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CHAPITRE X

LE PORTRAIT DE PANK.ASTÉ

Dès qu'Alexandre fut à Persépolis, il se forma une sorte de cours féminine, gagné par l'exemple contagieux de Darius et des. grands seigneurs perses, qui tous possédaient de véritables harems ; bien différents en cela des Grecs, qui n'avaient qu'une seule femme légitime, bonne au plus à diriger la maison et à donner des enfants, et qui se partageaient à dix, à vingt, à trente des hétaïres comme Phryné, Plangon ou Laïs. Jusqu'à cette époque, dévoré par l'ambition, jalouse et tyrannique amante, la tête agitée d'immenses pensées, domptant par de pénibles fatigues corporelles, des chasses de deux jours et. des luttes opiniâtres les ardeurs de la chair, Alexandre n'avait jamais fait attention aux femmes. Aussi n'accprdons-nous aucune foi

à l'avis d'^lien, qui assure que le portrait de Pankasté fut peint à Éphèse (1). Alexandre, au moment de son passage dans cette ville, méprisait les femmes, qu'il regardait du haut de la grandeur de ses conquêtes et de ses idées. Plutarque l'assure, son premier amour fut Barsine, femme de Memnon, qui ne fut prise qu'à Damas (52), assez longtemps après le séjour d'Alexandre à Éphèse, si l'on compte les neuf mois que dura le mémorable siège de Tyr. Puisqu'il est constant qu'^lien se trompe, on doit suivre la version de Pline.

Parmi toutes les femmes d'Alexandre, aussi nombreuses que les jours de l'année (3), parmi les nonchalantes Asiatiques qui relevaient l'éclat de leurs grands yeux noirs fendus en amande, en se teignant avec de l'antimoine les cils et les sourcils ; parmi les plus robustes filles de la Grèce continentale, aux traits sévères, un peu brusques, respirant la santé et la force; parmi les plus gra* cieuses enfants de la Sicile, de l'ionie, de la Korinthie, blondes, enjouées, folles de leur corpiS comme de leur esprit, la plus belle, la plus chère

(1) iElien, Var. Hist,, lib. Xlï, cap. 34.

(2) Piularque, Vie d'Alexandre, XXIX.

(3) Diodore de Sicile, lib. XVII. Quinle-Curce (lib. YI, cap. 6) ne porte leur nombre qu'à 360.

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