MM
Decourmesnil , Depréfeln , L'abbé Leclerc.
Les députés des états avaient reçu , des électeurs , des cahiers où leurs vœux étaient exposés pour les réformes jugées nécessaires.
C'était à Versailles» le 5 mai, que la cour avait fixé la réunion des états. On a tout dit sur ce qui se passa aux états généraux, sur les humiliations auxquelles le tiers-état fut en butte et dont il se vengea si bien. D'abord le tiers garda le silence; le peuple cria vive le tiers! le tiers répondit vive la liberté ! vive l'égalité! et le trône chancela. Le tiers se déclara assemblée nationale. Repoussé de la salle des séances , les députes sont conduits dans un jeu de paume, où tous jurent de ne point se séparer que la constitution du royaume et la régénération publique ne soient établies.
La séance royale eut lieu le 25 juin 1789. Le roi casse la délibération du 17 juin , par laquelle lesdéputés se sont constitués en assemblée nationale ; prescrit les points sur lesquels ils auront à délibérer, et enjoint aux trois ordres de se retirer chacun dans leur chambre pour délibérer séparément. Le roi quitte la salle des séances. Le tiers s'en empare. Dreux-Brézé , maître des cérémonies, vient rappeler l'ordre du roi. Le président répond que les députes de la nation ne pouvaient recevoir d'ordres.
Le 25 juin, l'assemblée décréta l'inviolabilité de ses membres. Par ordre du roi, les deux ordres de la noblesse et du clergé-se réunissent au tiers. Des troupes étrangères sont appelées à Paris. La Convention demande leur éloignement; sur le refus , l'agitation populaire se manifeste avec une effrayante énergie. Le prince
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Lambesc , à la léte d'un régiment allemand et des Suisses , exécute, 'sur les attroupements, des charges de cavalerie. Plusieurs personnes furent blessées. Les gardes-françaises prennent parti pour le peuple. L'assemblée propose sa médiation ; le roi refuse ; v pendant qu'on délibère, le peuble agit, et la Bastille est enlevée le 44 juillet. Le gouverneur , Delaunay , est égorgé , et sa tête portée au bout d une pique. Flesselles, prévôt des marchands, soupçonné de connivence avec la cour , est tué d'un coup de pistolet, sur les marches de l'Hôtel-de-Ville. La cour est stupéfaite. Le renvoi des troupes, le rappel de Necker sont les gages de réconciliation. Le roi se rend à l'Hôtel- de- Ville et reçoit la cocarde tricolore des mains de Bailly. Le comte d'Artois et plusieurs autres courtisans , croyant avoir à rédouter la colère des Parisiens, se sauvent et passent à l'étranger en menaçant. Le roi reste seul. Le peuple répond aux menaces de l'émigration, en brûlant des châteaux et massacrant les propriétaires. Les premières victimes, dans nos contrées, furent M. Millet de la Chapelle-Moche, Tureau et son gendre dans la Sarthe. M. de Belzuns , major au régiment d'Artois, en garnison à Caen, fut massacré sur les marches de l'Hôtel-de- Ville , à la vue de son régiment, qui partit le même jour. Des femmes dépecèrent son cadavre, lui arrachèrent le cœur et les parties sexuelles, mirent le tout dans un plat d'eau, burent l'eau et mordirent le reste.
La disette générale commençait à se faire sentir ; les halles n'étaient plus a ppro vison nées. Nous possédons, aux archives de la ville d'Argentan, «ous la date du 27 juillet 1789 , un rapport de MM. Bouley et Lautour-Boismahout , officiers de la troupe bourgeoise, sur leurs recherches dans les campagnes voisines , et mesures par eux employées pour faire apporter les bleds à la ville
Le H août 4 7»9, la municipalité d'Argentan procède à la nomination d'un comité permanent , composé de vingt-quatre
membres, qui devaienl être renouvelé* , par moitié , chaque mois. Les réunions étaient journalières: la délibération fixe les attributions de ce comité.
Le 24 août 1789, la milice bourgeoise d'Argentan prit le nom de milice nationale. On procéda à son organisation et à la nomination des officiers. La noblesse fut admise ; mais il fut décidé que ses droits aux grades ne seraient autres que ceux des bourgeois. Les nominations eurent lieu dans Tordre suivant :
Colonel.
Lieutemnt-co lonel.
Major,
Capitaine aide-major.
Lieutenants.
Sotis-lieutenanls.
Porte-drapeau.
Desforges de Prémenil.
Le chevalier de Briouse.
Roger.
Provost Desbrières.
iLefessier Dufay.
Boullay de la Grullière.
Boulay Delacroix.
Tancré Laine.
Romey.
Tancré Duverdier.
Maheut.
Perigaut Lamolte.
Maurice.
Marce.
Dernier.
Deslongrais.
Porcher Deslongchamps.
Au milieu de l'effervescence, l'Assemblée Nationale discutait la déclaration des droits de l'homme; une seule nuit, celle du 4 août 1789, vit anéantir une féodalité de quatorze siècles.
Le clergé et la noblesse des provinces désa vouent leurs députés et protestent contre l'abolition de leurs privilèges. Leur opposition appelle sur eux la vengeance du peuple, qui est prêt encore à courir aux armes.
1 er octobre.— L'Assemblée présenta le premier chapitre de la Constitution , intitulé des droits de V homme, à la sanction du roi. À cette occasion, il y eut un banquet offert par les garde du corps à la garde nationale et aux gendarmes de Flandre. Cette fête dégénéra en orgie; la cocarde nationale fut foulée aux pieds. Le roi et la reine, qui avaient paru, furent accusés d'avoir provoqué et approuvé cette action. Le 5 octobre, un attroupement se rend à Versailles pour demander au roi de faire cesser la famine et le prier de se rendre à Paris. Il accueillit la députation avec bienveillance. Le lendemain, 6 octobre, la foule veut pénétrer dans le château dont la garde nationale défend en vain l'entrée. Quelques misérables pénètrent dans les appartements de la reine. C'en était fait de cette princesse sans le cri d'alarme d'un garde du corps qui se sacrifie pour la soustraire aux atteintes de ces furieux.
La municipalité de Paris envoie le lendemain, 7 octobre, une députation au roi pour l'engager à venir résider à Paris ; il s'y détermine. L'attroupement était aussi parti spontanément, emportant pour trophée les têtes de deux gardes du corps assassinés dans l'attaque du château.
Le môme jour 7, l'Assemblée Nationale décrète qu'elle est inséparable de la personne du roi, et que Paris sera désormais le lieu de ses séances. L'exaltation des esprits prend un caractère de violence qui nécessite de décréter la loi martiale.
L'assemblée, qui venait de détruire l'ancien régime, travaille à reconstruire la société ; dans une déclaration solennelle, elle établit la liberté civile et religieuse, la liberté de la presse, l'égalité devant la loi ; autorise la vente des biens du clergé, déclarés biens nationaux et affectés au paiement des assignats, etc., etc. La noblesse, le clergé, le parlement protestent contre la déclaration de droits de l'homme et tous les autres pas vers l'indépendance.
1790. — L'émigration va croissant. Louis xvi se rend à l'Assemblée Nationale, promet de maintenir la constitution et de défendre la liberté constitutionnelle. Les esprits flottaient incertains sur sa sincérité. Dans le môme temps on conçut l'idée d'une réconciliation entre les partis; à cet effet, on créa une féte patriotique ; le jour choisi fut le 14 juillet, anniversaire de la prise de la Bastille. Celle féte reçut le nom de fédération. Cent mille députés de toutes les fédérations du royaume vinrent au Champde-Mars. La ville d'Argentan fournit son contingent; on voit, aux archives dételle ville, une délibération du 25 août 1790, qui accorde la somme de cent livres au sieur Seguin, voiturier, pour avoir transporté les armes et bagages de MM. les députés d'Argentan à la confédération générale.
L'Assemblée Nationale, les députations de la France, des armées de terre et de mer et la famille royale se rendirent au Champ-dé-Mars. La pluie avait cessé; le soleil venait éclairer une des scènes les plus imposantes qui se puissent présenter dans les annales des peuples. M. de Lafayette, l'épée à la main, monte sur l'autel de la patrie et prête le serment de fidélité au pacte fédératif. Quarante coups de canon annoncent ce serment solennel, qui fut bientôt répété par le président de l'assemblée, chaque député et par le roi. L'enthousiasme ne fut pas universel; la cour abandonna les confédérés à la malignité de ses écrivains. Son mépris occasionna bien des vengeances.
L'Assemblée Nationale reprit ses travaux. Le 5 août elle décréta l'institution des justices de paix, si nécessaire et si faussée de nos jours. Des décrets précédents avaient exigé l'envoi de l'argenterie des comunautés et fabriques aux hôtels de la monnaie ; elle avait autorisé les dons patriotiques. La lecture de ces décrets et leur mise à exécution , à Argentan , avait eu lieu. La municipalité n'était pas en mesure de faire elle-même des sacrifices , elle avait plutôt besoin de secours. En effet , nous
voyons dans un compte-rendu par le procureur de la commune d'Argentan , du 9 octobre 4790 , que les revenus de la municipalité étaient de onze cent dix-neuf livres onze sous ,
ci 1,1191. lit.
La dépense, non compris le traitement du secrétaire et du commis , de deux mille six cent
trente-sept francs dix sous , ci 2,637 10
Il existait donc un déficit de 1.517 1.19 s.
Si l'on y ajoute mille francs pour le traitement
du secrélaire et du commis 1 ,000
Le déficit est de 2,6171.19 s.
On demande à messieurs du directoire les moyens do combler ce déficit. On voit encore , dans les archives de la ville d'Argentan, un rapport bien intéressant du procureur do la commune, daté du 11 novembre 1790, sur les intérêts de localité, les acquisitions d'utilité et d'embellissement pour la ville et les changements à opérer, sur le transfert de la mairie dans la maison du domaine alors occupée par le sieur Rousset, receveur de Monsieur, frère du roi ; la réduction du jardin pour agrandir le marché et bâtir des échoppes ; la nécessité de reprendre les terrains bâtis ou en jardin, usurpés sur les fossés des anciennes fortifications; de vendre les pâtures communes ; d'établir des foires et marchés aux bestiaux; d'agrandir le Champ-de-Foire, en détruisant la forteresse; d'avoir une caserne et des troupes, la vil le d'Argentan n'étant qu'à trois jours des côtes de la Manche* On proposait, à cet effet, d'acquérir la maison des dominicains ; on proposait aussi de faire curer l'Orne et de solliciter l'exécution du projet de la rendre navigable; de réunir les deux hospices en un seul ; de réunir les quatre paroisses en une seule et d'annexer à la cure de la ville les communes de Cuigny, Moulins, partie en deçà
de la rivière, Septvigny, Crennes, Urou» Say , Juvigoi , Sarceaux et Fontenav ; douze vicaires et six suppléants desserviraient indistinctement la ville et les campagnes. On proposait encore l'ouverture et agrandissement de la rue du Vicomte, interceptée par les fortifications élevées sous Henri I er ; de reprendre le terrain occupé par la tour Hauteville avant sa démolition, et dont les voisins s'étaient emparés gratuitement. Les instructions données dans ce rapport n'ont pas été fidèlement exécutées ou ne l'ont été qu'en partie.
1791. — La municipalité d'Argentan délibéra qu'il serait adressé une demande à messieurs du département, pour solliciter l'ouverture d'une route d'Argentan à Mayenne par Ecouché, Rasnes , La Ferté-Macé, Gouterne et Lassay, et d'une route de Lisieux à Falaise, avec embranchement sur Argentan.
La création des assignats, les dons patriotiques n'avaient pas suffi au rétablissement des finances. Neker s'était retiré dès le 27 septembre 1790. On avait exigé des ecclésiastiques le serment civique, en qualité de fonctionnaires civils. Celte exigeance donna lieu à des soulèvements et à des massacres inutiles. La cour de Rome défendit aux ecclésiastiques de prêter le serment demandé , et défendit toute communication spirituelle avec les prêtres assermentés et les intrus. Les personnes qui ne voulurent pas reconnaître la nouvelle église furent, dans quelques endroits, conduites à l'office sur un âne, la tête tournée vers la queue. 11 y a peu d'années que les personnes qui ont été conduites dans cet équipage à Argentan sont décédées.
Le 12 janvier 1791 , le procureur de la commune d'Argentan requit la lecture de cette loi relative au serment des ecclésiastiques, et son exécution dans la localité.
Le même jour, on procéda à la formation du bureau de paix, créé par le décret du 1G août 1790.
Le 21 janvier 1791 , MM. Prouverre Lapommerie, curé de Collandon , et Lesage , curé de Mauvaisville , déclarent qu'ils sont prêts à prêter le serment dans Jes termes suivants :
» Je fais serment de veiller avec soin sur les fidèles de la » paroisse qui m'est confiée ; d'être fidèle à la nation , à la loi » et au roi ; de maintenir, de tout mon pouvoir , la constitution d décrétée par l'Assemblée Nationale, acceptée et sanctionnée jd par le roi, en tout ce qui n'intéresse ni le dogme , ni la » puissance essentielle de l'église, »
Au même instant , MM. Dubrac, curé d'Argentan ; Maurice, Desval , Samson , vicaires d'Argentan, et Papillon , chapelain de Saint-Thomas, donnent leur adhésion à cette formule de serment.
La municipalité refuse de recevoir le serment dans les termes proposés , attendu qu'ils sont en dehors des termes sacramentels de la loi , et nomme deux commissaires , MM. Levon et Bernier, pour recevoir le serment des prêtres dans les campagnes.
Les prêtres non assermentés furent appelés en surveillance au chef-lieu, ou d'abord ils ne furent tenus que de répondre aux appels de chaque jour , puis renfermés comme des criminels ou exposés à être massacrés par la populace. On cite le capucin Valframbert , qui fut traîné par les pieds du troisième étage au rez-de-chaussée , ou il fut achevé ; l'abbé Samson, qui reçut un coup de sabres sur le bras , sous le portail de l'église Saint-Germain d'Argentan ; l'abbé Saint-Martin qui fut assassiné au pont Ëcrépin , un jour de marché, sous les yeux de la population assemblée.
Les travaux de l'Assemblée Nationale touchaient à leur terme ; elle devait se séparer après la proclamation de la constitution.
Le peu de confiance réciproque, entre le peuple et le sou-
verain , déterminèrent le dernier à prendre la fuite. Il fut arrêté à Varennes et reconduit à Paris. Le silence de la population lui révélait un avenir effrayant. Le mot de déchéance est prononcé; des attroupements se forment pour appuyer l'exécution de cette motion ; la loi martiale est proclamée et la force les dissipe. Plus de cent hommes restèrent sur la place à la première décharge d'artillerie.
Le 23 juin 4791, la municipalité d'Argentan délibéra qu'il serait fait recherche des poudres existant dans la ville, pour les déposer à la mairie, enjoignant à la garde nationale d'arrêter tous émigranls, de se tenir prête à agir pour le maintien de l'ordre public et la défense de la patrie; qu'il serait ordonné au sieur Millet de ne donner des chevaux à qui que ce suit sans un écrit de l'officier municipal.
Le 14 juillet 1791 , la population d'Argentan, le clergé et la garde nationale se transportèrent sur la place Mahé , où était construit l'autel de la patrie , une face tournée vers la rue Pasde-Gaux , l'autre vers le Cours : elle était élevée de neuf mètres. Le clergé monte à l'autel ; M. le curé et M. Chrétien , vicaire , célébrèrent la messe en face l'un de l'autre. Toutes les personnes présentes prêtèrent serment. M. le curé, tourné vers le peuple , lui adress a un discours. M. Bouffey , vice-président du directoire , lui succéda et fit également une allocution au peuple; il la reproduisit de l'autre côté, et le défilé commença.
Le 3 septembre 1791, Thouret ,. président de l'Assemblée Nationale, présenta au roi , pour l'accepter, l'acte de la constitution. Le 13, le roi se rendit à l'Assemblée et donna son adhésion.
Le lendemain, un décret de l'Assemblée ordonna que la constitution serait solennellement proclamée à Paris et dans les départements. Le 18 septembre , la proclamation fut lue au Champ-de-Mars. Bailly , maire de Paris , dans une allocution
prononcée du haut de l'autel de la patrie, déclara que l'Assemblée Constituante en remettait le dépôt à la fidélité du roi et des juges, à la vigilance des pères de famille, des épouses et mères , à l'affection des jeunes citoyens et au courage de tous les Français.
Ces paroles furent suivies de réjouissances. L'Assemblée Nationale , dite Constituante , termina ses séances le 50 septembre 1791.
De nouvelles élections eurent lieu pour l'Assemblée Nationale législative, qui ouvrit ses séances le 1 er octobre 1791. Ces élections furent opérées sous l'influence de l'insurrection de St-Domingue, qui venait de prendre un caractère atroce, et au moment où la Vendée royaliste et fanatique commençait a devenir menaçante.
A peine l'Assemblée législative fut-elle constituée, qu'elle parut hostile au pouvoir. Louis xvi voulut résister, en opposant son veto à quelques actes de l'Assemblée ; mais les moyens de le faire respecter lui manquaient.
4792. — La fermentation allait croissant et s'était manifestée par des massacres dans différentes villes.
On commençait à manquer de numéraireà Argentan. LeSOjanvier 1792, la municipalité de cette ville décida qu'il serait fait émission de billets de confiance de 10 sols et de 5 sols, jusqu'à concurrence de 24,000 francs ; que ces billets seraient signes Matrotet Tocville, et au dos Feval.
En butte à l'inimitié et aux soupçons de l'Assemblée, Louisxvi prit ses ministres parmi les Girondins. On l'accusa d'entraver ses ministres et de favoriser les émigrés de Coblentz; on lui retira sa garde constitutionnelle; on décréta la formation d'un camp de vingt mille hommes sous Paris. Pétion remplaça Bailly, maire de Paris et ancien président de la Constituante.
La conduite de l'Autriche nécessite une déclaration de guerre.
Le 44 juillet 4792, les Prussiens franchissent les frontières, qu'ils trouvent dégarnies. Le duc de Brunswick lance son manifeste , par lequel il déclare qu'il vient châtier les rebelles, rétablir r antique monarchie, et que la ville coupable (Paris ) sera passée par les armes ; qu'il y fera passer la charrue et la couvrira de sel 9 si tout entière elle ne se jette aux genoux de son maître , de son roi. Au milieu de ces embarras , le roi renvoie ses ministres. Il se forme îles rassemblements; on veut forcer les Tuileries. Le 40 août , tout était prêt pour l'attaque du château. Rœderer ayant reconnu la faiblesse de la défense, engagea le roi à se rendre au sein du corps législatif. Le roi , suivi de toute sa famille, abandonna, pour ne plus y rentrer , l'asile de ses aïeux. Le trajet fut pénible. Arrivé dans la salle des séances, Louis xvi se place à côté du président et dit: «Messieurs, je viens ici » pour éviter un grand crime. Je m; croirai toujours en sûreté au » milieu des représentants de la nation. J'y resterai jusqu'à ce que d le calme soit rétabli. »
Vergniaud, qui présidait, répondit que les membres de l'Assemblée seraient toujours fidèles à leur serment.
Un décret suspend le roi de ses fonctions et ordonne qu'il restera , ainsi que sa famille , dans l'enceinte du corps législatif, jusqu'à ce que le calme soit rétabli dans Paris.
La patrie avait été déclarée en danger par le corps législatif. Dans toutes les villes de France on avait pris les mesures ordonnées par la loi du 8 juillet 4 792.
A Argentan , la municipalité déclara:
4° Le conseil en surveillance permanente ;
2° Les citoyens en état de porter les armes en état d'activité permanente ;
5° Que tous les citoyens seraient tenus de porter la cocarde nationale ;
4° Qu'il serait fait défense à tous les citoyens de sortir sans
lumière après l'heure de la retraite , et ordonna d'arrêter tous contrevenants. Le 17 août, de nombreux rassemblements se forment à Paris et demandent le jugement de Louis xvi. La loi martiale est proclamée ; la force brutale dissipe les attroupements.
2 septembre 4792. — a Aux armes, citoyens! aux armes! l'en- » nemi est à nos portes. Verdun , qui l'arrête , ne peut tenir » plus de huit jours. Qu'une armée de soixante mille hommes o se forme pour marcher à son secours , tomber sous les coups » de l'ennemi ou l'exterminer. »
Telle esl la proclamation affichée sur les murs de la capitale. Le drapeau noir flotte sur les tours Notre-Dame; partout on répète : aux armes ! l'ennemi s'avance ! Verdun est pris !... Tout à coup paraît Maillard, suivi d'une multitude d'ouvriers. Ce n'est pas aux frontières qu'il faut courir , dit-il , c'est aux prisons que sont nos ennemis ! On le suit ; le massacre dura deux jours. La terreur était organisée; les assassinats de septembre la complètent. Un tribunal extraordinaire est institué. Les provinces agissaient à l'instar de Paris.
L'Assemblée législative termina ses séances le 21 septembre 1792. La Convention , se trouvant constituée, ouvrit aussitôt les siennes. Par un de ses premiers décrets , elle condamne tous les prêtres insermentés à quitter le sol natal , sous les peines les plus graves ; déclare leur succession ouverte au profit de leurs héritiers. On se souvient, à Argentan, de l'abbé Herembert, curé de Vaux-Lebardout , propriétaire des maisons , rue de l'Horloge et du Marché, des prairies du Paty et de la terre de Barges.
Pour se conformer à ce décret , les prêtres non assermentés durent, à travers mille dangers, gagner la frontière. Quelques uns, parmi lesquels se trouvait le curé de la Barroche- Lucé, sous Domfront, furent assommés à Gacé ( Orne ), jetés
dans les fossés fangeux du château, respirant encore; préalablement ils avaient été dévalisés en faveur des assomtncurs.
La Convention abolit la royauté en France et proclama la République , dont l'ère a commencé le 21 septembre 1792. Une commission de vingt-quatre membres fut nommée pour instruire le procès de Louis xvf. Dufriche Valasé, député de l'Orne, fit le premier rapport, le 6 novembre 1792. La Convention ordonna l'impression.
Sur les instances de l'émigration et à sa voix , l'Europe en armes envahit nos frontières. A la voix de la patrie, quatorze armées françaises marchent à sa rencontre. Cent bataillons de Normands intrépides et fiers sont à l'avant-garde , portent la terreur et l'épouvante dans les masses étrangères et placent leur drapeau sur la tente des rois.
La Convention est à peine réunie que la division éclate dans son sein; elle s'occupe de se décimer. Le parti de la Montagne ne recule devant aucun excès; il parvient à dominer ses antagonistes. Enûn on s'occupe du roi. Le 3 décembre 1792 parut le décret ainsi conçu : La Contention Nationale déclare que Louis xvi sera jugé par elle.
Le jour fixé pour entendre l'acte d'accusation , Barrere occupe le fauteuil. Les tribunes sont envahies par la multitude. Un député demande la parole; c'est Legendre : a Je demande, » dit-il, que V interrogatoire ne soit interrompu par aucun rour- » mure, aucun cri; il faut que le silence des tombeaux effraie le » coupable, d Barrere réclame de même le silence, précurseur , dit-il, du jugement des rois par les nations.
Comme il achevait, paraît Louis xvi. Le désordre de ses vêlements , sa barbe négligée depuis plusieurs jours excitont la stupeur. On lui indique un fauteuil ; il salue l'assemblée et va s'asseoir.
« Louis , dit Barrere , la nation vous accuse. La Convention
» a décrété que vous seriez aujourd'hui traduit à sa barre. » Vous allez entendre la lecture de l'acte énoncîatif des faits a qui vous sont imputés ; vous pouvez vous asseoir. »
Un secrétaire donne lecture de l'acte d'accusation. Barrere récapitule chaque grief et interpelle l'accusé de répondre. L'examen des pièces dura jusqu'à cinq heures. La séance fut levée et le roi reconduit au Temple. La discussion avait été fixée au 26 décembre. Ce jour , de Fermont présidait l'assemblée.
a Louis, dit-il , la Convention a décrété que vous seriez end tendu définitivement aujourd'hui. »
a Mon conseil , répondit le roi , va vous lire ma défense.»
Desèze prit la parole ; le roi parla après lui.
o Avez- vous quelque chose à ajouter? demanda le président.»
« Non , répondit le roi. » Vous pouvez vous retirer.
On le reconduisit au Temple.
Après les débats les plus violents , la Convention décrète : a Que la discussion est ouverte sur le jugement de Louis o Capet;
a Et qu'elle sera continuée, toute affaire cessante, jusqu'à la d prononciation du jugement. »
Les appels nominaux eurent lieu les 17, 18 et 19 janvier 1795.