‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 10 sur 102 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Antiquité d'Arlon.

Commençons par rapporter le sentiment de divers écrivains.

L'abbé Bertels, après avoir parlé avec le plus grand éloge du révérend père Jean Themens, religieux du couvent des Carmes à Arlon, continue ainsi :

f J'ai été plusieurs fois trouver le vénérable père, pour qu'il me racontât la vérité sur le commencement et l'origine d'Arlon, car je sais qu'il avait une grande familiarité avec les écbevins de la ville. Il m'affirma qu'il s'en était souvent informé auprès d'eux, parce que là où il y a beaucoup de têtes, il y a beaucoup de sens; et le plus ancien du collège disait avoir appris de ses prédécesseurs que la première fondation d'Arlon avait eu lieu au temps d'Abraham. Il ajoutait qu'il y avait, en cet endroit, trois tours d'une si grande élévation, que, par un jour serein, on pouvait, du haut de ces tours, voir tout le pays voisin à dix mille à la ronde ; et à cause de cette môme élévation, une multitude de corbeaux avaient coutume de voler aux environs avec des croassements continuels. De là, dit-on, ce lieu fut appelé Ravensbtirg (bourg des corbeaux). Dans la suite cependant, il prit le nom d'Arlunum, à cause de l'autel de la lune (!}.

(OBertelîus, historia Luxemburgensis,deOppido Arlunensi, pag. 1**7 etsqq.,p. i5o.

Hune venerabilem pâtre m aliquolies conveni, ut mihi rein veram referret deinitio et ortu oppîdi Arlunensîs (srîebam namque ipsum singularem familiaritalem habere cum oppîdi scabînis) afHrmabat se et id sœpius ab iisdem quassiisse, verum ul multa capîte, sic et multî sensus. Dum collegti senior semel faroiliariler prœfatum prîorem convenit, se a viris senibus et suis pi rcdecessoribus certo didicîsse, quod Arluni prima fundatio facta fuerît tempore Abrahami: addens ibi fuisse lurres très tantae altitudinis, quod clara luce licebat totara patriam vicînam ad decem miliaria circuinspicere, et quia tam însignis altitudinis erant, solebant circa illas corvi in maxima multitudine omni tempore volare non sine maxima crocitatione. Hinc vîri illius loci principatum tenentes, vocabant hunclocum Ravensburg, postea tamen sicut dictum est, ab ara et luna Arlunum dictum fiiîU

L'institut archéologique d'Arlon possède quatre pages manuscrites intitulées: Extrait des mémoires de l'archive des RR. PP. Capucins d'Arlon^ au sujet de F antiquité de la ville d'Arlon. Pour copie conforme, Àrlon, le 9 janvier 1817. P. Guerslener, directeur de la maison de Saiut-Donat.

Voici le commencement de cette pièce :

c Les historiens ont tellement varié sur l'origine, la fondation et l'antiquité d'Arlon, que l'on n'en peut rien dire d'avéré ni de positif. Les uns, voulant par tradition remonter jusqu'à la source, mettent sa fondation de pas égal avec celle de Trêves, c'est-à-dire au temps de la vocation d'Abraham, treize cents ans avant celle de Rome. Les autres prétendent qu'elle n'a comirencé que du temps des Romains, lorsqu'ils poussèrent leurs conquêtes dans ce pays-ci ; que la montagne d'Arlon leur ayant paru une éminence propre pour découvrir de loin et défendre le passage de la chaussée romaine, ils y bâtirent trois tours d'une hauteur si prodigieuse, que, lorsque le ciel était clair et serein, on pouvait facilement découvrir les environs du pays jusqu'à la distance de dix lieues; et parce que ces tours étaient ainsi élevées, les corbeaux venaient en troupe continuellement voltiger tout à l'entour, avec tant de bruit et de croassements, que les premiers habitants appelaient cet endroit Ravensburg, c'est* à-dire en notre langue, bourg des corbeaux (i).

c Ce sentiment parait le plus vraisemblable et le plus naturel, d'autantqu'alors elle n'avait pas encore le nom de ville ni celui d'Arlon....

c Quoi qu'il en soit de ce sentiment, qui n'est goûté de tout le monde, voici ce que M. Cartels, ancien abbé de Munster et d'Epternach, avait recueilli des plus anciens écrits du pays de Luxembourg pour composer son histoire, par rapport à la ville et au château d'Arlon :

c A quelle époque et à qui doit-on reporter la première origine de la ville d'Arlon et du château y enfermé ? Pour l'avouer avec ingénuité, jamais je n'ai été parfaitement éclairé dans mes recherches pour la solution de cette question. De mon temps, on a tiré des fondements des antiques édifices de cet endroit des pierres de grande dimension et presque toutes de formes quadragulaires. Les termes des inscriptions, la façon des lettres dénotaient une haute antiquité: elles exprimaient les noms de Aventin, Secundin, Félix, Modeste, etc. Quoique, au milieu de ces noms, celui de Modeste, d'après les annales, pourrait sans aucun doute nous permettre de conjecturer une

(i) Nous avons à peine besoin de faire remarquer que le mot allemand Ravensburg ne peut être le nom primitif d'Arlon, ayant précédé soit Orolaunum, soit Arlon, soit même Arlunum ; mais ce mot a désigné plus particulièrement la construction des trois énormes tours, où nichaient les corbeaux. Burg, au cas présent, ne signifie pas bourg, maïs château*

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