CHAPITRE XIX
ÈRE CHRETIENNE
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SOMMAIRE.— François r". — Son sacre. — Son entrée dans le Milan nais.
— Son séjour à Argentan. — Yen à la louange de celle ville. — Divisions do catholicisme. — Lulher. — Son excommunication. — Guerre entre François r* et Charles-Quint. —Bataille de Parie. — Apparition de Calvin. — François f reprend les armes contre François Sforce. — Institution de la compagnie de Jésus par Iuigo de Loyola d'Ognez. — Suite du règne de François I er . — La belle Féronnière. — Maladie du roi. — Essai iufructueuxde l'inquisition à Evreux. — Massacre de Merindol et Cabrières. — Bataille de Cérizolles. — Paix de Crespy.
— Mort de Luther, de Henry tui, roi d'Angleterre, el de François r».
1515-1547. — A Louis zii succéda François I er , son cousin, premier prince du sang* Dès qu'il fut certain que la veuve de
Louis xu n'était pas enceinte, il fut se foire sacrer à Rheiros, le 25 janvier 1815. Il avait la mine, la taille et l'adresse d'un héros; brave, spirituel et d'un caractère aventureux ; tout en lui prévenait en sa faveur. Son penchant a la profusion avait fait dire à Louis XU ; Oh! nous travaillons en vaim , ce gros garçon gâtera tout. Avec le titre de roi France , François i" avait pris celui de duc de Milan. Il commença soo règne par diriger une armée en Italie pour dire la conquête du lfilannais. Il livra la bataille de Marignan , le 45 octobre 4515, sur les quatre heures du soir, a une lieue de Milan. La mêlée fut horrible, le combat dura deux jours. L'artillerie française qui, par des travaux immenses , avait franchi les montagnes, écrasait les ennemis et leur enlevait des files entières. Us laissèrent quinze mille morts sur le champ de bataille ; les Français perdirent quatre cents hommes. François i" avait combattu en soldat, (l'est sur le champ de bataille qu'il se fit armer chevalier par Bayard.
Le maréchal de Trivulce, qui s'était trouvé à beaucoup de batailles, dit que celle-ci était un combat de géante et les autres des jeux d'enfants.
Maître du Milannais, François r" fit son entrée dans la capitale et régla le gouvernement. Le pape, effrayé des succès du roi de France, fit uu concordat pour substituer à la pragmatique sanction et donner plus de latitude aux franchises de l'église gallicane.
Pour subvenir aux frais de la guerre d'Italie , François i M augmenta lesimpôts. Le chancelier Duprat imagina la vénalité des charges de judicalure, d'où la malheureuse inamovibilité.
4516. — Ferdinand étant mort, Charles v (dit Charles-Quint), monta sur le trône d'Espagne. Après la mort de Maximilien, François i n et Charles-Quint prétendaient à l'empire d'Allemagne : les électeurs ou princes allemands nommèrent l'Espagno
et il en résulta une guerre qui fit couler des flots do sang et dura trente-huit ans.
Au mois de mai 1517, François i ar , visitant la Normandie, fit à Argentan un séjour de trois semaines. Le poète Demiroin , qui l'avait accompagné, fit à la louange d'Argentan les vers suivants :
Vous qui voulez & Argentan faire conte, A sa grandeur arrêter ne vous faut > Petite elle est , mais en beauté surmonte Maintes cités, car rien ne lui défaut; Elle est assise en lieu plaisant et haut. De tous côté à prairie, et à campaigne, Un fleuve aussi , où maint poisson se baigne, Des bois épais , suffisants pour nourrir Biches et cerfs qui sont prompts à courir.
Puis y trouvez, tant elle est bien garnie, Pour au besoin nature secourir, Bon air, bon vin et bonne compagnie,
Léon x faisait construire la basilique de Rome. Pour que le monde chrétien contribuât à cet ouvrage, il ouvrit le trésor des indulgences. C'est à la construction de ce monument que l'on doit le scandale, les divisions et idées réformatrices du catholicisme.
Un moine augustin , nommé Luther , déclamateur fougueux, fut chargé, dit-on, de prêcher contre les indulgences, et il Je fit avec succès d'abord. Enorgueilli de ce premier avantage, il attaque les sacrements, la hiérarchie, la puissance, la richesse des ecclésiastiques, leur juridiction et surtout l'autorité des ponlifs. Il fallait, selon lui, ouvrir les asiles de la religion, rompre le célibat des vierges , le vœu de chasteté des moines, et leur donner la liberté de s'unir. Il Joignit l'exemple au pré-
isepte , fit sortir de son monastère uoe religieuse nommée Catherioe Bore, et l'épousa.
La nouvelle doctrine se répand depnis la Haute-Saxo jusqu'audelà do la mer Baltique,
te pape, justement irrité, lance les foudres de l'Eglise sur la tête du novateur. La bulle Exsurge Deus semblait devoir le terrasser : il brave tout, se qualifie d'apôtre extraordinaire , nie la présence de Je&us-Christ dans l'EcharUUe, et déclame fortement contre la messe. Ces discussions tbéologiques firent répandre des flots de sang 1 . Cependant le christianisme triompha.
1521. — Le duc de Bouillon déclare la guerre à l'empereur. Charles-Quint le croit mis en avant par François i* 1 , et lui fait la guerre. François i v perd le Milannais. Le combat de la Bicoque , ferme située à trois lieues de Milan , termina cette désastreuse campagne. 4522. Une ligue formidable des souverains d'Italie et d'Autriche, déclare la guerre à François i".
1523. — Les Anglais entrent en Picardie; les Allemands pénètrent dans la Champagne. Les uns et les autres sont expulsés. L'amiral Bonivet, qui continuait la guerre en Italie, est forcé de faire la retraite de Rebeck. Bayard et Vendenesse, frère de la Palice, soutiennent la retraite; mais tous deux y furent tués par le plomb do l'ennemi.
François I er , que ses revers n'avaient pas abattu . commit la faute de disperser son armée, puis H livre la bataille de Pavie, le 24 février 4525, contre l'avis de ses vieux capitaine, Le roi combattit en vrai paladin; mais toute sa bravoure ne put racheter son inhabileté stratégique. Les Français furent taillés en pièces; l'artillerie, les bagages tombèrent au pouvoir de l'ennemi ; huit mille Français couvrirent le champ de bataille. Le roi, fait prisonnier, fut conduit en. Espagne. 11 écrivit à la reine mère une lettre qui ne contenait que ce* mots ; « Madame» tout est perdu, foui' honneur. » L'empereur refusa de le voir, sous
prétexte que l'entrevue terri t embarrassante pour tous les deux. Désespérant d'amener Charles à un accomodement raisonnable, François i er remit à la duchesse d'Alençon, sa sœur, qui était allée le voir à Madrid, une abdication de la couronne en faveur du dauphin. La puissance du vainqueur alarme l'Europe; une ligne rapidement conçue, pour délivrer le prisonnier, est appuyée par l'Angleterre. Charles-Quint rend la liberté a sou prisonnier, mais A des conditions plus onéreuses que la captivité contre lesquelles François i" prétend avoir fait uoe protestation mentale. Les états de Bougogoe refusent de ratifier le traité. Charles-Quint, furieux d'avoir été joué, s'en prit au pape qui s'était mis à la léte de la ligue nommée Sainte. Rome fut saccagée par les impériaux. Forcé dans le cbàt au Saint-Auge, le pape fut fa\t prisonnier. La férocité des vainqueurs n'avait pas encore eu dNexemples. Les troupes de Charles-Quint innondent l'Italie et la Provence. 4529. La paix est conclue à Cambrai, moyennant deux cents raille écus d'or, l'abandon des droits du roi de France sur le Milannais, les comtes d'Ast , de Flandre et d'Artois. 1530. François i er épouse la sœur de Charles v, Eléonore, veuve du roi de Portugal, d'après un? des conditions du traité de Cambrai. 1551. Mort de Louise de Savoie, mère de François i". Août 1532, lettres d'union de la Bretagne à la France. 1535. Création, par François r", d'un corps d'infanterie de six mille hommes, sous le nom de légion et division en sections de cinq cents ou six cents hommes. Dans ce temps, Calvin parut sur la scène du monde. Esprit subtil et pénétrant, il imprimait à la réforme de Luther un caractère hardi, fondé sur une logique plus exacte, plus téméraire que Luther. Il était aussi fanatique.
François i w , entraîné par les conseils de Marguerite de Navarre, allait embrasser le calvinisme, quand le cardinal de Tournon parvint à 1e faire changer de résolution , et bientôt ce monar-
que poursuivit par le fer et la flamme ceux qu'il aurait appelés ses frères.
1534. — François Sforce, rétablit dans Milan par le traité de Cambrai , fit décapiter Merveille, agent français* François r" reprend les armes après avoir fait un traité d'alliance avec Soliman. C'est cette année que Innigo de Loyola d'Ognez.natif du pays de Guipuscoa , jeune gentilhomme qui, en 4524, âgé de vingt an», avait été blessé à la cuisse d'un coup de canon, sur la muraille du château de Pampelune dont il resta boiteux, était venu à Paris pour étudier les lettres. Il institua cette grande et célèbre compagnie de Jésus , qui s'est étendue dans toutes les parties du monde . et subsiste toujours.
Un grand nombre de ses membres, sous le titre de pères de la foi, ont parcouru la France en 1827, prêchant le jubilé. Les frères Thomas, Lowembourg, Davout , Farolet et Ronval , étaient & Argentan et dans les environs. Ils ont élevé des calvaires sur lesquels ils ont imprimé le cachet de la société (I H S) Jésus humilis societas. M. Ronval est encore venu prêcher à Argentan le carême de 4845.
4535.— La Savoie et le Piémont avaient refusé le passage aux troupes françaises. Chabot en fait la conquête. La mort de Sforce fait revivre les prétentions du roi sur le Milannais; Charles-Quint repousse ces prétentions, reprend plusieurs places en Piémont et pénètre en Provence. Le connétable de Montmorency défait son armée et lui fait lever le siège de Marseille. Le fils du roi de France mourut empoisonné. Sa mort fut attribuée à des affidés de Charles-Quint, ou bien à Catherine de Médicis, femme du duc d'Orléans qui, par cette mort, devenait successeur du roi. La guerre continue de tous côtés, plus active que jamais. 4538. Trêve entre François i"et Charles-Quint, à la médiation du pape et par suite de l'entrevue des souverains dans la vile de Nice.
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11139. Les Gantois s'élant révoltés, Charles-Quint fait demander à François i er le passage par la France, à la condition de Pinvestiture du Milanais, pour un de ses enfants. Le fou de la cour, Triboulet, écrivit sur ses tablettes que Charles-Quint était plus fou que lui de s'exposer à passer par la France; mais, dit François, H je le laisse passer sans lui rien faire, que diras-tu f rien de plus aisé, reprit Triboulet \f efface son nom et j'y mets le vôtre. Il semblait que François i" fut tenté parfois de déférer à l'avis du fou. Dans une conversation où se trouvait la comtesse d'Etampes, il dit à l'empereur : Voyez-vous, mon frère, cette belle dame, elle est d'avis que je ne vous laisse pas sortir de Paris que
vous n'ayez révoqué le traité de Madrid? Si l'avis est bon,
il faut le suivre, répondit froidement Charles-Quint. Il eut des inquiétudes et désira vivement se tirer au plus tôt des mains du roi.
Cette même année , François r" fit des ordonnances utiles ; elles prescrivaient la réforme et l'abréviation des procès, la rédaction en français des actes publics. Par une de ces ordonnances datée de Villers-Coterets, il prescrivait aux curés d'inscrire sur des registres les naissances et les décès.
Peu de temps après, le roi fut atteint d'une maladie secrète , importée récemment d'Amérique , qui n'avait pas encore été combattue par des remèdes efficaces. On dit qu'un marchand de fer, dont il avait abusé la femme, que l'on appelait la Belle Féronnière, pour se venger d'un outrage que les gens de cour nommaient galanterie, s'infecta lui-même pour empoisonner son épouse et son complice. La malheureuse en mourut. Le mari guérit par de prompts remèdes; mais le roi en conserva de fâcheuses affections jusqu'au moment de sa mort. 4540. François i er , excité par le pape Paul m , voulut faire, à Evreux, un essai de l'irquisition; mais les Ebroiciens se contentèrent de leurs fêtes des foux,des kirielle de l'âne, des reliques de saint Thaurin et de
saint Vital et dé leurs pénitents detouteBOooleurs.HBrep^issèmil
les auto-da-fé, et on ne brûla pas encore en Normandie,
4544-4543-4545. — La guerre se rallume entre François r* et Charles-Quint. Quelques albigeois et vaudois s'étaient réfugiés dans les bourgs de Merindol et de Cabriéres , Jean Menier Dappède, président du parlement de Provence, en fit un massacre général.
Les troupes de Charles-Quint et les Français en vinrent aux mains le lundi de pâques 4544, près du bourg de CeriaoUes. Les ennemis eurent dix mille morts; artillerie, bagages, munitions, et quatre mille prisonniers restèrent au pouvoir de» français. La paix fut signée à Crespy, en La on nais, le iS septembre 4 544, avec l'empereur : elle continua avec l'Angleterre jusqu'en 4546. Luther mourut en 4547. Le roi d'Angleterre, Henri vw, ne loi survécut que peu de jours. Il mourut le 28 février 4547, âgé de cinquante-sept ans. 11 avait eu six femmes. Il répudia la première et la quatrième, vit mourir en couches la troisième, fit décapiter la deuxième et la cinquième pour crime d'adultère; la sixième lui survécut. De la première, il eut une fille nommée Marie; de la seconde, il eut une fille nommée £lisabelh,et delà troisième il eut un fils appelé Edouard , qui fut roi d'Angleterre. François 1 er ne survécut que deux mais au roi Henri. II mourut au château de Rambouillet! le 51 mars 4547, des suites de la maladie que lui avait communiquée la Belle Feronnière. Avant de mourir, il fit de belles recommandations À son fikqot les ensevelit avec lui. François i er protégea les lettres et les arts; il fit construire ou terminer le Louvre, St-Germaiu-eo-Laje, Fontainebleau, le château de Madrid au village de Mesnes , aujourd'hui Boulogne , Villers-Coterets, Folembrey en Picardie, Chambord près Bloia, et quelques autres. A cotte époque commença le règne des favorites.