‹ Histoire d'ApellesChapitre 18 sur 37 · LE PORTRAIT DE PANKASTE · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE PANKASTE

déjà une chose qui tient du dérèglement, s'écrie ce moraliste dans une note, que d'avoir épousé trois du quatre femmes sans être veuf (1) et que d'avoir donné à peindre nue sa concubine Pankasté. Les plaisirs de l'attouchement ne suffisaient pas à sa passion, il voulait encore repaître ses yeux de la nudité en peinture de sa maîtresse, signe évident qu'il la repaissait aussi de la nudité originale. » Bayle tire bien promptement des conclusions. Terminons la citation, car ici le philosophe hollandais se permet des plaisanteries de mauvais goût qui, toutes inconvenantes qu'elles soient même dans un in-foUo du dix-septième siècle, n'en sont ni plus spi* rituelles ni plus divertissantes. Puis, après s'être bien servi de cette histoire au commencement de la vie d'Alexandre pour abîmer le conquérant, et pour faire de lui un débauché, un être avide de sensualités, Bayle en nie absolument la fin. Elle ferait trop d'honneur à Alexandre; elle élèverait trop haut Apelles. Alexandre, un héros dont la vie est une épopée splendide et brillante; Apelles» un peintre qui a cherché la grâce, qui s'est occupé à peindre le Beau; deux hommes qui ont vécu, et que

(1) Sans être veuf; mais voilà une naïveté, ô sceptique : je suppose que si Alexandre avait été veuf, ce n'aurait pas été du dérèglement que d'épouser une autre femme.

jalouse jusque dans la tombe le caractère défiant du sceptique, l'humeur chagrine du savant.

Pour prouver l'impossibilité de cette histoire, opposant tour à tour Pline à Plutarque et Plutarque h Pline, Bayle allègue exactement deux des raisons que j'ai données, moi, précédemment, pour affirmer la présence d'Apelles à la cour d'Alexandre, en Asie : la première femme qu'eut

Alexandre, selon Plutarque, fut Barsine, et Barsine ne fut prise qu'à Damas longtemps après lo séjour d'Alexandre à Éphèse ; donc la version d'^lien qui fait se passer] l'anecdote k Éphèse est inadmissible; Alexandre n'eut do harem qu'en Asie, et comme, à ce que croit Bayle, Apelles n'alla pas en Asie, il ne put pas peindre Pankasté ; donc la version de Pline est inadmissible» Mais Pline ne sous-entendait-il pas la présence d'Apelles en Asie, quand il racontait qu'il peignit une des femmes du harem d'AleX9.ndre à une époque où tous les lecteurs de Pline savaient qu'Alexandre n'eut jamais de harem qu'en Asie? D'ailleurs ce brusque changement d'idées de Bayle, qui affirme le début de l'historiette et en nié le dénoûment, ne doit pas nous inspirer une grande confiance en sa logique, réputée invincible.

Il faut aussi se demander si l'indignation de

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