‹ Histoire d'Angleterre, Volume 2Chapitre 3 sur 31 · EDOUARD II · texte numérisé non relu

EDOUARD II

ayant été mai d[)$ervées de part et d'autre , la haine mutuelle se ralluma de nouveau ; le roi se détermina donc à mettre sur pied toutes lea force» militaires de l'An^terre , auxquelles on joignit deS renforts considérâmes qui furent levés sur le continent cvt dans les autres possessions de la Grande- Bretagne. L'armée d'ÉdDuard s'éleva à cent mille hommes , tandis que Bruee , le roi d'Écosse , ne put parvenir à rassembler qu'un corp» de trente mille braves

Les deux armées se rencontrèrent à Bannockburn 'en Écosse , à deux milleà de Stirling, l'une se fiant sur le ttomhre supérieur de ses troupe, l'autre se reposant entièrement sur l'avantage de sa position. Bruce avait une montagne à sa droite et un fn£M*ais à sa gàuche; le front d^l'armée était défendu par un ruisseau sur les bords duquel il avait fait creuser plusieurs fossés profonds ^ où Ton avait planté des pieux aigus. Tous ces préparatifs forent soigneusement cachés aux yeux de l'ennemi. L'attaque étant faite par les Anglais^ les deux corps de cavalerie s'engagèrent avec une foreur égale. La fortune se déclara en faveur de Bruce , dont l'intrépidité et le courage furent remarqua- Wes. Un gentilhomme de la famille de Hereford , nommé Henri de Bohun, l'attaqua en combat singulier, et, d'un coup de hache*, Bruce lai fendit la tête jusqu'au menton. ,

Un . début aussi favoral?le ne fot interrompu

' An de J. C, i3i4.

lO . HISTOIRE d'àNCLÏITERRË.

que par la nuit. A la pointe du jour suivant , le G&mbat recommença ave(> ardeur. La cavalerie anglaise^ a^ntfait une dernière tentative pour attaquer l'armée écossaisç^ s'embarrassa parmi les pi#ux qui avaient été enfoncée daiu^.tes fossés, et vint tomber inopinément dans le piège (^e Bruce avait fait préparer à ce dessein.) Le eonOe de Glpucest^r, neveu du rpi, fut tué dans le ôomj^at : cette perte découragw lei Ai^^is^^ant l'effroi devint èltréme en apercevant, sur une hauteur voiftœe, une armée nouvelle qui s^blait^se prépirer>à fondre sur leurs rangs. Ce a'était «epeildaiit que les voituriers et lesi^fehs de la sutee d^«a«ip. écossais, que le roi avait munis d'étènidards, afin de leur donner, autant que possible, une' apparence formidable. Le stratagèine réussit; les An^ais, découragés par leurs pertes «troublés par leurs^ craintes, se mirent à fuiç de tous côté?; .^ ayant jeté bas leurs armes, ils furent poursuivi» ju^u'à Berwick, en laissant morts ou blessés un b^n nombre des leurs sur la route.

Édouard lui-même n'échappa qu'avec peine; il se réfugia à Dunbar ^ où il fot reçu par le comte de Marche , et de là il se rendit par mer à Berwick. Cette batailjé fut décisive pour l'Ecosse : elle assura l'indépendance de ce. rèyaume, et telle fut sul:' l'espilt des Anglais l'iiiflaçj^ de leur défaite , que même, plusieurs années après , aucune supériorité de nombre ne put les déterminer à lutter contre leurs terribles adversaires.

De semblables désastres tendent toujours à

ii)OCARD n. I i

ébranler Fautorité royale. Le roi, ajttrès avoir supporté , non-seulement cette demièf€ défelte , mais encore plusieurs insurrections des Gallois et des Irlandais, s'aperçut bientôt qu'il n'était pas encore arrivé âif terme de sea^tourmens, et que de plus gt^d^ lui étaifeat ré«ervésrde la part de ses propres sujets, dont la ttlrbulence' et l'arrogance augiiïentaient chaque jcmr. Le« nobles, toujours factieux,'Yrofttaîent xle l'avantage que le«fr offrait la ÊdMe situation de 4eur monarque , pour «affaiblir sa 'puissance et élever la leur sur leô débris de Fautorité royale. '

L'infortuné Edouard rie fut pas plus tôt de rétour de sôn efxpécfition humiliante, que le comte de Lancastre et son parti renouvelèrent leurs demandes avec plus de force quejamâis, etparvinrent à se faife réintégrer daiïs leur ancien pouvoir. Le ' gouvernement leur fut confié de nouveau. Il fut convenu que toutes les charges seraient remplies tourà-tbur par des personnes choisies à la pluralité des voix dans le parlement qui, enflammé par les grands barons, mit effectivement toute l'autorité entre ses mains. C'est ainsi que la noblesse reprit une nouvelle puissance à mesure que les calamités de la nation augmentèrent^ Le but de cette factidn fut bien moins de réprimer l'audace des ennemis du royaume que de fomenter secrètement de nouvelles liaines, et de denner^de la force aux ligues étrêtngèreè. '

Le roi, voyant ses sujets continuellement en opposition avec lui, n'eut plus d'autre ressource que

11 HISTOIRE D'AirGLETERRE.

de choisir un autre favori, diuîs lequel il pût placer sa confiance , et <k>iit les liaisons et la famille pussent Im offrir un appui. Le nom de ce nouveau favori était Hugues Speûser. Ih deseendai* d'une noble femille Mfiglaise, il possédait quelqiie' mérite et^taitdoué^ surtout ^ dé tons tes agrémens personnels qui. peuvent ch^iàer. ^Son père, genr tilhomme beaucoup plus es^mablé que' hii , éwlt respectable Bon^seulemenl^ par soft âge avàneé, mais p^r une vie irréprochable, et dans le eourS de laquelle- il s'était- distingué par sa .«âgesse , sa valeur et son intégrité. Mais ses brilla]ttteà'qusrtité& furent avilies dès l'instant que le père et le fils partagèrent la faveur du roi. Les barons tarbulens, et Lancastre à leur tête, les regardèrent comme dés rivaux, et excitèrent le peuple à mépriser des êtres dont les distinctions éclipsaient 1<5S leurs.

Le roi, faible et injuste, au lieu de mettre à profit la sagesse et la prudence de ses favoris, ne songea qu'a fortifier son parti en augmentant leur pouvoir, et, dans ce dessein, il n^aria le jeune Spenser à sa nièce, il lui fit présent de possessions considérables sur les frontières de Galles, et se rendit: même coupai>le d'iniquités en dépossédant plusieurs lords *de leurs biens, pour accumuler tbûtesle» lychesses sur celui qu'il aimait. Cet acte arbitraire devint le prétexte que les ennemie du roi attendaient depuis loiigrtems. Les, comtes de Lancastre et de Hèreford coururent aux'arnies; les lords Andley et Ajnori , qui avaient été injustement dépossédés , se joignirent à eux , et rassémr

Edouard ii. l'i blèrent toutes leurs forces ^ Leur première dé*, marche fut de demander au roi l'expiulsion ou la réclusion du jeune Spetisçr, le menaçant, en cas de refus , d'obtenir par la forfli ce qu'il ne consentirait* point à leur accorder.

* A peine eurent-ils &it cètte dédaratiou au roi , qu'ils donnèrent des jweures de leur résolution, en pillant et en dévastant les propriétés du jeune Spenser ; celles de son père entent bientôt le même sort; les insurgés, après s'être rassasiés de pillage , inarchèreût »^r Londres, afin de satisfaire leur V^^eance et il'infliger eux-mêmes la piinition que l'on avaUt refusée à feurs instances.

Ayant pénéiré librement dans la ville ,ilB se rendirent au parlemenl;, ils liatercédèrent de telle sorte, qttr'il consentit à prononcer une sentence d'exil perpétueljcontre lôs deux Spenser , ainsi que la confiscation de tous leurs biens; mais un acte de celle nature, extorqué par la violence, ne pouvrit lier le foi qu'autant que la nécessité î-y forcerflttt. Quelque teius après, Édouaiti ayant rassemblé une petite ^rmée pour punir l'un de ces barons mutins , qui avait fait une insulte à la reine*,

' Ad de J. C. , 1 3 a I .

* La reine avait reçu daps un pélerinî^e, à Cantorbéry , un affront qu'elle n'avait point oublié : le gouTe^neur du château de Leeds, qui se trouvait sur sa route, lui en avait refusé l'entrée. Elle persuada donc à son faible époux qtie l'occasion était fiivorablé de se délivrer du joug que lui imposaient les barons; que le châtiment du gouverneur de Leeds les intimiderait , etc. Cet avis fut embrassé avec avidité. Lé roi leva une armée s«ns opposition $ il assiégea lê château de Leeds^ le gouvefUMir fut fait prilonpier, et la reine eut le plaisir d'assouvir sa vengeance , ei^ lui Élisant trancher la téte,' ( Lettres sur f histoire d'Angleterre,)

l4 HISTOIRE d'aNOLBTEBRE.

il jugjea Vo<^€^M>i) favorable de châtier to^s se^ ennemis à U fois ^ f t de rappel^er les deux Spenser , dont il ne pouvait supporter l'éloignement. Ainsi, la guerre diyil^ fi^ ralliflonée encore une fçi8,et le royaume fut danouveau plongé dan$ toute» les horreurs du meurtre et de la dévastation.

. Le roi > ayant pris les dévjans sur ses adversaires, se hâta ^ par uœ nurch^ /orcée ^ <le se pendç^ aux firontièrc^dupajr^iit GaUes, centi^ des principales forces de l'enneçoi. LaQC^U;e«CQ}>$Bd<m{, ne mit pas de lenteur à se défendre. Il convoqua tf^is ses v^ saux, rassembla ses partisan^; etayautété joint par le comtedeHere£ord,il fifteteAu roi Pourfsy^tiôer son parti, il fit publiquenient alliance ^vec le^roi d'Écosse , qui ^ depj^iîs long-^tems , .éta^t lié secrètement à sa cause ;^ais tpute9la promptitude qu'il mit, cA.cette oirconsjance, devint inutile t le roi^ à la tête de trente milje hommes, le pressa si vigoureusement qu'il n'eutpas J« tems de réunir s0s forces, et, fuyant d'une place à joneiirtitre^^.il fot arrêté sur la rqut^ pi^r sir 4Uidrew Harçla^ qui le battit, tua le comte de Hereford, et fit Lancastre prisonnier.

Gomme il n'avait eu autrefois aucune pitié pour GavesUHi^il devait s'attendre, à son tour^ à n'en trouver auùune. Il fut condamné par une cour martiale I placé sur un mauvais cheval , et conduit sur xme éininence près de Pontefract, où , après avoir été traité ignominieu^ment, il fiât décapité pv

An de J. C., i3aa.

EDOUARD II. l5

un habitant de Londres ^ Le peuple, dottt iitgiière il avait été le £»vQri, parut l'abanckmnei: daM sa disgrâce, lui adresijsa des injures €» le voj^l-passiW4>our aller au supplice, et lui fit les reproches les pluft oatrageans; s/^ vassaux mêmes, afin d'é* loigner d'eux le soupçon, parurent les premiers empressés à l'insulter dan;» son malheur

Environ dîx-buit des principaux îfisnrgési furent exécutés aussi y mais après avsir été jngi$ d'une manière plus légale; les autres prirent là fuite et^cherchèreut un refuge sur Je ctetinent. . CettQ'^conspimtion, ainsi victoN«U9^eBt.

truite, ne ,,s6rvit qu'à aognmiter l'orgueil et l'avidi^ dvk jeune * Sp^sier ; il ûé tourner à son profit plusieurs confiscations, et, daos soneiH-' pressement à punir ses» ennemis^, il se^rendâtcou!» pable de cUférens actes d'wjustioe ^ dt rapine^ Il prép2M« lui«n^^e sa ruiim qui tt'étiH pas éloti* gnée* . ^

Le roi de France, profitante. de Jajfaibl^se douard, réélut de s'emp^er de touti^ses .piw^ sessions étranger^. Ap#ès un« ambassade sans succès de la part du roi d'Angleterre, pour dé^^

' On l'avait condamné à ^tre écartelé comme un traître. On ne commua sa peine que par égard pour son rang. A. A. '

' Il ne faut pas juger des sentiïnens du peuple par les clatkieuM de la popilli^ce. jLes Lettres sur l'histoire d'A^gUtent âàseoX ^pie la mémoire de Lancastre fut vénérée ; on le considéra,n]ém^ comme lu) martyr ; le clergé éttfit pour lui , èai*^ ausiitût qu'U fut enterré , il •'pp^ une i^nité de miracles à son tomb«au.Aa reste, c'est encorè un problème de savoir, disent les mêmes Lettres ^ si Lancastre avait le jdCsseiirde se faire couronner roi , ou s'il n'était ({ue le single déftnseur de la liberté publique. C. Y. * ^ *

l6 HISTOIRE d'aNGLETERHB.

tourner la monarque français de ce dessein, la reiB# Isabetle^enianda la permission de se rendre à la c&Vkt ^ France > afin d'essayer de repousser l'orage qui menaçait son royaume '. Malgré la réception amicale que lui fit Charles-le-Bd[,il n'en demeura pas moins déterminé à n'écouter aucune pi^poftilîon d'accommodement', .à moins- qu'Édouin*d »e consentît à venir en personxîe lui rendre hommage poùr les posses^ons <{ti'i} tenait de la côurétine de France.

Le roi d'Angleterre ne pouvait colisentir à une téllèpropositîoin, et son favori Spénser n'était nullement disposé de son c6té à approuver une telle démarche; Dans Cette ^itimtibn embarrassante , la rdne proposa un nouvel expédient qui parut propri^ à lever toutes les difficultés. Ce fut qu'Édonard cédât la possession de la Guyenne à son fife, âgé alefe de treize ans , et que le jeurte prince se ren(Kt à Pàris pour rendre au roi de France Itioitimage qu'il exigêaif de son' père. Le jeune pidnoe se rendit , eii effet , à Paris , et lâ reine d'Angleterre , femaie hautaine et ambitieuse, n'eut pas plutAt son fils en sa puissance, qu'elle rjésolut de le retenir captif jusqu'à ce qu'elle eût obtenu l'expulsion des Spenser , qpé leur influence sur le roi lui âvdlt rendus odieux.

'En coBséquence de cette résolution , elle prolongea quelque tems les négociations, et le roi ^ Pa^nt enfin pressée vivement de. revenir , elle répondit fièrement qti'elle ne retournerait ea Angle-

*' An de J.C., lîa's.

ÊDouAap II. 17 terre, qu'après que les Spenser auraient été baunis du royaume. ^ , *

Cette réponse lui valiU: d^s avantages considérables : dès ce moment, i^le ^a^a en Angleterre la faveur du peuple; le mépris général augmenta pour les Spenser, et la çeineeût le plaisir de pouvoir jouir en liberté de la société d'un jeijne seigneur npçamé Mortimer, à qiiî elle avait accordé la plus tendre affection. Ce jeune homme, dans une des précédentes insurrections, s'était vu condamné commis criminel de hajite trahison ; mais sa sentence ayant été Cdïflmuéeken un emprisonnement perpétuel dans^ 1^ Tour il avait eu le bonheur de s'échapper et^de passer «n France, où bientôt il s'était, distingué dans $«n parti par sa haine violente pour les Spensçr.

Les grâces de sa persotme, ses tâlens, et surtout son mépris 'Souverain pour le favori, le rendirent tellement agréable aux yeux de la reine , que de partisan il finit par d^vonir amant heureux. La cour de la reine devint alors le ^fuge de tous les mécontens qui s^ firent exiler de leur pays ou qui l'abandonnèrent; leur correspondance secrète fiit étal|lie avec*les autres partisans qui restèrent en Angleterre, et «hgcun se montra disposé non-seulement à (létruiçe les fav:oris, mais à détrôner le roi lui-même.

Pour seconder les efforts de la reine , les principaux nobles armèrent leurs vassaux et se décla-

' Par le crédit de la reine ^guîr^gjgiis quelque tenu aimait Roger Mortimer. C. Y.

l8 HISTOIRE o'AIfGLETERRE.

rèrent hautement contre les Spenser '. Le comte de Kent, frère du roi, £nit par se laisser entnuner dans le parti des insugrg^;.le comte de Norfolk y entra secrètement; le comte de Leicester, héritier du comte de LanCastre, était, par principe, attaché à qette cause ; l'archevêque de Cantorbéry donna son approbation ^ toutes les mesures de Ja reine, ^t le peuple , ^éduit^par tous les artifices qui ont tant d'in^uence sur les esprits faibles et ignorans, se déclara égladement pour le parti des rebelles.

Tandis que toute l'Angleterre paraissait disposée à la révolte , la reine- pi^arait tout pour son expédition. 4çcompagnée de trois mille hommes armés, elle passa de Dordreeht sur la côte britanpique, et aborda sans opposition au comté de Suf^ folk. .

Elle n'^ut pas plutôt paru dans cette province, qu'il se fit une révolte générale en sa faveur; trois prélats, les évêques d'^y, de lincoln et de Hereford, lui amenèrent tom Iqurs. vassaux; Robert de Watteville, qui avait été envoyé pour s'opposer à ses progrès, abandonna le parti du roi, afin de se réunir au sien*

L'infortuné monarque çhercbaît vaiiiem^t, c)ans cette situation périlleuse, à raaseipbler ses amis et à ramener les rebell^^ k Ifiur devoir. Dépourvu de tout espoir, il fut.fprcé d'abandonner la capitale à la fureur de U faction dominante; et dès qu'il fut parti, 9 la popidace, cessait d'elle retenue par, la crainte, se livra à tous les excès possibles, Elle s'epa-

' Andc J. Ç., i3i6.

iÉDOUAAD II. ig

para de Walter Stapleton,évêque d'Exeter, aU mor ment où il traversait la ville , lui trancha la téte sans autre formalité, et jeta soa corps dans la Tamise. Le pétale courut ensuite à la Tour, et s'en» gagea à n'àccprder miséricorde à aucun de ceufe qui oseraient s'opposer à ses tentatives. Le roi, presqu'entièrement abandonné de ses sujets , s'apercevait avec douleur que l'esprit de révolte et de déloyauté animait non-seulement la capitale, maiç tout le royaume. Le peu de confiance qu'il avait encore dan^ la garnison du château de Bristol, dont le vîemx Spenser était gouverneur , s'évanoiiit enfin avec toute* ses espérances; la garnison entière se mutina contre son gouverneur, et ce malheureux vieillard fut livré aux barons furieux, qui le conj&nànièrenrà la mort la plus ignonainieuse.

Il fut pendu à^\in gibet, revêtu de son armure; son cdrps fut coupé par morceaux et jeté aux chiens, et sa tête, envoyée à Winchester, fut mise sur un piquet, exposée aux insultes de la populace.

Ainsi mourut un vieillard vénérabla, dans sa quatre-vingt-dixième année , après s'être fait, pendant tout le cours d'une longue vie , une réputa^ tion honorable , que la naéchariceté même de ses ennemis s'efforça vainement de ternir. Sa tendresse avenue pour son fils, et son indulgence ext;essive pour l'ajnbition dont ce jeune hompie était dévoré, furent la seule cause des malheurs qui accablèrent ses dernières années; mais quelque terrible que fût sa ruine, il n'en resta sur sa réputation au^ cune tache déshonorante.

lO HISTOIRE d'aNGLETERRÈ.

Son malheureuiL fils ne lui survécut pas longtems : il fut pris dans un couvent obscur du pays de Galles avec quelques autres de s^ partisans qui ^ uvaient suivi la fortune du roi. Les Vainqueurs implacables résolurent de satisfaire sur lui leur vengeance, en ajoutant l'insulte à la cruauté* La reine, qui n^eut pas la patience d'attendre les formalités d\in procès, ordonna qu'il fût conduit en présence du peuple irrité; et s*étant -rendue elle-méine au lieu de son exécution, elle parut prendre un plaisir sauvage à repaître ses yeux de la vue du supplice de l'infortuné. Le gibet préparé pour lui avait cinquante pieds de hauteur. Sa téte fiit envoyée à Lopdres, où les citoyens la reçurent avec un^ joie féroce , et Texposèrent sur le pont. Plusieurs autres seigneurs subirent le même fert. Tous auraient mérité, sans doute, qu'on s'apitoyât a^ir leur destinée, si autrefois ils n'eussent donné eux-mêmes l'exemple d'une inhumanité semblable, et justifié en quelque sorte la rigueur dont on faisait usage èn vers eux. '

Le roi, qui avait compté trouver un refuge dans le pa^s de Galles, fut poursuivi et arrêté bientôt par seSf.ennemis triomphans. Ayant perdu tout espoir de trouver du secours dans ce pays, il s'embarqua poùr Wrlande ; mais sa malheureuse fortune ne céssa de le poursuivre. Il fut repoussé ^ar des Vents contraires , et tomba entre les mains de ttes ennemis qui , pour exprimer la joie qu'ils avaient de le posséder en leur puissance, le traitèrent de la manière la plus indigne*

léoanARD II. ai II fut conduit à Londres, au milieu des insultes et des huées du peuple % et reafermé dans la Tour. On dressa peu de tems après un acte d'a^^^^^^on contre lui , dâns lequel on ne lui reprochait que son incapacité de gouverner , son indolence , son amour pour le plaisir , et sa facilité à se laisser gouverner par de mauvais ministre^. Il fut donc déposé par le parlement ; une pension lui fut assignée pour son entretien ; son fils Edouard, âgé de quatorze ans, fut désigné pour lui succéder, et la reine fut nommée régente, pendant la minorité. ^ V L'infortuné monarque ne survécut que peu de tems à ses malheurs ; il fut traîné de prison en p|Uson , misérable jouet de ses geôliers inhumains. Il Avait été mis d'abord sous la garde du comte die Leicester; mais ce seigneur ayant montré pour son souverain quelques marques de pijîé et (Je resp/;ct, le malheureux Edouard fut ôtê d'entre «e^mainB, et laissé sous la surveillance de lord Berckeley^ de Maltravers et de Gournay, qui, eurent ordre de le gàrd^r chacun *à leur tour pendSant^un n)ois.

Berckçley mit*dans sa conduite quelqjaes égards ; mais les deux autre^^gardiens parurent déterminés à priver Édouarj^ de tQute espèce de consolation. Ils le traitèrent de' la manière la plus révoltante , et semblèrent avoir pour but de hâter sa mort en l'abreuvant de souffrances. Parmi les différens actes de cruauté dont ils firent usage envei^s lui, on ra-»

' Au de J. i3a7.

conte qu'ils le rasèrent, pour se divertir, au milieii des champs, et -se servirent d*eau qâ'ils puisèrent dans un fossé bourbeux.

Il fallait que l'ame du peuple aurais fut étrangemefit avilie pour laisser commettre de tels ou- ' trages sur un monarque dont le phis grand crime fut son attachement excessif à ses favorts. .

Jus^ùe-lâ it avait supporté avec patience toutes les indignités qu'on lui faisait éprouver; niais, dans cette circonstancé ; son courage parut Tabandonner. Jetant, sur les hoinmes barbares qui l'insultaient sans miséricorde, un regard majestueux, mais triste, il fôndit en larmeà, et s'écria que le tems Viendrait peut-être où il serait traité avec plus dé respect et de décence. Mais les espérances de l'infortuné furent vaines. Ses persécuteurs , voyant qiié feurs cruautés étaietit inutiles , et craignant queJqùe revoliflion en sa faveur, résôlurent de mettre uii terme à leurs craintes, en le faisant * périr.

En conséquence, Gourriay et Maltravers se rendirent au château*de Berckeley, où Edouard était renfermé, et se concertèrent sur le moyen de le faire mourir, sans qu'il pût paraître aucun signe extérieur de violence. Ils le jetèrent sur un lit, où ils le tinrent de force au nfioyen d'une table qu'ils placèrent sur lui; et à travers une corne disposée à cet effet , ils lui introduisirent par le fondement un fer rouge, qui lui brûla les intestins sans qu'il parût aucune marque sur son corps. Les bourreaux espéraient qùe par ce cruel artifice leur crime

EDOUA^RD II. a3

resterait caché; mais les cris de leur victîiîie furent eaiendus à quelque distance^ du château, et ûrettl soupçonner le meurtre qui ne tarda pas à être découvert par les aveux de 'l'un des complices. L'idée d'un châtiment aussi horrible, et si peu proportionné atix fautes de malheureux prince , doit inspirer un sentiment de pitié Inen juste, et (k>it même effacer les torts dont il se rradit cou-^ pable.

Édouard laissa deux fils et deux filles : ÉdouardlII^ qui lui succéda; Jean, qui mourut en bas âge; Jeanne, qui fîit mariée à David Bruce , roi d'£cosse; et £léonore,qui é|>ousa R^inald, comte de Gueldre.

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