‹ Histoire d'Angleterre, Volume 3Chapitre 5 sur 21 · J£AM · texte numérisé non relu

J£AM

triomphe, et, pour célébrer la chute du despote, ils avaient aonoucé un tournoi à Stamford, pour le a juillet. Mais leur joie fut bientôt empoisonnée par le soupçon. Jean avait éludé la restitution de leurs terres , en promettant de leur rendre justice dans sa cour, à un jour désigné: on était maintenant assuré qu'il avait ordonné d'approvisionner et de fortifier tous ses châteaux : et Ton reçut l'avis d'un complot formé pour surprendre la capitale pendant leur séjour ii Stamr ford. Afm de déjouer ce complot , on remit le tournoi à d'autres temps , et l'on en fixa le lieu près de la ville de Londres (i ). Pour s'assurer de la sincérité du roi, une députation se rendit près de lui à Winchester. ( aj juin. ) II se railla des doutes qu'on lui témoignait, jura qu'ilg étaient sans fondêoient, et o£frit de hâter l'exécution de la charte^ autant que cela conviendrait à l'archevêque. En conséquence , un envoya aux douze commissaires , déjà élus dans chaque comté , l'ordre de prendre, possession , à l'expiration de la quinzaine, des terres., tènements et biens mobiliers de toutes les personnes qui, jusqu'alors, s'étaient refusées à prêter serment aux vingt-cinq conservateurs ; à moins qu'elles n'eussent obéi à l'ordre antérieur de vendre leurs biens meubles, '^ur former la finance nécessaire à l'expédition

(i) Âfiud Paris, 322.

86 HISTOIRE d'anGIETERRE.

cÏ€ la Terre -Sainte; ces commissaires devaient aussi retenir ces terres et tènements aussi longtemps que leurs propriétaires persisteraient dans leur obstination (i), Jean , à son tour , leur demanda 9 puisqu'ils avaient promis de lui donner toutes les sûretés qu'il désirerait , en exceptant leurs châteaux; et otages , de souscrire présentement , et chacun en particulier, des chartes déclarant qu'ils étaient liés par serment et hommage à lui être fidèles envers et contre tous , et à défendre ses droits et les droits de ses héritiers à la couronne. Ils s'y refusèrent: et l'archevêque, ainsi que plusieurs prélats 9 étonnèrent des attestations solennelles de leur refus (2).

Une autre entrevue eut lieu à Oxford, et les parties se séparèrent encore plus mécontentes l'une de l'autre (3). Le roi, qui cherchait à gagner du temps , désigna une troisième conférence, qui dut se tenir dans la dernière semaine d'août ,• et qui fut aussi infructueuse tjue les précédén-^ tes (4)- Il n'y assista pas en personne ( i" sept. ),

(i) Apnd Brady, II. App. n® 119, p. i5o. (a)Ibid. N« i34,p. 162.

(3) MaU. West. 1273.

(4) Mailros , i88. Je sais bien que cette relation diffère de celle de Paris, qui rapporte que Jean passa à Windsor le jpur qui suivit celui de la signature de la charte, alla se cacher le lendemain matin dansFîIe de Wight, prit la profession de pirate et passa trois mois dans cette fie ou à la mér ^ dans la

âtant, à cette époque, parti pour Douvres, afin d'y recevoir les auxiliaires étrangers qui avaient accepté ses offres. Ils arrivaient journellement en grand nombre, et se composaient d'aventuriers indigents qui, dans l'espérance de former de nouveaux établissements, avaient amené avec eux leurs femmes et leurs enfants, ou des soldats de profess^ion, habitués à vendre leur sang au pi us offrant. Les barons s'alarmèrent , et quoiqu'ils hésitassent long-temps à recommencer les hostilités , ils ordonnèrent à Guillaume d*Albiney de prendre possession définitive du château de Rochester( n oct.), quiavait été remis parle roi aux mains deLdngton,cbmmegage de sa sincérité. Ce fort n'avait ni provisions, ni machines de guerre, et, avant que d'Albiney fût parvenu à s'en procurer suffisamment, il fut entouré par Jean avec ses mercenaires. Les, barons sortirent de Londres , mais ils ne se hasardèrent pas à faire face à l'armée royale ; et le château fut, à différentes fois, pendant huit semaines , assailli et défendu avec une égale obstination. Quand les sapeurs eurent abattu une partie de

compagnie de marins. Paris, 2aa. Il est impossible ^ue ce r^cit soit exact. D'aprôs les documents publics qui existent enofre et qui ont été publiés par Brady et Rymer, il est certain que Jean était à Runnymead le 19 juin , à Winchester le 27, à Oxford le 21 juillet, et qu'il résida à Douvreç pendant tpnt le mois de septembre.

8S aisToiRE d'Angleterre.

la muraille extérieure , la garnison 8e retira dans h tour de garde. On abattit Vun des angles à l'aide d'un? mipe : Jean engagea ses troupes à se faire Jour à trayers la brèche 2 mais tous les 'assauts furent repoussés a^vec perte ; et Tcsprit du roi s'irrita de cette succession de contre-tenups. La faipine enfin vainquit Topiniâlreté des assiégés; et lorsque d'Albiney et ses compagnons' eurent consommé leur dernier aaoi?ceau , ils ou-ryrirent soudaipeiinent \t& portes 9 et s'abanxlonnèrent à la merci du roi (5«w>v. )/Jedn donna^ l'ordre de les pendre : mat^ Sdivary de Mauléon s'c^po&a à ce cruel mandat , se fondant sur ce que les propres oiBaieni du roi seraient expo^s ^u danger des représtaiUes. Ce ne.fut qu'avec \^ plus grande difficulté qu'on arracha au tyran un ordye pour renferrner les chevaliers dans différents châteaux : leurs compagnons fUx^ent in^ q^iatem^nt çxéqutés , à Texiceptîon des arba»létriers , qui probablement entrèrent à son service (1).

. Tandis que le roi s'occupait ainsi du siège de Rochester, il reçut l'agréable nouvelle que le pontife avait, à sa requête, annuFé la charte. Innocent, dans rénumération de ses motifs,, insiste fortement sur la violence employée par les baxons. S*ilg eussent été rceljement lésés, dit^il yils auraienit

(i) Paris, 225-775.

accepté Toffire du redressement de leurs griefs dans les formes prescrites par la loi. (^4 »<>«». ) Ils avaient préféré cependant de rompre leurserment de fidélité, et s'étaient eux-mjêmes constitués juges de leuï seigneur. Ils savaient en outre que Jean s'était enrôlé parmi les croisés , et cependant ils. aVjftieBt violé sans scrupule les privilèges que toutes les nations chrétiennes garantissaient aux défenseurs de la croix. Enfin l'Angleterre était dévenue un fief du saint-siége , et ils n'ignoraient pas qiïie si le roi aTait le vouloir > U n'avait pas le pouvoir d'abandopiaer les droits de la couronne aans le consentenient de son supérieur iéodal. Il setroiivaitdoBc engagea annuler les concessions airrachées au roi J<ean , comme obtenues en mépris; du saînt-siége, en abaissement de la royauté, en honte de la nation et en empêchement de la croisade. Il écrivit en xùème temps aux barons, répétant ces. mêmes raisons , les exhortant à se souaaolettre , les requérant de lui présenter leurs Téclamatîobs dans un concile qui sérail tenu à Borne ; et promettant qu'il porterait le roi à consentir à tout ce qui parâîttaît juste eft raison^nable, à s'occuper d'abolir les abus , à se contenter des justesdroits de la couronne, et à faire jouir le clergé et le peuple de leurs anciennes M>ertés ( f)i Trouvant ses exhortations et ses pro-

(i> Rjjni. i ♦ îm)3^2q5. Par- :^3«-aa5.

go tfiSToiRE d'angleterre.

messes également infructueuses , il ordonna k Langtoa d^excommunîer les personnes qui nevoulaient pas obéir : maïs le prélat s'y refusa. En punition, il fut suspendu de l'exercice de ses fonctions archiépiscopales; et, quoiqu'il assistât au concile de Rome, il ne put adoucir le pontife ni recouvrer son autorité. (i6 décembre.) Le pape fulmina alors une autre sentence d'excommunication , dans laquelle on désigna par leurs noms les chefs des confédérés; et la cité de- Londres fut mise en interdit. On méprisa également les deux censures : les partisans des barons prétendirent qu'elles avaient été obtenues à l'aide' de suggestions perfides , et pour des causes qui ne tombaient point sous la juridiction du pontife. Il n'avait point le droit d'intervenir dans les affaires temporelles : le seul contrôle des matières ecclésiastiques ayant été confié par le Christ à^ Pierre et aux successeurs de Pierre (i).

Jean avait actuellement repris une supériorité marquée , et il résolut de faire tomber tout le poids de sa vengeance sur la tête de ses ennemis» A Saint- Alban , il divisa son armée en deux parties. Il donna l'une à son frère , le comte de

(i) Rym. I, ao8, an , aia. Par. M7, 228 , oSn. Ex hoq maxime quod non pertînet ad papam ordinatio rerum laïca* rum: cum Petro apostolo et ejus successoribus, non nîsî eccle^ sîasticarum disposîtio rerum , à Domino sit collata , p. 253^

JEAN< gi

Salisbury, avec la commission de dévaster sans pitië les comtés d'Essex, de Hertford, de Mid-r dlesex , de Cambridge, d'Ely et de Huntîngdon. U se mit lui-même à la tête de Tautre, et dirigea sa marche vars le nord.

Le jeune roi d'Ecosse, Alexandre, n'était pa» moins jaloux que les barons de se soustraire au joug du tyran : niais, pour prix de sa coopération, il leur demanda et en obtint la cession du Nortbumberland, du Cumberland et du Westmoreland» (i8 octobre. ) En octobre, il avait passé la frontière, investi le château de Norham, et reçu à Felton l'hommage et k serment de vas-^ salité des habitants du Nortbumberland (i). Cpmme Jean s'avançait , deux barons puissants, Gilbert Fitz-Reinforth et Jean connétable de Chester, furent admis à la faveur royale; mais ils donnèrent d'abord des otages pris dans leurs propres familles et dans celles de leurs principaux tenanciers ; et ils souscrivirent des chartes ou cédules par lesquc^lies ils s'engageaient à le servir durant toute leur vie , promettaient de ne point tenir au serment qu'ils avaient fait à ses ennemis , et de ne point exiger l'exécution de la charte; et se soutaeltaient à la peine d'exhérédation perpétuelle, s'ils violaient jamais ces en- ---''■ • , ■ f . ■ ■ ■ . ■ ■ ■ . , ,

(i) Mailros, 189. Indépendance de l'Ecosse, par Anderson* App. n® a6.

Q2 mâTOiRE d'àmqIeterre.

gagements (i). ( 12 16, 1 1 lanyier. ) Mais aiu moaieot où ie roi entrait dans le Yorksliire ^ les autres barons mirent le feu à leurs meuleâ et maisons ^ se sauvèrent en Ecosse, et, rendus à Melrose^ firent hommage à Alexandre, qui, à l'approche de l'armée royale , avait levé le siégfe de INorham. Jamais, dit-on, depuis la guerre d'extermination du premier Guillaume, ces provinces n éprouvé^ rent des horreurs pareilles à celles que la vengeance du roi d'Angleterre fit retomber sur elles. 11 donna lui-même l'exemple, çt de sa propre main il mit le feu le matin dans la maison où ih venait de passer la nuit. Les châteaux , leis ailles, les villages, furent livrés aux flammes. Le moine de Melrose. borne sa description à ce qui se passa dans les environs de son monastère, où, dans l'espace de huit jours (7— 15 janvieiv), Morpeth, Mitford^ Alnwick, Warket Roxburg furent entièrement consumés. Jean déclara qu'il voulait débusquer le jeune renard, faisant allusion atl teint roussâtre d'Alexandre. ( lê janvier. ) Il le sui^ vit à Edimbourg, brûlant à son retour Haddington, Dunbar et Berwick. Mais ce n'était pas aux Villes seulement qu'ii faisait la guerre : les malheureuxhabitantsétaient abandonnés à la cruauté de se» avides soldats , sans égard à l'âge , au selce^ au rang ou à la profession. Les tortures qu'on

(i) Rym. I, 206.

JEAM. 95

leur fit endurer sont trop horribles pliur être rapportées. Les personnes qui possédaient quelque chose étaient forcées de tout abandonner pour leur rançon* De celles qui n'araient rien , un grand nombre périssait sous les niains de leurs bourreaux, d'autres gagnaient par de fausses promesses un court répit, suivi de tourments encore plus recherchés. *Si Ton en croit le moine de Saint* Alban , les massacreurs du sud ne le cédèrent ni en férocité ni en rapacité à leurs compagnons. En quelque lieu que les forces royales pénétrassent, les habitants fuyaient au sein des forêts et dans les montagnes : les travaux de l'agriculture étaient suspendus ; et les seuls marchés qui existassent encore se tenaient dans les cimetières, qui, possédant le droit de sanctuaire , étaient généralement, mais non toujours, respectés par les maraudeurs (1).

Les barons voyaient la dévastation de leur pays du haut des murailles de Londres , mais ils no* saient hasarder une entreprise contre les hordes d aventuriers qui suivaient Tétendard royal. Il ne leur restait plus dans le nord que deux châ* teaux ; partout leurs terres avaient été ravagées; après quoi , par une libéralité qui ne coûtait rien au donateur, elles avaient été concédées en fief aux chefs des étrangers. Plusieurs jours s'éeoulè-

(i) Compare! Maiiro», 189, 190, avec Paris , 25o-!i5a.

94 HISTOIRE J>'àNGL£TERR£.

rent en débats pénibles et en lâches lamentations. Us se consultaient et ils hésitaient : ils prenaient une résolution et la changeaient; jusqu'à ce qu'enfin, comme dernière ressource, ils se déterminèrent unanimement à offrir la couronne à Louis , fils aîné du roi de France- Il était allié à la famille des Plantagenet par son mariage avec la nièce de Jean : et Ton présumait que les mercenaires refuseraient de porter les armes contre le fils et l'héritier de leur propre souverain. Aucune offre ne pouvait être plus agréable à Fambition de Louis : mais ne voulant pas se confier à la foi douteuse des barons 9 il demanda et reçut vingtquatre otages , fils des premières familles de l'Angleterre. Une flotte , portant un corps nombreux de chevaliers français, remonta bientôt la Tamise, et une lettre de Louis assura aux confédérés qu'il les rejoindrait à Pâques, avec une puissante armée. Il arriva que le légat Gualo traversait la France à cette époque pour se rendre aux îles britanniques. Il crut de son devoir de prévenir , s'il était possible , une expédition si contraire aux vues du pontife ; et s'apercevant que l'on avait peu d'égard à ses sollicitations , il défendit au père et au fils^ sous, peine d'excomthunîcation, d'envahir un royaume qui était un fief du saintsiège. (26 avril.) Philippe affecta de l'hésitation;, mais Louis , se retournant vers lui rapidement, lui dit : « Je suis votre vassal , sire , pour les fiefs

^que TOUS m'avez donnés; mais tous n'aTei rien Ti à Toir en ce qui concerne l'Angleterre ; et je • soumets au jugement de mes pairs la question »de saToir si tous pouTCz m empêcher d'obtenir *» une couronne , à laquelle la naissance de ma > femme me donne un droit légitime. » Sans attendre une réponse , il sortit, et donna rendez- Tous à Calais à ses Tassaux (1).

Lelecteur est probablement surpris de la mention de ce droit inattendu. Il connaîtra bientôt les arguments sur lesquels on l'appuya , arguments si faibles , qu'ils ne furent certainement ntancés que dans la seule Tue de gagner du temps. Les agents de Louis arrivèrent à Rome 9 durent introduits près du pontife , et l'assurèrent que leur maître était un fils obéissant de l'église ; qu'il n'aTait pas eatrepris son expédition pour por^ ter du secours à des barons excommuniés, mais seulement pour soutenir les droits de sa femme Blanche à la couronne d'Angleterre. Ils aifirmèrent que ce droit reposait sur ce que Jean n'était pas roi en réalité : car , i"" il avait été atteint et convaincu de trahison à la cour de son frère Richard, et, par cette raison, il était sans capacité pour monter légalement sur le trône ; et fi* il avait été trouvé coupable de félonie et de meurtre, par ses pairs, en la cour de son seigneur

(i) Pari» , 256. West. 276.

96 HISTOIRB D^NGLETERRE

le roi de France, ce qui lui eût fait perdre iacou* roDoe, même dans la supposition où il l'aurait d'avance possédée à juste titre. Innocent sourit. à ces arguments , et demanda à connaître comment Blanche était devenue la plus proche héritière? ce qu'étaient devenus les enfants de Jean , ou son neveu Othon, ou la mère , le frère et la sœur aînée de Blanche? On répondit à ces questions, que les enfants de Jean étaient nés après sa con« damnation , et ne pouvaient réclamer des droits dont leur père n'était pas investi à leur naissance; que les descendants de Geoffroi 9 duc de Bretagne ) ni ceux de Matitde , duchesse de Saxe , ne possédaient aucun titre, parceque le prince et la princesse étaient tous deux morts lorsque la sentence fut prononcée contre leur frère. Mais que la reine de Castille vivait encore , qu'elle était en conséquence la véritable héritière , et que Blanche, quoiqu'elle ne fût pas l'aînée de ses enfants, avait le droit de faire valoir ses réclamations jusqu'à ce que les plus proches héritiers se présentassent. Louis certainement avait le désir de conquérir la couronne d'Angleterre ; mais si quelque autre personne se mettait en avant et qu'elle montrât un meilleur titre , il voulait que justice fût faite. De tels raisonnements pouvaient amuser, mais non convaincre l'esprit du pontife. Il attendit cependant jusqu'à l'arrivée des dépêches du légat, et alors il excommunia soknnelle-

ment Louis et ses adhérents. Bientôt après, il ordonna à l'archevêque de Sens de fulminer une pareille sentence contre Philippe : mais les évoques français, dans un synode tenu à Melun, résolurent de ne pas obéir au mandat du pape, par la raison que le ponlife n'avait pas été bien informé. On ne peutpointdouter que la désobéissance de ces prélats n'eût attiré sur eux les anathèmes d'Innocent : mais ce pontife , ardent et intrépide, mourut en peu de semaines. ( i6 juillet. ) Sa mort suspendit à Rome toutes les' procédures ecclésiastiques; et Jean se vit privé de son plus puissant ami, au moment où il avait le plus grand besoin de sa protection.

A Tépoque fixée, Louis partît de Calais avec une flotte de six cent quatre-vingts voilfes. Le temps* était orageux, et le vent dispersa les vaisseaux : plusieurs furent pris par les marines des Cinq- Ports : et Jean , avec une armée considérable , les attendit dans le voisinage de Douvres. Mais à l'approche de l'ennemi (ai m^i.) le cœur lui manqua : il craignit qiie ses mercenaires ne le quittassent; il décampa à l'imprôviste; et, ravageant les pays qu'il traversait, il se retira à Bristol, en passant par Winchester, et H y fut rejoint par le légat. Le prince français, après avoir attendu trois jours les navires que la tempête avait dispersés, débarqua à Sandwich (3o mai.), assiégoa et réduisit le château deRochester, et hâta sa marche sur la

qS HISTOIRE r> ANCrLETEUni:.

capitale. Il fut reçu ea proceâsioa par le^ barons et les citoyens (a juift.),et conduit à Saint-Paul, où, après avoir fait sa prière, il reçut rhonimagéde ses nouveau?: sujets, et fit le serment solennel de les gouverner par de bonnes lois , de les protéger contre leurs ennemis , et de les réintégrer dans leurs anciens droits et dans leurs possessions (i). Louis les charma par son affabilité; il gagna leur confiance en nommant Simon Langton , frère du primat, à l'emploi de chancelier. { i4juin. ) La campagne s'ouvrit sous les auspices les plus heureux. Tous l^s comtés voisins de la capitale se soumirent : Itis habitants du Lineolnshire et du Yorkshire, ainsi que le roi d^^Écoaae, se déclarèrent en sa feveur : les étrangers , qui jusqu'alors faisaient la principale forée de l'armée de Jean , comiinencèrent , à l'exception des troupes de la Gascogne , à se rendre sous l'étendard du prince françaift ou à retournei: che» eux : et, à la sommation de (rOuis, plusieurs dej barons du parti royal , soit par crainte de sa puissance , soit dans l'intention de semer Je mécontentiement jparmi se^ adhérents (a) , se.hàtèreot de lui rendre hom-

(i) Fâris, 5137. Chron. Dunstap. y5,

(a) Mailros , 191. Parmi eux se trouvait le frère de Jeî^a r William , comte dé Salisbury. Mais sa désertion ëtait Teffet du ressentiment :' quia ei innotuit, dictum Joannem regemr eum ip9«us uxore, rupto fœder^ naturaii, commisissç inces-tum. Gui. Armor. 90.

JËAK. 99

mag« etàt lui jurer ficlélité. Le courage d^ Jean était cependant encore soutenu par la présence de Gualo , qui combattait ënergiquement avec les arme» spirituelles, et parcequ'il savait que sî *on rivfil possédait le pays ouvert, toutes les forteresses importantes étaient encore occupées par îes troupes royales. Les confédérés s'occupèrent à réduire c^.^ forteresses. (a5 juillet. ) Louis assiégea le château de Douvres ; et tes barons , sous les ordres du comte de Nevers, celui de Windsor^ Lé |)rinGe avait reçu de son père une machine militaire de Tordre le plus formidable , appelée le mal-voisin , ou mauvais voisin , avec laquelle il espérait faire une brèche dans les murailles. Mais la garnison le retint à une trop grande dislance , le força à changer le siège en blocus , et l'occupa pendant quatre mois à cette opération inutile. (S^août) L'ennui du siège fut un peu adouci par l'arrivée d'un vassal royal , Alexandre, faid'Écosse, qui, par suite de la sommation qu'il :avait reçue, et après s'être emparé de Carlisle, traversa le royaume sans nouvelle opposition de ht part de Jean , visita Louis à Douvres , obtînt la <?onfiniïatîon de la cession que lui avaient faite les barons, rendît hommage à Londres, et retourna <ianô son pays sans être aucunement inquiété ( i ).

(f) Maiiros , 191. Paris ,241. Dunstap. 76. Indépeo^ancc Je rÉcosse par Anderson. App. ri® 16.

100 HISTOIRE DANGLETERRE.

(i3 septembre.) Tandis que ses ennemis s'arrêtaient devant les deux châteaux , le roi avait profité de Toccasion pour piller leurs propriétés et iutercepter.leurs convois. Il était à Wallingford quand les barons, à la persuasion du comte de Nevers, qu'ils accusèrent ensuite de perfidie, essayèrent de le surprendre. Ils.levèreot le siège et se portèrent rapidement sur Cambridge: mais le roi, prévenant leur dessein, avait déjà traversé cette ville et s'était retiré à Stamford. ( aa sept. ) Trompés dans leur attente , ils allèrent rejoindre Louis à Douvres , tandis que Jean s'emparait de l^încoln , ^t distribuait de pouveau à ses partisans les terres qui appartenaient aux confédérés. La cause royale commença à reprendre un aspect plus favorable. Le prjïice français avait perdu dans l'oisiveté les deux derniers mois : les marips des Ginq-Ports interceptaient perpétuellement les secours qu'on lui envoyait de France: des associations contre lui s'étaient formées dans le Hampshîre et dans le Sussex; et Jean, pour soutenir les efforts de ses amis , n'épargnait pas les promesses d'augmenter les privilèges de ceu^ qui. étaient libres , et d'accorder la liberté et des droits à ceux qui ne l'étaient pas ( i ). Lqu^s |tlarn^a les barons anglaÎ3,eAfeisan|; d^ très^ran.4!Bs concessions à ses compatriotes, particulièrement en

(i)Tlyin. 1 , 214.

donnaat le comté de Winchester au comte dé Nevers, et celui de Lincoln à Gilbert de Ganid (i): €t le hruit se répandit que le vicomte de Mdiln , à son lit de mort, avait confessé que le prince, quînae autres personnes et lui, avaient juré de traiter les nationaux comme des hommes dont la trahison envers leur dernier souverain était une preuve de leur perfidie envers leur nouveau roi (2). Ils devinrent jaloux de leurs alliés : plusieurs barons et; chevaliers rejoignirent l'étendard royal, let quacante autreii promirent de le faire, si on leur assurait leuRparddn (3). (1 octobre.) Leroireviôt de Lincoln, à Lynn par Grîmsby et Spalding, (9 octobre.) Lynn était une ville fortement atta^ chée à ses intérêts, et lé dépôt général de ses provisions et de ^es.trésor^é II marcha de là siir Wiçbeaeh ( 12 octobris.), et résolut de se rendre ^ en tira^versant le Wfijsh dfc Gross-^Keys à, Fossdike; (a4 octc*re<) L'arDâéej aTiaît/déjà pris tante, loï*^ qtre Jean s.'aperçùt , en^ «e retournante' ^q^fbtt grand- nombre dé fouçgons et de chevaux ide somme, qui portaient ses joyaux, ses insignes et sottargent, frétaient esDglojutis dans un gouffre

(i) Pâlis , 240. Dunst 76.

(2) Paris, 241.

(5) Paris, 242; Dimst. 78. En donnant le détail des inbuvements du roi, j'ai abandonne la narration de Pâriis, qtii se trompe évidemment, et j'ai adopté la rouicel les dates que Birady a extraites des archives. Brgdj , ii, 5i5.

102 HISTOIRE d'à MGLETEIIRE.

formé par l'afflux de la marée et du courant de la W^lîaad, 11 se rendit, le cœur oppressé , au coMfent dea Cisterciens de Swineshead^ où la fatigue, le chagrin, le poison ou les suites d>e la débauche ( cxu: on fait mention de toutes ces cstuses) (i), lui causèrent une fiètre d^ngereiiâe. Il se remit en route, cependâiît, vers le matin : ïûaUï, obligé de quitter son ehe^val popr une litière, on l-amena a?eç difficulté ^u i^^tciau de Sleaford. (i5 octobre.) Il y passa la »uit| et dicta une lettre pour le ftouvèati pupe, Honôriw III, recomi^andant à la protection du pontile , dans les termes le» plus pressants , le» intérêts de sfes enfants (a). Le jour suivant , op le conduisit au château de Newark , où , sentant approcher sa ftn^ il envoya chercher un confes.^ «eur, désigna son fils akié, Henri, pour hiS ^succéder, et exprima le désir que son eorps pùl être cpterré à W^rcester, près des reliques dç saint Wnlçtan. (xa octobre.) H exf^ra trois, joiiiçs après^ daiïs la jquarantenïïewvième anné« de son âfe, et dans iadix-^eptième deison règne (3)^

Lorsque Giraud ( Giraldus:). traça k^S ;carûrtères des quatre fils de Henri, les. facultés de

(i) Paris, a42. Wefit. .276. Wikes., 38. Wiayci;!- JÔa. fle-

mipg. 56o. '..(».

(a) ApmdftaynaJd.r^tiSï, . ... .

(3) Paris , 24îï. West. 37^ , : , / '

J^nt) étaient ^éjàdltéfées jvar ses excès et ses débauches. L'œil indulgent du précepteur pou^ 'vait^ àlà ^érilé^ découvrir en sen pupille le fter«ié de quelques bonnes Qualités futures (i): ftfâis rbistoire n'a parlé que de ses tîces : ses veFtuSy si un tel monstre pouvs^it posséder d^ vetttii, ont été inaperçue» oU <yubKées. Il noué iipparâit souillé par là b^HSSesse, la cruauté, le parjure et le meurtre; joignant à Uiie ambilto^ tqui le précipitait dàû» tous les eritoes pour at^ teindre T^et de ses désirât une pusiIlanin)4Vé qui le jetait dans le désl^spoit à là moindre afi^ parence d'opposition^. Arrogant dans la prospé^ ritéj aîbject dans Tad^ersité, il ne* savait ni se coudlier raffeetionî datte' rttne ; ni conquérir l'estimi^^^dâtîs^ fatitite;-^a <liss{fibUlation était il bienficoiDDiie qûlï |)*rréiiaif taren^eot à tromper i sa défiance «^e)serwlfqufàtmil%liei» ses ehnemis; et la connabsfiiàeé di^^On eà)>aVitëré vihditatif obligeait à «ete^^irWUjôurs en garde, contré hiiJiloâPpersonnes 'qui 'avaient encou m son dé-^ plâimr. Il n'y eutpeôl^^fere îttmâî& de pribce dont le cœur fû* plu^lfewné à la voix dé la pitié. Plusieurs de s€^ capiift^iifè ic^i^rcfnt farmais dé lèiirs caobots. I^il» surfilaient ^u% tortures, on lès laissait^ périr d« fainii 11 affectait même de faire de l'esprit aux, dépens de ses victimes Quand

(i)Gir«lcJ. 755. *'

104 HISTOIRE d'aPIGLETERRE.

Geofifroy, l!archîdiacre.deNoirwîcli, serviteur fidèle,, eut quitté sa place à Téchiciuiec à: catise de rintjerdit , le rpî.Mfit arrêter ,: et lui envoya une cbape de plomb pour se tenir chaodeoaent dans sa prison. La cliapiè était un long manteau qui coiivraU le corps depuis les épaules jusqu'aux pieds», et aoutenu par les ecclésiastiques durant le service divin. Enseveli sous ce: pesant vêtement, û'ayant que la têtede Ubre^ cet infortu&é fut laissé s^ps nourriture,, ni secours, jusqu:'à. ce qu'il expirât fi). Dans une autre occasion , il demanda, à un juif opulent de Bristol un présent dedijç mille mares, etilorâonaa de lui arracher ujne d^u.îoujS les. mîitiûg, pDurv chaqw^ joui? de ]rfttard* X-e jpif s obstina.. Le bparreâu comdiença par les,gros3çs dents.' Il s'^en laissa; arrachetsiept : mais 9 le I^uitiè^e jo^ir, il ^sollicita ua: répit, et doana caution jpour. Je paiem^eat (a)^ . * f. .. ♦;. .. j Jean .ne fui; pas moins répréhensible comme m^i que comfla^^ mo^arqite^ <Tandiâ quèi Louis s'fiçipjarait de >^es pr^ji«c^s,.du flo.utinent^.lil se ^onsiolait de qette,p^rjte <1^qs( Jesibras.del sa>belle épouse : mais, âl/lîabatidQnoa bientôt pour, r^* tourner à. ses ^ncieqoes habiUide^s.La licence de sef autours est. camp tée:9jpii]><t(Qus:> lés anciens écriya^ps, ^ai^m l^^ 4ffi»({ipîkkS*a*teos dq lahsâhé

(i) Paris , 19a. Ghrou. Dunst^^j.

(a)lbid.

de ses barons, dont un grand nombre a?aient à pleurer et à venger la honte d'une femme, d une fille ou d'une sœur. Isabelle, pour punir Thifidélité de son mari , imita sa conduite. Mais on ne pouvait insulter Jean avec ippunité. Il pendit ses amants aux colonnes de son lit (i). Elle lui donna trois fils , Henri , Richard et Edmond ; et trois filles, Jeanne^ Éléonore et Isabelle. Il laissa un grand nombre d'enfants illégitimes. Les historiens en comptent dix , dont neuf garçons et une fille.

(i) Voyw Paris , 2o5. West. 276. Glrald , 812. Heraing. 557,553.

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