‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 18 sur 30 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ÈRE CHRÉTIENNE

Les héros et les capitaines ne manquent jamais dans un pays comme la France.

SOMMAIRE. — Siège et prise de Calais par les Anglais. — Armistice.

— Peste noire. — Création des gabelles. — Deuxième mariage de Philippe. — Sa mort. — Règne de Jean de Valois. — Bataille de Poitiers. — Le roi prisonnier. — Origine du nom Jacques Bonhomme.

— Création des grandes compagnies. — Retour du roi Jean. — Guerre et paix avec l'Angleterre. — Mort du roi Jean. — Règne de Charles v.

— Sa mort. — Régence. — Guerre civile. — Règne de Charles vi.

— Préparatifs de guerre contre l'Angleterre. — Duel entre Lcgris et Carrouges. — Assassinat du connétable de Clisson, — Insanie du roi.

— Assassinai du duc d'Orléans. — Les Armagnacs et les Bourguignons.

— Anarchie en France. — La tour de Nesle. — Le roi d'Angleterre en Normandie. — Siège de Rouen. — La Normandie passe sous la domination anglaise. — Belle défense du Mont-Saint-Michel. — Mort de Charles vi. — Règne de Charles vu. — Guerre avec les Anglais.

— La Pucelle d'Orléans. — Bataille de Formigni. — Guerre civile en Angleterre. — Confiscation du duché d'Alençon. — Mort de Charles vu.

Edouard s'occupe à profiter des avantages de sa victoire; Philippe s'occupe à prévenir les conséquences; le premier assiège Calais; ce siège dura onze mois. La famine contraignit les assiégés à se rendre , le 31 août 1347. Les Anglais en demeurèrent en possession jusqu'en 1358. Les armes anglaises étaien.

victorieuses, non-seulement en France , mais en Bretagne et en Ecosse. La reine d'Angleterre elle-même, Philippa, secondée de lord Percy , gagna la sanglante bataille de Nevil's Cross , ût prisonnier David Bruce , qui fut enfermé à la tour de Londres. Un armistice fut encore une fois conclu entre les rois de France et d'Angleterre ; les deux monarques en avaient besoin pour réparer leurs pertes ; d'ailleurs un fléau terrible affligeait en môme tempsla triste humanité: on l'appelait la peste noire. Tout fait présumer que c'était le choléra de nos jours. Comme cette dernière maladie, la peste noire avait commencé au Cathay (nord de la Chine) , avait désolé l'Asie et l'Afrique, dépeuplé l'Europe , et pénétré jusqu'aux extrémités du pôle. Les ravages étaient d'autant plus multipliés qu'à cette époque il n'y avait pas d'hygiène connue ou observée. Grossière débauche , i.ulle retenue; l'art de tisser le chanvre et d'en faire du linge, inconnu. Partout ignorance, superstition, barbarie. La multitude se ruait sur les Juifs, les Lombards, les droguistes et épiciers; puis, faisant force neu vaines, donnant leurs biens aux églises et monastères , baisant les reliques, et retournant assommer les malheureux qui, selon elle, avaient empoisonné l'air, ou lui avaient jeté un sort, suivant les écrivains du temps. Ce fléau avait été précédé de tremblements de terre qui engloutirent des villes; il commença au Cathay par une vapeur noire et horriblement fétide qui s'exhalait de la terre; l'air était infecté, les animaux et les oiseaux périssaient de la contagion. Arrivée en France, la plupart des laboureurs ayant succombés, les terres demeurèrent incultes. La famine acheva ce que la guerre, la peste et les fureurs populaires avaient commencé. Dans les deux seules années de 1347 et 1348, la France yit périr la moitié de ses habitants.

L'argent manquait; on pressura les Gnanciers. Pierre ï)c-

sessarts, trésorier du roi, fut condamné a cinquante mille florins d'or. On multiplia les tailles, on créa la gabelle. C'est à cette occasion que le roi d'Angleterre disait » avec ironie, que Philippe de Valois était auteur de la loi salique, parce qu'il se rendait maître du sel de son royaume.

1349. Philippe, devenu veuf de la reine Jeanne, épousa Blanche de Navarre, qu'il avait fait venir pour la marier au prince Jean , son fils, et qu'il préféra garder pour lui-même. Le dauphin Humbert, dégoûté du monde pour avoir causé la mort de son fils, qu'il laissa tomber d'une croisée, se fit jacobin et lui donna le Dauphiné, moyennant quarante mille écus de rente, et sous la condition que l'aîné des enfants de France porterait, à l'avenir, les armes et le litre de dauphin.

Au milieu des fêtes qui célébrèrent son retour, Edouard créa l'ordre de chevalerie dit de la Jarretière , dont l'origine , si elle est vraie, peint cette époque de galanterie et de vaillance. Une jarretière, perdue par la belle comtesse de Salisbury, fut ramassée par le roi , qui s'en empara le premier, en prononçant ces paroles, restées la devise de l'ordre : honni soit qui mal y pense.

Au mois de juin 1550, les trêves furent prolongées pour trois ans entre les rois de France et d'Angleterre.

Deux mois après , Philippe tomba malade à Nogent-leKoi. Selon Mezeray, «a maladie pouvait être attribuée aux fatigues d'un nouveau mariage , souvent mortelles aux vieillards qui prennent femme jeune et belle. Le roi de France décéda , le 22 août 1350. Son corps fut inhuméâ Saint-Denis et son cœur fut porté dans l'église des Chartreux de Bourg-Fontaine, en Valois.

De son premier mariage il eut deux fils, Jean et Philippe, une fille nommé Marie ; du second, il eut une fil le posthume.

Philippe emporta, dans la tombe, la haine du peuple et lt mépris des grands.

4330-1354. Après avoir assisté aux funérailles de son père, le prince Jean , fils ainé de Philippe de Valois et duc de Normandie, fut, avec son épouse Jeanne de Boulogne, recevoir, à Rheims, l'onction sacrée. Cette cérémonie se fit le 26 septembre 1 50 ; il était alors âgé de quarante ans. Il fit son entrée dans Paris, le 7 octobre suivant, tint son lit de justice en parlement. Il manifesta l'intention de gouverner avec ordre; mais il ne fut ni plus sage ni plus habile que son père; de là des malheurs qui ne finirent qu'avec lui.

Le commencement de son règne fut taché de snng. Le connétable Raoul de Brienne, prisonnier de guerre chez les Anglais , vint en France pour négocier sa délivrance et celle de ses compagnons d'infortune. On insinua au roi qu'il agissait en faveur de l'Angleterre; il le fit arrêter, le i6 novembre 1350, et décapiter le 19, sans aucune forme de procès. 11 donna ses dépouilles aux complices de sa cruauté. Charles, dit de Lacerda, eut l'épée de connétable, et Jean d'Artois eut le comté d'Eu.

Cet horrible abus du pouvoir alarma les grands et ne fut pas une des moindres causes qui occasionnèrent les soulèvements et les malheurs qui fondirent sur le roi Jean.

Les seigneurs choisirent pour chef Charles de Navarre, fils aîné de Philippe, comtedEvreux.il demanda au roi, justice du favori qui, par un crime, avait hérité de la charge de connétable. Jean refusa, et, sur son refus, il fit assassiner Lacerda, qui était oncle delà comtesse d'Alençon. Ce crime fut commis à Laigle, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1353. De Lacerda avait épousé Marguerite de Blois, dame de Laigle, et il se rendait sans escorte dans cette ville , pour y passer quelques jours. Charles prétendit qu'il agissait pour forcer le roi à gouverner suivant la loi et l'équité.

Charles, qui fut surnommé le Mauvais, avait attiré dans son

parti l'héritier du trône; Jean regagna son fils et se servit de la liaison des deux princes pour attirer son ennemi dans un piège où il donna.

1354. Jean, en ceignant le diadème, avait réuni son appanage de Normandie a la couronne. Trois ans après il le donna à Charles, son fils. A l'issue de la fêle et du festin pour la réception du nouveau duc, Jean arrive, fait arrêter les seigneurs qui lui portaient ombrage, et décapiter, en sa présece, Jean d'Harcourtet trois autres gentilshommes normands, sans autre forme que sa volonté. Quant au prince Charles de Navarre, il resta prisonnier.

Philippe, frère du roi de Navarre, et d'autres seigneurs, prennent les armes et appellent Edouard d'Angleterre à leur secours. Ce souverain leur envoie le comte Derby et Je duc de Lancastre avec une division de quatre mille hommes. Le roi Jean vint en personne leur donner la chasse jusqu'à Laigle. Les ayant dispersés dans les bois, il mit le siège devant Breteuil. Cette petite bicoque, dit Mézeray, l'arrêta sept semaines.

Dans ces malheureux temps, les villes se fortifiaient pour arrêter de grandes armées. Les villages mêmes s'entouraient de murailles contre les courses des pillards et des châtelains dont le luxe effréné les portait à rançonner leurs sujets et à ravir insolemment tout le bien du paysan que, par dérision, ils nommaient Jacques Bonhomme. Etant à Chartres, d'où il se préparait à descendre en Normandie, il apprend que le prince de Galles, avec douze mille hommes, ravage le Quercy, l'Auvergne, le Limousin et le Berry. Le roi Jean se met à sa poursuite, l'atteint à Maupertuis près de Poitiers. L'Anglais n'a plus que huit mille hommes ; il propose de capituler; Jean refuse et l'attaque sans avoir tenu conseil pour régler son ordre de bataille , et avec tant d'imprudence et de précipitation qu'il se

— oao —

fît battre: îni-môme fut fait prisonnier. La bannière de France était à terre dans les bras de Cbarny expirant. Plus de six mille Français restèrent sur le champ de bataille.

i 357. Lejeune vainqueur usa modestement de la victoire, prit soin des blessés, eut les plus grands égards pour son prisonnier; il le conduisit promplement à Bordeaux et ensuite à Londres. Le roi d'Angleterre ne profila pas de son avantage et consentit à une trêve.

Charles de Navarre se sauve de la prison du Louvre, vient à Rouen où il fait célébrer un service funèbre aux quatre seigneurs décapités par ordre du roi Jean , harangue le peuple sur la place, rappelle la froide cruauté du roi captif, entraîne la multitude et la dispose à la vengeance. C'était la première fois que l'éloquence politique se déployait ainsi au milieu de la nation et plaidait à son tribunal. S'il n'eût pas été sanguinaire luimême, il eût pu s'asseoir sur le trône que l'indifférence de la France pour son roi laissait au plus digne.

Le roi n'ayant prit aucune mesure avant son départ , tout se trouvait en confusion. Le dauphin, qui avait échappé à la bataille de Poiliers, prit la qualité de lieutenant-général du royaume. Il convoqua les états généraux pour pourvoir au gouvernement de l'état et a la délivrance du roi. Le prince ne domina pas dans cette assemblée, et, malgré lui, on fit le procès aux ministres de son père pour leurs vexations publiqnes , leurs violences particulières et le mauvais choix de leurs agents. C'était la deuxième fois que les états étaient assemblés depuis l'établissement de la monarchie française. A cette deuxième représentation , mieux informés de leurs droits et de leur puissance., ils osèrent tenir un langage digne de la France. Us établirent , en principe, qu'aucun impôt ne pourrait être établi sans le concours de la nation dont ils étaient les représentants, et, confondant le

pouvoir exécutif avec la puissance législative, ils nommèrent jusqu'aux agents chargés de répartir el percevoir l'impôt dont ils surveillaient l'emploi.

Le dauphin parvint à se faire nommer régent , a condition qu'il ne ferait rien d'important sans l'avis de son conseil, composé de trente-six personnes désignées. Il obtint difficilement l'argent dont il avait besoin et fut contraint de renvoyer le chancelier de La Foret et le premier président de Bucé. Pour se procurer de l'argent il voulut altérer les monnaies; mais les Parisiens, dirigés par Lecoq, évéque de Laon, et Marcel, prévôt de Paris, se révolté* rent. Furieux, ils coururent jusqu'au palais du dauphin, massacrèrent , au pied de son lit , Robert de Clcrmont , maréchal de Normandie, et Jean de Conflans, maréchal de Champagne. Leur sang rejaillit sur les vêtements du prince. Il témoigna quelque frayeur. Marcel lui dit que l'on n'en voulait pas à sa personne, et lui jeta un chaperon rouge et bleu, livrée de la ligue triomphante qui le mettait â môme d'échapper à la vengeance du peuple.

Charles de Navarre vient à Paris, harangue le peuple et l'enchante. Le dauphin veut haranguer à son tour : il s'expose à des huées. Force lui fut de réhabiliter la mémoire desquatres seigneurs décolés par ordre de son père. Réduit à dissimuler, il promit et accorda tout ce qu'on voulut.

1558. Des bandes échappées au désastre de Poitiers faisaient la guerre pour leur compte. Ces bandes , connues sous le nom de Grandes Compagnies, Malandrins , Tardvenus , Routiers , etc., portent le ravage dans plusieurs provinces. Long-temps après Duguesclin en délivra la France en les conduisant en Espagne. La Normandie devient le théâtre des courses de Geoffroy d'Harcourt qui , réuni à quelques bandes anglaises , fut vaincu et trouva la mort près Saint-Sauvcur-lc- Vicomte, dont il était châtelain.

L'anarchie qui régnait dans la capitale s'étendit aux campagnes. Les paysans, à leur tour, méprisèrent cette noblesse qui les avait si long-temps opprimés et ne s'était pas distinguée à la bataille de Poitiers. Il lui retournèrent l'épithète de Jacques Bonhomme dont elle les avait décorés, et la guerre civile de la Jacquerie éclata avecfureur. Les paysans du Beauvoisis, dans une assemblée publique, délibérèrent le massacre général des seigneurs, et cette délibération adoptée reçut son exécution. La première victime fut le seigneur du lieu. Ils l'assiègent, violent à ses yeux sa femme et sa fille, pillent et brûlent son château. Le gentilhomme voisin fut mis à la broche et sa femme fut forcée de

manger de sa chair. L'atrocité de ces vengeances prouve combien leur désespoir était extrême. Ils furent poursuivis et défaits; mais le désir de la vengeance se cacha dans les replis de leur cœur.

Le dauphin avait quitté Paris. Chai les-le-Mau vais en fut chassé après y avoir commis mille excès. Le régent tint les états généraux à Compiègne. On lui accorda des troupes et de l'argent. Il assemble trente mille hommes et trois mille lances et vient investir Paris, que le prévôt Marcel voulait livrer aux Anglais. Pour se soustraire à la vengeance du prince, ce dernier se rend maître de la ville, et Marcel fut tué par Simon Maillard, Pépin Desessarts et Jean de Charny, au moment où il allait vers la Bastille pour traiter avec les ennemis. Charlesle-Mauvais vint tout-à-coup offrir la paix au dauphin qui, pressé par les circonstances, l'accepta.

Le roi Jean , ennuyé de sa captivité, pour en sortir consentit la cession aux Anglais, en toute souveraineté, de la Normandie, la Saintonge, le Poitou, la Guyenne, le Maine, l'Anjou, la Tourraine, le Pays-d'Aunis, le Périgord, le Limousin , le Poulhieu. le Boulonnais, et quatre millions d'écus d'or.

1559. Les états et le dauphin lui-môme refusèrent de ratifier de si lâches promesses. Edouard , irrité de ce refus , assemble une flotte de onze cents vaisseaux et cent mille combattants. Il débarque à Calais accompagné de ses quatre fils, et il ouvre la campagne bien que l'on soit au mois de novembre. Le dauphin temporise avec habileté, se renferme dans Paris et laisse l'Anglais à découvert pendant la saison d'hiver. Les villes étaient si bien fortifiées et si bien garnies qu'il lui fut impossible d'en prendre. Rheims, où il prétendait se faire sacrer, l'arrêta six semaines; il ravagea la Gascogne, la Brie, vint sur la fin du carême camper à Montlhéry, près Paris, espérant amener les Français à combattre. Il ne put y parvenir et dirigea ses fureurs sur la Beauce. Un orage épouvantable le saisit de terreur : il croit entendre la voix du ciel. Se tournant vers l'église Notre-Dame de Chartres , il promit à Dieu de faire la paix. Son armée était affaiblie ; toutes les forces de son pays l'avaient suivi, de sorte que l'Angleterre se trouvait sans défense contre les invasions étrangères. Il avait ainsi le plus grand besoin d'une suspension d'armes. Les plénipotentiaires , au nombre de quinze pour le roi de France, de dix-huit pour l'Anglais, se rendirent à Bréligny (5 kilomètres de Chartres), le 1 er mai 1660. Dans huit jours ils arrêtèrent, les conditions de la paix. Le roi Jean vint à Calais où il resta jusqu'au 25 octobre. Edouard y étant arrivé, tous deux jurèrent la paix solennellement. L'Anglais abjura pour lui et ses descendants ses prétentions a la couronne de Fiance. La paix du roi d'Angleterre avec le comte de Flaudre, et celle du roi de Navarre avec le roi Jean, furent également signées à Bretigny. Edouard ni partit de Calais le 1 er novembre 1560. Jean était en liberté depuis le 24 octobre. 11 fit son entrée dans> Parisle 1 Sdécembre. Il « vait recomposé sa maison. Paris lui témoigna sa joie par un présent de mille marcs de vaisselle d'argent.

Pour tenir le corps du royaume plus puissant, par lettres datées du Louvre au mois de novembre 1361, il unit inséparablement à la couronne les comtés de Toulouse et de Champagne , les duchés de Bourgogne et de Normandie. Cette dernière province cessa pour quelque temps d'être l'apanage d'un duc particulier, fils de France. Les Normands firent partie delà grande famille française.

1363. Le roi de Navarre , Charles-le-Mauvais , renouvela ses prétentions sur le duché du Bourgogne, la Brie et la Champagne. La guerre se rallume plus vivement que jamais; le maréchal Boucicaut et Duguesclin l'arrêtèrent. 1364. Ce dernier, auquel dix mille volontaires Rouennais étaient venus se joindre au siège de Rolleboise , livre la bataille de Cocherel aux rives do l'Eure, remporte la victoire et fait prisonnier le Captai de Buch , général en chef de l'armée ennemie.

Au lieu de chercher à réparer les malheurs que sa détention avait attirés sur la France , le roi Jean consentit une croisade pour aller porter la guerre en Egypte. Il fit le voyage de Londres pour engager Edouard à marcher avec lui ; d'autres attribuent ce voyage secret à la passiou qu'il avait conçue pour la comtesse de Salisbury.

Jean ne fut pas long-temps à Londres. Vers le 15 mars 1361 il tomba malade et mourut, lu 8 avril suivant, dans l'hôtel de Savoie , hors des murs de Londres. Il était âgé de cinquante-deux ans. Il avait régné treize ans huit mois. Son corps fut rapporté à St-Denis le 7 mai de la mémo année, De son premier mariage Û avait quatre fils et quatre filles - Charles qui régna, Louis, Jean et Philippe qui furent ducs et comtes ; les filles, Marie, Jeanne i Isabeau, Marguerite; toutes se marièrent; du seconde mariage il eut deux filles qui ne vinrent pas en âge nubile.

1364-1580. Charles v. fils de Jean u , avait été établ»

régent lors du départ de son père pour l'Angleterre. À sa mort, il ne fit que changer de litre. Il se fit sacrer à Rheims , le 49 mai 1364. C'est au moment où il entre dans la cathédrale pour la cérémonie du sacre, qu'il apprend le succès de Duguesclin à Sainte-Croix-Lenfroi, près Coeherel. Pour prix de cette victoire, après trente-quatre ans de revers, Duguesclin fut fait maréchal de Normandie Charles v y ajouta le comté de Longueville et l'épée de connétable. Les hostilités continuèrent néanmoins entre Charles de Blois et le comte de Montforl. Charles de Blois fait nn traité qu'il n'exécute pas, et livre la bataille d* Aurai où il est tué etDngucscIin fait prisonnier par Chandos. 4565. La paix fut conclue avec le roi de Navarre. 1566. Duguesclin purge le sol français des grandes compagnies en les conduisant en Espagne contre Pierre-le-Cruel , roi de Castille, liranneau qui avait fait mourir par le poison Blanche, sa femme, sœur de la reine de France, et vivait en concubinage avec Marie de Pad il la. Duguesclin le fait descendre du trône, et fait couronner a sa place Henri , comte de 1 ranstamare , frère bâtard du détrôné.

1367. Le prince de Galles ayant embrassé la cause de Pierre-le-Cruel, dans l'idée de soumettre l'Espagne, avait acheté les grandes compagnies que l'imprudent Henri avait congédiées. Privé de cette ressource, il fut vaincu à la journée de Navarette. Duguesclin fut fait prisonnier et Pierre remonta sur le trône. Délivre à rançon , Duguesclin rappela la victoire sous les drapeaux de Henri. Pierre fut défait à la bataille de MontUU Les deux frères tournèrent le fer l'un contre l'autre. Henri de Transtamare, dans la lutte, prévient son ennemi et sa vengeance en lui plongeant un poignard dans le sein. Viia que cum genitu fvrjit indignata tub timbras.

4368. Le traité de Bretigny manquait de ratification défi*

nitive des parties ; il ne pouvait long-temps contenir la haine de deux nations rivales. On s'accusa réciproquement d'infractions à ce traité. Charles reprit possession des provinces cédées ; Edouard reprit le titre et les armes du roi de France. La guerre se fit avec plus d'acharnement que jamais. Elle tourna celte fois tout à l'avantage de la France. 1571. Les Anglais sont battus dans un combat naval par la flotte espagnole, agissant pour les Français. Le Captai de Buch est de nouveau fait prisonnier. L'Angleterre ne conservait alors, de ses possessions d'outre-mer, que Calais , Bordeaux et Bayonne. Edouard se vit contraint d'accéder à une trêve qui se prolongea jusqu'à sa mort, arrivée en 1377. Le prince de Galles était mort uneannce auparavant.

Le successeur au trône d'Angleterre était Richard u , fils du prince de Galles, dit le Prince Noir ; il n'avait que onze ans. Le parl< ment établit une régence corn posée de douze personnes prises dans son sein.

1377. La France et l'Ecosse , en apprenant la mort d'Edouard ni et l'avènement d'un enfant au trône, s'unirent pour recommencer leurs hostilités contre leur ennemie commune. Ils furent appuyés par l'Espagne, et l'Angleterre perdit ce qui lui restait encore en France.

Duguesclin mourut en 1580 devant Châteauneuf de Randon, qu'il assiégeait ; Charles v ne lui survécut que de deux mois ; il mourut au château de Beauté-sur-Marne , près le bois de Vincennes, le 16 septembre 1380.11 avait régné seize ans et demi ; il était âgé de quarante-quatre ans. Peu de temps avant de mourir il avait ordonné que son cœur fut déposé dans la cathédrale de Rouen : ce vœu fut exécuté. Ses entrailles furent portées à Maubuisson, auprès de sa mère.

Charles v avait de grandes qualités: il fut regretté. On peut le regarder comme le fondateur de la Bibliothèque royale. Il laissa

près do neuf cents volumes, ce qui était assurément difficile dans un siècle où la rareté et le prix excessif des livres faisaient que leur possession n'appartenait qu'aux princes qui , souvent, les enfermaient sans les lire.

De son épouse Jeanne de Bourgogne, il eut deux fils : Charles vi et Louis i er , duc d'Orléans. Il eut six filles qui moururent en bas âge.

En donnant à son jeune fils la Bourgogne et lui faisant épouser l'héritière de Flandre, il le rendit si puissant que plus d'une fois sa postérité fut sur le point d'accabler la branche aînée.

1580 à 1422, Les trois frères du roi moribond étaient auprès de lui, écoutant les récom manda lions qu'il leur faisait de soulager le peuple du fardeau des impositions. Aussitôt qu'il eut fermé les yeux, ils coururent s'assurer de la personne du roi mineur. Le duc d'Anjou se saisit des pierreries, des meubles les plus précieux et de tout l'argent comptant. Il fut informé que le feu roi avait déposé un trésor dans le château de Melun ; il contraint Sa voisy, confident de Charles v, de lui révéler le lieu du dépôt, qui consistait en lingots d'or et d'argent, et il se l'appropria.

Le conserl de régence fut très-tumultueux et rien ne se décida. La division entre les oncles du roi fit naître l'anarchie.

Le duc d'Anjou s'étant emparé de tout l'argent, il ne s'en trouva plus pour entretenir la maison du roi et payer les troupes. Il fallut rétablir les anciens impôts et en créer de nouveaux.

Les Parisiens se soulèvent et refusent tout paiement de subsides. Ils brûlèrent plusieurs fois les bureaux des fermes et massacrèrent ses commis. Les villes de Normandie suivirent cet exemple; mais n'étant pas unies et agissant isolément, elles durent céder. A Rouen , le peuple mécontent force l'un des siens, honnête épicier, à ceindre le diadème. Vainement il se défend

de ce dangereux honneur; ou le promène en triomphe; il reçoit les hommages de ses sujets improvisés. On lui fit jurer que durant son règne il ne serait pas établit de nouveaux impots, li promit tout ce qu'on voulut ; mais plus sage que ses partisans il s'esquiva pour ne reparaître que beaucoup plus tard.

Le connétable Clisson eut mission de conduire lo roia Rheinis, où il fut sacré le 4 novembre 4580.

Profitant de la circonstance, les Parisiens tendirent des chaînes et firent garder les portes. Le conseil fit marcher des troupes sur Paris. Trente mille citoyens, armés de pied en cap, vont a leur rencontre. Les forces royales leur en imposèrent. Un moment d'hésitation, joint au défaut de discipline , décida la victoire. Ils furent dispersés ; on abattit les portes de la ville; on rasa cent toises de murailles; on ôta les chaînes; enfin, la cour fit noyer secrètement , la nuit même, trois cents des plus mutins.

On vit aussi tomber la tête de l'avocat général Desraarets, qui s'était opposéàla tyrannie des tuteurs et dont la mâle probité n'avait pas fléchi devant leurs exactions. Il refusa de demander pardon au roi et protesta jusqu'à sa mort qu'il l'avait bien servi. Les Parisiens furent désarmés et payèrent : c'est toujours le refrain. Rouen paya de môme , jwur émouvoir la sensibilité du monarque légitime. A ce moyen le gouverneur Jean de Vienne ne fit pendre que deux des plus mutins.

1381. Le duc de Bretagne se soumit à rendre hommage au roi •de France

La première campagne de Charles fut contre les Flamands, sous les ordres d'Artewels, fils du brasseur de bière. L'armée, réunie a Arras, se composait de soixante mille hommes. Artewels assiégait Oudenarde. Il laissa quinze cents hommes devant cette place sous le commandement de Dubois et vint avec quarante mille hommes h la rencontre des Français. Les armées se Irou-

vèrent en présence au passage de la rivière de Lys. Les Français prirent deux fois le pont de Comines. Le second engagemen t eut lieu auprès de la ville d'Yprès. Dubois y fut blessé et perdit trois mille hommes. La troisième affaire , qui fut décisive, eut lieu entre Rosbecq et Courtrai , le 47 novembre 4382. Les Flamands furent tellement serrés qu'ils ne pouvaient plus faire usage de leurs armes. Leur déroule fut complète. Artewels était au nombre des morts. Le duc de Bourgogne fit attacher son cadavre à une potence. La ville de Courtrai fut livrée au meurtre, au pillage et à l'incendie. Les autres villes qui avaient suivi le parti d'Artewels furent simplement rançonnées.

La guerre avec les Anglais continuait toujours. Les trêves se succédaient. La dernière expirait en 1385. Ils avaient appuyé les Flamands et avaient un parti chez eux. Ils n'étaient pas plus heureux en Ecosse qu'en Flandre , et les Ecossais leur rendirent, par représailles, les ravages effroyables qu'ils avaient exercés chez eux.

1385. Charles vr, commençant à prendre connaissance des affaires, voulut porter la guerre aux portes de Londres. Il fait un armement formidable. La flotte appareillée en 4386, présentait un effectif de douze cent quatre-vingt-sept voiles, dont soixante gros vaisseaux. Au milieu de celte flotte était une ville de trois mille pas de diamètre, avec ses tours et bastions, posés sur des bateaux liés ensemble. On pouvait monter et démonter cette ville en un jour. Elle était destinée à loger les troupes quand elles auraient mis pied à terre. Vingt mille cavaliers, vingt mille arbalestriers et vingt mille fantassins armés de haches et de pertuisanes devaient former l'armée de débarquement. Cet immense armement semblait devoir engloutir l'Angleterre; mais les destins en avaient autrement ordonné. La lenteur des opérations fit perdre un temps précieux, et Poc-

casion de vaincre. Quand la flotte sortit, les vents contraires et les tempêtes la dispersèrent. Les débris de la superbe ville , jouets de l'Océan , furent portés par les courants jusque dans la Tamise. Ce coûteux armement se réduisit à une vaine parade de puissance et d'ostentation.

Charles vi, contrarié de cette perte, changea de conseil, et , renonçant à la guerre et à la conquête, il se consola de ces revers coûteux au milieu des chasses, des festins et des tournois, où il excellait, étant fort agile dans les exercices gymnastiques. 11 était fort adonné aux plaisirs et à la débauche. D'une belle taille , sa phisionomic prévenait en sa faveur. Rien ne faisait présager alors que plus tard il serait frappé d'aliénation mentale.

Les Normands, qui avaient le plus contribué â l'armement contre l'Angleterre, voulurent en recouvrer quelque chose , et se venger de la ruine de leur commerce. lis font la guerre pour leur propre compte. Ils s'embarquent , au nombre de trente mille, attendent la flotte anglaise , s'en rendent maîtres en vue d'Honfleur. La plus grande partie est prise ou coulée. L'amiral anglais Hugues -le-Dépensier est conduit à la tour de Rouen. Une nouvelle trêve suspend les hostilités avec l'Angleterre.

1388. Charles vi, alors âgé de vingt ans, prend définitivement en main les rênes de l'état, compose son conseil de gens éclairés. Bureau de Larivière , Jean Lemercier de Novian et Jean de Montaigu y furent admis. Il abolit les nouveaux impôts , destitua les pillards, rétablit la prévôté de Paris , y nomma Jean Jouvenel et donna le titre de premier président à Oudard Desmoulins ; enfin il contraignit les prélats à résider sur leurs bénéfices.

Il avait épousé, en 4585, Isabelle ou Isabeau de Bavière. Le

mariage avait élé célébré dans la ville d'Amiens. Le roi la lit couronner à Paris , dans la Sainte-Chapelle, en 1389. C'est dans l'année 1387 qu'eut lieu, a Paris , le duel de Carrouges cl de Jacques Legris , officiers de la cour du duc d'Alençon. Legris, quoique innocent , succomba. Son innocence ayant élé depuis reconnue, on abolit les duels juridiques.

Pierre de Craon, attribuant au connétable de Clisson la défaveur où il se trouvait auprès du duc d'Orléans , l'assasina dans la rue Sainte-Catherine.

Le 13 juin 1392, au soir , Mézeray dit qu'il était assisté de vingt coupe-jarrets. Aussitôt après le coup , il s'enfuit auprès de Jean v, duc de Bretagne, qui lui donne asile et refuse son extradition. On ne put atteindre que trois de ses complices qui furent décapités. Ses biens furent confisqués au profit du duc d'Orléans. Pierre de Craon survécut à ses blessures et il engagea le roi à poursuivre son assassin. Jean v , persistant dans son refus, Charles vi marche contre lui ; mais ses facultés affaiblies par la débauche se troublèrent instantanément. Quelques événements extraordinaires y contribuèrent.

Le 5 août 1392, il traversait la forêt du Mans; un homme, qui ressemblait à un spectre horrible, saisit la bride de son cheval et lui dit : Roi , ne chevaucfie plus avant. Retourne, car tu es trahi; puis il s'enfonce dans le bois. Deux pages le suivaient. L'un d'eux, accablé de lassitude, laisse tomber sa lance sur le casque de l'autre. A ce bruit et à la vue d'une lance baissée, Charles, qui avait déjà donnéquelques signes d'aliénation, déjà troublé par l'apparition du fantôme de la forêt et croyant à la réalisation de ses menaces, entre en fureur; il ne voit que des assassins autour de lui; il fond sur eux 1'épéeà.la main et frappe jusqu'à ce que son épée se brise. Il avait tué cinq hommes ; il tombe épuisé; on le désarme et on le transporte au Mans, lie sur un chariot. A cet accès succède une léthargie qui dure deux jours;

revenu de cet assoupissement, il est sans mémoire ni jugement; il ne reconnaît pas sa femme, nie sa royauté, efface avec une sorte de fureur l'empreinte de son nom ou de ses armes.

On attribua cette aliénation mentale tant à la débauche qu'à l'usage de substances vénéneuses. On l'avait empoisonné en ne voulant que lui donner de l'amour. Sa frénésie commençait par un abattement profond et montait par degrés à la fureur. Hébété ou furieux, il pleurait ou criait; on n'attendait sa guérison que de quelques causes surnaturelles. On eut recours aux empiriques ou aux sorciers : tout fut inutile.

Richard h , roi d'Angleterre, épouse la princesse Isabelle, fille du roi de France, et la trêve entre l'Angleterre et la France est prolongée de vingt-huit ans. Le mariage se fit par procureur, en 1394. Louis, duc d'Orléans, frère du roi , prétendait à la régence ; il en fut exclus par le duc de Bourgogne. De là naquit une haine immortelle entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne. Les femmes des deux adversaires se détestaient autant que leurs maris. Louis d'Orléans avait la reine pour lui; il gagna le roi par les charmes de son épouse. Pendant une absence du duc de Bourgogne, son frère lui rendit la régence. On s'attendait à une lutte armée entre les deux compétiteurs, lorsque le duc de Bourgogne vint à mourir. Son fils, nouvel adversaire du duc d'Orléans, se réconcila avec lui, en apparence ; mais , après avoir entendu la messe ensemble , le 20 novemvre 4407 , il le fit assassiner. Il sortait de chez la reine, lorsqu'il fut enveloppé; Raoul d'Octonville lui porte le premier coup. Je suis le duc d'Orléans, s'écria le prince : tant mieux! répondirent les meurtriers; cest vous que nous cherchons; et ils lui fendirent la tête. A la première nouvelle du meurtre, la reine se fit porter à l'hôtel Saint- Paul, où résidait le roi. Cette femme adultère fut se mettre sous la protection de celui qu'elle outrageait tous les jours. Forcés de fuir devant le duc de Bourgogne, les orléanistes, dits Arma-

gnacs, parce que le comte d'Armagnac s'était joint au jeune duc d'Orléans, eurent, sur quelques points de la France, des engaments avec les Bourguignons.

4411. — Les cabocbiens , du nom d'un boucher, leur chef, que le comte de Saint-Paul avait embauchés pour le duc de Bourgogne , répandent le sang et la terreur dans Paris , où le dauphin Louis est prisonnier. Le roi , dans un moment lucide, prend parti pour son neveu contre le Bourguignon. Ma ne ville (addit, au tome îv, pag. 381) rapporte qu'André Roussel, seigneur d'Argentan, fut au nombre de ceux qui prirent parti pour le duc de Bourgogne.

Richard n, roi d'Angletcre, fut déposé par les chambres des communes et des lords et condamné à une prison perpétuelle. Ses partisans voulurent le sauver; beaucoup périrent dans les tourments; Richard lui-même succomba sous les coups des assassins ; mais il vendit chèrement sa vie. Sa jeune épouse fut renvoyée à Charles vi , son père, qui la refusa noblement à l'usurpateur du trône de son mari, ce qui ranima la haine des deux nations. Henri de Lancaslre , petit-fils d'Edouard ni , est appelé au trône d'Angleterre. Pour détourner l'altenlion publique des événements qui venaient de faire tomber la couronne en ses mains , il imagine une expédition en Ecosse , somme Robert m(Stuart) de le reconnaître pour suzerain. Refus et guerre. Les Ecossais sont défaits à la sanglante bataille de Homeldon. Leur redoutable chef Douglas , couvert de blessures , est fait prisonnier. Le duc de Northumberland forme un parti de mécontents. — Pour venger l'usurpation de Henri et le meurtre de Richard, il marche sur Londres. Le roi atteignit les rebelles en vue de Shrewsbury,ei là il se livra une des plus sanglantes batailles dont fasse mention l'histoire d'Angleterre. Percy, surnommé Hotspur (Téméraire), fils du duc de Nortumberland,qui commandait pendant la maladie de son père, tomba mort, percé d'une flèche. Le

duc, lui-môme, fut réduit à errer en fugitif, jusqu'à ce qu'il trouvât la mort dans un combat. Le hasard , à la même époque , fit tomber, dans les mains de Henri, le jeune Jacques Stuart, héritier delà couronne d'Ecosse. Il le garda comme otage. Le roi d'Angleterre, dans les factions qui divisaient la France, prit parti, tantôt pour le duc d'Orléans, tantôt pour le duc de Bourgogne. Cette politique le montrait désireux d'affaiblir un pays dont l'Angleterre rêvait toujours la conquête. Ce souverain succomba aux accès d'épilepsie auxquels il était sujet et qui devenaient plus violents avec l'âge. Il laissait un fils qui fut Henri. Le dérèglement de sa jeunesse donnait de l'inquiétude pour son avenir. Aussitôt qu'il fut monté sur le trône, le sentiment de la dignité royale changea ses mœurs , et son règno rendit l'Angleterre glorieuse et puissante.

Une secte de Wicleffistes ( les Lollards) reparurent dans les premières années de son règne : le fer et les bûchers en anéantirent, comme de coutume, un grand nombre.

L'anarchie que perpétuait, en France, la démence de Charles vi, parut , au roi d'Angleterre , une occasion favorable de faire revivre les prétentions d'Edouard m à la couronne de ce royaume. Il préparait, dans ce but» une expédition formidable à Soulbamptoo. Il dut la suspendre pour réprimer une conspiration dans son propre palais. Richard , comte de Cambridge , chef des conjurés , et la plupart des conjurés payèrent de leurs têtes l'audace d'un pareil projet, et Henri v fit voile vers la France, à la tête d'une (lotte nombreuse , montée par trente mille hommes. Il débarque, le iA auguste i415 , à l'embouchure de la Seine , sur la plage où , depuis , fut bâti le Havre-de-Grâcc. Après un siège d'un mois, il prend Harfleur , que le roi et le dauphin, qui étaient à Vernon, ne purent secourir. Les fatigues du siège et une épidémie qui se répandit dans l'armée anglaise, en diminua le nombre, et la réduisit à ne pouvoir tenter de

nouvelles entreprises. Manquant de transports suffisants pour se rembarquer, il ne leur resta plus qu'à gagner Calais à masses serrées. Pendant qu'il exécutait cette marche pénible , à travers des provinces hostiles , le roi d'Angleterre rencontra l'armée française dans les champs d'Âzincourt. La fortune se déclara pour les Anglais. Les mômes causes qui firent perdre les batailles de Crécy et de Poitiers occasionnèrent la défaite d'Azincourt. Vainement le duc d'Alençon a tué le duc d'Yorck, renversé le duc de Glocester , atteint de sa hache d'armes le casque du roi: il périt de la main du monarque anglais. Les ducs d'Orléans, de Bourbon , le maréchal de Boucicault , et quatorze mille hommes sont prisonniers ; deux frères du duc de Bourgogne , le connétable d'Albret , l'amiral de France et Jean de Montaigu , archevêque de Sens , dont une massue avait remplacé la crosse pastorale, sont au nombre des morts (1). Du reste, les vainqueurs étaient à peu près aussi délabrés que les vaincus. Le roi d'Angleterre eut de la peine à les traîner jusqu'à Calais, d'où il repassa dans son pays.

La guerre continua contre le duc de Bourgogne ; on lui opposa le connétable d'Armagnac qui eut en main l'autorité souveraine. La reine seule mettait quelque contre-poids à sa grande puissance. Il résolut de s'en défaire ; pour y parvenir, il inspire de la jalousie au roi , fait prendre un nommé Boisbourdon , attaché au service de la princesse , et l'un des chefs d'orgie à la tour de Nesle. Il le fait jeter à la Seine avec cet écriteau : laissez passer la justice du roi ; puis il envoie la reine prisonnière à Tours* Depuis ce jour, elle ne rêve que vengeance contre son fils et son mari. La Franco en paiera les frais.

Elle fait sa paix avec le duc de Bourgogne. Ce prince , à la

(l) On voit encore aujourd'hui , au château de Carrouges, près Argentan, l'armure de Jean Lcvencur, tué à celte ba'aille d'Azincourt, Elle est en fer poli, et fort endommagée.

tète de soixante millo hommes , ravage la Champagne et la Picardie. La Normandie se déclare pour le bourguignon. La force est désormais pour lui. Il entre dans Paris , accompagné de la reine Isabeau. Le dauphin et les chefs peuvent se sauver: le chancelier Henri de Marie et le connétable d'Armagnac furent emprisonnés, massacrés et traînés sur la claie. Le massacre dura trois jours et trois nuits ; vingt mille victimes furent immolées dans la capitale ; il ne resta pas un prisonnier. Beaucoup d'évêques périrent dans cette boucherie ; plusieurs furent contraints de sauter du haut des tours et reçus sur les pointes des lances et des épées. La fureur des Bourguignons n'eut. pas de bornes. Le bourreau toucha publiquement dans la main du duc de Bourgogne qui, croyant se populariser , lui rendit soudain celte marque d'affection. Mais bientôt une troupe de scélérats, aux ordres de ce môme bourreau, se porta à l'hôtel du duc, massacra deux cents personnes et lui eussent fait un mauvais parti s'il n'avait pris de bonnes mesures pour son salut. Pour se venger, le duc de Bourgogne imagine d'envoyer six milles de ces forcenés assiéger Montlhéry. Ils eurent à peine quitté Paris, qu'il fit décapiter le bourreau, et la plupart de ces hommes furent pendus et noyés. Une épidémie, causée par la multitude des cadavres qui emeombraient Paris , vint augmenter les ravages do la guerre civile.

Le roi d'Angleterre, toujours poursuivi par le désir de reconquérir la Normandie et toutes les possessions de ses prédécesseurs sur le continent, prépare un nouvel armement, et quinze cents voiles anglaises abordent aux côtes de la Normandie. Henri v opère son débarquement le 1 er août 4417 devant le château de Touques, qui se défendit quatre jours , s'avança nt à Lisieux qu'il trouve désert; il le livre au pillage, met le siège devant Caen, qu'il emporte d'assaut , le 9 septembre, et le livre au pillage. Le château, défendu par les seigneurs de Lafayette

et de Mortain , résiste six semaines et est forcé de se rendre. Cette prise est suivie de celle du Pont-de-Larche et de Rouen. La prise de cette dernière ville entraîna la reddition de Caudebec, Montivilliers. Dieppe, Fécamp, Arques, Neufchâtel , Eu, Pont- Audemer , Vernon , Gournai , Honfleur et de plusieurs autres places importantes.

1419. — Bayeux, Coutances,^ Carentan , Saint-Lo , Saint- Sauveur-le- Vicomte , Falaise» Argentan , Alençon , Harcourt, Thibouville, Beaumont-le-Roger, Evreux et le Château-Gaillard dévinrent également la proie du vainqueur. Cherbourg; après un siège de trois mois , est livré , par trahison, à Henri qui achève la conquête de la Basse-Normandie par la prise de Condé-sur-Noireau, de Vire et de Domfront.

Le siège de Rouen durait depuis six mois ; quarante mille habitants ont péri par la famine et par les armes. Aucuns ne songent à se rendre ; ils n'espèrent aucuns secours ; les animaux les plus immondes, les cadavres mêmes sont devenus leur pâture. Ils prennent l'héroïque résolution de mettre le feu à la ville et de se faire jour au travers des ennemis ou de mourir. Guy Lebouteiller en informe Henri v, qui cons nt une capitulation. Il accorde la vie sauve aux assiégés , à l'exception de trois, il exige la somme de trois cent quarante-cinq mille écus d'or, pour le rachat des biens, en les sauvant du pillage. Robert Livet, vicaire-général, Jean Jourdain, commandant l'artillerie, et Alain Blanchard, capitaine des bourgeois, sont designés pour victimes : les deux premiers se rachètent avec de l'or : Alain Blanchard s'écrie : Je n'ai pas de bien, mais quand f en aurais, je ne l 'emploierais pas pour empêcher un Anglais de se déshonorer, et il va présenter sa tête aux bourreaux.

La Normandie rentre sous la puissance des descendants de Guillaume-le-Conquérant , deux cent quinze ans après en avoir

été distraite par Philippe-Auguste. Le Monl-Sainl-Miihel fut la seule forteresse qui put résister à Tonnerai.

1-423. — Inutilement les Anglais l'assiègent avec des forces et une artillerie formidables ; leurs attaques furent repoussées par l'héroïque garnison du la forteresse, composée simplement de cent vingt gentilshommes normands, aux ordres du capitaine Destouteville. Quinze mille Anglais périrent sous leurs coups.— Dans la liste de ces cent vingt braves , ont voit figurer le seigneur d'Argentan , R . Roussel de Grancci.

Après la prise de Rouen , on négocia une trêve entre les couronnes de France et d'Angleterre , les Armagnacs et les Bourguignons. La conférence eut lieu à Meulan. Le roi étant resté malade à Pontoise. la reine tint sa place. La première fois seulement elle y présenta la princesse Catherine que l'Anglais recherchait en mariage qui, peu de temps après le traité, fut conclu à Troyes. Le dauphin fut exhérédé. Henri v épousa la princesse Catherine ; il fut déclaré régent pendant l'imbécilité de Charle ïv, et la couronne lui fut assurée a la mort de ce prince, qui n'appelait plus son fils que Charles soi disant dauphin.

Quant au dauphin et au duc de Bourgogne, ils s'abouchèrent en plaine campagne, à Pouilly-le-Fort près Melun, firent un traité de paix et fixèrent une nouvelle entrevue pour la ratification sur le pont de Montereau. Les amis du duc d'Orléans , assassiné , ménageaient ces entrevues pour trouver l'occasion de venger sa mort sur son assassin.

Au jour fixé, le dauphin se rendit à Montereau. Le duc se fit attendre quinze jours. L'un et l'autre, accompagnés de chacun dix hommes, se rendirent au lieu fixé pour la conférence. Comme le duc de Bourgogne fléchissait le genoux devant le dauphin , Tanneguy Duchâtel et plusieurs autres sautent la barrière et le massacrent au milieu de ses gens qui firent peu de résistances , sauf Nouailles qui périt avec lui.

Henri d'Angleterre vint à Rouen où il fit reconnaître eon fière le duc de Clarence, pour son lieutenant-général en Normandie.

Le dauphin proscrit n'a plus que quelques places au-delà de la Loire. Le parlement , la Sorbonne, sont contre lui ; quelques membres seulement protestent en sa faveur. Le maréchal de Lafayelte fait mieux , il bat l'ennemi a Beaugé. Le duc de Clarence, le comte de Kent et raylord Grey y furent tués. Henri v repasse la mer pour venger cette défaite. La maladie l'arrête à Melun d'où il se fit porter à Vincennes. Il y mourut le 28 août 1422. Il laissait un fils nommé Henri qui lui succéda.

Le 2i octobre suivant , le roi Charles vi finit sa vie et son malheureux règne dans son hôtel St-Paul, à Paris. Il fut inhumé à Saint-Denis. Il était âgé de 52 ans; il en avait régné quarante-denx et trente-cinq jours. Il avait eu plusieurs enfauls ; il ne lui restait que le dauphin Charles vu et Catherine veuve du roi d'Angleterre.

1322 à 4461.— Le dauphin Charles vu était au château Despailly près du Puy en Auvergne , lorsqu'il apprit la mort de son père. Dès le lendemain il se fit reconnaître roi de France par les seigneurs qui l'entouraient, et au commencement de novembre 1422 il se fit couronner à Poitiers , où il avait transféré le parlement. A Paris on agit autrement : le duc de Bedfort fit venir Henri de Windsor, fils du feu roi d'Angleterre, qui n'était âgé que de dix mois, et le fit proclamer roi de France et d'Angleterre. Le parti de Charles était le plus faible ; son heureuse fortune lui tint lieu de mérite: le zèle, la valeur et l'habileté de ses capitaines, lui rendit la couronne sans qu'il s'en mêlât. La France se trouvait divisée entre deux rois: Charles vu le premier se met en mouvement , prend Meulan , Crotoy et Compiègne. Bazas défait l'armée de Charles devant Crèvent, près d'Auxerre.

Le 4 juillet 1423, la naissance d'un fils, en la ville de Bourges,

vient apporter quelques consolations au roi Charles vu. Cet

enfant reçut le nom de Louis.

En Tannée 1424, Charles reçut un renfort du comte de Douglas, Ecossais, de quatre mille hommes. Le duc de Milan lui envoie, dans le même temps, six cents lances et douze cents fantassins arbalétriers; mais ils furent aussitôt défaits qu'arrivés. Le duc de Bedford, après avoir pris quelques places, vint assiéger Ivri; le duc d'Alençon et dix-huit autres seigneurs, ne purent arriver à temps pour délivrer cette place, qui se rendit aux Anglais. Ils vinrent à Verneuil : Bedford leur présente la bataille sous les murs de celte ville; elle dura deux jours. La victoire se fixa sous les drapeaux de l'Anglais. Le duc d'Alençon, Guillaume Larçonneur, son maître d'hôtel, capitaine de la ville et château d'Argentan , furent faits prisonniers. Le comte de Douglas et le vicomte de Narbonne étaient parmi les morts. C'en était fait de la dynastie de Charles vu , si Bedford eût su profiter de sa victoire; mais il manqua de sagacité. La guerre languit; les hauteurs du régent , l'insolence britannique vinrent grossir le parti île Charles, et la mésintelligence qui s'établit entre les généraux anglais, lui fit espérer des jours plus heureux. Il n'y

eut, jusqu'au siège d'Orléans, que des escarmouches. Bedford était retourné en Angleterre pour y apaiser des troubles sérieux. Dans ces combats partiels, Dunois, Richemont , Xaintraille , La Trémouille et La Hire, s'exercent à vaincre et soutiennent l'honneur français. Charles vu passait sa vie au sein de l'amour et des plaisirs : Agnès Sorel force son amant à devenir moins indigne de la France.

4429. — Les Anglais assiégeaient Orléans, seul ressource de Charles vu, etétaient près des'en rendre maîtres; il fallut recourir à un expédient étrange, à un miracle. Un gentilhomme lorrain, nommé Baudricourt, crut trouver, dans une jeune servante d'auberge , à Vaucouleurs, native de Domrémi, un personnage

propre à jouer le rôle de guerrière et d'inspirée. Elle était » robuste , montant chevaux à poil et faisant autres apertises d que jeunes filles n'ont point accoutumé de faire ( Mostrelet). Elle se charge de l'enlreprise. On la mena devant le roi à Bourges. Elle fut examinée par des femmes qui ne manquèrent pas de la trouver vierge. Des docteurs de l'Université et quelques conseillers pu parlement la déclarèrent inspirée. Le vulgaire le crut , et ce fut assez. Cette fille guerrière, vêtue en homme, conduite par d'habiles capitaines , entreprend de jeter du secours dans Orléans. Elle parle aux soldats de la part de Dieu , leur communique son enthousiasme, marche à leur téte , bat les Anglais, délivre Orléans et prédit à Charles qu'elle le fera sacrer dans Rheims. Suivie du duc d'AIençon , elle escalade la forteresse de Jargeau, en s'écriant : avant , gentil duc, à l'assaut. Toujours à l'avant-garde, elle donne l'exemple. La victoire de Patay, en Beauce, est le prix de son courage: elle y reçoit sa première blessure. Elle accomplit sa promesse et accompagne le roi à Rheims. L'épée à la main , elle assista au sacre , tenant l'étendard avec lequel elle avait combattu.

Dans une sortie, au siège de Compiègne, son cheval fut tué sous elle et elle resta prisonnière du comte Deligny. Le duc Jean de Luxembourg la livra aux Anglais pour dix mille francs. Conduite à Rouen elle fut traduite, non devant des juges, mais devant des bourreaux. L'instruction dura seize jours; au bout de ce temps, elle fut déclarée schismatique> sorcière, invocatrice des démons, ayant eu commerce avec la diablepour battre l'ennemi. Dévoré lentement parles flammes, elle pria Dieu jusqu'au dernier soupir.

Le duc de Bedford répond au sacre de Rheims par celui do Notre-Dame; mais depuis le supplice de Jeanne d'Arc, il n'a plus de partisans en Normandie. Rouen se soulève contre son gouverneur ; le comte d'Arundel et toute la province imite l'exemple de la capitale. Partout les Anglais succombent.

M. Bar {Hist. M. S. du Perche) rapporte qu'en 1432, les seigneurs d'Amilly , de Menard, de Froulay , Dumotet , rf'^4ti&rt et autres, au nombre de trente, tenant tous pour le roi de France, partirent de leur garnison et arrivèrent àRasnes, village éloigné d'Argentan d'un myriamètre, cinq kilomètres ; qu'ils y rencontrèrent les Anglais en pareil nombre, commandés par le maréchal gouverneur d'Argentan: Le combat s'engagea si vivement de part et d'autre, qu'après avoir brisé leurs lances et s'être battus à l'épée, ils mirent pied à terre , se battirent corps à corps , main à main. La victoire, longtemps indécise, se déclara pour les Français; les Anglais, abîmés, prirent la fuite.

La Hire, Xintrailles , battent le duc de Bedford près Gerberoy ; Charles se repose sur ses généraux du soin de vaincre pour lui. La fortune paraît être à ses ordres. 1435. Le duc de Bedford meurt à Rouen; il a pour successeur à la régence le duc, d'Yorck. Isabeau de Bavière le suivit de près au tombeau. 1436. Paris ouvre ses portes au maréchal de Lisle-Adam. 1437. Le parlement revient à Paris. Le dauphin épouse Marguerite d'Ecosse. La pesle et la famine déciment la population de Paris. Cette épidémie fit, pendant deux ans, des ravages affreux dans toute la France. La guerre continuait toujours sans résultats décisifs. 1440. Le dauphin, depuis Louis xi, se révolte contre le roi et forme un parti nommé Praguerie ; son père le poursuit, le désarme et lui pardonne. 1444. Après différents engagements où les succès furent partagés , une trêve fut conclue entre la France et l'Angleterre. 1449. Les Anglais rompent la trêve conclue avec la France, en 1444. Sommerset , gouverneur de Normandie, pour le roi d'Angleterre, fortifie Pontorson et Saint-James de Beuvron. Cette dernière place , Yernon , Verneuil, Pont-Audemer, sont occupés par les Français qui entrent à Lisieux, le 16 août. Charles vu se rend de Verneuil à Louviers dans le même mois , et tout devient favorable à ses armes.

Dunois prend Chambrais et le château d'Harcourt : le duc d'Alençon surprend le château d'Essai et ne tarde pas à prendre Alençon et Bellôme. Les châteaux d'Exmes et d'Argentan se rendirent au comte de Dunois ; Charles vu prit possession de ce pays et des environs. On a les lettres patentes par lesquelles ce souverain confirma l'érection de l'université de Caen, et qui sont datées d'Ecouché. Le 24 décembre* 1449 , deux mille Anglais capitulent dans Harfleur. Rouen se rendit peu de jours après. Raoul Roussel obtint sûreté pour les habitants Anglais ou Français. Sommerset, qui commandait la garnison, fut contraint de capituler, de laisser son artillerie et payer cinquante mille écus d'or ; en outre , tout ce qui pouvait être dû aux bourgeois. Courson , qui commandait à Ronfleur , refusa d'exécuter la capitulation de Rouen. Charles vu se rendit maître de cette place et passa quelques jours à l'abbaye de Jumiége, avec Agnès Sorel,qui mourut au Ménil-Jouxte-Jumiége, le 9 février 1 450,âgéedcquarante-neuf ans. On croit qu'elle fut empoisonnée. Jacques-Cœur , maître des monnaies, fut accusé de ce crime ; de plus, on lui imputa plusieurs concussions et transport d'argent hors du royaume ; il fut condamné et ensuite réhabilité. Au mois de mars 1450 , le roi se trouvait à Bernay , maître de la presque totalité do la Normandie. Tyrel débarque à Cherbourg avec un renfort assez considérable pour permettre aux Anglais de reprendre l'offensive : ils s'emparent de Valognes après un siège de trois semaines , et marchent vers Bayeux. Après avoir forcé le passage du Grand-Vé, ils vont se retrancher au village de Formigny, entre Caen et Bayeux, où ils furent attaqués, le 15 avril 1450, par le comte de Clermont, le connétable de Richemont et le sénéchal de Brézé. Les Anglais, malgré leur supériorité numérique, furent défaits. Trois mille sept cent soixante-quatorze morts et quatorze cents prisonniers, au nombre desquels se trouvait leur chef Thomas Tvrel , furent les

fruits de celte victoire décisive. Ce dernier coup conduisit à l'entière délivrance de la Normandie. Les Anglais abandonnèrent cette terre que, depuis trente ans, ils avaient dans leur possession. La Guyenne fut également enlevée aux Anglais, après être restée trois cents ans en leur possession. Ils furent réduits à ne plus occuper en France que la ville de Calais , après la perte de la bataille de Castillon et de leur immortel Talbot. La nouvelle de tant de pertes , l'augmentation des subsides , exaspérèrent le peuple Anglais; il lui falut une victime, et Suffolk , ministre favori de la reine Marguerite, périt assassiné ; mais le soulèvement ne fut pas appaisé. Un aventurier audacieux , nommé Jean Cade , à la tête de vingt mille hommes, bat les troupes du roi , marche sur Londres ; la cour se retire; il fait juger et décapiter plusieurs personnages éminents; mais lord Scales, gouverneur de la Tour de Londres, fond sur les rebelles : Cade est tué et tout rentre dans l'ordre.

4453. — La reine d'Angleterre donna le jour à un fils qui reçut le nom d'Edouard. Le roi, déclaré incapable de régner par la chambre des pairs , le duc d'Yorck fut chargé du gouvernement , en qualité de protecteur. Son premier acte d'autorité fut de faire renfermer Sommerset à la Tour. Le roi , pourvu de quelques moments lucides, reprend les rênes du gouvernement et rappelle Sommerset au pouvoir. 145o. Yorck lève une armée dans les marches de Galles. Le roi et son ministre marchèrent contre le rebelle et furent défaits à Saint- Albans. Henri fut fait prisonnier, et Sommerset fut tué. Ce fut là que coula le premier sang dans la guerre cruelle de la rose rouge et de la rose blanche. Les deux maisons de Lancastre et d'Yorck reçurent ces dénominations des couleurs opposées de cette fleur, qu'ils portaient dans leurs armes. La suite du régne de Henri fut un état d'idiotisme, et la guerre civile désola l'Angleterre. Il mourut en 1464. Edouard d'Yorck fut appelé a lui succéder.

4 45(3. — Le dauphin qui, pendant quinze ans, s'était tenu en révolte ouverte contre Charles vu, son père, était retiré dans le duché de Bourgogne pour éviter son ressentiment, fut cause de la condamna! ion à mort du duc d'Alençon , comme fauteur de sa révolte. Cette condamnation fut commuée en prison perpétuelle. Par le même jugement , le duché d'Alençon, Verneuil et Domfront furent confisqués.

1461. — Le roi de France, Charles vu, se laissa mourir de faim , dans la crainte d'être empoisonné par son fils. Il était alors à Mehun en Berry.

On a dit de Charles vu qu'il n'avait été que le témoin des merveilles de son siècle.

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