‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 22 sur 30 · HENRI ADE · texte numérisé non relu

HENRI ADE

Les concessions faites aux protestants leur firent soupçonner les intentions de leurs ennemis. Pour dissiper ces soupçons, on proposa le mariage de Marguerite, sœur de Charles ix , avec Henri, prince de Béarn. Sous ce prétexte, on attire à Paris Coligny et les principaux chefs protestants. Jeanne d'Àlbret mourut empoisonnée; ce fut le prélude de la Sl-Barthéleroy. Ce complot sanguinaire des conférences de Bayoune avec le ferocé duc d'Albe fut médité pendant sept années.

Enfin, le 23 août 1572 , à une heure après minuit, la cloche de St-Germain-l'Auxerois, par son tintement lugubre, donne le signal et fait entendre le glas des funérailles. Henri, duc de Guise, fils de celui tué par Poltrot de Meré, conduit les sicaires. L'amiral fut la première victime; il fut assassiné rue de Bélhisy , dans une maison qui, vers le commencement du xix e siècle , était appelé l'hôtel St-Pierre. On porta sa tète au roi, qui la fit embau-

mer et porter à Rome. Tous les partisans de l'amiral étaient massacrés ; les rues étaient jonchées de cadavres. Le roi contemplait le carnage par une fenêtre de son palais. Bientôt, imitant les bourreaux, il tire avec son frère sur un peuple désarmé et fugitif.

A mesure qu'on massacrait, on entassait les cadavres sous le» yeux du roi, de la reine et de la cour.

Catherine de Médicis, joignant le plus honteux cynisme à la plus atroce barbarie, regardait avec tranquillité cette horrible boucherie. Ses filles d'honneur, oubliant la pitié naturelle à leur sexe, vinrent effrontément dans la rue visiter le cadavre nu d'un gentilhomme nommé Soubise, que sa femme avait accusé d'impuissance.

Le carnage dura sept jours dans Paris, et deux mois dans les provinces. On avait envoyé des courriers aux commandants et gouverneurs des villes et duchés peur ordonner le massacre. Dans plusieurs endroits , ces ordres sanguinaires furent exécutés ; mais beaucoup de gouverneurs refusèrent de les mettre à exécution.

François de France , duc d'Alençon , prévint et arrêta les massacres dans son duché. JacquesdeRouxel de Médavid, qui venait d'obtenir de ce duc le gouvernement de la ville et château d'Argentan, avec la capitainerie de celte ville et de celle d'Exmes , refusa de même de faire exécuter les ordres de la cour.

Les massacres exaspérèrent les protestants, et une quatrième guerre civile naquit de ces violences. Les religionnaires, échappés au couteau, s'emparèrent des plus fortes places du royaume Trois armées formidables marchèrent contre ce peuple révolté sans pouvoir le soumettre.

Pendant ces mouvements, le roi fut attaqué d'une étrange maladie; d'abord il tombait dans des accès de frénésie; son sauf

coulait toujours et perçait à travers les pores de sa peau. Tout l'art de la médecine fût impuissant. Il vint chercher la santé et le repos sous les ombrages de Char levai. Il ne peut les y trouver; il retourne à Paris où il mourut, à l'âge de vingt-quatre ans , le 30 mai 4574. Il avait régné treize ans et demi.

Durant la maladie du roi, le duc d'Anjou fut élu roi de Pologne, Sigismond étant décède sans postérité.

Ce règne, taché de sang et de débauche , fut fécond en améliorations législatives dues aux travaux successifs de Cujas, de de Thou, de Harlay et de l'Hôpital, qui avait préparé et soumis, aux délibérations des bail Liges, la rédaction du code connu sous le nom de sage coutume de Normandie, qui a servi de base aux décisions judiciaires jusqu'en 4789, et dont l'esprit est conservé dans la plupart des articles du Code civil.

4574. — Sitôt que Charles îx eut fermé les jeux, la reine mère déclara qu'il lui avait confié la régence. Elle dépécha des courriers au roi de Pologne pour l'engager à revenir. Il eut de la peine à s'évader de la Pologne. Enfin, le 5 septembre 4574, il arriva au pont de Beau voi>in, où la reine mère fui le recevoir; puis il vint s'assseoir sur le trône sanglant de Charles IX, sous le nom de Henri m. Il se déclare contre les huguenots. Son frère, le duc d'Alençon , et Henri de Navarre, coururent aux armes. La reine d'Angleterre leur fournit des secours. Une cinquième paix est signée en 4576 ; mais bientôt l'édit de pacification est révoqué , et la sainte ligue fut reprise par Henri , duc de Guise, dit le Balafré. Le duc d'Alençon, étant mort sans postérité , le roi de Navare devient présomptif héritier de la couronne; mais il est déclaré, comme hérétique, incapable de succéder à la couronne. Henri ni était dominé par Guise; il s'unit avec lui. A cette époque, Pierre de Rouxel , seigneur des Grandes-Occaignes et du Mesnil-d'Occaignes , favori de Henri m, eut une aflaire d'honneur avec un seigneur italien.

Par ordre du roi , le cîiamp leur fut ouvert par le seigneur de Falandres. Pii rre de Rouxel remporta la victoire. Une seconde affaire, qu'il eut avec le redoutable seigneur Francbo , dont la mort termina le combat, acheva de le mettre en une haute réputation à la cour.

Le roi conçut le projet de se débarrasser à la fois du roi de Navare et du duc de Guise. Il envoie , contre le premier , des troupes aux ordres de Joyeuse. Elles atteignirent les protestants dans les plaines de Coulras , où elles fureot mises en déroute. Leduc de Joyeuse tomba aux mains de deux capitaines qui le tuèrent de sang froid. Les royalistes perdirent artillerie, bagages, enseignes, presque tous leurs chefs „ et cinq mille hommes restèrent sur le champ de bataille.

Le duc de Guise, envoyé contre les Allemands . les défait et revient victorieux à Paris. Le roi veut s'opposer à son entrée; Guise méprise ses ordres. Le peuple prend les armes, tend des chaînes, dépave les rues, sonne le tocsin, établit des barricades. Guise , à la tête des Parisiens, enferme les troupes royales dans le Louvre, et emprisonne le roi dans son palais. Il ne profita pas de cette position et laissa fuir son royale prisonnier, qui se rendit à Blois. Guise le suit; ils se reconcilièrent solennellement, mais intérieurement ils projetaient, le roi de faire mourir Guise , et celui-ci de détrôner le roi.

Tousdeux étaient sufiisa m ment averti de se méfier. Guise méprisait trop le roi pour le croire capable d'un assassinat. Il fut dupe de sa sécurité, car Henri m le fit assassiner en sa présence et dans son cabinet. Le cardinal , son frère, fut également poignardé dans une galerie en se rendant chez le roi. Richelieu fit brûler les cadavres des deux frères et jeter leurs cendres au venl.

4580. — Catherine meurt à Blois, délestée de tous les partis qu'elle avait trahis tour à tour. Sous prétexte de la mort de Henri n tué dans un tournoi, elleavait banni ces fêtes guerrières,

cl donnait à Ja place des bals où; les femmes de 5a cour dansaient demi-nues.

A cause [du meurtre du cardinal de Lorraine , la Sorbonne déclare Henri ni de Valois déchu de sou droit à la couronne; les prêlres déclarent en chair que celui qui tuera le tyran sera sauvé. Dans'cette extrémité, le roi fut forcé d'implorer le secours du Navarrois qu'il avait autrefois refusé, et de concert, à la tôle d'une puissante armée, ils ma rcbent sur Paris où se trouvaient les principaux acteurs de la ligue.

Dans les provinces , los deux partis avaient eu différentes rencontres. Le duc de^Monlpensier, gouverneur de la Normandie, remporta de grands avantages sur les ligueur*. Il occupait le comté d'Exmes, sauf Falaise qu'il tenait assiégé. Brissac conduit quatre mille Gantiers au secours de cette place. Montpensier vient à leur rencontre au village de Pierre-File, entre Argentan ctFalaisc, les met en dérouleel les poursuit par Vimoutiers, Bernay et Lacbapelle-Gatitier, pour détruire le foyer de ces soldats improvisés. Ils n'étaient autres que des paysans armés pour se défendre contre les exactions des gens de guerre et les sergents des tailles, bien plus difficiles que les premiers. Ils tenaient leur nom de Lâcha pelle- Gautier , où avait eu lieu leur premier rassemblement. Montpensier les défait et les assomme en partie ; ce qui reste est contraint de retourner à la charrue. La guerre civile durait toujours. Cependant les Parisiens se déclaraient pour la paix et la ligue touchait au moment de sa ruine, lorsqu'un jeune religieux de Tordre de saint Dominique changea toute la face des affaires.

Son nom était Jacques Clément. Né dans un village de Bourgogne, il était âgé de vingt-quatre ans. Ce fanatique se charge d'être le libérateur de la sainte ligue. Muni des sacrements, de passeports et de lettres de créance, il se rend à Saint-Cloud et demande à parler auroi. Le lendemain, introduit

dans la chambre du roi, sur les sept heures du matin, le I er août 4589, il lui présente une leltre de créance. Lorsqu'il le vit occupé à la lire , il tira de sa manche un long et large couteau et le lui plongea dans le bas ventre. Henri , blessé, retire lui-même le couteau et en frappe le monstre au visage. Les gardes accourent au bruit et le percent de mille coups. Cette précipitation empêcha de connaître ses complices. Le roi fit appeler Henri de Navare, le déclara son successeur et expira le 2 août, à quatre heures du matin. Il était âgé de trente-huit ans; il avait régné quinze années. On porta son corps à Sainte- Corneille de Compiègne où il reposa jusqu'en 1610, qu'il fut apporté à Saint-Denis. Peu s'en fallut que Jacques Clément ne fut porté sur la légende des saints martyrs. Le pape Sixte- Quint le combla de louanges, compara son crime aux actions héroïques de Judith et d'Eléasar; il l'appela second sauveur.

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