DE LEONIDAS DE TARENTE
i Apelles voyant Kypris sortant toute murmurante du sein de sa mère, et couverte d'une écume blanche, représenta sa beauté qui fit naître tant de désirs, non dans l'immobilité d'une peinture, mais dans le mouvement de la vie.
Comme de ses doigts elle tord bien, pour exprimer l'eau, sa chevelure humide! Quel charme dans ses yeux où brille sereinement le désir, et avec quelle grâce ses seins juvéniles se gonflent, s' arrondissant en forme de pommes de coing ! A sa vue, Athéné et la reine de l'Olympe ellemême s'écrieront : Zeus ! nous lui cédons le prix de la beauté. »
ANTmATPOr xi^Nior
Tàv àvaSuo(iévav àitb (xaTÉpoc dépTt 6aXàa<raç
KuTcptv, 'Aic&).Xe(ou (jloxOov opa ypatpCâo;, *Û; x^P^ (Tv(i.(jux4^a<ra Siàêpoxov uSaTt xpiitav
£xOii6ei voTEpcôv &9pàv ànà ic).oxà(i.(ii)v.
AOxai vvv épéovmv 'ABTQvotiY) te xai "Upri •
OvxsTt <rol (i.op9âc elç êptv èpxÔH^EOa (\),
(1) Antholog. Planud,, lib. IV, épig. 198. — Ausone a imité répigramme d'Antipater. Voici les vers du poêle lalin (épigr. 104) :
Emersam pelagi miper geuitalibus undis
Cyprin Apellei cerne laboris opes ; Ut complexa manii madidos salis œquore crines
Humidulis spumas stringit ntraque eomis.
Jam tibi nos, Cypri, Juno inquit et innuba Pallas,
Cedimus, et formoe prsemia deferimus.
LA KYPRIS ANADYOMENE 353
d'antipatër de sidon
« Cette Kypris, qui vient de s'élancer du sein « maternel des ondes, c'est Toeuvre du pinceau f d'Apelles. Regarde comme, ayant saisi de la t main sa chevelure ruisselante, elle pressure « l'écume qui mouille des vagues. Maintenant t Athéné et même Héra vont s'écrier : * Nous ne « voulons plus lutter avec toi pour le prix de « beauté. »
APxior
AOtàv èx itovTOio tiÔyivtqt^poç 'AtcbXXtîÇ
Tàv Kuitpiv Y^^jJLvàv sî6e Xox&uo{Jiévav, Kai TOiav êTVTrbxrs, Sià6poxov uSaxoç àçpco
0>.i6ou<rav 6a>.epatç x^p^iv êxi TrXoxa^ov (1).
d'arkhias
« Apelles vit Kypris nue, naissant du sein de t la mer nourricière, et il Ta représentée ainsi, t prenant de ses belles mains sa chevelure toute « imprégnée de l'écume de la mer blanchissante. »
AHMOKPITOr
KvTcpi; ÔTS aTttXàouaa x6(xaç aXi(jLupéo( &(ppoO
Fvfivi^ Trop(pup£ou xu(iaToç è^avsSv, OuT(i> TCOD xttTà X£vxà 7:ct^y\ia x&paiv êXoOaa
Bocrcpuxov, AlyaiiQv èÇeittiÇev àXa, Srépva (xovov çatvouda, Ta xai 6é(j.t; * el §s TOi^de
KeivYi, <Ti»YX6iffO<*> Ov|J.àç 'EvvaXtou (2).
0) Antholog. Planud., lib. IV, épigr. 179.
(2) Antholog. Planud. y lib. IV, épigr. 180.
DE DEMOKRITB
« Quand Kypris, la chevelure toute dégouttante € d'écume amère, sortît du flot qui brille d'écla- « tantes couleurs, ainsi elle souleva dans ses mains, < contre ses belles joues blanches, les boucles de « ses cheveux, et elle en exprima Tonde de la mer « iEgée, montrant seulement son sein, car il est « permis de le voir. Si le Dieu de la guerre Va." « perçoit ainsi, son âme sera troublée. »
lorAiANor AirrnTior
"A pu OaXaffaaiTi; Uatçiri icpoCxu^'e XoxeiTjç, Matav 'ATCeXXeÎYiv eOpapLévY) TCa).àjJLT)v,
'AXXà Taxoç ypaç iôwv àiroxaÇeo, (xy; at ôirjVTp 'Açpèç àTTOffxâÇwv 0Xi6o(j.évb>v TCXoxà(A(i>v.
El ToCrj TTOxè Kuirpiç èYV(i.vtoÔri 6ià (jl^Xov, Triv Tpoi7)v àôîxwç HaXXàç ilritaaTo (1).
DE JULIEN d'Egypte
« La Déesse de Paphos vient de naître de l'ac- « couchement de la mer, ayant trouvé la main « d'Apelles pour remplir les fonctions de sage- « femme. Rapidement éloigne-toi du tableau, de « peur d'être mouillé par l'écume qui ruisselle de « sa chevelure pressée. Si autrefois Kypris s'est « fait voir ainsi pour une pomme, injustement « Pallas a dévasté Troie. »
{i)Antholog. Planud,, lib. IV. épigr. i8i.
LA KYPRIS ANADYOMENE 355
Citons encore ces vers d'Ovide, réminiscence des charmantes épi grammes grecques :
Sic madidos siccat digitis Venus uda capillos , Et modo maternis tecla videlur aquis (i).
i Ainsi Vénus presse de ses doigts ses cheveux humides, encore couverte des eaux qui lui donnèrent la vie. »
Par les poètes nous connaissons la Kypris Anadyomène. Tenions maintenant de la retrouver dans les imitations que nous en ont laissées les sculpteurs et les graveurs de la décadence. On possède quelques statuettes qui passent pour des réductions de Y Aphrodite d'Apelles. La plupart sont très-petites et d'une fort mauvaise exécution. L'une d'elles a été placée au musée de Dijon.
La statuette de bronze gravée dans le Recueil des Antiquités du comte de Caylus ne nous satisfait point non plus. Elle nous semble un mauvais original ou du moins plutôt une interprétation
(1) Trisiium^ lib. U, vers 526. — Ovide parle souvent d'ailleurs de \eLKypri9 Anadyomène. Voyez De Arle (^mandiy 11b. III, vers 401 :
Si Venerem Cous nunquam pinxisset Apelles, Mersa sub œc[uoreis illa lateret aquis.
Et : De Ponto, lib. IV, Eleg. 1 :
Ut Venus artifîcis labor est et gloria Coi, -^quoreo jnadidas quae premit imbre comas.
qu*une imitation de la Kypris Anadyomène. La Déesse ne respire ni la grâce de sa nature , ni la majesté de sa divinité. Le corps ne se présente pas de face; il se contourne péniblement. Les bras et les jambes, d'une gracilité ascétique, feraient plutôt penser aux peintures des Mantegna, des Albert Durer et des Hemling qu'elles ne rappellent les œuvres si pleines de force et de santé de l'art grec. 11 n'y a ni vie ni chair dans cette figure grêle et voûtée. Les cheveux, dont les extrémités tombent à peine à la hauteur des épaules, sont infiniment trop courts. On dirait une fillette de quatorze ans dont les chairs peu nourries laissent voir des muscles d'éphèbe. Puis, signe de décadence, indice de maniérisme et de recherche, les feuilles d'une menue branche d'olivier s'étalent sur le ventre avec une ridicule affectation de pudeur.
Sur la même planche, se trouve la copie exacte d'une pierre verte, dont la fine gravure représente une femme nue tenant ses cheveux dans ses mains, que le comte de Caylus assure aussi être une imi tation de la Kypris Anadyomène. Cette figure nous paraît meilleure que le bronze décrit précédemment. Les bras plus robustes et plus gracieux en même temps, les chairs du corps plus mollement et plus largement modelées, les cheveux
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plus longs montrent une femme et non une enfant. Mais sa pose est encore plus disgracieuse que celle de la statuette. Le bras droit qui s'avance à droite soutenant la tête qui penche, le corps qui rentre et qui s'efface en s' arrondissant du côté gauche, les jambes, pareillement jetées à gauche, forment un arc tendu parfait. En attachant au coude l'une des extrémités de la cordelette cirée qui vibre . sous la main de l'archer, et en enroulant l'autre autour de l'orteil du pied droit on aurait une ligne verticale parfaite que ne désavouerait pas un géomètre.
Le savant archéologue Millin, conservateur des médailles, a fait graver dans ses Monumenls antiques inédits (1), une statuette de bronze qui nous paraît, comme à lui (2) et selon ses expressions, « le monument le plus beau, le plus considérable, le plus complet, représentant Vénus Anadyomène, que le temps nous ait conservé. » Voici selon Millin l'historique de la découverte : « Cette Vénus a été trouvée dans les fouilles que l'on a faites pendant l'été de l'an X (1802) dans le lit de la Saône, à Pontarlier. Les découvertes faites à cet endroit à
(i) Monuments antiques inédits ou nouvellemenl expliqués, par A.-L. Millin. Imprimerie impériale. 2 v. ia-4\ T. II, p. 28 et 29.
(2) Paliotde Moiilaberta la même opinion : Traité complet de la pcinturCy l. H, p. 47o. — - C'est cetlc figure que nous avons fait graver.
différentes époques attestent qu'il y eut autrefois une ville considérable. C'est une tradition du pays consignée dans des écrits du treizième siècle. On trouve à Pontarlier des fragments d'architecture, des chapiteaux entiers, des fûts de colonne et des médailles. Cette statuette fut achetée par M. Charles Lamarche, qui a bien voulu la laisser quelque temps chez moi, où j'ai eu le loisir de l'examiner. •
Millin pense que cette figurine, dont la facture est loin d'être irréprochable, fut sculptée vers le temps d'Antonin le Pieux, s' appuyant sur ce que les prunelles sont indiquées et que cet usage ne parut que vers le temps d'Hadrien. Celte preuve n^est point décisive, puisque dès le cinquième siècle, alors que Skopas et Praxitèles conservaient encore à leurs statues la majestueuse et si expressive cécité qui est l'apanage dés Dieux helléniques, Lysippe indiquait par le moyen de plaques de métal et de pierreries brillantes, les cornées, les pupilles et les iris des yeux d'Alexandre. A notre avis, c'est plutôt le faire médiocre de la figure que l'indication des prunelles qui doit porter son exécution à cette époque de décadence. Dans le cas où cette double conjecture serait vraie, le bronze découvert à Pontarlier aurait été fait quand la peinture d'Apelles ne subsistait plus, puisque l'humidité
LA KYPRIS ANADYOMENE 359
l'avait détériorée, pourrie et finalement détruite en entier avant le règne de Néron. C'est sans doute une répétition réduite d'une imitation exécutée au temps où le tableau d'Apelles existait encore. Elle mesure neuf pouces, neuf lignes.
Cette statuette représente une femme trèsgrande ; elle a près de huit têtes, comn^e les majestueux portraits de femme peints par Rubens. Sa haute taille, chose étonnante, ne lui enlève rien de sa grâce, ou pour employer le synonyme de grâce, — mot charmant pris à la langue si expressive du quinzième siècle, — de sa « vénusté» . Elle paraît vingt-cinq ans. Ce n*est point à cet âge que nous nous figurons Aphrodite naissant au monde ; mais Apelles a une excuse : son modèle Phryné, l'hétaïre d'Athènes, que cependant il a beaucoup rajeunie* Dans les mêmes principes de haute proportion, la tête est petite; pleine d'animation, elle est placée de trois quarts et elle s'incline imperceptiblement en avant, le regard porté à droite. Elle a la grâce, la naïveté, l'innocence et non la pudeur dont elle ne se doute pas encore. Ses yeux grands ouverts expriment l'étonnement, la curiosité, mais surtout le calme placide et la sereine insouciance d'une puissante Divinités. Toute en vie, sa bouche semble fré-
3C0 HISTOIRE d'aPELLES
mir ; on la croit voir se colorer de la pourpre la plus pure; et on serait tenté de dire de ses lèvres attirantes, selon l'expression du poète latin : ^œmulalabra rosis j lèvres émules des roses» . Bien rcnrîpli d'une chair vivante et massive dans sa grâce, le bras droit s'incline diagonalement et remonte en se repliant vers la tête ; la main presse mollement entre ses doigts la moitié de la chevelure ruisselante d'eau de mer. Le bras gauche tombe presque sur sa hanche; puis l'avantbras se relève, et la main vue de dos presse les boucles de l'autre portion des cheveux dont les mèches les plus longues couvrent l'épaule et descendent un peu plus bas que la gorge. Quoique très-formés, les seins sont petits et peu accentués. Là, nous voyons bien la recherche d'Apelles pour donner la jeunesse à son Aphrodite. Une des jambes tombe d aplomb, droite ; l'autre, dont le genou fait saillie, se replie en arrière, accusant une légère dépression dans sa partie inférieure. On retrouve sur tout le corps et particulièrement sur le ventre les mêmes ondulations carnéennes et marmoréennes, vivantes comme la chair et dures comme le marbre, qui se modèlent sur le torse de là Déesse de Milo.
Qu'on reconnaît bien cette Kypris Anadyo-
LA KYPRIS ANADYOMENE 361
mène {\) tant décrite et tant louangée par les poètes de l'anthologie ! Elle s'élance du sein maternel des ondes, — t«v àvaeTuo^svccv «TTÔ fz«ré/aoç 6«>.àQr-
(7«ç, — frémissante et couverte d'une écume blanche, — «yf>w fAOjo/;iû/3ou(7av eùXsx^. — De ses doigts elle exprime l'eau de sa chevelure. — 5x/)«tç x^P^^"* -iviffkiîzi xôfxav. — Dans ses yeux brille sereinement le désir, — o^pàTwv ya^uvèç sx^ûfiTTst Trdôoc, — • et ses seins juvéniles se gonflent en s' arrondissant en formes de pommes de coing, — «y/*^c âyyg^oc î(y<rwv£a. — Athéné et même Héra vont s'écrier : Nous ne te disputons plus le prix de la beauté. — Èpéoufftv
Par ces deux descriptions, on comprend tout de suite l'immense différence qui existe entre ces deux
(1) Disons cependant qu'on reconnaît la Kypris Anadyomènc au charme et à la grandeur de sa pose, à la perfection de ses formes, mais qu'on ne peut pas la reconnaître à Texpression divine de ses traits, aux ondulations vivantes de ses chairs. Ou a tout au plus dans cette statue la pensée d'Apelles; on n'a pas l'œuvre de son pinceau. Quelle distance sépare la figurine de bronze du tableau d'Apelles I Quelle distance sépare encore la gravure de la Qgurine de bronze I Certains archéologues ne veulent pas que ces statuettes soient des imitations de YAphrodifCy ils disent que ce sont des figures de Naïades. Rien ne l'affirme; et d'ailleurs, comme toutes ces Naïades, bronzes de la décadence, sont postérieures à ['Aphrodite d'Apelles, n a-l-on pas, en les sculptant, imité la pose de la divine Naïade, Kypris Auadyomène ?
chefs-d'œuvre détruits : Y Aphrodite de Praxitèles et V Aphrodite d'Apelles. Aphrodite telle que Ta sculptée Praxitèle est une femme ; Aphrodite telle que Ta peinte Apelles est une Déesse. La Kypris de Knide, c'est la courtisane Phryné réalisée qui sort du bain. Impudique et provocante dans sa fausse affectation de pudeur, cette figure allume dans plus d'un Grec le feu dévorant d'une passion inavouable (1). Elle semble se demander si des yeux curieux la regardent, A la fois confuse et fière, fâchée et contente d'être vue dans sa splendide nudité, on sent la rougeur s'étaler sur son front et sur ses joues, on voit un sourire plisser ses lèvres. Praxitèles, en sculptant la statue, n'eut point d'autres pensées que de copier exactement, en les embellissant encore, les formes parfaites de sa maîtresse. Il ne fit qu'un portrait en marbre. Cette œuvre que nous nommons complaisamment la Kypris de Praxitèles, il serait plus juste de l'appeler la Phryné au bain de Praxitèles, Comme conception, les Kypris au bain des Coustou, des Allegrain, des Falconet, égalent la Kypris de Praxitèles; comme conception, V Aphrodite d'Apelles égale les plus belles statues du divin Phi- Ci) Lucien, De AmoribuSi parag. 15 et suiv^
LA KYPRIS ANADYOMENE d«t
dias. Dans ce même modèle, où le sculpteur n'a* vait vu qu'une courtisane, le peintre vit une Divinité. Il fit plus ; il vit en elle le grand symbole des cosmologistes, admis par les physiciens. Kypris Anadyomène, c'est la Déesse de Tamour, c'est le principe immense de la force reproductive de la nature, c'est la toute-puissance qui crée et qui féconde. Comme l'eau est la source de tout, Aphrodite est la mère de tout.
Déesse de l'amour, l'hymne homérique la glorifie ainsi :
f C'est elle qui fait éclore les tendres désirs dans « le sein des Dieux, qui soumet à ses lois les mor* « tels, les oiseaux, légers habitants de l'air, tous « les monstres, et ceux de la terre, et ceux des « flots ; c'est elle, la douce Kypris couronnée de « fleurs, c'est elle qui courbe sous ses travaux « tout ce qui respire (1). »
Principe de production et de fécondité étemelle» le philosophe Lucrèce la chante et raconte son culte dans ces vers géants :
t Mère des Romains, charme des hommes et « des Dieux, 6 Vénus nourricière des humains, < du haut de la voûte étoilée^ tu fécondes les mers
(1) Hymnl Homerici, III, ek 'Aç poôkyjv, yers î à 6*
chargées de navires et les terres qui donnent les moissons. C'est par toi que les animaux de toute espèce sont conçus et qu'ils ouvrent les yeux à la lumière du soleil. A ton apparition, Déesse, les vents s'enfuient, chassant les nuages du ciel. La terre, qui agit avec art, t'ouvre ses fleurs les plus suaves; les eaux de l'Océan te sourient; le ciel, devenu serein, répand au loin sa splendeur. A peine le printemps a-t-il ramené les jours brillants, à peine le zéphyr a-t-il recouvré son haleine féconde que déjà les habitants de l'air te sentent, ô Déesse, et s'empressent, par leurs chants harmonieux, d'annoncer ton retour. Aussitôt les troupeaux enfermés bondissent dans leurs pâturages et traversent les fleuves rapides. Épris de tes charmes, saisis de tes attraits, tous les êtres vivants brûlent de fe suivre partout où tu les entraînes. Enfin dans les mers, sur les montagnes, au milieu des fleuves impétueux, des arbres touffus, demeures des oiseaux, des champs verdoyants inspirant l'amour charmeur» tu brûles la poitrine de tous, et tu animes toutes les espèces du désir de se perpétuer. Puisque « seule tu gouvernes la nature, et que sans toi « rien ne naîtrait à la lumière, que le plaisir et • la grâce n'existeraient pas , daigne , ô Déesse,
LA KYPRIS ANADYOMENE 365
« t' associer à mes vers et m'inspirer ce poëme sur f la nature (1). »
Cette invocation du plus immense poète latin n'affirme-t-elle pas Aphrodite supérieure à Zeus et à Athéné , les plus grandes Divinités qu'ait sculptées Phidias ?
Peut-être Apelles , précédant l'esprit de son temps déjà d'une philosophie très- avancée, ne créa-t-il pas un Zeus ou une Athéné, non par impuissance, mais par dédain. Peut-être s'écriait-il, peignant son Aphrodite : A tant d'autres ces splendides, mais trop hardies conceptions des premiers Hellènes; à tant d'autres ces personnifications de la raison, du courage, du génie; à tant d'autres ces types symboliques de la terre, de la mer, de l'hadès. J'adore la nature ; et le grand principe de la nature, c'est Aphrodite sortant de l'onde; •Aphrodite qui féconde et qui nourrit, qui rapproche les êtres de son souffle embrasant, qui agit sur toutes les créatures vivantes, qui agit môme à la surface de la terre, sur les arbres et sur les fleurs, et jusque dans ses entrailles inexplorées, sur les pierres et sur les métaux.
(1) Lucrèce, De Naturarervm^ lib. I.