CHAPITRE IV
Monuments romains d'Àrlon.
c On peut dire qu'Arlon a été le Panthéon de la Belgique et le centre des plus belles antiques, tant la multitude des dieux qu'on en a tirés, est grande ! Mais le temps, qui consume les marbres les plus durs, en a détruit une partie, de même que les guerres, les incendies et les ravages. Le monastère de Saint-Hubert en a enlevé une autre, et le comte de Mansfeld a fait transporter le reste à Luxembourg, de sorte que le vieux Arlon est dispersé et que le nouveau ne conserve plus rien de ses antiquités (1) ! »
Sous la comtesse Adèle, l'abbé de Saint-Hubert, Thierry I, vint à Arlon, en 1065 (2). En dehors de l'enceinte fortifiée, le sol était couvert de débris de toute sorte: tronçons de colonnes, chapiteaux, corniches, pierres
(i) Histoire ecclésiastique et civile du Duché de Luxembourg et Comté de Chiny, par le R. P. Bertholet, tome I, dissertation V. — Le Père Bertbolet ne fait guère que copier, sans indiquer cette source, le Luxembargum romanumêe Al. Wihheim, alors manuscrit. Comparez en effet :
Hase fMoniinenta) quondam ingenti fuére copia, sed plurimum iis ipsâ antiquitate detractum. Multa in primis ad cœnobium D. Huberti exporta ta, multa belli injuriis corrupta, multa incendiis, Orolauno intra sesqui sveulum supra nostram memoriam septies incenso. Sed clades decumana ab Hortîs Mansfeld icis, quos cum PETRUS ERNESTUS cornes, gu berna lu r Luciliburgensis, insuburbano nostro, magnîHcentia tanto Viro et ipsîs plané digna Regibus conderet,iis exornandis prisca monimetita incredibili studio Undique conquisivit. Et Orolauno quidem tôt avec ta, ut dici soleat, vêtus Orolaunura Hortis illis tum immigrasse. AL Wihheim, Lux, rom. lib, g, cap. 6.
Nusquam monimentorum et sacrorum Romanorum imagines, toto ducatu Luxemburgensi, plures vel iutegriores spectabantur, superioribus annis, quftm Arluni; sed exinde pleraque Tracta saxa multa Luxemburgum a Mansfeldo avec ta, ita ut nostri temporis antiquitarii vêtus Arlunum Luxemhurgi non Arluni quœrendum et visendum existiment. Wilh. Wiltheim, disçuisitiones, lib. a, cap. XI, $ 4.
(a) Je fixe cette date de io65, parce que, lors de la visite de l'abbé Thierry à Arlon, la comtesse Adèle et ses deux fils lui firent don de l'église d'Anlier. L'instrument de cette donation porte la date de io€5 (archives de S. Hubert, dépôt d'Arlon).
sculptées et autres. L'abbé Thierry, qui avait rendu des services ï la comtesse, demanda de lui abandonner ces pierres pour être employées à la construction de l'église de son abbaye ; sa demande fut accueillie ; on fit venir des voitures de Liège, et celles-ci, chargées de ces débris, prirent la route de Saint-Hubert ; les (Hêtres furent employées k bâtir la cripte de l'église (1).
Pierre-Ernest, comte de Mansfeld, Gouverneur du duché de Luxembourg et du comté de Ghiny, de 1557 à 1604, avec une interruption de quelques années, fit faire avec le plus grand soin, dans la province, la recherche des antiquités qui s'y trouvaient, pour en orner le palais et les magnifiques jardins de Clausen; il en tira en très-grand nombre d'Arlon, ce qui Gt dire que le vieil Arlon devait être plutôt cherché à Luxembourg.
Que sont devenues ces collections? On lit dans les manuscrits de Pierret, tome I, p. 535, que, en 1609, Philippe H, roi d'Espagne, fit enlever les tableaux, les bustes, les statues, les vases et les autres pièces rares, et les fit transporter en Espagne, par suite de la donation testamentaire que lui en avait faite U prince de Mansfeld. En 1649, le Roi fit vendre les jardins de Clausen et ce qui s'y trouvait encore.
De leur côté, les frères Willheim avaient formé une belle collection d'antiquités dans le jardin de leur collège à Luxembourg ; que sont aussi devenus ces monuments?
Voici la réponse.
De HONTHEIM fProdromus histor. Trevir. tome 1, p. 181):
t Illa (les antiquités) vero, quae doctissimi Wilthemii a primo eorumdem collectore, cognatu suo Binsfeldio haereditario jure accepta, in collegium Jesuitarum intulerant, quaeque ibidem ab Alexandro Wilthemio per quatuor pilas ordinate digesta era&t; post hujus viri incomparabilis fatum, cum modem» dictorum patrum «des nova nec inélégante fabrica struerentur, horrendo facinore dilacerata, comminata et in hujus aedificii fundameota ac muros sacrilegis manibus conversa, penitus disparuerunt. »
MERJAI, tome 4 de ses manuscrits, conservés k la bibliothèque de la ville de Luxembourg, rapporte:
t II (Alexandre Wiltheim) avait entassé toutes les pierres antiques qu'il pouvait découvrir dans la province, dans le jardin du collège de Luxembourg. Ces monuments étaient admirés par tous les étrangers et tous les
(1) Cantatorium, $ iS, entre autres, les colonnes avec leurs cliapitaux cl leurs bases, ainsi que les tables pour les autels.
curieux. Mon père, qui était l'avocat du collège de Luxembourg, m'a raconté qu'un des anciens religieux de la maison lai avait dit que toutes ces pierres antiques furent destinées à servir de fondement au nouveau bâtiment, attendu la grande dépense qu'elles occasionnaient au collège par le concours continuel de curieux qui ne faisaient que déranger les professeurs. »
J'ai quelque raison de douter de cet acte de vandalisme de la part d'hommes qui devaient comprendre l'importance des collections réunies par les savants frères.
Je lis dans de HONTHEIM, hist. Irev. diplom., tome III, p. 225 :
Amplissimam vir eruditissimus (Alex. Wiltheim) veterum nummorum supellectilem colligerat, quam clariss. de Ballonfaux, consiliarius luxemburgensis, a Jesuitis, talis pro merito vix aestimantibus, solutio pretio redemit, iisque ditissimum suum cimelium ornavit. »
Je dois croire que M. de Ballonfaux, qui avait acheté la collection de monnaies et de médailles, n'oublia pas les pierres antiques du jardin des Jésuites et qu'il en fit également l'acquisition.
c Après le décès de M. de Ballonfaux, son cabinet, tant en livres qu urnes, médailles, pierres et autres raretés, fut adjugé, en vente publique, le 24 octobre 1727, au baron de Heysembourg, président du Conseil provincial. Plus tard, la collection de Ballonfaux passa entre les mains de H. le baron de Marchand et d'Ansembourg. Les immenses sacrifices que fit ce seigneur pour augmenter ses collections si riches et si considérables, amenèrent sa ruine et il fut contraint de les vendre en hausse publique (1).»
Je lis encore, dans les Manuscrits de PIERRKT, conservés & Luxembourg, que toutes les pierres de la collection des Jésuites ne périrent point, que quelques-unes d'entre elles allèrent orner les jardins du conseiller de BALLONFAUX à Siechelkof, d'où elles furent transportées au musée de Metz, par M. le comte de Villers, qui les avait achetées.
Cette acquisition de M. le comte de Villers avait-elle eu lieu en 1727 ou plus tard, après la déconfiture de M. le baron de Marchand? Peu importe, je constate seulement ce fait que les pierres antiques du jardin des Jésuites à Luxembourg ne servirent pas toutes de fondement à une construction : les plus belles furent vendues ; d'autres moins importantes ne trouvant peut-être pas d'acheteurs, furent utilisées dans la bâtisse de leur nouvelle maison. C'est ainsi qu'on peut expliquer les assertions de Hontheim et de Merjai, et les concilier avec d'autres documents.
(i 6° publication de la Sociale archéologique du Luxembourg, Dote p. 63» *
Plusieurs amateurs avaient également réuni, dans leurs maisons et dans leurs jardins, quelques monuments antiques, par exemple les maisons de Neuforge, de Neunheuser, de JenneUr et les jardins Binsfeld k Luxembourg.
A Arlon même, k certaine époque, beaucoup de monuments romains existaient encore k découvert dans les murs et se voyaient presque partout dans les maisons des particuliers. Mais, sous prétexte de les dérober k une ruine commune, on avait coupé les monuments pour les employer k la restauration des édifices privés. Dans la recherche de ces monuments, au milieu de débris de murailles souvent fouillées, que de pierres détruites par suite d'une insousiance ou d'une ignorance regrettable; de sorte que, s'il faut s'étonner dUine chose, c'est que, ajoutant k ce» causes de destruction, les incendies, les sièges, les saccagements que subit la ville d'Arlon, il ait pu échapper quelques débris à tous ces désastres (1).
Les monuments romains d'Arlon que l'on connaissait k la fin du dixseptième siècle, sont donc dispersés ou totalement perdus pour la plupart Heureusement, les savants frères nous ont transmis les descriptions et les dessins de ceux qu'ils avaient pu étudier.
Ici, nous avons mieux qu'un souvenir fugitif, quoique les dessins du Luxemburgum romanum, publiés par M. Neyen, laissent beaucoup à désirer pour la correction et même sous le rapport de l'exactitude : ce que j'expliquerai plus loin.
Enfin, le R. P. AL Willheim a vu, décrit et fait dessiner de même les monuments découverts k Arlon, en 1671, lors de la destruction de l'enceinte extérieure fortifiée.
On peut donc avoir beaucoup de confiance dans les assertions de personnes qui ont vu, et qui, par leurs connaissances, étaient en situation de bien voir.
Arlon n'a pas k montrer de cirque ni d'amphithéâtre comme Nismes, Arles et Trêves ; cette ville n'a pas, comme Nismes, une maison carrée, comme Orange, un arc de triomphe, ni des ruines imposantes, comme k Trêves, la porte noire et les débris du palais des Césars. Mais ce qui est vrai, c'est qu'aucune localité dans les Gaules, dans les deux Belgique* et
(i) Al. Wiîtheira. Lui. rom. lib. 6, cap. 6.
' Multa etiam ne coherentur in communi esitio, a civibus absconsa, secta et priva tarium sedîum restauration! adbibîta. Ex plurirais que adhuc bodîe palam in plateia et mœnibus et privatîm în cîvîum fere singulorum œdibus visuntur. ( Wilh. Wiltheim, Diiquis.Jib. i,
MONUmilTS ROMAINS. Il
les deux Germantes, ne peut lutter avec Àrlon, pour le nombre et la beauté des monuments privés, pour les restes peut-être d'édifiées remarquables. On a retrouvé à Trêves des tombes assez nombreuses, mais elles appartiennent presque toutes à l'époque chrétienne, au lieu que les monuments d'Arloo portent tous un cachet purement romain.
Mon projet est de redire ce qui est, pour Àrlon, un titre d'illustration ; je ferai les plus larges emprunts aux ouvrages des savants frères Wiltheim. L'un de ces ouvrages, le Luxemburgum Romanum, a été publié, mais imprimé en latin, il est resté rare, cher et inabordable pour le plus grand nombre des lecteurs. L'autre ouvrage, les Disquisitiones, est demeuré manuscrit, et par conséquent k peu près inconnu (1). Ce que je veux, c'est de répandre davantage et de populariser les curieuses recherches des deux Jésuites, sans lesquelles nous ne saurions point entièrement ce qu'a été notre province sous les Romains.
J'ai pour cela encore un motif plus sérieux.
L'atlas qui accompagne le Luxemburgum romanum d'Al. Wiltheim, publié par M. Neyen, donne une idée imparfaite des monuments romains du Luxembourg, et en particulier de ceux d'Arlon, de tous les plus remarquables. Les lithographies copiées de cet atlas, tracées avec de simples traits, ne sont pas même exactes quant au dessin, et donneraient une pauvre opinion des artistes de l'époque romaine k Àrlon. On se ferait difficilement une idée du sans-gêne, du laisser-aller qui, sans que l'éditeur ait pu le savoir, ont présidé k la confection de l'atlas en question, si on le compare aux figures du manuscrit d'Àl. Wiltheim : les proportions ne sont pas observées, le caractère des têtes n'est pas reproduit, ni la position des personnages fidèlement rendue ; la fantaisie la plus étrange a guidé le crayon du dessinateur dans la reproduction des vêtements des hommes et des femmes, ainsi que des ornements architectoniques des monuments qui, dans les dessins originaux, sont bien de l'époque romaine.
En effet, ces dessins de l'œuvre d'Al. Wiltheim font voir les sculptures monumentales telles qu'elles existaient réellement, telles qu'elles sont sorties des mains des artistes arlonnais du temps des Romains. Si quelques-unes sont assez grossières de conception et d'exécution, d'autres en grand nombre, plusieurs surtout, sont de véritables œuvres artistiques.
(1) L'original du manuscrit est, croit-on, à la bibliothèque de Bourgogne, a Bruxelles. Une copie en existe a Luxembourg, c'est cette copie que j'ai consultée et dont je donne des extraits.
Voulant reproduire les monuments d'Arlon tels qu'ils ont existé, tels qu'on les a vus, je les publie exactement d'après les dessins originaux du Luxemburgum romanum : j'en donne ainsi une bonne édition soigneusement revue et corrigée, la seule vraie ; c'est à la photographie que j'aurais voulu m'adresser pour avoir une reproduction fidèle dans les plus petits détails ; des motifs tirés de ce que les dessins sont reliés en volume m'ont obligé k y renoncer. J'ai dû recourir à la lithographie, a Arlon même (1), en m'attachant surtout à une reproduction aussi exacte que possible. Je ferai cependant reproduire par la photographie les monuments du Musée provincial d' Arlon, si une autre question, celle de la dépense, ne vient pas y mettre obstacle.
En examinant les dessins du manuscrit d'AI. Wiltheim, on reconnait qu'ils sont dus à plusieurs mains. En général, les dessinateurs ont fait preuve d'habileté dans la reproduction des monuments romains du Luxembourg : ce sont bien là les représentations de scènes taillées dans la pierre; les personnages, avec un relief plus ou moins prononcé, ressortent vivement sur des fonds obscurs.
J'arrive à l'énumération de ces monuments.
Je commencerai par quelques aperçus généraux.
Les pierres antiques d'Arlon, telles qu'on les connaissait vers la fin du dix-septième siècle, peuvent être rangées en plusieurs groupes.
4° Celles réunies dans le Palais et les jardins du Gouverneur Mansfeld k Luxembourg.
Ortelius et Vivianus rendent, en 1575, compte d'un voyage fait par eux k Arlon et k Luxembourg (2). Ils constatent qu'on ne trouvait plus rien k Arlon des monuments romains, inscriptions et représentations des dieux des gentils ; que le tout avait été transporté a Luxembourg et qu' Arlon avait fourni la plupart des antiquités qui ornaient les jardins de Mansfeld. Ils indiquent sept inscriptions tirées d'Arlon que les injures du temps avaient a peu près épargnées. Six de ces inscriptions sont reproduites dans le Luxemburgum romanum sous les numéros 115, 131, 141, 159, 165 et 192. Une autre l'est dans les Disquisitiones.
(i) Je n'ai pu éloigner de moi le manuscrit confié à ma garde ; j'ai dû faire dessiner et tirer sous mes yeux les images originales. Les premières planches tirées laissent à désirer sous le rapport de la netteté ; un peu plus d'habitude d'un travail tout spécial a permis aux ouvriers d'Arlon de mieux soigner le tirage des autres planches.
(a) Itinerarium per nonnulas Galliac belgicx partes Abrahami Ortelii et Johannis Viviani ad Gerardum Mercatorem cosmographum. ire éd Anvers. Plan tin, 1 584.
Wilhelm Wiltheim, dans ses Di$quisitiones% lib. 2, caput5, décrit certains monuments du jardin Mansfeld ; ils sont au nombre de 13 sans indication d'origine particulière. 7 de ces monuments avec inscription sont reproduits par Alex. Wiltheim sous les numéros 89, 113, 115, 121, 125, 141, 159, 192 ; 11 en reste donc 5. Il faut ajouter trois numéros de pierres k personnages, en tout 8.
Al. Wiltheim donne la description des monuments du jardin Mansfeld, du n° 84 au n° 132. Presque tous ont été tirés d'Àrlon. Les frères Wiltheim l'ont dit d'une manière générale, mais ils n'ont rien précisé sur chaque monument en particulier ; seulement, pour quelques-unes de ces pierres, ils indiquent une autre origine qu'Arlon. Doit-on en conclure que, pour les autres à l'égard desquelles il n'y a pas de mention, elles viennent toutes de cette ville (1)?
Voici alors quel serait le partage :
Pour les localités autres qu'Arlon 12 numéros, 90, 95, 96, 97, 98, 99, 105, 107, 116, 117, 119, 120. Les 38 autres numéros resteraient pour Arlon.
2° Le même calcul, fondé sur les mêmes considérations, doit s'appliquer aux monuments réunis dans le jardin de l'ancienne maison des Jésuites à Luxembourg. La série de numéros du Luxemburgum romanum est de 133 à 180, en outre ceux désignés comme provenant d'Arlon, cinq numéros.
Ceux indiqués d'origine arlonnaise sont les numéros 137, 138, 139, 141, 159, 165, 166, 167, 223, 224, 225, 226 et 227. 13 en tout.
Les monuments désignés comme provenant d'autres lieux qu'Arlon sont décrits sous les numéros 140, 145, 146, 150, 152, 153, 154, 155, 156, 157, 162, 163, 168, 169, 170, 171, 181.
Les numéros suivants sont sans désignation d'origine : 133, 134», 135, 136, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 148, 149, 151, 158, 160, 161, 164, 172,173, 174, 175,21 en tout.
(i)Addît prrcterea antiquum Orolaunum nuiquam fere alibi quuercnduin quant hoc loco, qui ouines fere anliquitalcs (sic opinatur, sed plurimacadliùc suut Arluni) a Mansfcldo translata sint (Wil/i. Wiltheim t Disquisit. lib. it cap. V). Ce chapitre est consacré en entier à la description des monuments antiques du palais Mansfeld à Luxembourg.
Bbrtels, historia Luxemàurgeasis, constate que, de son temps, on avait délerrré à Arlon, une grande quantité de monuments romains, des pierres quadrangulaires de fortes dimensions.
On Ht ce qui suit, à la fin duchapilre 6 du Luxemb. roman. : »Christophorus Wiltheimius vil trois pierres extraites d'une partie des murailles d'Àrlon par hasard écroulée. L'une représentait une femme les seins nus ; une autre une réunion de toutes sortes de fruits ; la troisième était le chapiteau d'une colonne, large de cinq pieds, indication d'une haute colonne et d'un ouvrage considérable, dont ce chapiteau faisait partie. Ces débris ont été 1 établis dans les murs en reconstruction.» Quand reverrout-ils le jour ?
Ajoutez, comme provenant d'Arlon, le monument du jardin Binsfeld, décrit sous les numéros 192, 193, 194.
Ce qui donne pour Arlon 24 numéros.
3° Il y avait encore à Arlon, du temps des Wiltheim, des pierres antiques ; ce sont les numéros suivants : 9, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 222, 226 et 236, total 10.
4P Une autre série comprend les monuments mis au jour, lors de la destruction de l'enceinte extérieure de la forteresse arlonnaise en 1671. La série de numéros va de 240 à 326 inclus, en tout 84. Les numéros 268 et 281 appartiennent à d'autres localités qu'Àrlon (1).
Les quatre séries embrassent donc 179 antiquités : vases, objets en bronze, pierres avec inscriptions, figures ou ornements, sans compter des monnaies nombreuses de toute espèce.
Telles sont les découvertes indiquées seulement depuis le xvie siècle. Ce qui a été retrouvé auparavant demeure inconnu. De récentes recherches ont remis au jour environ cinquante monuments nouveaux. Le sol sur lequel la ville d'Arlon est bâtie en recouvre d'autres peut-être en plus grand nombre que ceux qui sont connus. On le demande : Y a-t-il beaucoup de localités qui, en deçà des Alpes, présentent autant et d'aussi belles antiquités ?
J'entre maintenant dans quelques détails sur celles décrites dans le Luxemburgum romanum et dans les Disquùitiones.
On a trouvé k Arlon, dit Alex. Wiltheim, des monnaies de plusieurs empereurs, notamment de Néron^et de Domitien,— des urnes et des vases en poterie, nos 240, 241,— des vases et des urnes en verre, nos 242,243 — une main de fer tenant un grand clou de la même matière et comme prête & l'attacher; c'est, croit-on, la représentation de la déesse Nécessité, n» 244 (2).
On a extrait du sol arlonnais une mythologie tout entière (3).
(i) On comprend parfaitement que je ne puis garantir l'exactitude de ces divers partages, parce qu'on ne peut trouver rien d'absolument précis, pour plusieurs monuments, dans les ouvrages des frères Wiltheim ; mais quelques pierres de plus ou de moins pour Arlon, cela importe peu, il en reste toujours assez pour l'illustration de Y Orolaunum romanum.
(2) Cette main a été rencontrée dans des terres extraites pour asseoir les constructions du couvent des Capucins.
(3) En général, Al. Wiltheim ne donne pas les dimensions des pierres qu'il décrit ; il l'a fait pour quelques-unes très -exceptionnellement et encore imparfaitement ;ilestdonc mal aisé de se les représenter dans leur grandeur et de juger de l'importance des monuments auxquels elles appartenaient.
Hais avant d'entrer dans la description des monuments, j'ai une explication à fournir.
On rencontre nombre de fois une contradiction entre le texte à' Al. Wiltheim et la figure à laquelle il renvoie : ce qui est indiqué à droite dans le texte 86 trouve à gauche dans le dessin. Sans doute, pour la personne qui regarde le monument, il y a un côté qui est k sa droite et un autre côté qui est à sa gauche. Est-ce le spectateur qui doit déterminer la droite ou la gauche du monument ? Voyons.
Quand il s'agit d'un seul personnage représenté, par exemple du Jupiter du n° 85a pi. 4, tel qu'on le voit dans la figure, où est la droite, où est la gauche de ce dieu de la Fable ? Quand l'auteur dit dans le texte, que Jupiter tient la foudre dans la main droite, sera-ce, comme le marque la gravure, dans la main gauche, parce que cette gauche est à la droite du spectateur ? Non sans doute : la main de Jupiter qui tient la foudre, est la main droite, tandis que le bras gauche est appuyé sur la haste pure. C'est ainsi que Jupiter conservateur, ou pacificateur, on vengeur, est représenté sur les médailles ou les monnaies romaines. Ici donc, la figure est contraire au texte. C'est le texte qui est vrai, c'est la figure qu'il faut corriger en mettant chaque chose à sa place.
J'en pourrais dire autant de Y Apollon, de Y Hercule et du Mercure du même numéro 85. Le dessin est en sens inverse, et il serait reproduit, par le tirage, tel qu'il devrait être.
La même observation pourrait être répétée pour d'autres représentations de divinités ; c'est inutile. Afin d'être dans le vrai, il suffirait de comparer le texte avec Yimage, pour reproduire celle-ci dans la position réelle ; ce serait l'affaire du dessinateur dirigé par des indications précises. Mais mon désir est de respecter les dessins de l'œuvre d'Al. Wiltheim en les reproduisant tels qu'ils existent dans le manuscrit ; seulement je donnerai, lorsqu'il en sera besoin, des explications particulières sur la position réelle des personnages ou des objets figurés.
Je reprends la mythologie ancienne représentée sur les monuments romains d'Arlon.
Voici d'abord les grands dieux.
Dois-je ouvrir une dissertation sur ce qu'on entendait par ara, en distinguant les autels consacrés aux grands dieux, de ceux qui appartenaient aux dieux inférieurs ? Faut-il déployer un appareil scientifique assez fastidieux? Cela était dans la manière des écrivains du temps des Wiltheim et ceux-ci en ont largement usé. Cette méthode n'est plus de notre époque
Bt „ HISTOIRE D'ARLON.
qui veut qu'on intéresse avec plus de précision, sans un matériel de science encombrant.
Je ferai cependant une remarque.
Antony Rich, dans son Dictionnaire des antiquités romaines et grecques au mot ara, appelle de ce nom toute construction élevée au-dessus de terre, en gazon, en pierre, en brique ou en marbre sculpté sur laquelle on plaçait ou Ton brûlait des offrandes aux dieux. Les autels étaient circulaires ou carrés, avec une cavité au sommet où l'on allumait le feu et un orifice de côté ou bien au bas par lequel s'échappaient les libations de vin ou le jus des offrandes consumées.
Dans les divers dessins d'ara donnés par l'auteur, aucun ne porte sur les côlés, trois ou quatre, des représentations de divinités payennes. Doit-on en conclure que nos pierres carrées arlonnaises, figurant trois ou quatre dieux, ne sont pas réellement des autels à sacrifices ou à offrandes. Lorsque la cavité supérieure manque pour le sacrifice ou les libations, ainsi que l'ouverture sur le côté pour l'écoulement des liquides, ce n'est plus un autel, ara, mais un cippus, qui peut être consacré à une ou plusieurs divinités.
Quoi qu'il en soit, je conserve la dénomination d'ara adoptée par les écrivains luxembourgeois.
Je dois, avant tout, un avertissement au lecteur.
Dans l'atlas joint à la présente dissertation, l'ordre des numéros de l'atlas manuscrit du Luxemburgum romanum d'Alex. Wiltheim a été conservé. Le plan adopté pour mon travail ne permet pas de suivre cet ordre de numéros : je vais de l'un k l'autre avec des intervalles; mais, pour faciliter les recherches à l'atlas, j'indique, en même temps que les numéros, les chiffres des planches.
Cela expliqué, je reprends.
N° 85 aa et bb. Un autel (ara) dédié à quatre dieux : Jupiter, Apollon, Hercule, Mercure.
PI. 4. Jupiter est debout, barba tus, barbu et rinàatus, couvert d'un manteau court et carré. La main droite est armée de la foudre (dextrae inditum fulmen) ; au-dessous, l'aigle ; de la main gauche, il s'appuie sur la haste pure (sinistrae hasta pura) (1).
PI. 3. La tête à' Apollon est endommagée par le temps ; il est debout, couvert en partie d'un manteau, tenant de la main gauche la lyre appuyée sur la
(i) La haste pure est une lance qui n'a pas de fer.
jambe gauche repliée, élevée et soutenue sur une pierre ; de la main droite, il pince les cordes de la lyre.
PI. 5. Hercule est nu, les épaules couvertes de la peau du lion de Némée; il tient de la main gauche la massue en l'air ; de la main droite, avec une patère, il sacrifie sur un autel.
PI. 6. Mercure est nu également. Les épaules et le dos sont cependant couverts d'un court manteau ; il tient le caducée de la main gauche et porte une bourse dans la main droite (I).
Le n* 86, pi. 7, indique un nœud de serpents autour d'un bâton. C'est la représentation du caducée.
Nos 307, 308. Un autre autel. Deux côtés intacts représentent Pallas et Mercure.
PI. 80. Pallas, sculptée avec une grande élégance, sacrifie de la main droite à la manière des dieux. Son casque est orné d'une double palme de victoire. Sur le haut d'une autre grande palme est assis l'oiseau consacré à cette déesse.
PI. 81 . Mercure a la tête couverte d'un bonnet ailé. Son manteau, attaché au cou par une fibule, tombe des épaules ; la main droite porte une bourse, et à ses pieds ailés est debout le coq gaulois qui lui est dédié (2).
N° 309, pi. 82. Autre autel. Sur une face, on voit Apollon, la tête ceinte de laurier, portant le carquois ; la main gauche est appuyée sur une grande lyre creuse et trouée. Un vaste manteau couvre le dos et les cheveux tressés tombent des deux côtés du cou.
Les deux autres côtés de l'autel sont occupés par Jupiter et Hercule déjà décrits.
N08 315, 316 et 317. Encore un autel dont les trois faces représentent Hercule, Jupiter et Minerve.
315, pi. 87. Hercule est nu, la main droite sacrifie sur un autel, le bras gauche porte la massue et la peau du lion de Némée.
316, pi. 88. Jupiter est debout, la poitrine, les jambes et les bras nus, le reste do corps est couvert d'un manteau tunique ; le bras gauche est appuyé sur la haste pare et le bras droit baissé est armé de la foudre. C'est le dieu conservateur ou pacificateur.
317, pi. 89. Minerve a la tête casquée et le corps couvert d'une cuirasse ;
(i) Ici, pour ces quatre dieux, le texte est en contradiction avec l'image. Celle-ci a été tracée par le dessinateur pour être reproduite ainsi sur la pierre ou sur le cuivre et transposée par le tirage, dans un sens contraire, le seul vrai.
(a) Ici, le texte et le dessin sont d'accord.
les jambes et les avant-bras sont nus ; le bras droit levé est armé de la lance, le bras gauche est appuyé sur l'égide qui repose sur un autel (1).
N" 1483 149, pi. 28. Autre autel.
Jupiter avec la foudre dans la main droite, est appuyé du bras gauche sur la haste pure.
Apollon, la chevelure partagée de chaque côté, soutient la lyre de la main gauche.
Vient ensuite Hercule tenant de la main droite la massue renversée et portant sur le bras gauche la dépouille du lion de Némée. Derrière l'épaule droite est un carquois. Est-ce Hercule pacificateur?
Enfin, la Fortune habillée comme une matrone romaine, la main droite appuyée sur une sorte de bêche dont l'extrémité porte sur une boule; elle tient, dans la main gauche, une corne d'abondance (2).
N" 172, 173, 174, 175, pi. 37, 38. Autre autel.
172. Junon stolata et pallia ta, la tête voilée, sacrifie, k droite, avec la patère sur un autel; elle tient un bâton de la main gauche. On voit en haut le paon qui lui est consacré.