‹ Histoire d'ApellesChapitre 8 sur 37 · SES TABLEAUX A LA COUR DE PHILIPPE · texte numérisé non relu

SES TABLEAUX A LA COUR DE PHILIPPE

tude d'une vieille femme que l'éclat radieux d'une jeune fille.

A premier examen, ce Héros mi ne semble pas appartenir à la période réaliste du talent d'Apelles. Un héros, au sens antique, signifie un hommo des temps héroïques, presque un demi-dieu. Tous • les hommes antérieurs au siège d'Ilion sont des héros. Homère, en décrivant les exploits du fils de Tydée, dit expressément qu'il lance une pierre, « masse énorme que deux hommes d'aujourd'hui ne pourraient seulement pas soulever. » Suivant Homère, Apelles n'aurait donc pu trouver parmi les soldats macédoniens un homme assez beau, assez fort pour lui figurer un héros. Le peintre devait idéaliser ce soldat pour faire de lui un héros. Si l'on veut peindre un héros fort, on doit penser à l'idéal de la force humaine comme l'Hercule -Farnèse, et non copier exactement quelque soldat musculeux et colossal; si l'on veut peindre un héros beau, on doit penser l'idéal de la beauté humaine comme TApollon-du Belvédère, et non copier quelque éphèbe aux formes relativement belles. Et cependant, si, comme le dit Pline, « cette peinture défia la nature » il faut que le peintre ait copié exactement son modèle.' Une figure de Raphaël ou de Léonard, personnification du Beau,,ne défie

pas la nature autant qu'une figure de Holbein, personnification du Vrai,

Nous devons donc penser que Pline aura écrit sans distinction de sens héros pour guerrier ; : — dans la statuaire on a toujours distingué difficilement un héros d'un guerrier ; — sans cela, nous ne nous expliquons pas la phrase : « Naturam ip^ sam provocavit. »

Disons encore que le manuscrit de Saint-Pétersbourg porte, au lieu de Heroa nudum : Hero et Leandrum ; simple altération de texte par un copiste du moyen âge» Ce sujet de Héro et Léandre n'existe dans aucune des œuvres de l'antiquité, tandis que bien des héros nus sont dans les musées à côté des Hermès, des statues de Zeus, de Dionysos, d'Athéné, et des bustes de sages.

A propos de ce tableau, Etienne Falconnet, tout à la fois sculpteur et archéologue, fait, dans les commentaires de sa traduction de Pline, un crime au vieux naturaliste de qualifier un héros de l'adjectif nu après avoir dit « que la coutume des Grecs est de ne rien voiler. » Ceci est une querelle de savant, c'est-à-dire une querelle d'Allemand, — allemand n'est-il pas synonyme de savant? — qui n'a aucun fondement historique. Pline dit que, quand les Grecs représentaient une figure nue, ils ne la voi-

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