LA SECONDE KYPRIS ANADYOMENE
montoire de l'île) (1) ; mais ils n'en trouvèrent point un seul (2). Tous refusèrent, guidés soit par la crainte de ne pouvoir copier une pareille œuvre, soit par le respect que leur inspiraient les derniers coups de pinceau d'Apelles mourant. C'était le plus grand hommage qu'ils pouvaient rendre à Apelles. Il en fut ainsi de la première A^phrodite (3), achetée cent talents (582,000 fr.) aux habitants de Kos par Auguste (4) , qui continuait la noble
(i) Strabon, lib. XIV.
(2) JV(Jc qui succederet operi'{Veneri Cois] ad prœscripta Hneamentat inventui esU Pline, lib. XXXV, cap. 10. Nemo picior est invenluSj qui Veneris eam partent, quam Apelles incohaiam reliquisset^ ubsolverel; oris cnim pulchritudo reUqui corporis mi" tandi spem àuferebat. Gicéron, De Oflîcns, lib. III.
(3) De laquelle des deux Aphrodite parle l'un des personnages du Salyricon : In pinacothecam pa^veni raro génère lahularum mirabilem ; nam et Zeua;idos manus vidi nondum vctustads
injuria vicias, et Protogenis rudimeiUa Jam vero Apellis,
quam Grœci Monocnemon appellant eliam adoravi. — « J'arrivai dans la pinacothèque, remarquable par une grande variélé de peintures. J'y vis les mains de Zeuxis encore invaincues par Toffense des temps. J'y vis les esquisses de Protogènes. J'y adorai aussi l'œuvre d'Apelles que les Grecs appellent le Monocnemon (qui a une seule jambe). » Pétrone, Salyricon, — (Le texte porte Monocnemon. Scaliger Fa admis; mais Gonzalesius l'a torturé et l'a remplacé à tort par Monochromon (d'un seul ton). Évidemment Pétrone parle d'une des Kypris Anadyomène qu'on appelait sans doute ainsi : la première parce qu'une de ses jambes avait été entièrement détruite par l'humidité, la seconde, parce qu'Apelles ne Uavait pas achevée.
(4) Venercm exeuntera e mari Divus Avgusius dicavit in de-
tâche du premier des douze Césars : protéger les artistes vivants, acquérir par tous les efforts de ruse et d'argent les œuvres des artistes morts. Elle fut placée dans le temple de Jules César, qui, on le sait, prétendait descendre de Vénus. Bientôt la partie inférieure du tableau s'altéra et se gâta. Encore une fois , aucun peintre ne voulut profaner l'œuvre d'Apelles en y portant un pinceau médiocre. Seulement, sous le règne de Néron, comme le bois continuait à se pourrir et que les couleurs se mangeaient de jour en jour davantage, l'empereur en fit faire une copie parle peintre Dorothée (1).
lubro patris Cœsaris, quœ Anadyomene vocalwr, Pline, lib.
XXXV, cap. ^0. — *a<xi6èT0Ïç Kcpotc àvxl x^ç Ypa?TÎÇ ixaràv xa- >àvT(i>v dtçeatv Yevéa6ai toO irpoaTayÔévToç çopov». Slrabon, lib. XIV.
(2) Hujus {Veneris) inferiorem partem corruptam qui reficerel non potuit reperiri (imperalor) : rerum ipsa injuria ceasit in glofiam arîificiSt consenuit hœc tabula carie: aliamque pro ea Nero principatu sub8tituit,Dorotheimanu. Pline, lib. XXXV, cap. iO.