III
Il4 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
murailles, et, en même temps, donnèrent par bravade un assaut au château. Mais les archers, entres par unepoterne dans la forteresse, éclaîrcissaient à grands coups de flèches les rangs des assaillants , et couchaient les chevaliers parterre dans leur armQre,en tuant leurs chevaux.Le reste des royalistes entoura la ville , et , après un vif combat, parvint à rompre la porte du nord. Au même instant, on fit une sortie du château. Le désordre et la confusion se mirent alors dans leâ^ rangs des barons. Les plus animés , incapables de résister au torrent qui se précipitait dans la cité , reculèrent devant lui. La foule courut vers la porte opposée , mais ce passage étroit et sinueux fut bientôt encombré , et les fuyards furent forcés de revenir sur ceux qui les poursuivaient. On ne ût aucun quartier aux plus pauvres combattants; mais il y eut peu de sang noble répandu par les vainqueurs , qui , en considération de la parenté , ou conduits par Tespoir d'une rançon, ne songèi^ent point à tuer , mais à prendre leurs ennemis- Le comte de Perche seulpe rdit la vie; il combattît dans un cimetière jusqu'à ce que son cheval eût été tué : et quand une voix rappela pour l'engager à recevoir quartier , il répondit avec une imprécation qu'il ne se rendrait jamais à un traître anglais. Irrité de ce reproche , un soldat enfonça sa lance à travers la visière du comte « et le coup pénétra jusqu'au
Hl^NRI m. t iS
cerveau. Parmi les captîfe , se trouvèrent trois comtes , onze barons et quatre cents chevaliers. Deux cents autres s'échappèrent par diverses routes , et se rendirent à Londres. Les fantassins, ea cherchant à les suivre, furent tous massacrés par les habitants des villages qu'ils étaient obligés de traverser.
Cette victoire, qui assura la couronne sur la tête du jeune roi, fut appelée, dans le langage précieqiç du temps , « la belle de Lîncoin. » Elle enrichitla plupart des vainqueurs. Des que toute résistance eut cessé, cette ville, qui s'était si loûg-temps distinguée par son attachement aux barotis, fut livrée au pillage. Les privilèges mêmes des églises ne les préservèrent point de l'avidité des royalistes; mais le sort des femmes et des enfants fut des plus déplorables. Quand on eut forcé les portes, elles se sauvèrent en foule dans les bateaux sur la rivière. Quelques uns s'enfoncèrent sous le poids; d'autres périrent à défaut d'être gouvernés ,' et la plus grande partie deç fugitives se noya (i).
La destruction de son armée relégua Louis dans les murailles de Londres, où, quoiqu'il eût fait reconstruire toutes les portes à l'exception d'une seule , et qu'il eût forcé les citoyens
(i)Voy. Paris, 247-249' Dunstaple, 80-82. Waverley, i83. Haiiros, 94. Gui. Armor. 90. .
ii6 HISTOIRE d'Angleterre.
à renouveler leurs serments d'allégeance^ îl était perpétuellement en alarmes par la découverte des conspirations que l'on tramait contre lui. Il plaçait son dernier espoir dans les efforts de sa femme, Blanche de Castille, qui sollicitait en personne le secours des nobles français les plus puissants. Un armement de quatre-vingts gros navires, sans compter les galères et les petits vaisseaux, sortit enfin de Calais , sous le commandement d'un célèbre pirate, nommé Eustache Lemoîne. Hubert de Burgh , le justicier,. pour s'opposer à cette flotte formidable, avait réuni quarante voiles tirées des cinqports ;mais la différence de force était si alarmante, que plusieurs chevaliers refusèrent de s'embarquer, sous prétexte qu'ils n'entendaient rien aux manœuvres des batailles navales. Hubert lui-même n'était nullement rassuré contre le danger qu'il allait affronter. Avant son départ , il reçut en particulier le sacrement , et donna les ordres les plus positifs pour que le château de Douvres ne se rendît à l'ennemi sous aucune condition , pas mêdie pour lui sauver la vie dans le cas où il serait fait prisonnier. Les Anglais se trouvèrent bientôt en vue des Français; et les dépassèrent , commes'ils avaient eu le projet de surprendre Calais ; mais ils virèrent promptement de bord , et se formèrent en ligne derrière eux. Les archers et les arbalétriers commencèrent l'engagement
HENRI m. 117
par une yolée de flèches et de traits. Dès que les vaisseaux se trouèrent en contact, ils se lièrent par des chaînes et des crampons ; les Anglais répandirent dans Tair de la chaux vive en poussière, afin que le vent, dont ils avaient l'avantage , la chassât dînis les yeux de leurs ennemis : et sautant à l'abordage avec des haches, ils uii-r rent leurs vaisseaux hors d'état de manœuvrer , en coupant les agrès. Les Français, peu faits à cette manière de combattre , ne Jeur opposèrent qu'une faible résistance, et perdirent tous leurs vaisseaux, à l'exception de quinze. On prit cent quinze chevaliers avec leurs écuyers, et plus de huit cents officiers inférieurs. Eustache, qui s'était caché quand on s'empara de;son vaisseau, offrit une forte somme pour sa rançon ; mais Richard Fitzroy , l'un des enfants naturels de Jean par la fille du comte de Warenne, repoussa cette proposition, et lui coupa la tête à l'instant. Il la fit mettre ensuite sur un pieu, et la promena ainsi de ville en ville, comme uâ monument de sa victoire (1). II était alors évident que toutes les espérances deLouis touchaient à; leur fini Au lieu de continuer à eonrtbattre pour la couronne d'Angleterre , il fut forcé de négocier pour sa sùrcië personnelle. On signa, à Lambeth , ua
(i) Pârfsj 25o, 25i avec les commentaires Waverley, ï^ MaiJroS) 193. Gui. Armor. , 90. . ^
Il8 HISTOIRE DANGLETERRE.
traité de paix par lequel taus les prisonniers fu-^ rent, de part et d'autre, mis en liberté : on accorda une amnistie aux Anglais pai^tisans de Louis; et ce prince retourna sain et sauf en France avec ses alliés étrangers ( n sept. ). On assure que, pour obtenir des conditions si favorables, il avait promis, par serment, qu'à son avèriéoaent à ta couronne de France , il rendrait à Henri toutes les provinces qui avaient appartenu à son|>ère. Quoique cette promesse ne s'oit point insérée dans le traité, il est probaMe qu'elle avait été faite d'après les sollicitations fréquentes, quoiqxie sans résultat , que le roi fit k ce sujet en des circonstance^ ultérieures : mais il paraîtra toujours étrange que les ministres an-^ glais , qui tenaient à leur merci l'héritier de la monarchie française , se soient contentés d'un engagement illusoire qtie , sans doute , Louis n'aurait jamais la volonté ni le pouvoir d'exécuter (i).
Le départ de Louis assura la couronne à Henri : mais le jeune roi n'avait pas un seul parent au-^ qrlel il pût demander un avis , ou qu'il pût charger du soin de ses intérêts. La reine mère ellemême, qui, par sa mauvaise conduite, s'était aliéné la confiance de la nation, abandonna son fils pour se rendre en France , où elle épousa
(i) Paris, 25i. Rym. I, 25i.
H£N&I IIl. 119
le comte de la Marche , son ancien amant. Mais Honoriua, comme suz^erain, se déclara tuteur de l'orphelin , et ordonna à Gualo de résider constamment près de sa personne , pour veiller à sa sûreté, et protéger ses droits. Le légat remplit cette charge avçc fidélité , et trouva dans le comte maréchal un soutien animé du même zèle et partageant les mêmes sentiments. On orçlonna aux juges ambulants de convoquer à leurs cours tous les chevaliers et hommes libres, et de leur faire prêter serment de maintenir la paix du roi ; de suivre les lois sages et les coutumes légales du royaume , et de se réunir , à Tordre du roi et de son conseil , poiir <;ombattre les ennemis du roi et du royaume (i). La charte fut de nouveau sanctionnée avec des additions. On y ajouta une clause qui ordonnait la démolition de tous les châteaux construits ou rebâtis depuis le commencement de la guerre civile : et Ton r^vit tous les articles qui concernaient les forêts et les fotreatiers , afin d'en former up nouveau règlement que Ton nomma la charte forestière. Elle stipulait que toutes les forêts formées depuis la mort du roi Richard seraient ouvertes à tous : que toutes les proscriptions, pour délits commis dans ces forêts et encourues dans le même espace de temps , seraient annulées : que le châtiment
(i) DunsL 1 , 86.
pour avoir tué la venaison du roi serait conimué en une amende ou une année d'emprisonnement : que les tribunaux forestiers seraient régularisés , les péages injustes abolis , et que le droit de cultiver et d'améliorer leurs terres serait confirmé aux tenanciers de domaines situés dans les forêts royales (i). En même temps , afin de prévenir la diminution des revenus , on fit une loi qui défendait aux ministres du roî , pendant sa minorité , d'apposer le grand sceau à aucune charte ou lettre de confirmation, pour aucune vente, aliénation ou concession à perpétuité, déclarant d'avance tous actes de cette espèce invalides et de nul effet (2).
Les derniers débats avaient fait naître un esprit d'insubordination qui supportait avec impatience le frein de l'autorité légitime : et les barons des deux partis trahissaient fréquemment l'anîmosité qu'ils nourrissaient au fond du cœur, par des paroles outrageantes ou des lettres de défi. Le légat et le maréchal cherchaient ^ gué-^ rir toutes ces plaies par leurs mesures conciliantes. On fermait prudemment les yeux sur de lé-» gères offenses; mais on punissait sévèrement les excès qui eussent fait taxer l'administration de faiblesse ou de timidité, s'ils eussent été négli-
(i) firady , ii. App. n** i45.
(2) Ibid. n^ 146.