agir. La reine et son frère furent condamnés par un jury composé de pairs j mais on ignore la preuve sur laquelle ils furent jugés coupables dlncesté. L'accusation principale fiit que Rocheford, étant un jour dans l'appartanent de la reine , s'était appuyé sûr son lit devant plusieurs personnes. La déposition la plus forte contre elle fut qu'elle avait dit à plusieurs personnes de sa suite que le roi n'avait jamais obtenu son cœur , ce qui fut regardé comme une calomiîie contre le trôrie et comme une violation de la loi rendue de-, puis peu, qui déclarait criminel quiconque proférerait une médisance ou une calomnie contre le roi, la reine, ou leurs descendans.

L'infortunée reine, dépourvue de conseils et d'appui, se défendit seule avec courage et présence d'e$prit, et tôus ceux qui l'entendirmt ne purent s'empêcher de reconnaître son innocence. Elle ré-

HENRI Vlll. 3o3

pondit avec clarté à toutes les accusations dirigées contre elle ; mais l'autorité du roi devait l'emporter ; elle fut déclarée coupable , et condamnée à être brûlée ou à avoir la tête tranchée, selon la volonté du roi. - Lorsqu'on tut cette terrible sentence , elle leva les yeux vers le ciel pour lui demander de la secourir, puis, s'adressant à ses juges, elle leur reprocha de la manière la plus touchante l'injustice de sa condamnation. Le tyran , non satisfait de cette vengeance , voulut y mettre le combte en déclarant sa fille illégitime, et s'étant rappelé le bruit qui avait couru autrefois d'un contrat de mariage pa^sé entre Anne de Boleyn et Percy, comte de Northumberland, il parvint à obtenir d'elle l'aveu de ce prétendu mariage spit par la promesse de lui conserver la vie, soit par celle de ne point exécuter la sentence , dahs toute sa rigueur. L'archevêque qui siégeait à cette séance , quelqu'afiQigé qu'il fut, se trouva forcé, par cette confession, de prononcer la nullité de son mariage avec le roi qui , dans les transports de son odieuse persécution, s'aperçut que si le^«mariage d'Anne de Boleyn était annulé , ha sentence d'adultère devait l'être également.

Celle qui avait été l'objet envié de la faveur royale, donnait maintenant un triste exemple de l'inconstance de la fortune. E^n retournant dans sa prison, elle écrivit au roi pour la dernière fois, et protesta encore de son innocence ; elle finissait ainsi sa lettre : « Vous m'avez retirée d'une vie mé-

3o4 HISTOIRE d'aIYGLETERRE.

« diocre et tranquille pour faire de moi ime lady ; « de lady vous m'avez faite comtesse ; de comtesse « vous m'avez élevée au rang superbe de reine; et « de reine, que je suis, bientôt je vais passer à un « rang plus glorieux dans le ciel. »

Le matin du jour où elle fut exécutée , elle envoya chercher Kingston , le gardién de la Tour : « M. Kingston, lui dit-elle, en le voyant entrer, j'ai <K entendu dire que je ne mourrais pas avant midi, « et j'en suis fâchée, car je croyais, avant ce tems, « être délivrée d'une vie de peines et de tourmens. » Le gardien essaya de la consoler et de lui donner du courage , en lui assurant que la douleur qui lui restait à éprouver serait très -peu de chose. « On a dit, reprit-elle, que le bourreau est fort expert. » Puis , mesurant son col avec ses deux mains , elle ajouta en riant qu'elle l'avait fort petit. Lorsqu'elle fut sur l'échafaud^ ses inquiétudes sur l'avenir de sa fille Elisabeth, se renouvelèrent; elle s'efforça de calmer l'esprit du peuple, déjà irrité contre ses persécuteurs; elle prononça avec fermeté ces paroles : «Je dois mourir, puisque la loi m'y condamne. » Elle n'accusa personne; elle ne^rappela point l'injustice avec laquelle elle avait été jugée ; elle pria de bon cœur poui* le roi , le nomma le plus clément et le meilleur des princes; attestant qu'il l'avait toujours rendue heureuse , et qu'il avait été dans tous les tems, pour elle, le plus gracieux des souverains. Elle ajouta, que si quelqu'un croyait à propos d'examiner sa cause , ellé le siippliait de juger d'une manière favorable. . .

ERe ïut décapitée par l'exécuteur de Calais, qui avait été amené à Londres cortwne plus expert que tous les bourreaux de l'Angleterre. Le corps de la reine fut jeté dans un coffre de bois d'orme qui avait été fait pour renfermer des flèches , et il fut ensui te. enseveli dans la Tour. '

Anne de Boleyn ne parait coupable d'aucun crime , si ce n'^t celui d'avoir survécu à l'affection du roi- Quoique plusieurs têtes couronnées èussent déjà été condamnées à oiort eii Aûgleterre^ elle est la première qui ait subi un jugement en règle et qui ait péri sur un éclia£aud

Le peuple, qui, en général, avait plaint sincèrement son triste sort, parut encore plus affligé de sa mort, lorsqu'il découvrit la cause qui avait poussé son tyran à k sacrifier si cruellement. L'impitoyable Henri , nullement affecté de la malheureuse destinée d'uqe femme qui naguère avait été l'objet de sa tendresse, rie craignit pas même de blesser toutes les convenances en épousant publiquement lady Jeanne Seymour,le lendemain de l'exécution d'Anne de Boleyn.

Il ordonna ensuite à son parlement de lui déli* vrèr l'acte de divorce prononcé dans l'espace qui s*était écoulé entre la sentence d'Anne et sa mort^ s'effbrçant, par ce moyen, dépendre illégitime la-

' < On assure, dit Voltaire, que les partisans .secrets de Rome conjurèrent la perte d'Anne de Boleyn, ddns Tespérance que si le roi te séparait d'elle, la fille de Catherine d*£spagoe hériterait du royaume, et rétablirait la religion catholique. Aniie périt; mais Henri VIII tourna ses vœux vers la belle Jeanne de Seymonr, poui'i ne virre avec elle qu'une année seulement f M,

H. • / ao

5o6 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

jeune pHncèsse Élisàbeth, le seul enfant qu'il avait eu d'elle , ainsi qu'il avait fait dans le tems à l'é-* gard de Marie, la fille unique de Catherine.

Il est fecile d'imaginer que le peuple ne pouvait voir sans indignation tant d'innovations^ de cajNi* ces et de cruautés ; mais ses plaintes et ses mur-' mutées demeuraient sans succès. Henri, s'étant fait arbitre entre les catholiques et les protestons, qui ne pouvaient avoir recours qu'à lui 5eul , savait profiter habilement des haines réciproques qui existaient entré les deux partis. D'ailleurs, il avait su mettre dan^ «^s intérêts tous les hommes les plus puissans de la nation , par les différens dons qu'il leur avait faits des terr^ et des biens des mo^ haltères qu'il avait dépouillés. Aussi lui fut-il aisé d'étduffer les nombreuses insurrections que sk conduite arbitraire excitait continuellement. Ceiut én vaifl que le peuple essaya de se révolter contre des mesures dont il était satis cesse la victime ; ses tentatives , n'étant dirigées ni par la sagesse d'un homme prudent et prévoyant, ni par l'hsdiileté d'un chef hardi , ne furent que les. élans passagers de la dotlleur et du désespoir. ^

Les premiers qui se révoltèrent furent les habi* tans du comté de lincolq, qui av)aient à leur téle le do^^Mi* Mackrel, prjeur de Barling. Quoique cette armée tumultueuse se montât au nonibre dç vingt mille hommes, elle fut prompte à se laisser effrayer, et la popuboe se dispersa ; dès qu'on lui offrit les assurances du pardon. Le prieur et les chefs confédérés étant tombés entre les mains du roi, furent '

ÀENRI VIII. ^07

condamnés et mis à mort. Une autre émeute succéda bientôt à celle-ci dans le nord de FAngleterre : les révoltés étaient au nombre de trente mille hommes ; des prêtres , portant pour enseignes les marques de leurs fonctions, marchaient à leur tête, et tous semblaient principalement animés contre Cromwèll , qu'ils regardaient comme leur ennemi et Comme Tinstigateur des mesures sévères que le roi prenait à leur égard. Mais leurô provisions étant venues à manquer, leur ardeur et leur courage ne târdèrent point à s'affaiblir. Après avoir essayé vainement de combattre Tarmée du duc de Norfolk, dont ils furent séparés par un ruisseau que les èaùx du ciel gonflèrent, ils se dispersèrent, et cette seconde insùrrection se dissipa aussi promptement que la première. Une troisième révolte éclata peu dé tems après : Musgrave et Tilby étaient à la tête des insurgés ^ mais le duc de Norfolk les poursuivit et les mit en fuite. Outre ces deux chefs dont on s'empara , un nommé Aske , qui avait conduit la première insurrection, fut pris également, ainsi que lord d'Afcy , sir Robert , constable , sir John Bulmer, sir Thomas Percy, sir Stephen Hamilton , Nicôlas Tempest et William Lumley. Tous fiirent jetés en prison , et la plupart d'entre eux furent punis de mort. Le roi, outré de ces révoltes réitérées , résolut de ne mettre aucune borne à éa vengeance, ét la naissance d'un prince qui fut depuis Édouard VI , et la iciort de la reine , qui eut lieu deux jours après cet heureux évériemeht, nèv furent qu'un court intervalle aux châtimens rîgou-

3<>8 HISTOIRE d'aIC GLETERRE.

reux qu'il infligea à ceux dont la volonté fiit en opposition avec la sienne.

Au milieu de toutes ces commotions les feux terribles de Sroithfield ne cessaient point <i'étre allumés*; les- catholiques et lés protestans étaient également les objets de la vengeance royale et de la persécution écclésiastique. D'après les changemens multipliés que Henri avait apportée dans le système de la croyance, chacun ignorait également ce qu'il devait croire et ce qu'il devait professer. Tous étaient assez disposés à suivre ses opinions^ quelque contradictoires ^ qu'elles fussent ; mais comme lui-même changeait continuellement de doctrine, il leur était impossible de le suivre âssez vite pour ne pas heurter involontairement des idées dont l'incertitude et Tinconstance les devançaient encore. Cranmer et' Cromwell favorisaient la religion réformée de tout leur pouvoir. lie second , qui était fils d'un forgeron, avait été élevé à la plus haute faveur par Je caprice du roi; les tyrans choi^ sissént ordinairement leûrs favoris dans la classe la plus basse. Cranmer était alors archevêque de Cantorbéry. D'un autre côté, Gardiner, évéque de Winchestér , et lé duc de Norfolk cherchaient à entraîner le roi dans leur parti, et s'efforçaient de lui rendre toutes ses anciennes superstitions ;tandi* que Henri, dont l'orgueil s'était accru par là flatterie , ne se soumettait à l'avis de personne , se persuadant être liii seul en droit de régler la croyance religieuse de la nation entière.

' An dé J. C. , iSSj;

HENRI VIII. 3o9

A cette époque 'de terreur universelle', pendant laquelle la rigueur d'un seul homme semblait suffire pour tenir en crainte des. millions de citoyens , il y eut à Londres ùn maître d'école qui soutint hardiment les droits de l'hun^anité, et qui hasarda d'émettre publiquement son opinion. Cet homme, appelé John I^ambert^, ayant entendu dans im sermon Tévéque Taylor soutenir la présence réelle dans le sacrement de l'eucharistie, présenta par écrit ses raisons, entièrement opposées à cette doctrine. Le papier fut envoyé à Cranmer et à Latimer, qui étaient alors de l'opinion de Luther sur ce sujet. Ils eurent beau sWforcer de faire revenir I^mbert à leur avis, il demeura inébranlable dans sa croyance, et leur surprise fut extrême, lorsqu'au lieu de se rétracter, il en. appela au roi lui-même. Cet appel, qui fkttait la vanité de Henri, fut accepté avec plaisir, et il se disposa avec joie à déployer tout à la fois sa suprématie et son érudition. I^a discussion qui allait s^entamér fut donc annoncée publiquement, et l'on* éleva, dans ce dessein, des échafauds dans Westminster-HaU pour la commodité des auditeurs.

Henri, décoré de tous les signes de la majesté royale , paru^ sur son trône. Les prélats étaient placés à sa droite, et les pairs à sa gauche, Les juges et les hommes de loi les plus distingués avaient une place marquée derrière' les évêques , et les courtisans siégeaient derrière les pairs. Le pauvre

' An d« J. C, i53$.

3jo histoire d'avglbterr£.

Lambert parut au milieu de cette assemblée majestueuse, sans une seule créature pour ledéfendre.L'é^ ▼équede Chichester ouvrit la séance, en déclarant que le roi, nonobstant les légers changemens qu'il aTait £adts dans les rites de l'Église, n'était pa^ moins déterminé à maintenir la pureté de la foi catholi* que , et à punir avec la plus grande rigueur tous, ceux qui tendraient à^'en écarter. Après ce pr^uon* bule , suffisant pour . effirayer le logicien le plus bardiy le roi, d'un air sévère, demanda à Lambert quelle était son opinion sur la transubstantîatiop. Lambert comment son discours par un compU-^ ment adressé à sa majesté , mais Henri rejeta ses louanges avec mépris, et, ayant entamé la discussion, il pressa vivement Lambert par différens argumens tirés des écritures et des théologiens Iqs plus instruits. A chaque parole du roi, les auditeurs avaient paru prêts à af^laudir et à donner des signes d'admiration. Lambert , cependant , nullement découragé, ne fut point lent à répondre; mais Cranmer , entrant^ alors en lice , vint appuyer les preuves du roi par de nouveaux argumens. Gardiner soutint ensuite Cranmer ; Tonstal reprit la question après Gardiner; Stokesly vjnt également au secours de Tonstal ; six éveques ^rurent enfin successivement dans le champ de bataille et combattirent tour-à-tour le pauvre logicien qui , pendant cinq heures de suite, s'efforça de soutenir sa doctrine, jusqu'à ce que, fatigué, confondu et humilié, il fut réduit au silence. Le roi , revenait alors à la charge, lui demanda s'il était convaincu, et s'il

HËNUI VIII. 3l I

voulait vivre se «rétr^ctài^t ou i;K^ounr c^as^ii obj^natioQ.

Lambert répondit sans balancer qu'il $e reçomr mandait à la clémence du roi ; mais {le^ri répliqué viveo^t que jamais il ne consentirait à pr«]^éger un hérétique, et que, puisque telle^étaiç sa rë|K>nsie définitive, il devait s'attendra à périr a|i rhilieu flammes ^ lambert, sans par^tre effrayé, écouta Oo^wellUre la sentence qui )e condiamhait à être brûlé vif ; il montra constamment Iç plus grand aang froid , tandis que ses barbares pe^rsécu^eurs, dét^min^ à éprouver spn courage , Qrdoi3iî:|è^*ent àmx exécuteiirs de rendre son supplice auss^ dou* loweux que pi^s^i^le. l\ ftit donc brûlé à pç^^it leu; ses jambes et s^ cuisses furent d'abord ççnsuinées ; mais les gardes qin l'enUHiraient ne voyant ^cune fin à ses tortures., se sentir^t énmsde pir tié, et le soulevèrent sur k^rs l:^allebarjdes , afin de m^tre un term6 à ses douleur^. }^e f^ açheva. bientôt de le consumer, maïs en riendantle deri^r soupir, il s'écriait encpre ; a NuLàutre^^uf^ le 4c cbrist ! nul autre que le christ !» «

si;^pUce ile cet infortuné pam( être signal 4e celui de bien d'autres. La flattérie avaif inspiré au ro UQçt telle idée de sçs moyens, et de son habileté 9 qu'il résolut, dès ce moment, de punir avec rigueur tous ceux qui pcéten49i^?^t différer, nions avec lui , çathosliquos eç {^iJ^épciifis îndir 4itipctement. Très-peu d^ tems après % cinq ççnts

* Ainsi Lambert ayait le choix d'être de l*avis du roi ou â*étt9 peiidu^ A. M,—-* An de J. C, iSSg.

3 la HISTOIRE d'aNGL£T£RR£.

personnes furent emprisonnées pour avoir Boanifesté une façon de penser contraire aûx réglemens de la loi sanguinaire. Cromwell fut le seul qui leur accorda quelque protection. Le docteur Bames qui avait été l'instrument de la mort de Lambert , éprouva ^ son tour les mêmes persécutions auxquelles il avait participé avec tant d'acharnement^ et, sans aucun jugement, il fut condamné par unbill du parlement à périr dans les flammés : il discutait encore*, qu'il était déjà attaché au poteau. Géirard et Jérôme furent exécutés avec lui, pour des opinions semblables. Trois catholiques, nonimés Abel, Fetherstone et .Powel, le furent en même tems, après avoir été tramés sur une claie : ils déclarèrent avant de mourir que la peine la plus <louloureuse de leur supplice était de se voir attachés avec des hérétiques et d'être confondus dans le malheur avec de tels mécréans'.

Au milieu dé tous ses actes de cruauté, Henri se détermina à prendre une autre femme, et, après différentes négociations sur le continent, il contractai un mariage avec Anne de Clèves, espérant par ce moyen fortifier son alliance, avec les princes d'Allemagne. Cette union ne se fit pas cepen-dant sans qu'il eût recueilli des renseignemens sur l'extérieur de la princesse. Il apprit par son envoyé qu'elle était fort grande et fort puissante, ce. qui lui fit plaisir, car il était devenu si gros, qu'il ne pouvait désiriér qu'une femme d'une taille à peu près semblable à la sienne. "Un portrî^ît fait par

' An de i54o.

HENAI VIII. 3l3

Holbein ' (Sicheyâ de le charmer; mais il parait que ce peintre était plutôt Tarai de son art que celui de la vérité, car la princesse était excessivement flattée. Dès que le roi connut son arriv-ée , il se rendit secrètement à Roçhester , afin de - la recevoir; mais son amoureuse ardeur fut promptement refroidie en la voyant : sous le rapport de la taille, il trouva tout ce qu'il pouvait désirer , mais elle était totalement dépourvue de grâce et de beauté, et ne sachant que l'allemand, sa couver* sation ne put compenser lès défauts physiques de sa personne. Il la trouva si désagréable, qu'il lui dpnna le nom de grande cavale flamande^ et jura qu'il ne poul'rait jamais placer ses affections sur uxie telle fèrame . , >

Craignant cependant de désobliger le duc son frère , et conséquemment tous les pripces de l'Air lemagne qui lui étaient alliés, il résolut de l'épouser, et dit à Cromwel, qui avait été le principal aur teurde cette affaire, que, puisque les choses étaient aussi avancées , il était déterminé à se çolunettre au joug de rhymériée, quoiqu'il lui en put coûter. Ce mariage fut donc célébré , mais il ne fit qu'accroître le dégoût du roi qui dit à Cromwëll , le jour suivant , qu'il haïssait sa femme plus que jamais et qu'il soupçonnait même qu'il ne l'avait pas eue vierge, point sur lequel il se croyait très-

' Oa Holbehs. . . ^

* « On ne peut , dit Voltaire , alléguer une telle raison que quand on est sûr que ceux à qui on la donne auront la lâcheté de la trouver bonne, » A. M.

3l4 HISTOIRE d'aNGLETERRK.

habile. Cromwell, qui plus que personne avait contribué à cette union , vit alors le dangér qu'il courait; aussi tàcha-t41 , à force de flatteries et d'humbles adulations, d'écstrter de l'esprit du roi toute idée d'én venir à quelque extrémité envers hii. ,

Mais il vit bientôt que le ressentiment d'un tyran est implacable. L'aversicm de lïenri pour la reine semblait s'accroître chaque jour; il prit enfin la résolution de âe débarrasser d'elle et de son premier ministre; Depuis long-tems la chute de ce &vori était ardemment désirée par une grande partie de la nation. La noblesse haïssait un homme qui j d'une origine aussi basse , s'était élevé au-<}essus des premiers personnages du royaume ; nonseulement, il avait été nommé vicaire-général, ce qui lui donnait une autorité absolue sur le clei^é, mais il était .encore garde du petit-sceau , grandchàmbellan et maître des archives. Il ^vait obtmu aussi l'ordre de la jarretière , dignité qui jusqu'à ce moment n'avait été accordée qu'aux familles les plus illustres du royaume ; et , pour mettre k comble à son élévation-, il avait été fait comte d'Essex. Les protestans le détectaient, à cause de la part qu'il prenait aux persécutions du roi à leur égard, et les catholiques le haïssaient également (Comme l'enne^mi mortel de leur religion.

Un antre motif puissant vint augmenter le dégoût du roi pour son favori, et cette circonstance acheva sa disgrâce. Henri, qui était devenu amoureux de Catherine Howard, nièce du duc de Norfolk, avait formé le pçîjj^t, pour satisfaire cette

UEITRI VIII. 3f5

aouvelle passion, de répudier sa femme acti^elle. et4'cû prendre, une autre. Le ^uc de Norfolk, qui depuis long-tems était l'ennemi juré de Cronir well y saisit avec ardeur l'occasiou de détruire l'homme qu'il regardait comme son rivs|J. U .m\% en i^sage tout le crédit de nièce, pour penjre Je favori, et, lorsque son projet eut été mûri sage-, ment, il obtint une commission du roi, pour £ure arrêter Gromwe|l comme coupable 4^ bautQ trahison. Sa disgrâce ne fut pas plutôt connue, que tous ses amis l'abandonnèrent , excepté Cran^ mer qui fit tout ce .qu'il put pour le sauver et qui écrivit au roi une lettre que, nuUe autre personne du royaume n'aurait psé tracer.. Mais tout fut inutile :accu$é au parlement de. crime d'hérésie et de trahison, on refusa même d'entendre sa défense et il fut condamné à là peiiie.deiport, ainsi qu'il plairait au roi de l'ordonner. Le courage de Cromwell disparut en ce moment terrible. Il écrivit au roi pour obtenir son pardon $ disant a que la « faiblesse de la nature le forçait à demander grâce <c avec un cœur oppressé et une main tremblante ; y* et il terminait sa lettre par ces mots : « De votre a majesté , le plus malheureux prisonnier et le plus a pauvre esclave , Thomas Cromwell. » Et plus bas: « I)Iiséricorde ! miséricorde! miséricorde! »

La lettré de Cromwell toucha le cœur endurci du monarque; il ordonna qu'on la hii lût trois fois de suite, et alors, comme s'il eut cherché à remporter une victoire sur son propre cœur, il ^igna le warrant qui devait faire tomber la tête de ce favori.

3l6 . HISTOIRE d'aNGIETERRE.

Lorsqu'il fut sur l'échafaud, sa tendresse pour son fils l'empêcha de s'étendre sur sa propre iii^ nocenfce; il demanda pardon à Dieu , reconnaissant que sa mort était une juste punition de ses fautes ; il avoua que souvent il s'était laissé séduire, mais que maintenant il mourait dans la foi catholique.

C'est ainsi que Henri, non satisfait de la mort de sa vjctîme,'réprimait jusqu'à leurs plaintes et terrifiait tellement le malheureux patient, qpi'il lui enlevait même la dernière consolation de reprocher à ses persécuteurs leur injustice.

L'infortuné Cromwéll, après avoir pas^é quelque tems en prières ^ pencha la tête sous la hacl^e de i'exécuteur qui le mutila d'une manière horrible. Peu de jours après^ sa mort, uû^rand nombre de personnes forent exéculéés aussi , sous différentes . accusations : les unes pour avoir nié la suprématie du roi, et d'autres, pour avoir soutenu la doctrine de Luther,

Un mois environ après la naort de Cromwell , le roi déclara son mariage avec Catherine Howard qu'il avait épousée secrètement depuis quelque tems ^. Ce maï»iage fut regardé comme un événemént très-favorable* pour les catholiques ; effectivement tout sembla d'abord répondre à leurs désirs. Le conseil du roi étant alor^ entièrement "> ' ■ ■

' « tes bornes de la justice èt 4e ha honte , dit Vohairc , étaieitf passées depuis long-tems. Lé clergé et le parlement donnèrent vite la sentence de divorce. Catherine Howard était la cinquième femme de Henri VIII. La première avait été Catherine d'Arragon; la seconde Anne de Boulen; la troisième Jeanne Seymour, et la quair trième Anne de Çlèves. > À. M.

HSNRI VlIIi 3l7

dirigé par Norfolk et Gardiiier^ une persécution £u* rieuse commença contre les protestans , et la loi dçs six articles fut exécutée avec une telle rigueur ^ qu'un étranger, qui se trouvait dans ce nçioment en Angletèrre , eut raison de dire que ceux qui étaient pour le pape étaient brûlés et que ceux qui étaient contre lui étaient pendus ^ . Jae roi, avec une impartialité pleine d'ostentation , réduisit les deux partis à un même degré de subordination et reniplit toutes les ames de terreur.

Mais la mesure de ses cruautés n^était point en^ core comblée. Son dernier mariage paraissait avoir satisfait tous ses. désirs ; la bçauté -et l'amabilité de. la reine le charmaient tellement, qu'il avait Éait rendre publiquement des actions de grâces au ciel de la félicité dont il jouissait et il avait même èxigé que son confesseur se joignît à lui dans cette circonstance et unît ses remercîmens aux siens. Cette joie eut une bien courte durée : tandis que le roi était à York pour , une conférence avec le roi d'Ecosse*, un nommé Lascelles informa Cranmer de la. mauvaise conduite de la reine^ avant son mariage; la sœur de cet homme avàit été au service de la duchesse douairière de Norfolk €t ce fut d'après les confidences de cette fille que JLiascelles fit à Cranmei: le récit le plus singulier de l'incontinence de cette princesse. -

Il affirma qu'il y avait eu une correspôndance criminelle entre elle et delix hommes nommés

' Voltaire fait la même remarque.^ A. M^. ^ An de J. C. , i54i-

3l8 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

Derham et Mannock, et que même, depuis son élévation, elle entretenait les mêmes liaisons. Cranmer fut aussi surpris qu'embarrassé, en apprenant une telle nouvelle ; il la communiqua au chancelier et à quelques membres du conseil privé , qui furent d*âvis qu'il informât le roi de^ cette affeirc , aussitôt son retour à Londres, L'archevêque n'ignorait pas le danger qu'il courait en attaquant un point aussi délicat, mais il savait aussi tout ce qu'il risquait en gardant le silence; il prit donc le parti d'écrire au roi tout ce qu'il venait d'apprendre, et lui remit sa lettre, dès qu'il fut arrivé, en priant sa majesté de ne la lire qu'en particulier. Itenri d'abord ne crut pas, oii prétendit ne pas croire de tels rapports : il- ordonna au garde du petit-sceau d'iiiterrôger Lascelles, qui persista dans ce qu'il avait dit et proposa même le témoignage de sa sœur. Derham et Mannock furent arrêtés en même tems et achevèrent de constater Vinconduite de la reine , en avouant qu'ils étaient coupables; ils allèrent plus loin; ils accusèrent lady Rocheford, qui avait été autrefois l'instrument de la mort d'Anne de Boleyn , d'avoir introduit un nommé Culpepper dans là chambre à coucher de la reine, où il était resté depuis onze heures du soir jusqu'à quatre heures du matin.

La reine , ayant été interrogée , nia d'abord son crime; mais voyant que ses complices étaient ses accusateurs , ellè finit par avouer qu'elle avait mené une vie licencieuse avant son mariage ^ mais elle affirma qu'elle n'avait point déshonoré le lit

H£|irRi vm. 3i9

du roi. Cependant trois filles d'honneur , qui possédaient sa çonfiaiice, alléguèrent le contraire et confessèrent qu'elles avaient passé la nuit dans le même lit que la reiné, au milieu de ses amans. Le roi fut tellement affecté d'une découverte si cruelle, qu'il fondit en larmes, et qu'il déplora amèreinent son malheur. Derham et Oïlpepper , Convaincus de leur crime, furent exécutés sur-le-champ; mais le roi résolut de jeter tout l'odieux de la mort de la reine sur son parlement, qui s'était toujours montré l'instrument docile de ses eruautés. Les créaturès serviles qui composaient les deux chambres, âyantété informées des aveux de la reine, la jugèrent promptépient, coupable, et présentèrent une requête au roi, afin qu'elle fut punie de mort^ et que la même peine pût être infligée à lady Rocheford, la complice de ses débauches ; ils deman-* dère^t également que la duchesse douairière de Norfolk, l'onde et la tante de Catherine , la comtesise de Bridgewater et neuf autres personnes fussent punies de même, puisqu'elles avaient participé aux désordres de la reine ^

D'après cette requête, le roi consentit sans peine à leur demande : les coupables furent donc condamnés à mort , par iin bill de proscription qui déclara en même tems que quiconque cacherait à l'avenir les débauches qu'il découvrirait sur le compte d^aucune reine future , serait coupable de haute trahison et subirait la peine de mort; et que, dans le cas où le roi épouserait, cômme

' Ande J. C., i54a.

320 HÏStOlR'lt to'AÏTtiLETERRB,

vierge , une femme qui eut déjà manqué à ses devoirs , elle serait également coupable de trahison , si, avant le mariage, elle n'avouait pas sa faute. Le peuple ne manqua pas de se ^ivertir aux dé-» pens d'une loi aussi absurde et aussi ridicule f et il prétendit que le roi ne devait plus désormais adres-» ser ses hommages qu'à une veuve

Lorsque toutes ses lois furent passées , la reine eut la téte tranchée à Tower-Hill ainsi que lady Rocheford, dont le sort ne fut plaint de personne , car elle avait trempé les mains dans le sang d'Anne de Boleyn. La mort de la reine inspira quelque compassion ; quoiqu'elle eût confessé la vie dissolue qu'elle avait menée avant soù mariage, elle avait soutenu, jusqu'au dernier montient et de la manière la plus solennelle, qu'elle n'avait jamais manqué à la foi conjugale. Le peuple se récria donc hautement contre un acte de rigu^r qui s'étendait sur un si grand nombre de victimes : ses clameurs furent telles, que le roi ne jugea pas à propos de faire exécuter la sentence des coupables avec rigueur, et plusieurs d'entr'eux ne subirent que l'empri^t sonnement.

Le Toi j ayant prouvé , par tous ces actes dé ty^ rannie, qu'il avait abandonné toute idée cie justice, de morale et d'humanité , entreprit de composer

V C'est ce qu'il fît, comme on le verra plus loin. A. M.

* Ï*rè8 de la tour de Londres. Cette exécution eut lieu le 1 3 " février i543. Ainsi la cinquième femme de Henri eut la téte tranchéé pour avoir, étant fîUe, écouté les fleurettes de deux perfides amàns; fàtite passée que le roi devait ignorer , et qui ne méritait aucune peine lorsqu'elle fut commise:^ A, M.

H£NBi viir. 3ai iin livre de religion, d'après lequel ses sujets régie* raient à raveilîr leur croyance et leur conduite. Ayant , dans cette intention, obtenu du parle-^ Ttient un acte par lequel il était revêtu de toute es^ pèce de suprématie spirituelle, il publia peu dé tems après un petit volume intitulé V Institution cTuà chrétien , qui fut reçu par là convocation et proposé <;omme4a règle infaillible dé rofthodoxie. Toutes les qûestions^ les pfus délicates sur la justification des péchés, sur là foi, le libre arbitre, les bonnet aîuvr(gs et la grâce, y étaieht exprimées d'une ma^ nière conforme à l'opinion, des i^éformés. Les sà^ cremén$ ,qui , quelques années auparavant , avaient été étàblis au nombre de trois , furent fixés à sept, conformément au sentiment des catholiques. Mais le roi n'eut pas piùs^ tôt publié cet ouvrage , qu'il , ordonna qu'oin en fît un autre auquel il donna le nom à" Érudition cTun chrétien ; et qu'il mit au jour, de sa propre autorité. • /

Quoique ce nouveau code différât en grande parlie du premier, Henri n'étàit pas moins positif dans l'un que dans l'autre, et il «'appesantissait égale-' ment dans ces deux ouvrages sur le précepte dè l'obéissance; en un mot, ses doctrines; quelles qu'elles fussent ^ étaientparfaitemeht d^accordpotiîr seconder ses actes de tyrannie.

Son autorité en religion n'était pas tnoins absolue que dans les affaires teinporelles : un alderman, nommé Read, ayant refusé de contribuer à un don gratuit , fut enrôlé comme soldat et envoyé pour faire partie de l'artuée (Jui se rendait en

3as HISTOIRE p'aJTG^ETERRE.

Ecosse* Decette manière, toiisceuxqui paraisMieiit résisiter à la volonté du roi devenaient ^esclaves ou prisonniers , et 1 on regardait comme un bonbfiur d'en être quitte pour un châtiment ^ussi légsr. Son parlement rendit bientôt une ordonnance ^iri accordait aux procUuoations du roi autant de ibrce ^pi'auji^ iois mémes^ et pour Êicilitar l'esé^ cution de cet acte qui anéantissait toute ombre de Uli^rté, le pâlirent décida que neuf m^aibres.da conseil privé sofiSraient pour former une cour lé^ gale, a&i de pu^ir quiconque se rendrait coupable de désobéissance envers toutè proclamation du roi. C'est ainsi que Heiu*i ^'empara du pouv^àr de dis{)oser de la vie et des propriétés de ses sujets, qui ne pouvaient recourir désormais qu'à lui se^l.

Un an environ après la mort de la dernière reine, Henri se détermina encore une fois k changer d'état; il épousa Ca4berine Parr'. Ce marii^« sembla justifier la plaisante prédiction du peuple; èn effet , Catherine était veuve du derniér lard Latimer.,Cettef4^me,qui avait constamment î<hû d'une réputetion intacte, n'était déjà plus trèsjeune; mais son esprit et sa pri^dence lui obtinrent de l'ascendant sur le caractère du tyran capari-* cieux auquel elle se dévouait Les beaux jours de Hepri avaient fui depuis long tems ; sa grosseur prodigieuse lui doi^ftit une tournure désagréable,

* An de J. G. , i543. Catherine Pair fut donc la sixième femme de Henri Tin. Elle faillit èpronver le même sort que les autres, aon pâar des ^lanttries , mais pour aroir osé èiiïont d'of^inÎMi a^ec lui , comnge on le verra tout-à-l'heure. A. M.

HENRI Vllf. JaS

et il ïttaft pris un Bit tnorose qui ti'étiart nultement fait pour inspirèr de la tendresse. Cependant cette femme, sacrifiant ses goûts et seà dés;irs à son ambition , s'empara si habilement dé sa confiânce, qti'élle fut nommée régente pendant le séjour du roi en Finance, où il sé rendit bientôt à la tête de trente mille hommes, afin de poursuivre la guerre qui ^Lvaltété déclarée entre ce pays et TAnglèterre/ Il sé conduisit, dàiis cette circon- , àtaîice côiïime danis totrtes le^ autres , avec une ostentation inutflè. Au lieu de mafchér sur Paris, il ilîit le siège devant Bôulogne qui fut bientôt obligé ile capituler; et l'Êmpereur, son allié, ayant cohiiénti séparément à la paix, Henri fut forcé de fwenir en Angleterre où il trouva ses sujets prêts à lui offrir leurs adulations accoutumées , et à vantet* la gloire d'une conquête qui n'était d'aucun avantagé pour le royaume.

Mais de tous les sujets de ^Hehri, ceux qui sé iiiontrèrent le plus bassement serviles furent les teembres des deùx chambres qui^ plutôt que de se déclàrer les protecteurs du peuplé, ne furent que lès esclaves rampans du trône.

Dès que le roi fut de retour de son expédition ruineuse, le parlement, après lui avoir renouvèlé les âssurances de sa profonde soumission , Fui acéotdsi lè subside qu'il demandait; de plus il y ajouta feiWcôt^ un don gratùft; et, par un bill qui rendit la tiïétnbVte dé ce parlement à jamais odieuse, tous lès révèfttii "des deux universités, de quelques autres tiiàisotits d'éducation et de cÉlte public , furent ac-

3^4 HISTOIAB 0^ANGLETEfiRE.

cordés au roi* Ce monarque avide s'abstint cependant de dépouiller ces maisons respectables de leurs antiques revenus, et elles durent leur salut, en cette circonstance^ à la modération seule de Henri et non à ce parlement bas et corrompu-

roi ne montra pas moins de justice à Fégard de Granmer qui depuis long^ems était en butte à fa haine du conseil ; la modération et Tintégrité de cet homme le sauvèrent^ Méprisant l'intrigue^ il fut moins susceptible qu'uni autre (l'être surpris par elle. Le parti catholique s'efforçait depuis longtems dé représenter au, roi que Granmer était 1» cause sécrète des discordes qui s'élevaierit continuellement dans ce royaume ; que son exemple et ses préceptes étaient également dangereux, et qu'én un hiot il était le principal appui de ITiérésie. Henri , voyant le but où tendaient les ennemis d^ Cratimer et désirant savoir jusqu'à quel point il» conduiraient leurs intrigues, feignit de consentir à ce qu'ils demandaient, et ordonna au conseil d'examiner la conduite du primat. Tout le monde crut alors que sa disgrâce était certaine et sa mort inévitable: sés anciens amis, que l'intérêt seul avàient attachés à lui , .commencèrent à le négliger et à le traiter avec mépris. IL fut obligé d'attendre plusieurs. heures de suite parmi les valets, k la porte du conseil, avant que les membres daignassent l'admettre, et lorsqu'il y entra, ce ne fat que pour apprendre qu'il devait être envoyé à la Tour. Cranmer ne parut nullement intimidé de leurs menaces; il en. ippela au noi, et voyant que

VÏII. 3a5

sa demande était rejetée, il montra un ahneau que Henri lui avait donné, afin d'en faire usage dans cette circonstance. Les membres du conseil furent stupéfaits à cette vue; mais la manière dont le roi les traita acheva de les confoûdrë : lorsqu'ils parurent en sa présence , it leur reprocha avec sé-' vérité letir conduite odièiisè à l'égard de Cranmer, dont la faveur, deis ce moment, parut plus éclatante * que jamais. Il les obligea à l'embrasser en signe de • réconciliation, et Cranmer, dont le caractère était^ fort doux , mit dans ce rapprochement force une sincérité à laquelle on ne devait pas s'attendre.. >

Ija tyn^nnie du roi à l'égard dù reste de ses sujets ne continua pas moins avec plus dciforce que jamais. '

Depuis quelque tems., il était incommodé d'un ulcère qu'il avait à la jambe; les douleurs qu'il éprouvait , jointes à un embonpoint éxcéssif et à d'autres infirmités, le rendaient irascible à un tel point, qu'aucun de ses domestiques ne l'approchait sans terreur; aussi ne devait-on pas espérer que quiconque manifesterait une opinion contraire à la sienne obtiendrait son pardon. Parmi les victimes dont les souffrances injustes excitèrent le plus la pitié et Findignation, Anne Askew est une de celles dont le triste destin mérite d'être rappelé'. Cette jeime femme, distinguée par sa beauté et son esprit, était intimement liéq avec \eé femmes les plus remarquables de la cour. On dit qu'elle entretenait une correspondance avec la

' Aude J. C, i546.

3a6 HISTOIRE D'ANGLBTEaaC.

reine qui favorisait secrètement les réfonnés» Ella manifesta des opinions contraires au code croyance établi , particulièrement sur l'article, di^ la présence réelle. Le chancelier, qui .était spn mortel eQnemi, fut chargé d'examiner cette affsiire, et, sans égard pour la ^ûblesse de son sexe et pour son âge, on lafit jeter en pdson et on l'accusa d'hérésie. Dans cette triste situation, ellç montra un courage au-dessus de ce qu'on devait attendre d'une femme aussi jeune ; elle- .employa, spn tems à composer des prières et des discours à l'appui de se$ opinions. Le chapcelier Wriottresly, l'un des catholiques les plus exagérés, fat envoyé pour l'interroger et pour tâcher de découvrir les. partisans qu'elle avait à la cour; mais elle garda le secret le plus profond et ne compromit personne. On la mit à la torture, dans l'espoir cfe vaincre sa constance elle persista dans sa courageuse résolution, aimant mieux mourir victime de son dévoûment que d'exposer ses amis, eX le. silence qu elle garda pendaint ses douleurs, attesta son mépris pour les. cruautés de ses bourreaux.

Le chancelier, présent à la question, eutJa barbarie d'ordonner au Ueutenant de rendre ses tor-t tures encore plus douloureuses; mais celui-ci refusa de le Élire, et, quoique menacé, il persista dans son refus. Le chancelier , poussé par im zèle fai^atique, saisît la corde lui-même et la tira avec tant de violence que le corps de l'infortunée fut presque écartelé; sa constance admirable surpassa la barbarie de ses persécuteurs qui, renonçant à l'es-

poip dt^la ôouœettre, la* condaranàîeçit à être brû^ lée vive. Ge fut avec un vif sentiment de joie* qu-elle reçut laseïitence qui allait mettre un terme à son martyre; ses membres ayant été disloqués par les horribles épreuves qu'elle' venait de subir; on ftit forcé dé' la porter au supplice ctons' vaht fautenilv Trois autr^ personnes' ftirent condâninées^ pour le même crime : un prêtre nommé Nieolaîsh Belenian , John Lascelles, officier dé la maison^ dtt itrii, et John Adamsvtailleup. Lorsqu'ils^ finrent attachés au poteau, on vint? lisur proposer' lëur grâce, ^'ils voulaient consentirà se rétracter; mais ils rejetèrent unanimement cette» proposition',, et refusé^' rent une vie qui ne'poitvait être achetée que parle* déshonneur. L'exécuteur reçut l'ordre d'ailbmeïr* le bûcher, et ils virent» avec un éalme^ héreftjue -briller les flammes qui allaient les^ dévorer.

Malgré lesifence qu' Anne Askew^avait gardé jus^ qu'au dernier motnent , la reine cependant rfiétaitpas à l'abri de tout danger. Le mal dly roi augmen*^ tait de jour en jour, ainsi que l'aigreur de 'son ca(ractère. La^ reine l'entourait des^ soins Ités pltïs tfefndresj et s'efforçait-, par son assiduité ef sa^dottt-^* plfiasaiice , de calmer les* souffrances de sou ^oU)t et d'adoucir son humeur: Le sujet de eonversatidn qui plaisait le plus au roi était toujours la fhéo^* logie, et Catherine, qui pa^rtageait s^t^temeut les' opinions nouvelles, s'était^bas^dée plu!sieu{*s^fois^ à discuter ayec lui sur éertàihs préceptes^ agitl^ alors entt^ lès catholiques et les^luthérieUs;]ffie^t4^ finit enfin' par être excessivemenr- irrité de ce

3^3 HisxOiRi^ ix'anglsterbe.

qu'elle oçait 4i£Férer d'opinion avec loi. H s'en plaignit à Gardiner qui, ennemi juré de la reine, saisit avec joie l'occasion d'enflammer cette querelle, et augn^enta tellemont la mauvaise dispositiçox du roi à l'égard de Catherine, que des articles d'accusation furent dressés contre elle et apportés au roi par le chancelier, afin qii'ils fussent signés de lui ; mais , en retournant chez lui, ce papier tomba de ses mains. .

Heureusement pour la reine , la personne qui le trouva était dans ses intérêts, et le lui apporta sur4e7çhamp. Catherine, en le lisant, reconnut le danger auquel elle venait de s'exposer, et se promit de £sdre usage de son iofluénce sur le roi, pour &ire tourner cette circonstancié k son avantage.

Ëllei se rendit ch^z lui comine à l'ordiiiaire et i^ena bientôt l'entretien sur le sujet favori dû .« prince, qucÂqu'ayant Fair de chercher à l'éviter et de ne s'y engager que par complaisance ; et lui donnant à entendre que son but, en discutant avec lui, avait plutôt été de , recevoir, ses instructions, que de soutenir une controverse , elle ajoutaqu'elle n'avait pu s'empêcher d'user d'im artifice innocent qui excitait le roi à exercer son. éloquence et qui servait à le distirsûre un instant de ses soufiErances. Henri, charmé d'un tel langage , s'écria : « Si cela « est ainsi, mon cher CPeur, nous sfpmmes les meîl- « leurs amis du ^ipucle. » Jm récon^ciliation ftit con^lète; mais le chancetierv, qui avait reçu d^ ordr^ précédemment, entra bientôt, suivi de quarante hommes, dans l'intention d'arrêter la reine.

iBJBITRI VIII. 3^9

Le roi courut au-<ievaiit de lui et lui adressa les reproches les plus sévères. Catherine, qui était restée à quelque distance, n'était pas si éloignée cependant, qu'elle ne pût entendre les mots de coquin, de fou, de béte , dont il gratifia généreuse^ ipent lé magistrat, en lui ordonnant de se retirer à l'instant. Des qu'il fut éloigné, lareiûe essaya de prendre sa, défense : « Pauvre ame, s'écria* le roi, « vous, ne savez pas coftibien peu cet homnieiiné- « Tite votre protection. » ^

Depuis ce moinent, la reine évita soigneuse-^ ment de cùntrçdire l'opinion du roi; elle écouta de sang froid les discussions théologiques, et parut se résigner aux actes de tyrannie qui en résultaient. Les bûchers ne cessaient point d'être allumés et de consumer chaque jour de nombreuses victimes. Pendant que ces affreux sacrifices s'accompHssaient, le roi assemblait fréquemment les phambres du parlement, et les haranguait par des discours éloquens, dans les(|uels il oàait affirmer qu'aucun prince n'avait jamais eU plus d'amour pour son peuple, et n'avait possédé, comme lui, l'arffection de. ses sujets. Ces. discours ^ pleins d'une audace exti*aoi*dînaire, ne manquaient pa^ d'être applaudis par l'auditoire servile êt corrompu dont il était entouré.

Plus sa s^nté s'affaiblissait, plus sa fureur implacable semblait s'âccroître; elle s'étendait sur tous ses sujets indistinctemént : catholiques et protestîans , tous devenaient tour-à-tour les victimes de sa tyrannie.

33p 0ISTOIRB o'a^NGUSI'ERRÉ.

La condamnation injuste du duc de Norfolk el de son fils , le comte de Surrey , vint encore augmenter le nombre de ses cruautés. Le duc était Un' licmime estimable, qui avait servi le roi avec ta-* le^it et fidélité. Son fils, jeune homme qui donnait^ les espérances les plus brillantes , possédait toutés* lea qualités qui peuvent constituer un homme distingué: il était aussi profondément instruit qu'il était courtisan aimable et vaillant guerrier. Il excellait dans tous lefs exercices ^militaires , qui étaient alors en usage. Il est le premier dont les essais poé* tiques aient obtenii quelques succès. Il célébra les attraits de la belle Géraldine et soutint la» supériorité de ses charmes dans toutes les fêtes et dans tous les tournois. Mais ses talens etson mérite ne furent point nûe sauvegarde conti'e la tyrannie de Henri qui depuis long^tems était tnal disposé pour lui , ppr rap' port aux Uens de parenté qui existaient entre Surrey et la fiuniile criminelle de Catherine Howard.,

Le gouvernement de Boulogne lui ayant été ôté, il laissa échapper quelques expressions de ressens timent contre les ministres du' roi; il n'en fallut pas davantage pour exciter l'animosité du tyran , et bientôt, des ordres furent donnés pour que le p^Mre et le fils fussent arrètés et conduits à la Tour. Comme Suri^èy était membre- des communes, son procès fut le plus tôt expédié. 11: y eut, dans sa propre famille èt parmi ses amis , dès êtres assez vils pour trahir laiconfiance la plus intime et les liens* sacrés àu sang. Sa sœur , la: duchesse douairière de Richmond , eut l'indignité de se mettre au rcmg-

HENRI y 111. 33»i de ses aficimteurs, et sir Richsird Southv^U^^QO. ai^i, 1q chairgea ducrime de traluson envers le roi Qj^ eût dit qu'à cette teprij3le époque, il «'y avait k ' attendre ni foi ni honneur de la nâtian' Qdtière;» Suis rey. nia l'accusation e% appela {liiohard. eisi cOjQOibaà/ sing^UeF ; mais cette gracie lui fut refuse, l'on ajputa à tou3 .ces prétendus erii»j^ ceiui. d^avoirv les. armes d'Édauatrdriç-Confesseur, écay^ tdées sur son. écu^son^^ ce^ qjui sjuf^sait pour Ut fût çon vaincu d'avoir aspiré à. la' cmtK>^nse^. 1^ comte ne put rien répondre à cette: sécieiï^Sîe accus^Qn^ ce qui aurait été inutile y aai! sous ce rè^^ tyrannique, le parlement et le jury igte semblaWUt guidés «par d'autre lois que la^ujlje v0ioi:Ltié du roi. Surr^ fut donc condamné pour çr^me de haute trahison , malgfésa défense éloquente ettspiritueUe^ et jsa sentence fut exécutée à Tower-Hill.

Dans le même moment , le duc s'efforçait d'air tcndrir le roi par des lettres remplies de protesta-r tions d'innocence et d'assurance de soumission; mais le cœur endurci dû' tyran était étranger à toute émotion tendre. Le parlement fut assemblé de nouveau et le bill d'attainder fut passé contrit le duc, sans qu'il lui eût. été permis de se faire* ^tendre. Le seul crime v dont ^s^nemis- purent ^ l'accuser , fut qu'on lui avait entendu dire un6 fois* que le roi étant d'un^ mauvaise santé, il ne pouvait vivre long-tems, et que les disputes conjd* nuelles et les opinions différentes qui existaient da^s le royaiime, ne pouvs^ient nianquer de 1^ trojibler par là suite. Quoique^ Graïuner fiut^jdepaij^

33a HISTOIRE 1I*ANGL£T]^RKR.

plusieurs années, d'une doctrine oppoàéé à celle de Norfolk, et quoiqu'il eût plusieurs motifs de se plaindre dé lui, il ne voulut point tremper dans une poursuite aussi injuste, et se retira dans une maison de campagne qu'il avait à Croydon.' JLa sentence de mot't fut enfin prononcée et envoyée au lieutenant de la Tour. Le duc se prépârait^à la mort, lorsqu'uti événement de la plus haute im-> portante pour te roy^iume entier , vint empêcher l'i^écution de ce jugement iniqué . *

Depuis long^tems, le roi semblait apjjrocher de sa fin: tous ceux qui l'entouraient ne pouvaient douter que sa mort ne fût prochaine. L'ulcère qu'il avait à la jam^e lui causait des douleurs ex* trêmps, et ces souffrances, ajoutées à un embonpoint monstrueux qui l'empêchait de remuer, le rendaient telleroept irritable, qu'il ressemblait à un lion enchaîné. Jusqu'alors, il avait été inflexible et sévère; maintenant, il ét^it devenu furieux. Depuis *<piatre ans enfin , il était la lèrréul' d^ tous et le tourment de lui-même. Il luttait seul contre la dôuleur et Ja mort, sans qu'aucun de ses courtisans osât l'avertir de sa fin prochaine car on se rappelait que , sous ce règne , plus d'une personne avait été sacrifiée pour avoir prédit la mort du Toi. Sir Antoine Denny eut enfin le courage dé lui révéler Ce éecret' terrible. Hairi, contre sa cou-» tume ordinaire , reçut cette nouvelle âVec résignation. Cependant ses remords et ses angoisses étant extçêmes, il envoya chercher Cranmer;mais avant que. le prélat fut arrivé^ le roi avait perdû l'usage

' H£KRI VIII. 333

de la parole. Cranmer le supplia de montrer «par quelqii£^ signes qu'il mourait dans la foi de Jé^ sus-Christ; Henri n'eut que la force de lui serrer la main , et expira dans sa soixante-sixième année y après un règne de trente-sept ans

Quelques rois ont été les tyrans de leur peuple , par suite de contradictions, et de révoltes ; quelques-uns par faiblesse et par une lâche condescendance pour des favoris corrompus; d'autres, par l'in* fluence terrible de l'esprit de parti ; mais la <!:ruauté dé Henw ne fut que le résultat d'un cœur dépravé ; cruel dans son gouvernement , cruel dans sa religion, cruel dans sa famille, partout il prouva que la la tyrannie était un besoin pour lui; Nos théologiens se sont efforcés de jus|tifier le caractère de ce prince, comme si sa conduite et la réforme avaient quelque rapport ensemble. Il n'y a rien de si absurde que de défendre l'une par l'autre^ les instrumens les plus vicieux servent souvent à l'exécution des desseins les pliis nobles , et nous avons la preuve que la cruauté et l'injustice furent de&maux nécessaires, pour rétablissement de la nouvelle religion.

A l'égard des pays étrangers , Henri fit en France différentes expéditions qui coûtèi'ent des somnies immenses^ la nation, et qui ne lui rapportèrent aucun avantagé. Il ne œssa d'entretenir avec François un commerce d'amitié, qiû parut désin-

' s8 jadTÎer î547. — Cé tyran dçtésté mbnr^t pdisiblemeni d'une mort naturelle, tandis que Henri VI , lé plus doux , le plus innocent de tous les monarques, fnt détrôné , empoisonné et assassiné. ( Lettres sur VUUtoire d' Afigkttjrre, )

334 HISTOIRfe D'Aïrf3.tiÈTERRE.

tércfsaé fet sincère. Il eut pluls de succès efe Éc5s$^, et se^ généraux remportèrent pltisreut*s fois l'avtfôtage sut les armées vagabondes de ce ^ays.

.qui donna le plus d'influence à l'Angleterre àuir cette natioii , fut l'esprit de concorde (jui parut Wetitôt exister 'entre ces deux royaumes , et qui àplahit les diffidultés pour le tems à venir, dh Ms devaient être gouvernés par le même souverain.

il y èut dix parlemens convoqués, et vingt-troi^ ^ssionfe tenues sous Henri VIH; tnais tout le tem^ que ces parlemens siégèrent, pendant utf si long régne, n'équivalut qu'au nombre de trois ans et demi. Le commerce de l'Angleterre chez l'étratiger , à cette époque , ne s'étendait que dans les Pays-Bas. Les marchands des Provinces-Unies achetaient les tnatchàndises anglaises, et les distribuaient dans les autres parties de l'Europe; mais ces marchandises étaient celles qui avaient le moins de vogué > et les productionîs defs autres pays étaient bien plus recherchées ; les artisans étrangei*s surpassaient de bèautoup les anglais , par leur adresse , leur industrie et leur économiè. 11 y eut jusqu'à quinze mille ouvriers flamands établis, à là fois, dans Londres^.

. ' Dans ce qui précède, oi^ a \a éclater la tyrannif politique» religieuse et conjugale de Henri VIII. Sous le rapport politique , il tïe^t rien pour l'Angleterre, si ce lï'cst dé l*affraiichir du joug papal ; sous le rapport religieux, il créa le scbisme qui valut la réforme pendant le règne suivant ; quant à seç femmes , il çn eut six, dont cinq périrent sur l*échafaud , «t la sixième encore n'y échappa que par miracle. A. M.

ÉDOUA'RD ^I.

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