‹ Histoire d'Angleterre, Volume 3Chapitre 13 sur 21 · PAN · texte numérisé non relu

PAN

Bodolphe, 1*9 1.

▲leBendre m,

Philippe m.

AlphooMS,

Grégoirvs,

Adolphe, 1998.

is86.

Albert,

Mtrfaerite,

PhiUppe iT.

SancheiT, it«6.

Innocent ▼ ,

Ferdinand iT.

Interr. , 1192.

Adrien t, »»76.

Bdiol, 1996.

Jean ixi, ia77.

Inlerr., i3o6.

Nicola* III, 1980.

Kobertt.

Martin iT, 1986.

Bonoriua n ,

Nicola9IT,19Q«.

OleairnT,

Bonifiioe vm ,

iSo3.

Benoit u, i5o4.

Clément t.

Edouard revient de Palestine. — Fait la conquête des Galles. — Réclame la suzeraineté sur TEcosse. — Reçoit l'abdication de Baliol. — Walace lui résiste. — Il fait la conquête de rÉcosse. — Les communes au parlement. — Exactions royales. — Opposition du clergé et des barons. — Les taxes ne peuvent être levées qu^avec le consentement du parle^ iDent. — Les lois améliorées. — Persécution des Juifs. — Bruce réclame k couronne d'Ecosse. «-^ Edouard marche sur Ctrlislc. — Il meurt.

Si Edouard eût été disposé à obéir à la volonté et son père , il s^ait revenu en Angleterre sans

28o insTOiRE o'angleterke.

déshonneur (1271.), lorsque Tarmée se sépara sur la côte d'Afrique, et que les principaux chefe retournèrent dans leurs états respectifs. Mais la curiosité ou la dévotion firent taire les conseils du devoir et de l'intérêt ( ao avril. ) : il mit à la voile à Trapano , débarqua à Acre, aperçut du haut des murailles les tentes des Sarrasins, et f;émit sur les tristes restes de l'empire fondé par les premiers croisés. Les troupes qui le suivaient ne se montaient guère qu'à mille hommes , mais il y avait quelque chose de magique dans le nom d'un prince dont le sang coulait de la même source que celui du « Cœur-de-Lion » , Richard; et les chrétiens et les infidèles s'attendaient à ce qu'il égalerait la renommée de ce héros. (4 sept.) Bondoear, sultan de Babylone • qui déjà s'était préparé à donner l'assaut à la cité , se retira immédiatement en Egypte à travers le désert; et. Abagha, khan lartare de Perse, lui proposa une alliance offensive contre l'ennemi commun des Mogols (i) et des chrétiens. Mais tous ses ef-

(i) Ob De voit pas trop comment un Tartare de la Mongolie pouvaii se rencontrer en Palestine. La Mongolie , bornée à l'est par la grande et la petite fiukbarie, et au sud par la Chine , paraît trop éloignée pour avoir eu des rapports de cette nature avec ia Terre Sainte. D'une autre part on l'appelle khan tartare de Perse , et, dans ce sens, il serait plus facile de comprendre sa pre'sence, parcequ'un Tartare pouvait 4ti:e monté sur le trôi^e de Perse; mai^ alors il ne peut plus

EDOUARD l'^'. 281

forts ne purent jamais réunir plus de sept mille hommes sous son étendard, force trop peu considérable pour se hasarder loin de la côte : et , quoiqu'il soit resté dix-huit mois à Acre, l'histoire de ses travaux militaires se borne à une expédition à Nazareth, à la capture de deux petits châteaux et à la surprise d'une caravane. Au lieu des lauriers d'un conquérant, un accident pensa l'honorer de la gloire du martyre. L'émir de Juppé, instrument deBondocar, avait réussi à captiver la confiance du prince sous prétexte d'embrasser le christianisme , et des lettres fréquentes, accompagnées de présents, avaie^nt caché et facilité le projet qu'il avait formé (1). Le vendredi de la semaine de la Pentecôte ( 1272^ 17 juin.), son messager, dont les voyages répétés avaient relâché la vigilance des gardes , fut inconsidérément admis dans l'appartement où Edouard , enveloppé d'un manteau flottant, reposait sur son lit pendant la chaleur du jour (2),

être question des Mogols. Ces petites diffîcultës n'arrêtaient point nos aïeux, qui confondaient trop souvent des contrées entièrement distinctes, et les rapprochaient sans inconvénient de quelques centaines de lieues. ( Note du traducteur. )

(i) Le moine de Melrose reçut cette relation d'un cheva-' lier , l'un des croisés ( 241 ); et elle est confirmée par Guillaume de Tn^oli, qui résidait alors à Acre. Spond. vtêfi,

(2) Horâ vesperarum ; environ trois heures de l'a prés midi. Heming. 590.

2&2 HISTOIRE DANGLETERKE.

I/infidële saisit cette occasion pour porter un coup violent , dirigé vers le cœur du prince. Edouard le reçut au bras, s'élança sur son assassin , le renversa par terre, et le perça de la même arme dont il avait été blessé. Le danger toutefois était grand : le poignard avait été trempé dans le poison : la blessure prit une apparence alarmante; et Edouard , prévoyant ses conséquences probables , se hâta de préparer et de signer son testament. (iSjuin.) Tous les symptômes dangereux disparurent heureusement par l'habileté d'un chirurgien anglais, qui coupa toutes les chairs qui environnaient la blessure : et dans le cours de trois semaines, par les attentions d'une femme affectionnée, et à l'aide de sa constitution vigoureuse , il recouvra une parfaite santé. L'aventure était en elle-même assez romanesque; mais un historien espagnol a imaginé d'ajouter à sotiintérêt , en attribuant la guérîson du prince à la piété d'Éléonore,qui, s'exposant, dit-il, au hasard presque certain de perdre la vie, suça le poison de la blessure de son mari (i).

/ 3 Dct. ) La conclusion d'une trêve de dix années entre le sultan et les chrétiens dopna un long répit aux habitants d'Acre, et fournit au prince l'occasion de retourner en Europe avec honneur. 11 reçut à Trapano une invitation de

fi) Hemiing. 690. West. 4oï- Sanut, 126.

EDOUARD l". s35

Grëgoire X pour se rendre à Rome. Ce pontife, sous le titre plus humble d'archidiacre de Liège, avait accompagné Edouard dans son expédition en Palestine : mais le bruit de ses vertus et de son savoir avait engagé les cardinaux, rassemblés à Viterbe , à le rappeler d'Acre pour occuper la chaire de saint Pierre; et le nouveau pontife était pressé de prouver sa reconnaissance au prince qui l'avait autrefois honoré de son amitié» En traversant la Sicile et la Calabre, Edouard reçut les premières nouvelles de la mort de son père : et les larmes quil versa dans cette occasion, quoiqu'elles excitassent la surprise de Charles d'Anjou, furent un témoignage honorable de la bonté de son cœur(i). (i273,i2fév. ) 11 ne resta que deux jours à Rome ; et continuant sa route vers Cîvita-Vecchia, il y fut reçu de la manière la plus afifectueuse par Grégoire , auquel il demanda de nouveau justice contre les assassins de son cousin Henri d'Allenajigne. Simon deMontfort était déjà mort : mais Guy et son beau - père Aldobrandini furent cités devant le pontife. La justification ou purgatîon du dernier fut admise : le premier, qui connaissait sa culpabilité 5 n'osa comparaître. ( !•' ayril. ) Il fut convaincu de sacrilège et de meurtre, déclaré infâme et proscrit, incapable d'hériter ,

(i) Trivet. 240.

284 HISTOIRE d'aNGLETERKE.

de posséder ou de léguer aucune propriété , et d'être revêtu d'aucune place de confiance , d'honneur ou de quelque ayantage dans l'état (i). Le voyage d'Edouard à travers lltalie fut une procession triomphale : on le considérait comme le champion de la chrétienté et le martyr de la croix : à chaque ville, les magistrats, le clergé et le peuple venaient au-devant de lui pour le recevoir, et les Milanais le forcèrent d'accepter

(i) Ilym. I, 890; II, 4-IO. Je prendrai la liberté de continuer ici l'histoire de Guy de Montfort. Dès que la sentence fut prononcée , il sollicita la clémence de Grégoire , et prit le parti d'aller le trouver à une petite distance de Florence. En chemise , une corde passée au cou , et accompagné de plusieurs amis dans le même accoutrement, il se jeta aux pieds du pontife , et demanda que la sentence prononcée contre lui fût commuée en emprisonnement. Grégoire, ému, ordonna de renfermer dans un château des états ecclésiastiques, et écrivit à Edouard pour s'excuser de sa douceur (Rym. 11, 17). Six ans après, le bruit connut que Guy avait été vu en Norwège, et le roi promit une récompense considérable à deux barons norwégîens , s'ils parvenaient k le saisir, et à le remettre entre les mains des agents royaux ( id. 11, i43 ), mais le bruit était sans fondement. Martin lY le mit enfin en liberté, après un emprisonnement de onze années. U prit alors possession de Squillace, patrimoine de sa femme, en Toscane ( Wals, 5i ). U embrassa le parti de la maison d'Anjou ; fut fait prisonnier en i!287 par Doria, amiral aragonais, et resta en captivité jusqu'à sa mort. Jacques, roi de Sicile, demanda pour sa rançon 10,000 onces d'or, somme qu'il savait bien que son prisonnier ne pourrait jamais payer. Voyez une lettre de sa femme à ce sujet. Rym. 11 , ao. Rymer en place la date en i2j^y au lieu de celle de 1289, qui est la véritable.

ÉDOLAH0 1*'. 283

des présents considérables en chevaux et en étoffes d'écarlate. (3omai.) 11 fut rejoint au pied du Mont-Cenis par le comte de Savoie: et bientôt après il reçut les félicitations d'un corps de chevaliers et de prélats anglais (i). Il ^ rendit à Paris, et fit hommage à Philippe pour les terres • qu'il tenait par le droit de la couronne » de France. » On s'attendait que de Paris i\ se hâterait dépasser en Angleterre; mais il fut appelé en Guyenne par l'état de trouble où se trouvait cette province (aôjuil.), etil y resta jusqu'à la conclusion d'un concile général que l'on avait convoqué à Lyon. (1274» i^mai.) Ce fut pendant cet intervalle que le comte de Châlons le défia dans un tournoi , qui, d'après ce que l'on a dit ensuite , sous le prétexte de lui faire honneur, ne devait servir que de voile à l'attentat le plus atroce contre sa vie. (iSmai.) Le pontife exhorta instamment le roi par ses lettres ( 18 mai.) à refuser, lui faisant observer qu'aucun monarque ne s'était jamais permis de combattre dans un tournoi ; que de pareils faits d'armes étaient défendus par l'église , à cause des meurtres qui les avaient fréquemment déshonorés ; et que c'était une folie de s'exposer aux épées d'assassins, qu'il avait des motifs de soupçonner d'être, à

(j) Wikes. 99. West. ^02.

286 HISTOIRE d'ANGLETERUE.

cette époque même , altérés de son sang (i). Mais Edouard était inébranlable sur ce qu'il appelait le point d'honneur. Au jour fixé , il entra dans la lice, a^'compagné de mille champions, partie à pied , p*)rtie à cheval : il y fut joint par son antagoniste avec une suite à peu près double. Il peut se faire que les Anglais fussent exaspérés par leurs soupçons, ou que leurs adversaires eussent réellement entretenu des projets sanguinaires ; mais l'épreuve de l'adresse et du courage se changea bientôt en bataille cruelle : les archers d'Edouard chassèrent leurs opposants de la lice , se mêlèrent parmi les chevaliers, et tantôt coupant les sangles de leurs selles, tantôt déchirant les entrailles de leurs chevaux, ils renversaient les cavaliers et les faisaient prisonniers. Le comte de Châlons, homme d'une force athlétique , après avoir jouté avec sa lance 9 jeta ses bras au cou du roi, afin de le renverser. Le cheval d'Edouard s'élança en avant par un mouvement rapide, et le comte lui-même tomba sur la terre. Ses compagnons le remirent à cheval : mais sa chute l'avait rendu incapable de se mouvoir, et

(i) Rym. Il , 39, 3o. Ces assertions de Grégoire semblent Appuyer les soupçons de quelques écrivains que la tentative d'assassinat d'Edouard dans la ville d'Acre , était en réalité l'effet d'un plan concerté par les partisans de la maison de Montfort.

ÉDOUARP 1*'. 287

il demanda quartier. La colère du roi l'entraina d'abord à frapper un ennemi suppliant : puis « dédaignant de recevoir son épée , il le força de se rendre à Tun des champions à pied. Les Anglais remportèrent le prix, après la lutte la plus dangereuse et la plus sanglante (1).

Edouard pensa alors sérieusement à retourner en Angleterre ( 1374. ) • il donna même des ordres pour les préparatifs de son couronnement (2). Mais son départ fut encore subordonné à une discussion étroitement liée aux intérêts mercantiles de son pays. Plusieurs de ses prédécesseurs avaient acheté les services militaires du comte de Flandre, pour des annuités dont le paiement cessait à leur mort. Le contrat était volontaire et basé sur des convenances mutuelles. Mais Marguerite, comtesse régnante , le regardait comme un droit, et elle avait demandé, avant la mort du dernier roi, le paiement d'un ancien compte d'arrérages montant à près de quarante mille marcs. Sa réclamation fut rejetée avec indignation : et la comtesse , sans s'inquiéter des conséquences qui pouvaient en résulter pour elle et pour son

(i) HemÎDg. 592. West. 402. Trivet, ^^i,

(2) On donna Tordre de préparer trois cent quatre-vingt» têtes de boeufs ou de vaches, quatre cent trente moutons, quatre cent cinquante cochons, dix-huit sangh'ers, deux cent soixante-dix'huit flèches de lard , et de dix-ueuf mille six cent soixante chapons et antres volailles. Rym. ii ,42t.

â88 HisTOiuE d'anglkterue.

peuple , fit saisir comme indemnité toutes les laines d'origine anglaise qui se trouvaient dans rétendue de ses domaines , quoique les trois quarts eussent cessé d'être des propriétés anglaises. Henri avait eu recours aux représailles : et par la confiscation des produits des manufactures flamandes, il avait obtenu une somme de huit mille livres, qu'il avait partagée entre les victimes de la mesure prise par Marguerite , en proportion de leurs pertes respectives. Il avait, eu même temps , défendu l'exportation en Flandre de la laine et des peaux de mouton brutes ; et il invita les fabricants flamands à s'établir dans ses états, en leur proposant une prime. On découvrit cependant qu'au moyen des agents étrangers les articles prohibés s'introduisaient facilement en Angleterre : et Edouard, aussitôt après la mort de son père , défendît, sous des peines sévères , l'exportation totale dès laines. Cette mesure vainquît l'oibsti nation de Marguerite. Les métiers à tisser flamands cessèretttde marcher, les manufacturiers furent ruinés , et la comtesse perdit la branche la plus productive de son revenu. («4 juin- ) Elle sollicita alors uià arrangement ; et Edouard consentît à recevoir ;S|Onlils Guy à Montreuil. Une députalion de ' marchands de Londres l'accompagnait pour Taider de ses avis : les Flamands acceptèrent les conditions prescrites par le roi ; et Guy se soumit à présenter des ex-

EDOUARD l*'. uSq

cuses publiques. ( 24 juin. ) Il fut introduit aveq les seigneurs flamands près d'Edouard, qui avait rassemblé autour de lui sa cour et les principaux habitants du pays. « Sire , dit Baudouin d'Avesjines, le comte de Flandre est venu devant vous » pour vous déclarer son regret de ce que sa mère, » madame et comtesse, a fait saisir les marchan- » dises de vos sujets. Elle croyait avoir le droit

• d'ordonner celte saisie i mais, par respect pour »vous et pour obtenir votre amitié, elle promet »de faire entière réparation aux personnes lé- » sées : et pour Texécution de cette promesse , »le comte s'oblige, lui et ses possessions , envers

• vous, sire, roi d'Angleterre. » Edouard répondit qu'il acceptait une offre si humble, et avec d'autant plus d'empressement qu'il savait que le comte était à cette époque dans la Terre-Sainte, et qu'il avait toujours désapprouvé la conduite injurieuse de sa mère. On convint que les huit mille livres provenant des marchandises flamandes seraient précomptées comme partie de la réparation : et les relations commerciales des deux pays se rétablirent sur l'ancien pied (i).

(a août.) De Montreuil, Edouard se rendit en Angleterre, et fut couronné à Westminster,

(i) Ryin. Il, 24» 32, 34.

StQO HISTOIRE 1>'ANGI.£TERR£.

(19 août.), conjoînlement avec ça femme (1). Près de deux ans s'étaient écoulés depuis la mort de Henri, et cependant la tranquillité du royaume n'avait pas été interrompue. Si les membres survivants de la faction de Montfort étaient disposés à rallumer la guerre civile , la vigilance du conseil et l'arrivée toujours attendue du roi les intimidaient. Edouard avait alors atteint sa trentesixièmç année. 11 était de haute taille, mais bien proportionnée ; la longueur de ses bras ajoutait à la force de ses coups , et quand il était une fois en selle, ni les écarts fougueux de son cheval, ni

(i) Alexandre, roi d*Éco8$e, pour obëîr & la sommation du roi f assista au couronnement. Il avait été convenu par Ri* cliard I®% qu'aussi souvent que les rois d'Ecosse viendraient à la cour d'Angleterre , en conséquence d'une sommation à cet effet, ils seraient reçus et accompagnés pendant leur voyage de la même manière que leurs prëdëeessenrs l'avaient été , par l'évéque, le sherifif, et les barons de chaque comté , et recevraient cinq livres par jour pour leurs dépenses sur là route , et trente shillings par jour aussi long-temps qu'ils resteraient à la cour du roi , avec vingt*quatre pains, quatre sexterces du meilleur vin , et huit d'une qualité inférieure ; quatre flambeaux de cire, quarante des meilleures chandelles, et quatre-vingts d'une moindre qualité; deux livres de poivre , et quatre livres de cannelle. Rym. t , By, Mais il paiait qu'actuellement ils recevaient les cinq liv. par chaque jour, durant tout le temps, et faisaient acheter probablement les provisions dont ils avaient besoin. Alexandre, dans l'occasion dont il est question , reçut cent soixante-quinze lir. Rym. n, 4a.

les efforts de son ennemi» ne pouvaient le dé« monter. 11 était ardent et irritable, impatient des injures, et méprisant le danger. Mais la sou* mission désarmai sa colère , et le succès semblait toujours justifier sa témérité. Durant se» derniers débats avec les barons, il avait donné des preuves de la solidité de son jugement et d^ la résolution de son caractère : et sa réputation 8 était établie, parmi les admirateurs de la cbe'* Valérie, par ses prouesses dans les batailles et les tournois, et par son expédition en Palestine (i)t U ne le cédait en ambition à aucun de se» pxé^ décesseurs ; mais cette ambition embrassait des objets tout différents. Us avaient épuisé leurs ef* forts à tenter sur le continent des conquêtes qui pouvaient leur être enlevées, en tout temps , par un voisin plus heureux : il aspira à Tunité de la souveraineté sur toute Tile de la Grande-Bretagne. Ses ef4)érances ne furent pas entièrement trompées: le pays de Galles fut incorporé à l'Angleterre , et Tindépendance de TÉcosse ne trouva d'asile que dans ses marais , ses forêts et ses mon« tagnes* L'assujettissement de l'un , et les tenta* tives faites pour subjuguer l'autre , sont les évè-nements les plus intéressants de son règne.

Après la mort de Henri , Lleveeilyn , comme les autres vassaux de la couronne anglaise, avait

(i) HemiDg. i » 3. Trivet» s3S«

2g2 HISTOIKB p'ANOtBIEHRE.

été appelé à jurer fidélité au nouveau monarque. Pendant l'absence d'Edouard, on avait passé sur le refus du Gallois : après le couronnement, on renouvela trois fois la sommation , et trois fois elle fut éludée. Ce n'était pas que Llewellyn déniât le droit du roi, ou sa propre obligation: mais une clause du dernier traité, qui défendait aux deux parties de donner asile à leurs ennemis respectifs , lui fournissait un prétexte plausible de se plaindre et de réclamer justice. Quand on eut levé ce prétexte , il en chercha un autre, et déclara que son voyage en Angleterre exposerait sa vie à la fureur de ses ennemis. Edouard s'avança jusqu'aux frontières des Galles, et lui offrit an sauf-conduit : mais alors il éleva ses prétentions, et demanda des conditions dont l'extravagance prouvait qu'elles n'avaient été présentées que pour qu'on les rejetât. La vérité est que le prince aspirait à l'honneur d'ûssurer l'indépendance de son pays , et qu'il avait résolu de ne point reconnaître de supérieur , à moins d'y être forcé par le sort des armes. D'abord, les prélats et les barons anglais intercédèrent en sa faveur : ses excuses et ses délais épuisèrent leur patience : ils le déclarèrent rebelle , et accordèrent un subside d'un quinzième pour faire face aux dépenses de la guerre (i). Le roi passa l'hiver

(i) Rym. II, 5, 4, 4i, 4^, 58, 68^ 69.

à tenter la fidélité des Gallois, David , que Llewellyn , quoiqu'il fût son frère , avait privé de son patrimoine, invita ses concitoyens à se ranger sous rétendard d'Edouard ( 1277. ) ; et Rees Ap Meredith , le descendant des anciens princes des Galles du sud, saisit avec ardeur l'occasion de combattre le chef d'une famille rivale. Les tenanciers militaires d'Edouard s'assemblèrent dans les comtés de Shropshire et de Cheshire : à la mi-été, ce prince traversa la Dee, s'avança le long de la côte, prit et fortifia les deux châteaux de Flint et de Rhuddlan , s'empara d'Anglesey , et avec sa flotte intercepta toute communication entre Snowdon et la mer. Liewellyn, confiné dans ses montagnes stériles et dans les forêts, éprouva bientôt les horreurs de la famine; et sous peu de semaines ( 9 novembre, j il fut. forcé de s'abandonner sans réserve à la merci de son adversaire. On le soumit aux conditions de payer une amende de quinze mille livres, de céder à Edouard l'entière possession de quatre districts entre Ghester et la rivière de Conviray, de tenir Anglesey comme fief de la couronne anglaise à la rente annuelle de mille marcs, de faire hommage au roi à Rhuddlan et à Londres , et de donner dix otages pour gages de sa fidélité future. Mais ces conditions ne furent en effet prescrites qu'afin de prouver la supériorité du vainqueur : et Edouard céda bientôt aux inspirations de 5a générosité natu-

felle. ( ti novemhte. ) Il remit d*abord Tameûde des quinze mille Unes, ensuite la rente annuelle de l'Ile d'Anglesey ( 127Ô, 19 sept.), puis il rendit gratuitement les dix otages , et enfin ( t5 oct. ) il conflentit au mariage de Llewellyn avec Éléonore de Montfort , fille du dernier comte de Leicester, qui, Tannée précédente , à son passage pour les Galles, avait été arrêtée près de Bristol, et concjuite prisonnière au roi (1).

Dans l'opinion d'Edouard, Tassujettissement des Galles était maintenant accompli. Il se flattait d'avoir terminé par la douceur ce qu'il avait commencé par la force. Les deux frères Llewellyn et David s'étaient réconciliés. Il s'était conduit envers Llewellyn avec l'affection d'un ami plutôt qu'avec la sévérité d'un ennemi, et ses lettres à ce prince respiraient une modérationqui faisait honneur à son cœur. Il avait été pour David un protecteur généreux. 11 lui avait conféré Thonneur de la chevalerie, lui avait donné des propriétés considérables dans les deux contrées, et la main d'Éléonore, fille du comte Ferrers. Mais il s'était fait une fausse idée du caractère des Gallois à cette époque.La haine des Anglais était un legs sacré qu^ils avaient reçu de leurs ancêtres, à travers les générations : et il n'existait pas un individu,

(1) Rym. Ur88^, 97# n^t ix^r >^« Heau »,^ XriT«

EDOUARD I*'. agS

depuis le prince jusqu'au paysan, qui ne fût prêt, en tout temps, à tirer lepéepour l'indépendance de son pays. Les habitants des districts cédés récemment aux Anglais commencèrent à manî-* fester leur mécontentement. Ils contemplaient avec douleur l'abolition graduelle de leurs usages nationaux, la distribution de leurs districts en cantons et en provinces (i), et l'introduction des lois et de la jurisprudence anglaises. David, malgrétouteslesobligationsqu'il avait à Edouard, paraissait mécontent. On avait, par les ordres du roi , abattu ses futaies pour ouvrir une roule à travers l'une de ses forêts : et quelques uns de ses vassaux avaient été mis à mort pour meurtre par le justicier, quoiqu'ils eussent offert la rançon de leur vie , suivant les lois galloises. Lle-

(i) Llewellyn avait cédë à Edouard quatre canireds , entre Cbester et la côte. Edouard les avait divisés en hundreds, cantons, et shires , provinces. J'ai traduit cantred par district; cependant \^s districts, dans l'acception française, ne sont que des divisions des provinces. Afin de ne pas se faire une fausse idée de l'étendue de ces portions de pays , il faut se souvenir que les sbires qui avaient remplacé les counties ou comtés , s'étaient formés comme ceux-ci par le laps de temps et le hasard , et non par une délimitation légale et régulière , et qu'il y avait conséquemment de très petites pro* vinces comme de plus étendues. Les quatre cantrcds purent devenir quatre shires , divisés ensuite en hundreds. Cette partie de ia principauté de Galles est aujourd'hui le Camarvon , le Mertoneih et le Denbigb. if ois du tmducteur.

2g6 HISTOIRE D'fNGIETBRES.

wellyn lui- même avait, ou prétendait avoir des motifs de plainte contre les usurpations des officiers royaux. Quoique Edouard lui eût promis justice 5 son esprit s'exaspéra , et il prêta une oreille favorable aux insinuations incendiaires de David. Les hommes à passions exaltées pèsent rarement les conséquences qui résultent du plaisir de se venger; mais, dans la circonstance présente , leurs espérances prirent une nouvelle vigueur, par une folle confiance dans une ancienne prédiction attribuée à Merlin, qui annonçait que, lorsque la monnaie anglaise deviendrait circulaire , le prince de Galles serait couronné à Londres. Edouard avait récemment émis une nouvelle monnaie ronde , de half - pennies ( demisoua ) et de farthings ( quarts de sous) ; et il avait défendu que le penny (i) fût désormais coupé par moitié ou par quarts : d'où Ton conclut sagement que la prédiction du prophète était sur le point de s'accomplir (2).

(1282, 22 mars.) Le dimanche des Rameaux, dans l'épaisseur de la nuit et pendant les fureurs d'une tempête, le perfide David surprit le château de Hawarden. Roger Clifford, le justicier , qu'on trouva dans son lit , fut blessé et mené prisonnier au sommet du Snowdon;

(1) On doit se rappeler que ce sont des monnaies d'argent.

(2) Duns. 47«- Wikef , io8. Wî^verley , 255.. Triv* 275.

on passa au fil de Tépée ses chevaliers, ses écuyers et ses valets. Ce fut le signal d'une inôurrectîon générale. Llewellyn rejoignit immédiatement son frère, et assiégea les châteaux de Flint et de Rhuddlan : les principaux chefs rassemblèrent leurs familles et tous ceux qui en dépendaient ; et les Gallois , s'élançant de leurs montagnes sur les frontières , dévastèrent la contrée par les flammes et par le glaive, et accablèrent les habitants, sans distinction d'âge ou de sexe, de toutes les calamités que pouvait suggérer la férocité de ces sauvages (1). Edouard refusa d'abord de croire à cette nouvelle : mais les courriers qui se succédaient dissipèrent son incrédulité , et l'on envoya des forces considérables pour faire lever le siège des deux châteaux. L'urgence du cas demandait les mesures les plus énergiques. Un emprunt forcé remjplaça le déficit du trésor (2); les cours du banc du roi et de l'échiquier furent envoyées à Shrewsbury ; et Edouard déploya l'étendard royal ( 17 mai. ) à Worcester. 11 s'empara du château de Hope, appartenant à David , et expédia de nouveaux ordres

(i) Rym. 89, 96-107. Duns. 471. Waver. 4io.

(2) L'emprunt fut levë sur les corporations civiles et religieuses, et sur les individus connus pour avoir de l'argent. Il ne fut jamais rembourse ^ mais on exempta les préteurs du subside suivant, accordé par le parlement. Duns. 47^» 477»

à ses tenanciers militaires et à mille pÎQnûîers pour qu'ils le rejoignissent à Rhuddlan (i). On ne connaît que très imparfaitement les événements de cette campagne. Les Gallois avaient ajouté des ouvrages d'art aux défenses naturelles de leurs montagnes. Le roi ne put ou ne voulut pas les forcer dans leur position : et la perte dequatorze bannerets, avouée par les Anglais , prouve que ce système temporiseur de guerre fut aussi destructif que la bataille la plus sanglante. Edouard réduisit Anglesey ; mais un grand désastre balança cet avantage. Un pont de bateaux avait été jeté à la hâte sur le Menai (2), et un corps considérable était sorti de l'île pour examiner les retranchementsde l'ennemi. Comme il gravissait une colline sans précaution , un parti de Gallois s'élança soudain du lieu où il était caché. (6nov.)Leur apparition et leurs cris intimidèrent les Anglais, qui s'enfuirent en confusion vers le rivage; mais le flux avait brisé le pont, et les fugitifs se jetèrent en si grand nombre dans les bateaux , qu'ils enfoncèrent, et que la plupart se noyèrent (3).

(i) Chaque pionnier devaît être muni d'une forte cognée ou d'une hache, et recevoir trois sous par jour. Rym, n, 207.

(2) Le Menai est le détroit qui sépare la principauté de Galles de l'île d' Anglesey. Note du traducteur,

(3) Wabing. 5i. Heming. i, 9. Dunst. 473» Le pont étuit

L'archevêque de Canterbury avait été voir Llewellyn ; et si le prince gallois eût suivi l'avis du prélat 5 il eût évité son triste sort et sauvé son pays. Mais le succès avait affermi sa ténacité : il refusa les conditions qu'on lui offrait ; et il se confia dans les rigueurs de l'hiver pour amener la dissolution de l'armée anglaise. Edouard avait ordonné que de grandes forces se rassemblassent dans le voisinage de Carmarthen (6dëc. ) : et Llewellyn , abandonnant la défense de Snowdon à son frère , se rendit promptement à Bluit 9 dans le Radnorshire. Les Anglais, sous Edmond Mortimer et Jean Giffart , parurent sur la rive gauche de la Wye. Le pont était occupé par les indigènes ; et une force nombreuse , postée sur une montagne voisine, attendait les ordres de Llewellyn , qui , descendu de la montagne pour observer les mouvements de Tennemî, était entré dans une grange afin de se reposer ou de se mettre à l'abri. ( n déc) Un cri soudain le fit tressaillir , mais son écuyer l'assura qu'il provenait de la garde du pont qui venait de repousser l'ennemi. Quelques minutes après, on aperçut les bannières de Mortimer ( il avait passe la rivière à gué) qui gravissait la colline, et un chevalier, Adam Frankton , s'approcha par hasard de la

si large que quarante hommes armes poruvaicnt > passer do front.

500 HI8T0IHB d'aNGLET EBREt

grange* Le prince, quoique sans armure et à pied, ne chercha pas à éviter un combat inégal : il reçut de son antagoniste un coup de lance dans le côté : et Frankton, ignorant la qualité de celui qu'il venait de tuer, se hâta de rejoindre l'armée. Les Gallois attendaient avec impatience le retour de leur prince : le bruit de sa mort les jeta dans le désespoir , et l'on assure que deux mille d'entre eux tombèrent sous le glaive des assaillants. Après la bataille, Frankton retourna dans la grange pour s'informer de l'homme qu'il avait tué. On découvrît que c'était Llewellyn ; et l'on trouva sur lui son sceau particulier , ainsi qu'une liste mystérieuse de noms imaginaires , dont on supposa qu'il s'était servi pour désigner quelques traîtres de l'armée anglaise. Sa tête fut portée à Edouard à Rhuddlan ; et il ordonna de l'envoyer à Londres afin d'y être exposée sur la tour. Pour vérifier ou ridiculiser la prédiction de Merlin , on l'entoura d'une couronne d'argent ou de lierre (i).

Avec Llewellyn expira l'indépendance du pays de Galles. Dès que sa mort fut connue, les autres chefs se hâtèrent de faire leur soumission , et furent reçus avec bonté par la politique d'Edouard. David seul resta à l'écart. Il hésitait à se

(i) Rym. H , aaS-aaS. Heming. i, 1 1, la. West. 4i i. Wals. So. Koyghton^ 24^5.'

remettre dans les mains de l'homme qu'il avait si cruellement offensé, et il prit la résolution de ûe confier sa sûreté qu'à sa bonne fortune et à son adresse. Son château de Bère, situé au centre d'un marais, était regardé comme imprenable : maïs il préféra l'asile que lui offraient les montagnes et les forêts ; et , durant six mois , il éluda la vigilance et la poursuite de ses ennemis. Mais aucune retraite ne put le sauver de la perfidie de ses concitoyens, ( ai juin. ) Ils le chassèrent de rocher en rocher, le firent prisonnier avec sa femme et ses enfants, et le conduisirent enchaîné au château de Rhuddlan. Ce fut en vain qu'il sollicita la permission de se jeter aux pieds du vainqueur. Edouard avait bien résolu de ne point pardonner, mais il n'osa exposer sa fermeté à l'épreuve d'une entrevue. On convoqua un parlement à Shrewsbury pour juger ce malheureux prince; et Iç langage de la sommation découvrît pleinement les sentiments et le dessein du roi. Elle dépeignait l'esprit inquiet et hostile des Gallois, leurs continuelles infractions aux traités, leurs excursions sanguinaires et destructives, accusations qu'on aurait également pu retourner contre les accusateurs ; et décrivait ensuite, dans les termes les plus énergiques, l'ingratitude de David, qui, orphelin et exilé, avait trouvé dans le roi un père et un protecteur j qui avait reçu de lui des propriétés et

30if UISTOIBS D'AOïaiiSÏERRE.

des yassaux , et qui avait été élevé par lui aux premièreé dignités de sa cour, (3o j«pt.) Le prince gallois parut devant ses pairs , enze comtes et cent barons , et il fut unanimement condamné c à être traîné au gibet , comme traître au roi qui V l'avait fait chevalier; à être peadu, comme meur- » trier des gentilshommes pris dans le château de »-Hawarden ; à avoir les entrailles brûlées, parce- »qu'il avait profané, par l'assassinat , la solennité »de la passion du Christ ; et à avoir les quatre »quartiers de son corps dispersés dans le pajs, »-parcequ'il avait conspiré en des lieux différents »la mort du roi son seigneur. » Cette horrible sentence , qui a été pendant des siècles la sentence légale pour les cas de haute trahison ^ fut littéralement mise en exécution (i). Le sort de David , considéré seulement comme le défenseur de indépendance de son pays, inspire une profonde pitié; mais cette pitié doit se réprimer dès qu'on se rappelle sa perfidie , son ingratitude et ses crimes.

Edouard passa plus d'une année dans le pays de Galles, ou à proximité des frontières , afin d*assuter la stabilité de sa conquête. Pour con-

(i) Dunst. 475. Hemîng* x , i3. Cette tragédie fut termiiiëe par une querelle ridicule entre les citoyens de Winchester et ceux d'York , pour la possession de Tépaule droite du prince. C'était un point re'el de préséance , et il fut décidé par le conseil en faveur de Winchoiter* Waver» a5ê*

DigitizegI by VjOOQIC

éOOtlAED I''. 5o5

tenir les habitants de Saowdon , les plus intraitables des indigènes , il fortifia les châteaux de Conway et de Carnariron, et distribua les terres qui les avoisinaient aux plus puissants des barons anglais. Mais son grand but était de conci-* lier et de civiliser. Les traits sévères d'un ennemi firent bientôt place à Taspect plus doux d'un législateur qui évitait tout ce qui pouvait choquer ioutilement les préjugés de ses nouveaux sujets, qui offrait sa paix et sa protection à tous indistinctement, et qui leur permettait de conserver leurs terres, sous les mêmes services p|ir lesquels ils les tenaient de leurs princes nationaux. Sa même temps , pour les détourner delà vie errante à laquelle ils étaient accoutumés « il établît des corporations^e marchands dans les principaleis villes; et afin de réprimer leurs inclinations tur-i bulentes et sanguinaires, il introduisit la juri^ prudence des cours anglaises, divisa toute la contrée en provinces et en cantons, et créa de nouvelles formes d'ordonnances adaptées aux mœurs et aux tenures galloises (i). Il est pos-

(i) Yoyezles Statutom WalJiœ, publiées dans le dixième Ypiume des statuts complets. App. p. 3. Us nous apprennent que les anciennes lois des Galles étaient très sévères À Vé* gard des femmes. Qn n'allouait aucun douaire aux veuves, et les filles ne pouvaient pas succéder aux propriétés de leurs pères. En ce qui regardait les yeuves, le roi introduisit la coor

5o4 mSTOIRE D'AIfGLBTBRBB.

sible que ce fut par une suite de la politique du roi 9 mais il est plus probable encore que ce fut uniquement parcequ'il résidait dans cette contrée , qu'Éléonore accoucha de son fils Edouard dans le château de Carnarvon. (1284, 25 avril.) Les indigènes réclamèrent l'enfant comme leur compatriote ; et lorsque ensuite on le déclara prince de Galles , ils reçurent cette nouvelle avec les plus vives acclamations, comme si elle avait proclamé la restauration de leur indépendance (1).

Depuis rentière pacification du pays de Galles jusqu'au commencement des troubles de TÉcosse^ ils*écoula un intervalle de quatre années: Edouard en passa une en Angleterre occupé d'amé- Iforerle sortde ses propres sujets, et les autres sur Incontinent , chargé de l'honorable mais difficile emploi d'arbitre entre les rois de France, d'Aragon et de Sicile. Charles d'Anjou avait été pendant quelques années paisible possesseur de la Sicile : elle lui fut enlevée par la fourberie de

tume d^A&gleterre : quant au second point, il ordonna que la division des terres se ferait comme par le passe entre les enfants mâles I les bâtards exceptés , et il décida que si la descendance masculine venait à manquer , l'héritage appartiendrait aux femmes. Ibid. p. 1 1 .

(i) Wals. 52. Trivet, 261. Je ne sais rien du massacre des Bardes, fiction à laquelle nous devons la célèbre ode de Gray.

EDOUARD l**. 5o5

Pierre, roi d'Aragon. Ce prince avait prétendu entreprendre une croisade contre les infidèles, et il avait fait voile pour les environs de Tunis : à l'instigation de ceux qui étaient du secret, les Siciliens se révoltèrent inopinément, massacrèrent tous les Français qui se trouvaient dans les cinq cités de File, et le roi d'Aragon monta sans opposition sur le trône de Sicile. C'était une mesure téméraire et dangereuse. Quels que fussent les griefs des indigènes, le sang de huit mille de leurs semblables jetaunetache indélébile sur leurcause et sur celle de leur nouveau monarque. Le pape, qui réclamait et la Sicile et l'Aragon, commefiefs du saint siège, excommunia les assassins et leur protecteur ; Charles, qui se maintenait encore dans le sud de l'Italie , appela sous son étendard les aventuriers de tous les pays ; et Philippe de France, acceptant du pontife la donation de TAragon pour son plus jeune fils, entra dans la Catalogne avec une armée de soixante- dix mille hommes. La fortune ou l'habileté de Pierre arrêtèrent ses ennemis. Il méprisa la sentence papale : il confia la défense de la Sicile à Doria , qui détruisit la flotte française et fit prisonnier le prince dç Salerne , fils de Charles d'Anjou ; et il obligea Philippe , après que ce prince eut perdu une partie de ses troupes dans les Pyrénées ^ à se retirer précipitamment en France. ( i285.) Tandis que la plus grande partie de l'Europe s'agitait

Dtgitized by VjOOQIC

3o6 HISTOIRE d'Angleterre*

ainsi convulsirement, excitée par Tambitioû de ces priaces » la même année leur rendit à tous la paix en les précipitant au tombeau. Philippe III laissa sa couronne à son âls Philippe lY, âgé seulement de dix-sept ans ; Pierre fut remplacé sur le trône d*Aragon par son fils Alphonse t et sur celui de Sicile par son fils Jacques : le prince de Salerne, héritier des prétentions de la maison d 'An- )0u> restait encore prisonnier de ce dernier. ( ia86. ) La régence française invita Edouard à remplir Tofiice de médiateur : il n'était pas difficile de rér concilier Philippe et Alphonse ^ qui n'avaient pas hérité de Texaspération de leurs pères. ( 25 juillet. ) On convint d'abord d'un armistice, qui fut suivi, peu de temps après, d'une paix due aux bons offices du roi d'Angleterre. Mais la tâche d'obtenir la liberté du prince de Salerne fut plus pénible, et elle obligea Edouard à plusieurs voyages et à des négociations répétées. ( 128S, 27 oct. ) Elle fut enfin accordée , mais sous des conditions qui assurèrent à Jacques la possession non contestée de son royaume. Charles cependant, quandil eut obtenu sa liberté , éluda toutes les obligations auxquelles il s'était soumis, se fit couronner roi des deux Siciles, et voulut chasser son rival par la force des armes. L'issue de la lutte pouvait être douteuse : mais la mort d'Alphonse ayant appelé Jacques au trône d'Aragon, ce dernier fiarviot facilement, avec les forces unies des deux

royaumes » à repousser tous les efforts de la mai* son d'Anjou (i).

( 1289 , 12 aoûL ) Tandis qu'Edouard s'employait ainsi aux affaires des états étrangers, le peuple an* glais se plaignait de lui voir négliger les intérêts de son propre royaume. Le refus que fit le parle-* ment d'un subside l'avertit de songer à son re- ^ tour : et il trouva bientôt dans la malheureuse situation de l'Ecosse une vaste carrière pour exer« cer sa politique et son ambition. Sa sœur Marguerite était morte depuis quinze ans : elle avait don* né à son mari, le roi d'Ecosse, deux fils, Alexandre et David, et une fille, Marguerite, mariée à Éric , roi de Norwège ; et Alexandre se consolait de son veuvage dans l'attente de transmettre la couronne à ses descendants en ligne directe. Maid David mourut en 1281, sa sœur Marguerite le suivit trois ans après , et une année plus tard ^ le jeune Alexandre descendit aussi au tombeau. Le père affligé consentit, à la requête de sa no^ blesse, à prendre une seconde femme; et peu de temps après son mariage avec Joletle ,. fillé du comte de Dreux, il périt d'une chute de cheval. ( iaS6, 16 mars.) La couroune était dévolue de droit à sa petite-fille Marguerite, fille du toi de Norvrège, étrangère et encore enfant 2 elle

■ I II II 11 1 I > III ■' ■!> * ■■ *milMt »!■ ■! I I ■ ■ I ■!■ I II ll».l I. I- .. I III I t

(i) Voyez les ennuyeuses négociations k cû sujet dans Ryroer, tonu u, de la page 317 à 370.

3o6 HISTOIRE D ANGLETERRE.

avait à peine trois ans. Avant la mort d'Alexandre , elle avait été déclarée héritière présomptive ; quand il n'exista plus, les états du royaunie reconnurent ses droits, et l'on nomma un conseil de régence pour accomplir en son nom les devoirs de la royauté. Éric , dans sa sollicitude pour les intérêts de sa fille, supplia Edouard de lui accorder sa protection , et ce monarque, dès son retour en Angleterre(i289,6nov. ), écrivit aux prélats, aux nobles et aux communes de l'Ecosse , les requérant d'obéir au gouvernement des régents , et annonçant qu'il enverrait une députation, prise dans son conseil, pour s'informer de la situation actuelle du royaume. Le même jour fut signé le traité de Salisbury par les députés d'Angleterre, d'Ecosse et de Worwège. On y convenait qu'Eric enverrait sa fille dans la Grande- Bretagne, libre de tout engagement matrimonial ; qu'Edouard la remettrait sous la même clause aux Écossais, quand l'Ecosse serait rendue à la tranquillité, et que ceux-ci donneraient des sûretés* de ne la marier que d'après l'ordre, la vo- «lontéet l'avis du roi d'Angleterre, et avec le » consentement du roi de Norwège ; » que toutes les matières relatives à l'état et à h réformation du royaume seraient soumises à un conseil composé de commissaires anglais , écossais et norvégiens , et que toutes les fois qu'il s'élèverait quelque différence d'opinion entre ces derniers, la

,^ ^ décision dépendrait du jugement des Anglais (1). . Mais le grand objet d'Edouard était de marier la jeune reine à son fils aîné. On obtint facilement le consentement de son père ( 1290, 18 mars.) : le pape accorda les dispenses nécessaires ; et le parlement écossais fut amené par les agents du roi à en faire le premier la proposition officielle. (18 juiUei. ) Dans le traité de mariage, la liberté et l'indépendance de l'Ecosse furent garanties avec le soin le plus scrupuleux ; mais on ajouta un article établissant qu'aucune de ces conditions ne serait expliquée au préjudice des droite appartenant antérieurement aux deux couronnes (2). Cependant cet arrangement, si flatteur

(i)Rym.ii,445, 446.

(2) Les Ecossais étaient avertis des prétentions du roi d'Angleterre à la supériorité féodale sur la couronne d'Ecosse : et pour détruire leurs soupçons, on convint que les droits, lois, liberlés et coutumes de TËcosse seraient observés inviolablement ; que le royaume resterait séparé , divisé, libre et sans sujétion ; et qu'en cas de mort sans enfants de Tune des parties, il appartiendrait à l'héritier légitime, entièrement, lii)remcnt, absolument et sans aucune sujétion. En même temps , Edouard inséra trois clauses qui « garanlis- » saient à lui et à tous autres, les droits qui lui appartenaient » ainsi qu'à eux avant la date du traité, ou qui devaient leur >» appartenir après : de sorte que, par le traité en lui-même, » rien ne pouvait être acquis ou perdu par le roi d'Angîcj> terre, tes héritiers, ou tous autres. »Rjm. 11, 482. Ces clauses plaçaient les droits des deux couronnes sur leur an.éien piedi

3]0 HI$TOIBB d'a.N6£ETBRRE.

pour les espérances , et si essentiel pour la prospérité des deux royaumes, fut promptement détruit. La vierge de Norwège, comme on rappelait, était d'une constitution trop délicate pour supporter les fatigues du voyage , et Ion fut obligé de la débarquer dans une ile des Orkneys : elle y tomba malade, rentra en convalescence, retomba et mourut. (7 oct. ) Sa mort fut pour ses sujets la source de nombreuses calamités; et les révolutions dont elle fut suivie servirent à changer l'ancienne rivalité entre l'Angleterre et l'Ecosse en une animosité tenace et cruelle (1).

Par la mort de Marguerite, la postérité des trois derniers rois d'Ecosse, Guillaume, Alexandre II et Alexandre III, se trouvait éteinte; et il se présenta seize compétiteurs, qui tous, à une seule exception près, fondaient leurs prétentions à la couronne sur leur descendance légitime ou bâtarde de la famille royale. L'un d'eux faiss^ît dériver son droit d'un usurpateur, six d'enfants illégitimes , et deux d'une sœur de Guillaumele-Lion. Éric , roi de Norwège, demanda à être considéré comme héritier de sa fille, la feue reine. Le règlement de ces dix réclamations n'offrait pas de grandes difficultés : le véritable héritier devait se trouver parmi lès descendants de David, comte de Huntingdon, frère du roi

(ÔRym. n j445, 471 ^ 474» 48a> 4^9» 1^90, 109t.

ÉDOUABD l'^

3ll

Guillaume, De Marguerite, l'aînée de ses filles, était issu John Baliol , lord de Galloway; d'Isabelle, la seconde, Robert Bruce, lord d'Annandalc ; et d'Ada , la troisième , John Hastings , lord d'Abergarenny. Le dernier, tandis que la postérité des autres sœurs était Tirante , ne pouvait prétendre qu'à une part de la succession, si elle était divisible : et Bruce n'aurait pu «méconnaître le droit de Baliol descendant de la sœur aînée , s'il n'eût été le petit-fils de David , tandis que Baliol n'en était que l'arrîère-petitfils (i). C'est pourquoi le point à décider était de savoir si la couronne appartenait de droit au représentant de la fille aînée , quoique plus éloigne d'un degré , ou au représentant de la

(i) Les prëtentions de ces trois compétiteurs peuTent se comprendre par la table suivante : .

DMÎd I , mL

H«nri , prince d'Ecosse.

Malcoin) lY, toi Guillaume, roL

DaT

Alexandre II , roi.

Alexandre IQ, ro!.

Marguerite i«- Eric, roi de Nbrwége.

Marguerite ^ la ?îetge âe Norwège.

Page 1