CHAPITRE XVIII
Apelles séjourna quelque temps dans l'île de Rhodes, en compagnie de Protogènes. Pour le mettre en lumière, car, selon la coutume, Protogènes était méconnu par ses compatriotes, Apelles imagina d'acheter ses tableaux et de faire courir le bruit qu'il les achetait pour les vendre comme des œuvres de lui. Il demanda au Rhodien le prix qu'il vendait ses tableaux terminés. Celui-ci réclama une somme fort modique; Apelles surenchérit de beaucoup, le criant par toute la ville, et il en offrit cinquante talents (280,000 francs). Par cette ruse, les Rhodiens apprécièrent tout le talent de Protogènes, qu'ils avaient dédaigné jusqu'alors. Bientôt ils se disputèrent à des prix énormes des œuvres dont ils n'avaient pas voulu presque pour rien. Ils
allèrent même jusqu'à racheter à Apelles les tableaux qu'il avait payés cinquante talents et qu'il ne revendit qu'à l'offre d'un chiffre beaucoup plus élevé (1). Le railleur Falconet. a reproché à Pline de n'avoir pas dit qu'Apelles donna le surplus du prix à Protogènes. Mais on conçoit facilement qu'Apelles, qui avait risqué cinquante talents pour faire la réputation de Protogènes presque inconnu de lui, était un artiste et non un marchand, et qu'il ne chercha pas à spéculer sur le peintre de Kaune.
Le voisinage de l'acharné travailleur Protogënes devait exciter Apelles au travail. L'Ephésien, qui reprochait au Rhodien de peindre trop lentement, peignit rapidement quelques tableaux, pour lui prouver que la rapidité de Tcxécution ne nuisait en rien à la perfection de l'œuvre. De ces tableaux furent le portrait de Ménandre et un Ancée (2).
(1) Apelles in œmulis benignus Proiogcni dignaiionem primus Rhodi constituit. Sordebat ilie suis, ut plerumque domesiica, Percontantique quanti licitarefttr opéra affecta, parviim nescio quid dixerat; at (lie quinqaagenis talentis proposât; famamque dispersit, se emcre, ut pro suis venderet, Ea res conciiavU Rltodios ad intelligendum arlificam, nec nisi augentibus prelium cessit. Pline, lib. XXXV, cap. iO. — Cicéron s'est rappelé celle belle action d'Apelles dans son Iraiié De l'Amiîlé.
(2) (Mirantur ApeUis) Menandrum regem Cariœ Rhodii : Hem Ancœum, Pline, lib. XXV, cap. 10.
Ménandre, ancien chef de l'armée d'Alexandre, était alors satrape de Lydie (1 ). La Lydie était proche de l'île de Rhodes; le préfet y vint quand Apelles l'habitait et il lui commanda son portrait. Quant à VAncée, il est inipossible de rien affirmer à son sujet. Cependant il nous semble que c'était plutôt le portrait de quelque grand personnage de Rhbdeà que l'image de l'Argonaute tué par le sanglier de Kalydon (2).
Environ une olympiade (3) avant que Démétriu» Poliorcète ne vînt assiéger l'île de Rhodesi Apelles
(1) Pline dit : roi de Karie; mais on ne connail pas de roi de Karie portant ce nom. Celui qui \ivait au temps d'Alexandre se nommait Pixodaros. On doit donc penser que Pline aura écrit Cariœ pour Lydiœ,
(2) Le manuscrit de Bamberg porte Antœum pour Ancœum. CeUe différence de nom me porterait à croire que c'était un portrait et non une figure mythique. D'ailleurs, dans Ténumé* ration de Pline, il est placé avec des portraits et non avec des tableaux de divers genre; avec Ménandre, Habron, Alexandre, Gorgosihènes. On peut consulter pour les diverses interprétations de V Ancœum: Julius Sillig, Caialog. arlific^ au mot Apelles, et Nilzschii, Lcxicon mytholog., p. 191.
(3)^ Apelles quitta Rhodes à la un de la cent dix-sepiiéme olympiade ou au commencement de ia cent dix*hultièmo (310, 309 ou 308 av. J.-C.}. Démélrius n'assiégea Rhodes qu'en 30S (olymp. cxvni ou cxix). En 310, 309 et 308, années où Apelles séjourna en Egypte, cette nation était tranquille. Ptolémée n'avait pas encore entamé avec Antigonc Démétrius Poliorcète cette guérie si longue qui débuta en 307 par la victoire navale de Kypre et qui finit en 301 par la bataille d'Ipsus,
entreprit encore un autre voyage dans la mer de Krète et dans la mer Intérieure. Ce voyage faillit lui être fatal Apelles voulait sans doute visiter l'île de Krète, l'île aux cent villes selon la version homérique; puis, cinglant vers l'Est, voir l'île de Kypre et les principales cités des côtes de Phénicie, Byblos, Sidon, Tyr, que l'on reconstruisait. Tripolis, Aradus, Posidium et regagner Tlonie en longeant la Cilicie, la Lycie et la Karie. Mais les vents adverses s'élevèrent contre ces projets. Le navire, poussé par la tempête sur les rivages égyptiens, dut jeter l'ancre dans le port d'Alexandrie, soit pour s'abriter contre les rages de la mer, soit pour se ravitailler, soit encore attendant un vent favorable.
Au partage des conquêtes d'Alexandre, après la mort du conquérant, Ptolémée, un de ses meilleurs chefs, et son frère naturel, puisque, quoique reconnu fils de Lagus, son père était Philippe, avait reçu pour sa part le gouvernement de l'Egypte. Malgré Aridée et Alexandre le jeune, qui furent cependant reconnus rois d'Egypte, Ptolémée Lagus la garda ; il en était le véritable roi, bien que ne portant pas ce titre, qui ne lui fut conféré qu'en 305; année que ses monnaies qualifient orgueilleusement de la vingtième de son règne. Il tenta de
rendre Alexandrie la première ville du monde, comme puissance, comme richesse, et comme civilisation. Se souvenant qu'il a été capitaine d'Alexandre, avec des mercenaires mêlés à de vieux guerriers macédoniens, il forme une armée vaillante, disciplinée, redoutable; armée qui fera mentir à son surnom l'irrésistible Démétrius Poliorcète ; armée qui vaincra dans les plaines d'Issus les invincibles soldats d'Antigone. Il entretient d'immenses relations commerciales, non-seulement par la Grande mer et par la mer Intérieure avec toute la Grèce, mais encore avec l'Inde par le golfe Arabique; il crée la bibliothèque d'Alexandrie (1); il se forme une cour de savants, de poètes et d artistes.
Apelles avait toujours été dans la défaveur de Ptolémée durant les expéditions d'Alexandre. Il est des aversions qui ont des causes, comme il est des aversions qui n'en ont pas. Peut-être le peintre et le guerrier s'étaient-ils déplu spontanément? Peut-être Apelles avait-il irrité Antigène par quelque violente raillerie? Apelles, arrivant dans le port d'Alexandrie, devait donc rester prudemment
(1) Certains historiens présument que c'est seuUment du règne de Ptolémée II (Philadelphe) que l'on doit dater la fondation de la bibliothèque d'Alexandrie.
à bord, mais la curiosité l'emporta sur la prudence. Il voulut visiter cette ville qu'il avait probablement vu fonder, et qui depuis sa fondation s'était tant agrandie, tant embellie. Des ennemis, des envieux, cortège inévitable du talent, surtout du génie, le rencontrèrent par les rues de la ville ; ils le reconnurent, et sachant que le ressentiment de Ptolémée n'avait fait que s'accroître, ils subornèrent un bouffon de la cour qui, sur leur instigation, invita Apelles, de la part du roi son maître, à venir souper. Apelles, pensant noblement que la haine du général s'était effacée dans le roi, vint au souper sans défiance aucune. Ptolémée, irrité d'une pareille audace, lui ordonna tout en colère de lui désigner celui qui avait osé le convier. Apelles, sans être intimidé par la présence de ses ennemis qui, heureux du danger qu'il courait, souriaient méchamment, ramassa au foyer un morceau de charbon éteint et traça sur la muraille une figure d'une ressemblance telle que dès les premiers traits on reconnut le bouffon (1). Ptolémée
(i) Non faerat (Apelles) ei gratia in comilalu Alesandri cum PiolemœOy qno régnante^ Alexandriam vi îempestatis expulsis^ subornato fraude œmulorum piano legio^ invitatus ad régis cœnam venit : indignanlique Plolemœo et vocatores sues oslendenti, ui diceret a quo eorum invitatus esset, arrepto carbone extincto e focnlOj imaginent in pariete deiineavif^ agnoscente vuUum
aussi ému de la méchante plaisanterie dont Apelles avait failli être victime, qu'enthousiasmé de son talent, lui pardonna et le pria de rester qudque temps à la cour d'Égyple. Apelles, qui se fixait si facilement partout, accepta cette ofTrc. La cour de Plolémée lui rappelait la cour d'Alexandre, qu'il regrettait peut-être. Indépendamment d'autres œuvres dont le souvehir même s'est dissipé, Apelles peignit à Alexandrie le portrait de l'acteur tragique Gorgosthènes (1).
Mais Apelles ne devait point décidément trouver le repos en Egypte'. Ptolémée aimait et protégeait Antiphile, qui, en sa double qualité d'artiste et d'Égyptien, devait êt|£^ estimé par Un roi d'Egypte faisant cas des arts. Le peintre dans Antiphile méritait d'ailleurs les bonnes grâces de Ptolémée. Élève de Ktésidèmo (2), il était doué d'une prodigieuse facilité (3) , qu'attestent ses nom-
p^ani rege ex incohalo prolinus. Pline, lib. XXXV, cap. 10. — Tzclzès rappelle aussi cette aventure : Chilîades^ Vltï, hîst. i97.
(1) {MiranUir Apellis) Alexandriœ tragedum Gorgdslhenem. Pline, lib. XXXV, cap. 40.
(2) Nous ne savons rien de ce Ktcsidême, si ce n*est qu*il peignit le Siège d\^chalie et une Laodamie. « Clesidemus innotuil /Echallœ expugnaiione et Utodamia. » Pline, lib. XXXV, Cap. 10.
{3}Facililaie Ant^philusestprœsianlissimis Quînlil.,lib. XVI, cap. 10.
breux ouvrages dont nous connaissons seulement un Hippolyte saisi d'effroi à la vue du taureau envoyé contre lui^ un portrait du roi d'Egypte chassant (sans nul doute Ptolémée) , une Hésione trèsremarquable, Alexandre et Philippe avec Alhéné^ ouvrages qui furent transportés à Rome et placés dans l'école publique faisant partie des portiques, construits par Auguste et consacrés, de sa sœur Octavie (1), un Dionysos^ un Alexandre enfant, un Kadmus et une Europe (2), et les Tisseuses de laine. Selon Pline, les contemporains d'Antiphile estimaient surtout de lui un très-^beau Salyre couvert d'une peau de panthère, et le fameux Enfant soufflant le feu (3). Dans cette composition, AntiphiJe s'était souvenu de l'effet de lumière de YAleooandre Tonnant d' Apelles. Le fond du tableau était sombre, et les flammes du feu, se reflétant sur le visage de l'enfant et dans toute la pièce, les éclairaient d une lueur rouge.
(4) Nam et Hesionam nobilem pinxit, et Alexanàrum ac Philippum cum Minerva^ qui sunt in schola in Odaviœ porticibwf. Pline, lib. XXXV, cap. 40.
(2) Pline, lib. XXXV, cap. 10.
(3) Anliphilus puero ignem confiante laudatus, ac pulchra aliàs dvmo splendescenie, ipsiusque pueri ore : item lanifido, in quo properant omnium mulierum pensa • Ptolemœo venante : sed et nobilissimo Satyro^ cum pelle pantherinœ, quem Aposcopeuon (de àuoffxoTteùwv) appellont. Pline, lib. XXXV, cap. 10.
Antiphile se délassait de ses grands tableaux par des œuvres moins sérieuses, que nous pourrions appeler de la peinture de genre. Il alla même jusqu'à faire des caricatures. On le considère comme l'inventeur du genre de peinture comique que les anciens appelaient grylles^ parce que, sans doute inspiré par le nom (ypUoç, cochon), il avait imaginé de faire la caricature d'un certain Gryllos (1) , — peut-être le célèbre guerrier, fils aîné de Xénophon, qui fut tué en 362, à Mantinée, après avoir, d'après quelques auteurs, donné le coup mortel à Épaminondas, — en lui donnant une tête de porc. Cette fantaisie grotesque plut aux Grecs, et l'on sait combien fourmillent à Pompéi et à Herculanum des grylles représentant des héros dont les épaules humaines soutiennent des têtes d'animaux.
D'un naturel envieux, Antiphile, voyant que le génie d'Apelles portait ombre à son talent, et que Ptolémée le préférait à lui, conçut contre l'Éphéslen une haine jalouse. Il résolut donc de se
(1) Idemjocoso nomine Gryllum ridiculi habitus pinxii, unde hocgenuspicturœvocanturGrylli, Pline, lib. XXXV. — Consulter sur les diverses interprétations et les diverses conjectures qu*on peut faire sur l'origine des Grylles les savantes et lumineuses pages de M. Champfleury : Histoire de la Caricature antique, chap. 9.
débarrasser d'Apelles en même temps que de se venger de lui. 11 Taccusa auprès de Ptôlémée d'avoir pris part à une conspiration tramée contre sa puissance. Lucien, qui nous a laissé cette histoire, prétend qu'il s'agissait de la conspiration ourdie h Tyr par Thcodotas. Ce ne peut être, puisque cette conspiration, qui eut pour objet la révolte de Tyr et la prise de Ptolémaïs, — et non dePéluse, comme le dit Lucien, — arriva 60US le règne de Ptoléméc IV, surnommé Philbpator, fils d'Evergèie, environ cent ans après la mort d'Alexandre (1). Suivant à .la lettre le récit de Lucien, des commentateurs ont cru t\ l'existence d'un second Apelles, peintre de la Calomnie. Alors, il faudrait aussi un deuxième Antiphile, car, quoi qu'en dise Falconet, s'appuyant sur Pline, qui place d'abord Antiphile, peintre de grande peinture, dans la première section, et ensuite Antiphile, peintre de genre, inventeur des grylles, dans la seconde section, il n'y eut qu'un, seul Antiphile; et c'est cet Antiphile que l'érudit Julius Sillig (2), qui fait autorité en pareille matière, place au temps d' Apelles et d'Alexandre, vers la cent douzième- olympiade. Nous croyons
(1) rol^bc, lib. V.
(2) Catalog. arlifwum, au mot Antiphile, cl tab. II.
donc qu il s'agit d'une conspiration étouffée ou inconnue , comme on en ourdissait tant à ces époques de guerre intestine et de troubles continuels.
t Ptolémée, continue Lucien après avoir raconté l'accusation d'Antiphile, liomnie d'une pénétration peu clairvoyante et nourri dans la flatterie des cours, se laisse emporter et troubler par cette calomnie absurde; et sans réfléchir à son invraisemblance, sans faire attention que son accusateur est un rival, qu'un peintre est trop peu de chose pour entrer dans une telle conspiration, surtout un peintre comblé de ses bienfaits, honoré par lui plus que tous ses confrères, Ptolémée, dis-je, s'abandonne à la fureur ; il emplit son palais de ses malédictions ; il traite Apelles d'ingrat, de conspirateur, de traître. Peut-être même, si l'un des conjurés arrêtés pour cette révolte , indigné de l'impudence d'Antiphile et touché de compassion pour le malheureux Apelles, n'eût déclaré que celui-ci n'avait pris aucune part à leur complot, peut-être ce grand peintre eût-il eil la tête tranchée. Ptolémée reconnut son erreur, et il en éprouva, dit-on, un si vif regret, qu'il donna cent talents à Apelles et qu'il lui livra Antiphile pour qu'il fît de lui son esclave. Apelles, l'imagination pleine du danger qu'il avait
couru, se vengea de cette calomnie par le tableau que je vais décrire (1). »
En effet, Lucien décrit ce tableau, et si bien,^ que d'après sa description, deux grands peintres, Hans Holbein et Nicolas Poussin, ont fait chacun une imitation de la Calomnie d'Apelles. Le tableau d' Holbein se trouve à Basle; on voit celui du Poussin à Venise, au palais Manfrini, Je laisse donc encore la parole à celui que son esprit sarcastique et son rire éternel ont fait si justement surnommer le Voltaire grec.
« A droite est assis un homme qui porte de longues oreilles, dans le genre de celles du roi Midas; il tend de loin la main à la Calomnie qui s'avance. Près de lui se tiennent deux femmes, l'Ignorance sans doute et la Suspicion. De l'autre côté , on voit la Calomnie approcher sous la forme d'une femme divinement belle, la figure enflammée, émue, et comme transportée de colère et de rage. Sa main gauche brandit une torche ardente, et de l'autre main elle traîne par les cheveux un éphèbe qui, les bras élevés vers le ciel, semble invoquer le témoignage des dieux. Il est conduit par un homme livide , hideux , au regard perçant, qu'on dirait amaigri par une longue
(1) Lucien, De Delat,, p. 2 et suiv.
maladie : c'est l'envieux personnifié. Deux autres femmes accompagnent la Calomnie ; elles l'encouragent ; elles arrangent ses vêtements ; elles soignent sa parure. L'interprète qui m'a initié aux allégories de cette peinture, m'a dit que l'une est la Fourberie et l'autre la Perfidie, Derrière elles marche une femme qui paraît désolée ;- elle est vêtue d'une robe noire et déchirée : c'est le Repentir qui détourne la tête, verse des larmes et regarde avec une grande confusion la Vérité venant à sa rencontre. Ainsi, à l'aide de son pinceau, Apelles représenta le danger auquel il avait échappé (1). » Il est à croire qu' Apelles ne fit ce tableau que quand il fut absolument hors de danger : lorsqu'il eut quitté Ptolémée, dont il devait craindre les colères imprévues et les revirements adverses. Le roi eût été fort peu flatté sans doute de se voir figuré avec des oreilles immenses ; et bien qu' Apelles eût pu lui dire, pour excuser son allégorie, que l'homme à grandes oreilles personnifiait le public et qu'il ne représentait pas le roi, l'irritable Ptolémée eût détruit le tableau et fait disparaître le peintre. Ainsi la Calomnie fut, non une commande de Ptolémée, mais bien un adieu à la cour d'Egypte. Et, en symbolisant le public
(1) Lucien, De Delat,^ p. 5.
trop crédule, Apelles ne put s'empêcher de lui donner quelques traits du trop crédule Ptolémée. Malgré la complication de sa composition, et à cause même de cette complication, cette œuvre ne nous séduit pas. Nous lui préférons la magistrale simplicité de la Kypris Anadyomène et de la Kliaris de Smyrne* Dans la Calomnie éclate trop effrontément le seul défaut qui soit à reprocher justement à Apelles : un amour démesuré de Tallégorie. C'est bien à regret que je persiste à nier l'existence d'un second Apelles, car je déchargerais volontiers le grand Apelles d'une telle conception quand il avait celles d'Homère et d'Hésiode à exprimer. Mais on y voit s'agglomérer ces tendances sytnboliques qu'on a toujours remarquées chez Apelles, et dans ses tableaux et dans ses portraits. Cependant hâtons-nous d'atténuer les critiques trop violentes de cette œuvre. Que de toiles de maîtres du pinceau dont la composition décrite minutieusement par un maître de la plume provoquerait le sourire et la raillerie, et qui interdisent d'admiration par la grâce et la vérité des contours, le relief des draperies, la fermeté vivante des modelés, la profondeur de la perspective, l'éclat des couleurs, enfin par toutes les magies et par tous les mirages de la palette I