MA&IB
DeTan i553 àraii i558.
La mon d*Édouard ne servit qu'à préparer de nouveaux troubles à un peuple qui n*avait déjà que trop souffert de la corruption de ses rois et de l'ambition turbulente de la noblesse. Le royaume n'était ni tout^à-fait héréditaire ni tout-à-fait électif ; la naissance , il est vrai , servait de prétexte aux droits , mais le consentement du peuple était nécessaire poi^r soutenir toute prétention héréditaire. Ce mode de succession est le meilleur de tous, lorsqu'il est sagement conduit; car il est un obstacle à l'aristocratie qui résulte toujours d'un gouvernement purement électif , et à la tyrannie qui existe trop souvent, lorsque l'hérédité n'est point restreinte dans de justes bornes.
Un monarque despote, et qui cherche à étendre , ses prérogatives, se considère simplement comme
' Et s'il eût yécQ , il eût été £iible comme le sont tpps les princes ^i sont parvenus . au trône dans renfance. {Lettres sur l'Histoire d* Angleterre.) On trouvera peu de princes élevés au trône de bonne heure , qui n'aient été faibles ; .'in*dolens , inapplicfués. Gomment pourrait-il en être autrement? Les ministres, pâjl^.se rçndre pécessaires, "éloignent de lèur maître toute espèce de /lumières. {Noie de Brissot de ^arvilU.) - f nt.-^-
HABU. 363
le poÀsesàeur dti royaume, et non comme lepro* lecteur de son peuple. Dans ce cas , il est naturel qu'il lègue ses états à celui qu'il juge propre à le remplacer, et qu'il fasse de sa seule volonté la règle de la conduite de ses sujets. C'est ainsi qu'Henri VIIÏ fit son testament, dans lequél il établit Fondre de la succession , suivant son caprice. Édouard^ son fils, fiit désigné le premier; Marie, sa fille. aînée, qu'il avait eue de Catherine d'Espagne, vint en second lieu, mais certaines expressions du testament don* naient à entendre qu'elle était, illégitime; venait ensuite ÉUsabeth , fille éTAnne de Boleyn , désignée également comme illégitime, quoique ses droits lui eussent été rendus, du vivant de son père. ,
Après les enfans du roi, Venaient ceux de ses sœurs.- Les descendans de la duchesse de Syffolk ^ sa plùs jeune sœur , étaient désignés avant ceux de sa sœùr aîù^e, la reine d'Écosse, préférence qui, selon l'opinion de chacun , ne fut fondée sur à^* cun sentiment de justice. Ce testament, fait par un roi dont la volonté était absolue , fut cependant annulé par les intrigues de Northumberland , d'à* près l'avis duquel un nouveau testament fut fait, ainsi que nous l'avons vu, en faveur de lady Jeanne Grey , et au préjudice de tous les autres prêtent dans. Maintenant le trône paraissait, disputé par' quatre princ^es qui pouvaient att€?stcr également leurs droits à la succession : Marie , Elisabeth , la jeune reine d'Ecosse^ dont les droits étaient incoiir testablès, en supposant que les deux filles de Henri fussent illégitimes, et lady Jeanne Grey qui pou-
364 HISTOIKE D^'AKGLEtEKRE.
vait alléguer le testament qu'Édouard VI venait dé foiré en sa faveur.
De ces quatre princesses , deux seulement soutinrent leurs droits à la couronne : Marië , confiante dans la justice de sa cause, et lady ifeanne, qui avait pour appui le duc de Northumberland , son beau -père. Marie, qui avait été élevée parmi dçs prêtres qui lui avaient appris à préférer le martyre au renoncement à $a croyance , était imbue de toutes ies superstitions du catholicisme. Ayant toujours vécu dan^la contrainte, elle était d'un caractère sombre et réîervé; fidèle à ses principes, elle avait constamment refusé, même pendant la vie de son père , d'adopter les nouvelles opinions. Son zèle outré la rendait aveuglément attachée nonî-seulementà sa doctrine, mais encore au clergé catholiqtje. ■> ■
Jeanne Grey était, au contraire, du pdrti des réformés; quoiqu^âgée de seize ans seulement, elle avait une force de jiigement que les femmes possèdent rarement; tous les historiens s'accordent à dire que son instruction et la solidité de son esprit la rendaienjt la merveille de son siècle. Ascbam, maître li'Élisabeth , allant un jour rendre visite à Jeanne^ chez son père, dans le comté de Leicester, la trouva lisant en grec les œuvres de Platon, tandis que tout le reste de la famille était à là chasse. Jeanne, remarcjuant la surprise d'Ascham, Tassura que la lecture de Pla^n lui procurait beaucoup* plus de jouissance qâe les jeux et les plaisirs les plus recherchés. Il est certain qîi'ellé paraissait n^
MA.aic. * 365 pour philosophie plutôt que pour Tambitioii.
Telles, étaient les deux concurrentes du pouvoir suprême ; mais Marie était redoutable pour lady Jeanne. Northumberland, afin de marcher plus sûrement à son but, cacha d'abord la mort d'Édouard, dans l'espoir qu'il pourrait s'emparer de Marie qui avait été mandée, par un ordre du conseil, pour assister auic derniers moqiehs de son frère ; mais la princesse ayant été secrètement informée de la mort du roi, se prépara à faire Valoir ses droits. Northinnberland , regardant désormais toute dissimulation inutile , se rendit donc à Sion - House , suivi du duc de Suffolk, du comte de Pembroke et de plusieurs- autres ; il salua comme reine l^dy Jeanne Grey qui habitait dette demeure.
Jeanne, qui ignorait en grande partie toutes ce» mesures , montra autant de chagrin que de surprise en apprenant ce qui se passait. Elle eh parut inconsolable, et ce ne fut pas sans une difficulté extrême qu'elle céda aux prières de Northumber^ land et du duc son père. Ils la conduisirent à la Tour, où il était d'usage que les souverains d'Angleterre passassent quelques jours, après leur avènement. Tous les membres du conseil furent obli^ gés de s'y renfermer avec elle, ce qui les rendit en quelque sorte prisonniers de Northumberland, Il les força de se soumettre a sa volontés Des ordres furent donnés de suite^ pour qu'elle fut proclamée reine par tout le royaume ; mais ils ne furent exécutés que froidement. Le peuple entendit cette proclamation , sans donner ^aiyun signe de joie ;
366 HISTOIRE D'AîfGtETEîlllE.
nulle acclamation ne sefit entendre; qu^lqûes personnes même murmurèrent et laissèrent échapper des maï'ques de mépris et de mécontentement.
A la nouvelle de la mort du roi , Marie s'était retirée à Kenning- Hall /dans le Norfolk, et avait envoyé des lettres circulaires dans toutes les grahdes villes et à la principale nobjesse du royaume, pour leur rappelfer ses droits et leur ordonner de la proclamér ^ns délai. Après ces mesures prises , elle se rendit à Framlingham-Castle , en Suffolk. Cette demeure, située près de la mer, lui donnait la facilité de passer en Flandre, en cas de danger. Mais ses affaires prirent bientôt la tournure la plûs favôrable. I^es habilaos de Suffolk vinrent lui rendre leurs hommages, et, ayant )reçvL de sa bouche Tas- ^raiice qu'elle conserverait les lois et la religion de son prédécesseur, ils ne balancèrent plus à se déclarer en sa faveur, èt dès ce moment ils embrassèrent sa cause avec joie et affection. Les habitans de NoYfolk vinrent se joindre k eux, ainsi que les comtes de Bath, de Sussex, et les fils aînés de lord Wharton et de lord Mordaunt. Lord Hastings, suivi de quatre mille hommes qui avaient été levés dans l*intentiort de s'opposer aux efforts de Marie, se révolta et passa également dè son coté. Une flotte même, qui avait été envoyée près de la càle de Suffolk, pour empêcher sa fuite, se déclara aussi en sa faveur, et Northitmberland, qui s'était bercé jusqu'alors d'an espoir trompeur, aperçut enfin lè résultat fatal de ses plans ambitieux.
Après avoir ras^j^s^lé quelques troupes à New-
MA^àlE. 367
market^, et fait de nouvelles levées dans Londres^ il dédigna le duc de Suffolk pour général en chef de l'année, espérant ^ par ce moyen, pouvoir continuer à tenir en crainte le conseil. Cependant, considérant combien peu Siiffolk était capable de conduire une artné^e , il changea d'avis , et se déteripina à en prendre lui - même le conlmandement. Le conseil, délivré alors de son* influence, et cessant désormais de craindre ^on autorité , n'hésita plus à se déclarer, contre lui. Le comte d'ArundeU s'étant mis à la téte de l'opposition , représenta vivemei^t l'injustice et la cruauté dont Northumberland s'était rendu coupable, pour satisfaire son ambition démesurée. Pembroke le seconda, en déclarant qu'il était prêt à combattre quiconque maûifèsterait une opinion Contraire. Le maire et les aldermen^ qui avaient été mandés, entrèrent facilement dans leurs vues; et le peuple exprima sa satisfaction par de vives acclamations. Suffolk , voyant alors que toute résistance devenait inutile, ouvrit les portes de la Tour et se déclara pour la ,cause géjfiérale. Dès ce nioment , les droits de Marie furent incontestables; tout céda, et en peu de teips elle se vit à la tête d'une armée nombreuse, tandis que Northumbprland, effrayé et n'osant entamer un combat, n'était secondé que par un petit nombre d'hommes tremblans et irrésolus.
Lady Jeanne renonça avec joie à une royauté qu'elle n'avait acceptée que malgré elle , et qu'elle n'avait soutenue que neuf jours Elle se retira avec sa mère et rentra dans la vie privée. Northumber-
368 HISTOIRE d'aIÏGI^ETERRB.
land n'apercevant plus aucune lueur* d'espérance/ et» convaincu qu'il était impossible de résister à Topposition du peuple , essaya de quitter le royaume ; mais le reste de ses partisans s'y opppsa j en lui déclarant qu'il devait rester, afin de les défendre, puisqu'il les avait entraînés à se montrer rebelles envers Ipur légitime souveraine. Trompé ainsi de toutes parts, la fourl>erie était désonpais sa seule ressouicce : il essaya donc de se rétablir dans l'opinion de Marie, en lui faisant les protestations les plus outrées de son zèle et de son dévouement; ^t s'étant rendu à Market-Plaçe, dans Cambridge^ il la proclama reine d'Angleterre , et fut le premier à jeter son.c|iapeau , en signe de joie. Mais il ne recueillit aucun avantage de sa bassesse , car Je jour $uivant,il futarrété, au noin de la reine,par le comte d'Arundel, aux pieds duquel il tomba., en réclamant sa*protection de la manière la plus 2^bject<$. Trois: de ses fils , son frère et quelques gens de sa suite, furent arrêtés avec lui, ^t conduits à la Jour. Bientôt après, lady Jeanne Grey, le duc de Suffblk, son père, et lord Guilford Dudley , son mari, furent arrêtés également par les ordres de Marie, dont ^autorité était alors unaniniement reconnue.
Northumberland fut le premier sur lequel s'exerça la vengeance ^e la reine ^ et sa punition était jusr tement Bttéritée Quand il fut en présence du tribunal, il demanda la. permission de faire deux questionskux pairs qui composaient lejury. La première, si un homme pouvait êtrç regardé çomme coupable de trahison,. pour avoir obéi aux ordi^es
du conseil et scellés du grand-sceaû; la seconde^ si ceux qui avaient participé au même criiiie que lui avaient droit de lé juger. On répondit à la première question, que le grand-sceaiu d'un usurpatèur n'avait aucune autorité; et à là seconde , qûç tous ceux qui n'étaient point atteints d'accusation, avaient droit d!étrè ses juges. Il souscrivit à cette décision et avoua son crime. Au moment de son exécution, il renonça à ses^ opinions religieuses, et exhorta le peuple à retourner à la foi catholique, puisque le bonheur général devait en résulter. Sir Jphn Gates et sir Thomas Pàlmèr , \ês instrumens les plus coupables dé son pouvoir, périrent avec lui. y
Le ressentiment de là reine parut âpaisé par le châtiment mérité de ces trois êtres criminels. La sentence fut prononcée contre lady Jeanne et lord Guilford,mais sans aucune intention de la mettre alors à exécution; la jeunesse et l'innocence de ces deux époux, qui étaient à peine âgés de dix sept ans, plaidaient puissanmient en leur faveur.
L'avènement de Marie avait fait répandre peu de^ang; la joie était universelle , et ce fut au milieu des acclamations qu'elle fit son entrée dans la. viîle de Londres : enfin elle se, vit paisiblement établie sur le trône de ses pères. La révolution,qui venait de s'opérer fut regardée; par tous les. Anglais comme une crisé heureuse. Une reine.dont lès droits étaient incontestables, et qui. avait, ea quelque sorte été choisie par le peuple, allait les gouverner désormais. L'aristocratie du règne pré- II. 24
HISTOIRE d'aHGLëTERRE.
cèdent allait etîsparaitre entièranent; la chambre des communes serait réintégrée dans son autorité primitive; Poi^eil du clergé serait humilié et ses vices dévoilés ; la paix régnait entre l'Angleterre et les puissances étrangères, et la bonne intelligence ne pouvait manquer de se rétaUir dam tout le rc^aume. Telle était la flatteuse perspective qui s'offrit aux yeux de la nation entière, lorsque Marie monta sur le trÀne ; mais cette ombre de félicité ne tarda point à s'évanouir.
Marie, livrée à tout le Êinatisme d'une rehgioa outrée, était* secrètement déterminée à rendre atu clergé son anden pouvoir et à replonger le royaume dans toutes les horreurs dont il était à peine sorti. En promettantauxhabitans deSn£fi[^, qui tes premiers s'étaient déclarés en safiftv^ir, de conserver la religion telfe qu'elle était établie , la reine n'avait aucune intentioli réelle de tenir sa promesse , et sa volônté positive était de forcer le peuple à adopter sa croyance^ Son ^ik)rance ex* tréme la rendait également incapable de douter des^ priniei|ies qu'eMe avwt reçiis et d'accorder quelque indulgence aux opinions des autres. Cardiner, Bonner, Tonstal, Day, Heath et Vesèy, qui, sous^ le règne précédent , avstient été persécutés pôur leur religion, furent tirés de prison , réintégrés dans leurs évéchés, et leur sentence fiit révo* quée. Sous prétexte de détruire l'amour de la controverse , elle imfposa- silence, die sa propre autorité, à tous lès prédicateurs de rAngtetenre, à réception de cenx cp obtiendraient unr permission
MARIE. 3yi
partictilière,ce qu'elle était détei^minée à n'accorder qu'aux partisans de sà doctrine. On prévit dèslofs ^ue la réforme allait être renversée; et quoique la t^ine prétendît encore qu'elle avait Tintenfiott rf^opter un système de tolérance générale , cependant, quiconque était d'une Opinion contraire à la sienne, ne pouvait manquer d>ncourir sa haine et ne devait attendre d'elle aucune protectioa.
Le premie^r acte qui causa cette alarme générale parmi les protestant, fiit le traitement sévère de Cranmer, que sa mt^dération, sou inti%rité et ses veitus avaient rendu chei*, même au parti catho* Kque, Le bruit ayant couru que ce prélat, dans Fîntention de faire sa cour à la reine , avait promis d'officier en latin , il écritît pour se disculper de cette calomnie, ce qui Texposa au ressentiment térrible de Marie. Sa lettre n'eut pas plutôt paru, qu'il fat jeté en prison , et on lui fit son procès, pour avoir participé àvee le conseil à élever lady l^anne sur le trône, et d'être déclaré contre sa légitime souveraine. En effet, il était coupable de cette faute, mais il ne l'était pas plus qu'un nombre infini de personnes à la plupart desquelles on avait non^eulement pardonné, m^s encore accordé des faveurs. La pef*die de ce procè^ fat donc aisée à apercevoir, La sentence de haute trahison fat promncée it^ntre Cranmer, mais elle ne fat fms al#^« exécutée; ce prélat vénérable était ré- ^tré k subir tih supplice plus cruel.
Peu de tems après , Peters Martyr, Allemand ré-
formé, qui, sous le règne précédent, était venu en Angleterre ^ sûr une invitation du gouvernement, voyant la tnauvaise tournure que le^ choses prenaient à l'égard des réformés , demanda la pertnij^ sion de retoum<*r dans sa patrie. Le zèle coupable des catholiques s'exerça sur le corps de sa ffjiime qui avait ét^enterrée c^uelquesannéesauparavant à Oxford ; ils l'exhumèrent par un ordre du ministère public et l'enterrèrent dans un tas de fumier. I^es os de Bucer et de. Fagius, étrangers réformés, furent brûlés dans Cambridge ^ vers le même tems. La plupart des étrangers ptotestans prirent d'avance les précautions pour quitter le royaume qui perdit, dans cette circonstance, beaucoup de gens d'une ^tànde utilité pour les arts et les manufactures.
Leurs craintes n'étaient point sans fondement; car la reiïie^ peu de tems après leur départ, convoqua un parlement qui parut entièrement disposé à favoriser toutes ses niésures sévères. Tous les. statuts que le roi Edouard avait établis à l'égard de la religion furent cassés, et la religion nationale fut enfin remise sur le inéme pied oit elle était au moment de la mort de Henri VIII..
Tandis que l'on rétablissait ainsi tous les anciens abus 4u catholicisme, les ministres de la teine cherchèrent à augmenter sa puissance par une alliance catholique. £lle paraissait avoir placé ses affections sur le comte de Devonshire; mais soit que ce seigneur éprouvât de la répugnance pour elle, ou qu'il eût conçu de l'attachement pour la
prÎBces^ Elisabeth, il négligea toute espèce d'ouvertures relatives à ce mariagç.
Le cardinalPole, qui,n'ayant point reçu les ordres, était par conséquent libre de se marier^ fut proposé à la reine pour époux. Le caractère noble et élevé de cet illustre personnage, sa vertu, sa générosité et son attachement inviolable à la religion catholique, ie rendaient digne d'aspirer au rang d'époux de la reine d'Angleterre; mais, cpmme il était sur le -déclin de la vie^ Marie ne parut riuUement disposée en faveur d'une telle union. La personne qui fixa enfin sk)n choix, fut Philippe, prince d'Espagne et fils du célèbre CharlesrQuint. Màrie, cherchant À éviter toute remontrance désagréable de la part du peuple , voulut que les articles de son mariage fussènt aussi favorables que possible aux intérêts et à l'honneur de l'Angleterre , ce qui calda un péu les clameurs qui commençaient à s'élever contre une alliance étrangère' .
Il fiit convenu que malgré le titre de roi, qui serait donné à Philippe, l'administration du royaume resterait ^ entre les mains de la reine; qu'aucun étranger ne pourrait posséder de charge en Angleterre; qu'aucune innovation ne serait faite dans les lois, les coutumes et les privilèges; que les descendans de la reine hériteraient non-seuleuieht de l'Angleterre, mais de la Bourgogne et des Pays-Bas; et que dans le cas où don Carlos, fils
' An de J. C, i554* — Après la publication de ces articles t ^ Hume , le peuple ne parut pas plus satisfait ; bien loin de se calmer, il se disposa à la révolte , tort, v, pag- 2oy. A. A.
HISTOIBS D'AKGLETERRf.
que Philippe avait eu d'un premier lit^ vi^odrait à mourir, les enfans de Marie entreraient en poBr session de tous les états du roi Philippe.
contrat de mariage , qui , selpn les raisonne* mens^ politiques de beaucoup de personnes, devait produire de grands changemens dans le système européen, n'eut aucun des résulta^ que l'on avait prévus, puisque la reine n'eut point d'enfiws.
Les <:;onjectures du peuple Âirent plus, justes^ et il prévit avec raison qu'un tel mariagf^ porte-r rait un coup fatal à sa liberté et à, sa religion. Les murmures éclatèrent, et le fnéoontentements'éleva parmi toute la nation. Sir Thomas Wyatt, catho* lîque romain, se déclara hautement contre les con^ seillers de la reine et cette alliance avec un (»*ince espagnol ; il parvint à entraîner dans son parti un grand nombre des habitatis de la province de ilent^ et^ à la téte de quatre mille hommes, il se dii%ea vers Hyde-Park^ Son proj^rét^it de s'emparer de la Tour; mais son audace le perdit. Dès qu'il fiit entré dans Londres, le comte de Pembroke fit barricader toutes les issu^ par des fossés et des chaînes ; des sentinelles furent placées partout , pour empêcher son passage , et le rebelle, au mo^ ment où il espérait recueillir le fruit de sa témérité,s'aperçut,à §a conjfusion e3^treme,^qu'il ne pouvait désormais ni avî^jcer ni reculer. Voyant alors que les citoyens de Londres, sur l'appui desquels il avait compté, refusaient de se joindre à lui , il perdit courage et mit psts les armes.
' Promenacle de Lontires. A. M.
UARIE. S'jb
Le duc de S(i£fblk se rendit également conp^e^ 6» se joignant à sir Peter Carew, pour exciter une févolte dans les comtés de Warwick et die Leioesr fer. L'impatience de Qarew ayant forcé Suffolk à prendre les armes avant le jour désigné , ce fut ett yain qu'il tâcha d^^dter 1« courage tefc k hÉprdîesae 4le ses part^ans. 11 £at poursuivi de si près par Je ^inte de Huntingdon) qu'il fut obligé de dispei^ ser sa si|ite; et, sa retraite ayant été découverte , il fut emmené à Londres connnô priamaier. LiUi, Wyatt^etsoixMftte^dixperâonpes furent es:éfiuté^ Quatre cents autres âirent conduites à< la r^ue^ avec la isorde au cou, «ts'étaût jetées à 9^ fé^ds^ elles obtinrent leair grâce et f^pepit renvoyièes.
Un autre événeo^ont qui excita niv^SK^t la compasc^on du peuple> fut Texécution de lady Jeaaane Grey et dç 3on mari , lord Guilford Dud-» ley, qui 9 sans être coupable^, furent compromis dans cette insurreotion. Deux jours après T^écU" tion de Wyatt, lady Jeanne et soU mari re<^rent l'ordre de se préparer à la mont. haAy Jeaoue f qui 4^puis long-tems prévoyait ce destin 6ineste , en reçut la nouvelle sans la moindre surprise i^t monr iatà. dans'cetté circonstance unarçsolu^n héroïque, Inforaiée «qu'il ne lui restait plus que trois jours pour se préparer à mourir, elle parut affîigée4'uu délai aussi long. Le jour de son exécution « mm inari soUîcîla vivement la permission de la revpir une dernière fcns, maîa die eut le coun^e de ri^-^ fuser cette entrevue, craignant que la douleur d'une telle séparation ne vînt épuiser le peu de
HISTOIRE P^ANGLETERRC.
force qui liii restait. On. avait d'abord résolu qu'ils seraient exécutés tous deux en dehors delà Tour.; mais comme on redoutait l'impression que pouvaient produire sur le peuple leur jeunesse , leur beauté et leur innocence, on donna des ordres pour qu'ils fussent exécutés dans la juridiction de la Tour. Lord Dudley subit le premier son arrêt de mort. Lady Jeannçi en se rendant à la place d'exécution, rencontra le corps saiotglânt de son époux, que les officiers reconduisaient à la Tour afin de l'enterrer : elle regarda quelque t^ns^en silence ce spectacle cruel et ne laissa voir aucune émotion ; puis, après un profond soupir, elle pria ceux qui accompagnaient le corps, de poursuivre leur chemin. Sir John Gage, constable d^ la Tour, et chaîné de la conduire au supplice, lui demanda en grâce de lui faire. don de quelque chose qu'ij pût garder comme un souvenir d'elle. ÇUe lui donna ses tablettes sur- lesquelles elle venait de trader trois maximes que lui avait inspirées la vue dù cadavre de son époux. L'une était en grec, l'autre en latin et la troisième en anglais. Le ^sens était, que la justice humaine avait condamioré sop corps, mais que la justice divine serait favorable à son ame, et qu'elle espérait que Dieu et la postérité feraient reconnaitre son innocence et celle de. son époux^
Ix)rsqii'eHe fut sur l'échafaud, ses dernières paroles furent pour attester que sa faute *n'était point d'avoir porté utie main témérairje sur la couronne, mais de ne l'avoir pas repoussée avec assez de
constance; que c'était moins l'ambition que FobéissaïK^e filiale qui l'avait entraînée à se rendis coupable; qu'elle -acceptait la mort avec résignatiouf comme le seul moyen d'expier l'injure faite au trôné, et qu'elle était prête à prouver, par l'exemple de son châtiment, que la pureté 4es intentions n'est pas toujours un motif d'excuse pour les acr tion& qui tendent à troubler Tordre public^ Après ces paroles, elle pria sa femme de la déshabiller, et elle se soumit à la mort avec calme etfer^neté^ Les ennemis de FÉtat, ainsi sacrifiés ^ lé ressentiment de ia reine se dirigea alors contre les pré-^ tendus ennemis de la religion. Marie, délivrée dés craintes que les dernières révoltes avaient excitées dans son espnt , s'occupia de convoquer un, parlement qui dans cette circonstance , comme dans beaucoup d'autres, ne parut que pour servir d'appui k ses différens actes de. riguelir. La Boblesse, toujours prête à adopter la religioi) favorisée par le souverain, fut facile à séduire, et la chambre des communes , dçpuis long-tems dévouée au ca^ price de son roi, ne montra pas plus de résistance; mais un ennemi , nouveau s'éleva bientôt contre les réformés : ce fut le roi lui-même qui, nialgré tout le. soin qu'il prenait de dissimuler sa. haine pour les protestans , influençait secrètement la reine et en^ammait continuellement son zèle outré. Depuis que Philippe était arrivé en Angleterre, il s'était efforcé, mais inutilement, d'augmen-
' Ce iîit en peu de tems la troisième reine (l'Angleterre qui périt 9ur un échafand. (Lettres sur V Histoire d* Angleterre. )
HISTOIRE d'aIVOLETERRE.
ter la portion du pouToir qui lui a¥ait été accor4ée par le parlement. La reine, qui avait eoUçu pour lui une passion peu coovçnable à ^ne femme de son âge et d'un physique aussi rebutant, chwcbait avec empressement t3ous les moyens de lui plaire. Elle découvrit bientôt que l'ambition était sa passion dominante, et elle résolut de la satis* faire, à quelque prix que ce fut. Son aèle devint plus outré que jamais, el ce fut alors que commença une persécution horrU^le contre les hérétiques. Les ancienne lois sanguinaire» forent remises en vigueur, désordre» furent donnés pcmr que tous les évêquçs et les prêtres mariés Aissent chassés; que les messes fussent rétablies let que l'autorité tlu pape fut reconnue de nouveau. La religion ehfin fut remise sur l'aman pied , et on rpndit à l'Église tous ses privilèges, à l'exception de sett terres et de ses possessions, La noblesse ayant partagé entré elle tous les -biens ecclésiastiques , cette restitution fiit regardée, comme em-^ bart^ssante et même impossible.
Parmi ceux qui parurent disposés à favoriser ces mesures, quoique d'une manière différente, cependant, on cite Gardiner, évéque d^ Winchester, et le cardinal Pôle , revenu depuis peu du conti* nent. Pôle, qui tenait, par sa naissance, à la famille royale, avait toujours conservé un attachement secret pour la religion catholique, et il avait même encouru la haine de Henri, non-seulement en refusant de consentir à ses mesures,. mais en écrivant contre lui. Sa fidélité a la religion ro-
maine Tavait rendu cher au pape et lui avait valu le titre <J^ légat, dont il était revêtu en ce moment,
Gardiner étsdt un IxHmne d'un caractère bien dirent : son unique but était d'obtenir la feveur du souverain , et souvent il avait donné des preuves de son adroite cçmdescendance aux volontés du monarc^ue. S'apercevant que le roi et . la reine étaient disposés à adopt^r^es mesures rigoureuses^ il sentit que le plus sur moyen de leur plaire était de seconder leurs persécutions et de 1^ surr passer encore. Pôle, qui n'avait jamais varié dans ses principes, penchait pour la tolérance, tandis que. Gardiner ^ qui avait souvent chaîné d'opi-r nion , sé montrait disposé à punk», avec une ri^ gueur extrême, dans les autres un tort dont tant de fois il s'était rendu coupable. Trop prudent , ce^ pendant , pour se déclarer ouvertement le chef de la p^sécution , il abandonna rCe rôle odieux à Bonner, évéque de Londres, homme cruel, into» lérant et ignorant.
L'Angleterre devint bientôt le théâtre des scènes 1^ plus sanglantes'. Les persécutions commencèrent par ceUes de Hooper, évéque de Gloucesterr et Rogers, chanoine de Saint-f^ul. Ils furent exami* nés par le chancelier et des commissaires désignés par la reine ; on espérait les engager à se rétracter, ce qui aurait jeté du discrédit sur des opi* nions inculquées depuis si longHems, mais leurs persécuteurs se trompèrent, et l'un et l'autre de«
' And« J.C., iS65.
^So HISTOIRE u'aN 6LET£RR£.
meurèrent inébranlables dans leur croyance. lU furent condamnés à être brûlés vifs, Rogers, à Smithfield, et Hooper, (kns son diocèse, à GIoucester. Rogers avait un motif bien' puissànt pour désirer de conserver la vie, et peôt-étre aurait-il été excusable de se laisser entraîner à renier sa doctrine. Il avait une femme qu'il aimait téndre-^ ment^ et dix enfans; mais tout fut inutile, et le souvenir rnême de ces êtres si chers ne put ébranler sa résolution.
Après sa condamnation, il conserva un tel calme et une telle sérénité , que lorsque Tbeure de Texé^ cation fut venue, le geôlier fut (ovcé de le réveiller du prôfond sommeil où il était plongé. Il désirait vivement revoira femme avant de mourir, mais Tinflexiblé Gardiner s'y opposa, et lui^dit que, conime prêtre, il ne pouvait avoir de fenàme. Lorsque les fagots eurent été placés a<itour de lui, il s'écria, sans paraître épouvanté de ce terrible appareil : C'est « avec joie que je sacrifie ma vie pour souténir la « doctrine de Jésus* Christ ! » Hooper ayant été attaché au poteau, on plaça sur un tabouret, en fs^ee de lui, le pardon de la reine, dans le cas où il consentirait à se rétracter ; mais il ordonna qu'on l'éloignât sur-le-champ, et se prépara avec joie à sou^ frir. Sa sentence fut exéctitée avec la rigueur la plus cruelle : soit à desseiu ou par négligence , le feu était si peu ardent, que l'infortuné ne fuj consumé que petit à petit; Tune de ses mains tomb^ en charbon, tandis que de l'autre il frappait encore sa poitrine. Il resta trois quarts d'heure dans des