CHAPITRE XV
iDOUA&D III.
De Tan i3i7, à Tan 1377.
Le parl^neot, qui avait élevé au trône le jeune Edouard pendant la vie de son père , nomma u» conseil de régeùce composé de douze membres qui devaient être chargés de diriger les opérations du gouvernement. Mortiroer, l'amant de la reine, devait naturellement prétendre à siéger parmi ces manbres, mais il refusa artificieusement d'en feire partie. Cette modération apparente cachait une ambition démesurée ; et tandis qu'il avait l'air de s'exclure du parlement, il influençait secrètement toutes les mesures du conseil de régence. Il dis-
l4 HISTOIRE Jd'aNGLETERAE.
posa de la plus grande partie des revenus de la couronne ^n faveur de la reine douairière, et prit rarement la peine de consulter les ministres sur les affaires politique^. Le roi lui-même était tellement entouré et obsédé par lès créatures de ce fayori , qu'on ne pouvait parvenir à trouver suCcès auprès de lui; enfin, foute l'autorité souveraine se trouva partagée entre Mor^er et la reine qui ne prit aucun soin de cacher son attachement criminel.'
Un gouvernement âinsi organisé ne pouvait être de lopgu^ durée; le moindre choc" devait suffire pour renverser un pouv€Nr qui n'était établi ni sur la force ni sur la vertu. Une invasion des Écossais portable premier coup à l'autorité de Mortimer , et les ta^ens du jeune Édouard coirtribuèrent à l'a* battré entièrement. Les Écossais, qui n'avaient pris aucune part aux troubles précédens de l'Angle-^ terre , et qui ne s'étaient déclarés ni pour l'un ni pour l'autre parti , résolurent de profiter de la situation précaire de là nation. Sans égaiyl au tfaité qui avait été fait^èntre les detix royaume», ils es», sayèrent de surprendï'e le château de Nf^rham. Ce conmiencement d'hostilité fut bientôt suivi d'une, invasion formidable dans les provinces septentrionales , et une armée de vingt mille hommes vint menacer l'Angleterre-
Édouard , quoique dans un âge tendre encore , montrait cette ardeur martiale qui depuis le rendit si célèbre ; il résolut d'intercepter la retraite de l'ennemi. A la tétç de soixante mille hommes, il se
ÉDOUA^RD m. a5 mit en marche vers le milieu de juillet; mais aprè^ avoir vaineoient poursuivi ks Écossais àsfis j^s htm et dans les marais, après des fatigues incroyables, saris découvrir d'autres traces de l'enneroique 1^ ravages qu'il avait faits dans^ les hameaux inçepdiés sur son passage^ il ne lui resta d'autre ressource que de promettre taie récompense à celui qui par^ viendrait àtlécouvrir le lieu où les Ecossais étaient postés. L'eanemi^ informé de cette circonstance ^ envoya déclarer au roi que les Écossais étaiept prêts à lui livrer bataille. ]M[ais ils avaient pris une positioh si avantageuse sur k bord de la rivière* de Were , qu'£4ouard jugea imprudent de le^ attaquer; et quelles que fussent ses tentatives pour les déterminer à changer de situation, rien ne put les engager à combattre à des avantages égaux.
Cette occasion amena la première rupture entre le roi et ]V!ortimer. Le jeune monarque, plein d'ar* deur, résolut, la nuit suivante, de braver tous les dangers pour empêcher les dévastateurs d'échapper impunément ; toutefois Mortimer opposa son influence à la valeur du roi , et empêcha un engagement décisif, qui pouvait être suivi des conséquences les plus fatales pour son autorité, s'il gagnait ou s'il perdaiLla bataille. Mais peu de tems après, les Écossais, sous le commandement de Douglas, firent , pendant la nuit, uâe irrûpiion dans le camp anglais , ét pénétrèrent jùsqu'j^ la tente du roi. Heureusement que le jeune monarque s'évedila dans ce moment critique , et ^e défendit \9illamment contre l'ennemi; son chambellan et son cha-
l6 HlSTOlkE D-A.NGI.RTERRÊ.
pelain forent tués en combattant à ses côtés. Jj^obscoriïé de la nuit' favorisa son évâsion ; et les Écossais, frustrés de Tespérance qu'ils avaient eue de s*eniparer du roi , décampèrent subitement , abandonnant leurs tentes^ et ne laissant personne derrière eux, excepté six prisonniers anglais, dont ils avaient rompu lés jambes pour les empêcher d*aller avertir -leurs compfatHoteis.
La Fuite soudainé des Écossais fut line^ circonstance fâcheuse pour L'armée anglaise, dônt l'admiration et l'ardeur étaient excitées par la valeur du jeune roi. On ne doutait pas que son intrépidité n'eût contribué à obtenir k victoire. Tout le mauvais succès de cette entreprise retomba stir le favori de la reine. Lé peuplé commença dès -lors à désirer vivement l'abolition d'une autorité usurpée qui se plaçait sans cesse entre lé monarqùe et ses sujets. De ce moBdent, le peuple ne laissa échapper aucune occasion d'aggraver les fautes des chefs du gouvernanent , et d'exalter le mérite naissant du jeune souverain.
M ortimer, se trouvant dans une situation si précaire, prit la résolution d'obteftir, à quelque prix que ce fût , la paix avec l'Écosse , afin d'affermir son pouvoir chancelant ^.11 y eut donc entre les deux nations un traité coiiclu , par lequel l'Angle^ terre renonçait à toute espèce de titre de souveraineté sur lé royaume d'Écosse. Les Écossais, en i*etour, cotisentlreitt à payer une soùune de trente taille marcs. Une airtre mesure que Mortimer ju-
' An de J. €.,.1*318. "
gea nécessaire à sa proj^re sûroté, ^wt àe s'eniparer de la confiance du comte de RenJ, frère du feu roi, boaimê simple, et d'un natunai fort doux, qui, persxtadé par lui que soo'^ère vivait encore
qu'il étadt caché dans quelquç prifon secrète , adopta entièrement tes idées de Mortimer, dans Tintention de rétablilr £douard H sur le trône, de le rendre à la libe^'té, et de le réintégrer dïins tous ses droits. ' .
Mais le méprisable courtisan, qui n'avait inventé cette iable que |K)ur perdre le Comte de Kent, le somma quelques tems apr^ de comparaître devant le parlememt^ ûà U fut^cusé, condamné et exécuté^ avant même que le jeune roi eût eii le tems d'intei^poseï^ son autorité en sa fetveur*^.
A mesure que Mortimer se dé£sdsak de ses ennemis, il était soigneux de s'enrichir de leurs dépouilles* Les biens de l'infortuné comte furent appliqués au plus jeune fils de Mortimer; il s'empara pour lui-même de l'ancienne fortune des Spenser, et son pouvoir devint aussi formidable, que àes mcèurs corrompiles étaient odieuses et méprisables.
C'est dans cette situation critique, pour l'Angleterre qu'Edouard résolut de renverser une au-^ toritéde toute la nation et qui limitait la puissancé royale; mais telle était l'influence d'uufavori, qu'il fallait autànt de précautions pour abattre l'usurpateur que pour rétablir les droits du trône. La reine et Mortimer habitaient depuis quelque tems le château de Nottingham^ forteresse étroitement
* Ande J. C. , i33o.
a8 HISTOIRE d'anglhterre.
gardée , dont les portes étaient soigneusement fermées tous les seirs et tes cWs portées chez la reine. Il fut convenu entre le roi et quelques*>uns de ses barons qui consentirent à seconder ses desseiite , que l'on s'empar^ait de Mortimer dans cette forteresse. En conséquence , ih fireat part de leur projet à sir WilliamÉland, gouverneur du château, qui promît de les servir et de led introduire par un passage souterrain^ pratiqué aiitrefois pour donner une issue secrète au château, nttte qui était alors caché sous des décombres , et ^eonnu seule-» ment d'une ou deux personnes.
Ce fot par là que le^ gentiklioniimes dévoués aux intérêts du roi pénétrèrent dans le château , pendant la nuit , et s'emparèrent de Mortimer, sans qu'il lui fut possible de faire Aucune résistance. Ils le trouvèrent dans un appartement adjacent à celui de la reine. Elle s'efforça vainement de le protéger; vainement elle les supplia d'épargner « son cher Mortimer. » Les barons, sourds à se» prières, n'accordèrent aucuûe pitié à celle qui l'avait refusée si souvent aux autres. Le parlement qui sié^ geait alors condamna son amant sans qu'il lui fut permis de se défendre et sans qu'aucun témoin fut mémé examiné. Il fiit pendu dans un lieu appelé Elmes ' à un mille environ de Londres , et son corps resta exposé pendant deûx jours
Une sentence pareille fut pronon<;ée contre quelques- qns de ses partisans, particulièrement
' Les Ormes.
* n avait fait éprouver le même son à Spenser. C. Y.
Edouard ïii. ag contre Gournay et Maltravers ^ les meurtriers du roi : mais ils euremt le tems 4'éviter le supplice en s'échappant sur le^oûntiiijent. La reine, qui était certainement la plus coupabk , dut scm salut à la dignité dé son rang ; mais «lie fut dépouillée de tout le pouvoir qu'elle avait eu jusqu'alors , et renfermée pour le reste de sa vie dans le château de Risings , où il lui ûil accordé pour son entretien une peasion annuelle de trois mille livres sterling. Jamais elle ne recouvra sa*liberté. Tous les ans, le roi lui faisaiiune visite de cérémonie. Du reste^ elle fut abandonnée et voiiée à la haine et au mépris universel. Elle vécut encore viogt-cinq ans, pour olfrir à l'univers le misérable exemple de l'ambition déçue et du crime justement châtié.
Edouard, délivré enfin d'une autorité usurpée, continuellement en opposition avec la sienne^ résolut de se rendre populaire par un moyen toujours puissant sur l'esprit des Anglais. Il savait qu'un monarque gueri*ier est le plus fait pour plaire à un peuple belliqueux. La faiblesse du gouvernement écossais, qui était à cette époque sous une minorité , lui offrait une occasion favorable de renouveler les hostilités ; l'esprit tui:bulent des noblesde ce pays contribua à le déterminer à l'exécufioU de ce projet Un nouveau concurrent prétendait aussi au trône ; c^était Édouard Baliol, fils de Jean, qui avait été couronné roi d'Ecosse. Le roi d'Angleterre, ayant résolu de seconder les prétentions de ce chef, lui donna la permission de lever des troupes en Angleterre, pour soutenir celles
3o HISTOIRE D'ANt^LETERRE.
qu'il avait amenées du continent ' ; et Baliol , à la téte de trois mille aTenturiers seulement, remporta une victoire cicmsidérable sur les Écossais qui perdirent douze mille hommes.
Cette victoire^ qui fut suivie de quelques autres, effraya tellement les ^Écossais , que leur armée se dispersa, et que le royaume parut subjugué par une poignée d'hcmmes. Baliol, par un de ces caprices inespérés de la fortune, «Mis ass^cammun dans ces siècles barbares , fiit coùr6nné roi d'Écosse. Tous ceux qui couraient le plus de dangers s'empressèrent de, reomnaître son autorité. Cependant il ne j^iit pas long»4ems de ce succès. Par un autre caprice également subit de la fortune, il fut attaqué et défait par Archibald Douglas, et obligé de se réfugier en Angleterre dans une situation déplorable.
Une tentative aussi infructueuse , de la part de Baliol , ne fit qu'accroître l'ardem* d'Edouard qui accepta avec joie l'offre qu'il lui fit de sfli reocmnaître pour son vassal ^ ce qui était alors .dans ses intérêts.
Édouard $e prépara donc avec toutes ses forces à réintégrer le -it» déposé dans un gouvernement qui, désormais, devait éti-e soumis à l'Angleterrei. Il obtint de sen parlement un subside qui ne lui fut accordé cependant qu'avec répugnance; et à la téte d'une armé» en bon ordre et bien disciplinée, il vint mettre le siège devant Lerwidi qui ,
' An de J. C, i33a.
EDOUARD III. 3l
après une vigoureuse résistance, fut obfigé de csb pituier.
C'est eu essayant de secourir cette ville , qu'il y eut entre les Écossais et les Anglais une bataille géiiéralp> laquelle fut livr^P à HalidQwn-Hill, au nord iie Lerwich. La fortune d'Édpuard triompha. Douglas, le général écossais, fut tué, et, bientôt après, son armée entière fut mise en déroute. Cette victoire fut due ?n partie à l'habileté extraqrdinaire des. ar^îhers anglais alors les plus célèbres de l'Europe. Totti^le^ iPiobles écossais de la première distino tion furent tués ou faits prisonniers. Trente mille des leur^ périrent dans l'action, tandisqi;ie la perte des Anglais ne fiit qu^ de. quinze hommes seulemeut , mais une telle différence est totalement incroyable'.
Cette victoire importante^ décida le destin de l'Écosse; Baliol, sans beaucpup de peine, se vit maître de çé royaJijme , et Edouard retourna triomphant en Angletep:*re, après s'être préalable» ment aspiré des pnnoipales. villes écp^ises , qui furent réunies dès ce q[)oment à la monarchie anglaise.
Toutes ces victoires, cependant, furent plus brillantes qu'utile^ au bien de la nation. : les Écossais ne tardèrent pas à laisser voir une aversion insiu^ mofitable ppur le gouvernement anglais^ et les
* A la bonne heure , car ce serait bien là ce qui s'appelle une par- ^Uté anglaise ; ou en verra de pareilles au récit des bataillès de |Ci*écy, de Poitiers et d'Azincourt. A. M.
* 19 juillet i333.
3a HISTOIRE D'Airi&L£T£RR£.
forces d'Édouard ne furent pas plutôt retirées de l'Écosse , qu'ils se révoltèrent de nouveau contre Baliol et Texpulsèrent presque du royaume. L'approche d'Édouard les ramena une seconde fois à la soumission' ;^mais dès qu'il fut éloigné, ils renouvelèrent encore leurs insurrections. Ce fut en vain qu'Édouard employa tour-à-lour le langage de la persuasion et les terreurs de la guerre pour les forcer à se soumettre : ils persévérèrent dans leur ré^ pugnance à obéir , et les promesses de secours faites parla cour de France contribuèrent encore à augmenter chaque jour leurs espérances de succès.
La France, qui, depuis long-tems, avait assoupi sa querelle avec l'Angleterre , était devenue l'objet de la jalousie et de l'ambition d'Edouard.
De nouveaux événemens commençaient à se préparer alors ; événemens qui devaient , pendant plus d'un siècle, plonger la monarchie française dans toutes les horreurs de la guerre, jusqu'à ce point, que l'Europe douterait si ce royaume devait être annexé à l'Angleterre par le droit des armes ou par le droit de succession. La France, à cette époque, n'était ni aussi étendue ni aussi puissante qu'aujourd'hui. Beaucoup de provinces considérables y avaient été ajoutées depuis quelque tems , particulièrement le Dauphiné , la Provence et la Franche -Comté; mais elle était plus aflfaiblie que soutenue par ces principautés voisines, dont les petits souverains, prétendus sujets du roi,
• AndeJ. C, i335.
ÉDOITA.RDHI. 33
n'étaient réelleraent que des rivaux fiorùiidables de sa puissance.
À l'époque dont nous parlons , ce royaume était en proie à des malheurs sanà nombre, et le roi partageait les calamités communes. Les trois fils de Philippe-le-Bel avaient, en pfcein parlement, accusé leurs femmes d'adultère; et, en conséquence de cette accusation , elles avaient été condsmanées à éÉre renfermées pour le rè^te de leur vie. Louisle-Hutin, successeur de Philippe-le<»Fél, avait fait étrangler sa femme et condamner ses amans à être écorchés vifs. A sa mort-, n'ayant laissé qu'une fille , son frère , Philippe4è-Lotig , .s'était emparé de la couronne au préjudiq€fde sa nièce en opposant la loi salique qui exckiaities femmes dii trône. Cette loi, cependant, tfétait m universellement connue , ni suffisamment confirmée par des exemples précédens, pour qù'elFe pût servir de règle invariable. Jusque-là on n'avait examiné que légèrement si les femmes pouvaient succéder à la couronne,» ou non, et comme les lois doivent être établies de manière à régler ce qui peut arriver , par ce qui*est arrivé déjà, il n'y eut aucun faîl: d'après Ifequelon pût résoudre la question ni d'un côté, ni de l'àutre, et les évériemens précédens ne purent contribuer à détruire l'iiicertitude à cet égard.
Le parlement de France avait soiivent adjugé la succession à la ligne féminine, puisque l'Artois avait été donné autrefois à une femme, au préjudice de l'héritier mâle. La Champagne avait été , en plusieurs occasions, gouvernée par des femmes; H. 3
Î4 HISTOIBrJK'b'AWaLETER'^E.
et, daB& cPatttPes^ qùrconstances," elles avaient été déclarées inhabiles à succéder à la couronne.
Ç)n vmÇ»par là le droit de succession changeait avec le pfotivoir^ et qufe la justice j en pareil é^ ; étfiât inécoiuaute oix àiépriqée»
Çhi^fjies*le-Bçli, lê plus jeune frère du rai , jalou?:'4e k fortwiUB de ^hîlippe-le-Lông , soft frère CQI^béttît syRs ^rçteïiticMas, en soutenarit que la fijle de^ i^OHÎftJe -Hiitin était l*l^ritière légithne 4^ trooec Cette q^iesUbti , après avoir été chaudediscutée eâtre lès dèux frères, fut portée devaat le parlflhaent qui payant jugé d'après 1» loi sâliqil^, deciija la qufe«ti#o en faveur cfe Philippelè'-Long. Ce moijâf qufe.ue régna que peu de tems , et nô laissa eft moitrant /que ^s iUles. Charles-le- BeU n'ayant fAm à cpaindré alors d»r concurrent mêde, s'emjwa d^i tron^ à^iSoUi tour et efl jouit paisUidement pen4^i>^ que^ueè aelhées ; meài ce règne n'eut pas une longue durée : Chartes- mourut laissant sa fem«ofe enceinte., ' •
Comme il n'y avait plu3 alors d%éritier direct, fei régence firt réclaméé pois deux perk)nnages qui déféndïf^t également leurs- drxîilsteft cette occasion. C«s déjLix pféteiidans étaient Édouard Ift*,rqi d'Angleterre, qui s<;>utint se» prétentions coiBtine étant né (ïlsabelle, fille de PhiKppe-le-Bèl et sœtfir des trois derniers rois de France ; titres cpii , sçkwa lui , devaient le: rendre béritîier légitime de la couronne Fraiwje. Le avecond.était PlAippe de Valois, en pos$^sÂon alofs du gouvernement comme l'héritier i^ftâle le plifs fMPoche; il avait été, en eons^é-
éDQUMiD m. 35 tjaenoe, nommé régent dù j#yanme;.et la reine douairière étant accouchée peii de tem$ après d'tme fille, il fut élu. roi unanimeqient, et couronné au milieu des acclamations universelles' de. aes sujets.
On lui donna le suçnomde PhiKpe=*le-Fortuné, et il ajouta ce titre Içs qiialités digi^ de fix^ le bodbeur^la justice, etda «âgease^ Barmî les différentes prives de son l^eurçuse étoile , on dort citer cpUe de Tbommagé, q^e-fut forcé de lui rendre É4ouard, a^n iival,.c[ut «ë raidit exprès à Amiens pour œla^ Maî^ conunli rambition s^accrotl À mesure que la puissance .augiïnénie^ c^tte dé« marche humiliante p^ur Édduard ne tarda pas à être suivi* d^me guarr-e; et lei^roi Angleterre s'efforça de nouveau de disputer une couronne dontil vj($nait de.sç déclarer vgs^L *
Parmi c€Ux qui CQptribuèrent le plus à ai4er Édouard dans çettfe giief re et à le déterminer À prei^lré ]^ titr^de roi de Frànce , il y eût un brasseur de^and, nôm^ié Jacques Arteveld^ homme qui^ possédant une influence beaucoup trop éten-» due pour uTa ^wple ^njêt, était un de ces êtres que ^ $elon Machiavel^ léd rois doivent flatter ou détruire, llavftit quelque tems çôvnrerné ses compatriotes avec une* autorité plus absolue que celle d'aucun, souvet^in légitime. lï plaçait et déplaçait les «nagi5tfats selbn ^àr volonté. Il était toujours accon^pagné .de gardes qui, au moindre signal de sa \ part V lùassacraient sur-le-chaiïip quiconque avàit eu le malheur de lui déplaire.
Édouard, influencé et secondé par cet homme, ré-
36 niSTOLHE d'4I«GLET£RRE.
splut d'entreprendre 1^ conquête de la France. Il ne voulut rien faire cependant ^ans consulter d'abord son parlenaent, et, après avoir obtenu son approbation,il reçut de lui, pour subsido, une quasitité considérable de laines, qu'il se pk'oposa d'éçbanger aveç les Flamands ^. Suivi ^lors d'un corp% de troupes anglai&^s et d'une parties dp la noblesse , il s'erafearqua pour la Flapdre, tQut^rjeçapH de. l'idée de sa conquête projetée. ^
La première démarche d'ÉdoiHM^d fut de déclarfer ses prétentions *à Ja couronne «le Francç , de s'appropri(Br le titre de roi dé ce pays, et de donner à Philippe, son rival, le nom outrageant d'usurpa. teur. Philippe, dç son coté , fi^ de grands préparatifs pour le repousser , if le défia même/ en com^ bat singulier , à des conditions ^les \ Edouard accepta le défi ; car, dans toutes les actions de ce genre, ce prince affectait de montrer le caractère d'un héros; mais quelques obstacles ét$mt^si(rvenus, ce combat n'çut pasJteu , et la gueme continua selon les formes ordinaires,, chaque parti &*efforçant de saisir l'avantage qui a'4of[rait. '
Le premier succès fut obtenu par les Aurais dans un combat naval qui eut lieu sur les cotes de Flapdre^. Les Français perdirent deux cent trente vaisseaux ; vingt raille de leurs matelots et deux de leurs amiraux furent tués. On prétend qu'aucua des courtisans de Philippe n'osa l'informer de c$et
' An de J. C.y i33a.
» An de J. C, iSSp.
3 An de J. C, i34o^
lÉDOCARD Ifî, ^7
événement funeste, et que ce fut son bouffon qui , par ime plaisanterie, lui découvrit la perte qu il avait faite.
Cette victoire et ({uelques autres opérations heureuses forent suivies d'une trêve que ni Tun ni l'autre des deux partis ne sembla disposé à rompre , jusqu'au moment où l'ambition d'Édouard se trouva réveillée de nouveau par les sollicitations du comte de Montf(»rt qlii*, ayant été autrefois en possession de la Bretagne, eut recours à Édouard pour défendre ses "droits.
Une proposition de cette nature s'accordait trop avec les désifs ardens du monarque, pour qu'il k rejetât. 11 vit sur-le-champ l'avantage qu'il pouvait en retirer , et écoutant avec joie les promesses que lui fit Montfort de le seconder dans ses desseiàs , il etnbrassa la cause de ce prince vaillant et âctif, qui, dès ce moment, s'unit étroitement à lui par intérêt. Son appui (Rêvait lui ouvrir une entrée 'dans le centre de la France , ce qu'il ne pouvait espérer du côté de la Flandre , à caùse des nombreuses fortifications qui avaient été 'élevées suir ses frontières.
Ce* flatteuses espéraiices s'évanouirent cependant, quelque tems après, par l'emprisonnement de Montfort, dont les projets furent découverts; lui-mêitie fut assiégé et pris dans la ville de Nantes
Afais Jeanne de Flandre, sa femme, sut le rem^plaicer. Cette femme célèbre , l'une des plus extraordinaires de son siècle, entreprit courageusement
' Aude J. C, i34i.
'38' .HistoiHE d'angleter^e.
de relever la fortutie chancelante de sa fetnille. Elle assembla leà fiabitàiis de Rennes ^ ville qu'elle habitait, et, prenant son fifs dans ses bras, elle fit avec éloquehce le taBleatt de ses malheurs; elle essaya de réveiller dans' le cœur des Bretons )eur zélé et leur affection pour sa cause. Lè;s habitans de liantes ^ pénétrés d'âtteadrissenient 'et d'adiniralîon, embrassèrent également ses intérêts, ainsi qije 'plùsieui^ autres vâtes deilaBretagae, et juné^ rent dé là défendre. Le rdi d'Angletetre, informé de ses nobles efforts, s'engâgeà à lui envoyer des secours le plus proraptement possible dans la ville de Hennèbôn, où ^Uè se renferma, résolue de soutenir l'assaut dè l'ènnemi. Elle ne s*était pas tromj>ée dans l'opinion qu'elle avait eue de la vigilance et de l'activité de Charités de Blois , rivâl de Montfort.
Ce concurrent,^ impatient de 6e rendre maître d'upe place 'liussi importante ijùe Henliebon,^ encore plus jaloux de faire ^la comtesse prisonnière % vint, avecuqe armée Considérable, mettre le siège devant la forteresse, et dirigea les opérations avec une activité infatigable». La défemef ne fut pas moins vigoureuse ; plusieui*s sorties 'ferent Êdtes par la gàrtiison. La cotntesse déploya un courage et une énergie remarquables , et conduisit dle-même ses soldats aux dangers. S'étanît aperçue un jour que l'armée de.Charles avait abândc>ni^ un quartier du camp, pour s'occuper d'une attaque ^énéi^e, elle se mît à la tête de trois
cents chevaux, sortit par une poterne , mit Ite^^ti aux tentes et aux bagages de T^enteitoi^ !p?^^ w fil de l'épée les vivandières et les §êns de .la'suits de l'armée, et caus^ enfin wAe m grmuik teire^r, que les assiégeant renonc^mt 4 leur projet ii'«ttaque , pour lui couper toute eommuQtcatioa bispoc la ville;, idn^i interceptée^ar TenUfR»^, elle 96 ré* tira à Aurey, où elle re^^ cxn^ ou.sÎK<joura^ an bout desquels^ ayant rassaisblé an <;orpsd« cinq cents chevaux, ^le se.fraya*!^ pi»sage à tiiavers le cai^np enâieRii; et, aprè^ aT<;HT. combattu coura* geusei^eiM;, rentra tipiotephante^ dans la fqfte^ fe$se dont les fid^tes citoyens* la reçurent avec twuisport. . ^\
Mais cette valeur^ si peu seco^^dée ;;ne pouvait résista laipag-teips ^ix, attaqoes ccmtiniielies d'un ennemi supérieur «t dowt l'activité étiait infartigable. Les assiégeans étaie^ parvenus, à ^feire plu-^ sieurs bt^èches dans les mu^^aâti^^-et-l'olï craignait qu'uq assaftMT général, j|itt4^(|ii à chaquennstànt , ne devint fatai aux assiégéi. Oi» se détenaiina donc k proposer upe,1capitulatlO]g^ les conférences étaient déjà çommencées, lorsque la comtesse ^^liacée sur une to^v et regardanît a3rec anx^é du ^oté de la mer, aperçut qudk|ues vaisseaux 4 une certaine ai^tajnoe ; s'écriant alors que les secours qu'elle attendit étaient arrivés, elle défendit de ppursui*vre la capitulation. ,
Ses e;^p^raQces ne furent point trompées c k Hotte qu'elle avait vue apportait un corps de ge»t tilshommes anglais et six mille archers qu'Édpu^rd
4o HlSTOUi£ D'aI^GLETERRE.
envoyait au secoûrs d'Hennebon et qui avaient été retei^us long-tems mer par des vents contraires. Ils entrèrent dans le hâvre, sous le commandement de sic Walter Manny , J'un des généraux lés plus vaillauRS^ de çe téms. Ce secours inespéré « servit à relever le courage abattu des Bretons, et ,à eiitretenir kur ardeur juj^qu'à l'expi*^ ration delà trèye qui vendait alors à Édouard la liberté de re»ouvjeler la .guerre ouvertement.
Lorsqije ce niomeftt fiit venu aborda au Morbihan^ près^d^ Vatmes^iiivec une ara^ de douze mille hommes , et, se Voyant maître .de la campa» gne, où nul eiû^emi n'osait paraître devant lui, il s'efforça de donner ^de l'éclat à ses armes, en asr siégeaqt qttelques-unes des principales fortifications, La vigueuç de se$ opérations amena une autre trêve qui, fut bientôt §^ie d^une nouvelle infraction. . -
i La vérité est, que ni l'un ,ni l'autre des deux partis n'observa le twjité plus long-tèms qv^l ne fut nécessaire aux intérêts de chacun, et que les deux adversaiKîes s'efiforoèrent de .jeter l'un sur l'autre tout le blâme de cette perfidie,
Édouard envoya le comte de Derby défendre la> province de Guyenne S et lui . donna ses instructions pour qu'il profitât , autant que possible, de tous les avantages qui pourraient se présenter. Ses premiers succès furent rapides et brillans; mais aussitôt que le roi de France eut terminé ses préparatifs, le comte éprouva une résistance à laquelle
' Andc C., i344 '
il ne s'était pas attendu , qui le força à se tenir sur la défensive. Plusieurs forteresses furent rendues aux Français, et la puissance anglaise parut dès ce moment s'affaiblir sur le continent.
Dans cette situation, Édouard, résolut d'aller lui-^meroe au secours de ses sujets et de ses alliés; il s'embarqua à Southampton, avec une flotte de près de mille voiles de toute grandeur.* Il menait à sa suite, outre la principale iioblesise de l'Angle^ terre, son fils atné, le prince de Galles , surnommé depuis le PrincatNoir. Ce jeime homme, âgé seu* lement de seize ans, était remarquable par un esprit et une valeur au-dessus de son. âge. L'armée anglaise était composée de quatre mille hommes d'armes, de dix mille archers, de dix mille fantassins gallois et de dix mille Irlandais qui abordèrent tous héureusement à la Hogue^ en Normandie. Édouard se détermina à choisir ce pays pour y établir le siège de la guerre.
lia nouvelle du débarquement d'Édouard et du ravage que faisaient ses troupes, dispersées sur toute lar surface du pays, jeta la confusion dans la cour de France. La riche viHe de Caeri fut prise et pillée sans miséricorde; les villes et villages des environs de Paris subirent le même sort; et les {français effrayés ne virent plus d'autre res^urce que de rompre tous leurs ponts, afin de mettre un terme à la fureur de l'entlemi.
Philippe s'empressait en même tems d'achever ses préparatifs de guerre. Il plaça Godemar de Faye, l'un de ses; généraux , avec un corps d'ar-
42 HISTOIRE p'aWGLETEBRE-
mée , sur la rive opposée de la Soirane , qu'Éciouard devait passer, taudiâ que lui, à la téte de ceut mille hommes, s'avança pour livrer bataille aux Anglais. Edouard, au milieu de ses viictoires, se voyant exposé au danger d'être enveloppé et de mourir de faim dans un pays ennemi , promit une réco]y ^ense à quiconque lui indiquerait le moyen de traverser la Somme. Ce service lui fut rendu par un paysan, et, Ëckmard, setapt hàté ^ eut en* core |e tems de fair^ psisser la rivière à son armée, avant que Philippe! eut ^einlU
Les deux armées étant restées quelque tems en pr^ence l'une de l'autre , s^éta^ent attendues cha^ que jour à Uvrer bataille; leur impatience et leur ardeur étaient égales. Quoique les forces fussent ejçtrémement disproportionnées , pui^ue l'année anglaise ne s'élevait qu'à trente mille hommet^, tandis que l'armée française étuit composé^ de cent vingt mille , Édouard n'en résolut |)as moins de profiter dé rimpétnosité de ses trouves , età tout hasard, de livrer bataille. U choisit donc ua tei^* rain avantageux près de Grécy; etJà^ il se ilétermina à attendre tranquiUei»ent l'attaque de l'ennemi. U rangea son armée, sur ime pente douce, et lia partagea en- trois corps: le premier était comjmandé par Je. jeune prince de Galles.; le second , par les comtes de Northain^n ^t d'Aruod^l , et Le troisième, regardé comme un corj>s'de réserve ^ avait pour commandant le roi lui-même. .
Conmïe il vit que sa petite armée était en danger d'être cernée^ il retrancha ses flancs , ^ plaça tout
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son bagage dans un bois quittait derrière kii ^ et dont il s'assura égaiem«ot par un retranchement. Après avoir fiait tous ces préparatifs, lui et \e prince de Galles s'occupèrent de remplir leur» devmrs de piété, et reçurent le- sa<?^ement dé^ l'^cfamistie. Toute la contenance du roi annonçait le cahne et rUitrépidité d'un homme détermiki^à vaincre ou à mourir. Il parcourut tous les rangs de «on armée , exhortant ses soldats à se rappeler et à défendre l'honneur de leur pays. Sa fermeté et î^on étoqueitce enflammèrent tous ses braves d'une ardeur qui alla jusqu'à l'enthousiasme. Quelque^ persoisines prétendent qu'en cette o<xâsk>n il plaça au firont de son amîée qtielques pièces d'artillerie , invention toute nouvelle alors \ ce qui ne contribua pas peu . à jeter le désordre dans les rangs ennemis.
Dé l'autre colé, Philippe j poussé ;par le resseiitiment , et se reposant sur la supériorité numérique de ses forces , était {Aus^ OTiptiessé d'en venir à un engagement qu'attentif à pf endre les mesures nécessaires pour s'assurer le sucèès de cette bataille. QueKjues-utts de ses j^é^^éraux lui avaient conseillé de reinettre le combat au Jour suivanl, afin que son armée put être r^osée des fatigtiéfe d*une Torche forcée^ et se présentât en meilleur ordrte.qtie ne le permettait 4a pr^cipitatioÀ AKtuetle. Mais Finçattence des troupes ne pouvait être réprimée ; et il était trop tard maint?enant pour différer une* attaque que l'on brûlait de livrer, LesTang3'se pressèrent le» uns sur les wtres, et aucun dhfef ne put
* Cette invention date en effet de i346. A. M. ^
44 HISTOIRÊ d'aNGXETERRE.
parvenir à retenir l'aveugle impétuosité du soldat. L'armée fut c^>endant placée sur trois lignes , que Ton dispdsa de tnamère à répondre à ceMes des Anglais. Jean, roi de Bohême, conduisait le premier corps , composé de ^quiSze mille archers génois cmnmandés par Antoine Boria. Le comte d'Alençon , frère du réi , commandait le second corps , et Philippe était à là téte du troisième.
Le roi de France ayant ordonné aux archers génois de charger l'ennemi % la fameuse bataille de Cfécy commença à trois heures de Fkprès-midi environ. Mais les archers étaient tellement fatigués, qu'au lieu d'obéir ils s'écrièrent qu'ik ne pouvaient engager le combat sans avoir pris quelques instans ^de repos. Le «omte d*Alençon^ informé de ce qui se passait , courut à eux ^ et leur reprochant une. conduite aussulâche , il leur Ordonna de coilimencerTattaquè sans délai. Leur répugnance s*a(K:rut encore par une pluie con^idérabBe qui, venant à tomber en ce niQinent, détendit tellement les cordes de leurs arcs, que lès flèches qu'ils lancèrent ne produisirent que peù d^effet, tandis que les archers anglais , qui avaient eu laf prudence de tenir leurs arcs enfermés, furent touvà-coup favorisés' par un rayon subit de soleil j qui éblouit les yeux de Tennemi. Ils firent voler alors une nuée deilèches , et visèrent si heureuiàement , qu'on ne vit plus parmi les Créiiois que désordre et terreur.
Le jeune prince de Qaltes eut la présence d'efsprit de profitèr de cette confusion pour conduire
' a6 août de Yaïx i346.