‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 30 sur 102 · PAT · texte numérisé non relu

PAT

La tombe est dressée par le client d'Attilius Regulus, patron. Les dernières lettres signifient : Diis manibus, palroni suo fieri curavit.

Le client qui a élevé le tombeau est-il le pédagogue et l'homme en robe est-il le patron ? Que signifie ce bras levé ? Est-ce pour régler le nombre de coups que doit recevoir l'enfant ?

Pourquoi cette représentation d'un enfant corrigé si singulièrement? Est-ce pour annoncer une école ? Dans ce cas, la scène est bien curieusement, choisie. Il doit y avoir ici quelque sens caché qu'on ne saisit pas bien.

Ce nom à'AUilius Regulus rappelle une grande figure de la République romaine. Est-ce qu'un descendant du vaincu des Carthaginois serait venu s'établir dans la cité de Trêves, dans le viens d'Ârlon ?

Nos 275, 276, 277, 278. Un seul monument en quatre parties.

275, pi. 57. Dans une double niche soutenue par des pilastres ornementés, un couple d'époux est représenté. La femme est à droite, suivant la coutume. Les habillements sont ordinaires. La main droite, dans les deux personnages, est élevée vers la poitrine ; on ne voit pas ce qu'ils portaient dans la main gauche, qui est brisée.

Au revers, une femme nue (276, pi. 58), un léger manteau tombant du bras gauche sur la jambe droite, élève les bras au-dessus de la tête et joue des crotales. Un jeune homme (278, pi. 59) tout k fait nu, élève aussi les bras en l'air et fait résonner également les crotales.

A côté (277, pi. 59), dans un pilier, ou colonne artistement travaillée, sont deux figures. En bas, sur un socle, un enfant, la tête couverte d'un bonnet pointu enroulé, danse en jouant des crotales ; il supporte un socle, sur lequel marche une femme nue dont la partie supérieure manque ; elle porte à la main, au moyen d'un cordon, une roue dentelée. C'est, dit l'auteur du Luxemburgum romanum, la figure de Junon cinxia. Nous l'avons vue autrement représentée.

Les crotales qu'on remarque ici ont la forme de deux clochettes creuses en dedans, qui, en se choquant, font du bruit. C'est le nom que l'auteur du Luxemburgum romanum donne à l'instrument en question.

N° 282, pi. 60. C'est une grande pierre en forme d'hémicycle : elle renferme quatre personnages, trois hommes et une femme. Est-ce le tombeau d'une femme qui a eu trois maris, ou d'une sœur qui avait trois frères, ou d'une femme attachée à ces trois hommes par d'autres liens de parenté? C'est la question que s'adresse Al de Wiltheim, sans la résoudre.

La femme porte un coffret et un rouleau, les sponsalia; il y a donc là un mariage : quel est le mari ? Est-ce le personnage qui porte un rouleau, et se trouve placé à la gauche de la femme ; celle-ci aurait alors, suivant l'usage, les honneurs de la droite. Les époux seraient placés au milieu et les autres personnages ne seraient que des accessoires. Ceux-ci portent un sac suspendu par des cordons. Il y a ceci de remarquable, c'est que l'homme placé à gauche des autres Ggures n'a pas de manteau & capuchon.

N° 283, pi. 61. Restant d'une plus grande pierre. Il y avait, dans la partie supérieure, quatre Ggures qu'on ne voit plus. En-dessous, il devait s'en trouver plusieurs également. C'est ce qu'on peut conjecturer par le D restant de* lettres solennelles D. M. La position de la lettre D semble indiquer qu'il y avait là une scène à cinq personnages Sous le D on reconnaît encore une forme indiquant une femme. Les personnages conservés sont deux hommes barbus et revêtus de longues robes, l'un un peu écarté de l'autre qui est contre la forme Ggurée de la femme. Celle-ci aurait, comme toujours, les honneurs de la droite.

N08 284, 285, 286. Une pierre en hémicycle renferme deux mariages en deux faces différentes.

N<> 284, pi. 62. Il y a, dans la première, le mari à gauche et la femme à droite, avec un enfant au milieu. Celui-ci a une petite boite passée au bras droit, tandis que la main gauche porte un livre ou quelque autre chose. La femme tient un vase plein de fruits et l'homme une bourse, non pas à la main, mais sur le bras gauche. Une guirlande pendante va de l'une à l'autre tête.

Dans la seconde (285, pi. 63), un homme et une femme tenant la droite comme d'ordinaire, se regardent mutuellement. La femme porte une bouteille dans la main gauche. Le temps a détruit le gestamen de l'homme. Dans le fond, une guirlande tombe à la hauteur des têtes.

Dans le troisième côté (286, pi. 64), un affranchi, la tête couverte d'une calotte, conduit une charrue attelée de deux bœufs. Dans le fond, une charrette est figurée avec un arbre.

Est-ce la tombe d'un laboureur, d'un colon à la tête d'une exploitation rurale?

90 HISTOIRE B'ARIjON.

NM 289, 290,^91, 292. Une autre pierre assez élevée en forme d'autel, est partagée en trois faces différentes.

Dans la première (289, pi. 66), l'homme k gauche, porte dans la main gauche un vase ou une bourse remplie de monnaies. La femme a droite, a un coffret posé dans la main gauche, les doigts en l'air, et un anneau dans la main droite. Sans doute, l'anneau figure ici les épousailles.

Dans la seconde (290, pi. 67), l'homme est à gauche et la femme comme toujours k droite. Celle-ci est tournée vers l'homme, ils se donnent mutuellement la main droite, signe d'union. Ils ne portent rien ni l'un ni l'autre. Les vêtements ont été décrits ailleurs.

La troisième face est partagée en deux compartiments.

La partie supérieure (291, pi. 68) figure un festin. Une femme k droite et un homme k gauche sont assis k table et deux filles y servent. La femme a les cheveux enfermés dans une vessie.

La partie inférieure (292, pi. 68), représente des enfants qui mangent ; un chat ou un chien se mêle au repas ; un esclave l'empoigne de la main gauche pour le chasser k coups de bâton. Un autre esclave joue de la flûte k ce repas innocent ; un troisième esclave se tient k droite derrière les enfants, attentif k les surveiller.

Ce monument semble avoir appartenu k une famille d'une certaine opulence.

Cette pierre se trouve maintenant k Metz (1).

N° 294, pi. 69. Voici un autre couple d'époux dans un hémicycle.

L'homme k gauche tient une bourse k la main gauche, la femme à droite a la fiole funéraire dans la main gauche et un mouchoir dans la main droite.

Ici, la bouteille lacrymatoire est plus grande qu'k l'ordinaire, c'est le signe d'une douleur poussée k l'extrême. A l'appui de cette opinion, AL Willheim fait remarquer ce qu'on n'a vu sur aucun autre monument : c'est un suaire ou mouchoir. Sans doute, les larmes répandues par la veuve étaient si abondantes qu'on devait craindre que la fiole lacrymatoire, quoique plus grande, ne les contint pas toutes et qu'une bonne partie ne dftt être essuyée par le suaire. C'est une réflexion assez humoristique.

Il y a aussi sur la tête de la femme, au-dessus des cheveux en bandeaux, un coussin ou tout autre objet* Est-ce encore un autre et remarquable signe de deuil ? Il ne se rencontre sur aucun autre monument.

(i) Voir les publications de ta Société archéologique de Luxembourg, tome IX, i854.

Momnnm homào». Bl

La bourse que tient l'homme a ceci de singulier, qu'elle est portée non à la main nue, mais avec le vêtement entre la bourse et la main.

Est-ce le monument d'un fonctionnaire qui recevait les impôts pour le Prince ou pour l'État ?

N* 295, pi. 70. Une autre pierre d'une sculpture excellente, représente un homme malade assis sur son lit en forme des canapés de nos jours. 11 a dicté son testament ; un greffier ou un notaire, accompagné de quatre autres personnes de la même profession, le présente et le malade l'examine. On voit ici l'usage des tablettes dont les anciens se servaient pour écrire. Le greffier, h gauche, porte ses tablettes à la main, avec son stylet.

Cette pierre est à Luxembourg (I).

N° 297, pi. 74. Un homme assis en tunique et en robe, tient une lance dans la main gauche (la partie supérieure de la statue manque). Pourquoi une arme pareille dans la main d'un homme qui, par ses vêtements et par sa position, respire la paix et le repos ? Est-ce j)ien une lance? On aperçoit un manche ou un bâton ; mais le haut, qu'était-il ?

N° 298, pL 72. Un jeune homme nu couché. A. côté on buste. C'est une partie d'un grand monument.

N° 299, pi. 73. C'est encore une partie d'un plus grand monument, elle est longue de huit pieds ; on voit au milieu, une tête dans on cercle orné ou sur un bouclier ; à côté, une autre figure & demi-corps est représentée dans un cadre soutenu par deux colonnettes et surmonté d'un architrave. Ce monument appartient-il à une tombe ?

N°300, pi. 74. Encore le côté d'un monument. Un homme lave quelque chose, dans un vase, cela est évident, car le laveur presse avec la main ee quelque chose, tandis que, de l'autre, penchant le vase, il renverse le liquide et dépouille de ses ordures la chose lavée.

Quelle est la signification de cette scène ? Est-ce le tombeau d'un lavandier?

N° 301, pi. 75. Voici sans doute la tombe d'un voiturier ou d'un courrier. La pierre représente un cocher en voiture, armé du fouet, qui, tenant les guides de la main droite, de l'autre main dirige un cheval ceint du collier.

N° 302, pi. 76. On voit sur un fragment de pierre la partie postérieure phaleralae, c'est-à-dire d'un cheval caparaçonné, ou plutôt orné d'un collier formé de plaques de métal.

C'est un fragment de grande dimension, dit l'auteur du Luxemburgum romanum% sans en faire connaître la longueur, la hauteur et la profondeur.

d) Voir les publications de la Société archéologique de Luxembourg, tome VIII, 1853-

9S HISTOIRE D'ARLOV.

N° 303, pi. 76. Uoe pierre figurant deux tonneaux, des vivres, un vase orné pour verser à boire. C'est la représentation d'un grenier public pour conserver les vivres et de celliers pour renfermer les liquides. Les deux tonneaux contiennent de la cervoise.

C'est apparemment le tombeau d'un homme préposé aux vivres publics sur une voie impériale.

N° 304, pi. 77. Autre fragment de pierre. Un navire portant cinq tonneaux, est dirigé par un nautonnier. Les tonneaux sont remplis de cervoise, boisson domestique et ordinaire, plutôt que de vin.

Est-ce le monument de quelque commissionnaire en liquides ?

N° 305, pi. 78. Ici, le monument représente trois grandes amphores, celles-ci remplies de vin. La forme du contenant l'indique assez. Les amphores sont en poterie, mais entourées de sparterie et de joncs, précaution prise contre les accidents. A. droite du spectateur, un homme nu, le dos couvert d'un manteau, porte une massue dans la main droite qui est levée. Que peut représenter ce personnage? Que ferait là Hercule, par exemple?

On sera peut-être dans le vrai en pensant que c'est la tombe d'un marchand de vin.

Une réflexion me vient à propos de ces trois derniers numéros : s'agit-il bien de tombes? Ou plutôt, ne sont-ce pas des enseignes indiquant un magasin, un commerce?

N° 306, pi. 79a. Un jeune homme nu, figurant sans doute un génie, semble occupé de deux animaux placés au bas à droite du spectateur, l'on une belette, l'autre un petit chien, qui vont être introduits dans une excavation pour chasser d'autres animaux.

Que peut signifier cette représentation ? Il s'agit là d'une chasse. Mais cela a-t-il quelque rapport avec la profession du défunt, ou n'est-ce qu'une sculpture de fantaisie?

Dans tout ce que je viens d'énumérer et de décrire, il n'y a pas un monument entier ; d'autres pierres, dont les scènes paraissent complètes, ne sont elles-mêmes que des parties d'un tout dont le bas ou le haut manque et quelquefois tous deux, ce qui reste n'étant que le milieu du monument funèbre.

6° J'arrive à une autre catégorie de pierres.

Pierres d'ornement.

J'ai déjà parlé de génies suspendant des guirlandes. Voici encore une représentation de ce genre.

N° 280, pi. 46. Dans une maison d'Arlon, snr une pierre sont figurés trois génies soutenant des guirlandes ou des festons sur leurs épaules.

330, pi. 90. Pierre découverte en 1671. Un triglyphe représente des têtes de bœufs séparées par des festons suspendus aux cornes. Au-dessus, uu cbapileau avec ses accessoires.

Ces deux pierres appartiennent-elles à une tombe? Ne sont-elles pas plutôt les ornements d'une frise faisant partie d'un bâtiment quelconque ? Les dimensions qui manquent auraient pu nous mettre sur la voie.

N° 324, pi. 94. C'est le chapiteau d'un pilastre corinthien, k feuilles de chêne, d'une hauteur de deux pieds. A côté, le buste en grand d'un homme vu par derrière, le tout est d'un dessin assez pur.

S'agit-il là encore d'une tombe ? Voici ce que dit l'auteur du Luxentburgum romanum :

t Ordinairement, les sculpteurs séparent l'astragale du chapiteau et l'adaptent au haut du fut. Ici, l'astragale est adhérent du bas des feuilles du chapiteau. La partie supérieure de ce chapiteau est détruite par le temps. La règle de la symétrie corinthienne est celle-ci : Aussi grand est le diamètre du bas du fut, aussi grande est la hauteur du chapiteau ; cela étant, il s'en suit que, puisque le chapiteau s'élève de deux pieds, la base du pilastre était large également de deux pieds; mais cette dimension, comme le veulent les règles de structure corinthienne, élevée en l'air neuf fois, fait connaître quelle est la longueur de tout le pilastre. Dix-huit pieds, c'est-à-dire neuf fois la hauteur du chapiteau, telle était la hauteur du pilastre, quand il était debout. Ajoutez le chapiteau, vous aurez déjà vingt pieds. Où est maintenant l'architrave ? Où la frise ? Où la corniche ? Où le fronton? Où la base et les autres accessoires inférieurs? Certes, en réunissant le tout, vous composerez un ensemble de quarante pieds au moins (1).*

N'est-ce pas colossal ?

(i) Capîtulum piîae Corînthiacum est, foliis quernts, altitudine pedtiin duûra; astragalus, quem vulgô artifices a capitello sejungunt, suinmoque scapo adaptant, hîc imîs capîtelli foliis adhaerel. Abacum diflregit aetas. Quoniam aulem symmetriae corinthiœ ea est ratio, ut quanto est uni scapî diameter, tan ta sit capîtelli altitudo, sequîtur, quoniam în duos pedes as3urgît capitellum, duos quoque pedes la la m fuisse in imo pilam. Hœcautem altitudo, ut ftierunt leges structuras eorinthiacœ, n ouïes în altum erecta, pilam omnem in longum explicabat. Denos ergô et octo pedes, hoc est nonies capîtelli altîtudinem pila nostra.dûm staret, adaequabat. Adde capitellum, jain feceris vicenos. Ubi nuncepiste- Uum?Ubi zophorûs? Ubi coronis?Ubî fastîgium? Ubi basis atque inferiora opéra? Molem profecto intelligis, quadragenum, ùt minimum, pedum (AL ifiltheim, Lux. rom., lib. 6, cap. i4U

04 HISTOIRE B'àHLOW.

JN° 835. Autre pierre d'ornement. Dana on pilastre do homme on ud enfant bu a dans les mains deux bâtons dont il frappe : est-ce un initié do culte de Cybèle qu'on a voulu représenter? Cet ornement se trouvait, parait-il, des deux côtés d'un mausolée semblable, pour la forme et la grandeur, k celui d'Igel, près de Trêves : Uno, dit l'auteur, tympanum funioido alligatum levante, altero sallantem eum crotalis, ce qui nous reporte au numéro 277 déjà décrit.

Ce n'est pas encore tout ce que la découverte de 1671 a offert de re* tparquable. Je continue k rapporter ce qu'en dit AL Wiltheim :

c II y avait encore d'énormes pierres ou plutôt d'énormes masses de pierres, longues les unes de cinq, les autres de six pieds, hautes de deux ou trois pieds. Celles-ci ont quatre côtés par lesquels elles étaient adhérentes les unes aux autres. Le côté qui représentait la face, offrait en relief des parties de troncs et de membres humains. Dans quelques-unes, on voit trois ou quatre poitrines sans épaules au-dessus et les jambes brisées endessous. Dans d'autres laces, autant de reliefs k partir des cuisses jusqu'aux genoux on bien k partir des genoux jusqu'aux pieds. Sur toutes l'habille* ment était ou la toge, ou la casaque, ou pour les femmes la robe traînante. Tout cela était grand et, qui plus est, élégant, principalement dans les troncs. Mais il était difficile de juger quelles de ces pierres se rapportaient et pouvaient se correspondre posées les unes sur les autres, de manière k reproduire la figure du corps en entier, soit parce que leur masse trop grande était un obstacle k les mouvoir et k les superposer, soit principalement parce que la forme des pierres était presque toujours dissemblable et ne paraissait pas permettre de composer un ensemble (1).

(i) D'après la description ci-dessus, il fallait quatre pierres pour former un corps humain ; chaque pierre avait deux ou trois pieds de hauteur. La statue en relief entière avait doue au moins huit pieds de haut. On peut juger par là de l'importance du monument qui devait avoir, en outre, une base et un fafte.

Supersunt immania saxa, vel potius immanes saxeœ moles, long» aliœquinos, alias senos pedes, altœ binos aut ternos. Ha?, quâ ceteris haeserunt, ad normara quadratos habent angulos : quâ frontem extulerunt, truncatis corporum humanorum partibus atque menubris asperantur. In quibusdam videreest tria quatuorve pectora, humerorumlumboruraque tenus defracta ; in aliis totidero a lumbis ad genua, aut a genibus ad pedes porrecta. Habit us omnibus erectus et stantium atque togatorum,aut penulatorum, aut muliebriter stolatorum : magnitudo verô quac justo sit paulô major, élégant ia velut truncis prateipua. Quaa autem horum saxorum congruerent, sibique alia aliis imposita ita re&ponderent, ut corporum integrorum speciem prœberent, dijudicare perquam erat arduum, tùm quôd mole nimiâ moveri, ne dura aptari invicem prohiber en tu r, tùm verô maxime quôd forma omnium penè dispar, in corpus unum coalescere maxime vldebaluv {Luxemburgum romanum, lib. 6, cap. i4).

t II était d'ailleurs évident que c'étaient des fragments de monuments, par la masse et par la hauteur, par l'élégance et par la magnificence, semblables au mausolée d'Igel. Ce qui était évident encore, c'est que, h quelques-unes de ces pierres étaient adhérentes des parties de pilastres sculptées de figures en relief, telles qu'on voit dans le mausolée d'Igel des génies et des géants, ce que nous avons exposé en son lieu (I). »

L'auteur donne le dessin d'une de ces pierres ; c'est le n° 394 décrit plus baut. Ainsi que je l'ai dit, en recomposant le monument d'après les dimensions de la pierre, on obtiendrait une hauteur de quarante pieds. En doublant et en triplant l'ordre du monument, ainsi que cela se rencontre ailleurs, on arriverait à la hauteur d'une tour.

D'après l'abondance et la quantité des blocs de pierres, il ne s'agissait pas d'un seul mausolée semblable à celui d'Igel, mais de plusieurs ; ce qui indiquait autant la splendeur des monuments que l'éminence des personnages k la mémoire desquels ils avaient été érigés.

Mais s'agit-il simplement de monuments funéraires? C'est là une question à poser de nouveau. On pourrait en douter d'après la dimension des pierres, dont quelques-unes sont sous nos yeux aujourd'hui.

Où passèrent tous ces débris provenant de la démolition des anciens remparts d'Ârlon? Ils ont été mis en vente en 1671 et 1672. Des amateurs s'en rendirent acquéreurs, quelques pierres furent sans doute données. Voilà pourquoi on en retrouvait dans le jardin des Jésuites à Luxembourg, dans la maison de Neuforge, dans celle de Neunheuser, dans le jardin Biosfeld, in œdibus Jenetterianis et ailleurs.

Les autres forent acquises par des particuliers comme matériaux à em* ployer dans des constructions privées (2).

Je tenais beaucoup à reproduire les monuments d'Arlon décrits par Al. WtUkeim, et principalement ceux de la découverte de 1671, parce que les mêmes circonstances vont se présenter dans des faits postérieurs.

(i) ce Intérim patet has esse partes raonimentorum, et mole, et altitudine, et eleganlia, et magnificentia Eglensi Mausoleo simili imorum ; quod eo etiam patet, quod nonnullis horum lapidum herebant pilarum partes, minortbus excultœ sigillis, quales îo Mausolée Eglensi sunt genii et gigante*, quœ eo loco eiposuimus.

« Quœ cuncta cum superioribus immanibussaxiscrederecogunt, stetissead Orolaunum non unum Eglensi Mausoleo par magnitudine monimentum, quanta cum diuturnitate temporîs et vetustate, expos tulutto ne de injuria, ereplis mémorise nostrae, tôt magnt's bominibus tam splendidè sepultis [Luxemburgum romanum, lib. 6, cap, i4). »

(a) J'ai trouvé la preuve que ces pierres romaines furent vendues, dans la correspondance administrative ouverte au sujet de la démolition des fortifications d'Arlon. Je donnerai, dans an autre chapitre, des extraits de cette correspondance.

Procédons par ordre de dates.

A une époque que je ne puis préciser, mais au commencement du siècle courant, en 1804, dit-oo, on dut faire quelques excavations dans des terrains, au sud et vis-à-vis des Capucins, près de l'ancienne église des Carmes. On y rencontra divers débris antiques qui furent remis k H. Résibois, alors bourgmestre d'Arlon.

Ces débris existent encore dans la maison appartenant à H. le Vice-Président Résibois, située grand-rue à Arlon, maison elle-même remarquable par la construction de quelques parties anciennes, ayant, dit-on, appartenu à Tordre des Templiers. Elle est connue sous le nom d'ancienne maison Pratz, occupée jadis par une famille notable de ce nom (2).

Voici quels sont ces monuments :

1° Une pierre tombale large de 4 pieds, baute de 2 1/2 pieds, profonde de 3 pieds.

Face principale. Sommet d'une niche à plein cintre, avec la tête d'une femme demi-nature entre deux colonnettes en bas-relief. Aux deux côtés de la niche : D M.

Inscription :

SECVNDINVS SECCAL.

LIN, ACONT. SECCAL.

INAE ET VIVOS. S. F.

Secundinus secalinus acontiae secalinae et vivus (vivos) sibi feciL

Côté droit. En bas-relief, un homme placé dans une voiture k deux roues, tenant dans la main droite un long bâton ; suivi d'un homme et d'un chien courant à perdre haleine.

La voiture est-elle un cisium, chaise de poste? cela est probable, caries. Secondins avaient des fonctions dans les postes et les relais. Les Secondins étaient une famille riche et puissante. Le monument d'Igel porte leur nom.

Côté gauche. Célébration d'un sacrifice aux dieux domestiques.

Un homme et une femme sont assis dans de grands fauteuils, vis-à-vis d'un autel sur lequel brûlent des parfums ; ils tiennent sur leurs genoux chacun un enfant qui étend les bras soit vers l'autre, soit vers l'autel qui les sépare. Sous les pieds du maître, on voit un tabouret. Derrière lui est un serviteur vêtu du recta. Derrière la dame, une servante est également debout.

(i) Les ino Juments de la inaiiou Résibois ont été décrits par M. Y Eve que de la Basse Muuturic diius soti Itinéraire du Luxembourg germanique, pp. 19 et suivantes.

2° Pierre tamulaire en hémicycle. Inscription :

HARCELLIANAE

AFE CONIVGI DE

FVNCTE GRATI

NIVS ACCEPTVS

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