EDOUARD III
ses soldats à la charge, Lol cavalerie française, cornmandée par le comte d'Alençon,^ ayant fait vokeface^ soutint cependant le combat , et commençait à investir l'armée, anglaise , lorsque les comtes de Northampton et d'Arundel accoururent au secours du prince quille premier, se faisait remarquer au milieu du danger, et faisait tourner la fortune en sa faveur, partout où il se moia trait. Le cqmbat devint t^Çirrible alors, et la ^eur du jeune guerrier remplit d'étonnemftnt et d'admiration l'ame des soldats même les plus expérimentés. .
Les deux comtes^ trea4>lant pour «es joiirs, dépêchèrent un officier vers le roi poqr le prier d'envqyer un prompt secours au prince de Galles.
Édpuard, qui, pendant tout ce t^ms, avait obseryé le coulât haut d'une colline^ demftnda avec un calme apparent si son fils avait été tué. Sur la réponse de l'officier qui lui apprit qu'il vivjiit et qu'il donnait des preuves d§ sa valeur: «Dites à c( mes génésauxr, s^écr^a le .roi, que je ne vèuxen- «yo^ew aucup secour^-à. mon fils^ je lui réserve «tout rhonneiïi- de cette journée. Laissez -le se « montrer digne de là nqble profession pôur la- « quelle il a été armé chevalier ; dites^lui que c'est «à ^on mérite seul qiie je veux qu'il doive la vic- « toire. » ^ - -è
Ces jnots, ayant été rapportés au prince et à «es généiuiuxy les animèrent d'une nouvelle ardeur ; ils attaquèrent de rechef la cavalerie française , et le'coynte d'AJençon,.le plus bpave des comtnandan& français, fut tué .^ur le champ de bataille. Cet évé-
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nement funeste. cUtermin^ la fuite de ceux-ci. Privés de leur plus- vaillent capitaine , ils perdirent courage ; la confusion se mit dans leurs rangs ; Tini^terie galloise se précipita au milieu d^eux, et acheva de tuer à coups de sabre ceux qui avaient surtécu à la fureur de 1» première attaque.
Ce fut en vain que le roi de: France parât à lui seul vouloir soutenir le combat ; il eut b^u animer ses soldats de sa voix; et de son exemple , la victoire s'était prononçée d'uife manière trop éclatante en faveur des Anglaç^ pour qu'M pût espérer de la ramener à lui* Au^ moment où^il ^'efforçait encore de faire face à l'ennemi, iésfk 4e Hakiaut, frappé du danger auquel il s'exposait, saisit les ténes de son oheval; et, le f#rçant à retourner sur sei pas^ l'esïtratina. hors du champ bataolle.
Dans^d^ combat mémorable, trente mille Français^forent tués,âiï«iombr'e desquels se trouvèrent Jean , roi de fioh^me , Jean , roi de Majorque , Ralph/ duc de Loryaine^ neuf ^omlfes, vingt-quatre barons, douze iserits chevaHtrs^ quinuze ceilta^ gentilshommes et qui^tre toille gendarmes.
II y a quelque chose d^'retnàrq^^le dan^ le sort dû roi de Bphême, qui , tcmt 'aveugle qu'il était , voulut cependant prendre part au oofnbat. Ce prince infortuné , s'étai%t iiaformé de T^ssue de la bataille , apprit que tout était pejdu ; que ion fils Charles avait été forcé de se retirer, blessé mortellemwit, et que lè prince de Galles renversait tout de q^và se présentait devant lui. Il ordonna aldrs à ses chevaliers de le conduire an plus ibrt de la
ÉDOÛARD MI. 4?
mêlée, et de l'exposer aux coups du jeune vaîn* queur. Ses chevaliers lui obéirent; et, se précipitant avec lui au milieu dés rangs ennemis, ils trouvèrent promptcment la mort qu'ils ' cherchaient arec lui.
L'armée française prit la faite; la plus grande partie fat passée au fil de l'épée; la nuit seule interrompit le carnage. Dès que le roi d'Angleterre fat de retour au câmp, il s'élança dans les bras du prince de Galles : «îfoble et vadilant fils, s'écria- « ^il, continue- à te montrer tel que tû l'as été au- « jourd'hui ; tu t*«s conduit avec une rare valeur, « et tu es digne de la couronne qui sera tôn Kéritc tage. » ^ ^
Le lendèmÉÛn matin, uipi brouillard épais sembla encore favoriser les Anglais. Une partie de la milice (fe Rouen étant venue rejoindra l'armée française, fat ms&e eo déroute par le^ Anglais à la première attaque. Beaucoup d'ehtre eux se laissèrent trompet par la vue des drapeaiioc fraudais que les vaîïlquèurs av^nt placés sur les montagnes voisines ; les fagitifs, s'étant hâté^ de sè. rallier à ce signe, farent massacrés san9 miséricorde.
Jamais yictoire ne fat plus élslatante ét ne coûta mokfe^e saiig awx Angkis que celle-là f ils ne perdirent qu'fin éctiyeF, trois chevaliers étmi tféspetit nombre ^e soldats^On trouva parmi les dépouilles le casque du rpi de Bohême ,' qui avait pour cimier trois plum<es d'autrtiche avec ces mots : ick diefty qui ^gtiifient en alleiiiand,ye^<?rj'. On trouva celte devise bien digne d'être cônservée pour per-
48 HISTOIRE d'aNGI^ETERRK.
pétuer le souvenir de la victoire; et dès ce moment elle fut ajoutée aux armes des princes de Galles , et adoptée depuis par tous ses successeurs.
Lat victoire de Crécy fut suivie d'avantages encore plus importans^ Édouard^ aussi modéré dans ses conquêtes que prudent dans ses mesures, désirait s'assurer pow l'avenir une entrée facile en France. Dans ce dessein^ il Vint mettre le siège devant Calais^ yille défendpe alors par Jean de Vienne, chef habile et expérimenté, qui l'avait bien appro* visionnée pour sa défense, Le roi, n'ignorant pa^ la diMculté de prendre une ville gussi considérable à fctpce ouverte, se détermina à*la réduire par la famine. Il choisit en conséquence un terrain con^ venable poar son camp; éleva des retranchemens autour des murailles , et fit toutes les provisions nécessaires pour, que ses soldats pussent soutenir la campagne pèndantl'hirer entier. Ces opérs^ons, quoique leijtes, furent suivies de suçcès. Ce fut en vain que le gpuyernenr fit une noble résistance , et renvoya de la ville toutes les bouches inutiles; Edouard eut même, la générosité dé permettre à ces infortunés de traverser son camp; mais tbuies ces niesures n'aboutirent à rien : Calais fut pris après un siège de onze mois , après avoir été réduit à toutes les extrémités de la guerre et de la famine'.
La résistance opiniâtre des habitans avait tellement irrité Edouard, que plusieurs fois il avait déclaré que, lorsqu'il serait en possession de la viUe
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il tirerait vengeance du nombre d'hommes qu'il avait perdus pendant le siège; aussi fut-ce avec beaucoup de peine qu'il se détermina à recevoir les marques de soumission des tiabitans, et à épar^ gner leur vie. Ce ne fut que sous la condition qiie six des principaux citoyens lui seraient envoyés^ afin qu'il en disposât selon sa volonté.
Ayant résolu d'assouvir son ressentiment sur eux, il donna rytdre qu'ils fussent amenés à son camp, tête et pieds nus, la corde au cou, comme des criminels prêts à être exécutés. Lorsque cette déter^ mination terrible eut été connue dans la Ville, elle répandit parmi ses habitans la terreur et la con-* sternatioui Quels seront lés hommes assez gêné-» reux pour se dévouer au sàlutde leurs compatriotes, et apaiser, par le sacrifice de leur vie, la colère d'un vainqueur ? Dans cette incertitude cruelle, un deis principaux habitans de la ville, nommé Eustache de Saint-Pierre, se présenta, et déclara qu'il était prêt à supporter les tortui'es qui pourraient sauver ses compatriotes. Cinq autres suivirent ce noble exemple, et, revêtus comme des criminels, furent se jeter aux pieds d'Édouard et lui présentèrent les clés de leur ville. Des marques si touchaiïtes de dévouement et de soumission ne parurent cependant pas calmer }a fureur du roi ; probableriient il les eiit fait périr, si la générosité de leur conduite fi'eût frappé la reiii© d'admiratidn et ne l'eût vivement touchée. Elle courut se mettre aux genoux de son épotix, et sollicita en leur faveur avec tant d'éloquence, que le II. 4
5o HISTOIRE d'aICÔLETERRE.
roi) attendri enfin, consentit à leur pardonner
Édouard, parvenu ainsi à s'assurer en Frànce un passage par lequel il pourrait dans tous les tems introduire des troupes et les retirer selon sa volonté, résolut d'^employer tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour a^uter de la force et de la stabilité à ce nouveau succès. Il ordonna à tous lesFraùçab de quitter la vîlle, et la repeupla eiïtièrement d'Anglais. Il y établit ensuite un commerce de laines, de cuiVs, d'étain et de plomb, principaux objets qué produisait l^Angleterre et qui étaient recherchés sur le continent. Les Anglais furent obligés d'y transporter leurs biens, et les commerçàns étrangers s'y rendirent dès ce moment pour en acheter leurs marchandises. Par ce moyen, la ville devint eh peu de tems riche, populeuse et florissante; et si quelque tems après elle fut reprise par trahison , elle ne continua pas moins pendant pluB^^de deux siècles à rester entre les mains des Anglais^ et à bi^a^er tout le pouvoir militaire de la France.
L'événement qui.faillit rendre Calais aux Français vint de la perfidie d'un nommé Aymar de Pavie, italien^ qui avait été nommé gouverneur de la ville. H avait promis de la remettre aux ennemis , et le complot était sur le point d'être exécuté, lorsqu'il îat détouvert par Édouard qui oUigea Aymar à poursuivre le traité, et à laisser croire aux Français qu'il était encore dans leurs intérêts.
' Cest ce beau t^ait qui a inspiré la tragédie de Dubelloy : Le Siège de Calais. C Y.
Edouard iu.
Le jour ayant donc été désigné pour l'introduction des Français dans là vîile^ le roi^ à la téte d'un corps de troupes «iotisidérable, se prépara à les attendre.' . Tous ceux qui entrèrent dans Calais furent massacrés; la garnisoia , cotutnandée par Edouard et sir Walter Manny , se mit à la poursuite dii reste. Une l)atailié sanglante eut lieu ^ dans laquelle le roi combattit corps à corps avec Ëustache de fobeaumont, homme d'uhe force et d'une valeur remarquables, qu'il terrassa et qu'il fit prisonnier.
Ainsi^.la guierre fut raniinée àvec pluS' de fureur que jamàis entre l'Angleterre et la France; guerre qui épuisa également et les vaincus et tes vain-^ queurs. Mais un fléau plus terrible encore que celui-là vint désoler à cette époque les malheur^ses provinces d'Europe. Une peinte, plus épouvantable qu'aucune de celles qui soient mentionnées dans l'histoire, répandit sur toutes les contrées de FOccident sk txmligiie influence. Elle avait déjà Éiit d'affreux ravages en Asie et en Afrique. Elle avait, pris son origine ; dit ^ on ^ dans le grand rojraume de C^thay^ pt était sortie de terre par une odeur de soufre.empoisonné qui détruisâît non-seulement tous les habitans, mais frappait toutes les plantes et les minéraux de sa malignité. Le quart du peuple périt, à ce que l'on prétend. Elle se répandit sur Londres .avec une telle violMice , que , (fans T^pace d'une annéê, oq enterra dans le cimetière de Char* ter-House quinze mille personnes environ**
* An de J. C. , ï349.
* A» de J. C, i549»
5» HISTOIRE d'aJSGLETERRE.
- Au nnlieu des ravages de ce terrible fléau , ranrbition d*Édouard et de Philippe s'irrita par de nouvelles conquêtes, et vint ajouter aux calamités générales. Ôn se hâta cependant de remédier à x:es ravages par le commerce et Findustrie, Ces arts utiles^ qui, jusqu'alors, avaient été regardés avec mépris par les princes, devinrent là source de l'opuletice future 4 et réparèrent le^ pertes de la population. Les arts paisibles avaient repris depuis quelque tems un nouvel éclat en Itâlie, et se répandaient graduellement dans tout l'Occident. Les recherches de la vie se faisaient connaître chaque jour davantage, quoique cependant les plaisirs de l'esprit fussent presque entièremtent ignorés encore. Ce n^est que lorsque les jouissances des sens sont portées au plus haut point, que l'homme commence à sentir le besoin de connaître des plaisirs d'une nature plus exquise.
- L'Angleterre ne fut pas à l'abri des guerres intestines pendant cette terrible époque. Tandis que Edouard recueillait sur le continent les lauriers de la victoire, les Écossais, toujours empressés^ saisir les occasions de piller et de ^e venger, envahirent les frontières. David Bruce, leur roi, s'élant mis à la tête d'une nombreuse aripée, fit en Angleteri^ une invasion inattendue, qui, dans la conjoncture présente , donna l'alarme aux Anglais, mais n'intimida cependant pas leur courage. Liond , fils d'Édouard, qui avait été laissé gardien dû royaume pendant l'absence de son père , était encore trop jeune pour prendre le commandement d'une ar-