B^NEI II
avec pouvoir de rappeler le shériff à ses devoirs quand il paraîtrait s'en écarter, et d'informer le justicier quand Tavertissement était négligé. En opposition aux arrêtés de Tannée précédente, les nouveaux shériffs furent nommés par les grands oflficiers de l'état : mais les francs fenanciers , dans chaque comté, furent autorisés à choisir quatre candidats , vers la fête de saint Michel , et de les présenter aux barons de l'échiquier, qui devaient nommer les nouveaux shériffs dans ce nombre. Tels lurent les principaux articles d'une réforme si long-temps et si ardemment désirée f articles qui trompaient l'attente de la nation, et faisaient généralement désirer que l'autorité souveraine pût être arrachée des mains de quelques nobles factieux , et rendue à celui auquel elle appartenait constîtutionnellement (1).
Henri n'avait été pendant deux ans X|ue l'ombre d'un roi. Il est vrai que les actes du gouvernement portaient son nom , mais l'autorité souveraine était exercée sans obstacle par les lords du conseil : et Tobéissance aux ordres du roi , quand il se hasardait à en donner quelques uns, était sévèrement punie comme un crime contre la sûreté de l'état. S'il gardait pourtant le^ilence, il n'était pas observateur inattentif des évène-
9 \i t I I I 1 1 ] L II ■ I I II ■ I III ■ Il I > wi , L I I I m I, , .
(i) 4wial. Burt. 4a8-453,
19^ HISTOIRE D'ÂNaLETXRRE.
ments. Le mécontentement du peuple n'échappa pas à ses remarques : et il vit avec plaisir les dissensions intestines saper profondément la puissance de la faction. Les comtes de Leicester, et de Glocester avaient des intérêts opposés, et formaient deux partis distincts. Leicester ne voulant pas reconnaître la prépondérance de son rival ; se retira en France : et Glocester montra le désir de se réconcilier avec son souverain. Mais, pour balancer cet avantage, le prince Edouard, qui avait jadis déployé tant de courage en défendant les droits de la couronne, se joignit au comte de Leicester, leur plus dangereux ennemi : et cette réunion inattendue réveilla dans le cœur du roi le soupçon d'un complot pour le déposer, et placer son fils sur le trône. Dans ces dispositions d'inimitié, de jalousie et de défiance, les barons se réunirent à Londres ( ia6o , i«» mai. ) pour se rejoindre à Henri en parlement. Mais chaque membre était suivi de ses tenanciers militaires : leurs logements étaient fortifiés pour prévenir toute surprise : la crainte des hostilités tenait les citoyens renfermés dans leurs maisons ; et les opérations de commerce , ainsi que les relations habituelles de la société, étaient entièrement suspendues. Après quelques difficultés, les bons offices du roi des Romains amenèrent une pacification spécieuse et perfide ; et les différents chefs quittèrent le parlement, amis en
apparence , mais renfermant dans leur seîn tous les sentiments de haine , et tenant plus que jamais à leur propre agrandissement et à la ruine de leurs adversaires (1).
Enfin Henri se persuada que le temps était arrivé où il devait ressaisir son autorité. Il entra dans le conseil sans y être attendu, et avec le ton de la dignité , il reprocha aux membres leurs délais affectés, et leur violation de la confiance publique. Il leur dit qu'ils avaient été institués pour réformer l'état, augmenter le revenu, et payer ses dettes : mais qu'ils avaient négligé ces objets, et n'avaient travaillé qu'à s'enrichir et à se perpétuer dans le pouvoir ; qu'il ne pouvait plus long-temps les considérer comme son conseil, et qu'il saurait bien employer tel autre remède qui conviendrait (2). (1261, 3 février.) Il se retira immédiatement à la tour , qui a^ait été dernièrement fortifiée, s'empara du trésor à la monnaie, ordonna de fermer les portes de Londres , força tous les citoyens au-dessus de douze ans à lui jurer fidélité dans leurs quartiers respectifs, et, par une proclamation, commanda aux chevaliers de plusieurs comtés d'assister en armes au prochain parlement. Les barons assemblèrent immédiatement leurs vassaux, et arrivèrent dans le
(i) West. 373.
(2) West. 377.
I04 HISTOIRE d'aNGLETERRK.
voisinage de la capitale : mais chaque parti se défiant de SQS forces , montrait de U répugnance à, como^encer les hostilités ; et il fut unapime*ment convenu qu'on remettrait la discussion de ces différents au retour du prince Edouard, qui s'occupait en France à déployer son courage dans les tournois. Il revint à la hâte; et , à la grande surprise de ceux qui n'étaient pas dans le secret, il embrassa le parti des barons (i).
Henri cependant persévérait dans sa résolution. De fréquentes désertions avaient réduit le parti de ses ennemis aux deux comtes deLeicesteretde Glocester , au grand justicier , à 1 evêque de Worcester,et à Hugues de Montfort, qui se fondaient principalement sur ce que le roi et la nation avaient fait serment d observer ce qui avait été arrêté à Oxford. A cet argument on répondit que la même autorité qui établissait la loi avait le pouvoir de la rapporter ; et qu'un sertnent qui dépouillerait le parlement dp ce droit ferait injuste de sa propre nature^ et n's^urait par con*? sèquent aucune validité (2). Pour plus grande sécurité toutefois, le roi en ^.ppela au pape Alexandre , qui , par une bulle , le releva de son serment (juin.) , sous prétexte qi^e Je^ actes pro*
(x) Wikes, 54. W«sl. ^8* Giaas. 45. Henri m, 19. Gît. Carte, 1Î17. (a) West. 3g I.
KEJfftl III. 195
vigoireu d'Oxford étaient injurieux à Fétat , et coBgéquemment incompatibies a'vec les obliga^ tioasdu serment prêté à son couronnement (i). 11 publia cette bulla, nomma de nouveau un jus*^' ticier et un chancelier , changea les officiers de ' sa maison (s jaiL), réroqna les gouverneurs des châteaux royaux, nomma de nouveaux sherîffs dans les comtés , et annonça , par une proclamation , qu'il avait repris l'exercice de l'autorité royale. Elle fut bientôt suide d'une nouvelle proclamation, qui tendait à réfutet tous les faux rapports que les barons avaient fait^irculer. Le roi engageait le peuple à juger de lui par ses ac*« tions> et non d'après les accusations de ses ennemis. (5 août.) Il avait actuellement régné, disaitil, quarante-^cinq années, et durant cette longue période, il leur avait procuré les douceurs de la paix. Ils pouvaient comparer son administration à celle des barons. Qui d'entre eux, ajoutait-il, pouvait se plaindre d'avoir reçu quelque injure de »OD souverain? Ils ne pouvaient oublier que, sous son règne, ils avaient toujours joui paisiblement de leurs droits et de leurs propriétés. Sa conduite avait prouvé qu'il n'avait jamais commis d'injustice et qu'il l'avait toujours combattue. S'il venait de nomnier de nouveaux slieriiEfs et de nouveaux gouverneurs de ses châteaux, c'est
(i) Rym. 722 , 723, 74^ , 746. Wikes , 55.
ig6 HISTOIRE d'an G ESTE ERE.
qu'a pouvait se fier à leur fidélité, comme ses sujets pouvaient compter sur leur équité. Si néanmoins ils renouvelaient les exactions commises par leurs prédécesseurs , la partie offensée pouvait en4«ppeler à lui, et il serait toujours prêt à faire justice au moindre de ses sujets contre le plus puissant de leurs oppresseurs. Les comtes de Leicester et de Glocester, avec Tévêque de Worcester, avaient sommé trois chevaliers de chaque comté du midi de la Trent de les rejoindre à Saint- Alban : le roi , par ses ordonnances , annula cette sommation , et commanda aux mêmes chevaliers de se rendre à Windsor, pour y assister à la conférence qu'il devait avoir avec les barons , et se convaincre par eux-mêmes de la justice et de l'utilité de ses demandes (i). Plusieurs entrevues entre les parties eurent lieu à Londres. (6 d^cem. ) Dans la première , la majorité des barons parut consentir à recevoir le plan de pacification proposé par le roi (1262, a fév.) ; dans la seconde , on résolut de s'en rapporter à la décision du roi de France et du roi des Romains. Le comté de Leicester cependant trouva moyen d'empêcher l'exécution de ce traité : et, dans une troisième assemblée ( ayrU. ), lea barons abandonnèrent la plus grande partie des articles
(i) Voyez les deux ordonnances dans Brady , 11. App, n® 202 , 2o5.
HENRI III. \g'j
provisoires 9 et le roi sanctionna tout ce qui conduisait évidemment à la prospérité du royaume* (a mai.) Leicester, toujours mécontent, retourna en France, alléguant qu'il ne pouvait se-fier aux promesses d'un roi parjure (1). Henri, par une proclamation, fit connaître au peuple» que le pape Urbain avait confirmé l'absolution obtenue de son prédécesseur ; qu'il avait ressaisi l'exercice de l'autorité souveraine ; et qu'il était déterminé à observer et à appuyer chaque article des deux chartes, et à punir sévèrement quiconque adhèreraitÀ la confédération des barons (2).
( 3 oct. ) Le roi se voyant en liberté, se laissa facilement persuader de visiter Louis de France , et Leicester profita de l'occasion pour retourner en Angleteirre , et réorganiser l'association qui venait d'être dissoute. Ses espérances de succès étaient fondées sur l'orgueil et l'inexpérience du prince Edouard , qui , oubliant le passé , s'était entouré de soldats étrangers, et avait confié à leurs chefs la garde de ses châteaux. Une telle conduite , non seulement réveillait les soupçons des barons , mais encore lui aliénait laffection des royalistes. Plusieurs de ceux-ci, privés des dignités auxquelles ils pensaient avoir des titres, s'adressèrent secrètement au comte, et entraî-
(i)Wikes, 55. West. 38o, 38 1.
(q) Apud Brady , ii , App, n° 2o5.
1^8 HISTOIRE b*A]^GtÊTERRB.
lièrent dâiis leur parti un auxiliaire d'un gi'and poids, Gilbert de Clare , fils et successeur du derhier comte de Glocester (i). Son père, par feâ modération , avait souvent mis des bornes à l'îitobifion de Montfort : mais le fils, qui n'avait encore que vingt ans , se laissa totalement guîàét par le comte, et mît à sa disposition Tinfliiencé puissante de la famille de Clare. Henri, à son retour (1263, 10 mars. ), averti des projets dé ses ennemis, ordonna aux citoyens de Londres, aux citoyens des Cinq-Ports et aux princîpau^t barons, de hii faire serment de fidélité, ainsi qu'àson fils aîné, le prince Edouard. Lecomtede Glocester fit des objections à ce second serment î ies partisans le rejoignirent immédiatement à Oxford ; et, peu de jours après ( 25 avril. ) , le comte de Leicester parut à leur tête , ayant déployé la bannière royale. Ils s^emparèrent de Glocester, de Worcester et de Bridgenorth , ravagèrent sans pitié les terres des royalistes, des étrangers et dés habitants qui refusaient de Se mettre dans leurs rangs; et leur nombre s'augmentant à mesure qu'ils avançaient , ils dirigèrent leur marche SUT Londres. Les aldermen (échevins) et les principaux habitants de cette capitale étaient entièrement dévoués au roi ; mais le maire et le peuple se déclarèrent ouvertement pour les barons. Henri
(j) West. 392.
HEMKI IIL 199
était maître de la tour; et Edouard, après avoir enlevé du temple mille marcs d'argent, se hâta de se retirer au château de Windsor, le plus magnifique palais, si nous devons en croire un contemporain , qui existât en Europe. ( i4 juil. ) La reîjie voulut suivre le prince son fils par eau ; mais la populace Tinsulta par les épîthètes les plus dégoûtantes, jeta les plus sales ordures dans le canot royal, et prit des mesures pour le faire couler à fond, en le chargeant de grosses pierres quand il passerait sous le pont. Le maire enfin prit la reine sous sa protection, et la mit en sûreté dans le palais épiscopal près Saint-Paul (i). Le roi des Romains reparut alors sur la scène en qualité de médiateur. La négociation dura trois semaines : mais Henri fut obligé de céder au pouvoir toujours croissant de ses adversaires , et il fut convenu que les châteaux royaux seraient remis de nouveau entre les mains des barons, qu'on bannirait encore les étrangers, et que les articles provisoires d'Oxford seraient confirmés, après avoir subi les changements qu'un comité, nommé à cet effet, aurait jugés nécessaires. Henri revînt à son palais de Westminster; on choisit de nouveaux officiers d'état, et Ton no-
(i) Ghron. Dunst. 356 , 357. Rym. i, 768, 772. Wikes , 56, 57. Trivet. 21a. Wlndesores, quo non erat ad id tempus «plendidius infrà fines Ëuropae. Vest. 383.
tîfia les concessions du roi aux conservateurs de la paix dans les différents comtés.
Il y avait dans le traité un article qui se trouvait favorable aux intérêts de Henri : c'était celui qui obligeait à obtenir Tassentiment du parlement. On éleva tant d'objections, on présenta tant de réclamations d'indemnités contre les barons pour les pavages qu'ils avaient commis dans leur dernière expédition, que deux parlements successifs s'assemblèrent (9 sept.) sans que Ton pût conclure aucun arrangement final. ( i4 oct. ) Mais le temps qu'on obtint de cette manière fut utilement employé à rattacher à la cause royale quelques uns des associés. Plusieurs de ces derniers se réunirent au roi , mécontents de l'arrogance et de l'ambition de Leicesler , qui proposait que les pouvoirs des nouveaux commissaires continuassent pendant toute la vie de Henri et d'Edouard ; d'autres furent attirés par des concessions de terres ou des promesses de récompense. Le roi se trouva assez fort pour se mettre en campagne. H ne réussit pas dans la tentative qu'il fit pour s'emparer de Douvres ; mais il manqua de surprendre le comte de Leicester , qui , avec un petit corps de troupes, se rendait de Kenîlworth à Southwark. Henri parut d'un côté de la ville , le prince de l'autre , et les royalistes qui étaient dans la cité en fermèrent les portes. Le danger parut si éminent , que le
comte , décidé à ne point se rendre , engagea ses compagnons à se revêtir de la croix , et à se préparer à la mort par des actes de religion. Mais on perdit l'occasion par une trop stricte observation des coutumes du temps. L'armée royale envoya à Leicester un héraut pour l'engager à se rendre ; et , pendant ce délai , la populace , apprenant le danger de son favori, enfonça les portes, et l'introduisit dans la cité (i).
( i4dëcemb. )Lapuissance desdeux partisse trouvait maintenant plus également balancée ; et leurs craintes mutuelles les portèrent à écouter les exhortations pacifiques desévêques. On convint de soumettre tous les points de la contestation à l'arbitrage du roi de France : expédient déjà proposé l'année précédente par Henri , mais qui avait été rejeté par Leicester. Louis accepta cet honorable office , et somma les deux parties de paraître devant lui à Amiens. Le roi s'y rendit en personne: le comte , qui était retenu chez lui par suite d'une chute de cheval, réelle ou prétendue, y envoya des fondés de pouvoirs. Les deux parties jurèrent solennellement de s'en tenir à la décision du monarque français. Louis écouta les allégations et les arguments de chacun, consulta sa cour, et prononça un jugement en faveur de Henri.
(i) Chron. Dunst. 358, 36o. Rym. i, 773, 775. Wikes, 67, West. 383,384.
âOâ filSTOIHB D ANGLKtEHRË.
(ia64, aSjan.) H annula les articles provisoires d'Oxford, comme destructeurs des droits delà couronne , et dommageables aux intérêts de la nation ; ordonna que les châteaux royaux fussent rendus ; donna au roi Tautorité de nommer tous les oflficîers d'état et ceux de sa maison , et d'appeler à son conseil les personnes qu'il jugerait convenable, indigènes ou étrangères ; le réintégra dans la position où il se trouvait avant la réunion du «parlement insensé; » et ordonna de mettre en oubli toutes les offenses commises par l'un et l'autre parti. Ce jugement fut bientôt après confirmé par le pape ; et l'archevêque de Canterbury reçut Tordre d'excommunier tous ceux qui, en violation de leurs serments, refuseraient de s'y soumettre (i).
Les barons avaient déjà pris leur résolution. Au moment où l'on annonça cette décision , ils déclarèrent qu'elle était , dans tout son contenu, contraire à la vérité et à la justice, et résultait seulement de l'influence fâcheuse que la reine, femme de Louis et belle-sœur de Henri, avait acquise sur l'esprit de son mari (a). Les hostilités recommencèrent aussitôt t et comme tous les propriétaires furent alors forcés d*adhérer à l'un des deux partis, les flammes de la guerre civile
(i) Rymer , 776, 778 , 780 , 784.
(2) Annal. Wigom. 49^. Dunst. 363.
HSNHi lit. AOS
Se rallumèrent âaûÉ presque tout le royaume. ï)ansle nord, le Comwall(Cornouaîlles)etleDê- ^onshîre, la supériorité marquée des royalistes obligea les amis des barons à dissimuler leurs isentiments réels : les comtés du milieu et les frontières du pays de Galles étaient à peu près également partagés d'opinion; mais dans les Cinq- Forts , dans la métropole et les districts voisins, Montfort gouverna sans opposition. (3i mars.) Son partisan, Thomas Fitz-Thomas, avait été revêtu \iu titre et des fonctions de maire de Londres ; et utne convention pour leur sûreté mutuelle fut si- :gtïée par cet officier et la communauté de la cité, 4*une pajpt, et les comtes de Leicester, de Glocester et de Derby, Hugues-le-Dépensier (Despenser j, grand justicier, et douze barons, de l'autre. Dans les a^jssemblées de quartier, tout individu mâle au-dessus de douze ans devint membre de Vassociatiott : on nomma un connétable et un maréchal p*our la cité : et Ton donna des ordres pour qu'au son de la grosse cloche de Saiqt-Paul, ils se rassem blassent tous en armes et obéissent à l'autorité de cet officier. L'efficacité de ces nouveaux arrangements fut mise immédiatement à l'épreuve. Soit que Leicester cherchât à placer les citoyens dans une position qui ne leur laissât point espérer de pardon , soit qu'il voulût sje procurer de l'argent pour ses opérations futures, le justicier, Hugues-le-Dépensier (Despenser), sortit de
la tour, se mit à la tête des bandes associées, et les^ mena détruire les deux palais du roi des Romains à Isleworth et à Westminster, et les maisons des nobles et des citoyens connus pour être attachés? à la cause royale , ou soupçonnés de 1 être. Le. s juges du banc du roi et les barons de Téchiquieic furent jetés en prison : les fonds appartenant aux: marchands étrangers et aux banquiers qui, pour plus de sûreté, les avaient déposés dans les églises, furent portés à la tour : et les Juifs, au nombre de cinq cents , hommes , femmes et enfants , , conduits dans un lieu de détention. Le Dépen- sier fit choix parmi ceux-ci de quelques uns de s plus opulents, afin de s'enrichir lui-même pac leur rançon : on abandonna le reste à la cruauté et à la rapacité de la populace , qui , après avoir dépouillé ces malheureux de leurs vêtements^ les massacra tous de sang-froid. Cock-ben-Abraham, que l'on regardait comme le personnage let plus riche de tout le royaume, fut tué dans sa^. propre maison par Jean Fitz- Jean , l'un des barons. L'assassin s'appropria d'abord les trésors de; sa victime : mais il pensa bientôt après qu'il serait plus prudent de s'en assurer la moitié , eo: faisant présent du reste à Leicester (i).
Xi) Wikes , 59 , 60. West. 385. Le comte de Glocester ût aussi assassioef les Juifs à Canterbury ; et le comte de Derby détruisit leurs maisons à Worcester, g% les força à recevoir le
HENEI m. 205
Henri avait sommé les tenanciers de la couronne de venir le trouver à Oxford ; et ayant été rejoint par Comyn, Bruce et Baliol , lords des frontières d'Ecosse , il déploya son étendard , et se mit lui-même à la tête de l'armée. Ses premières tentatives réussirent. Northampton , Leîcester et Nottingham, trois des forteresses les plus importantes, possédées par les barons, furent successivement réduites ; et Ton trouva parmi les captifs ♦ Simon , fils aîné de Leicester, quatorze autres bannerets, quarante chevaliers et un grand nombre d'écuyers. De Nottingham , il se vit rappelé vers le Kent par le danger de Henri , son neveu , assiégé dans Rochester. ( a6 avril. ) A son approche , l'ennemi , qui avait pris et pillé la cité , se retira avec précipitation , et le roi , après une tentative infructueuse pour s'assurer la coopération des Cinq-Ports , établit son quartier général dans la ville df& Lewes (i).
Leicester ayantaugmentéson armée d'un corps de quinze mille citoyens , sortit de Londres dans
baptême. On prétendit, pour justifier ces actes, qu'ils étaient attachés au roi, qu'ils possédaient le feu grégeois, qu'ils avaient de fausses clefs des portes de la ville, et qu'ils avaient pratiqué des passages souterrains qui conduisaient de leurs maisons hors des murailles. Dunst. 368. West. 385, 386. Triv. ai4'
(i) Dunst. 366,369. West. 385. Wikes, 60, 61. Annal. Roffen. 35i.
la résolution d'amener la contestation ^ une fin« De Fletching, il envoya une lettre à Henri ^ protestant que pi lui ni ses associés n^vaient pris les armes contre le roi , mais contre ses mauvais conseillers , qui jouissaient et abusaient de la cpnfiance de leur souverain. Henri répondit par un défi public » accompagné d'un message du prince Edouard et du roi des Romains , décla*ranti au nom des barons royaux , qu^ Taccusartion était fausse ; traitant Montfort et ses adliérents de parjures ; et appelant les comtes de Leicester et de Derby à comparaître devant la cour du roi, et à y soutenir leur assertion en cotp* bat singulier. Après Tobser vation de ces formes» que Talliance féodale entre le seigneur et h vassal rendait nécessaires, Montfort se prépara au combat. Ce chef avait eu le talent particulier de p^r^uader à ses partisans que la cause pour la^ quelle ils combattaient était la cause du cîeL ( |3 mai. ) Il leur représenta dans cette occasion que leur but était la liberté et la justice , et.^uô leur adversaire était un prince qui , par la violation répétée des serments les plus solennels , les avait dégagés de leurs allégeances , et avait attiré ^ur sa tête la paalédiction du Très-Haut. Il ordonna à chaque soldat de s'attacher une croix blanche sur la poitrine et sur l'épaule, et d'employer le soir suivant à des actes de religion. Dès le grand matin , il marcha en avant : et
laissant ses bagages et son étendard surj le sommet d'une colline, à environ deux milles de Lewes , il descendit dans la plaine. Les fourr^-» geurs de Henri avaient découvert et annoncé son approche ( 14 ^^' ) > et les royalistes, partagés en trois divisions, attendaient son attaque dans )e plus grand silence. Leîcester ayant appelé devant les rangs le comte de Glocester et plusieurs autres jeunes seigoeurs , les fit mettre à genoux et leur conféra Tordre de la chevalerie : et les fiabitants de Londres, qui attendaient avec impatience la conclusion de la cérémonie , s'élancèrent sur l'ennemi , en poussant de grande cris (1). Ils furent reçus parle prince Edouard, rompus eh quelques minutes et chassés jusqu'à l'étendard. Si le prince eût abandonné sa poursuite , et qu'il fût tombé sur l'arrière-garde de^ confédérés , il aurait pu s'assurer la victoire. Mais se rappelant les insultes que sa nière avait souffertjes de la part des citoyens, et les excès dont ils s'étaient dernièrement pendus coupabl^St la voix de la prudence se fit moins entendre qnq cell/e de la vengeance ; et la poursuite des fugitifs l'entraîna , avec la fleur de l'armée , à qmtxe milles au-delà du champ de bataille. Plu$ de trois mille l^abitants de Londres furent tués ;
(i) Il paraît que Tëtendard du roi ëtait un dragoi^, hr^ême que celui des princes wesl-saxons. Dunst. 366. WesU 3Sj.
â08 HISTOIRE d'aNGLETBRRS.
maïs cet avantage fut chèrement acheté par la perte de la victoire et la ruine de la cause royale. Leicester , qui observait avec joie l'impétuosité du prince , tomba avec le reste de ses forces sur Henri et sur son frère. Un corps d'Écossais qui combattait à pied fut taillé en pièces; ses chefs, John Comyn et Robert de Bruce, furent faits prisonniers. Le roi des Romains eut le même sort , et le combat ne se soutint plus que faiblement par les efforts et l'exemple de Philippe Basset , qui combattait près de la personne de Henri. Mais quand ce brave eut succombé à la perte de tout son sang , ses compagnons s'enfuirent : le roi , dont le cheval avait été tué sous lui , se rendit, et Leicester conduisit son royal captif dans le prieuré. Dès que les fugitifs eurent appris le sort de leur souverain, ils revinrent pour partager sa captivité , et se remirent volontairement entre les mains de leurs ennemis (!)•
Quand Edouard revint de sa poursuite, les deux armées avaient disparu. Il traversa le champ de bataille , Jonché des corps des tiiés et des blessés , et s'informa avec anxiété , mais sans fruit, du sort de son père. Comme il approchait de Lewes , les barons en sortirent , et au premier choc , le comte de Warenne avec les
(i) Dunst. 370, 372. West. 387 , 388. Wikes , 62. Paris , 853 , 854.
UENUI 111. 20Q
frères utérins du roi et sept cents chevaux , s'enfuirent à Pevensey, d'où ils s'embarquèrent pour le continent. Edouard , avec un corps de vétérans des frontières de Galles, assez considérable, fit le tour des murailles du château , et ayant appris que son père- était captif dans le prieuré , il obtint de Leîcester la permission de le visiter. Une tentative sans succès que les barons firent contre le château , ranima ses espérances : il ouvrit une négociation avec les chefî? des confédérés , et le matin suivant ( iSmai.), on conclut un traité connu sous le nom de « compromis de Lewes , » par lequel on convint de mettre en liberté tous les prisonniers faits pendant la guerre : de garder en otage les princes Edouard et Henri , comme cautions de la conduite pacifique de leurs pères , le roi d'Angleterre et le roi des Romains ; et de s'en rapporter à la décision de certains arbitres , sur toutes les matières qui ne seraient point entendues à l'amiable dans le prochain parlement On assure que les deux armées perdirent chacune environ cinq mille hommes dans la bataille de Lewes (i).
(i) West. 388. Diinst. 372. Wikes, 63. Dans une lettre qui a e'té conservée par Westminster, et qui paraît avoir élé écrite par un contemporain bien informé , on trouve un rapport différent de la conclusion de la bataille. Il y est dit que Henri ne se rendit pas , mais qu'il se retira dans le prieuré, où il fut rejoint par Edouard , et qu'il consentit au traité , après lu. 14
Par cette victoire l'autorité royale fut renversée aux pieds de Leicester. Le projet d'arbitrage û'était qu'un subterfuge pour tromper le vulgaire : la conduite passée du comte avait prouvé combien peu il se croyait lié par de telles décisions ; et les arbitres eux-mêmes, prévoyant le résultat de leurs travaux, refusèrent l'office dont on voulait les charger. Le grand objet de la politique de Leicester était la conservation de l'influence qu'il avait acquise. Il se conduisait près de Henri, qui n'était plus que Tinstrument commode de son ambition , avec toutes les démonstrations extérieures du respect: mais il ne souffrait jamais que le roi s'éloignât du lieu où il le gardait; et il apposait, sans le consulter, le sceau de l'état sur les ordres que l'on publiait pour l'abaissement de l'autorité royale (i). Au lieu de rendre àla liberté le roi des Romains, ennemi plus déterminé et plus dangereux , il le tint soigneusement renfermé dans le château de Walling-
une vive opposition, afin de sauver la vie du roi desRoiuaiui et des seigneurs captifs que Leicester menaçait de faire toettt-e à mort. Il ajoute que les arbitres devaient être deux Français choisis par six autres Français, prélats ou nobles, et devaient s'adjoindre un Anglais , afin de s'assurer une majorité dans le cas d'une diversité d'opinion. West. "SgS,
(i) Gontrà voluntatem nostram litteras sigillo nostro , quo non nos , sed cornes ipse utebatur pro suo arbitrio , formari fecit. Apud Brady , ii , 653,
HENftI m. ^11
ford,et ensuite dans celui de Kenîlworth, et confia la garde des deux princes au nouveau gouverneur de Douvres, qui avait pour instructions de ne leur rien permettre qui put faciliter leur éva- *sion. Aulieu dé changer les sheriffs (4 juin. ) , on envoya une créature de Leicester dans chaque comté , avec le titre de conservateur de la paix. Cet officier était autorisé à arrêter toute personne qui porterait des armes sans une licence spéciale du roi : il devait prévenir tout ce qui pourrait attenter à la paix ; employer le posse comi^ iatus à arrêter les délinquants ; et faire élire quatre chevaliers pour représenter le comté dans le prochain parlement. ( 23 juin. } Dans cette assemblée , on établit une nouvelle forme de gouvernement qui devait subsister < à moins qu'elle ne fût changée de consentement ûmtuel , jusqu'à ce que le compromis de Lewôs eût reçu son entière exécution , non seulement durant le règne de Henri , mais aussi sous celui d'Edouard j Théritier présomptif, Cette méthode avait été imaginée par les chefs de la faction \ pour cacher au peuple leurs vues réelles ; et elle fut si I;>ien ménagée, qu'ils retinrent en leurs mains l'autorité Souveraine, tandis qu'aux yeux de l'observateur superficiel, ils paraissaient l'avoir rendue au roi et à son conseil. On arrêta dUè Henri déléguerait le pouvoir de choisir ëes con-* selliers à un comité de trois personnes, dont lea
Jll niSTOIEB bANGLETEERE.
actes seraient valides , pourvu qu'ils fussent certifiés parla signature de deux d'entre eux. Le roi envoya immédiatement au comité de Leicester, au comte de Glocester et à Tévêque d'Exeter, un ordre qui les autorisait à former en son nom un conseil de neuf membres, et ils s'empressèrent de choisir à cet effet les plus dévoués de leurs adhérents. Ce conseil reçut des pouvoirs très étendus, qui s'exerçaient sans contrôle, quand le parlement n'était point assemblé. Outre l'autorité ordinaire , il avait la nomination de tous les oflBcîers d'état, de ceux de la ioaaisôn du roi, et de tous les gouverneurs des châteaux royaux. Trois d'entre eux étaient chargés de rester constamment près de la personne du roi : ils devaient tous se réunir pour les objets de grande importance ; et la majorité de deux tiers était requise pour valider leurs décisions. Jusqu'ici le comité originaire semblait avoir été oublié : mais on arrêta que lorsque le conseil serait assez divisé d'opinion pour qu'on ne pût obtenir l'assentiment de deux tiers , la question serait réservée à trois électeurs, qui rendraient leur décision ; artifice par lequel , sous le modeste prétexte de prévenir toute dissension, ils s'investissaient en effet de l'autorité souveraine. Par des actes additionnels , on arrêta encore qu'aucun' étranger, quoiqu'il pût aller, venir, ou résider en paix , ne pourrait être employé sous le gouvernement : que
HENRI m. Il5
tous les griefs passés seraient mutuellement oubliés ; et que les deux chartes , les actes passés l'année précédente , en conséqujBnce des statuts d'Oxford, et toutes les anciennes et louables coutumes du royaume, seraient inviolablement observés (i).
Le comte jouissait alors en réalité d'une au-\ torité plus étendue que Henri ne l'avait jamais possédée ; mais il s'aperçut bientôt qu'il aurait besoin des efforts de toute sa puissance, pour conserver l'objet de son ambition. Les nations étrangères et le souverain pontife épousèrent avec . ardeur la cause du monarque captif. Des. aven- . turiers de toutes les provinces de France ve-; naient en foule se réunir sous l'étendard royal , qu'Éléonore avait déployé à Damme (2) en Flan- , dre ; et une flotte nombreuse s'assemblait dans . le port, pour transporter en Angleterre les milliers de personnes qui avaient juré d'humilier l'orgueil d'^in sujet déloyal et ambitieux. Afin de s'opposer à leurs projets ( 3 août.), Lèicester appela au camp des Dunes de Barham, non, seulement les tenanciers militaires du roi, maïs toutes
(i)Rym. 1, 79I) 795. Brady, 11, App. n*» 2i3, 214 (2) Petite ville forte de la Flandre occidentale , dans le royaume des Pays-Bas , à une lieue et demie nord nord - csf' âe Bruges. ( Note du traducteur. )
214 HtSTOIIlB D^ANGtETEHRE.
les force» de la nation (i); et prenant lui-même le commandement de la flotte, il croisa dans les détroits pour intercepter les envahisseurs. Les vents semblaient ligués avec le comte s l'armée de la reine fut retenue plusieurs semaines dans les environs de Damme^; et les soldats se débandèrent graduellement , quand le court espace de temps pour lequel ils s'étaient engagés à servir fut expiré. A la même époque , le pOntife avait chargé Guido , cardinal -évêque de Sabine, de se rendre en Angleterre, et de prendre Henri sous la protection papale : mais l'avis que reçut cet envoyé d'une conspiration contre sa vie l'empêcha de passer la mer, et il se contenta d'appeler quatre prélats anglais à comparaître devant lui à Boulogne. ( 12 octobre. ) Ils obéirent après beaucoup de tergiversations : mais
•(i)l(0a tenanders militaires reçurent l'ordre , sont peîne de fëicmie , d'amener avec eux ^on seuleraien^ les forces spécifiées par leurs tenures , mais toute la cavalerie et tout^ Vin^ fanterîe qu'il ëtait en leur pouvoir de fournir. Chaque raunicfpalitë fut obligée d'cfnvoyer quatre , six ou huit fantassins bien armes avec lances , arcs , flèches , épées , arbalètes et Lâches , lesquels devaient servir quarante jours aux dépens de la communauté ; et les cités et bourgs reçurent l'ordre de fournir autant de cavaliers et de fantassins que le sberiflT en désirerait. Aucune excuse, soit en raison du court espace de temps , de l'approche de la moisson ou de toute autre convenance particulière , ne fut admise. Voyez cette somma- $ioa extraordinaire dans Brady , 11 , App. n® 217.
HENRI m. 2l5
ils appelèrent de sa^juridîction à 1 équité, du pape , ou à un concije général : etquoîqullsi coq-, sentissent à se charger d'une sentence d excommunication contre les ennemis du roi , ils se la laissèrent volontairement saisir par les offi-. ciers, à Douvres. Leur appel fut approuvé par l'assemblée du clergé , convoquée ( 23 ociobi-e. ) à cet effet ; et Guîdo , après avoir lui-même publié ( 3o octobre. ) Texcommunication à Hesdin, s'en retourna à Rome , ou il fut é}evé u la chaire de , Saint-Pierre sous le nom de Clémept IV (i).
Pendant Tété , Lejcester avait été fatigué de sollicitations réitérées pour 1 élargissement des deux princes, Edouard et Henri. Il parut, Thiver suivant , vouloir acquiescer aux vœux qu'on lui exprimait, et convoqua un parlement qui devait se réunir après Noël , dans le dessein avoué de donner à une mesure aussi imposante la. sanction de la législature. Mais la manière extraordinaire dont il constitua cette assepiblée fit paître le soupçon que son but réel était de cojç^so- Uderet de perpétuer son propre pouvoir. On ne convoqua que les prélats et les barons connus pour appartenir à son: parti , et on compléta la réunion par des représentants des comtés, des cités et des bom'gs(a), qui, choisis sous son in-
(i) Dunst. 373, 374. Rym. i , 798-800. West. 388 , 389/ 394.Wike8,65,65.
(a)Rym. I, 8o3, 804.
âl6 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
fluence , se monlrèrent les ministres soumis de sa volonté. On employa plusieurs semaines en négociations particulières avec Henri et son fils. Leîcester connaissait le caractère indomptable d'Edouard : il ne voulut consentir à ce que le prince échangeât sa prison pour la compagnie de son père , qu'avec la condition qu'il resterait encore sous la surveillance de ses gardiens , et qu'il prouverait sa reconnaissance de cette faveur , en cédant au comte et à ses héritiers le comté de Chester , le château du Pec et la ville de Newcastle sous Tyne , propriétés en échange desquelles il recevrait d'autres terres d'un égal revenu annuel. (1265, i3mars.) Les conditions furent enfin fixées et confirmées par le parlement , avec toutes les sûretés additionnelles que la défiance de la faction pût imaginer. On arrêta que les chartes et les ordonnances seraient inviolablement observées ; que le roi ni les princes ne pourraient jamais poursuivre le comte ou ses associés pour leur conduite passée ; que s'ils le faisaient, leurs vassaux et leurs sujets seraient relevés de l'obligation de fidélité, jusqu'à ce qu'on eût obtenu justice complète et que leurs complices eussent été punis de l'exil et delà confiscation; que les barons déliés par le roi avant la bataille deLewes renouvelleraient leur hommage et leur serment de fidélité, mais à la condition expresse que cet hommage el cette fidélité ne les lieraient
plus si le roi violait sa promesse ; que le commandement des châteaux royaux serait ôté aux personnes suspectes, et confié à des officiers d une loyauté éprouvée ; que le prince ne pourrait quitter le royaume de trois années, spus peine d'être déshérité ; qu'il ne pourrait choisir lui-même ses conseillers et ses compagnons , mais qu'il les recevrait du conseil d'état ; qu'avec le consentement de son père , il remettrait aux barons , pour cinq ans , cinq châteaux royaux , comme des gages, de sa conduite , et donnerait en cautionnement à Leicester la ville et le château de Bristol , jusqu'à ce qu'on eût effectué le transfert complet et légal de Chesler , du Pec et de Newcastle, que les deux princes Henri et Edouard jureraient d'observer tous ces articles , de ne jamais solliciter d'être affranchis de leur serment , et de ne faire aucun usage de l'aiffranchissement que le pape pourrait prononcer à cet égard ; et qu'enfin ils s'obligeraient à' faire reconnaître le présent arrangement, et de la manière la plus complète possible, en Irlande, en Gascogne, en Ecosse et dans tous autres pays sujets.au roi d'Angleterre (1). Ces
(i) Par Trelond , par Gascoigne , par le roi de Escfaoce , e par tdtes les teres sugeites au roi de Engletere. Brad. i, App. 34. Ce curieux passage montre que le parlement à cette époque considérait FÉçosse comme un fief de la couronne d'Angleterre.
2l8 HttTOIRB d'awGIETBRRE.
conditions étaient de celles que la nécessité seule peut arracher : et pour ajouter à leur stabilité , elles furent pour la plupart recueillieisi dans une ordonnance signée par le roi , et envoyée à tous les sheriffs , avec Tordre de les publier deux fois Tan , en cours plénières des comtés.
On doit supposer que le projet d'appeler au parlement les représentants des comtés , des villes et des bourgs , résultait de ce système , que le comte avait long-temps suivi, d'attirer sur lui-même Taffection du peuple, en flattant ses préjugés. Ses efforts n'avaient point été infructueux. Les hommes du plus haut rang dans la société pouvaient percer le voile sous lequel il cherchait à cacher son ambition : mais la masse de la nation le considérait comnae le réformateur des abus , le protecteur des opprimé^ , et le sauveur de son pays. Quelques parties même du clergé et plusieurs corporations religieuses , aigries par les exactions du roi et du pape, crurent à la réalité de ce qu'il avançs^ît, et l'on vit des prédicateurs qui , malgré son excorpmunîcation prononcée par le légat , firent de ses vertus le thème de leurs sermons, et exhortèrent leurs auditeurs à se joindre au protecteur du pauvre, et au vengeur de l'église (i). Dans Tinté-
(i) Bym. I9 8a3. West. 395. U est curieux de comparer
HENRI ÎIU $IQ
rieur du royaume personne n'osait méconnaître son autorité. Ce fut seulement vers ses limites qu'on lui opposa quelque inutile résistance. Il méprisa ou feignit de ne point s'apercevoir de la désobéissance^ de quelques chefs éloignés, sur ]es confins de l'Ecosse ; et par sa promptitude et sa décision, il réprima dès leur naissance les hostilités commencéçs par les lords de la frontière du pays de Galles. Il força Roger de Mortlmer et ses partisans à mettre bas les arm es (i 265 > is janv.), à livrer leurs châteaux et à subir le jugement de leurs pairs, qui les condamnèrent à §'expatrier , les uns pour une année , Us autres pour trois ans , et à résider en ïrlap^ïe pendant leur exil. Ils parurent se soumettre f mais ils se ca-« chèrent près des côtes de Ja mpr , et au milieu des montagnes de GalleSi dan^ l'espérance que quelque événement nouveau leur permettrait en* core de tirerl'épéetet de pombattrè pour la cause de leur souverain (i).
Il avait fallu à Leipester plusieurs années et beaucoup de travaux pour atteindre le faîte de sa
iûB émwns opposes He cette époque. Wîkef et le secrétaire dans Westmiiister (592-395) soiit. des royalistes , et blâment sévèrement l'ambition et la trahison de Leicester ; mais l'opinion des chroniqueurs de Dunstaple (363) et de Wayerley ( 220 ) est qu'il vécut comme un saint et qu'il mourut comme un martyr.
(i)Wiltes,65.West.594.
2%0 HISTOIRE DANGLETERRE.
puissance ; maïs la rapidité de sa chute passa tous les calculs de ses plus grands ennemis. Il avait jusqu'ici partagé son pouvoir avec les comtes de Derby et de Glocester : mais , s'il était trop ambitieux pour souffrir un égal , ils étaient trop orgueilleux pour se courber devant un sujet comrrie eux : de fréquentes altercations trahirent leur secrète jalousie : l'arrestation soudaine et l'emprisonnement de Derby , accusé de correspondre avec'les royalistes, avertirent Glocester de son propre danger. Il eût partagé la captivité de son ami, s'il n'eût assisté à un grand tournoi à Nôrthampton (igavni. ) : il déconcerta, par son absence, les plans de son ennemi, et rappelant Mortimef et les exilés, il déploya l'étendard royal au milieu de ses tenanciers. Leicester marcha ( a? avrà. ) immédiatement sur Hèreford avec le roi ^ le prince et un corps nombreux de chevaliers. Afin de prévenir l'effusion du sang, leurs amis communs intervinrent : une réconciliation fut effectuée , et quatre arbitres entreprirent de concilier leurs différents. Mais tout était faux sous cette apparehce d'amitié. Leicester cherchait à circonvenir son adversaire : Glocester attendait pour la délivrance d'Edouard le résultat d'un plan qu'il avait concerté par l'intermédiaire de Thomas de Clare , frère du comte et compagnon du prince.
Un jour , après le dîner , Edouard obtint là
HENRI HT. ââl
permission d aller prendre l'air hors des murs de Hereford( 28maî.), sous la surveillance de ses gardiens (i). On se dirigea vers Widmarsh. Là, on proposa d'essayer la légèreté des chevaux, plusieurs courses eurent lieu, et l'après-midi se passa dans une succession d'amusements. Un instant avant le coucher du soleil , parut sur la montagne de Tulington une personne montée sur un cheval de bataille gris , et balançant en l'air son bonnet. Le prince reconnut le signal, et faisant ses adieux à la compagnie , il se mit au galop avec son ami, un autre chevalier, et quatre écuyers. Les gardiens le poursuivirent : mais sous quelques instants, Mortimer, suivi d'une troupe d'hommes armés, sortit d'un bois , reçut Edouard avec des acclamations de joie et le conduisit à son château de Wigmore. Le jour suivant le prince rencontra le comte de Glocester à Ludlow. Ils s'engagèrent mutuellement à oublier toutes les injures passées , et à réunir leurs efforts pour délivrer le roi, à condition qu'il gouvernerait suivant les lois et exclurait les étrangers de ses conseils (2).
Quand Leicester reçut la nouvelle de l'évasion d'Edouard, il présuma que ce prince était allé
(i) Wikes , 66. West. 3g4- I-ie moîne de Meirose (240) cite un exemple curieux du soin avec lequel Edouard était gardé. (2) Rym. 1 , 8u. Wikes , 67. Wesl. 5g5. Mailros, 23o.
522 HISTOIRE d'an G LEXERRE.
joindre le comte de Warenne ^et Guillaume de Valence, qui, peu de jours auparavant, étaient débarqués avec cent vingt chevaliers sur la côte duPembrokeshire. Ignorant cependant ses mouvements réels, il n'Osa pas îe poursuivre : mais îl envoya , au nom du roi , des ordres aux tenanciers militaires de la couronne ( 3o mai. ) de s'assembler d*abord à Worcester, et ensuite à Giocester. Il y ajouta des lettres circulaires (7 juin.) pour les évêques , accusant Edouard de rébellion , et requérant une sentence d'excommunication contre tous les perturbateurs de la paix , «du plus élevé au plus bas (1). » Les royalistes s'étaient sagement déterminé à couper toutes ses communications avec le reste du royautiie , en se rendant maître de la Severn. Worcester ou* vrit ses portes à l'instant: on prît Giocester d'assaut : et le château , après un siège de quinze jours , se rendit , à condition que la garnison ne pourrait servir pendant les quarante Jours suivants* On détruisit ensuite tous les ponts : la plus petite barque fut coulée ou brisée , et leâ gués furent creusés ou surveillés par de forts détachements. Leicèster, pris comme dans un filet, restait inactitàHereford : mais il attendait Tarrivée des troupes qu'il avait appelées , et il conclut avec Llewellyn de Galles un traité d'alliance ,
(i)Rym.i,8ii-8i3.
HENRI nu 025
par lequel, pour un prétendu paiement de trente mille marcs , Henri résignait tous les avantages que ses prédécesseurs et lui avaient obtenus, par leurs exploits , des princes de cette contrée. Enfin , renforcé par un parti de Gallois , îe comte marcha vers lé sud ( 28 juin. ) , prit et détruisit le château de Monmouth , et fixa son quartier général à Newport. Là , il attendit une flotte de transports pour le conduire à Bristol : mais les galères du comte de Glocester bloquaient lemboucbure de TAvon ; et Edouard , avec les plus braves de ses chevaliers , fit une tentative pour s'emparer de la ville même de Newport. La partie qui se trouve sur la rive gauche de l'Usk fut enlevée ; mais la destruction du pont arrêta les progrès des vainqueurs , et Leicester avec ses compagnons découragés se sauva dans le pays de Galles (1).
Les revers actuellement succédaient aux revers , et sa dernière lueur d'espérance s'éteignit parla défaite de son fils Simon de Montfort. Ce jeune seigneur était occupé au siège de Pevensey, sur la côte de Sussex , quand il reçut l'ordre du TiDî de se rendre à Worcestér ( 12 juillet J. Danâ êâ marche , il saccagea la cité dô Wincheëtet , qui lui avait fermé ses portes , pasëa tranquillement à travers Oxford , et gagna le château dé
(i) Rym, 1, 814. Wikes , 68. Waver. ai8^, 219.
âS4 HISXOIRB P'aHÔIBTEKRE.
Kenîlworth , principale résidence de sa famille. Il y resta quelques jours dans une sécurité trompeuse , attendant les ordres de son père. Margot, femme qui, sous des habits d'homme , remplissait l'office d'espion , informa le prince que Simon était dans le prieuré , et ses compagnons dans les fermes voisines. Edouard forma immédiatement le projet de les surprendre dans leurs lits ; et partant de Worcester dans la soirée , il arriva à Kenilworth le matin suivant ( i"août) , vers le lever du soleiL Douze bannerets avec tous leurs suivants furent faits prisonniers, et leurs chevaux et leurs trésors devinrent le prix de l'activité des capteurs. Simon seul, avec ses pages , s'échappa nu dans le château (i).
Le même jour , Leicester avait traversé la Severn à gué, et s'était arrêté à Kempsey, à environ trois milles de Worcester. Heureux de se trouver enfin sur la rive gauche de la rivière ,
(i) Wikes, 69, 70. Waver. 219. Le moioe écossais de Melrose donne une singulière raison de ce que Simon et ses chevaliers couchaient hors du château. C'était , dit-il y pour le plaisir de se baigner aussitôt qu'ils se levaient le matin , ce qui les rendait plus alertes dans les combats. Mail. 25o. Sa description de leur surprise et de leur fuite est curieuse. Gerneres ibi quosdam onMiinô nudos fugere, nonnullos bracchas tantùm habentes supei* se, quosdam verô camisias et ferooralia tantùm. Multi tamen tulerunt pannes suos inter ulnas. a3i«
HENRI III. ti&^
et Ignorant le sort de son fils , et les mouvements de Tennemî , il se dirigea sur Evesham , dans l'intention de continuer sa marche le lendemain matin pour Kenilworth. Xe prince était revenu avec ses prisonniers à Worcester : mais il quitta cette cité dans la soirée ; et pour masquer son dessein réel , il prit la route qui conduisait à Brid-^ genorth. Il passa la rivière près de Clains, et tournant à droite , il arriva avant le lever du soleil dans le voisinage d'Evesham. Il prit position (4 août.) sur le sommet dHine colline, dans la direction de Kenilworth : deux autres divisions, sous les ordres du comte de Glocester et de Roger de Mortimer, occupaient les autres routes. Comme les royalistes portaient les bannières de leurs captifs , l'ennemi les prit pour l'armée de Sii^on de Montfort. Mais la méprise fut bientôt reconnue. Leicester, placé sur une éminence, examina leur nombre et leur disposition , et on l'entendit s'écrier : « Que le Seigneur ait pitié de nos âmes , »car nos corps sont au prince Edouard. » Selon sa coutume , il passa quelque temps en prières et reçut le sacrement. Son premier objet fut de se faire jour à travers la division de la colline. Déçu dans sa tentative , et en danger d'être entouré , il ordonna à ses troupes de se formeç en cercle , et de s'opposer de tous côtés aux charges de l'ennemi. Pendant quelque temps, le courage du désespoir lutta contre la supériorité^ m. i5
<2d6 HisToiRB ]>'ang]:bteere«
du nombre. Le vieux roi, qui avait été forcé de paraître dans les rangs, fut légèrement blessé ; et comme il tomba de son cheval, il eût probablement été tué, s'il n'eût crié à son antagoniste : « Arrête , compagnon , je suis Harry (Henri) de Winchester. » Le prince reconnut la voix de son père , il vola à son secours , et le conduisit en lieu de sûreté. Pendant son absence , le cheval de Leîcester fut tué sous lui ; et comme ce comte combattait à pied , il demanda « si Ton faisait quartier. » Une voix répondit , « Point de quartier pour les traîtres ! » Henri de Montfort , son fils aîné , qui ne voulut pas le quitter, tomba mort à ses pieds. Son corps fut bientôt couvert par celui de son père. Les royalistes obtinrent une victoire complète , mais sanglante. Parmi les partisans de Leicester, tous les barons et les chevaliers furent tués, à l'exception d'une dizaine , qu'on trouva respirant encore, et qui guérirent de leurs blessures. Les soldats à pied de l'armée royale , à ce que l'on dit pour sauver l'honneur des chefs, commirent toutes sortes d'iniquités sur le corps du comte. On recueillît ensuite ses restes déchirés, par les ordres du roi, et on les enterra dans l'église de l'abbaye (i).
(i) Waver. 219, aao. Dunst. 384. ''^est. 5g5. Rischanger, oont. Paris , 855, Maiiros , ikSi , a3a. C«l aninliste est le plus
Par cette victoire , le sceptre fut replacé dans les mains de Henri. Avec leur chef , les barons perdirent toutes leurs espérances : ils mirent volontairement en liberté les prisonniers détenus depuis la bataille de Lewes , et attendirent avec anxiété la détermination du parlement, convoqué à Winchester. ( Sseptembre. ) On déclara dans cette assemblée que toutes les concessions et patentes délivrées sous le sceau du roi pendant le temps de sa captivité seraient révoqués ; que les citoyens de Londres , à cause de leur obstination et de leurs excès , seraient privés de leur charte ; que la comtesse de Leicester et sa famille quitteraient le royaume ; et que les propriétés de tous ceux qui avaient été les adhérents du dernier comte seraient confisquées. (6 novembre. ) La rigueur de ce dernier article fut adoucie ensuite par une déclaration du roi , qui accordait un pardon général à ceux qui prouveraient que leur conduite n'avait pas été volontaire , mais l'effet de la contrainte (i). Ces mesures cependant n'étaient point calculées de manière à rétablir la tranquillité publique ;
enthousiaste, dans les louanges qu'il donne à Leicester, de tous nos Historiens nationaux. II emploie sept pages pour prouver sa sainteté par un grand nombre de miracles ridicules. Selon lui, le Dépensier même fut un martyr de justice. 232 , 23û, (i) Claus. 5o. Henr. III. M. 10. d. Apud Brady , n, 654,
ceux qui en étaient victimes, entraînés par le besoin de la vengeance , ou forcés par la misère, eurent encore recours à l'épée : les montagnes , les forêts et les marais leur fournirent des lieux de retraite , et les flammes d'une guerre dévastatrice s'allumèrent dans la plus grande partie du royaume. Le prince Edouard employa plus de deux années à réduire' ces insurrections partielles et successives. Il força en premier Heu Simon de Montfort et ses alliés, qui avaient trouvé un asile dans l'île d'Axholm , de se soumettre à l'arrêt qui serait prononcé par le roi des Romains et par lui. Il conduisit ensuite ( 27dëc.) ses forces contre les habitants des Cinq - Ports , qui s'étaient long-temps distingués par leur attachement àLeicester, et qui, depuis sa chute, avaient par leur piraterie interrompu le commerce du détroit , et s'étaient saisis de tous les navires appartenants aux sujets du roi. La prise de Winchelsey, qui fut emportée d'assaut, leur apprit à respecter l'autorité du souverain : et leur puissance sur mer fit désirer au prince de les rappeler à leur devoir et de les attacher à la couronne. Ils jurèrent fidélité à Henri, et en obtinrent en retour un entier pardon , et la confirmation de leurs privilèges. Des Cinq-Ports, Edouard se rendît dans le Hampshire, qui, ainsi que te Berkshire et le Surrey, était ravagé par de nombreuses bandes , sous le commandement d'A-
HENUI III. 22g.
dam Glprdon , l'homme le plus robuste de son temps.K)n les surprit dans un bois prés d'Alton. Le prince engagea un combat singulier avec leur chef, le blessa et le démonta ( 1267 » ^ ™»i- )9 ^t en récompense de sa valeur lui accorda son pardon ( i).Cependantla garnison deKenilworth continuait à braver la puissance royale, et ajoutait même des outrages à sa désobéissance. Ayant , dans une de ses excursions, pris un courrier du roi , on lui coupa une main , et on le renvoya avec un insolent message à Henri. Pour soumettre ces rebelles opiniâtres , il fut nécessaire de réunir toute la chevalerie du royaume ; mais la force de la place défiait toutes les tentatives des assaillants : et Tobstination de Hastîngs, le gouverneur ( juillet. ) , repoussa pendant six mois toutes les propositions qu'on lui fit au nom du souverain (a).
Beaucoup de personnes , même parmi les royalistes, désapprouvaient l'imprudente sévérité que montrait le parlement de Winchester : et Ton chercha un moyen d'user d'indulgence envers les individus qui en étaient victimes, et de satisfaire en même temps ceux qui avaient profité de la confiscation de leurs biens. Dans cette vue , on nomma un comité de douze prélats et barons
(1) West. 396. Dunst. 385, 387. Wikes , 221 , 222.
(4 Paris, Ô57. Claus. 5o. Henri III. M. 5. Brad. 11, 656.
a3o HISTOIRE d'Angleterre.
dont les arrêts furent confirmés par le roi dans le parlement ( 3i oct. ) , et que Ton appelle le die*tumde Kenilworth. On partagea les délinquants en trois classes. Dans la première se trouvèrent le comte de Derby, Hugues de Hastings, qui Ta* vait mérité par son extrême férocité , et les individus qui avaient si cruellement mutilé le messager du roi : la seconde classe comprenait tous ceux qui, en différentes occasions, avaient tiré 1 epée contre leur souverain : dans la troisième, on plaça les personnes qui, bien qu'elles n'eussent point combattu sous la bannière de Leicester, avaient accepté des emplois sous son autorité. On donna à tous l'option de racheter leurs propriétés, en payant au possesseur actuel des sommes proportionnées , fixées à sept années de re-venu pour les délinquants de la première classe, cinq pour ceux de la seconde , et deux ou une pour ceux de la troisième (i). La grâce fut reçue avec reconnaissance par beaucoup de personnes. La garnison du château de Kenilworth, et les
(i) West. 398, Wikes, aaS. Dunst. 391, 392. On rendît des arrêts pour la vente d'une partie des biens afin de hausser la valeur de Targent. Les personnes qui n'avaient point de biens territoriaux devaient donner la moitié de leurs biens meubles ou marchandises, et trouver des cautions pour leur conduite future. Ceux qui n'avaient ni terres ni biens meubles, devaient jurer qu'ils garderaient la paix du roi, donner des cautions et s'en remettre au jugement de l'église. Voyez le dictum lui-même dans le Recueil des statuts* Londres, 1786, vol. ac, App»p. I.
HBNRi m: â3i
proscrits qui avaient fui dans Tîle d'Ely, la rejetèrent avec dédain, La famine vainquit la té-nacité des premiers ; et ils obtinrent de la clémence du roi (9 dëc.) le don de leur vie^ de leurs membres et de leurs bagages. Les derniers, pensant que leur asile ne pourrait être forcé , se glorifièrent de leur rébellion, et ravagèrent souvent les contrées voisines. L'impunité dont ils jouissaient n'était due cependant qu'à la perfidie du comte de Glocester, qui, sans les mêmes talents que son ancien rival, aspirait à sa renommée et à sa prépondérance. Il exprima son improbation de l'arrêt : les factieux habitants de Londres le choisirent pour leur chef ( 1267,98^1. ) ; et sa présomption s'augmenta par l'arrivée journalière des proscrits des différentes parties du royaume. Henri rassembla tous ses amis pour faire le siège de la capitale ; et quand le comte aperçut du haut des murailles l'armée royale , il réfléchit aux conséquences d'une défaite: il condamna lui-même sa témérité, accepta la médiation du roi des Romains ( i5 juil.) , et rentra dans son devoir , sous la condition d'un entier pardon ( 26 juil. ). Sa soumission amena celle des autres insurgés. Si Llewellyn ne déposa poijit les armes , ce fut seulement dans l'espérance d'obtenir des conditions plus favorables. Le titre de prince de Galles , et le droit à l'hommage des chefs gallois satisfît son ambition ( 35 sept. ) ; et il consentit à faire ser-^
252 HISTOIHE D'ANGLETERRE.
ment de fidélité à Henri, et à lui payer la somme de vingt-cinq mille marcs (i). Le rétablissement de la tranquillité permit au roi de porter son attention sur ce qui pouvait être avantageux à son peuple. Il consentit à profiter des travaux de ses adversaires : et quelques uns des statuts les plus utiles, établis par les barons, furent, avec d'autres lois, reconnus par l'autorité légitime, dans un parlement tenu à Marlborough ( i8 nov.). Pour couronner cet important ouvrage , et détruire , s'il était possible , les derniers symptômes de mécontentement , le clergé abandonna un vingtième de ses revenus pour former un fonds qui donnât aux personnes pauvres le moyen de racheter leurs propriétés , suivant la décision des arbitres de Kenilworth'. Les proscrits de l'île d'Ely furent aussi réduits. La pénurie du trésor avait empêché le roi de prendre contre eux des mesures efficaces : mais la concession pour trois années du dixième des revenus de l'église, qu'il obtint du pape, donna une nouvelle énergie à ses conseils : on jeta des ponts sur les rivières ; on construisit des routes à travers les marais ; et les rebelles revinrent à l'obéissance, à condition qu'ils jouiraient du bénéfice dudictum de Kenilworth, qu'ils avaient
(i) Dunst. 393. West. 398 , 399. Rym. i, 841 , 844, 849. Waver. aa4« Wikes , 83 , 84. Heming. 588. Annal. Nonvic, 398,
refusé avec tant d'entêtement et de mépris (i). Le lecteur a vu Guido, Tévêque de Sabine, à Boulogne, et a été témoin de la part active qu'il prit dans les débats entre le roi et les barons. Son attachement à la cause royale ne s'affaiblit point par son élévation à la papauté. De la chaire de saint Pierre, il suivit avec sollicitude le cours des événements en Angleterre ; il envoya le cardinal Ottoboni pour saisir toutes les circonstances favorables ; il défendit le paiement de la dîme que le clergé avait été amené à donner à Leicester ; il félicita le prince sur sa fuite ; et il exhorta les barons à affranchir leur souverain du contrôle d'un sujet ambitieux. La nouvelle de la victoire d'Evesham le remplit de joie. Il écrivit à l'instant au roi et au prince pour exprimer sa reconnaissance envers le Très-Haut pour un événement aussi favorable; mais en même temps il les engagea instamment à n'user qu'avec modération des forces que leur donnait la victoire ; à tempérer la justice par la miséricorde ; à se rappeler que la vengeance était indigne d'un chrétien , et que la clémence était le plus ferme pilier du trône (2). Quand le légat arriva , il renouvela les instructions du pontife, désapprouvales mesures rigoureuses adoptées par le parle-
(i) Paris , 856. Wîkes , 82 , 86. Dunst. 397. (2) Rym. 1 , 817-829.
534 HI«TOIRB D^ANOtETERRE.
ment de Winchester, et contribua fortement au rétablissement de la tranquillité, en cherchant à répandre Tespritde modération. Du temporel , Ottoboni porta son attention aux matières ecclésiastiques : et parmi les canons qu'il publia, dans un concile à Londres, plusieurs de ceux qui concernaient les commendams(i), la résidence, les dilapidations, les réparations et la pluralité des bénéfices, conservent encore force de loi dans les cours ecclésiastiques (2). Avant son départ, il recommanda les intérêts des chrétiens d'Orient à un nombreux concours de peuple, rassemblé à Northampton(i268, 25 avril.), et il donna la croix ( aS juin. ) aux princes Edouard et Edmond , à Henri , neveu du roi , à vingt-deux bannerets, et à plus de cent chevaliers (3).
(t) Le commendam , ou bënëfîce en commende, ëtaît un bénéfice vacant que l'on confiait au soin d'un clerc qui en remplissait les charges , jusqu'à ce qu'il y eût été convena* sblement pourvu. ( Note du traducteur. )
{1) Wikes , 85. Olhon , son prédécesseur, avait vainement essayé d'abolir l'abus, si invétéré en Angleterre, de conférer plusieurs bénéfices au même individu. Dans l'occasion présente , quelques prélats en appelèrent du légat au pape; mais ils retirèrent le lendemain matin leur appel, d'après le conseil qu'on leur en donna. Ibid. Ils n'auraient certainement pas réussi ; Clément était si inexorable à ce sujet, qu'ayant appris que son neveu possédait trois bénéfices | il le ibr^a à en résigner deux. Spond. 22a*
3)Wîke5iibid«
HENKi m. â35
Il doit paraître extraordinaire que riiérîtier présomptif et le principal appui de la couronne ait choisi ce moment pour une expédition en Palestine. Bien que le pays fût en paix, les blessures causées par la guerre civile étaient à peine fermées ; et le roi avançait rapidement en âge, avec des facultés fort au-dessous de ce que demandait sa position. Mais toutes les considérations d'intérêt personnel se trouvaient absorbées dans un généreux enthousiasme pour ce que l'on regardait comme la cause commune de la chrétienté. Il ne restait presque rien du royau** me primitif de Jérusalem : cependant les chrétiens montraient, pour ce peu même, rattachement le plus extraordinaire : et la perte de la plus petite portion suffisait pour jeter l'Europe dans une douleur profonde , et pour créer armées sur armées, dans la trompeuse espérance de conserver le reste. Antioche venait de tomber : à cette nouvelle , le roi de France , quoique sa dernière expédition lui eût coûté la liberté et presque la vie , reprit la croix ; et Edouard se résolut immédiatement à partager avec ce monarque accompli le danger et le mérite de cette nouvelle croisade. Il attribuait à la Providence la chute de ses ennemis , sa délivrance récente et celle de son père. La reconnaissance demandait qu'il contribuât à affranchir le sépulcre du Christ de la souillure des infidèles. Peut-être
â36 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
toutefois y avait-il autant de politique que de dévotion dans sa conduite. La croisade ouvrait une carrière honorable aux efforts des esprits turbulents et aventureux, qui pouvaient désormais employer contre les Sarrasins les armes que, dans leur pays, ils eussent peut-être été entraînés à tourner contre leur souverain ; et il avait expressément stipulé, stipulation confirmée par des serments et des otages , que le comte de Glocester , Thomme qu'il craignait le plus 5 raccompagnerait ou le rejoindrait en Palestine. ( 1270, 27 mai.) Ayant pris la résolution d'emmener avec lui sa femme Éléohore, fille d'Alphonse, roi de Castille, il nomma un tuteur pour ses enfants, et des gouverneurs pour ses châteaux, et commit le soin de la succession et de l'administration du royaume , en cas de mort de Henri, à son oncle, le roi des Romains, et, après lui , à Henri d'Allemagne , fils de ce monarque (1). Son départ fut sagement marqué par des actes de popularité ; la concession d'une nouvelle charte! aux habitants de Londres ( 16 juillet. ), avec le rétablissement de leurs libertés, et le pardon du comte de Derby, dont les trahisons avaient mérité la punition la plus sévère. Mais tandis que le prince était ainsi occupé, l'armée chrétienne
(1) ayiii, 1 , 86r*864, Wîkes, 90, 91 .
HENBi in. s37
avait traversé la Méditerranée , et se détruisait par les maladies engendrées sur les côtes brûlantes de la Mauritanie. L'esprit facile de Louis avait été entraîné par son frère Charles à porter d'abord ses armes contre le bey de Tunis, qui avait refusé au nouveau roi le tribut qu'il payait aux anciens possesseurs de la Sicile. Quand Edouard arriva (lo nov. ) , il trouva le camp plongé dans la plus profonde affliction. Le prince africain s'était soumis , à la vérité ; mais Louis était mort d'une dyssenterie. Philippe, son fils et son successeur, paraissait empressé d'aller prendre possession de son royaume : et la navigation dé la Méditerranée, en hiver, paraissait une entreprise formidable aux personnes qui n'étaient pas ac-coutumées au climat. Le prince anglais se trouva forcé de retourner avec ses compagnons en Italie. Il fixa sa résidence à Trépani ( i ) , afin de continuer son voyage aux premières journées du printemps ; et envoya son cousin Henri avec des instructionsparticulières en Angleterre. La curiosité porta ce prince à visiter Vitcrbe , dans la compagnie des rois de France et de Sicile, afin d'être témoin de l'élection du pape Clément IV (1271, i5mars. )J'
(i) Aujourd'hui Trapani , jadis Drapanum, ville de Sicile, dans le val di Mazzara, à seize lieues ouest de Palerml ; elle est importante sous ses rapports commerciaux, maritimes et militaires. ( Note du traducteur. )
il5S HISTOIRE D'aNOLKXERRE.
Sur le grand matin , il entra dans une église pour entendre la messe. Après qu'elle eut été dite , il restait occupé de sa dévotion , quand il fut effrayé soudain par le son d'une voix bien connue, qui lui criait : « Traître Henri , tu n'échapperas pas! » En se retournant, il vit ses deux cousins, les proscrits Simon et Guy de Montfort, qui se hâtaient de l'atteindre, Tépée nue et complète-* ment armés. Cet infortuné prince s^élança promptement vers Tautel ; mais la sainteté du lieu ne put le sauver. De deux ecclésiastiques qui s'interposèrent généreusement, lun fut tué, et l'autre laissé pour mort. Henri lui*même tomba sous le nombre de ses blessures. Les deux frères assouvirent leur vengeance en mutilant son cadavre ; ils le traînèrent vers la porte de l'église, et remontèrent à cheval en triomphe, sous la protection du comte Aldobrandini , beau-père de Guy. Cet aissassinat sacrilège répandit un deuil général dans la ville. Les Montfort furent excommuniés à l'instant par le collège des cardinaux. Charles donna des ordres pour les saisir; et Philippe exprima publiquement la plus profondehorreurde leur conduite. Ces princes étaient peut-être sincères ; mais aucune de leurs démonstrations dé chagrin et de ressentiment n'Ota de l'esprit d'Edouard le soupçon que, s'ils n'avaient point trempé dans le meurtre , la fuite des assassins s'était au moins effectuée avec
H IN II III. ;iSg
leur coDCfentetnent ou leur participation (i). Richard» frère du roi, conservait encore des prétentions à l'empire. Il arait dernièrement visité son royaume nominal, reçu en roi les princes allemands à Worms, et aboli, de concert avec eux, les droits exorbitants levés sur le passage des marchandises par les villes situées sur les deux rives du Rhin. Quoique avancé en âge, il se maria une seconde fois à la fille du baron allemand Théodoric de Falquemort : et fier de sa jeune épouse, il se hâta de retourner dans son pays , afin d'y faire admirer sa merveilleuse beauté ; maîsson amour-propre fut cruellement réprimé par la nouvelle de la triste catastrophe de son fils, dont il fit déposer le corps dans l'église de Haies, abbaye qu'il avait fondée. Peu de temps après, ses propres restes furent placés dans le même caveau. Une attaque de paralysie , qu'il eut à Kirkham, le priva de l'usage de ses membres ( 12 déc. ) : et toute l'habileté de ses médecins ne put prolonger son existence que de quelques mois. Henri suivit son frère au tombeau. ( 1272 , 2 avril. ) Des maladies répétées avaient ruiné graduellement la consiitutîon du roi. Dans la dernière année, il avait été dans le danger le plus imminent, et avait instamment pressé par ses lettres le retour d'Edouard. Lors de sa convalescence^ il entreprit
(i) B^4 1, 871 , 890, 89a; tt, 4*10. Wikes, ^ , ^
ai^O HISTOIRB D'ANGLETERRE.
de pourvoir à. la liquidation de ses dettes, en nommant des commissaires pour recevoir et administrer ses revenus, ne réservant pour son usage particulier que cent vingt livres ( pounds ) par an (i). Mais la mort de son frère, le meur-. tre de son neveu et l'absence de son fils ajoutèrent toutes les peines de l'esprit aux infirmités du corps. Sa santé déclina rapidement: et il expira à Westminster , en déployant les sentiments les plus édifiants , dans la cinquante-septième année de son règne. On choisit Téglise de labbaye, qu'il avait fait rebâtir, pour le lieu de sa sépulture, et son corps fut déposé dans la même tombe d'où il avait autrefois, retiré les ossements d'Édouard-le-Confesseur, pour les placer dans une châsse d'or (aonov. ). Un grand nombre de prélats et de barons assistèrent à ses funérailles. Avant de fermer la tombe, le comte de Glocester s'avança, et posant sa main sur le corps du roi , jura fidélité au prince Edouard : son exemple fut suivi avec empressement par toutes les personnes présentes. Le nouveau souverain fut immédiatement proclamé sous le titre d'Edouard , roi d'An- . gleterre, lord d'Irlande et duc d'Aquitaine (i)..
(i) Rym. 1 , 871. Henri avait , dans plusieurs autres occasions , retranché sur les dépenses de sa maison , dans le but de payer ses dettes. Paris , 697 , 860.
(2) Rym. 1 , 888 , 889. Wikes , 98. Annal. Wigorn. 499lies historiens nationaux de Tépoque prétendent que la iiou-
HINRI III. 241
Les pages précédentes auront fait connaître au lecteur le caractère de Henri. Facile et crédule , ferme dans ses affections, et oublieux dans ses inimitiés, sans vices, mais aussi sans énergie, c'était un homme bon, mais un faible monarque. Dans un siècle plus tranquille , lorsque Tempire des lois eût été fortifia par l'habitude de l'obéissance , il eût occupé le trône avec décence, peut-être avec honneur: mais le sort le fit naître à Tune des époques les plus turbulentes de notre histoire , sans les talents nécessaires pour commander le respect ou l'énergie qui force à la soumission. Cependant son incapacité lui. causa plus de maux personnels qu'elle ne produisit de misères pour ses sujets. Sous son faible mais pacifique gouvernement, les richesses et les propriétés de la nation s'accrurent plus rapidement que sous aucun de ses ancêtres guerriers. Quoique son règne ait duré cinquante-six années , une très petite portion en fut marquée par les calamités de la guerre : il entraîna rarement les tenanciers de la couronne dans les contrées étran-
velle église de Westminster était supérieure en magnificence à toutes celles de la chrétienté. Quam idem rex opère sumptuosissimo fabricatam , amotâ prorsùs velere, quae nullius omninô vak>ris extiterat, de propriis fisci regalis exitihus à fundamentis oonstruzit, quae quidem sumptibus et décore sic caoteris per orbem ecclesiis praBponi decernilur , utvideatur comparera non habere. Wikes, 89.
^4^ HIST0IR1S d'àNGCBTERRE.
gères, et ne les appauvrit pas par de nombreux scutages pour l'entretien des armées mercenaires. Les propriétaires , privés de deux sources de fortune , le pillage sur l'ennemi et la rançon des captifs , reportèrent leur attention vers Tamélioration de leurs terres : des règlements salutaires encouragèrent l'esprit de commerce; et il y eut à peine un seul port, de la côte de Norwège à celle d'Italie, qui ne fût annuellement visité par les marchands anglais. Ces faits surprendront peut-être les personnes qui n'ont fait attention qu'aux remontrances des barons factieux, ou aux plaintes des historiens mécontents; mais il est certain que, de tous les souverains qui avaient régné depuis la conquête, Henri fut celui qui leva le moins d'argent sur les tenanciers de la couronne. Suivant les calculs les plus exacts, la quotité réelle de ses dépenses n'excédait pas vingt-quatre mille marcs par an (i) : et l'on peut s'assurer que, dans le cours d'un règne qui dura plus d'un demi-siècle, les seuls subsides extraordinaires levés sur la nation furent deux quin-* zièmes, un trentième et un quarantième pour lui-même, et un vingtième pour le rachat de la
(i) Postquamcœperat esse regni diiapîdator. Paris, Si 4» Si ces mots doivent s'entendre de l'époque de son avènement, cette quotité est de 2490^0 marcs : si c'est de l'époque de sa majorité, elle est de 5o,ooo
HENRI IIl. ^43
Terre-Sainte (i ). Il trouva sa principale ressource dans le dixième des revenus ecclésiastiques qu'il reçut pendant quelques années : impôt qui, bien qu'insuffisant pour l'affranchir des maux qu'entraîne la pénurie, était de nature, par les formes illégales de sa perception , à exaspérer l'esprit de ceux quî étaient forcés de le payer. Le clergé s'agita en vain pour se délivrer de ce fardeau; ses écrivains ont travaillé avec plus de succès à intéresser en leur faveur l'opinion de la postérité , par la description, probablement exagérée, des dommages qu'il éprouvait (2).
(i) Carte, n, 171. Comme de raison, on ne comprend pas dans les subsides la rente que les tenanciers étaient obligés de payer pour leurs tenures, et qui faisait partie des revenus ordinaires de Fannëe.
(3) De ces écrivains celui qui se plaint le plus est Matthieu Paris, méine de Saint-Alban , en partie auteur, en partie compilateur de l'important volume qui, avec la continuation de Rishanger, a été publié sous son nom. Cet ouvrage con* tient plusieurs documents originaux et précieux : mais Técrivain, accoutumé à attaquer les personnes élevées, laïques ou ecclésiastiques, semble avoir réuni et conservé toutes les anecdotes malicieuses et scandaleuses qui satisfaisaient ses dispositions critiques. Il pourrait paraître odieux de parler trop rigoureusement de cet historien estimé : mais ce que je puis dire , c'c«t que lorsque j'ai pu confronter le contenu de son ouvrage avec des recueils authentiques, ou avec les écrivains contemporains , j'ai , dans beaucoup de circonstances , trouvé assez de différence entre eux pour donner à sa narration l'apparence d'un roman plutôt que celle d'une histoire.
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Avant de passer à l'histoire du nouveau roi , qu'il me soit permis de faire remarquer quelques particularités intéressantes, relatives à la législature, aux lois, à la police et à l'église de l'Angleterre.
Durant le règne de Henri, à l'époque où il se trouvait placé sous le contrôle de Leicester , nous voyons avec surprise apparaître une sorte de parlement,composé, comme nos parlements actuels, de lords spirituels et temporels , et des représentants des comtés , des cités et des bourgs. Etaitce une innovation d'un aventurier adroit et hardi , ou simplement le rétablissement d'un ancien usage ? 11 y a un peu plus d'un siècle que la question a été vivement débattue, entre les champions des prérogatives delà couronne et <;eux des libertés du peuple. Depuis cette époque, elle a été examinée avec plus de sang-froid et d'impartialité: et un grand nombre d'écrivains regardent l'assemblée de 1 265 comme un nouveau moyen imaginé pour étendre l'influence de Leicester, et lui procurer des défenseurs. Nous chercherions en vain, dans les règnes précédents, une preuve satisfaisante de l'envoi par les cités et les bourgs de représentants aux conseils nationaux. Des historiens, il est vrai, parlent quelquefois du peuple ou de la multitude, comme attendant la décision de l'assemblée et témoignant son approbation par des applaudissements ; mais ces passages peu-
HEJNftl 111. ^45
vent s'entendre proprement d€8 habitants du voisinage, que la curiosité attirait sur les lieux ; ou des accusés, des pétitionnaires > des plaideurs , des garants ou pleiges, dont le devoir ou lïntérêt nécessitait la présence ; et des ecclésiastiques et moines, ou chevaliers écuyers qui acconapagnaient les seigneurs , les prélats et les ba-* rons (i). Si, à une époque postérieure, quelques bourgs ont réclamé le privilège de représentation, d'après un usage qu'ils ont fait remonter à une haute antiquité , ou si les membres de la chambre basse se sontvantésd'avoir fait partie constituante de la législature depuis un temps immémorial , ces prétentions ne peuvent être attribuées qu'à leur ignorance de l'histoire , ou à l'emploi d'expressions légales ma^défmies(2). A mon
(i) Si ce que dit Eadmer à cet ëgard (pag. 26) prouve quelque chose , ce serait que tous les ecclésiastiques et tous les moines qui accompagnaient FarcbeTéquc étaient membres du conseil : ce qu'il rapporte de Gesta Stephani (p. gSa, 933) semble ne représenter qu'une foule de spectateurs. Les registres ne font mention de l'approbation des spectateurs que comme donnée par circonstance aux décisions du parlement, même sous le r^gne de Richard II. Rot. Pari. III , 36o.
(2) Le bourg de Saint-Alban, dans une pétition au conseil, sous le régne d'Edouard II , dit qu'il a envoyé des représentants sous le régné du roi son père et de ses prédécesseurs : celui deBarnstaple, qu'il a toujours envoyéxles représentants en vertu d'une charte du roi Athelstan , qui est malheureu» sèment perdue. Je soupçonne que les auteurs de ces sortes de p^itions avaient l'habitud^ de donner & leurs prétentions u^e.
u/^6 HISTOIKE d'anGLETEBRE.
avis, tous les grands conseils, sous les premiers rois normands , paraissent avoir été constitués sur les principes féodaux (i). Le souverain pouvait réclamer un subside extraordinaire de son vassal ; mais le consentement du vassal était requis pour légaliser ce subside : il pouvait s'occuper des changements à faire dans les lois et les usages du royaume ; mais il était préalablement obligé de prendre l'avis de ses vassaux , parcequ'il était de son devoir, comme seigneur, de protéger leurs droits et leurs intérêts. lien résul** tait que tous ceux qui tenaient en baronnie étaient appelés au grand conseil : mais , comme
antiquité qui ^ à ce qu'ils croyaient , nVtait pas susceptible de recherche.
(i) Si nous cherchions à découvrir quels sont les membres de ces conseils par ce qu'il en est dit dans les ordonnances originales , notre trayatl serait infructueux. Il y a quelqtie chose de singulièrement ambigu dans leur langage. C*e84 aînfi que, dans la confirmation de la grande charte (9* année dti régne de Henri III), on nous dit qu'un quinzième fut donné en retour par les évéques , les comtes , \eâ barous , les chevaliers, les francsteotaiiciers et tous ceux du royaume, omnes de regno , expression de laquelle on pourrait induire que les représentants des francs-tenanciers , des cités et des bourgs étaient présents. Cependant cette conséquence ne peut être' soutenue. Car, dans une autre ordonnance , nous trouvons un don fait par lesff comtes , les barons et tous autres de tout le royaume, omnes alii de toto regno nostro'^» et cependant ies mêmes personnes , quelques lignes plus bas, sont désignées les «comtes, Us barons et tous autres relevant en chef
HBNRl 111. ^4?
le lecteur Ta ¥u , une Ugœ de démaroatîon fut bientôt tirée entre les grands barons » les lords spirituels et temporels , et les barons tenanciers en chef , mais de peu de fortune. Par l'étendue de leurs propriétés, les premiers (et par eux leurs nombreux tenanciers ) étaient fortement intéressés à la plupart des actes législatifs : et leur in-« ftuence était si grande 9 que l'autorité royale ne pouvait, sans leur concurrence, mettre aucune loi à exécution. D'après cela , leur présence dans les conseils nationaux fut exigée comme un de^ voir, et toute absence injustifiable de leur part était punie comme une violation de cette fidélité ou vassalité qui les obligeait envers la couronne^ Mais, à l'égard des tenanciers inférieurs, le ca*
de la couronne , et omnium aliorum qui de nobis tenent lii capite. » (Cl. 19. Hen. III. Brad, i , App. p. 4^« ) On trouve sous le même règne un quarantième accordé par les ëvéques, les comtes , les barons , les chevaliers , les hommes libres et les i;i7/amj( Claus. 16, Hen. III. Brad. 11, App. n** i5i.) Cer* tainement les vîUains n'envoyaient point de représentants, et cependant il est dit qu'ils, firent ce don. Probablement, comme le seigneur pouvait quelquefois ^ avec la permission dé la couronne , lever de l'argent par la taille sur ges francs* lenanci^s, ses bourgeois et ses villains, os entendait que leur oonsentement était compris dans le àien. On dit cfgaleroent) en parlant du don du trentième , cinq ans plus tard, qu'il Ibt fait par les évéques , les comtes , les barons , les chevaliers et les hommes libres , pour eux et leur» viliains, pro se «t villanis suis. Cl. 2 1 . Hen. IH. Brad. 11 , Aj>p. n^ 169.
^43 HISTOI&B 0'aNGLËTERRE.
était différent. Leur consentement était impliqué dans celui, des grands barona : et comme leur présence au conseil aurait nécessité des dépense» fort incommodes pour des hommes d'une fortune bornée , elle était rarem.ent requise. Voilà pourquoi, il paraît que , dans les circonstances ordi^ naires , le grand conseil n^était composé que d'évêqucs et d'abbés » de comtes et de barons, de ministres et de juges» et des chcTaliers du Toisinage rele?ants de la couronne : mais, dans les autres 9 quand la sûreté du royaume était exposée , ou qu'on devait demander un subside extraordinaire , le roi convoquait une assemblée de tous ses tenanciers en chef : peut-être, dans les temps anciens , par une sommation directe à chaque individu séparément (i); mais, dans la suite, par dés ordres personnels aux plus grands barons, et par un avertissement général aux autres tenanciers dans chaque comté ('2).
Maïs, quoique les vassaux immédiats de ta cou-
(i) Ainsi, quand le roi Jean , ayant la concession de la grande charte , envoya seulement une sommation générale à ses barons , à ses chevaliers et à tous ses hommes- liges de la Rochelle, il s'excusa de Pirrëgularitë de l'ordre en alléguant la nécessite' d'une prompte expédition. Unicuique ^strum si fieri posset litteras nostras super hoc transmisissemus^ sed negotium cum majore expediretur fe^tinatione baslitteras,etc. Pat. i5. Johan. Brad. i , 4o.
(3)Mag.Ghart.c. 4.
HENRI m. 249
Tonne fussent les seuls qui possédassent le droit personnel de présence au parlement , il j eut des cas dans lesquels les représentants des comtés furent requis d^ siéger, antérieurement à Tannée 1265. Le souverain a dû , dans tous les temps, trouver de la difficulté à distinguer Tétat réel du pays de celui que lui présentaient les rapports intéressés de ses ministres ou de ses barons. Si donc il voulait s'assurer de ses propres droits 9 ou des dommages éprouvés par son peuple , ou de la rapacité de ses officiers , il avait l'usage d'autoriser une commission de chevaliers dans chaque province, qu'il nommait lui-même, ou qu'il faisait élire par la cour du comté, à se rendre de canton en canton , afin de faire des recherches sous serment, et de lui rapporter le résultat de leurs travaux, soit dans son conseil, soit dans le parlement. On dit que ce fut ainsi que Guillaume-le-Conquérant , quand il résolut de ratifier Jes statuts de ses prédécesseurs anglo-saxons, ordonna que « douze nobles et sages hommes , » pris dans chaque comté , se réuniraient en sa présence, et lui feraient connaître, d'un commun avis , quelles étaient les lois réelles du royaume (1). Dans la grande charte, le lecteur a vu une clause, d'après laquelle douze chevaliers devaient être élus à la cour prochaine de chaque