‹ Histoire d'Angleterre, Volume 2Chapitre 29 sur 31 · MARIK · texte numérisé non relu

MARIK

tortures horriblès, qu'il supporta avec une constance, admirable.

Sanders et Tayior^ deux autres ecclésiastiques dotu le zèle pour la réforme avait toujours été remarqué, subirent le même supplice» Taylor fut ploûgé dans un baril de poix, et tandis qu'on aliu^ mait le feu , quelqu'un lui jeta sur la tête un fagot qui lô mit en sang. Il continua avec le même calme et sains montrer le moipdre effroi, à répéter le 3i® psaume ' en anglais, ce qu'un des spectateurs ^yant remarqué, il le ffappa avec violence, en lui ordonnant de prier en latin. Taylor garda le silence quelques instans, et tint ses regards constamment attachés vers le cieL Un. des gardes , poussé enfin ^ar un sen tinrent d'impatience ou de compassion lui porta un dernier coup avec sa hallebarde ^ et mit un terme à ses tourmens.

-La mort de ces infortunés ne- servit qu'à augmenter la fureur sanguinaire des évêques et des moines^ catholiques. Bonner, le plus féroce de tous, donnait un libre cour's à sa vengeance implacable , et paraissait prendre un plaisir particulier dans la vue des souffrances de ses mâïheureuses victimes , tandis que la reine l'exhortait continuellement à poursuivre ces œuvres pieuses, sans pitié et sans relâche. On arrêta bientôt , par ses ordres , Ridley, évêque de Londres , et le vénérable Lâtimer, évêque de Worcester ; tous deux furent condamnés à la fois. Ridley avait été l'un des plus zélés champions de la réforme ; sa piété, son iilistruction , et la

* In te , Jehûva , speravi , etc.

382 \ HISTOIRE Ix'aHGLETERRE.

solidité de son jugement le faîsaieht admirer ses aipis et craindre de ses ennemis. La ntdt qui précéda son exécution, il fit prier le maire d'Oxford et sa fémme de venir le voir pour la dernière fois. Dès qu'ils l'aperçurent, ils fondirent en larmes; pour hjii, il ne laissa paraître aucune émotion, et montra constamment un cahne inaltérable.

En arrivant au lieu de son supplice^ il y trouva son vieil ami Latimer qui y était arrivé avant lui. De tous les prélats de ce siècle, Latimer était le plus remarquable pour sa piété sincère et la pureté de ses mœurs ; il ignorait la flatterie des cours , et sa franchise était redoutée de tous les grands qui ne méritaient que trop ses réprimandes sévères. Ses fermons, qui existent encore, prouvent qu'ij avait de l'instruction et de Tesprit; il règne dans ses écrits un ton de vérité que l'on trouve rarement ailleurs. Les deux amis,, en se retrouvant dans un lieu si redoutable, s'efforcèrent de s'encourager réciproquement : «Du courage, môn frère, s'écria « Latimer à Ridley ; aie confiance en Dieu ; nous aï- « lumeronS' aujourd'hui dans l'Angleterre un flam- « beau qui nejè'éteindra jamais «. »

Un catholique , animé d'un zèle .furieux , monta sur le bûcher pour leur feire un éermon, en attendant que le feu fût préparé. Ridley parut prêter une attention éxtrême à son discours, et, sans que les préparatifs èffirayans qui se faisaient autour de lui eussent le pouvoir de le distraire, il suivit le

' We shall^ th\s day kindk such a torch .în EngUad » as , J trust in God f shall never be extinguished.

sertnon jusqu'à la fin, et assura qu'il était prêt à répondre à tout ce qu'il avait entendu, si on voulait avoir l'indulgence de l'écouter tin instant; mais cette demande lui fut refusée. Le bûcher fut allumé enfin ; Latimer fut promptement délivré de son supplice, mais Ridley souffrit long-tems, et ses jambes furent cons^umées, avant que le feu eût atteint ses entrailles.

Un nommé Thomas Haukes, qui bientôt après fîit attaché au poteau fatal , était convenu avec ses amis (Jue, s'il trouvait ses tortures supportables, il le leur ferait connaître en élevant ses bras vers le ciel. Son zèle pour sa cause était tellement ardent, qu'au moment où les spectateurs le croyaient prêt d^expirer, il éleva ses bras du milieu des flammés et donna le signal convenu. Cet exempte de constance, àinsi que plusieurs autres semblables, encouragèrent une multitude de personnes non^-seulement à souffrir le martyre , mais à le désirer.

Le sexe le plus faible fut persécuté aviec une cruauté égale ; une femme de Guernsey, condamnée à être brûlée pour crime d'hérésie, accoucha au milieu des flammes ; quelques spectateurs, touchés d'un sentiment de coinpassion, s'élancèrent pour arracher Tenfent au danger; mais le magistrat , qui était un papiste furieux, ordonna qu^il* fût rejeté dans les flammes , comme enfant d'hérétique I.

* « En lisant, dit Voltaire, ces actions abominables, croit^on être né parttii des hommes, ou parmi ces êtres qui nous sont représentés dans un gouffre de supplices , acharnés k y plonger te gçnre hn* main? > A. M.

384 uisToiEE d'Angleterre.

La mort de Cranmer, qui arriva peu de tems après ces événemens , acheva de frapper la nation entière d'horreur et de haine pour le gouvernement fanatique de l'odieuse Marie. Ce prélat , qixi\, sous les deux règnes précédens, avait pris une part active à la réforme , était prisonnier depuis longtems, pour s'être montré du parti opposé à celui de la reine, lors de son avènement au trône. On prit enfin la résolution de m^^tlre son châtiment à exécution, et, afin d'avoir le droit de le rendre plus cruel, la reine ordonna que Cranmer fût puni pour crime d'hérésie, au lieu de l'être pour crime de haute trahison.

Il fut donc cité devant la cour de Rome, et nonobstant l'impossibilité de comparaître , puisqu'il était prisonnier à Oxford, il fut condamné par contumace. Ses cruels ennemis, peu satisfaits des tortures qu'il allait subir, voulurent y ajouter les tourmens du remords. On essaya de le séduire par la flatterie et la douceur ; on lui donna l'espoir de rentrer en faveur , s'il voulait consentir à signer une profession de foi par laquelle il reconnaissait la suprématie du pape et la présence réelle. L'amour de la vie l'emporta un moment, et Cranmer se laissa entraîner à signer ce papier. Ses ennemis triomphans résolurent alors de le tourmenter et d'achever sa ruine ; mais avant de le conduire au supplice , ils voulureilt encore l'engager à se ré-^ tracter publiquement. Soit que Cranmer soupçonnât leurs projetis , ou qu'il eut recouvré la force d'ame qui l'avait abandonné un instant, il fit, èh

Hariè. 38S pteme égUse et àu grand étonç^ent d'un nom-hr0i% auditoire^ une rétractation contraire à celle qu'on attendait de lui. Après qu'il eut été placé dans l'epdroit le plus évident de Tég^se, Gole, 1q prévôt d'Éton , lui fit un sermon dans lequel il eialta la conversion, de Cranraer .œnwne l'oiiyrage du ciel même. Il assuma à l'arcbevêque que rt^ ne pouvait être plus agréable^, à I>içu ,^ à la reine et ^ peuple , que 3a rétractation^ il T^ncoura^ea A souffrir le .martyre , en lui promettant qu'un Uom- . bre infini de prières çt de me$s€^ seyaient djte^ pour lerrepos de son ame qui^ par la:,pcofessioÉt de foi qu'il avait faite, ne pouvait manquer tfétré délivréte^ des peines du purgatoire.,

Pendant tout le.tems jcpie dura ce disçouj^s ab* surde^y l'infortuné Gramner ne cessa de montrer un trouble .et une agitation ejctrêmes ; tour-A^ouf il levait les ypux. vers le ciel et poussait des:gémissemens douloureux. Après avoir versé un torrent de larmes, il exprima, de la manière la plus tou-^ chante , le remords dont il était déchiré^ çt il ajouta qu'il connaissait parfaitement toute l'étendue de ses devoirs envjçrs sa souveraine , m jus qp'un de* voir supérieur à celùi-là , puisqu'il l'obligeait en^ vers son créateur, le forçait à dé^clarer qu'il avait signé une profession de. foi ooutraiiîe à ses ^enti» mens^ et qu'il saisissait avec Joie l'oceasion d'ex* pier cette, errejir ps^r une^ rétractation sinçère^ U assura qu'il était, prêt à sceller de ^on sang^ une doctrine qu'il croyait émanée du ciel même^ et qu^ la main coupable qui avait trahi sa consdenc« du- II. a5

386 HISTOIRE p'açtgleterre.

hirait la première un châtiment justem^ni m^ilié$

LVssemblée était principalement composée de papistes, qui espéraient complétejr leur triomphe par la pon version éclatante de leur victime ; mais cette déclaration ^ qui leur prouvait à q^îel point * ils s'étaient trompés, les çonfondit et les rendit furieux, fls lui ordonnèrent avec colère de cesser de dis^uler^ et, api'ès l'avoir accablé d'insultes et de reprpckes , ils le condui^ren): à l'endroit funeste où liatiiper et Ridley .^Yaient ts^nt souffert. Le vertueux Cranmet n'opposa à leurs injures que sqn çoor:age et $a résignation. Le feu étant allumé , il étenif^it sa main droite et la tint au milieu d^ • flàmtpes^ jusqu'à ce qu'elle fût consumée , 0t sana montrer aucune, faiblesse ; il s'écria {dusieurs fois en 1^ .yoyapt brûler : « Qu'elle soit brûlée , cette K ^aia indignç ' ' * Il parut, tellement occupé de ' Tqspoir d'une récoiup^i^se future ^ que lorsque le feu eut atteint son corps il sembla presqu'insen* siblç '^*ses tortures. On trouva parmi ses cendre son cœur cntièreme^it conservé, ce qui fut regardé Qomin^ u{i emblème de sa constance.

Tous ces,actes de cruauté augmentaient chaque jour la baine de la Ination pour le gouvernement^; les auteurs ces persécutions ne pouvant se dis; simuler Tborr^ur qu'ils inspiraient, cherchaient, k

rejeter sur d'autres tout l'ocli^ux de leur conduite,

- ' « Otte action , Mi Voitairte , est aussi intrépide et plus ^aablt tte celle qn'oB attribiie à Mnciua Scéyoli^. 1.* Anglais se punissait

a*aYoir succombé à ce c^ui lui paraissait une faiblesse » et ie Romain d^toir «sanqué Un 'assassinat » A* M. ' , i

^4Qde J.Cy ï556. ^

Plûlî|^e, qui ^'ignorait pas à quel point Û était liaï; Surtout depuis ces dernières circonstances^s'efforça d'éloigner, de lui le reproche justement mérité, en employant un artiftôe grossier .: il ordonna à son confesseur de précher^en saprésencè, en £^lve^r de la. toléraliK;e;^mÀis Bouner, qui ne voulait point k son tour supporter le bl^mé général, reje^ sur la cour toute l'atrocité des mesures actuelles. Le roi et la reine ne cherchiant plus alors à dis^muler, osèrent introduire en Angleterre un tribunal sem* biable à celùi de l'inquisition, et qui eut le pouvoir de condamner tout hérétique , sans àutre forme de loi que sa propre autorité^ mais cette méthode, qm apportait encore trop de leiitear à la vengeance des persécuteurs^ ne put les satisfaire; la coui" fit bientôt une proclamation contre les livres hérétiques, téméraires et séditieux, par laquellç elle déclara que quiconque posséderait chez soi quelques livres de cette espèce, et ne' les brûlerait pas sur^ le-champ,sans les lire, sei^it condamné; cottmie rebelle, à périr par le feu;

Cette mesure, ainsi qici'on devait s'y attendre, fut suivie des effets les plus sangkms. Les bûçhets , qui ne cessaient d'être allumés, consumèréntun si grand nombre de personnes, que lés, magistrats mêmes, qui avaient été jusqué-là les instrumens dè ces persécutions , refusèrent enfin de prêter leur appui. On a cal,çulé quç le^ nombre des victiiïies s'était élevé à deux cent soixante - dix - sept per^ sonnes, sans compter i^eHes qui subirent les peines d'emprisonnemetit, d'amende et de confiscation.

idft HISTOIRE l>'ÂÈréLETEEaE.

l\ y^êttt ciBiq éiré(jues, vingt-eNi|iï ecdésiastiques^ hiiit gentilshommes ) quatre-vingt-quatre mardiatids, ceût laboureurs, cinquante-cinq femmes et quatre . enfant qui périment dans les flammes.

• Les alEatFas. temporelles du royaume n'étaient paSf mqins iléplorablés que celles qui avaient rapport à 4a religion. Depuis long-tems on parlait de la grossesse de la l^eine, et le désir extrême qu'elle* en avait là portait à acci'éditer ce bruit. Lorsque Pôle, le légàt du p^pe^ lui fut présenté, elle crut çfîéme^'avôir senti l'enfant remuef dâns son sein , q^e les courtisans flatteui^ ne manquèrent pa^ de cofnparer au tressaillemeilt de saint Jean-Bapliste, lorsque sa pière r^çut la visite dè la Vierge. Les catholiques prédirejat que la. reine étâit grossé d'un prince ' qui ferait beau ^ vigoureux et spirituél; mais ces jespérances, soutenues pendant longtems, finirent par étré .déçues; car la grossesse supjKWiée' de la reide n'était que le commencemeht •^d'une faydropisîe causée par le mauvais état de sa santé. / ^

Philipperplus, que pet*sonne s'était efforcé d'entretehit* avec soin cette opinion, comme un artifice ^nt il espérait se servir pour étèïidre son autorité dans le royaume ^ mais il s'était trompé : le parlement anglais quoique relâché dans ses principes, nourrissait imejalousie insurmonlablecontré lui, et il avait éniin passé de nouveàu -des actes qui fixaient ifrévocablem^t les limitfSs du pouvx)ir <le. Philippe et qui confirmaient l'autoritç de la reine. L'ambition, qui étàït sa seule passion, l'a-

vait engagé k cacher jusqu'aioi*8 la pépagiianc« <ja'il éprouvait poiir Marie et à supporter'plirtèt qu'à désirer les témpignages d'une tendresse eac^ travagante; niais s'aperçevant que quelqu'amotir - qu'elle e]ûit pour lui, elle ne pouvait satisfaire ses désirs ambitieux, il cessa tout-à-caup de dissimuler M st^crète aversion et la traita dès'^ce moment avec rind£fférence là plus parfaite.«Fatîgxié enfin de sa jtradresse importune et de sa jalpusié continudle , £t t/t*ou?ant son autoritéJ>eaucouptrop'restpéintt en Angleterre , il saisit avelc empressement la ppe>- -mière ocbasion de quitter la reine 'et se rendit en ^'landre, près de l'empereur son père. ' :

Marie fut au désespoir, kr froidenr dont Philippe payait son amour ne fit que l'aceroître ^ elle passait la plus grande partie de son teras dans la soiituda et donnait un libre cours ^ ses larmes et à ses ^sombres pensées; la seule occupation de sa vie était d'écrire à son époux des lettres rempKçs de tenn dresse , auxquelles il ne répondait jamais que lorsr 4ju'îl avait besoin c^'argent. La remev afin de satisfaire aux demandes du prïnce, se servit de moyens violens pour extorquer des sommes qu'elle se fit dônnerà titre de prêts par les gens du royaume swt l'afiCection desquels eUe comptait le pkis. £Ue offrit a des marchands d'envers quatorsse pour cent d'une somme de trente mille livres stei^Ung ; elle eut iiéanT nipins la mortification d'éprouver un refns*; et ee ne fut que lor^ue la ville de Londres eut eonseRti à être sa caution , qu'dle obtint caqu'ètteijléiirait, Elle cherchai^, à Finstigation de son ^poux, h ^

HISTOIRE d'aITGLETCRRE.

engager l'Angleterre à ^trer en gaerre avec la Francè; ses e£brts furent enfin suivis du succès; maii le- résultat de cette campagne tourna etttièrcinent à son désavantage.

La guerre était (Commencée depuis peu entre la France et l'Espagne. Philippe, qui avait saisi cette occa^n pour revenir en Angleten^, déclara que si ce royaumcTne censentait pas à le seconder dans ce moment de crise, jamais il n'y reihettrait les pieds. Cette menace ne pouvait manquer ,d'aug* menter le tè\k de la reine pour les intérêts de son ^oux; n^algré l'opposition instante du car^ dinal Pôle et du cons^ieil , elle l'emporta, après les avoir menacés de les renvoyer totis. La guerre fut déclapée et des préparatifs furent foite promptem^nt pour attaquer la "France '4 on parvint à mettre dix* mille hommes sur pied, et, après un nombre infini d'exactions pour obtenir ^out l'argent nécessaire, cette arimée* fut envoyée en Flandre» *, '

La bataille de Sainfc-(^ueûtia., gagnœ par les Espagnols , sembla prOmetfre les plùs grands ^ccès aux armées alliées ; ïxiais nnô entreprise t€fritée par le duc de Guise, au milieu de l'hiver , èt pencher là balance en faveur des Françsiis èt blessa vivem^t l'honneur de l'Angleterre. Calaia était^epuift. plus de deux cents ans, en la possession dés Anglais, q]ui avaient £adtde cette yille le marché principal lames et des autres marchandises britanniques ; à plusieurs époques eHe avait été fortifiée et jua-

' AndeJf. 1557.

MARIIS.

qu'alors cm Tavait regardée (iomme une plàce itu-^ prenable; niais toutes ces fortifications, élevées avant l'invention de la poudre à canon, ne pu*^ rent résister à l'Attaque vigoureuse d'une batterie régulière^ et il ne leur resta plus que le sçuvénîr d'une réputation qii^ettes étaient hors d'état de soutenir désoripais. Coligny, géhéral français, ayant fait observer au dtic de Guise qtfe k ville de Galais^it entourée de marais impraticables pendant l'hiver, excepté du côté d'une digue gardée d'une part par le château dé SâIntèsAgâthte et de l'autre par celul de Newnhah^'Bridge, et que les Anglais, afin de diminuer la dépense, avaient cou*tume de renvoyer, à l'approche de l'hiver, une partie de la garniscMi et de ne fe t^ppeler qu'au printems^ le duc, d'api^ cette remarque, se dirigea ^ur Calais, et, à 1^ tétedë trois mille àrquebu* siers, il attaqtia le ch&teau dé Sainte-Agathe d'une maniéré subite et imprévue. La garnison , forcée de se retirer dans le château de'Newnham-Castle, fut bientôt hors d'état de défense et contrainte à céder également cé poste et à chercher un abri dans la ville- Une flotte avait été envoyée en même tems pour «bloquer l'entrée du port, ce quî'mct^ ^it Calais dans l'impossibilité de résister, puià«qu'elle était investie, par mer et par tei*re. Ce fut en vain .que le gouverneur lord Wentworth flt une vigoureuse défende; la garnison très-falblé iiè ptit soutenir long-tems ëàssaut des Frakiçëi» qM, devenus victorieiiit , iogèi*ent dans le di&tèatt: Dans la nuit suivante , lord Wentwortb essaya en-

HISTOIRE o'àirOLETERRE.

core une fois de reprendre ce posta; mais, après liae attaque infructueuse , k laquelle il perdit deux crats bommes, il fut forcé de cs^ituler \ '

Ai^^i, en ipoÂns de h^t jôurs, le duc de<ïuise se vit en poss^iop d'une yille qui^ depuis le rèsne d'Édouardin , appartenait aui; Anglais > ^t au, siège de làqudle ce monarque avait employé onze mc^.

Cette perte exçtta de vi^I^ murtl^urës partout lercsyaume, et plongea la reine daus un profond désespois: on prétend même que, daus Pexcès de ça douleur , ^n Tenteiulit assurer que kNr^qu'eile ^rak morte, on trouveratit le nom de Calais gravé 3Ur sdn cœur. -

lia complication^ de tous ces maux hii deymt bientôt jEsitale r ies murmures du peuple^les inquié» tudes relatives à-la religion càtiïoljque, les dédains de so^ époux, ét une^guerre fune^e firent die terw ribles raines S|ir la santé de Marie : deis ^yinptpmea de consomption se déclarèrent et ne firent qu'ace croître 6ncoi?e l'aigreur de son caractère et le zèle cmtré de, sa dévotion* Le peuple, fatigué des hor^ reurs de ce règne, en. désirait vivement la fin; et^ ccmmiençautà prévoir uu avenir plus heureux ^dt?» rigeait toutes ^-pensées -vers la. princesse Élisa^ beth qui , chàqùe jour, semblait devenir plus ôhère aux Anglais. Pendant toute la^unée de ce règne> ils avaient éprouvé des craintes et desalarme^ contir nueltes, non^seulement à l'égard de la successioB autr^e , mais relativement à la vie de cette'prûftpesse, envers laquelle la hwie violente de la reine

« AAde J.C., i558. ' '

M^A.Ri£. agi avait éclaté en plusieurs occasions. Pour Slisaheth, ponvaincùe intérieurement de son;danger, dl^ consacrait tout son tems à Tétudç^ et paraissait entièrement étrangère aux affaires générales;» Des. prdpQsilicms de inâriage lui avaient été &ilt^^ par î'^tnbassadeur de Suède, au nom de son maître; elle Favàjit renvoyé à sa sœur qui l'avait laissée libre d'agir à cet égard. Elisabeth avait refusé ces propo-. sitiçns , aim^tot mieux supporter d^ humitiatipns coQtin^ielles ^ les périk où elle était exposée que de renoncer à l'avenir plus heureux qui ço^nmençait à luire pour elle. v ; -

£lle ne montra pas moins de prudence en cachant ses sentimçni» religieux, et en éludant^droitemei^t toute question relative^à cette dangereuse matière. Elle portait ombrage à Marie pour deux motifs puissans: le premier , parce qu'étant héritière de- la couronne, la reine craignait qi^'elle n'aspirât au trône, pendant «a vie; èt le second.,, parce qu'il était probable que, lorsqu'elle semit reine d'Angleterre, eUe anéantirait une religion, que Marie avait eu tant de peine à établir. >Lest éveques, qui avaient pris part aux dernières persécutiotiset prévoyaient cet'évéïiement, s'^efÊ^^aient souvent de convaincre MaHe que ses m^^res .sévères à l'égard des hérétiques- n'étaient d'aucun avantage pour l'état, et que ce n'était point les? Caibles branches qu'il fallait détruire, migi& l'arbre lui-même. Marie avait senti toute la force de cet argument; elle entourait sa sœur de ses proprea^ gardes , et attendait avec impatience une nouvelle

insurrection ou quelque prétexte favorable dont elle pût se servir pour faire périr Élisabetli; mais la mort qui vint la surprendre elle-même empêcha l'exécution de cet odieux projet.

Marie ayant pris le commencement d'une hydropisie pour des symptômes de grosisesse , avait fidt usage d'un régime contt^re à son état, et qui n'avait fait qu'accroître son mal ; toutes ses réflexions y contribuaient égàlemeiit. La certitude accablante de la haine de ses sujets , Is^ perspective de l'avènement de sa rivale au trône, et par^ dessus tout, le désespoir que lui faisait éprouver la perte de son époux , qui venait de la quitter pour toujours , tous ces tourmens réuïiis épuisèrent ses forces; une fièvre lènte, qui s'était emparée d'elle, acheva bientôt de la consumer, et elle mourut enfin, après un règne court et infortuné de cinq" ans, quatre mois et onze jours ; elle était âgée de quarante-trob ans «. '

Le cardinal Pôle, célèbre par sa sagesse, sa douceur, le pouvoir étendu qu'il avait obtenu , et Tamour que ses vertus avaient inspiré généralement, ne survécut qu'un seul jour à la reine, dette princesse fu( enterrée dans la chapelle de Henri YII , selon les rites de l'Église romaine.

* 17 novembre i558. — «lilarie, dit Voltaire, mourut paisible mail mépriiée de son mari Philippe II, et de se^ sujets qui lui reprochent encore U pote de Calais ; laiasant enfin une. mémoire odieuse dans quiconque n*^ pas Tame d*un persécuteur. » A. M.

ISLISABETH.

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