‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 5 sur 30 · ÉGLISE NOTRE DAME-DE-L A-PL ACE · texte numérisé non relu

ÉGLISE NOTRE DAME-DE-L A-PL ACE

TRANSLATION DE l'aRBAYE d'aLMENESCHES DANS CETTE EGLISE.

Plusieurs écrivains pensent que c'était le premier monument chrétien élevé dans la ville d'Argentan, sur les ruines d'une pagode Mezeray ; dit que vers 496, les églises, très-rares dans la Gaule, se multiplièrent, et les temples des idoles furent consacrés au vrai Dieu.

Le nom deNotfc-Dame-de-la-Place , désigne son établissement dans le principal lieu de la ville.

Dans une transaction de 1293, entre l'abbé de Sl e -\VandrilIe et Robert de Hottot, qui lui contestait le patronage d'Argentan, elle est nommée la première. Selon les antiquaires, elle était en grande vénération à cause des miracles qui s'y étaient opérés. C'était le lieu de sépulture des principaux habitants d'Argentan; on y célébrait les mariages, on y purifiait les femmes. Pendant le séjour des Anglais , c'est-à-dire de 1419 à 1449 , elle tomba en ruines; les Anglais en démolirent eux-mêmes une grande partie pour faciliter les constructiuns des forts qu'ils élevèrent en avant de la porte Saint-Martin , ainsi que nous l'avons vu page 131. En Tannée 1461 , les paroissiens de St-Germain résolurent de relever ce monument (l'église"Notre-Dame-de-1a-PIace). A cette fin , ils sollicitèrent et obtinrent la permission de Jean de Valois, duc d'Alençon, u e du nom, seigneur d Argentan. On voit une dépense décrois cents livres, passée dans le compte du receveur des deniers communs, aux années 1472 et 1476, concernant cette reconstruction.

Guillaume Delapallu, sieur de Mchcudin et du Mesnil-Htibert fonda deux messes, par acte, devant les notaires d'Argentan, du 31 décembre 1 480 : il a retenu la plus belle chandelle don-

née en cotte église le jour Chandeleur, plus un chausson (gâteau) de chaque nouvelle mariée, laquelle offrande les nouvelles mariées pouvaient racheter pour six deniers et une chandelle. Le cimetière de celle église fut déclaré commun à toute la ville. En 1523, Jean Viel de la Fauvière donna du terrain entre cette église et la rue Chantereine, pour en faire un nouveau ; les bourgeois d'Argentan eurent plus tard le désir d'y voir établir une communauté ; mais ils durent ajourner leur projet , par le motif que l'abbesse d' A 1 me n esches étant en bas âge ne pouvait administrer le couvent, elle était suppléée par Judith. deMédavy, comme nous allons l'établir. .

Denis Rouxel , cinquième fils de messire Jacques Rouxel de Médavid,et de noble dame Françoise de Pierrefitle, seigneur du Croc, du Menil-Doccaignes, et autres lieux, prit d'abord l'état ecclésiastique : ses lettres de tonsure sont du 13 avril 1534, mais il quitta bientôt ce parti, pour suivre la profession des armes où il s'acquit une haute réputation d'intelligence et de courage. Dans Tannée 4567, Charles ix le fit son ambassadeur auprès de Marie, reine d'Ecosse. Le 5 juillet i 568, il lui donna le brevet de gentilhomme de sa chambre. L'année suivante Denis Rouxel reçut la commission do deux cents hommes d'armes et se signala dans de nombreuses occasions. 11 fit des actions héroïques au siège de Domfront, mais ayant eu la jambe cassée d'un coup de Mousquet et reçu de nombreuses blessures qui le mirent hors de combat, il se retira du service et reprit l'état ecclésiastique qu'il avait quitté: il fut nommé à I evéché de Lisieux par François de France, duc d'Alcnçon, suivant ses lettres du 18 juin 1578, mais il n'en prit pas possession , il fut nommé à l'abbaye de Cormeilles. Les bulles de ce bénéfice lui furent expédiées en l'année 1580. Il n'en jouit pas long-temps, car il décéda le 6 août 1581. Denis Rouxel laissa deux filles naturelles, l'une nommée Marguerite do Medavid , qui fit pro-

fesston de religieuse en l'abbaye royale d'Almenesches, le onzième jour de juin 4582, et qui, dans la suite, fut prieure du couvent do Vignats; l'autre, nommée Judith, qnifut abbesse par intérim du couvent d'Almenesches, al tend n que Louise Rouxel, troisième enfant de mens ire Pierre de Rouxel, baron de Médavid. et de Charlotte de Haute-Mer, obtint du roi Henri iv, dès le 17 septembre i597, à l'âge de quatre ans, la nomination à l'abbaye royale d'Almenesches, sur la résignation que lui en. fit, le 23 juillet 1597, noble dame Marie d'Esgnez, abbesse de ce couvent, pour en jouir après elle ; sa mort arriva dans l'année J 399. Louise n'étant alors âgée que de six ans et hors d'état de pouvoir administrer» Judith, religieuse du couvent des Vignats , fut choisie pour la suppléer en attendant qu'elle eût atteint l'âge compétent. Les bulles de nomination de Judith sont en date, à Rome, de l'année 1599 ; elle gouverna l'abbaye jusqu'en l'année 1002, que le roi reçut sa démission en faveur de Louise Rouxel. Judith fut appelée à gouverner le couvent de Gomer- Fontaine pendant le bas âge de Madeleine de Rouxel , sœur de Louise; ses bulles sont do 1604. Pour la deuxième fois, en 1612, elle céda la place à Madeleine de Rouxel, et se retira dans un prieuré dont elle fut supérieure. Lorsqu'elle mourut , elle fut portée à Gomer-Fontaine et inhumée au rang des dames abesses.

Louise Rouxel gouverna bien jeune l'abbaye d'Almenesches et le monastère de Vignats, sous le titre de prieuré. Dans l'année 4617 elle se démit du prieuré en faveur d'Anne Rouxel sa sœur. En 1623, les habitants d'Argentan sollicitèrent plus vivement rétablissement en leur ville d'une communauté dont l'église serait Notre-Damc-de-Ia-Place; pour cet effet ils députèrent vers M me de Rouxel, abbesse d'Almenesches, pour leur venir en aide, elle se rendit à leurs vœux, et p*r délibération du 22 février 1623, dont nous avons un extrait sous les yeux ainsi conçu s

« Devant Guillaume Brassard de la Feraudière, conseiller du » roi, lieutenant ci viUt criminel du bailli d'Alençon, vicomte » d'Argentan et Ex mes ,

» Vu la requête de madame Louise de Rouie! de Medavid, » abbesse d'Almenesches , ordre de Saint-Benoit, tendant à être » autorisée à fonder une maison religieuse, à Argentan et défi mandant la concession de l'église Notre-Dame-de-la- Place, fi etc.... en présence de Christophe Matrot, curé d'Argentan ,

s avons accordé ladite demande, etc., etc.. , Jacques

o Camus, évéque de Séez, approuva cette délibération* a

L'église Notre-Dame et le cimetière étant cédés , Louise de Rouxel bâtit [et fonda lè couvent de Notre-Dame-de-la- Place, sous le titre de prieuré, dépendant du monastère d'Almenescbes. sous la disposition de l'abbesse qui, pouvait y aller demeurer si elle le jugeait à propos, qui nommait une prieure qu'elle pouvait révoquer à sa volonté. Louise de Rouxel dont on citait la sage conduite, les réformes Utiles dans son triple gouvernement , le zèle, l'esprit et la piété, finit ses jours à Notre-Dame et fut inhumée dans le cimetière de cette communauté , le 24 août 1652, âgée de cinquante-neuf ans.

Lorsque les religieuses vinrent habiter Notre-Dame , elles s'opposèrent aux fondations et aux sépultures ; Guillaume Delapallu voulut maintenir celles établies par ses parents en 4480, il obtint des lettres du roi en sa faveur, en l'année 4630, Des incendies et un défaut d'économie réduisirent ce prieuré à ne pouvoir se soutenir. De l'avis de l'évéque de Séez il fut abandonné. Les Jésuites y établirent un collège. Madame Hélène-Martbe de Cbambray, abbesse d'Almenescbes voulut rétablir la succursale de Noire-Dame d'Argentan; en 1728 elle réussit dans son projet, et le siège abbatial y fut transféré par lettre de cachet du 16 septembre 1736. Peu de temps après l'abbaye d'AImeneschesfut démolie, et l'église cédée à la paroisse.

Sainie Opportune , sœur de saint Godegrand , évéque de Séez, avait fondé le monastère d'Almenesches au vu* siècle; les vertus de cette sainte percèrent les murs de son cloître, la réputation de sa sainteté se répandit dans tout le pays. Ce fut saint Adelin, évéque deSéez , qui recueillit les actes de sainte Opportune : les philosophes de nos jours se refusent cependant à croire les miracles des Prés Salés, de la résurrection des oiseaux et des œufs changés en boutons de rose. Du reste, la ville d'Exmes tient toujours à honneur d'avoir donné le jour à sainte Opportune et à son vertueux fr$re.

Madame Hélène-Marthe de Chambray donna sa démission en faveur de Marthe-Gabriel le de Chambray, qui fut nommée ponr lui succéder par bulle de provision expédiée à Rome, le 45 juin 1744, et prit possession le 19 septembre 1744; l'acte d'installation est rédigé par René Lepellelier , garde-notes a Boucey , notaire apostolique du district d'Argentan. Le dernier clocher de Notre-Dame, détruit il y a environ vingt ans, avait été rebâti en 1738, il représentait une tour romaine. L'abbaye se trouvait, depuis 1756, toute réunie dans cette maison d'Argentan, elle a subsisté jusqu'à la révolution de 1789. Les couvents ayant été supprimés par les lois de l'assemblée constituante , le directoire du déparlement de l'Orne envoya des commissaires à toutes les communautés d'Argentan et du département pour prévenir les religieux et religieuses qu'ils étaient libres de sortir, recevoir leurs déclarations et faire des rapports sur la situation des établissements.

Peu de temps après, les couvents furent entièrement supprimés et leurs biens annexés au domaine de l'Etat. L'abbaye Notre-Dame-de-la-Place fut dégradée pendant la tourmente révolutionnaire , l'église et partie des bâtiments restèrent debout. Quelques-uns de ces bâtiments servent aujourd'hui de caserne à la gendarmerie ; l'église servit long-temps pour les réunions et

assemblées publiques; on y faisait le tirage au sort pour le recrutement de l'armée ; c'est dans cette église qu'avaient lieu les exercices et distribution de prix de l'école secondaire communale , dans ce temps organisée en collège ; enfin elle servait de magasin pour les dépôts de matériaux et fourrages ; vers 4840, MM. Richard et Lenoir y établirent une fabrique de bazins. Cet établissement philanthropique n'étant pas appuyé par les autorités locales fut promplement supprimé; vers 4820. l'église et les terrains environnants furent vendus comme propriété nationale; l'acquéreur , M. Pichonnier, fît démolir l é* glise, des bâtiments neufs et des jardins occupeut l'emplacement, quelques pans de murs conservés portent des vestiges de l'an* cienne communauté.

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