‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 23 sur 30 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ËRE CHRETIENNE.

Mais cette impénétrable et juste Providence Ne laisse pas toujours prospérer l'insolence; Quelquefois sa bonté, favorable aux humains.

Met le sceptre des rois dans d'innocentes mains.

(Uehmadb)

SOMMAIRE. — Henri iv. — ■ Guerre de la Ligue. — Henri iv maître d'Argentan. — Bataille d'itry. — Pierre de Rouiel prend Verneuil. — Son duel avec Detrépigny. — Excommunication de Henri iv. —Siège et

famine do Paris. — Henri IY converti et sacré. — Son règne. — Il est frappé par Jean'Cb&iel. — Suite et événements du règne de Henri iv.-— Assassinat de Ravaillac. — Supplice de ce régicide. — Marie de Médicis régente. — Lonis xm. — Concini. — Mort de Pierre de Rouxel. — Règne de Louis xm. — Richelieu. — Cinq-Mars. — Mort de Richelieu. — Mort de Louis xm. — - Anne d'Autriche régente. — Mazarin.

1589-4610. —Henri m mort, l'armée se divise; partie des catholiques reste attachée à Henri îv , l'autre l'abandonne. Pour recevoir plus facilement des secours d'Angleterre, Henri porte ses forces en Normandie. Mayenne, fils aîné du duc de Guise, mort à Blois, le poursuit. La rencontre eut lieu dans les plaines d'Arqués , le 21 septembre 1589. Mayenne est complètement battu. L'Anjou, le Maine et la Touraine, sont pour le vainqueur. En Normandie, il réduit les plus fortes places, Alençon, Argentan, Falaise, Lisieux etHonfleur. Le duc de Mayenne, qui se tenait aux environs de Paris , veut arrêter les progrès de l'ennemi; il s'approche des bords de l'Eure , vers Yvry , où il le rencontra. Le combat eut lieu en cet endroit, le mercredi 14 mars 1590. En moins d'une demi-heure, l'armée delà ligue fut détruite. Mayenne se retire à Saint-Denis; Nantes et Vernon se rangèrent du parti du roi , qui revient bloquer Paris, après s'être rendu maître des forts de Charen ton , de Vincennes et de Saint-Denis. Mayenne reçut des secours du duc de Parme et put ravitailler la ville. Pierre Rouxel , baron de Médavid, capitaine du château d'Argentan , gendre de Guillaume de Haute- Mer, seigneur de Fervaques, lien tenant-général , gouverneur de la Normandie, surprit le château de Verneuil pour la ligue et se rendit maître de la ville après un sanglant combat. Le duc de Savoie envahit le Dauphiné. On guerroyait aussi en Languedoc; la Provence était déchirée par des factions intestines. Henri mit le siège devant Rouen le 24 novembre 1591; il dura cinq mois. La ville fut secourue à propos pour l'em-

pêcher dese rendre. Mayenne parcourt de nouveau la Normandie. Le baron de Médavid qui , après la prise de Verneuil , avait obtenu du duc de Mayenne le commandement de cette place, se faisait remarquer par des actions intrépides; avec une poignée d'hommes , il fut reconnaître le camp du roi devant Chartres ; plus tard, à la tête de cinquante cavaliers, il soutint l'effort de huit cents hommes commandés par MM. d'Amboise et de la FWté, depuis Séez jusqu'à Laigle. Il était doué d'une force musculaire prodigieuse , car on rapporte que, dans un combat près de Breteuil , il perça de son épée le sieur Detrepigny qui était à la tête d'une compagnie de gendarmes et l'enleva tout enferré de dessus son cheval. Ce trait est le sujet d'un tableau qui se voit encore au château de Grancei.

Revenons au roi de Navarre. Il fut excommunié par le pape Grégoire xiv : la bulle fut brûlée par la main du bourreau* Malgré cette nouvelle difficulté, Henri n'en pressa pas moins le siège de Paris, et pendant six mois la famine dévora les Parisiens ; ils furent réduits à broyer les os des morts pour en faire du pain ou une sorte de bouillie. Le roi de Navarre reconnut enfin que Paris et la France valaient bienune messe. Il abjura le calvinisme en 4594, au village de Suresne , puis il se fit sacrer dans l'église Notre-Dame de Chartres , le 27 février de la même année 1594. Mayenne se retira à Soissons, et Paris ouvrit ses portes le 22 mars suivant. Le maître de Paris acheta la soumission des provinces : au mois de mai, Rouxel de Medavid se mit dans l'obéissance avec la ville de Verneuil , qu'il gouvernait.

Les commencements de ce règne furent heureux. Henri iv ne voulut pas même choquer le fanatisme. Quelques corps religieux ayant refusé de faire les prières usitées pour la conservation du roi , Henri iv dit : // faut les laisser faire , ils sont encore fdchés. Le27 décembre 1594 , étant dans la chambre de Gabrielle d'Estrées , il reçut un coup de couteau dans la lèvre inférieure.

On se saisit d'un jeune homme qui se mêlait dans la foule , que Ton crut avoir fait le coup ; il se uomruait Jean Châtel, était fils d'un marchand drapier et était âgé de dîx-neufans. Dans son interrogatoire , il déclara qu'il avait été poussé à ce crime par les leçons des jésuites. Jean Châtel futtondamné à être écartelé : il souffrit les tortures sans faiblesses ni repentir. Henri jv fit sa paix avec Rome. Le pape Clément vin retira ses excommunications ; il traita de môme avec Mayenne , qui devînt un sujet fidèle.

L'Espagne entretenait toujours en France le levain de la révolte ; Henri déclare la guerre à Philippe il. Les armées françaises et espagnoles se rencontrèrent à Fontaine-Française , le 30juinl595 ; les premières remportent une victoire complète. Le roi courut de grands dangers , car il écrivit à sa sœur : Peu s* en est fallu que vous n'ayez été mon héritière. 1596. Cette année fut employée à la pacification générale de l'état. — 1597. — Les Espagnols , au mépris des traités , s'emparent d'Amiens; ils en furent promptement expulsés , et la paix fut conclue à Vervins, le 3 mai 1598. Au mois d'avril précédent, étant à Nantes, Henri donna le fameux édit qui porte le nom de cette ville, en faveur des protestants. 1599. Mort de Gabrielle d'Estrée, duchesse de Beaufort ; .elle était enceinte de quatre mois : on croit qu'elle fut empoisonnée.

Henri fait prononcer à Rome la dissolution de son mariage avec Marguerite. En 1600 il épousa Marie de Médicis, déclara la guerre au duc de Savoie , et , en trois mois de temps , il s'empara de son duché. Un édit de cette époque déclare que la profession ne peut annoblir celui qui l'exercera , et une déclaration défend les duels. 1604. Traité de Lyon avec le duc de Savoie; naissance de Louis xm , au château de Fontainebleau , le jeudi 27 septembre 1601. 1602. Conspiration des maréchaux de Biron . de Bouillon et du comte d'Auvergne , par

suite de laquelle Biron eut la tête tranchée à la Bastille , le 31 juillet. 1603. Renouvellement des traités avec Jacques i* r , roi d'Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande. 1604. Création par Paulet de la rétribution financière , dite Paulette , qui assurait dans les familles le bénéfice des charges de judicatur e et de finance , en payant, par ceux qui les achèteraient , Je soixante-septième denier de la finance, faute de quoi elles rentreraient dans le domaine du roi.

Cet édit , comme l'ordonnance de 1816 , qui permet aux titulaires la présentation d'un successeur , fut vivement critiqué, comme perpétuant la vénalité des charges , si contraire aux intérêts de l'état et des particuliers , substituant l'ignorant qui aurait de l'argent à l'honnête homme fort instruit qui eo serait privé; qu'il exciterait le désir d'acquérir de la fortune à tout prix et le mépris des vertus, qui demeureraint sans récompense; vénalité enfin si sagement abolie par la Constituante.

Nous ne suivrons pas Henri îv dans ses amours et ses travestissements où , plus d'une fois , il compromit la majesté royale et sa personne, Arrivons au moment où il déclare la guerre à l'Espagne, pour contraindre Philippe h à lui renvoyer le prince de Condé , premier prince du sang, qui était venu lui demander asile pour lui et son épouse , afin de la soustraire aux poursuites du roi de France , qui donnait alors cet étrange spectacle à ses courtisans d'un souverain à barbe grise courant après un enfant de seize ans. Des milliers d'hommes vont aller aux combats pour forcer la retraite où Condé celait son épouse pour la dérober à une flamme adultère. Les Espagnols voient ces préparatifs sans s'émouvoir.

1610. — La reine, conseillée par Concini , voulut être sacrée et couronnée avant le départ du roi , parce que , durant son absence , elle devait être régente. La cérémonie eut lieu dans l'église St-Denis , le 12 mai 1610. Son entrée dans Paris

était fixée au 15 du môme mois. Le 44 , sur les quatre heures après midi, le roi monte en carrosse pour aller conférer avec Sully à l'arsenal. Il était accompagné des ducs d'Epernon et de Montbazon; des écuycrs et des valets de pied se tenaient près des portières.Un embarras de voitures, dans la rue de la Ferronnerie, fut cause que les valets de pied abandonnèrent la voiture et défilèrent par les charniers des Innocents. Un homme profite de celte circonstance , monte sur la petite roue du carrosse, du côté du duc d'Epernon , sur lequel le roi s'appuyait; il le frappa de deux coups de couteau ; le roi périt à l'instant, sans pouvoir proférer une seule parole , et l'on reporta au Louvre le corps sanglant et sans vie.

Le coupable fut saisi, le couteau à la main, et fit l'aveu de son crime. On a généralement pensé que Henri iv périt d'une conspiratiou dont Ravaillac ne fut que l'instrument, et dont les auteurs élaient Marie de Médecis, le duc d'Epernon et l'ambassadeur d'Espagne. Du reste, ce qui n'a pas été détruit du procès ofTre Ravaillac toujours isolé ; mais on n'a pu connaître ses paroles positives, puisque après son supplice le primata du procès fut supprimé, que son dernier interrogatoire se passa sous le secret de la cour.

Sur l'échafaud , Ravaillac parut étonné de l'horreur qu'il inspirait, et voyant un homme proposer un cheval pour remplacer un de ceux approchés pour son supplice, il dit: on m'a bien abusé en me disant que mon action serait agréable au peuple puisqu*il fournit lui-même des chevaux pour me déchirer. Le supplice fut horrible et long : les membres du supplicié furent portés à la voirie.

Henri iv était âgé de cinquante-sept ans ; il en avait régné vingt-deux. Il laissa, de Marie de Médicis, trois fils : Louis, qui régna le second, mourut en bas âge; le troisième, Jean-Baptiste- Gaston, porta le titre de duc d'Orléans. Il laissait aussi trois

filles , Marie , Elisabeth et Henriette, qui épousèrent : l'aînée Philippe iv, roi d'Espagne; la deuxième, Victor-Amédée, prince du Piémont; la troisième, Charles 1", roi d'Angleterre.

La reine fut régente ; la guerre contre L'Espagne cessa ; Condé revint en France.

Henri iv eut du bon parfois; mais son tableau n'est pas sans ombre. C'est le premier roi qui, pour un lièvre, avait exposé un homme à aller aux galères. On a conservé son vœu en faveur de l'habitant des campagnes : Je prétendê que chaque paysan mette le dimanche la poule au pot.

1610-1643.— Louis xiii, fils de Henri iv, n'avait que neuf ans lorsqu'il monta sur le trône. La régente était dominée par Concini, qui devint le maréchal d'Ancre. Il épuisa le trésor de l'état et souleva contre lui l'indignation générale. Le prince de Condé lève l'étendard de la révolte. La moitié de la cour se range sous ses drapeaux. La guerrre civile fut imminente. La paix de Sainte-Menehould, ou la Malotrue, donne quelque repos. Les états furent assemblés. Ce fut une comédie dont le peuple paya les frais. 4615. Le parlement demande des réformes dans l'administration publique ; le prince de Condé demande l'exécution du traité de Sainte-Menehould. Sur le refus, il prend les armes. Le traité de Lotidun paraît devoir amener une paix stable ; mais Marie de Médicis fait arrêter le prince de Condé; les autres princes se préparent à la guerre. Le roi épouse Anne d'Autriche ; Elisabeth, sa sœur, épouse le fils de Philippe m ; Duplessis- Richelieu, évêque de Mon tluçon , créature de Concini, devient 8 ecrétaire d'état.

L'orgueil du maréchal d'Ancre n'avait plus de bornes : le roi ctait son premier esclave; mais il souffrait avec impatience que et insolent favori le tînt en captivité. Il s'en plaignit à un jeune homme que l'on souffrait auprès de lui, le regardant sans conséquence, parce qu'il paraissait ne s'occuper que de chasse e

d'élever des oiseaux. Lorsqu'il recevait les plaintes du roi, loin de les calmer, il présentait le maréchal sous des couleurs odieuses et en horreur à la population. Il ajouta qu'il serait difficile de lui faire son procès à cause delà protection qu'il recevrait de la reine; qu'il fallait prendre un parti violent. Le lundi 24 avril 4617, il fut assassiné sur le pont du Louvre. La haine publique s'exerça sur son cadavre. Galigai , femme de Concini , fut condamnée et exécutée comme sorcière. La reine fut exilée à Blois.

La mort de Concini mit fin à la guerre contre les protestants et les mécontents, qui avait été poussée avec vigueur en 4616 et 1617.

1617. — Mort de Pierre Rouxel de Médavid, seignenr d'Argentan , gouverneur de Verneuil. Charlotte de Hautemer, de Fervaques, sa veuve, lui fit élever un mausolée en marbre blanc, qui avait quinze pieds d'élévation.

De Luynes concentra dans ses mains toute l'autorité. La reine se sauva de Blois et vint à Angoulôroe. Richelieu cimenta la paix entre le roi et sa mère ; mais cette paix ne reçut pas son exécution. La guerre continua dans les années 1621 . 1622, 1623 avec des chances variées, et ne se termina que par la confirmation de l'édit de Nantes.

1624. — Richelieu, devenu cardinal, prit place au conseil: tout plia sous sa volonté. 1625-1626-1627. Des cabales contre le cardinal sont sévèrement punies. Les troubles continuent, surtout à cause de la mésintelligence entre le roi et son frère. Richelieu , poursuivant toujours les huguenots, fit raser la Rochelle qui leur servait de boulevart.

1628-1629-1630. — Le cardinal, menacé par les intrigues des grands, fait tomber leur téte. Il soutient la guerre contre l'Espagne et la Savoie. Le traité de Ratisbonne mit fin à tous les débats qui tenaient l'Europe attentive. 11 fut apporté par l'intemonce Mazarin qui, jeune et rempli d'adresse, avait su raé-

nager une trêve entre les partis. La reine mère voulut renverser Richelieu ; mais , plus habile, il déjoua leurs projets. Ce fut la journée des dupes. 1651-1652. Alliance du roi de France avec la Suède et la Bavière. Gaston, frère du roi, veut allumer la guerre civile en France ; mais elle fut bientôt éteinte. Gaston fit sa paix avec la cour et abandonna ses partisans, entre autres le duc de Montmorency, aux vengeances du cardinal. 1655-1654. Sept jours après la mort de Montmorency, Gaston s'enfuit de la cour et la guerre civile recommence. Elle est encore étouffée. 1655-1640. La guerre s'engage avec l'Espagne et l'Empire; elle devint générale en Europe. Le Roussillon fut annexé à la France ; ce fut le prix de ses efforts. 4641-1642. Richelieu avait placé près du roi un jeune homme nommé Cinq-Mars, fils du marquis d'Eflïat , pour lui rendre compte des plus secrètes pensées du prince; mais ce jeune homme crut pouvoir remplacer son protecteur; il entra dans un complot avec Gaston et autres ennemis du cardinal, pour le renverser. Richelieu les avait devinés; ils furent arrêtés et sacrifiés. Cinq-Mars eut la tète tranchée à Lyon; Gaston demanda grâce, à son ordinaire en chargeant et abandonnant ses complices.

Richelieu était mourant ; il suivit de prés ses dernières victimes. Marie de Médicis l'avait précédé dans la tombe.

Lors de le mort de Richelieu, les prisons s'ouvrirent: la Bastille, Vincennes, les forts et les citadelles vomirent les victimes qu'enchaînait sa vengeance ou sa politique. Louis xm ne survécut à Richelieu que de cinq mois dix jours. Il mourut le 14 mai 1645, âgé de quarante-trois ans. Il en avait régné trente-trois.

Il laissa deux enfants, Louis xiv et Philippe , qui fut duc d'Orléans. Le premier fut appelé Dieu-Donné.

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