‹ Histoire d'Angleterre, Volume 3Chapitre 3 sur 21 · III · texte numérisé non relu

III

rendirent à Brackley. Le roi ^tait à Oxford ; et il chargea Farchevêque de Canterbury et les comtes de Pembroke et de Warenne <1 'aller prendre connaissance de leurs demandes. Ils lui rapportèrent un acte dont le contenu était le même que celui de l'écrit qu'on lui avait déjà présenté. Dès qu'il en eut entendu la lecture, il s'écria : t Ils pourraîent^ussi bien demander ma «couronne; pensent-ils que je leur accorderai » des libertés qui feraient dé moi un esclave (i) ? » Les commissaires furent renvoyés avec des instructions pour en appeler d'abord au pape, seigneur féodal de l'Angleterre ^ et prot^ecteur de tous ceux qui avaient pris la croix ; pour offrir ensuite l'abolition des méchantes coutumes qui s'étaient introduites sous son règne et celui de son frère ; et si cela ne les satisfaisait pas , les commissaires devaient ajouter que le roi voulait aussi se conduire suivant l'avis de sa cour , re« lativement aux abus qui dateraient du règne de son père Henri II. Les barons reçurent ces propositions comme de pures défaites : et dans la réponse qu'ils lui firent , ils lui marquèrent qu'on ne pouvait les satisfaire qu'en faisant droit à leurs premières demandes. Pandolfe et l'évéque d'Exeter, les conseillers du roi, prétendirent

(i) C'est sûrement la même pièce qui est Imprimëe dans les lois saxonnes , p. 356. Ex lib. MS. vet. Ai^ch. Gant.

que le primat était obligé d'excommunier les barons pour obéir aux ordres du pontife : mais Langton répliqua qu'il connaissait mieux Jes intentions d'Innocent; et qu'à moins que le roi ne renvoyât les troupes étrangères qu'il avait introduites dernièrement dans le royaume, il croyait de son devoir de l'excommunier et de s'opposer à lui de tout son pouvoir. Gomme dernière ressource , Jean proposa de référer du sujet de la contestation à neuf personnes , dont quatre seraient choisies par les barons , quatre par lui , et dont le pape ferait la neuyième ; et de s'en tenir à la décision de tous ou de la majeure partie de ces arbitres (i). Cette proposition fut aussi rejetée. Les barons se proclamèrent Armée de Dieu et de sa sainte église , et choisirent Robert Fitz-Walter pour leur commandant. Ils investirent aussitôt Northampton. Ils employèrent, sans fruit, quatorze jours à tenter de corrompre la fidélité de la garnison , composée d'étrangers ; car c'eût été une tâche dangereuse et désespérée que de vouloir emporter cette forteresse sans machines de guerre. Ils furent plus heureux à Bedford : le gouverneur ouvrit les portes , et au même instant ils reçurent une invitation de la part des principaux citoyens

(i) Comparez Paris, aiS , avec le rapport de Jean dan» sa lettre au pape. Rymer , i , qoo , 2or.

QiS HISTOIRE d'ANGI.£T£ER£.

de la œétropole. Ils se mirent eu marche immédiatement; ils ne s'arrêtèrent point pendant 1**^ nuit ; et ils atteignirent Londres vers le matin*. C'était un dimanche ( 24 mai. ) : les habitants remplissaient les églises , et les portes étaient ou^ yertes. La cité fut occupée sur-le-champ , et lea confédérés , enivrés de leurs succès , envoyé-, rent aui barons et aux chevaliers qui jusqu'à ce jour ne s'étaient pas encore déclaras, des letr très qui annonçaient leur but, leurs ressources et leur détermination de traiter en ennemis tous ceux qui pe rejoindraient pas « l'armée de Dieu » et de îa sainte église- » Cette menace eut l'effet qu'on en attendait. Ceux qui ne furent pas convaincus par leurs arguments cédèrent à la craintes de leur ressentiment (1).

La perte de sa capitale démontra au roi con^r bien sa couronne était exposée. Pour la c(>nser-» ver , il s'était soumis à devenir le vassal 4'un étranger : pourquoi ^ dans le naênfiQ but, ne p^ft consentir aux demandes de ses barons ? Hs.pou-^ vaiènt, à la vérité , exiger des serments et des. gages : mais dans son opinion les sermentjs cessaient de lier dès qu'on pouvait les violer avec impunité , et son cœur était insensible aux malheurs que sa perfidie pouvait faire retomber sur ses amis. 11 prit un air de satisfaetion , informa

(i) Paris, ai4-

les confédérés qu'il était prêt à leur accorder ce qu'ils demandaient, et les invita à désigner un jour et un lieu pour là conférence. Runnymead, situé entte Siaines et Windsor, fut le théâtre de cette importante négociation. D'un côté, et debout , se trouvaient Fît^-Waltér, et la majorité des biarons et de la noblesse anglaise; de l'autre était le t-ôi , assis , accompagné de huit évêques, dePandolfe, l'ehVoyé du pape, et de quinze gentilshommes. Ces derniers le suivaient comme ses conseillers intimes ; mais les sentiments bos^ tiles de plusieurs d'entre eux n'étaient ignorés iii de lui ni de ses adversaires. Un acte contenant les demaiides des confédérés , et distingué par le titre de charte des libertés , fut présenté â Jean , qui le signa sans aucune hésitation. La contiaissance que l'on avait de sa perfidie rappela cependant la nécessité d'exiger des sûretés ultérieures. On lui demanda de licencier et de renvoyer hors du royaume tous lesotiiciers étrangers, ainsi que leurs familles et leurs suivants : de laisser pendant deux mois encore les barons en possession de Londres , et l'àrchevêquô de la iour de cette ville : d'établir un comité de vingt-cinq barons, avec plein pouvoir de prononcer sur toutes les réclamations , conformément à la charte des libertés : d'autoriser les hommes libres de chaque comté à jurer obéissance au comité des barons , et même à

prendre les arœes à leur réquisition : en ajoutant que si le roi violait ces conditions, on garderait la cité et la tour de Londres, et qu'on pourrait lui faire légalement là guerre. Jean ne fit aucune objection à ces demandes , quelque désagréables qu'elles fussent ; et les barons, qui l'avaient auparavant t défié » , ce qui signifie qu'ils avaient publiquement abjuré leur serment de fidélité, renouvelèrent leur hommage, et reçurent de nouveau de lui leurs propriétés et leurs dignités (i)^ Cette charte est célèbre dans l'histoire , comme la base supposée des libertés anglaises. On ne doit pas cependantla considérer comme formant un nouveau code de lois , ou même comme une tentative pour amener les grands principes de la législation. Ses auteurs ne se proposèrent pas de changer ou d'améliorer la jurisprudence qatîonale : leur seul objet était de corriger les abus qui provenaient des coutumes féodales » établies parle despotisme du premier Guillaume et de ses successeurs ;et les remèdes qu'ils imaginèrent à cette fin furent compris dans une chdiite octroyée y^poiir se servir <iu langage de nos anciens statuts , par le roi à ses vassaux et aux hommes libres du royaume. Le premier article concernait Téglise d'Angleterre , à laquelle Jean garantissait la possession entière et inviolable

(i) Paris, 3i5-2ao« Rym. i , 67.

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âé toutes ses libertés ; et pour montrer son empressement à la maintenir , il se vantait de lacharte de libre élection qu'il avait signée avant le commencement de la rupture entre lui et ses barons (1). Il eût été plus satisfaisant que ces libertés fussent énumérées et décrites ; mai3 l'acte procède immédiatement au redressement des griefs qui pesaient le plus fortement sur les tenanciers de la couronne. :

Pendant les derniers règnes, les rois avaient été . habitués à exiger arbitrairement des sommes , sous le nom de reliefs , à affermer les propriétés de leurs pupilles au plus offrant (2) , à exercer le droit de marier les héritiers pendant leur minorité (3) , les héritières à tout âge , après quatorze ans , et les veuves si elles avaient de grands biens, à qui que ce fût, et quand cela leur plaisait (4). Pour obvier à ces abus ^ on arrêta

(3) Cest ainsi que Thomas Golville donna 100 marcs pour la garde des terres et des^ enfants de Roger Torpef-Odon dé Dammartin , 5oo marcs pour la tutelle du fils de Hugues, sommelier du roi. Madox. ex.

(3) Ce point est nié'par Blackstone , 11 , 5 , mais suffisamment prouve par Henshall dans sa dissertation , p. 32. Yoy.. Madox , 1 , 4^5 , 5i2. Henri HI , parlant de ses deux pupilles, les comtes de Warenne et de Lincoln, dit expressément : qui quidem pueri sunt in custodiâ régis ^ et maritagiupi eorum ad regem pertinet. Rymer, i , 44*«

(4) Alicia , comtesse de Warwick , avait payé de cette ma * nière à Jean une amende de plus de iqoo livi:es pour en oh-

alors que les anciens reliefs seraient ramenés à la somme de cent livres pour le fief d'un comte ^ de cent marcs pour celui d'un barott , de cent shillings pour celui d'un chevalier : que le eu* râleur ne tirerait que des services raisonnables des terres de son pupille pendant sa minorité ; qu'il entretiendrait la maison et les bâtiments , et ne commettrait aucun dégât dans les biens mobiliers , ni parmi les esclaves ; que les héritiers et les héritières ne seraient plus mariés malgré eux , ou sans en donner préalablement connaissance à leurs parents ; et que les veuves auraient droit de jouir de là possession tranquille de leur propre héritage, de leur dot , ou des terres qui leur auraient été données en mariage ,et de leur douaire i ou du tiers des propriétés de leur mari défunt; et qu'en outre il leur serait permis de rester veuves aussi long-temps que cela leur plairait , pourvu qu'elles donnassent caution de ne point se marier sans le consentement de leur seigneur (i).

tenir la permission de rester venve ausii lottg-Wmps qu'elle le voudrait. Madox , c. ïtii. Ce prince donna en mariage à Geoffroy de Mande ville la comtesse de Glocesiter, Vépouse qu'il avait répudiée poUr Isabelle : et quoique ce fût un mariage forcé , il exigea du comte , qui n'agissait qu'avec répugnance, des sûretés pour le paiefnent de io,ooo marcs ^ ^tt rémunération de la faveur qu'on lui accordait. CJiron. Dunst. p. 74.

(i)Mag. Char.c. 3,3,4,5,(5,7,8.

DaDs les premiers temps, lesmibsidee et ftcu<^ tages n'avftient été le?és qu'avec ménagement : en dernier lieu , ils étaient arrirés à former un revenia annuel, et leur quotité était déterminée, non par lès anciennes coutumes , maiis par la rapacité du roi et la patience des vassaux. La charte limita le droit d'exiger un aide ou sub-' aide à trois cas légaux , celui de la captivité personnelle du roi, de la réception dé son ftls aîné dans Tordre de chevalerie, et du mariage de sa fille aînée (1). Pour lever un aide ou scutage , dan^ toute autre occasion , il fallut de toute nécessité le consentement du grand conseil des tenanciers de la couronne. Les membres Composant ce conseil étaient désignés ; c'étaient les archevêques , les évêqucs , les abbés , les comtes et les plus grands barons qui devaient être assi*^ gnés persan nelleûient par un ordre écrit , et tous les autres tenanciers en chef de la couronne, qui devaient être assignés en masse par le shérif. On ajouta que les assignations seraient envoyées quarante jours au moins à l'avance ; qu'elles spécifieraient l'époque et le lieu de l'assembfée, et le sujet qu'on avait dessein de discuter; et que lorsque toutes ceà formalités auraietit été dûment observées , les membres absents se trouveraient liés pat la détermination de ceux qui

(i) Ibid. c. 12.

seraient présents (i). Le lecteur observera que ce conseil n'était pas un parlement dans le lens ac*tuel du mot. Il était entièrement composeMes tenanciers du roi, et ne pouvait être convoqué que dans le seul but de lui accorder des subsides.Toutefois le lecteur verra que , par rinfluence de la couronne, cet article fut effacé de la charte dans la première année du règne suivant (2), et qu'on ne le rappela jamais dans la suite, quoiqu'il arrivât peu qu'un souverain se hasardât à le violer ouvertement.

Il était rare que nos rois restassent un long espace de temps sédentaires au même lieu : et aussi long-temps que les cours judiciaires suivirent la personne royale, il résulta de ceti usage beaucoup d'inconvénients pour les plaideurs et pour les témoins , qui , en raison desdiverses audiences fréquemment consacrées à la même cause, étaient successivement traînés dans les différentes parties du royaume^, et souvent d'une extrémité à l'autre. Ce fut pour éviter ce désagrément , que sous les deux derniers règnes on avait établi à Westminster un banc de justice pour juger les causes entre les parties civiles: et celte institution était maintenant confirmée par la charte , qui déclarait que , c les plaids.

(2) Ghart. Henri lH. Au i*", c. 42.

communs ne suirraient plus désormais la personne du roi , mais se tiendraient dans quelque lieu fixe. » Par cette clause » la cour du roi , et celle de l'échiquier, qui devaient encore accompagner le souverain , se bornèrent à ne connaître que des matières criminelles et des causes relatives aux finances ; et la cour qui siégeait à Westminster, afin d'entendre les causes dans lesquelles deux parties civiles se trouvaient intéressées, prît de là le nom qu'elle porte encore, celui de cour des plaids communs (1).

Pour améliorer l'administration de la justice, le roi déclara qu'aucune personne ne parviendrait au rangde juge, de constable , de shérif ou bailli , si elle n'était sufiisammentversée dans la connaissance des lois : qu'aucun shérif, constable, ou coroner ou bailli ne pourrait prononcer dans les actions qui concerneraient la couronne: qu'aucun bailli ne pourrait sur sa propre assertion, et sans preuves fournies par des témoins, mettre un homme en jugement ; et que, comme les juges ambulants faisaient leur tournée à des époqueséloignées et incertaines, on enverrait, quatre fois l'an, dans chaque comté, deux juges ambulants, qui, aidés de quatre chevaliers qu'on choisirait dans la cour du comté, tiendraient des assises de darrein presentment , mort d'ancester,

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