HENRI
suivant. Il ne songea pas que sa condescendance allait lui ravir la prise qu'il était au mooient^de faire. Les deux frères montèrent immédiatement à cheval et atteignirent Saintes durant la nuit.
Le lendemain , au lever de Taurore , on aperçut les Français du haut des murailles. Le comte de la Marche fit une sortie immédiate-^ ment , et par degré la totalité des deux armées se trouva engagée. ( aojoiUet. ) Ce n'était pas cependant une bataille , mais plutôt une série d'en* gagements séparés : car le terrain était tellement rompu par des haies et des vignes , que les soldats combattaient par pelotons, et sans communication ni ensemble. On répandit beaucoup de sang ;, mais quoique les deux rois se prétendissent Tun et l'autre victorieux , ce fut Louis qui demeura le maître de la position.
Ces deux actions eurent pour résultat de convaincre le comte du danger de sa situation. Son fils Hugues quitta Saintes clandestinement, et fut se jeter aux pieds du monarcjné français, qui se montra prêt à pardonner à, son père, à condition que ses troupes quitteraient l'armée anglaise , qu'il céderait à Alphonse les châteaux qui avaient déjà été pris , qu'il en livrerait trois autres , pour recevoir garnison française , comme gage de sa future fidélité, et qu'il abandonnerait le reste de ses possessions à la discrétion et à la loja,uté de Louis. Henri était à table lorsqu'il
l50 HISTOIRE d'anGIiBTSERE.
apprit ce traité : et le messager qui lui en portait la nouyelle fut suivi d'un autre > qui Finforma d'un accommodement secret entre les habitants de Saintes et le roi Louis , pour: intro- • duire, pendant la nuit, Tarmée française dans la cité. Après une courte délibération^ il se détermina à se retirer à Blaye ; mais sa fuite fut si rapide , que les ornements de la chapelle royale et la caisse militaire restèrent abandonnés à l'ennemi. Louis ne poursuivît pas le roi : une funeste dyssenterie commençait à épuiser son armée : et la perte de quatre-vingts bannerets , et, si l'on en croit Matthieu Pâris/de vingt mille hommes , l'avertit qu'il fallait terminer la campagne. Une trêve de cinq ans fut conclue, à l'égale satisfaction des deux monarques (i)* La coutume de cet âge , quand les préten-
(i) A ce sujet, j'ai comparé les historîenâ français Nangis et Gaguîn avec Paris, 5 1 4-^26. Mais nous possédons une autre relation de la campagne par Henri lui-même. Suivant lui , il aurait occupé Taillebourg , ou détruit le pont sur la Charente , si on ne lui avait pas persuadé însidieusem^it d'accorder une trêve au seigneur de la ville , qui offrait de revenir à son allégeance : mais lorsqu'il vit le grand nombre des ennemis, il ordonna, de l'avis de son conseil, de se retirer immédiatement à Saintes. Les Français s'efforcèrent de l'y surprendre ; mais ils furent repoussés avec perte. Deux jours après il partit pour Pons, et le comte de la Marche abandonna le château et la ville de Saintes, qui furent pris par les Français. Le roi continua sa retraite, et la garnison de
HENRI III. l5l
tions opposées ne pouvaient pas facilement se concilier» était de prévenir la reprise des hostilités, en renouvelant la trêve. Si Louis n'eût consulté que son propre jugement» la paix eût été bientôt signée avec l'Angleterre. Il doutait toujours de la validité du titre par lequel il possédait .en France des provinces qui appartenaient anciennement aux princes anglais ; et pour obtenir de Henri une renonciation à ses droits , il eût volontiers consenti à des sacrifices considérables. Mais les pairs français se riaient des scrupules de leur monarque , et lui soutenaient qu'il n'avait pas le pouvoir d'aliéner les domaines de sa couronne. Les négociations furent commencées , interrompues , reprises et suspendues de nouveau. Louis insistait sur la cession de toute prétentioù à la Normandie , au Maine , à l'Anjou et au Poitou. Henri demandait un équivalent. Dix-sept années se passèrent avant qu'on eût réglé définitivement les tertties du traité. Enfin la renonciation fut faite;
Pons passa à rennemi : il fortifia Blajé et attendit Fëvénement sur la rive opposée de la Garonne. Mais Louis , après être reste quinze jours dans les environs , retourna dans ses propres ëtats. Henri déclare que telle est la vérité, et que les raj^orts répandus contre lui par ses ennemis sont calomnieux et sans fondement. Rym. i , 3a5-3a7. Par erreur celui de Henri est imprimé sous l'année i232,la i6® au lieu dç.la p6^ de son régne.
1^2 HISTOIRE D ANai^ETERRE.
et Louis abandonna au roi d'Angleterre le Limousin, le Périgord et le Quercy , en promettant de lui payer annuellement la valeur des terres tenues dans la Saintonge et TAgénois par les comtes et comtesses de Poitou ; et à la mort de ces princes , de le^ rendre à la couronne d'Angleterre^ He^ri, comme duc de Guyipnne et pair de France , s'engagea à faire hommage au mo-^ narq.u^ français (i). .
L'histoire des traités de Henri avec la cour de Rome nous découvre un système d'oppression qui soumettait le clergé anglais aux plus fâcheu^ ses exactions , par l'influence réunie de la cou-» ronne et de la tiare. La hiérarchie chrétienne s'était distinguée dès les premiers siècles par une gradation régulière d'emplois et d'autorité, depui^s le plus simple clerc jusqu'à l'évéque <ie Rome, considéré comme Iç chef du corp5 épis copal et le vice-gérant de Jésus- Christ en terre. Les nations du Nord , en étendant leurs eon* quête« y répandirent dans Içs provinces de l'Eu^ rope les notions de juiisprudence qui leur étaient particulières : elles s'incorporèrent insensiblement à l'économie extérieure de la religion , et la constitution de l'église fut au plus haut degré assimilée, dans les idées des chrétiens du Kord, au gouvernement féodal. Le pape tenait la place
(i)Rym. 1,675,689.
HENRI 111. l55
du souverain ; les évêques étaient à peu près considérés comme les barons ; et le clergé inférieur, attaché et subordonné aux évêques, se rapportait aux sous-vassaux. Ces suppositions féodales étaient accompagnées de cérémonies et de prétentions féodales. L'évêque, avant d'être saisi de l'administration de son diocèse , jurait fidé-^ lité ou vassalité au pape ; et le prêtre, à son ordination, indépendamment de l'ancienne promesse.d'obéissance canonique, faisait hommage à son évêque. D'après cela , et comme le souverain civil , qui , dans ses nécessités , requérait des subsides de ses barons , et par eux de leurs vassaux , les papes , en semblables circonstances , deman<}aient des secours pécuniaires aux évêques, et par eux, au reste du clergé. D'abord, ces demandes ne se présentèrent qu'avec 0M)destie et réserve. Les ecclésiastiques ne se refusèrent pas à subvenir aux besoins et à maintenir la splendeur de celui qu'ils révéraient comme leur père spirituel , et sôus la protection duquel ils se reposaient dans la possession paisible de leurjSf propriétés. Mais les nécessités des pontifes , et , avec ces nécessités, leurs demandes, se multiplièrent tellement, qu'elles amenèrent enfin les remontrances et les refus du clergé comme des laïques. En acceptant la donation de, Pépin, et par de subséquentes acquisitions , les évêques de Rome avaient réum l'iu-
l54 HISTOIRE d'aNGIETERKE.
térêt temporel des princes au devoir des prélats chrétiens : et les guerres dans lesquelles ils furent contraints de s'engager, tantôt avec leurs propres sujets, tantôt avec des états étrapgers,les entrât-^ nërent dans des dépenses bien supérieures à leur revenu annuel. Telle était généralement la sltua^ tion des papes qui gouvernèrent Téglisependant le règne de Henri. Engagés dans une longue et ruineuse querelle avec Tempereur Frédéric et ses partisans enltalîe^ accablés d'une dette immense, et forcés temporairement d'abandonner leurs propres états pour chercher un asile au-delà des Alpes, ils regardaient le subside du clergé comme le moyen le plus sûr de satisfaire les prétentionis de leurs créanciers, de rétablir leur puissance , et de reprendre leur premier ascendant. Chaque année l'église anglicane , comme toutes les autres églises nationales, était appelée à contribuer pour le maintien du saint siège : et quoique la générosité ou la patience du clergé eussent été bientôt épuisées, sa résistance à l'autorité du pontife , appuyée généralement de l'autorité du monarque, était rarement suivie de succès : carie destin de Jean était un funeste exemple pour Henri, qui, ne voularit pas provoquer l'inimitié du pape, prêtait la main à ses projets d'exaction, à moins qu'il' n'en fût détourné, pour le moment , par les murmures unanimes du clergé et des barons.
HENRI 111. l55
Les principaux abus qui résultèrent de ce système peuvent se réduire à deux chefs, i* Les papes , à Fimitation des princes temporels ^ demandèrent souvent au clergé un impôt ou taille montant ordinairement à un vingtième, quelquefois à un dixième, et, dans une ou deux occasions, à une plus forte portion de leur revenu annuel. Ces impositions s'étaient originai-^ rement introduites au temps des croisades ; et elles étaient alors justifiées par le motif que la conquête de la Palestine intéressait également tous les chrétiens , et que , tandis que les laïques répandaient volontairement leur sang pour la cause sacrée , le clergé ne pouvait se refuser à contribuer à son triomphe par une faible portion de son revenu. Mais on découvrit bientôt que toutes les guerres dans lesquelles s'engageaient les pontifes étaient, de manière ou d'autre, liées à la prospérité de la religion. Lorsque là contestation s'engagea entre Grégoire IX et l'empereur Frédéric , ce pape demanda un secours au clergé : à mesure que ses affaires semblaient péricliter, il renouvelait ses demandes; et sous son successeur Innocent IV , la fréquence et le taux de ces in^pôts en firent un fardeau insupportable. Innocent alléguait, à la vérité , pour justifier sa conduite, qu'il était exilé de ses états ; qu'à Lyon, où il tcfnait sa cour dçpuis dix ans, il n'avait d'autre ressource que les contributions du clergé;
l36 HISTOIRE d'ANGIETERRE.
, et que tout ce qu'on lui donnait était employé à soutenir la cause de la religion et de l'église. Ces raisons, toutefois, ne portaient pas toujours la conviction dans l'esprit de ceux qui soufifraient de la diminution annuelle de leur revenu (i). Chez quelques nations on répondit par des plaintes; en Angleterre, on montra l'opposition la plus décidée. ( 1244. ) Le clergé répliqua qu'il lui semblait injuste de fournir de l'argent avec la certitude qu'il serait employé contre l'empiereur , que l'on considérait toujours comme un prince catholique, quoique le pape l'eût condamné, puisqu'il avait offert de soumettre sa querelle à la décision d'un concile général ; que toutes les églises avaient leur propre patrimoine; que le pape n'avait pas plus de droit à réclamer une part du revenu des leurs qu'ils n'en avaient eux-mêmes à demander une part des revenus de l'église de Rame; qu'ainsi quek loi, quand elle
(i)Il faut en excepter Grossetéte, le cëlèbre évéque de Lincoln, qui , en réponse à Tédit du roi, qui s'informait de quelle autorité il levait un impôt pour le pape, re'pondit : Non est admiratione dignum, quod coepiscopi nostri et nos in hac parte facimus, sed admiratione multâ et indignatione quàm plurimâ es&et dignissimum, si etiajn non rogati vel jussi aliquid hujusmpdi vel etiam raagis non fecerimus. Videmus enim... exilio relegatos, pe;:secutionibus coangustatos , patrimonio suo spoliatos, et de proprio , unde ut decet sustineantur, non habentes. ( Grossetéte , i , ep. 119. )
HENRI III. lôj
dit que tout appartient an prince, parle du droit d'administration , et non de celui de propriété, ainsi là prééminence dont jouissait le pape lui imposait le devoir de veiller à toutes choses, mais ne lui donnait pas le droit d*en disposer ; et que si le revenu du clergé se trouvait plus que suffisant pour son entretien , il était obligé d'employer le Yeste à secourir les pauvres, et non à fournir les moyens d'entretenir une guerre sanglante et destructive (i).
Le roi et les barons se montrèrent quelque temps spectateurs indifférents de ce débat. Enfin ils furent entraînes à y intervenir par la considération qu'à mesure que le clergé s'appauvrissait , les charges nationales retombaient de tout leur poids sur les laïques. On envoya au concile général , à Lyon, des ambassadeurs qui, dans un ferme et respectueux langage , se plaignirent de la fréquence des exactions du pape. Peut-être les promesses qu'Innocent IV leur donna en réponse ne furent-elles qu'un moyen d'adoucir le mécontentement ( 1246 ) ; mais si elles étaient sincères , les besoins de sa position le contraignirent bientôt à les rompre , et unfe nouvelle demande d'un vingtième pour les moindres bénéfices, et d'un plus fort contingent pour les plus riches, éveilla un esprit d'opposition
(i) Annal, burt. 297, •
l58 HISTOIRE d'ANGLETBERE.
inaccoutumé. Le clergé fit un exposé de tous ses griefs, l'envoya au pontife', et en appela au prochain concile général. Les barons, en termes énergiques , se plaignirent des maux qui en se** raient probablement la suite , et ils insinuèrent clairement qu'ils étaient disposés à tirer l'épée , s'il était nécessaire , pour la défense du clergé. Le roi parut même faire cause commune avec ses vassaux, et défendit de payer le subside, sous peine d'encourir son déplaisir. Cependant cette opposition s'évanouit peu à peu : Henri retira sa pirobibition ; les barons retombèrent dans leur première apathie ; et le clergé fut réduit à composer avec le pape pour onze mille marcs d'ar-* gent (i).
2"* te second grief se rapportait à ce que l'on nomrnait le^ provisions papales , par lesquelles le pape , suspendant le droit du patron , nommait de sa propre autorité au bàaéfice vacant. La conséquence de cet abus fut qu'un grand nombre d'Italiens possédèrent des bénéfices qui auraient dû être conférés à des membres du clergé anglais ; et que s'il en demeurait un petit nom-^ bre en Angleterre, la plupart, après s'être débarrassés sur un substitut du devoir de leur ministère, allaient en pays étranger où ils recevaient et dépensaient le reste de leur revenu. Cet abus
(i) Annal, burt. 3o5-3io. Paris, 6a5, 636. Dunst. 373, 373.
excita de brqyantes plaintes, tant de la part des collateurs que de la part du clergé : et le public mécontent se livra à des actes violents et illégaux. Une association s'était créée sous le titre de communauté d'Angleterre; elle était secrètement encouragée par les principaux barons et par le clergé. A sa tête se trouvait sir Robert Thwinge, chevalier du Yorkshire , qui , par une provision papale , avait été privé du droit d'élire à un bénéfice provenant de sa famille. Ses ordres étaient aveuglément exécutés par ses associés qui, bien qu'ils ne fussent que quatre-vingts individus, parvinrent, par la célérité et le mystère de leurs mouvements, à persuader au peuple qu'ils étaient en bien plus grand nombre. Ils assassinèrent les courriers du pape; ils écrivirent des lettres menaçantes aux ecclésiastiques étrangers et à leurs intenda];its ; ils s'emparèrent quelquefois de leurs personnes, les tinrent secrètement en prison et les forcèrent de leur payer des rançons considérables. Ils enlevèrent à d'autres les produits de leurs fermes, les vendirent aux enchères publiques, et en distribuèrent le prix aux pauvres du voisinage. Ces excès continuèrent huit mois, sans aucune opposition de la part de l'autorité légale. Les dommages que subissaient les étrangers semblaient adoucir le mécontentement général; et les mem* bres de l'association , pour satisfaire les officiers de justice , prétendaient agir en vertu d'une com-
l60 HISTOIRE D'àNGLETBRRE.
mission royale. Henri , à la fin , interposa son autorité ; et Tliwinge se rendît à Rome, afin d y plaider sa cause devant le pontife. Il obtint un plein succès , et revint avec une bulle de Grégoire qui l'autorisait à donner son bénéfice à celui* qu'il avait prétendu y nommer. Ce pape déclara que, si jamais les droits des collateurs laïques avaient été usurpés, c'était à son insu et contre ses intentions; et il promît que toutes les provisions futures seraient bornées aux bénéfices connus pour être à la collation des prélats, des abbés et des cojps ecclésiastiques : réponse politique, puisque, avec une apparence d'équité, elle séparait l'intérêt des laïques de celui du clergé , et qu'elle avait pour but de rendre les premiers spectateurs indifférents de l'oppression des autres (i).
Le clergé sentit les conséquences probables de cette distinction, et il exprima hautement son indignation. Après de vains efforts , il obtint la coopération du roi et des barons ; et dans toutes ses remontrances les provisions et les subsides ou tailles furent ensemble présentés comme un abus qui ne pouvait être supporté plus long-temps.
(i) Pâlis, 3i3 , 3i6 , 317 , 460, 461. Dunst. 206, 207. Rymer, j[, 322. On a prétendu qu'Hubert était le secret institigateur de ces excès , et celte accusation est regardée comme la cause de son arrêt. Henri III apud Brad. 11. App. n** i52.
HENUi m. 161
Afin de réduire les plaignants au silence, Innocent IV leur rappela tout ce qui lui manquait , et déclara que sans subsides il lui serait impossible de récompenser ses plus fidèles serviteurs, ni d'entretenir les officiers de sa cour les plus nécessaires (1). Ces débats durèrenj pendant tout son séjour à Lyon. ( i3 déc. ia5o.)La mort de l'empereur lui rendit enfin la liberté de retourner à Rome, et il y fut bientôt suivi par les remontrances du clergé anglais ( 22 mai, 1252. ), qui établissait que les revenus des ecclésiastiques étrangers, pouiTus de bénéfices en Angleterre , s'élevaient à cinquante mille marcs d'argent. Le pontife , sans reconnaître l'exactitude de ce compte, convînt de ces abus, et en déplora l'existence : il assura le clergé que la nécessité seule avait pu le forcer à accorder une provision , et proposa, comme remède temporaire, de prélever sur certains ecclésiastiques non résidants huit mille marcs d'argent, somme que l'on réduirait annuellement; de forcer tous les autres ecclésiastiques étrangers à résider ou à résigner ; et d'accorder aux patrons le droit de présenter à tous bénéfices, aussitôt qu'ils seraient vacants. (2). Nous ignorons ei la proposition fut acceptée; mais , l'année suivante,
(i) Rym. 1 , 426 , 44^«
(2) Rym. I, 471. Paris, toujours exagéré , fait monter la somme à 70,000 marcs, p. 740.
m. II
en conséquence d'une provision à un bénéfice du diocèse de Lincoln, Grosseteste, célèbre évêqùe de ce siège, écrivît au pontife une lettre très énergique, par laquelle, après avoir fait profession d'obéissance aux ordres légitipies du siège apostolique, il refusait d'admettre la provision, parcequ'elle émanait d'une autorité que Jésus-Christ n'avait jamais accordée à saint Pierre ou à ses successeurs. Ces remontrances parurent avoir fait quelque impression sur l'esprit d'Innocent IV. ( 1253, 3 nov. ) 11 répondit par une bulle dans laquelle il témoignait toute sa répugnance à se servir de pareils moyens ; il accordait à tous les patrons de bénéfices possédés par les étrangers le droit d'y pxésenter aussitôt , et déclarait que tous ceux qui seraient présentés devaient et pouvaient prendre possession immédiatement après la mort ou la résignation du présent bénéficiaire, et quelle que fût toute provision dorénavant émanée de lui ou de ses successeurs ( i ). La question en resta sur ce point durant le reste du règne de Henri.
Mais, en 1264 > une nouvelle source d'exaction se présenta. Lorsque quelques aventuriers normands s'étaietit jadis emparés de la Sicile et de la Fouille, ils avaient fait de leurs conquêtes, par concession volontaire, des fiefs du saint siège.
(i) Paris, 749. Annal, burt. 326-33o. Rym. i , 494-
HENRI IIU lÔS
Frappés de cette sujétion, ces deux royaumes étaient passés au dernier empereur Frédéric : mais , pendant la longue guerre qu'il dirigea contre les papes Grégoire et Innocent, il fut condamné à la confiscation de toutes les terres qu'il tenait de l'église de Rome; et l'expérience du passé dicta la résolution d'empêcher à l'avenir la réunion, sur une même, tête, de la couronne impériale et de la couronne de Sicile. Frédéric avait eu de sa première femme un fils nommé Conrad, roi de Germanie, et de sa seconde femme , sœur de notre Henri , un autre fils qui portait le nom de son oncle : il avait laissé en outre un fils naturel, Manfred, prince de Tarente, qui fut accusé d'avoir contribué à la mort de son père, innocent ne voulait donner le royaume de Sicile à aucun de ces trois personnages. 11 l'offrit d'abord à Charles d'Anjou , frère du roi de France , puis à Richard , frère du roi d'Angleterre , et enfin à Henri pour son second fils Edmond. Tous ces princes le refusèrent : Charles, parceque son frère Louis était à la croisade; Richard, parcequ'il se sentait hors d'état de soumettre les fils de Frédéric; et Henri, parcequ'il ne voulait pas qu'on le crût opposé aux intérêts de son jeune neveu , qui était porté par un parti puissant en Sicile. Conrad, à la tête d'une armée considérable , sortit d'Allemagne , s'empara , après une résistance opiniâtre , de Ca-
l64 HISTOIRE d'aNGIETERRE.
poue, de Naples et des autres places de laPouîlIe qui s'étaient déclarées pour le pape ; et il se préparait à envahir la Sicile, lorsque le jeune Henri mourut subitement, empoisonné, comme on le soupçonna publiquement, par son frère aîné. Innocent IV offrit de nouveau la couronne pour Edmond : et Tesprit faible du roi n'étant plus retenu par les prétentions contraires de son neveu, reçut avec joie ce don brillant , mais précaire. ( 6 mars 1254- ) On convint avec l'envoyé du pape que le jeune prince recevrait la Sicile et la Fouille comme fiefs du saint siège ; que Henri , avec une puissante armée, irait immédiatement mettre son fils en possession de ses domaines ; qu'Innocent avancerait au roi cent mille livres tournois pour lui donner les moyens de commencer l'expédition ; et donnerait des garanties pour toutes les autres sommes qu'il deviendrait nécessaire d'emprunter. ( i4 mai. ) Le pontife , quand il ratifia le traité, assura le roi, qui était en Gascogne, que le succès serait certain ( aS mai. ), s'il se mettait sur-le-champ en marche; et, pour stimuler son indolence , il' l'informa que cinquante mille livres étaient déjà déposées à Lyon, pour lui être délivrées au moment où il paraîtrait à la tête de son armée (i). (22 mai. ) Cou-
(i)Rym. I, 477» 5o2, 5n , 5i2,5i4, 5i6, SgS.Il fut ensuite mis en question si les cent mille livres e'taicnt pro-
HENBI III. l65
rad mourut à cette époque, et Ton expédia une seconde lettre à Henri pour l'engager à saisir l'avantage que lui offrait un si heureux événement. Craignant toutefois que le moindre délai ne fit perdre l'occasion , Innocent IV lui-même se rendît de Rome dans la Fouille , prit possession de la terre de Labour, s'assura, à ce qu'il crut, de la fidélité de Manfred, en le confirmant dans sa principauté de Tarente , et se flatta qu'à l'arrivée de Henri les deux royaumes consentiraient unanimement à recevoir Edmond pour leur sou- Yerain, Mais le perfide Manfred aspirait lui-même à la couronne : et, pour masquer ses projets réels, il suscita, comme compétiteur au prince d'Angleterre, Conradîn, le jeune fils de son frère Conrad. Innocent IV pressait toujours le roi de se mettre en marche, en lui peignant tous les dangers du retard (17 novembre. ) : mais son indolence naturelle , ou les difficultés de sa situation , arrêtèrent son départ , et l'armée du pape fut défaite par Manfred ( 2 décembre. ) dans le voisinage de Troja (1). Innocent mourut cinq jours après (2)
mises à litre de prêt ou à titre de don. Henri abandonna ses prétentions. Rym. i , 895. Quatre livres tournois font une livre sterling. La livre tournois valait donc environ 6 fr. de nos jours.
(i) Troja est une petite ville de la Capitanatc, dans le royaume de Naplcs. ( Note du traducteur. )
(2) Rym. 1,535, 538,564.
i66 HI8T0IRB d'Angleterre.
(7 décembre.). AlexandiclV, son successeur, poursuivit le même système de politique : il confirma la couronne des Deux-Siciles au prince Edmond ( 1255, 9 avril. ), et envoya en Angleterre levêque de Boulogne , pour lui donner Tinvestiture et prendre avec son père tous les arrangements nécessaires. Il fut décidé que la Sicile et la Fouille ne formeraient qu'un seul royaume, sous le gou* vernement d'Edmond , qui le tiendrait du siège apostolique, par le paiement annuel de deux mille onces d'or , et qui jurerait, en faisant hommage, de ne l'accepter jamais de la dignité impériale, sous peine de perdre sa couronne et d'encourir l'excommunication ; que Henri se reconnaîtrait responsable de toutes les dettes contractées dans la poursuite de cette affaire, et qu'il s'engageçiit, aussitôt que possible , à envoyer son fils dans la I^ouille avec une armée. Mais l'espoir du succès (1 ) s'évanouissait alors chaque jour : Manfred avait gagné la dernière bataille avec le secours d'un corps de Sarrasins que son père avait établi à Lucera de Pagani (2). Alexandre avait envoyé le
(i) Rym. 1 , 894-900 , 55o , 555.
(2) Lucera ou Luzera de Paganî, que l'on nomme aussi Luzera les Sarrasins , est une petite vilie dpiscopale de la Gapîtanatc, où Frëdëric II avait favorise un établissement de Sarrasins qu'il avait amenés d'Afrique en revenant de la croisade.
( Note du traducteur» )
cardinal Octavien avec le marquis de Hoem^ bourg, à la tête d'une force considérable, pour sounaettre et extirper les infidèles. Les deux armées , pendant plusieurs jours, demeurèrent en présence ; rpaîs Manfred s'occupait activement à corrompre les chefs mercenaires qui lui étaient opposés, et, d'accord avec eux, il surprit et mit entièrement en déroute les troupes du pape. Alexandre informa Henri de ce malheureux événement ( 18 septembre. ) : mais il chercha à l'encourager , en l'assurant que toute la Sicile et la terre de Labour étaient toujours fidèles et dévouées aux intérêts d'Edmond, et il le conjura de remplir ses engagements, en envoyant immédiatement une puissante armée (i). Le roi ne manquait pas de volonté, mais bien des moyens de l'exécuter. Quoique ses barons condamnassent cette entreprise impuissante, il ne pouvait renoncer à l'espérance de voir le plus jeune de ses fils sur le trône. Il s'engagea donc à payer toutes les premières dépenses , et à passer dans la Fouille avec son armée, avant la prochaine fête de saint Michel. Les dettes montaient à quatrevingt-dix mille livres (2) ; et le pontife se plaignait vivement dans ses lettres de la détresse où
(i)Ryin. 1,564-
(2) Dans celle somme est compris un don gratuit de 20,000 marcs que Henri avait promis au pape. Rym. 1 , 897.
l68 HISTOIRE D'ANGLETERRE,
. il était réduit par la négligence de Henri à lui envoyer ses remises. (i256, 5 février.) Son trésor, dîsait-îl, était entièrement épuisé ; il n'était environné que de créanciers demandant ce qui leur était dû , et menaçant de saisir les propriétés des églises, sur lesquelles leurs créances étaient hypothéquées ; il avait été contraint de licencier les troupes qui avaient défendu la terre de Labour, par l'impossibilité de les solder (i). On employa pour se procurer de l'argent tous les expédients que les ministres du roi ou du pape purent inventer. Ce fut en vain que Henri s'adressa aux tenanciers de la couronne : ils refusèrent obstinément d'accorder aucun subside ; et ils lui conseillèrent d'abandonner son projet, à raison de ]a grande puissance de Manfred, qui avait successivement entraîné toute la Pouille sous son étendard : on lui représentait aussi que les dépenses, déjà énormes, seraient doublées si Ton persévérait, et que l'Angleterre courrait le danger de rester exposée à l'ambition de ses voisins, si Ton détachait une nombreuse armée pour l'en- Toyer en Italie (2). Le refus constant des laïques fit retomber le poids du fardeau sur le clergé , qui fut forcé à la soumission par des menaces d'excommunication et de confiscation. Les évêques
(i)Ryin. I, 564,581,593.
(2) Annal. Burt. 57Q. Dunst. SiQ, 520.
et les abbés se trouvèrent contraints d'accepter des billets faits en leur nom , mais sans leur consentement, pour la somme de vingt mille livres, en faveur de quelques banquiers de Venise et de Florence (1) : et il fut ordonné qu'un dixième des rentes annuelles du clergé serait versé à l'échiquier, pendant cinq années consécutives ; que les biens des ecclésiastiques morts intestat , et une année de revenu de tous les bénéfices vacants, appartiendraient à la couronne; et que tous les deniers levés en Angleterre, en Irlande, en Ecosse et en Norwège , pour la croisade contre les infidèles, seraient mis à la disposition de Henri (2). Le clergé s'épuisa en plaintes et en remontrances, 11 en appela à la protection du pape ; il offrit au roi un don gratuit de cinquantedeux mille marcs d'argent. Mais l'unique avantage que l'on obtint fut l'autorisation , pour les évêques et les abbés , de déduire du paiement des dixièmes le montant des billets tirés sur eux de l'Italie.
Tandis que Henri opprimait ainsi le clergé , ses querelles avec ses barons prenaient une apparence alarmante. Au lieu d'acquérir pour son fils une couronne étrangère, il lui devint nécessaire de combattre pour défendre la sienne. Il
(i)Ryin. 1,583.
(2) Ryin. 1 , 549 , 55o, 552 , 5q5 , 599 , etc.
persistait toutefois avec d'autant plus d'opiniâtreté dans son projet de conquérir la Sicile, que le succès en devenait de jour en jour moins probable. 11 ne voulut permettre à Edmond ni de renoncer à ses prétentions, ni de restituer sa donation à Innocent lY (i).. Manfred cependant triomphait de tous ses ennemis : à la Sicile et à la Fouille, il ajoutait la Marche d'Ancôqe et une partie de la Toscane ( 1263, aS août.); et Urbain IV, successeur d'Alexandre, après avoir demandé le consentement du prince d'Angleterre, offrit la couronne à Charles d'Anjou (2). Elle fut acceptée, et Charies reçut à Rome la dignité royale des mains de Clément IV. (1265. ) Mais le pontife , instruit par les embarras où s'étaient trouvés ses prédécesseurs , refusa de s'engager pour aucune des dettes qui pourraient être con» tractées. Le nouveau roi leva pourtant une armée nombreuse, remporta une brillante victoire dans les plaines de Bénévent, et, par la mort de Mapfred, qui périt dans le combat, il devint paisible pos^^esseur de tout le royaume. ( 1266, 26 fév.)
Il était du destin malheureux de Henri d'avoir hérité de l'antipathie de son père pour la charte de Hunnymead, et de considérer ses barons comme autant d'ennemis ligués, et conspirant sans cesse
(i)Rym. i,63i ,654,666, 720.
(2) Rym. 1 , 769.
pour le dépouiller des prérogatives légitimes de sa couronne. Il surveillait avec inquiétude toutes leurs démarches, refusait leurs avis, et se confiait plutôt à la loyauté des étrangers qu'à l'affection de ses propres sujets. Cette conduite devait naturellement lui aliéner l'esprit des nobles, qui affirmèrent hardiment que les hautes charges de 1 état leur appartenaient de droit , et qui formèrent des associations pour soutenir leurs prétentions. Si le roi eût possédé les immenses revenus de ses prédécesseurs, il aurait pu défier les efforts de leur haine: mais durant les guerres entre Etienne et Matilde , et ensuite entre Jean et ses barons, le domaine royal avait considérablement diminué (i) ; et les extravagances tem-» poraires de Henri , jointes à sa prodigalité impo* litique pour ses favoris, le forcèrent de recourir de nouveau à la générosité de la nation. Toutes les années, le roi demandait instamment un subside, et toutes ses demandes étaient repoussées par un refus dédaigneux ; et si les barons cédaient à la fin à ses instances , c'était toujours à des conditions pénibles pour son caractère. Us l'obligèrent à avouer ses erreurs passées , à confirmer de nouveau les deux chartes, et à promettre
(i) Le revenu annuel de Giiillaume-le-Conquérant ëlaît de 587,000 liv. ; celui de Henri ne naontait qu'à 40,000. Pâ? ris, 579.
le renvoi immédiat des étrangers (i). Mais Henri ne voyait que le moment présent; et ses coffres ne furent pas plus tôt remplis qu'il oublia ses promesses et se moqua de leur crédulité. Sa détresse le força bientôt à solliciter de nouveaux secours et à offrir les mêmes conditions. Ne voulant plus être dupés , les barons exigèrent son serment : il le donna, et le viola avec autant d'indifférence que ses plus légères promesses. De nouvelles supplications furent reçues avec mépris ; mais il triompha de leur opposition en se soumettant à l'excommunication s'il manquait encore à ses engagements. Dans la grande salle de Westminster , le roi , les barons et les prélats s'assemblèrent : la formule fut prononcée par les évoques, avec les cérémonies ordinaires ; et Henri , posant la main sur sa poitrine , ajouta : « Ainsi Dieu me soit en » aide. Je m'engage a observer ces chartes comme »je suis chrétien, chevalier, et roi couronné et
(i) Ce fut ainsi que s^étabilt gradueUement la méthode constitutionnelle de balancer les mesures de la couronne et de les adopter ou de les repousser, en accordant ou refusant des subsides pour Tannée courante. Les prédécesseurs de Henri avaient été trop riches pour dépendre des secours de leurs vassaux ; et pour que ceux-ci s'aventurassent à leur résister avec quelque espoir de succès , il leur était nécessaire de tirer le glaive. Mais la détresse de Henri le forçait tous les ans de solliciter de nouveaux impôts, et il les achetait en faisant de nouvelles concessions à son parlement.
( Note du traducteur- )
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• consacré, » Le subside fut accordé, et le roi revint à ses premières habitudes. Ce n était pourtant pas un homme vicieux par inclination. Il avait reçu de profondes impressions religieuses : bien qu'il aimât la représentation , il évitait soigneusement tout excès scandaleux ; et sa charité envers les pauvres , et ses soins pour conserver l'estime publique, étaient généralement admirés. Mais son jugement était faible. Son esprit ne s'était jamais émancipé de la tutelle où il avait été tenu dans sa jeunesse ; il se laissait facilement persuader par ses favoris qu'il n'était pas tenu à garder ses promesses , parcequ'elles avaient été forcées, ou arrachées au mépris de tous les droits de sa couronne.
( 1232 , 25 dëcem.) Après la disgrâce de Hubert de Burgh, le roi avait accordé sa confiance à son ancien gouverneur, Pierre des Roches, de Poitou, évêque de Winchester. Il est probable que l'éloignement du ministre fut sui?i de la démission des autres officiers du royaume, et que le nouveau favori saisit cette occasion d'élever et d'enrichir ses parents et ses amis : mais il est diflficile de croire, sur l'assertion sans preuve d'un chroniqueur de mauvaise humeur, que Pierre eût été assez ennemi de ses propres intérêts, pour obtenir du roi de chasser de sa cour tous les Anglais , et de ne confier qu'aux Poitevins et aux Bretons la garde de sa personne , la perception de ses re-
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venus , radministratîon de la justice , le gouvernement des châteaux royaux, la tutelle de la jeune noblesse et les niariages des jeunes héritières. Mais Tascendant des étrangers , quelque puissant qu*îl fût, n'eut pas une longue durée^ ( 1233, II juil.) Lorsque le roi somma les barons de venir au conseil , ils refusèrent d*y paraître t le comte maréchal déploya Tétendard de la rébellion dans le pays de Galles , et le clergé se joignit aux laïques pour blâmer les mesures du gouvernement. ( 1234 , 2 fév. ) Edmond, le nouvel évéque de Canterbury, accompagné de plusieurs autres prélats, se rendît près de Henri. 11 rappela au roi que son père , en suivant de pareils conseils, avait été au moment de perdre sa couronne ; que les Anglais ne souffriraient jamais que des étrangers les foulassent aux pieds, dans leur propre pays ; et il déclara qu'il croyait de son devoir d'excommunier tout individu, quel qu'il pût être , qui s'opposerait à la réforme du gouvernement et au bien de la nation. Henri s'alarma, et promit de répondre sous quelques semaines. Un parlement, composé de barons, fut convoqué, et Edmond renouvela ses remontrances. On congédia sur-le-champ les Poitevins ; les insurgés rentrèrent en grâce , et l'on nomma des ministres qui possédaient la confiance de la nation (i).
(i) Paris, 324-335.
HENRI m. 175
(laSe, i4 janv.) A Tâge de vîngt*neuf ans, le roi épousa Éléonore, fille de B.aymond, comte de Provence. La cérémonie de son couronnement , les charges que les barons y remplirent, Tordre qui régna dans le banquet, et les réjouissances du peuple , sont minutieusement décrits par un historien qui , dans la fougue de son admiration, prétend que le monde entier ne pouvait produire lin plus glorieux et plus ravissant spectacle (1). (20 janv.)Guillaume, évêque élu de Valence, oncle d'Éléonore , avait accompagné cette princesse en Angleterre : devenu bientôt favori du roi , il fut admis au conseil, et s'empara de la direction de l'administration. Les barons saisirent cette première occasion de faire de nouvelles remontrances : mais Henri calma leur colère en augmentant de trois personnes le nombre des barons au conseil; et, comme il craignait toujours quelque machination, il obtint du pape un légat pour résider près de sa personne. Le choix tomba sur le cardinal Othon , qui employa son influence à réconcilier Henri avec les barons les plus mécontents. Par son avis , Guillaume retourna sur le continent. Il mourut en Italie ( i'i3S , i«' novem. ) ; mais kr roi, soigneux de ses intérêts, l'avait auparavant fii. nommer au siège de Winchester, vacant par la mort de. Pierre des Roches.
(i) Paris, 355. Dunst. 23i.
176 UISTOIUE b'ANGLETEKRE.
Les nouveaux favoris furent deux autres oncles de la reine , Pierre de Savoie^, à qui le roi donna la seigneurie de Richemond , et Boniface de Savoie , qui , à la mort d'Edmond , devint archevêque de Canterbury. Les Anglais recommencèrent leurs plaintes ; ils attendaient avec impatience que Richard, frère du roi, fût revenu de la Palestine : mais on persuada à ce prince qu'il devait embrasser la cause des étrangers , et il épousa Sanchette, autre fille de- Raymond. Isabelle même , la reine-mère , mécontente de voir la familje de Provence obtenir seule toute la faveur du roi , envoya en Angleterre les enfants qu'elle avait eus du comte de la Marche , son second époux , dans l'espoir qu'ils y feraient leur fortune. Alice, sa fille, épousa le jeune comte de Warenne ; Guy , son fils aîné , reçut de grands présents, et retourna en France; Guillaume de Valence, avec l'ordre de chevalerie, obtint une pension et la seigneurie de Hertford ; et Aymar, envoyé à Oxford, fut nommé à plusieurs bénéfices , et parvint bientôt à être évêque de Winchester (1).
Tandis que Henri s'occupait à pourvoir ses parents étrangers , il éprouvait souvent lui-même de grands besoins , et ne trouvait ni crédit ni ressource. Ses plus despotiques prédécesseurs
(i) Paris, 489 , 494j ^57. Dunst. 275.
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avaient dépensé des sommes infiniment plus considérables dans leurs expéditions étrangères et pourFentretien des troupes soldées; et ils n'avaient jamais hésité à extorquer violemment à leurs sujets tout l'argent que leur ambition ou leur avidité leur rendait nécessaire. Mais l'imprudence de Jean avait fait naître , et la minorité de Henri avait nourri un esprit de résistance énergique contre l'exercice illégal de l'autorité : et les secours que demandaient les besoins du roi étaient assignés par la grande charte , non pas au gré de son caprice , mais selon la sagesse des prélats et des barons. Si, dans leurs assemblées, ils consentaient à lui accorder quelque subside , ils ne le faisaient guère que de mauvaise grâce: et sa condescendance aux exactionsexercéesparlepapesur le clergé, ainsi que les dettes qu'il avait contractées en acceptant pour Edmond la couronne de Sicile , concouraient à animer le mécontentement public. Des sociétés s'étaient formées pour redresser les torts faits à la nation : sous le spécieux prétexte de prévenir le mauvais emploi des revenus, on demanda à plusieurs reprises que les oflficiers de l'état fussent investis de leur commission en grand conseil; et enfin, la constitution fut totalement intervertie par la téméraire ambition de Simon de Montfort, comte de Leicester (1).
(i) Paris, 564,646.
Simon était le plus jeune des deux fils du comté de Montfort , nom célèbre dans les annales des guerres religieuses. Par la renonciation de son frère Amaury , connétable de France , il avait hérité des biens de sa mère Amicia, l'aînée de deux sœurs cohéritières du dernier comte de Leiccster : son mariage subséquent avec Éléonore , sœur du roi , lui avait fait entrevoir une couronne en perspective : et son opposition marquée aux extorsions du roi et des pontifes lui avait attiré, quoique étranger, l'affection de la poblesse, du clergé et du peuple. La politique roulait que le roi ne provoquât ou n'opprimât point uq aussi redoutable sujet. Henri n'en fit rien : en différentes occasions, il chargea le comte de remplir des fonctions importantes et de confiance ; dans d'autres , par une suite de petit3 affronts, il irritait continuellement son esprit, au lieu de le soumettre. Il y avait en Guyenne beaucoup d'hommes dont la fidélité, toujours chancelante , était un objet de constante sollicitude ; et Simon avait été nommé par lettres patentes gouverneur de cette province pour cinq années , dans l'espoir que son activité et sa résolution assureraient l'attachement des indigènes, en ramenant les mécontents. Ces années ne furent pour le comte qu'une suite d'efforts continuels : sa conduite nécessairement lui attira des ennemis^ et il fut souvent accusé devant Je roi de pécujat , de