‹ Histoire d'Angleterre, Volume 3Chapitre 10 sur 21 · HENRI UU · texte numérisé non relu

HENRI UU

tyrannie et de cruauté. Il est impossible de savoir jusqu'à quel point ces charges étaient fondées : mais il avait pour accusateur farchevêque de Bordeaux et les principaux de la noblesse gas conne , qui déclarèrent que, si Ton ne faisait pas droit à leurs plaintes, leurs compatriotes étaient déterminés à implorer la protection d'un autre souverain. Lorsque Simon comparut devant ses pairs, il était accompagné de Richard , frère du roi , et des comtes de Glocester et de Herefort, qui s'étaient engagés à le mettre à couvert du ressentiment royal : et le roi s'apercevant qu'il ne pouvait faire prononcer la condamnation de l'accusé, exhala sa colèref en termes peu modérés. Dans la chaleur de l'altercation, le mot de traître sortit par inadvertance de sa bouche, a Traître, • s'écria le comte; si voijis n'étiez pas roi, vous «vous repentiriez de cettp injure — Je ne me re- «pentirai jamais, reprit Ite roi, que de vous avoir » reçu et enrichi dans nVes états. » Leurs amis communs les séparèrent. Henri conféra le duché et le gouvernement de la^uyenne à son fils Edouard: mais le comte retour^ dans cette province, et ne consentit à rendre ses lettres patentes qu'en recevant une somme considérable, comme dédommagement des années de sa concession qui n'étaient pas encore écoulées. Redoutant la haine du roi , il se retira en France ; et dans la suite, il se réconcilia avec son souve-

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rain par la médiation de Tévêque de Lincoln (i). Quoique Eichard, en opposition avec son frère, se fût souvent réuni aux barons , il ne se laissa jamais entraîner à usurper les droits de la couronne. 11 était aussi distingué par son économie que Henri par ses profusions : et le soin avec lequel il ménageait son revenu, lui donnait la réputation d être le prince le plus opulent de l'Europe. Cependant il se laissa éblouir par la splendeur de la royauté, et sacrifia imprudemment sa fortune à son ambition. Au commencement de Tannée 1256, les archevêques de Cologne et déMentz, ainsi que l'électeur palatin, l'élurent à Francfort roi des Romains : peu de semaines après, l'archevêque deTriers, le roi de Bohême, le duc de Saxe et le marquis de Brandebourg, les quatre autres électeurs, donnèrent leurs suffrages à Alphonse, roi deCastille(2).ll est étrange queRicbard,ayant encore sous les yeux l'exemple de la Sicile, et la

(i) Paris, 4oo, 7i5 , 7Q1 , 722 , 743. Le roi avait originairement conféré le duché de Guyenne à son frère Richard ; mais il le lui retira à la naissance du prince Edouard. De ce moment Richard fut toujours opposé au roi dans tout ce qui avait rapport à ce pays. Paris, 722.

(a) "Wikes, 5i , nous fait connaître les différentes sommes promises aux sept électeurs en celte occasion ; mais certainement il commet une erreur au sujet des princes qu'il appelle électeurs , ainsi que nous le prouve la lettre du pape , citée par Spondanus, p. 198.

certitude d'avoir à combattre un rival puissant, ait accepté cette couronne. Mais on lui persuada que ses richesses devaient assurer son succès. Une députatîon de prélats et de nobles arriva pour le conduire dans ses états imaginaires (1257, ^^ décem.), et le nouveau roi des Romains fut couronné à Aix-la-Chapelle , en présence d'un grand nombre des princes de l'empire (1). Lorsque Richard partit pour l'Allemagne ( 17 mai.), l'Angleterre se trouvait dans une position bien critique. Les barons mécontents, n'étant plus retenus par sa présence , se liguèrent pour renverser le trône , et mirent à leur tête le comte de Leicester, grand sénéchal, le comte de Herefort, grand connétable, le comte-maréchal et le comte de Glocester. Les événements de la saison se montrèrent favorables à leur entreprise. Une moisson saqs produit avait été suivie d'une disette générale : et le peuple voulait attribuer toutes ses misères, non pas à l'inclémence du temps , mais à l'incapacité du gouvernement. Henri convoqua un grand conseil (2) à Westminster : et le troisième jour, les barons parurent dans la salle, armés de toutes pièces. (i258, 2 mai.) Lorsque le roi entra, ils tirèrent

(i) Rymer, i, 621, 622. Annal. Burt. 376.

(2) Wikes, 52. Le froment se vendit au prix exorbitant de 9 shil. le quarter : Richard envoya d'Allemagne quarante vaisseaux chargés de ble'. Paris, 826.

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leurs épées. Alarmé de ces apparences hostiles , Henri s'écria : • Suis-je donc YOtre prisonnier? — »Non, sire, répliqua Roger Bîgod; mais votre j» partialité en faveur des étrangers, et votre pro- » digalité , ont plongé le royaume dans la misère ;

• c'est pourquoi nous demandons que Ton confie » les rênes du gouvernement à un comité de ba- »rons et de prélats, afin de corriger les abus et

• d'établir des lois salutaires. » Une altercation très vive s'éleva entre le comte de Leicester et Guillaume de Valence, un des frères du roi. Henri cependant jugea qu'il devait se soumettre : et il fut enfin décidé qu'il solliciterait le pape d'envoyer un légat en Angleterre, et de modifier les conditions auxquelles il avait accepté le royaume de Sicile : qu'il consentirait, pour réformer le gouvernement, à la création d'une commission composée devingt-quatre membres, barons etprélats, dont la moitié, déjà choisie, formait son conseil, et dont l'autre moitié serait nommée par les barons mix-mêmes dans un parlement qui serait tenu à Oxford ; et que s'il remplissait fidèlement ces conditions, on prendrait les mesures nécessaires pour payer ses dettes et soutenir les prétentions d'Edmond àla couronne des Deux-Siciles (i).

Au jour fixé , le grand conseil désigné daos nos annales sous le nom de • mad parlîament, » le par-

(i)Rym. I, 654,655.

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lement enragé, s*assembla à Oxford, (n juin.) Les barons, pour intimider leurs adversaires, s'étaient fait suivre parleurs tenanciers militaires, et firent serment de rester toujours fidèles les uns aux autres , et de traiter en mortels ennemis ceux qui abandonneraient cette cause. Les membres du comité de réforme furent nommés. Au nombre des douze choisis par Henri , se trouvaient son neveu, fils de Richard, deux de ses frères utérins et les grands officiers de la couronne : les chefs de la faction firent partie des douze nommés par les barons. Tous les membres jurèrent de réformer le gouvernement du royaume pour la gloire de Dieu , le service du roi et l'avantage du peuple; de ne jamais se laisser influencer dans l'exercice de leur devoir, « par la crainte , » par des présents ou des promesses , par des «profits ou des pertes, par l'attachement ou la • haine.» Les deux partis alors désignèrent chacun deux de leurs adversaires; et ces quatre élus furent chargés de nommer quinze personnes pour composer le conseil d'état. Après avoir ofitenu la permission du roi, ils procédèrent â ce choix avec une apparente impartialité : Içs deux partis en fournirent un égal nombre; et ils placèrent à leur tête Boniface, archevêque de Canterbury , qui avait sans doute des relations avec \a cour comme parent de la reine , mais que Ton savait disposé à soutenir la faction populaire, parcequ'il

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était jaloux de la haute influence des frères du roi. Ces élections prouvaient en réalité l'affaiblissement du pouvoir de la couronne ; car tandis que Ton choisissait tous les chefs des réformateurs , on écartait avec soin les principaux amis de Henri , son neveu et ses frères. En peu de temps le triomphe de Leicester fut complet Le justicier, le chancelier, le trésorier, tous les shériffs et les gouverneurs de châteaux royaux, au nombre de vingt, furent destitués, et leurs places données aux chefs des réformateurs ou aux plus dévoués de leurs adhérents. Le nouveau justicier fit serment d'administrer à tous la justice conformément rfux ordonnances du comité: le chancelier, de n'apposer le grand sceau sur aucune ordonnance qui ne serait pas approuvée par le roi et son conseil j) rivé, ni sur aucune concession, sans le consentement du grand conseil, ni sur tout autre acte qui ne serait pas conforme aux règlements du comité : les gouverneurs des châteaux jurèrent de les conserver fidèlement pour le roi, de 1^ rendre à lui ou à ses héritiers et non à d'autres , à la réception d'un ordre du conseil : et, à l'expiration de douze années, de les restituer loyalement sur la seule demande du roi (i).

(i) Annal. Burt. 4o7,4'ï>4'5» 4*4» 4'^' Brady, ir, App. n® 190 , 191, 192, 195, 194. Les châteaux royaux étaient ceux de Douvres et des cinq ports, Norlhampton , Gorf, Scarborougb,

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Après s'être ainsi assuré de la souveraine autorité 5 et avoir enlevé à Henri le pouvoir de résister, le comité cooimença Tœuvre de la réforme en ordonnant : i° que quatre chevaliers seraient choisis par les francs tenanciers de chaque comté, pour exposer et affirmer devant le parlement les transgressions , les excès et les injustices commis dans le comté, sous Tadministration royale; 2* qu'un nouveau grand shériff serait annuellement nommé dans chaque comté, par les suffrages des francs tenanciers; 3** que tous les shériffs, et les trésorier, chancelier et justicier, rendraient leurs comptes tous les ans ; 4** que les parlements se réuniraient trois fois chaque année, au commencement des mois de février, juin et octobre. Ils eurent soin pourtant que ces assemblées ne fussent entièrement composées que de leurs partisans. Sous le prétexte de soulager les autres membres de la peine et des dépenses qu'occasîoneraient de fréquents voyages, On nomma douze personnes pour représenter la communauté , c'est-à-dire tout le corps des comtes ,

PfottÎDgham , Herefort , Exeter , Sarum , Hadleigh , Winchester, Porchesler, Bridgenorth , Oxford, Sberburn, la tour de Londres , Bamborough , Newcastle sur Tyne , Rochester , Glocester , Horestan et Devizes, ibid. etAnu. Burt. 4i6. Le lecteur voudra bien observer que Windsor, Wallingford et quelques autres, restèrent encore en la possession du roi.

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barons et tenanciers de la couronne : et Ton arrêta que les décisions prises par ces douze représentants , conjointement avec le conseil d'état, seraient , quelles qu'elles fussent, considérées comme l'expression de la volonté du corps entier (i).

Ces innovations toutefois ne passèrent pas sans opposition. Henri , fils du roi des Romains , Aymar, Guy et Guillaume, trois frères du roi, et le comte de Warenne, membre du comité, quoiqu'il leur fût impossible d'empêcher les mesures des réformateurs , les retardèrent considérablement : ils nourrissaient parmi les amis du monarque un esprit de résistance qui pouvait, à la fin , devenir fatal aux projets de Leicester et dd ses associés. On résolut de les réduire au silence

(i) Ann. Burt. <c Le commun élise xii prodes homes... ces sont les duze ke sont eslu par les baruns a treter à treis parlemens per an , p. 4ï4*- » ^° ajoute qtre c'était « pur esparmîer B cun de! commun , 4^6 '^*. » Le mot parlement n'était pas alors en usage. Dans un écrit du 28 , du roi Jean, la conférence entre ce roi et ses barons à Runnymead est appelée parlement. (Cl. aS. Hén. III, m. 12 ), et dans sa trentedeuxième année , on trouve im ^dit avec l'expression coram rege et toto parliatnento. Cl. 33. Hen. III. m. i3. Dors.

♦ La commuttauté élit douze prud'hommes. Ce iont le§ doute qui sontvélus par les barons qui assistent à trois parlements par an^ ** Pour épargner la dépense de la communauté.

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en les întimîdant. On leur enjoignît de jurer obéissance aux ordonnances de la majorité des membres : on proposa de retirer toutes les concessions de la couronne, d'où les trois frères tiraient tout leur appui : et Ton porta , devant les cours du roi , plusieurs plaintes en contraventions et extorsions , non seulement contre eux , mais contre le quatrième frère , Geoffroi de Valence. Tremblants pour leur liberté ou leur existence, ils quittèrent secrètement Oxford et s'enfuirent à' Wolvesham, château appartenant à Aymar , comme évêque élu de Winchester. Ils furent poursuivis et bloqués par les barons : ils offrirent de prêter le serment de soumission, mais on le leur refusa : et de toutes les conditions qui leur furent proposées , les quatre frères accep- , tèrent, comme la plus convenable, telle d'abandonner le royaume , emportant avec eux six mille marcs d'argent, et confiant le reste de leurs trésors et les revenus de leurs terres à la loyauté de leurs adversaires.

(8 juil. yLeur départ anéantit le courage des dissidents. Jean de Warenne et le prince Henri ,p,î^,tèrent successivement le serment: Edouard même , fils aîné du roi , suivit : leur exemple ( 12 juil. ) , quoique à regret : il fut contraint de révoquer les concessions qu'il avait faites à ses oncles, de ses revenus en Guyenne, et de recevoir quatre des réformateurs comme son conseil pouir

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Tadministration de ce duché (i). Pour assurer leur triomphe , on écrivît une lettre au pape au nom du parlement , dans laquelle on se plaignait des frères du roi , on sollicitait la déposition de 1 evêque de Winchester , et Ton demandait la coopération d'un légat pour travailler à l'importante réforme de l'état du royaume (2).

Peu de temps après ( laSg , 23 jan. ) Leicester fut alarmé de l'approche d'un visiteur dangereux, Richard , roi des Romains.' Ce prince avait épuisé un immense trésor en Allemagne , et venait remplir ses coffres en levant de nouvelles taxes sur ses domaines d'Angleterre. A Saint-Omer, il reçut, à sa grande surprise, la défense de débarquer, avant d'avoir prêté serment d'observer toutes les clauses de la réforme, et de ne pas amener les frères du roi à sa suite. Son orgueil regarda ce message comme une insulte : mais ses besoins l'obligeaient à continuer son voyage : et il promit, non sans répugnance , de se soumettre

' (i; Annal. Burt. 4io , ^ii^ 4i9* ^Ji^* 1 > ^o> ^^^ 9 ^^ > 663. Annal. Winc. 3io.

(a) Annal. Burt. 4^8, 4^2. Rymer, 1,667. ^* "*® semble que la commission des vingt-quatre avait fini avec le parlement d'Oxford; mais les chefs avaient été' nommés au conseil privé auquel était réservé l'exercice de l'autorité souveraine , dans l'intervalle des sessions du parlement /et ils le conservèrent même pendant ces sessions, puisque le parlement n'était composé que de douze membres, tous leurs partisans. Voy. Annal. Burt. p. 4^^ 1 4^< > 4^^*

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à ce qu'on demandait , aussitôt qu'il en aurait reçu la permission du roi. Henri , qui résidait alors à Canterbury, lui signifia ses ordres, et Richard prêta serment (1).

Par le premier traité consenti à Westminster, la réformation de l'état devait être terminée avant Noël. Mais la faction apportait autant de lenteur à conclure qu'elle avait mis d'empressement à commencer ses travaux. Pour satisfaire le peu- * pie , on publia , au nom du roi , une proclamation qui démontrait l'importance de l'entreprise, qui indiquait le temps nécessaire pour obtenir une connaissance exacte des griefs nationaux , et parlait de l'imprudence de compromettre le succès de l'opération , en adoptant inconsidérément des mesures précipitées. Mais ceci n'était qu'un prétexte : les chefs de parti ne voulaient point se dépouiller de l'autorité qu'ils avaient usurpée. Ils distribuaient à leurs partisans tous les emplois laïques et les bénéfices ecclésiastiques à la collation du roi, recevaient la majeure jj^rtie du revenu royal , et partageaient entre eux les produits des aubaines , des curatelles et des mariages des tenanciers du roi (2). Mais les vues ambitieuses de Leicester alarmèrent bientôt ses partisans : et une violente querelle entre lui et

(i) Rym. 1 , 672. Annal. Burt. 4^1.

(2} West. 391.

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le comte de Clocester menaça la confédératioa de sa destruction. On les amenait à une réconciliation apparente 9 quand une pétition des chevaliers bacheliers d'Angleterre créa de nouvelles alarmes. Us priaient le conseil de hâter la réformation , en faisant observer que , quoiqu'ils fussent revêtus de l'autorité souveraine depuis dix-huit mois, le peuple ignorait encore quel serait le fruit de ses travaux. C'était une remontrance qu'il eût été dangereux de mépriser ; aussi, dan« la suivante assemblée du parlement, un projet de réforme fut proposé, approuvé et expédié pour être mis à exécution par les juges dans leurs tournées. Ses principaux objets étaient de défendre le» tenanciers inférieurs contre l'oppression de leurs seigneurs , et d'épurer l'administration de la justice. Les points auxquels il est pourvu dans le premier chapitre , ont rapport à des coutumes qui maintenant sont tombées en désuétude , et qui ne seraient d'aucun intérêt pour le lecteur : le grand remède à tous les abus, dans le second, était la nomination de commissaires pour inspecter* la conduite des juges. Deux furent chargés de surveiller toute la jurisprudence de la cour du banc du roi , deux autres tous les procès pendants à l'échiquier, et un autre de suivre les juges ambulants dans leurs tournées respectives. Dans la même vue, quatre chevaliers furent choisis dap$ chsigue comté.

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