‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 9 sur 102 · août. Partage de la Lotharingie : Arlon · texte numérisé non relu

août. Partage de la Lotharingie : Arlon

938. Charte de l'archevêque Rothbert de Trêves : In villa Erlont in pago Vaprensi.

1052. Charte de précaire de Eberhard, archevêque de Trêves, cum comité Waldramo de Arlon.

1055. Fondation du prieuré de Longlier : Fulco cornes de Arlon.

1064. Confirmation de la donation de Longlier : Fulco cornes de Erlon. 1093. Fondation de l'abbaye du lac : Walramus et f rater ejus comités de Arlo.

1095. Règlement des avoués d'Echternach par le comte Henri : Bezelinus d'Arlon.

1136. Charte de Guillaume, comte palatin : Viricus d'Arlon.

1138. Libre passage accordé k Orval par le comté d'Arlon : Henricus dux de Erluns. Henricus cornes de Arlo.

1142. Charte d'Alberon, archevêque de Trêves : Walramus cornet de Arlon.

1145. 30 déc. Diplôme de Conrad, roi d'Allemagne donné k Aix-la-Chapelle : Cornes Waleramus de Arlon.

1146. Paix entre l'archevêque de Trêves et le comte de Luxembourg : Henricus, cornes de Arlo.

1153. Confirmation par l'archevêque de Trêves de biens donnés à Orval : Dux de Erluns.

1163. Synode de Trêves où assiste Henricus cornes de Arlo.

1170. Charte où Henri III s'intitule duc de Limbourg et Marchio de Arlo.

1175. Conûrmation par Arnoud, archevêque de Trêves, de biens donnés k Orval : Petrus de Ara lunœ (Cartulaire d'Orval).

1182. Confirmation des privilèges de l'abbaye de Munster: Wallerus advocatus de Araluna.

1210. Donation k l'abbaye de Munster: Henricus marchio Arlunensis. Henricus de Arlon.

1214. Cession du marquisat d'Arlon : Terram de Arlunis.

1214. Contrat de mariage d'Ermesinde et de Waleran : Marchio Arlunensis. Caslrum meum de Arlun. Wallerus advocatus Arlunensis.

Il est inutile d'aller plus avant: nous trouverions quelquefois Arlunum, Arlunensis, le plus souvent Erlons et enfin Arlon à des temps plus rapprochés de nous.

Nous avons donc Orolaunum, nom romain et Arlon, Erlon, Arlo, dans les chartes du ixe, du xe, du xic et du xne' siècles.

VAralunœ, que l'on croyait avoir été inventé par quelques écrivains du XVe siècle, répétés par Bertels, Guichardin et d'autres, appartient k deux chartes de la fin du xii6 siècle. Puis vient Arlunum et l'adjectif Arlunensis, employés pourtant moins souvent que Erlons et Arlon.

Orolaunum et Arlon sont donc de beaucoup antérieurs k Aralunœ et ne peuvent en dériver, k moins de prétendre que Orolaunum et Aralunœ, c'est tout un.

Le R. P. Bonaventure n'y manque pas.

ÉTYMOLOGIB. 48

Oro, dit-if Tient d'an mol grec qui signifie je prié, de oro on a frit ara, aolel où l'on prie.

Quant à Launum, les anciens Gaulois, allemands d'origine, ne prononçaient pas la lettre m comme u, mais comme ou ou au, ainsi ils prononçaient Louna ou Launa. A l'arrivée de César dans les Gaules» le langage du pays était un jargon composé de tudesque, de gaulois et de latin, et les Tréviriens, en fondant Arlon et son temple, ont pu lui donner un nom dérivé du latin, au lieu de Aralunœ, dont ils savaient la signification, ils ont dit: Orolaunum.

Comme cela est dit sérieusement, il faut le réfuter sérieusement aussi.

c A l'arrivée de César dans les Gaules, le langage du pays était un jargon composé de tudesque, de gaulois et de latin. » On sait, au contraire, qu'avant la conquête du Belgium par les Romains, dans le Luxembourg, soumis k la domination des Tréviriens, on parlait un langage mélangé de celte et de tudesque, ce dernier idiome introduit dans la langue commune après l'invasion germaine antérieure k l'ère chrétienne. Le latin y était inconnu ; il n'y a été introduit que par les Romains, après qu'ils eurent soumis la cité de Trêves, et imposé leur langue aux vaincus. Que sous les Romains et après qu'ils eurent été chassés du Belgium, le langage vulgaire fôt un composé de celte, de tudesque et de latin, cela est exact ; car de ce langage sont sortis divers patois wallons et enfin la langue française. Le R. P. Bonaventure s'est trompé de date, il a pris la situation des choses sous les Romains et après eux, pour un état des choses antérieur k ces mêmes Romains. Disons donc que Launum ne vient pas de Lutta, et n'en a pas la signification. Au surplus, Vu changé par la prononciation en ou ou au est fort bien trouvé; c'est un joli trait d'esprit, mais ce n'est que cela.

Maintenant, notre auteur, pour expliquer oro, a recours au grec — oro vient d'un mot grec qui signifie je prie, de oro on a fait ara. Pourquoi recourir au grec et augmenter la difficulté? Restons dans le latin, puisque, selon notre contradicteur, il était introduit dans le langage vulgaire des Tréviriens. Oro est un mot latin signifiant je prie. De la prière k l'autel où l'on prie, il n'y a qu'un pas; et de oro, on aura pu faire ara. Mais le latin était inconnu aux Tréviriens antérieurement k César, et oro, je prie, ne peut pas interpréter l'oro àf Orolaunum, pas plus que luna, la lune, ne peut interpréter Launum.

Reste le grec. Comment le grec aurait-il fait invasion dans le langage des Gaulois du Belgium ? César emploie le grec, soit comme langue, soit

comme caractères, afin de cacher des phrases latines, pour communiquer avec ses lieutenants, et n'être pas compris des naturels du pays. Hais n'importe ! Ouvrons un dictionnaire grec et voyons ce que peut signifier opoç. Voici la réponse :

Opoç signifie : Montagne, mont, colline ou borne, limite, frontière, poteau ou cyppe qui sert de borne.

Pour Qpoç, on a également i° montagne. 2° sommeil, nuit. 3° gardien, 4° temps, saison.

Rien n'indique soit la prière, soit un autel.

Que sont donc oro et launum ?

Oro et launum sont de véritables vocables celtiques que les Romains ont trouvés et perpétués. Ces vocables se rencontrent dans des localités purement celtiques de l'ancienne Gaule.

On trouve oro dans :

OroleU, peuple de la Gaule Cisalpine;

Oromansaci, peuple des côtes septentrionales de la Gaule ;

Orobisy fleuve de la Gaule narbonnaise.

On rencontre launum dans :

Catalauniy peuples de la Gaule belgique et de l'Espagne;

Segalauni, peuple de la Gaule narbonnaise ;

Valauni, peuple de l'Aquitaine ;

Vallaunodunum, château Landon, près d'Orléans;

Alauna, villes de la Gaule lyonnaise et du nord de la Bretagne ;

Alaunus, fleuve du Northumberland. (4)

Nous voilà loin du Luxembourg et de l'Ara lunœ pour Oroktunum ; que signifient doue Oro et Launumt

Orolaunum est le nom gaulois romauisé, reproduit plus tard dans ArUm. L'un et l'autre nom ont la même signification.

Oro, or est celtique, et s'interprète par sur, au-dessut, il indique un point élevé, une montagne.

On le retrouve dans le mot grec opoç signifiant montagne ; le latin origo, orire présente le même sens, parce que les sources sont dans les points élevés et que les rivières descendent des montagnes. Le même vocable, avec des significations identiques, directes ou détournées, peut ainsi se rencontrer dans trois langues, car il est reconnu aujourd'hui que toutes les langues ont une même souche très-ancienne.

(i J M. Boulez, de V origine de la langue et de la civilisation des peuples qui ftabitaient la Belgique avant l'arrivée de César (Mémoires de l'Académie de Bruxelles.

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Ar est le même vocable or avec une prononciation différente et il a le même sens: un point élevé, nne élévation. Arlon est la même ville qu'Orolaunum. Ar dans Armorique désigne un pays au-dessus de la mer (1) et dans Ardenne, des montagnes boisées avec marécages.

Launum correspond k ton. De Catalautiurn, Catalauni, on a fait Châlons ; de même Arlon, de Orolaunum. Launum, ton ou ton ou too, to, est un mot très-ancien qui signifie forêt, bais. Les champs catalauniens, témoins de la défaite d'Attila, indiquent la fin de la grande forêt ardennaise, ce sont les champs au-dessous ou le long des bois. De même Arlon désignerait une élévation des bois (2); ceci k un point de vue général.

Dans un sens plus restreint, Arlon serait forêt sur élévation, ce qu'indique une colline ou une montagne boisée, et se rapporte très-bien k la situation primitive de la localité. C'est le sens que donne k Arlon M. Grandgàgnàge dans sa notice intitulée : le désert de Marlagne (Publications de la société archéologique de Namur.) Je l'adopte, parce que l'appellation est dans le genre des peuples primitifs qui, dans les noms d'endroits, s'attachaient plutôt k reproduire la position des lieux, ses productions ou toute autre circonstance locale.

Suivant M. De La fontaine, l'étymologie du mot Arlon serait quelque peu différente ; voici comment il s'exprime dans son essai étymologique des noms de lieux du Luxembourg (3) :

c Orolaunum, nom donné à Arlon dans l'itinéraire d'Atticus (dit Àntonin), est un nom celtique latinisé ; il n'est pas difficile de retrouver dans Orolaunum les mots gaulois ar ou ort exprimant une élévation, une hauteur, et lewn prononcez ton — rivière (Voir Bullet verbo Arlon). On sait que la Semoisnalt aux pieds d'Arlon. Ainsi que la plupart des noms d'origine celtique, celui d'Arlon est dès lors descriptif d'une situation. Orolaunum avait un homonyme dans Arelaunum, lieu cité par le savant Adrien de Valois, dans sa notice des Gaules, comme situé dans le diocèse de Rouen, non loin de l'abbaye de Fontenelle; nous ignorons si les savants à'Arelaunum ont fait les mêmes efforts que ceux à'Orolaunum pour répudier leur antique origine et pour démontrer la dérivation de ces vieux noms de celui d'Aralunœ. »

( t) Dechevallet, origine et formation de la langue française. Première partie. Paris, imprimerie impériale.

(2) M. Jeantiu, Chroniques de VArdenne et des Wœpres. Marches de VArdenne et des Wœpres (Tom. ifp. 167).

(3) Publications de la société archéologique du grand-duché de Luxembourg.

18 HISTOIRE D'ABJLON.

Autre preuve: On trouve dans Lacomblet, Urkendenbuch Coblence, 4860, tome 1, n° 40, cette énonciation: c II résulte d'une charte du 10 juin 820 que Theodgrin a fait donation k l'abbaye de Werden de son héritage situé dans la ville A'Arlo in pago thrent (Trente)* » Voilà encore un Aria sans temple ni culte de la lune.

D'autre part, voici ce qu'on lit dans Obermuller, Deutsch-Keltisches Wœrterbuchy Leipsig, 1868, V° Arlon (traduction :

c Arlon et Arler-Mark, en latin marca. Arlon, actuellement partie Ouest ou belge du Luxembourg, dont Arien ou Arlon est la capitale. La marche d'Arlon confine au sud au pagus Adornensis en français sur l'Orne, et au nord-ouest, au pays d'Yvoix, pagus epusius ; à restf au pagus surensis et Miethegovensis, où plus tard fat fondée la partie allemande du comté de Luxembourg. Quant au nom Arlon, il signifie endroit sur une hauteur, de ar, or, hauteur et ton, demeure ou lan, demeure champêtre ; de ait latinisé Araiunum ou Oroidtinum, suivant l'orthographe allemande Arien ou Arlheim.

Obermuller, dans son même dictionnaire, au motard, air de, dit que ces mots signifient en gaélique, hauteur, élévation abrupte, en latin arduus et aridus. De là les mots allemands arz, erz, ert, ort, puis hart, harzt hert, hertz, hersch et hirsehberg.

Obermuller, au mot aar, dit encore : Arlon de ar9 qui veut dire montagne et aaron également montagne*

Ce qui nous sépare ici, c'est la signification de la syllabe Ion. Est-ce bois ? Est-ce demeure ? Ce que je puis ajouter, c'est que Un indique un endroit, une réunion de familles, de maisons, mais Un est-ce Ion f Et doit-on prendre indifféremment l'un pour l'autre? Arlon a précédé Arien. Devons-nous croire que Un allemand est la traduction exacte de Ion dans Arlon?

Les anciennes chartes portent ArUn et Arh.

L'étymologie d'Arlon tirée à'Aralunœ, l'autel de la lune, n'est donc réellement qu'une tradition populaire, fondée uniquement sur un jeu de mots. Arlon n'en a pas besoin pour prouver son antiquité et son importance à des temps reculés.

Selon AL Wiltheim, Arlon possède la palme de l'antiquité, mais la gloire de la ville de Luxembourg, sans doute par opposition à Arlon, est d'avoir fourni une souche féconde d'empereurs à l'Allemagne. Si Ermesinde, comtesse de Luxembourg, peut être considérée comme la souche de la famille impériale de Luxembourg, qui fut donc le mari d'Ermesinde

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et le père de Henri le blond? N'est-ce pas un Waleran, marquis d'Arlon, descendu des anciens comtes de ce nom? Les maîtres d'Arlon contribuèrent donc, comme ceux de Luxembourg, à fonder gentem imperii romani dominant. Cette gloire fut commune aux deux localités et Arlon conserve toujours l'éclat de son antiquité celtique et romaine (1).

(i) Gelerum desinîte jam Orolauaenses fucatâ gloriari origine, nec aras nec luna vos imputa te. Ergo ne spleuJcre nisi a Luna non potestis? Atqui alla a sole mu tua ta, lumen omnem claritatem habet în nominibus. Vos luce propriâ corruscatis, fidi Deof Régi ; pra Lucîliburgo denîque vestra est Celticc Romanesque antiquitatis pal ma, sed ne vos laudando irritasse videar invidiam, pra vobis nostra est gloria dédisse gentem imperii romani dominant, et esse nunc caput et culmen vestrum, ut caetera odios» coutentionis missa factam {AI. Wiltheim, lux. rom% lia. 6, cap* 6. p. *5j).

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