CHAPITRE XX1L
ERE CHRETIENNE
Bientôt des Dieux vengeurs les sinistres augures Annoncent aux mortels nos discordes futures.
L'a sire du jour, dans l'ombre éclipsant sa clarté
Yoile son front brillant d'un crêpe ensanglanté.
Degubrlb.
Siècle de Louis XIV. — Xes maréchaux de Grancei. — Lenrs belles actions.
— Succès, revers et mort de Louis XIV. — Louis XV. — Evénements de son règne. — Système de Law. — Mort de Louis XV. — Louis xvi. — Evénements de son règne. — Révolution française. — Députés d'Argentan aux états généraux et à l'assemblée nationale constituante. — Rapport des officiers de la troupe bourgeoise d'Argentan sur les moyens employés pour l'approvisionnement des halles. — Constitution et organisation de la milice nationale d'Argentan. — Nomination d'un comité permanent. — Règlement el attributions de ce comité. — Invitation aux fabriques d'envoyer l'argenterie à la Monnaie. — Revenus et dépenses de la municipalité d'Argentan en 1790. — Rapport sur l'organisation de la ville. — Soumission de la ville pour acquérir la maison du château. — Projet de route d'Argenlan à Mayenne. — Formation du bureau de paix à Argentan. — Formule de serment proposé par MM. Lapommerie et Lesage. — Rejet de cette proposition. — Ordre & la garde d'Argentan d'arrêter les émigrants. — L'autel de la patrie à Argentan. — Proposition sur l'ouverture de la route de Mortagne âGacé. — Emission de billets de confiance à Argentan. — La patrie est en danger. — Mesures ordonnées à Argentan. — Appel aux armes. — Déportation de prêtres. — Assassinat à Gacé. — La République. — Procès de Louis XVI
— Votes des députés de l'Orne. — Jugement et mort de Louis xvi.
Le parlement conféra la régence à la reine Anne d'Autriche. Gaston, duc d'Orléans, reçut le vain titre de lieutenant-général du royaume, sous la régente absolue.
La régente donna , pour successeur à Richelieu , Mazario. La guerre continua avec l'Espagne; le théâtre était en Flandre. Les troupes espagnoles , commandées par Mello, général expérimenté, ravagent la Champagne et attaquent Rocroi, espérant venir à Paris , n'ayant devant eux qu'une armée inférieure en nombre commandée par un jeune homme de vingt ans. Malgré son conseil , ce jeune homme , qui devint le grand Condé, livra bataille, le 19 mai 1645, et remporta une victoire complète. Cette journée de Rocroi devint l'époque de la gloire française cl de celle de Condé. Le 8 août suivant il prit Thiooville, dont le commandement fut conOé à Jacques Rouxol, comte de Médavid et de Grancei, gouverneur d'Argentan, qui, à la tête d'un régiment de dix compagnies , composé de la plus belle noblesse et île l'élite du pays d'Argentan, qui passait pour le plus beau et le plus lesle de toute l'armée, s'était distingué dans les opérations du siège. Condé fît repasser le Rhin aux Allemands, et les suivit sous les murs de Fribourg, où il les attaqua, le 51 août 1644. Merci prit la fuite avec ses troupes. Coodé revient à Paris , où il reçut les acclamations du peuple. Il laissa son armée à Turenne, qui, malgré son habileté, fut battu à Mariendal. Condé revient, atteint et attaque Merci dans les plaines de Nordlingen. La déroute de l'ennemi fut complète: Merci est an nombre des morts. Il fut enterré sur le champ de bataille. On grava sur sa tombe : sta viator heroem calcas..
7 octobre 4646. — Le prince prend Dunkerque. On l'envoie en Espagne. Il échoue devant Lérida. Il revient en Flandre, trouve l'archiduc Léopold qui assiégeait Lens, en Artois. L'engagement eut lieu le 10 août 1648 ; il dit à ses soldats : Amis, souvenez-vous de Rocroi , Fridbourg et Norlingen. L'ennemi fut taillé
en pièces : cent drapeaux . trente-huit pièces de canon , cinq mille prisonniers et trois mille morts composèrent la perte de l'ennemi : le surplus déserta. Dans le même temps, le duc d'Orléans bat les ennemis d'un autre côté. Le vicomte de Turenne gagne les batailles de Lavingen et Sommerhausen. La Bavière, la Lorraine sont au pouvoir des armées françaises.
Dans toutes les circonstances de cette guerre, qui avait duré quatre ans, depuis la mort de Louis xiii, la famille de Graocei se distingua par des prodiges de valeur. Pierre de Rouxel, commandant la grande garde du camp d'Arten , ayant été attaqué par la garnison de Douai, il la repoussa jusque dans ses murs et fut blessé d'un coup de mousquet sur la contrescarpe. — Jacques Rouxel, gouverneur d'Argentan et de Thionville, reçut le pouvoir de commander en chef l'armée de Flandre. Les camps retentissaient des belles actions des seigneurs de Rouxel.
Enfin la guerre étrangère se termina ; la paix fut signée à Munster, en 4648. L'état se trouvant obéré par les guerres qui s'étaient succédées, Mazarin, dont la fortune était scandaleuse, proposa de créer de nouveaux impôts. Le parlement refusa d'enregistrer lesédits. Mazarin fit arrêter plusieurs de ses membres; le peuple s'irrite; on ferme les boutiques, on tend les grosses chaînes qui étaient alors à l'entrée des rues principales, et on fait des barricades. La reine mère et Mazarin , son favori, se retirent à Saint-Gerraain-en-Laye. Toute la cour coucha sur la paille. Celte guerre civile avait cela de commun avec la guerre d'Angleterre, qu'elle avait commencé pour un peu d'or. Aucune conviction politique n'animait les chefs de l'entreprise; c'était une représentation tragi-comique dont le peuple payait les frais.
4650. — L'Espagne s'apprêtait à envahir la France. Le parlement, épuisé d'argent, traite avec la cour. Pierre Rouxel, comte de Grancei, gouverneur d'Argentan, qui servait sous les
ordres du maréchal du Plessis-Praslin , défit un bataillon eonemi à la bataille de Rhétel. Le maréchal lui donna les dra. peaux de ce régiment ; il les fit porter dans son château d'Argentan. Jacques Rouxel de Grancei , son père , venait d'être honoré , par Sa Majesté , du bâton de maréchal ; Pierre reçut l'ordre de suivre le maréchal en Normandie pour observer cette province.
On cite du maréchal de Grancei des réponses qui font connaître son caractère ; celle-ci à M. de Turennc : Oui, corbieu l ce que je dis est aussi vrai comme il est vrai que je n'ai jamais tourné casaque.
Quelques seigneurs lui reprochaient de ne pas être frisé ni poudré comme les autres courtisans : Messieurs, dit-il, montrant sa poire à poudre à canon , voilà la poudre dont je me sers ,je n'en connais pas d'autre.
François-Benedic Rouxel , qui succéda à Jacques son père, et Pierre son frère , dans le gouvernement d'Argentan , fut un des plus grands guerriers de son temps. Il devint chef d'escadre; il était moins que recherché dans sa toilette. Cette négligence donna l'occasion à deux maréchaux qui se trouvaient dans la chambre du roi , auquel il venait rendre compte d'une expédition maritime , de lui dire : Quoi ! marquis , venir chez le roi en cet état , vous voilà fait comme un paltfrenier!
Oui, Messieurs , tépondit-il , comme un pale frenier prêt à vous bien étriller, et il passa outre.
Guillaume Rouxel , douzième enfant de Jacques , auquel Louis xiii avait accordé l'abbaye de Silly-cn-Gouffern , résigna cette abbaye à François , son frère , qui devint archevêque de Rouen. Pour lui , il prit le parti des armes , fut fait conseiller du roi, capitaine des gens d'armes du duc de Valois. Ce fut lui qui , pour quelques griefs qu'il avait éprouvés de la part des sieurs Vie! Desparquets et de Boissey, habitants d'Argentan »
vint dans celte ville , le 23 avril 1649, accompagné de plusieurs régiments d'infanterie et cavalerie de sa maison , pilla et brûla une partie des faubourgs, exigea une contribution de quinze mille francs pour ses officiers , laquelle somme fut a cet effet prêtée par M. de Turgot-Saint-Clair. Le pillage fut évalué à cent mille francs , et il eût été plus considérable sans la diligence de M. de Chamboy , qui obtint un ordre du roi au seigneur comte de Médavid de sortir d'Argentan. Le roi députa MM. deTilly, Leroux et Duboullay pour informer sur cette affaire; mais , par la faveur du duc d'Orléans , elle fut évoquée au conseil et demeura sans poursuites.
La suite du règne de Louis xiv fut une série de combats intétérieurs et à l'étranger. Ce siècle est trop connu pour que nous ayons à en parler ; nous ne citerons que les événements auxquels auront pris part les gouverneurs d'Argentan.
1651. — Le prince de Gondé avait soulevé le Poitou et l'Anjou. Pierre de Rouxel , gouverneur des ville et cbâteau d'Argentan , conduisit deux cents gentilshommes normands au maréchal d'Hocquincourt , son oncle. Il défit la compagnie des gardes du duc de Rohan , dont il envoya les casaques au roi, à Saumur, et se rendit maître des faubourgs de la ville. Dans cette expédition , le gouverneur d'Argentan fut blessé d'un coup de mousquet à l'épaule. 23 septembre 1653. Nous voyons encore Pierre Rouxel près de la Roquette , sur le Tanaro , et au passage de la Bormida, où il fut blessé de deux coups de pique au ventre. 1669. Les Turcs, voulant profiter de nos divisions, viennent assiéger Candie. Joseph Rouxel de Médavid , cinquième fils de Guillaume Rouxel et de Marie Dascher , est envoyé au secours de cette place , sous les ordres du duc de Beaufort. Il périt avec le duc dans une sortie que fit la garnison , et le visir Kiuperli entra dans la ville , qui n'était plus qu'un monceau de ruines. Les Turcs montrèrent, dans cette
occasion, des connaissances stratégiques que l'on était loin de leur supposer. On croit qu'ils avaient avec eux des ingénieurs italiens.
1670. — Henriette Stuard , sœur de Charles h, roi d'Angleterre, et épouse de Philippe d'Orléans, frère du roi de France, obtient de son frère un traité d'alliance, qui facilitait à Louis xrv la ruine de la Hollande. Madame repassa la mer , le 42 juin, et mourut à St-Cloud en moins de huit heures , le 30 du même mois. Quelques soupçons planèrent sur Monsieur ; mais cependant les relations des deux frères ne furent pas interrompues. Deux cent mille hommes et les escadres combinées anglaiseset françaises attendaient le signal du départ.
Monsieur se remaria , le 21 novembre 1674 , àChâlons, à la princesse Charlotte-Isabelle, fille de Charles-Loui* , électeur palatin. Celte princesse mourut en 1722, laissant deux enfants, Louis-Philippe d'Orléans , qui fut régent sous Louis xv , et la duchesse de Lorraine.
1572. Les armées s'ébranlent et marchent vers le Rhin. On commence par assiéger Rhuiberg, Wesel et Burik. A peine investies, ces villes ouvrent leurs portes aux Français. Orsoi fit quelque résistance. Pierre de Rouxel , marquis de Grancei, gouverneur d'Argentan, eut le genou cassé d'un coup de mousquet, en travaillant à la tranchée, sous les yeux du roi. La ville se rendit le 3 juin. L'armée s'avance sur Amsterdam ; les Hollandais lèvent les écluses; le pays est inondé ; les Français sont repoussés par les flots; Louis xiv quitte brusquement l'armée , dont il confie la direction à ses généraux.
1673. — Une puissante coalition se forme contre la France, qui est forcée d'évacuer la Hollande, que l'inondation protège. Néanmoins les Français prennent encore des villes; Maestrict tombe en leur pouvoir. Jacques-Léonor Rouxel de Médavid, fils aîné de Pierre de Rouxel de Médavid , comte de Grancei ,
gouverneur d'Argentan, alors âgé de dix-huit ans, servait en qualité de cadet dans les gardes du corps de Sa Majesté. Au siège de Maestrict, il fit preuve de bravoure et de connaissances militaires qui firent augurer en sa faveur.
1674. — Le 19 février, le roi fit la paix avec la Hollande.
En Flandre, le prince de Condé , à la tête de quarantecinq mille hommes , se battit à Senef , village entre Marmiout et Nivelle, contre le prince d'Orange, qui en commandait soixante mille. Le prince de Condé resta maître du champ de bataille. Jacques-Eléonor de Rouxel fit, dans ce combat, des prodiges de valeur qui retentirent dans toute l'armée. Délabretesche, colonel de dragons, surprit et se rendit maître de Leuves, près de Louvain , et facilita le succès de nos armes.
1689. — Les hostilités avaient été suspendues et reprises. Les armées françaises étaient sur le Rhin; Riéservent, Bonn et Mayence tombent au pouvoir des alliés. Bonn fit une défense glorieuse. Le brigadier Rouxel de Médavid soutint longtemps, avec des forces inégales , le choc des ennemis. Sa belle résistance fut jugée digne d'un meilleur sort.
1690. — M. de Câlinât attaqua le duc de Savoie à Staferde, le 18 août , et le battit complètement. Le brigadier Rouxel de Médavid contribua puissamment au succès de cette journée , ainsi qu'à la prise de Saluées et de Suze.
4692. Pour récompenser le comte de Grancei, seigneur d'Argentan et brigadier des armées royales , de tous les services qu'il avait rendus à l'état, le roi lui donna le gouvernement du pays et citadelle de Dunkerque.
1695. — Le duc de Savoie avait entrepris le siège de Pignerolles. Il fut attaqué et défait à Marsaille , le 4 octobre, parle maréchal de Catinat , sous les ordres duquel servait Jacques- Eléonor Rouxel de Médavid Grancei , gouverneur de Dun-
kerque, récemment promu au grade de maréchal-de-camp. Granceifit, dans cette occasion, des prodiges. Il fut dangereusement blessé d'un coup de fusil au travers du corps.
1697. — Les Hollandais proposèrent des conférences , an château de Riswick , pour une paix générale. Les opérations militaires n'en furent pas retardées. Le maréchal de Catinat prit Ath en Flandres. La conduite du maréchal-de-camp de Grancei, à la prise de cette place, lui valut le grade de lieutenant-général qui lui fut décerné peu de temps après. Enfin, le 20 septembre, à minuit, quatre traités de paix furent signés à Riswick avec la Hollande , l'Espagne, l'Angleterre et l'empereur. Ces traités donnèrent, pour quelque temps, du repos à l'Europe. Ce repos fut bientôt troublé par la guerre pour la succession à la couronne d'Espagne , déférée par le testament du feu roi à Philippe, petit-fils de Louis xiv. Cette guerre fui allumée sur tous les points à la fois. Monsieur de Vendôme , qui remplaçait Catinat et de Villeroi, parce que le premier était mort, et l'autre prisonnier, livra, le 45 août 4702, la bataille de Lusara. Jacques-Eléonor de Grancei , lieutenant-général des armées du roi , se conduisit suivant son habitude , en héros, et contribua puissamment à la prise de Lusara et de Guastalla.
4705. — Jacques-Eléonor de Grancei eut le commandement en chef des troupes destinées à pénétrer dans le Trentain pour ouvrir une communication du Milanais avec la Bavière, et couper les passages à l'armée impériale.Il la força dans les retranchements qu'elle avait établis dans les valées de l'Oder et de Nota , puis il se* rendit maître de Riva , Arco , Nago et Torbalé.
4704. — Le lieutenant-général Rouxel de Médavid Grancei, sous les ordres du maréchal de Vendôme, prit Verceil , Yvrée et Verrue ; contribua au gain de la bataille de Cassano, près de PAdda. Le roi lui donna le gouvernement de la ville et châtean d'Argentan, devenu vacant par la mort de Jacques de Rouxel son père.
1705. — Vendôme et Médavid soutenaient dignement , en Italie, l'honneur de nos armes. Après la bataille de Cassano, ils gagnèrent celle de Calcinato, qui fut livrée le 19 avril 1706. Monsieur de Vendôme fut rappelé d'Italie pour aller réparer les pertes <le la Flandre; il fut remplacé par monsieur le duc d'Orléans , qui fut blessé au siège de Turin, où le maréchal Marsin perdit la vie, le 7 septembre 1706. Le 9 du même mois, de Médavid Grancey , gouverneur d'Argentan , dans les plaines de Gastiglione , remporta une victoire complète sur les impériaux commandés parle prince de Hesse-Cassel. Les résultats do cette journée pour l'ennemi furent trois mille hommes tués, trois mille cinq cents faits prisonniers , leurs étendards et leurs drapeaux pris , leur artillerie tombée en notre pouvoir, et le siège de Castiglione levé.
Pour récompenser le comte de Médavid , le roi l'honora , dès le 23 octobre 1706, du collier de ses ordres. Il le confirma dans son commandement en chef des troupes d'Italie qu'il ramena en France au mois d'avril 1707.
1707. — Après la bataille d'Hochsteds et le traité avec l'empereur, le gouverneur d'Argentan revint en France à la téte de sa division l composée de quinze mille hommes; aussitôt l'arrivée de Médavid Grancey et de son corps d'armée, sa majesté lui donna le gouvernement général des pays et duché du Nivernais et Donzois, et le commandement en chef des troupes en Savoie, avec lesquelles il marche au siège de Toulon.
1714. — Le maréchal de Villars, après avoir terminé la guerre, eut encore la gloire de conclure la paix de Rastadt , et Philippe v conserva le trône d'Espagne.
Jacques- Eléonor Rouxel de Médavid , comte de Grancey , lieutenant-général des armées du roi, gouverneur des ville et château d'Argentan , des duchés de Nivernais et Donzois, qui avait figuré si brillamment par ses connaissances et ses vertus
guerrières, dans toutes les affaires, en Dauphiné et en Savoie, de 4708 à 4713, fut pourvu du commandement en chef des provinces de Dauphiné et Provence. Il sut arrêter les progrès de la peste qui désolait ce malheureux pays; il prouva qu'il savait aussi bien opérer en temps de paix , pour le salut de l'état, que combattre et vaincre en temps de guerre.
Le 12 août 4715 , le roi se sentit incommodé d'une douleur que l'on traita de scialique; à partir de ce jour, il garda son appartement jusqu'au jour de sa mort, qui arriva le 4 e ' septembre. Louis xiv vécut soixante-dix-sept ans; il régna soixante-douze ans.
La haine que son despotisme avait soulevé fut si vive, que ses restes furent insultés par la populace.
4745-4774. — Louis xv, troisième fils du duc de Bourgogne , n'avait que cinq ans et demi lorsqu'il monta sur le trône de son bisaïeul, sous la régencedu duc d'Orléans. C'est sous la régence que commença le sytème de l'Ecossais Jean Law , qui greva l'état d'une dette de 4 ,651 ,000,000 livres.
4723. — Louis xv, ayant atteint sa quatorzième année, déclara sa majorité. Le duc d'Orléans prit le titre de premier ministre ; mais il mourut bientôt par suite des excès en tous genres auxquels il s'était livré. Le règne de Louis xv est aussi bien connu que cet ui de Louis xiv ; la querelle à cause de la succession autrichienne , la paix d'Aix-la-Chapelle , qui dura depuis 4748 jusqu'en 1755 ; la bulle unigenitus ; les supplices de Lalli Tollendal et du jeune de la Barre, ne sont plus que des jalons historiques.
L'état était épuisé parles frais de la guerre qui avait fini en 4 748. Les dépenses de la cour étaient excessives ; cent millions étaient engloutis dans les étonnants mystères du Parc-aux -Cerfs. La nation, qui payait, pouvait sortir de sa léthargie; la royauté»
toute aux plaisirs, n'apercevait pas l'abîme creusé sous ses pas.
Le théâtre de la guerre se trouvait transporté dans les colonies. Les Anglais voulaient étendre leurs possessions à nos dépens : ils furent battus par l'amiral de la Galissonnière.
La division du parlement avec le clergé , le prodigieux dérangement des finances , causaient des rumeurs sinistres.
Ces émotions populaires furent un instant détournées par un événement imprévu. Le roi fut assassiné le S janvier, dans la cour de Versailles» par un misérable nommé Robert- François Damien, qui fut arrêté. C'était un insensé fanatique , qui paraît isolé et sans complices : il fut condamné et exécuté. La blessure du roi étant légère, il fut promptement guéri. On n'en parla plus.
Les longs mépris de l'Angleterre, et uneépigramrae du roi de Prusse, sur madame de Pompadour, produisent la guerre de sept ans. L'humiliant traité de 4763 dépouilla la France de ses possessions en Amérique, et fut particulièrement nuisible à la Normandie dont il détruisit le commerce.
Ces pertes et les frais de la guerre, les libéralités du roi en faveur de ses courtisanes et les orgies du Parc-aux-Cerfs , nécessitèrent la création de nouveaux impôts. La France, indignée, fit entendre des cris de vengeance; peu s'en fallut que la mort violente de l'abbé Terray ne devînt le signal d'une révolution. Les parlements refusèrent d'enregistrer des nouvelles charges ; ils furent exilés et remplacés. On vit alcrs le manifeste aux Normands ; c'était un appel à la résistance: il ne trouva pas plus d'écho que les remontrances de la noblesse.
Louis xv , un moment réveillé par l'elîroi , se rendormit en voyant que la foudre qui grondait ne tomberait que sur la tête de son petit-fils. Il continua sa pitoyable monarchie jusqu'en HT A, époque de sa mort. Son règne finit dans la boue. L'immo-
rallié, le fanatisme avaient atteint leur plus haut périgée; l'esprit philosophique brillait dans la littérature ; les disputes théologiques mêmes concoururent à l'affranchissement de l'esprit humain ; les encyclopédistes , les économistes hâtèrent le mouvement , et le despotisme caduc croula de toutes parts. Louis xv mourut détesté, méprisé.
1774-1795. — Louis xvi, petit-fils de Louis xv, monta sur le trône de son aïeul et fut le soixante-sixième roi de France. Avant son avènement , il avait épousé Marie-Antoinette d'Autriche. Témoin des événements du règne précédent, il n'ignorait pas qu'une révolution sociale était imminente, qu'il ne lui restait qu'à la diriger. Les prodigalités de la cour et l'épuisement des finances nécessitaient la création de nouveaux impôts. Les parlements refusèrent l'enregistrement des édits. Différentes circonstances vinrent encore compliquer les embarras du moment. Une démarcation impolitique entre le haut et le bas clergé, le rappel des ordonnances qui réservaient exclusivement les grades militaires à la noblesse , avaient accru la mauvaise disposition des esprits. L'affaire du collier , dont le résultat fut de rendre ridicule le cardinal de Rohan et de faire rejaillir jusque sur le trône l'infamie de quelques misérables qui s'étaient joués de ce prélat ambitieux, y mit le comble. La convocation des états généraux fut décidée et fixée au 5 mai 4789. Il fut décidé que la réprésentation du tiers serait égale à celle des autres ordres; que le vote aurait lieu, non par ordre, mais à la pluralité des voix. Necker appela de cette décision à une assemblée de notables; elle fut maintenue. Le bureau du comte de Provence, depuis Louis xvin, fut le seul qui appuya la double réprésentation.
Dans quelques contrées , les élections furent paisibles ; dans d'autres, tumultueuses. Celles du département de l'Orne se firent au milieu de rumeurs sourdes , mais sans éclat .
Députés d'Argentan aux Etats- Généraux et à V Assemblée Nationale
Constituante (1789).