LE PORTRAIT DE PANKASTÉ
âu conquérant était la Thessalienne Pankasté (1). Lassé de voir Apelles toujours s'occuper à peino des hommes, guerriers à face sombres, courtisans à traits vagues, Alexandre voulut lui donner un sujet digne de lui ; il voulut poser devant ses yeux et devant son pinceau, avides de beauté et de grâce, un modèle convenant h ses aspirations! Il lui ordonna de peindre sa chère Pankasté, non dans tout le luxe de sa richesse, vêtue d'une tunique blanche brochée d'or, recouverte d'un voile transparent à peine coloré d'une légère teinte de safran, les cheveux emprisonnés dans un réseau de pourpre, 'l
constellée de bijoux depuis les anneaux d'or passés aux doigts des pieds et aperçus à travers les cordons verts de mer qui retiennent des riches sandales, jusqu'au serpent d'or qui s'entortille autour de la jambe, jusqu'aux colliers de perles qui ornent le col et les bras, jusqu'au brillant diadème qui couronne son front blanc et poli comme l'ivoire, mais dans la grande simplicité de sa beauté, telle que Kypris s'élança de la mer blanchissante, nue !
Apelles consentit de toute son âmo de peintre h
(1) Pline la nomme Campaspe ; voir le texte h. la page suivante. C'est iElien {Var. HisL, lib. Xlï, cap. 34) qui rappelle Pankasté. Selon Lucien {Imagines, p. 7), son nom était Pakalé.
cette fantaisie du maître. Dans son orgueil, ce grand génie se croyait si éloigné des sphères terrestres qu'il n'en craignait pas les tentations. Pankasté, qui possédait toutes les beautés de la statue unies à toutes les attractions de la femme, séduisit Apelles. L'homme vainquit le peintre ; l'Amour fut plus puissant que l'Art : témérairement Apelles se prit à aimer la maîtresse d'Alexandre. Le souverain s'aperçut de cette passion et donna avec magnanimité Pankasté à Apelles (1).
Bayle, le doute fait homme, car, selon lui, rien n'a été, rien ne s'est passé; Bayle, qui a embrouillé les questions les plus simples sous prétexte de les résoudre, qui a jeté l'ombre sur tous les faits, voulant les éclairer; Bayle commence, dans son article d'Alexandre, par s'indigner contre cette débauche des yeux, contre ce raffinement inouï de volupté : faire peindre sa maîtresse nue I « C'est
(4) Quamquam Alexander ei honorem clarissimo prœbmt exemplo; namque cum dilectam slbi e pallacis suis prœdpue nomine Campaspem mdam plngi ob admirationem formœ ab Apelle jussisset, eumque dum paret captum amore sensisset, dono dedit. Magnus animo^ major imperio sai, nec minor hoc fado quam Victoria aliqua. Quippe se vicit : nec torum tantum svum, sed etiam affectnm donavil Artifici; ne dilectœ quidem respectu motus^ ut quœ modo Régis fuisset^ nmc Pictoris esset^ Pline, lib. XXXV, cap. 10.