HENRI
gés. La tranquillité se rétablit par degré; et Gualo retourna à Rome en automne. Il fut remplacé par Pandolfe ( 23 nov. ) , qui suivit' l'exemple de son prédécesseur , et veilla aux intérêts du jeune roi avec une grande sollicitude. Sa présence était d'autant plus nécessaire, que le comte maréchal venait de mourir. (1219.) L'autorité dont il jouissait fut confiée à Hubert de Burgh , le justicier, et la garde de la personne du roi à Pierre des Roches, évêque de Winchester. Pierre des Roches est déjà connu du lecteur : c'était un Poitevin qui avait joui de toute la confiance de Jean, et qui, plus d'une fois, avait été chargé par lui de la tutelle du royaume. Ces ministres étaient rivaux. Si le justicier possédait un grand pouvoir, l'évêque avait beaucoupplus d'occasions de cultiver l'amitié de son pupille : et tandis que le premier songeait à soutenir les familles indi-* gènes, l'autre se proclamait le protecteur des étrangers que la politique de Jean avait établis dans TiJe. La présence de Pandolfe était un obstacle constant à l'ambition de ces rivaux : par ses lettres et ses discours, il blâmait leur négligence et stimulait leur habileté : et ses avis amenèrent le justicier et le chancelier à faire serment que, durant la minorité , ils ne dispo^ seraient d'aucun des gninds fiefs de la couronne. Il se rendit au pays de Galles, et rétabjlit la tranquillité sur les frontières j il vit le roi d'É^
122 HISTOIRB DINGLBTERRE.
cosse à York^ négocia la paix entre les deux ipoyaumes , et contribua grandement, par ses services et sa correspondance ^ à prolonger la trêve entre la France et l'Angleterre (i). GoÉùme on avait élevé des doutes sur la validité du coaronnen^ent du roi à Bath, la cérémonie en fut faite de nouveau ( 17 mari, i2»o. ) , avec les solennités accoutumées, par l'archevêque , qui , avec la per-^ mission d'Honorius, était revenu en Angletetre: et Tannée suivante ( 1221. ), Alexandre , roi d'Ecosse, épousa, à York, Jeanne^ l'aînée des sœurs de Henri , et rendit hommage à son beaufrèrCi En niéme temps on maria aussi à Hubert Tune des princesses d 'Ecosse, qui étaient depuis si long-temps sous la tutelle de la couronne d'Angleterre. L'autre restait seule; maison insu nùait à Henri qu'il agirait sagement en partageant son trône avec elle. Pandolfe retourna immédiatement à Rome.
Durant les débats de Jean et de ses barons ,
(i) Yoy. relativement aux services de Pandolfe sts lettres dans Rym. i, 235 , 237, 240, 241. Il paraît que le traité que Guillaume , roi d'Ecosse , avait été forcé de faire avec Jean , était regardé comme si accablant et si honteux, qu'Alexandre en avait appelé^ au pontife pour examiner et prononcer suivant la loi , si cet acte l'obligeait ou non. Honorius renvoya la question à Pandolfe , ibid. 255. Il est singulier que l'on n'ait pas au moins conservé la substance de ce traité. On ignore entiérenlent la décision de Pandolfe.
ce prince avait prodigué les terres de la cou* ronne à ses partisans, nationaux ou étrangers : et ceux qui tenaient le commandement des châ* teaux royaux à sa mort, refusèreût obstinément de les remettre au gouvernement^ alléguant qu'ils les conservaient pour ïe roi« en fidéi-commis^ pendant sa minorité. Arracher ces forteresse^ des mains puissantes qui les retenaient était une entreprise importante, mais difficile. Honorius avait autorisé Pandojfe à iùsister pour qu'aucun individu ne conservât en même temps le com* mandement de plus de deux châteaux royaux. Il prescrivit ensuite à Tévêqiie et au justicier de demander aux tenanciers toutes les aubaines et curatelles ; et enfin il déclara solennellement , à la requête et avec l'assentiment du grand conseil, que Henri se trouvait d'âge suffisant à recevoir la libre disposition de ses terres , châteaux et tutelles, qu'elles fussent ou non en litige devant les cours de justice. Hubert demanda immédiatement, au nom du roi, la remise des tutelles et des châteaux : et en réponse, les comtes de Chester et d'Albemarle firent une tentative infructueuse pour surprendre la ville de Londres. Leur conduite fut condamnée par Hubert, et excusée par des Boches. Les barons mécontents ^e déteïminèrent à fiaîre les fêtes de Noël à Notthampton (aSdëc, 1223.); mais Henri se rendit dans cette ville , avec l'archevêque et lés évêqnes,
rf^
124 HISTOIRE D*AN<iLETERRE.
et une suite si nombreuse de comtes et de chevaliers 5 que ses opposants furent effrayés, sollicitèrent leur pardon, et abandonnèrent leurs prétentions (i).
11 arriva un autre évènenàent qui fortifia l'autorité d'Hubert, et conduisit éon rival à se bannir lui-même de l'Angleterre , sous prétexte dé faire un pplerinage en Terre-Sainte. Parmi les étrangers enrichis par Jean, se trouvait un hom-i mé Fawkes, bandit féroce et sanguinaire, qui tenait le château de Bedford en présent de ce monarque. Il avait été gracié, aux assises de Dunstable ," de plusieurs malversations, moyennant une amende de trois mille livrés : mais au lieu de. se soumettre à cette sentence, il avait guetté les juges au moment de leur départ, s'était emparé de Henri de Braibrock, l'un d'eux, et l'avait renfermé dans le donjon de son château, (5 juin, 1224. ) Hubert saisit avec ardeur cette occasion d'appesantir sa vengeance sur un partisan de l'évèque de Winchester ; et le rôî fut entraîné à faire en personne le siège de la forteresse dé cet audacieux rebelle. (16 juin) On éleva deux tours de bois à une assez grande hauteur pour
(i) Dunst. i36-i58. Rym. i, 240-254. ^^^ ^^ raison donnée au pontife par le conseil était que là prudence et la discrétion de Henri étaient de nature à suppléer ^u deTâul de son âge. Paris ^ addit. n** i.
HENRI III. laS
donner aux arehèrs la vue entière de l'intérieur du château. Sept machines de guerre battaient les murailles avec d énormes pierres , du matin jusqu'au soir; et une autre, nommée le chat, couvrait les sapeurs dans leurs travaux pour miner les fondations. Fawkes, qui s'était retiré dans le comté de Chester, s était persuadé que la garnison pourrait défendre le château pendant deux mois au moins; mais le barbican (i)fut pris au premier assaut. Bientôt après la muraille extérieure se trouva forcée, et les troupeaux, les chevaux, et les provisions, placées dans les magasins adjacents , tombèrent entre les mains des vainqueurs. Les mineurs pratiquèrent alors une brèche dans la seconde enceinte , et les royalistes, malgré des pertes considérables, prirent possession des ouvrages intérieurs. Peu de jours après , les sapeurs mirent le feu aux étais qu'ils avaient placés sur les fondations du corps de place : l'un des angles s'écroula , et une vaste ouverture laissa à découvert l'intérieur de la forteresse. La garnison alors perdit tout espoir; elle planta Tëtendard. royal sur la tour, et envoya des femmes pour implorer la miséricorde du roi ( i3 août. ) ; mais Hubert se résolut à pré-
(i) Le barbican ëlait une tour extérieure qui de'fendait rapproche de tous Jes autres ouvrages.
( Note du iraducieur, )
venir le renouTellemeDt de semblables excès par la sévérité de la punition. Les chevaliers et autres, au nombre de quatre-vingts, furent pendus. On envoya les archers combattre les Turcs en Palestine ; et Fawkes , qui se rendit- alors volontairemeçit, dépouillé de san argent, de ses joyaux et deses terres, fut pourtou)ours banni de l'île, avec sa femme et sa famille ( i ).
Les conséquences des concessions imprudentes faites par les deMX derniers monarques commençaient à se manifester. Sous prétexte dé résister k une invasion dont le menaçait le roi de France , Henri assembla un grand conseil, et demanda un subside d urgence. (1225. ) Il fut refusé : mais les besoins de la couronné n'admettaient aucun délai ; et , après quelque négociation , on consentit à lui accorder un quinzième de tous les biens meubles ^Jl condition qu'il ratifierait solennellement les deux chartes (li). Elles avaient été déjà deqx fois ratifiées au commence-
(i) Paris, 270. Dunst. 142, i45. Annal. Wîgorn. 486. J'ai dëtaillë longuement les particularités de ce siège , a^n d'expliquer comment on conduisait ces opérations.
(2) Brady ii. App. n** i5o. L'argent devait être placé dans le trésor, et l'on n'y pouvait toucher avant la majorité du roi, à moins que ce ne fût pour la défense du royaume, et en présence de six évéques et de six comtes. lie (|uinziéme s'éleva à 59,000 liv. (pounds). Paris, addit. joP i. L'ancienne manière de disposer de ces impôts sera plus loin expliquée.
HBNRI III. 127
ment de son règne : mais ses officiers s'en étaient moqués , et refusaient d'en exécuter les principaux articles (1). li ne fut pas cependant nécessaire que les barons recourussent aux armes. La pauvreté surmonta la répugnance du roi et de ses ministres ; et les deux chartes furent ratifiées dans la forme qui leur appartenait ( n févr.). On arrêta , par des articles additionnels , qu'une veuve aurait pour son douaire Je tiers de toutes les terres qui auraient appartenu au mari pendant la durée du mariage , à moins qu'elle n'eût été dotée d'une plus petite portion à la porte de l'église: qu'aucun homme libre ne pourrait aliéner légalement de sa terre une partie assez forte pour r^^mpêcher d'accomplir les services dus au seigneur du fief î qu'afin de poser des bornes à l'aliénation en main-morte , nul ne pourrait donner ses teri^s à une maison religieuse pour les tenir encore de la même maison ) et que , d'une autre part , aucune maison religieuse ne pourrait recevoir des terres pour les ai^ermeV ensuite au donateur. Les assises de « darrein presentment» furent renvoyées aux juges du banc. On ordonna que les cours des comtés se tiendraient seulement une fois par mois ; que la tournée des shé^ rifs ne se ferait que deux fois par an , et l'examen des cautions franches ( view of frank pledge )
(i) Dunst. i| i5i.
128 HISTOIRE d'anGL£TERH£.
à la saint Michel seulement. On déclara , en dernier lieu, que tous les hommes devaient jouir des mêmes libertés, et. que le scutage, ou escuage, serait levé de la même manière que sous le règne de Henri II (i).
Le départ de Tévêque de Winchester avait laissé Hubert sans compétiteur : et , quoique le pontife eût recommandé au roi de ne se faire lui-même membre d'aucun parti , afin de se maintenir toujours entre eux comme un arbitre souverain et comme un père , Henri tendait volontiers à faire part de son autorité à ses favoris. Hubert régna sans contrôle pendant plusieurs années. Les autres s'étaient appauvris par l'abandon forcé de tous les profits qu'ils eussent faits pendant la minorité; quant à lui, il s'était annuellement en-
(i) Annal. Burt. 271 , 278. Neuvième annde de Henri HI. Paris nous apprend que, deux années plus tard, larsque Henri fut majeur, il fit revivre de sa pleine autorité la charte des forêts (p. 283.) liais j'ai souvent des doutes sur les assertions de cet écrivain , quand elles ne sont pas appuyées par d'autres documents. Il nous a déjà dit qu'en i223rarchevéque avait insisté sur la ratification de la charte, que le roi l'avait promise et qu'il avait ordonné par ses lettres de faire des recherches dans chaque comté sur les libertés dont on jouissait du temps de Henri II (p. 266 , 267). Ces lettres , malheureusement pour le crédit de Hiislorien, existent encore, et prouvent qu'on avait agi d'une manière tout opposée. Les shérifs recherchèrent quelles étaient les coutumes et privilèges que Jean possédait dans chaque comté avant la guerre , afin de les rétablir au profil du roi. Voyez Brady , App. n" 149.
HENRI IlL 129
rîchi par des concessions de terres , des aubaines et des curatelles. Mais, tandis qu'il s'occupait ainsi à consolider son propre pouvoir, il fournissait à ses ennemis des armes dommageables par des exemples répétés d'ambition et d'avidité. Une expédition infructueuse en France, dans laquelle il accompagnait le roi, porta les premiers coups à sa puissance. L'arrivée de Pierre des Boches, que le roi reçut avec la plus tendre affection, fut pour lui de mauvais augure (1). On prédit alors confidentiellement la chute du favori : toutes les bouches Taccusaîent hautement de despotisme et d'avarice : et lorsqu'à l'occasion d'une invasion des Gallois , Henri se plaignit de manquer d'argent, on lui dit qu'il pouvait aisément en prendre chez Hubert et ses parents, qui, depuis tant d'années, accumulaient aux dépens de la couronne. Il adopta cet avis. Les officiers inférieurs du gouvernement furent mandés à cet effet ; et Hubert reçut l'ordre de rendre compte de toutes les tutelles qu'il avait eues , de toutes les rentes du domaine royal qu'il avait perçues, et de tous les subsides et amendes payés
(i) Paris dit qu'en l'année i23i Henri prit le parti de ne point épouser la princesse Isabelle d'Ecosse, parcequ'elle estait la sœur de la femme d'Hubert (p. 812). La vërité est cependant qu'Isabelle était déjà mariée depuis six ans à Roger , fils du comte Bigod. Rym^ i , 278.
ni. 9
l30 HISTOIRE dVnGLETERRS.
à Féclliquiér depuis le jour de sa nomination à la charge de justicier : période qui comprenait tout le règne actuel avec une grande partie du dernier. Soit qu'il n'eût aucune confiance dans la justice, ou que dans sa conscience il se reconnût coupable , il s'enfuit au prieuré de Merton. D'abord le roi se détermina à le faire arrêter , et pour cet objet il dépêcha le maire de Londres avec un corps de citoyens armés ; mais après une plus mûre délibération , et à la demande de son unique ami, l'archevêque de Dublin, il lui ac^ corda deux mois pour se préparer à son juge« ment(i)-
Hubert, se voyant en liberté, quitta le sanctuaire qui lui servit d'asile^ et alla rendre visite à sa femme en traversant le bourg de Saint- Edmond : mais le roi , à qui Ton avait persuadé qu'il était dangereux de lui permettre deparcourir. ainsi le pays, envoya un corps de trois cent$ hom-^ mes à cheval, avec Tordre de l'arrêter et de le conduire à la tour. Le comte était couché quand il apprit leur approche , il se leva à la hâte , s'enfuit tout nu dans l'église paroissiale de Boizars > et là , une hostie dans une main et la croix dans l'autre , placé sur les marches de l'autel ^ il attendit l'arrivée dçs gens qui le poursuivaient. Ils n'avaient point d'ordre d'attenter à sa vie ; mais
(i) Paris > 3i 1 , 3*7-319.
HENRI III. l3l
l'ayant mis sur un cheval, et ayant attaché ses pîîeds par-dessous, ils marchèrent avec leur captif vers la métropole. Henri cependant fut averti que cette violation des privilèges de réglîse exciterait des remontrances et trouverait de Topposition. Le prisonnier fut reconduit à son sanctuaire ( a? septembre. ) : et le slicriff d'Esscx fut chargé , sous peiné de mort, de se saisir de «a personne, dès qu'il ferait quelque tentative pour s'échapper. Mais on rendit sa fuite impraticable par un fossé profond que Ion creusa , et une ligne •de palissades que Ton éleva tout autour de réglise : et vers le quaranlîème jour, la faim ouïe désespoir amenèrent le malheureux comte à se rendre lui-même à ses gardes , qui le conduisirent à la tour. ( 1 1 novembre. ) Henri ordonna dele mettre en liberté, et le somma de paraître deVant la cour de ses pairs à CornhilL Lorsque * les chefs d'accusation lui eurent été lus , Hubert répondit qu'il ne présenterait rien pour sa défense, mais qu'il remettait sa vie, ses terres et tousses biens au bon plaisir du roi. Les juges délibérèrent : ils pensèrent que si le jugement était prononcé , ils devaient le condamner à la confiscation et à la mort ; et toutefois , avec la permission des accusateurs, ils recommandèrent le cas à l'examen du roi. Du consentement de toutes les parties , on prononça enfin une sentence. Tous les biens meubles du comte furent
l32 HISTOIRE DANGLETERRE.
confisqués au profit de la couronne , ainsi que les terres qu'il tenait directement du roi , en lui laissant , pour lui et ses héritiers , son héritage patrimonial et les terres qu'il tenait de quelques suzerains. Quatre comtf s s'engagèrent à le prendre sous leur sauvegarde dans le, château de De»vizes, jusqu'à ce qu'il pût entrer dans l'ordre des chevaliers du Temple, le cas de mort de sa femme arrivant , ou jusqu'à ce qu'ils en fussent libérés par l'ordre du roi et de son conseil : et Henri donna sa parole qu'il ne lui accorderait aucune faveur additionnelle , comme il ne lui infligerait aucune peine aggravante (i). Mais l'année suivante des qnerelles s'élevèrent; entre le roi et ses barons , et la garde du château fut confiée a un tenancier de l'évêque de Winchester. (1233, 12 octobre.) Hubert, q^ui craignait de tomber aii pouvoir de son ennemi , descendit de la n)uraillc dans le fossé durant une quit obscure , et se rendit dans une église du voisinage. Il y fut imiîiédiatement entouré par le sheriff et ses officiers. Mais peu de jours après , un parti de cavalerie dispersa ses gardes ( 3o octobre.) , et le conduisit au comte de Jrembroke dans le pays de Galles. Lorsque la paix se rétablit entre le roi et les barons par les
(i) Ounst. !2o8,!209, 221. Paris, 3i9-322. Les erreurs de ce dernier écrivain ont été corrigées par les archives publiques. Pat. 17. Henri III. M. 9, n. apud Brady, App. n® i52.
HENUl III. i33
bons offices d^Edmond , nouvel archevêque de Canterbury, Hubert fut compris dans la capitulation ( 1234 , 28 avril. ) , rentra au conseil , et retrouva ses biens et ses dignités, ( 1 ).
Le règne de Henri dura plus d'un denii-siècle. Jusqu'à la chute d'Hubert , il se trouva dans la minorité ou placé sous la férule de ce ministre : il devint ensuite son propre maître ; il choisit lui-même ses ministres , et fut responsable des mesures prises sous son gouvernement. Mais les opérations qui remplissent les quatre années suivantes sont si nombreuses et si souvent contradictoires, qu'en les rapportant suivant Tordre des temps, elles interrompraient et embarrasseraient la narration, endétournant et fatigant Tattentioa du lecteur. Il sera plus utileetplus intéressant de classer les plus importants événements sous trois chefs principaux : les guerres du roi avec les puissances étrangères, ses négociations avec le pape , et ses querelles avec ses barons.
Sous le règne de Henri , l'harmonie qui existait entre l'Angleterre et l'Ecosse ne fut jamais rompue par des hostilités actives : il s'éleva cependant plusieurs sujets d'altercation dont il est
(1) Paris , 3U7, 328 , 340 , 54î. Dunslap. 221. Brafîj, n , App. n** 154. Cependant cinq ans après on aUaqua de nouveau Hubert, qui, pour s'en tirer, fit pre'sent à ïlenri de quatre châteaux. Par. 4^3.
i34 HISTOIRE d'Angleterre.
nécessaire de parler , parcequ'ils prouvent que les prétentions à la suzeraineté, converties en droits par Edouaxd , fureût aoissi vivement soutenues par son père. Le lecteur a déjà vu qu'Alexandre second du nom n'avait pas hésité , quoiqu'il eût fait hommage au roi Jean, à prêter son secours aux barons mécontents. Lorsque Louis retourna en France , le roi d'Ecosse fut forcé de se soumettre. Il rendit hommage à Henri , et peu d'années après il épousa Jeanne, sœur du jeune roi ( 1221 ,23 juin. ) , alliance qui donna aux deux princes les moyens d'accommoder leurs différents sans tirer l'épée. Dès que Henri devînt son propTe maître , Alexandre réclama la reddition des trois comtés du nord , comme son héritage incontestable, et le paîenîent de quinze mille marcs remis par Guillaume à Jean, lesquels n'avaient pas été imposés comme amende, mais donnés comme douaire aux deux princesses écossaises , dont l'une avait dû êt|:e mariée à Henri lui-même, et l'autre à son frère Richard (1). Le roi d'Angleterre résista non seulement à ces demandes , mais
(1) Quand on fit part à Hubert, qui avait ëpousé l'aînée des sœurs , de celte interprétation du traité, il répondit qu'il n'avait aucune connaissance de ces conditions. Les princesses avaient été remises à Jean pour les marier à qui bon lui sem* blerait , avec l'avis de ses barons. Paris , addit. n° i.
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soutint de plus que rhommage déjà rendu par Alexandre à lui, comme à son père, était l'hommage-lîge de la couronne d'Ecosse ; et il engagea le pape Grégoire IX ( 1234* ) à exhorter par écrit le roi d*Ecosse à se conformer aux stipulations solennelles qu'il a?ait faites (1). Après une fastidieuse négociation, les deux parties passèrent un compromis de bon accord , sous les auspices du cardinal Otto. Le roi d'Ecosse renonça à toutes ses réclamations , et reçut en compensation des concessions de terres dans le Tynedale et le Penrith, de la valeur annuelle de deux cents livres ( pounds ) , et il consentit à rendre un nouvel hommage pour ces nouvelles acquisitions (2). On ne décida pas à l'instant la question relative à la nature de l'ancien tiommage , mais on la fit revivre après la mort de Jeanne. Alexandre prétendit qu'il ne tenait ni ne voudrait tenir aucune parcelle de l'Ecosse sous la couronne d'Angleterre , et Henri , pour soutenir ses prétentions, rassembla une nombreuse armée à Newcastle. Le roi d'Ecosse jOgea psudent de négocier ; et il consentit à un arran-
(i) Rym. 1 , 334 > 335. Les écrivains écossais disent que cet horomage n^avait eu lieu que pour les terres situées en Angleterre. Mail. 195. Ford, ix, 3i. Il y a cependant des raisons de croire qu'à cette époque Alexandre rie possédait aucune terre en Angleterre. Voyez Rym. 11 , 266.
(2) Rym. I., 375.
l36 HISTOIRE D'ANGLETERKE.
geinenî , par lequel , quoiqu'il éludât la recoonaissance expresse de sa dépendauce féodale, il parut avoir concédé à Henri toute la substance de sa démande. ( 1224, i3août. ) Il promit et jura de porter toujours amour et bonne foi à son cher et lige seigneur Henri , roi d'Angleterre , de ne jamais entrer dans aucune coalition avec les ennemis de Henri ou de ses héritiers, à moins qu'il n'en eût été le premier injustement attaqué : et ses évêques, comtes et barons jurèrent aussi, pour eux et leurs hoirs, de ne jamais aider Alexandre ou ses successeurs dans la rupture de cette pror messe* tant qu'il serait en leur pouvoir d'engager à la maintenir (1).
Alexandre eut pour successeur son fils, âgé de neuf ans, et qui portait le même nom. En vertu de sa suzeraineté , Henri sollicita une bulle ( 1249, 8 juillet.) qui défendît à tout évéque de Couronner le jeune prince ^ avant d'en avoir reçu la permission de son seigneur lige ; mais Innocent IV le refusa, en disant que le siège apostolique n'était pas danarusage de faire de teilles prohibitions (2). Bientôt après( 26 déc. i25r.), Alexandre se rendit à York, en exécution d'un traité conclu par son père ^ pour épouser Marguerite , fiUe de Henri (3) ; et il fit hommage au
(i) Paris , 568. Rym. i , 429.
(2) Rym. 1 , 463. j
(3) A cette occasion la cour d'Angleterre déploya toute sa
HENRÏ m. 137
roî « pour le Lothian et les autres terres qu'il tenait de la couronne d'Angleterre. » Mais quand on le sottima de faire également liomniage pour son royaume , hommage, dit l'historien, qui avait été rendu par plusieurs de ses prédécesseurs (1), il s'avisa de répliquer qu'il était venu à York pour épouser la princesse , et non pour traiter de matières d'état; et que cette demande était d'une trop grande importance pour qu'il se hasardât à donner une réponse avant d'avoir consulté ses barons (2). Mais l'Ecosse tomba à cette époque dans un état complet d'anarchie. On forma une association pour dissoudre toute relation avec l'Angleterre (laSS.): Robert de B.OS et Jean Baliol furent nommés régents ; et la jeune reine fut , par leurs ordres , séparée de son mari , et confinée dans une partie écartée du château d'Edimbourg. Le roi prit sous sa protection les nobles de la faction opposée ; il ordonna à ses tenanciers militaires de venir le rejoindre à York ; et il envoya devant lui le comte de Glocester et Robert Manscl , qui , par le secours de leurs amis , obtinrent d'être admis dans le châ-
magnificence : mille chevaliers en manteaux de soie suivirent répousëe le matin de ses noces. Paris, 716,
(i) Prout evidenter in chronicis multis locis scribitur. Paris , 718. Cependant Paris mourut avant la grande discussion à ce sujet , qui eut lieu sous Edouard P'.
(sJPâris^ibid..
i38 HISTOIRE d'Angleterre.
teau , et remirent en liberté le roi et la reine. Ils allèrent rendre visite à leur père, qui nomma une nouvelle régence, punit les anciens membres , et agit enfin av«c toute l'autorité d'un supérieur féodal ; quoiqu'il déclarât à plusieurs reprises, pour détourner les soupçons des Écossais , que ces mesures ne devaient former aucun précédent in|urieux aux droits ou aux libertés du roi et du peuple écossais (i).
Le souverain indigène du pays de Galles se nommait Llewellyn , et Henri lui donnait ordinairement les titres de prince d'Aberthraw et de lord de Snovrdon. C'était un vassal de la couronne d'Angleterre ; mais un vassal plus porté à se soustraire qu'à obéir à l'autorité de son supérieur. Il était aussi beau-frère de Henri , ayant épousé Jeanne , fille naturelle de Jean, par Agathe, fille du comte Ferrers : mais cette union ne l'avait pas rendu moins disposé à soutenir ses droits ou à venger tout ce qu'il regardait comme des outrages à son pays. Les habitants des frontières des deux nations étaient des hommes d'habitudes féroces , portés à la rapine et au carnage, et toujours prêts à envahir les propriétés de leurs voisins quand ils pouvaient le faire avec l'espoir de l'impunité. Leurs incursions se distinguaient généralement par des traits de barbarie, ■ I I I , ■■ 1. I i ■ I I
(i) Rym. 1 , 558, 559, 56o, 562, 565. Dunst. Soy. Mail. 220.
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qui anupiiçaicnt que le pillage n'était pour eux qu'un objet secondaire. Ils avaient Tusage de massacrer leurs captifs de gang-froid et de mutiler leurs cadavres ; et au lieu d'enlever les troupeauxde;l'ennemi, ils les renfermaient dans les granges et les maisons , afin de les faire périr dans les mêities flammes qui consumaient les bâtiments (i). Jl était inutile de se plaindre: Tagre^seur , à quelque parti qu'il appartînt , pouvait exhiber un long catalogue des meurtres commis ps^r ^es adversaires , et prouver que sa propre conduite était basée, dans un juste rapport, sur le grand principe des représailles. Henri porta souvent ses armes dans les Galles ; mais chaque fois il fut forcé de se retirer , battu et mécoDtent. Llewellyn , avec le secours de ses montagnes et de ses marais , pouvait défier les plus puissants antagonistes : et si le roi d'Angleterre s'arrêtait lui-même afin d'élever une forteresse pour prévenir les incursions des Gallois, ceux-ci étaient déjà sur ses derrières, démolissant et rasant pli^sjieurs châteaux , pour un seul qu'il érigeait. Mais quand Llewellyn mourut, David, son fils et son successeur , emprisonna Grifïith, son frère illégitime. La femme du captif en appela à Henri , qui déjà* venait de sommer Da-
- (i) "Voyez plnsieurs exemples dans les annales de Margan, i6 , 17^ 1 8. Paris, 3 10 , 569 et les annales de Worceslcr,488.
l4o HISTOIRE d'aNGLETEPRE.
vid de comparaître devant lui ( 1241, iSaoûi. ) : mais le prince gallois apaisa son oncle , et remit Griffith entre ses mains. Trois années après, le prisonnier fut tué dans une tentative qu'il fit pour s'échapper de la tourde Londres (i)- Cette mort délivra le prince d'Abertraw d'un dangereux rival , et pour se soustraire lui-même à la suzeraineté du roi d'Angleterre , il essaya d'intéresser le pape en sa faveur, en lui offrant de tenir sa principauté de l'église romaine. Inno-cent refusa cette proposition (2) ; et Henri se hâta de punir la déloyauté de son neveu. Le roi fortifia un château sur les rives du Conway ,
(0 Voyez les actes dans Brady , 11. App. n° 163-171.
(2) Wikes , 45. Walsing. Upod. Neust. 466. Si nous n'avions d'autre autorité que Paris , nous pourrions croire que cette offre fut acceptée, et qu'Innocent IV, pour obtenir le paiement annuel de 5oo marcs, accepta et reconnut le vassal de la couronne d'Angleterre pour vassal du saint sie'ge. Par. 55o, 552. Le taux de cette somme sulEt pour discréditer cette histoire : et Ton trouve aisément la vérité dans les lettres originales qui existent encore. David écrivit au pape que , dans son enfance , ses parents l'avaient placé sous la tutelle particulière de l'église de Rome ; mais que son oncle , par violence et menaces, l'avait forcé de jurer fidélité au trône d'An•^ gleterre. Innocent répondit en ordonnant à deux abbés de l'ordre de Cîteaux de rechercher si ces allégations étaient vraies, et si elles l'étaient, de déclarer par serment qu'elles n'étaient pas obligatoires. Bientôt après il écrivit à l'évêque de Carlisle qu'il avait découvert qu'elles étaient fausses , et il ordonna au prélat d'annuler tout ce qui avait été fait en conséquence de sa première lettie. West. Sig. Rym. i ^ 49^
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chargea une flotte irlandaise de ravager Tîle d'Anglesey , et prohiba sous les peines les plus sévères l'introduction des provisions ou marchandises, par ses marches, sur le territoire de ses ennemis. Les indigènes confinés dans les montagnes de Merioneth.et de Carnarvon se virent exposés aux plus grandes extrémités, par la privation de vivres et la rigueur de Thiver ; mais à la mort de David ( 1246.)^ ils élurent pour chefs Llev^ellyn et David, les deux fils de Grîffith, qui sollicitèrent la clémence du roi d'Angleterre ; devinrent ses vassaux , et s'engagèrent à le servir dans ses guerres avec cinqcentsdeleurs sujets( 1 ). . Le lecteur doit se ressouvenir que la nécessité ay^it arraché à Louis de France la promesse de rendre la Normandie, le Maine et l'Anjou dès qu'il parviendrait à la couronne. Philippe, son père , mourut en 12^3, le 14 juillet. Le ministère anglais somma le nouveau roi derempHr«es effgagenients , et il reçut un refus péremptoîre, auquel il s'attendait. Il n'avaitpas été iong-tenips lié parle traité udisait-jl daps &a réponse , puisque ce traité avait été violé en deux circonstances par le roi d'Angleterre , qoi avait forcé les bs^rons alliés à racheter sa protection par de fortes SQmmes d'argent , et jusqu'à ce jour n'avait point a<:cordé les libertés, spécifiées daixs la
(ï) Pans, 470 , 480, 5o6, 545, 55i, 608.
i42 HISTOIRE d'Angleterre.
grande charte. Louis ne se contenta pas de ce simple refus. Dès que la trêve entre les deux nations eût expiré, il publia de nouveau la sentence originaire de confiscation contre le roi Jean, entra dans le Poitou avec une nombreuse armée , prit possession de la Rochelle et d'autres villes, par force ou par surprise , et porta ses conquêtes("a4.) jusqu'à la rivedroite de la Garonne. Le ministère anglais convoqua un parlement de barons à Northampton ; o^ais les violences de Fa wkes interrompirent les délibérations, et Ton employa la meilleure partie de Tété à faire le siège de Bedford. Après les querelles les plus vives , et la confirmation de la charte , on accorda au roi un subside d un quinzième ; et avant Pâques ( avril 1 2ti5. ) , Richard, le pi lis jeune de ses frères , partit pour Bordeaux , sotis la direction du comte de Salisbury, avec urié force trop petite , à la vérité , pour tenter aucune conquête , mais suffisante pour garantir ^ de toute insulte la province de Gascogne.* A la requête du légat du pape, les deux courdftnés ' consentirei^t à un armistice d'unfe année , avant l'expiration de laqwlle le roi de France ttiburut ( 1226, 8 novembre. ) , et laissa le trône à son fils Louis IX, dans la douzième àiïnéé de son âge (1). Les troubles qui suivirent cet aVèné- *
(i) On peut comparer les fables qui concernent sa mort
menu et les hostilités des pairs les plus puissants coutre BlaDche» la reine mère et le conseil de régence, offraient à Henri, qui touchait, à sa vingtième année , une occasion favorable de re*couvrer le patrimoine de ses ancêtres. Le roi luimême montrait le plus graud désir de se distinguer dans une entreprise si honorable; mais il était excessivement embarrassé dans ses querelles avec les barons > et ses ministres regardaient comme dangereux pour jeuTs propres intérêts de quitter l'Angleterre ou de se séparer de leur souverain* L'armistice se renouteïa d'année en année, jusqu'à ce qu'Hubert jugea qu'il était de sa politique de se rendre , au moins en apparence, aux clameurs qui .s'élevaient autour de lui. On avait reçu des sollicitations réitérées des habitants de la Guyenne : les barons du Poitou proposaient de transporter à Henri leur allégeance ; et beaucoup de Normands lui faisaient parvenir l'assurance d'un attachement inviolable aux descendants de la maison de RoUon. On arrêta donc que le roi mettrait à la voile pour aller porter secours à Pierre de Dreux, comte de Bretagne du droit de sa femme, qui s'était ouvertement révolté contre Louis. Tous les barons d'Angleterre et d'Irlande, avec les princes dé
dans Paris , 282 , avec les récils qui en ont ëtë faits par des témoins oculaires dan» Spondanus ,. p. 9S.
î44 HISTOIRE d'aNGLETERRE.
Galles y S€ rassemblèrent à Portsmouth : et Henri, dans toute la confiance de la jeunesse, se regardait déjà comme le conquérant de la France, quand on l'informa que les vaisseaux que Ton avait préparés n'étaient pas en nombre suffisant pour transporter la moitié deTarmée- Dans un accès de rage , il tira son épée, appela Hubert du nom de traître, et il se précipitait sur lui pour le tuer, quand le comte de Chester arrêta son bras. (1229,29 septembre. ) Comme la saison était trop avancée pour attendre larrivée d'une autre flotte,: le conseil renvoya l'expédition à Tannée suivaFite; et pendant lliiver, Hubert trouva moyen de se justifier dans l'opinion de son maître. Au printemps suivant ( i^3o, 3 mai. ), Henri s'embarqua pour Saint-Malo, et s'avança jusqu'à Nantes ; tandis que Louis prenait Angers , Ancenîs et Oudon. On ne sait rien des opérations qui suivirent, s'il y en eut en effet. On^ dît que le roi, au lieu de poursuivre l'ennemi, perdit son temps en parties de plaisir, refusa de se rendre à l'invitatîon des mécontents de Normandie , fit un voyage en Gascogne, afin de recevoir l'hommage de ses habitants , revint une seconde fois à Nantes, et retourna' en Angleterre. ( 26 octobre. ) Nos historiens ! attribuent sa conduite à l'influence pernicieuse d'Hubert • qui fut accusé , peutêtre, sans fondement , de recevoir une pension annuelïe de la reine de France. On laissa en
Bretagne un corps de cinq cents chevaliers et de mille soldats, sous les ordres dePierrefde Dreux, qui reprit Angers , et brûla quelques villes en Normandie (i).
Incapable à son âge d'apprécier aucun talent militaire, l'issue de cette honteuse expédition ne changea rien à l'opinion que Ion avait de Henri. On le regardait généralement comme un lâche qui craignait de combattre pour l'héritage de ses pères : et son nom devint le plastron commun du ridicule et de la moquerie , dans les effusions des poètes provençaux. Ce n'était pas toutefois que la volonté lui manquât ; mais avec un trésor épuisé , et embarrassé dans des querelles multipliées avec ses barons, il n'avait ni les moyens ni le loisir d'entrepren<îre des expéditions étrangères. Dix années s'écoulèrent dans des trêves successivemeilt rompues et renouées , et durant lesquelles le comte delà Marche, son beau-père, dont la fidélité changeait toujours avec les intérêts, avait fait hommage à Alphonse , frère de Louis , dernière^ ment créé comte de Poitou. A son retour, il essuya dépiquants reprochèsde sa femme Isabelle. Son orgueil, si nous devons croire ce qu'on en
(i) Paris, 3o6, 3io. Dunst. 201, J'ai rapporté ce qui s'était passé à Portsmouth sur la foi de Paris*, et j'ai du penchant à douter de la véracité do cette histoire.
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l46 HISTOIRE D*ANGLETEKKE.
rapporte^ ne pouvait souffrir que son époux s'hu-^ miliât devant une tête qui n'était pas couronnée; mais il est plus probable qu'elle désirait sauver les droits de son plus jeune fils Richard , à qui son frère Henri avait donné, quelques années avant, le comté de Poitou. A son instigation, le comte de la Marche revint à Poitiers » insulta et défia publiquement Alphonse , (st se retira au milieu de sa garde d'archers, qui marchait l'arc tendu , prête à opposer la force à la force. La guerre fut une conséquence naturelle de cette démarche , et Isabelle implora le secours de son fils le roi d'Angleterre. (1242, 27 janvier.) Dans un grand conseil tenu à Londres , on demanda un subside d'hommes et d'argent : mais quoique Henri appuyât cette demande avec chaleur, quoique son frère Richard, qui arrivait directement de la Terre-Sainte , lui prêtât la force de ses éloquentes prières, les barons inexorables répondirent froidement que le devoir du roi était de maintenir la trêve , tant qu'elle ne serait pas violée par le monarque français. Isabelle ne cessa de l'importuner. Sa présence seule , disait-elle , était nécessaire. Qu'il paraisse , et tous les amis de sa famille voleront au-devant de lui , et une foule de soldats se ralliera sous son étendard. Trompé par ce faux exposé ( 19 mai. ) , Henri s'embarqua à Portsmouth avec la reine , son frère , trois cents chevaliers et trente tonneaux
HENRI III. t47
d'argent. Il relâcha à Royan, à rembouchure de la Garonne, et envoya des ambassardeurs à Louis. Si Ton en croit Matthieu Paris, le roi de France, dont la conscience était troublée par le serment qu'avait fait son père , offrait de rendre une par** tie du Poitou et de la Normandie , sous la con^ dition que Henri abandonnerait les traîtres au châtiment qu'ils méritaient : mais il parait , d'après les lettres mêmes du roi , que ses envoyés demandèrent satisfaction pour certaines infractions qu'ils alléguèrent avoir été faites à la trêve ; qu'on ne leur fit aucune réponse ; et qu'après quelques jours d'attente , on déclara que la suspension d'armes était levée (i). Quand il eût rassemblé ses vassaux et ses alliés , il se trouva à la tête de vingt mille hommes. Louis était sorti de Paris avec un nombre égal de troupes : mafe son armée , pour me servir de l'expression de l'historien, était comme un torrent qui, sur son passage, se gonfle incessamment des eaux que lùî portent en tribut les ruisseaux voisins. Les deux rois, comme s'ils eussent agi d'un commun accord , atteignirent presque en même temps la petite ville de Tàillebourg ; et les armées enne* mîes se trouvèrent séparées par la Charente , rivière étroite, mais profonde et rapide. Le pont qui la traverse était commandé par un fort, entre
(i) Rym. 1 , 4<^ 9 4^4*
l/|8 HISTOIRE 1)*ANGL!ETERRE.
les^mains des Anglais. Lorsque Henri ( 19 juillet.) vit combien l'ennemi lui était supérieur en nombre , lise plaignit au comte de lui avoir déguisé la vérité ; mais tandis qu'illui parlait , les Français attaquèrent le pont avec Fimpétuosité qui les caractérise. Louis combattait «i leur tête ; le passage fut forcé, ^t l'oriflamme, étendard des rois de France , fut déployé sur la rive gauche de la rivière. Les Anglais cependant firent une vigoureuse résistance , et ils balançaient encore la fortune^ lorsqu 'arriva la nouvelle qu'un grand corps ennemi avait traversé la rivière en bateaux, et marchait pour leur<;ouperla retraite. Us rompirent aussitôt leurs rangs, s'enfuirent précipitamment à Saintes , et furent suivis avec une telle activité, que plusieurs des poursuivants entrèrent avec eux dans la ville, où ils furent faits prisonniers. Henri, pour plus grande sûreté, s'était écarté de la masse des fuyards : maïs il serait tombé dans les mains de l'ennemi , s'il n'eût été sauvé par l'adresse de son frère Richard. Désarmé, et un bâton de pèlerin à la main , ce prince se présenta lui-même au corps le plus proche de l'armée française ,* et demanda à parler au comte d'Artois. Le comte l'introduisit près du roi , qui saisit cette occasion pour le remercier des bons offices qu'ir avait rendus aux chevaliers français en Palestine ; et à sa demande il consentit à un armistice jusqu'au matin