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TOILETTE, COIFFURES ET HABILLEMENTS

Coiffures.

J'ai déjà dit comment, dans les dessins du Luxemburgum romamm, les hommes étaient coiffés, comment les femmes.

436 H13T0IRB D'ARLON.

Je n'ai rien à remarquer de nouveau sur la coiffure des hommes. Dans les monuments du Musée d'Ârlon, sur les têtes nues, les cheveux sont aplatis ou arrondis en anneaux ; en général les figures sont rases, sans barbe, ni moustaches.

Les coiffures des femmes sont variées, quelques-unes étranges ; ce qui domine, ce sont les bandeaux soit plats, soit ondulés, avec les cheveux relevés par derrière en forme de chignon ; cette coiffure élégante s'est reproduite de nos jours avec une certaine exagération.

Comment les cheveux relevés derrière la tête des Romaines, étaient-ils soutenus ? Au moyen de grandes et fortes épingles qui traversaient la masse des cheveux. On ne les aperçoit pas dans les coiffures des femmes des monuments d'Arlon, qui sont vues de face. Le Musée provincial possède des spécimens nombreux et divers de ces épingles provenant de Gérouville, ils sont les uns en os, les autres en bronze et en argent, avec des têtes de dessins variés.

11 y avait encore le ennuie, large peigne de forme convexe pour retenir les cheveux derrière la tête ; puis le bandeau pour serrer les cheveux tombant en boucle autour du col.

J'ai mentionné les petites vessives longues pour maintenir, à la naissance du front et sur les côtés, les cheveux relevés en plusieurs touffes.

J'ai rencontré dans Antltony Rich le filet de tête de femme, reliculum; c'est le réseau à mailles plus ou moins serrées ou ornementées qui enveloppe la tête des femmes de nos jours. Chez les Romaines d'Arlon, ce réseau est quelquefois remplacé par une vessie qui renferme la masse des cheveux : c'est assez disgracieux. Voir les N° 142 et 191 du Luxemburgum romanum. J'ai retrouvé, dans les monuments du Musée d'Arlon, quelques-uns des genres de coiffure des personnages du Luxemburgum romanum ; mais ce que je dois noter plus particulièrement, c'est la coiffure de la danseuse, qui se trouve au côté gauche (côté droit du spectateur) du monument à quatre personnages, N° 19 de la 2e série. Les cheveux sont relevés au-dessus du front, divisés et gonflés de chaque côté de la tête, en trois ou quatre parties pour être rejetés le long des oreilles et réunis par derrière. Cela est élégant et fièrement porté. Quelques coiffures modernes sont une réminiscence de cette coiffure antique.

Je dois encore citer comme coiffure remarquable celle de la femme à demi-corps dans la face de la pierre tombale n° 20 de la 2e série. Celte tête est couverte d'un voile retombant sur les épaules et au-delà ; c'est la la seule coiffure de l'espèce; elle est très-gracieuse et d'un excellent effet;

elle rappelle le riche voile de mariage d'une jeune Romaine (Flammeum) qui l'enveloppait presque totalement. On le retrouve chez les mariées de nos jours (1).

Habillements. — Toilette.

Je remarque, en général, que les personnages, hommes et femmes, sculptés sur nos monuments d'Arlon, sont très-vêtus, ce qui est un signe du climat froid qu'ils habitaient. Je me hâte néanmoins d'ajouter que ces longues robes et ces manteaux en laine étaient également portés à Rome et en Italie, comme une précaution contre la chaleur.

Je rencontre, dans les auteurs qui ont écrit sur les antiquités romaines, une assez grande variété de vêtements, tant pour les hommes que pour les

(1) Pour achever cet article de la coiffure des Romaines, je transcris le passage suivant extrait d'un ouvrage intitulé :

Antïquitates sacrœ et civiles Romanorum explicatœ, auctore M. A. V. N. Hugae comitum apud Rutg. Christ. Alberti m. dcc. xxvi. 1 vol. in-folio.

Traduction. P. 236-a37-a38.

«Enfin les Grecs apprirent aux grossières Romaines à faire des tours, capiîlamenta sive pileoSj aul gabros, gareliculosve vel corymbia aut gale as, car sous tous ces noms, on désignait le même ornement. On ne saurait dire combien ce présent du luxe plut aux petites filles des Sabines austères et négligées. Il y en avait peu qui eussent les cheveux frisés naturellement j d'autres en avaient peu, ou les avaient noirs, couleur que les Romains n'aimaient pas, et à laquelle ils préféraient infiniment les cheveux cendrés ou blonds ; enfin plusieurs s'ennuyaient du temps qu'il fallait mettre à teindre leurs cheveux pour cacher leurs années. Ajoutez que celles qui voulaient tromper la vigilance de leurs maris, et aller chez quelques galants, ne trouvaient rien pour se déguiser. Les tours de cheveux vinrent a propos en Italie, pour remédier à ces inconvénients. Quelques médailles de Julie, sœur de César, me persuadent qu'il faut placer cette mode avant César. Je pourrais me dispenser de décrire les tours, puisqu'on en voit la figure dans les planches précédentes, mais autant vaut insérer ici cette traduction d'un endroit de Terlullien qui éclaircira encore mieux cette matière que la gravure même : «Vous attachez sur vos têtes, dit-il aux femmes, je ne sais quels cheveux cousus sur une étoffe, et qui n'ont rien de naturel, et tantôt vous leur donnez la forme d'un casque, tantôt vous n'en couvrez que le derrière de la tête. » Il paraît par cette description que les tours étaient un ornement de tête des femmes, qu'ils étaient composés de cheveux cousus sur quelque étoffe, qu'ils étaient ronds, qu'ils ne cachaient point les oreilles. 11 faut ajouter qu'ils étaient d'ordinaire blonds ou cendrés, frisés et bouclés avec un soin extrême, enfin faits et ajustés sur la tête avec tant d'art, qu'on ne les aurait pas distingués des cheveux naturels, si la nature travaillait avec tant de régularité. Les femmes mettaient ces cheveux étrangers sur leurs cheveux naturels, par où elles s'épargnaient la peine de se friser, ou de teindre leurs cheveux ; outre que parées de cette beauté empruntée, elles devenaient méconnaissables et pouvaient aUer incognito en plein jour, où bon leur semblait (et nigrum flavo crinem tbscondente gabro, lupanar incognitos intrabant). »

Ces emprunts de cheveux étrangers, pratiqués par les matrones romaines, existent encore, avec une certaine passion, chez les dames de notre époque,, ainsi, que l'art de teindre la chevelure de couleurs étranges. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

188 mmiM d'ari*m«

femmes, avec des nome divers* sans qu'il y ait entre eux une différence bien marquée; je dois m'arrête? aux habillements des monument* adonnais,

Pour les hommes c'est la tunique intime, vêtement assez juste avec des manches courtes ou longues, et une seule ouverture pour passer la tête. Par-dessus la tunique, on portait quelquefois la toge (toga), longue robe à plis, couvrant tout le corps, allant d'une épaule à l'autre et supportée sur les bras ; mais le plus souvent, c'était la casaque (Paenula), tombant audessus ou bien au-dessous des genoux avec des manches, et plus ou moins plissée. Étroite dans le haut avec une ouverture pour passer la tête, elle s'élargissait dans le bas et se relevait sur les bras. Quelquefois, la casaque était ouverte sur le devant et rattachée au-dessous du menton par une fibulle ou agrafe.

Au N° 9 du Luxemburgum romanum, les deux personnages sont vêtus d'une tunique juste h manches, mais ils sont dans l'intérieur d'un appartement-Peut-être est-ce une casaque au-dessus de la tunique.

Nos monuments offrent quelques exemples de bardo-cucullus. Au numéro 144 du Luxemburgum romanum, le paysan a le bardo-cucullus couvrant la tête ; le vêtement est sans plis et à manches longues.

Pour les femmes, les habillements consistent. d'abord dans la tunique intime et pardessus une longue robe (stola) et k plis, avec des manches retombantes couvrant les bras ; quelquefois c'est un mantelet dont les bouts sont repliés sur les bras.

Ordinairement, certaines parties des vêtements, soit des hommes, soit des femmes, étaient retenues par des fibules ou agrafes, dont la forme est bien connue et dont quelques modèles font partie de la toilette des dames de notre époque. Si les personnages des monuments d'Arlon en portent, elles sont bien dissimulées.

Je dois cependant ajouter que les fibules étaient inutiles pour les robes longues et les casaques, pièces d'étoffe plus ou moins amples, avec ou sans manches, qui couvraient le corps entièrement et sans attaches, aussi bien par devant que par derrière. Les fibules ne servaient que pour les vêtements des femmes attachés ï l'une et l'autre épaule, couvrant le dos et la poitrine, nommés palla ou péplum. Les agrafes étaient encore employées pour le manteau qui couvrait la partie gauche du corps des hommes et dont les bouts supérieurs étaient fixés sur l'épaule droite en laissant le bras droit libre, le bras gauche soutenant le manteau replié.

Les fibules étaient grandes, moyennes ou petites, de formes variées, les unes assez grossières, les autres ouvragées avec un certain art. Le Musée

Mourants Homo». 489

d'Ârlon en possède de nombreux exemplaires en bronze, provenant de différents lieux, entre autres, ArUm, Gérouville, Lamorteau.

Les habillements des Romains et des Romaines, même les chemises, étaient faites d'étoffes de laine plus ou moins fines, blanches ou de couleurs, souvent avec des dessins ou des franges. Les Romains, paraît-il, ignoraient Tasage de la toile ; on croit que la fabrication des toiles de chanvre remonte à environ deux siècles avant les Croisades, mais ce me fut qu'à partir du m6 siècle que l'usage des toiles de chanvre commença à se généraliser.

Comme sous les Romains, la laine était portée immédiatement sur la peau; pour entretenir la propreté du corps, on se baignait fréquemment, il y avait des bains publics : c'était, pour l'époque, une règle nécessaire d'hygiène.

Les vêtements des Romains étaient df ailleurs soumis h des lavages. J'en trouve la preuve dans la représentation d'un lavandter sur le monument N° 900 du Luxemburgum rommium (V. planche 74). Nous le savons du reste par ce qui existe des ruines de Pompéi : on y a retrouvé la demeure d'an foulon (Fullo, nettoyeur et dégraisseur d'étoffes) avec tous ses apparais de lavage.

On a pu remarquer, dans le courant de mes descriptions, qne les vêtements de l'intérieur des appartements étaient tout autres que les habille* ments de l'extérieur, de ceux qu'on revêtait pour les visites, pour les affaires du dehors. En effet, à l'intérieur, il suffisait de la tunique intime et par-dessus, pour les femmes, d'une seconde tunique à manches serrées sur les bras et descendant quelquefois jusqu'aux poignets ; pour les hommes, la simple casaque à manches justes et serrée autour du corps. Voyez les planches 4, 26, 29 du Luxemburgum romanum, numéros 9, 142, 458.

L'un de nos monuments, Lux. rem., N° 467 pi. 36, représente .une remarquable scène d'intérieur : c'est une femme à sa toilette. Elle est assise; devant elle, une esclave présente un miroir rond. Les miroirs des Romaines étaient en argent ou faits d'un métal blanc, alliage de cuivre et d'étain.

Une autre esclave peigne les cheveux de la dame et sur les meubles qui ornent la chambre sont des pots contenant du fard, des onguents ou pommades et des essences (4).

(O Le passage suivant peut donner une idée du luxe qui présidait souvent à la toilette des Romaines.

Antiquitatcs sacrœ *t civiles Romanorum explicaiœ. Page s34, planches 61, 6a, 65.

« L'innocence des Romaines périt avec la pauvreté des Romains et les vices que les étrangers apportèrent à Rome avec leurs richesses, corrompirent non moins les femmes

140 HISTOIRE D'ABLOlf.

Chaussures.

Un objet que j'ai vainement cherché sur les monuments de notre Musée provincial, c'est une chaussure. La robe longue, toga ou stola, dont sont revêtus les hommes et les femmes, ne laisse voir, dans quelques personnages, que l'extrémité des pieds qui sont nus et quelquefois, chez les femmes, le bas des jambes qui est également nu.

Pour les hommes, la casaque (Paenula) dépasse assez rarement les genoux et laisse à découvert les deux jambes absolument nues.

Pourquoi cette absence de chaussure, alors qu'aucun autre détail des vêtements n'est omis, non plus que des coiffures ou des objets portés ? Cependant les Romains et les Romaines étaient chaussés de façons diverses, tant pour l'intérieur que pour le dehors.

Le nom générique calceus, calceolus se disait d'une chaussure couvrant tout le pied, par opposition aux sandales et aux pantoufles qui ne le couvraient qu'en partie. — Les chaussures des Romains avaient toutes un nom, chaussures élégantes pour les gens du monde, chaussures grossières pour les hommes du peuple. Le N° 88 du Luxemburgum romanum en présente un échantillon. Le N° 133, pi. 20 du même ouvrage offre un autre exemple de chaussure, une sorte de bottine couvrant la moitié de la jambe.

Cette absence de chaussure dans les personnages de nos monuments est regrettable ; car nous aurions eu plus d'un spécimen de l'art des cordonniers sous les Romains, comme nous en avons pour les coiffeurs et les tailleurs d'habits de la même époque.

que les hommes. C'est surtout quelque chose d'étrange que le soin inquiet avec lequel elles se paraient. Il serait ennuyeux de compter exactement les esclaves qu'elles y employaient. Outre les femmes destinées à nettoyer leurs appartements, à garder leurs chiennes, a conserver leurs pierreries et leurs diverses parures, elles en avaient pour leurs habits de cérémonie, pour ceux du matin, pour ceux du logis. Elles avaient des femmes pour la médecine, des baigneuses, des parfumeuses, des coupeuses de cheveux, des coiffeuses | d'autres qui n'avaient soin que de leurs tours de cheveux, d'autres dont l'unique occupation était de leur tenir le miroir. Ce n'était pas assez de tant de femmes pour en servir une seule. Il lui fallait encore des faiseurs de fard, des baigneurs, des friseurs, des frotteurs, des médecins. Les uns lui enlevaient avec de la pâte humide le coton léger qui couvre le visage, d'autres parfumaient ses cheveux, d'autres la lavaient, d'autres lui frisaient les cheveux avec un fer chaud. Cependant, elle se rafraîchissait avec du lait d'ânesse, et elle consultait ses amies, ou quelques esclaves, sur sa parure. Juvenal décrit agréablement ce petit sénat, assemblé pour juger d'une coiffure. »

La cruauté était mêlée à ces frivolités de toilette : les Romaines frappaient les esclaves qui les servaient, dont elles accusaient la maladresse ou les livraient à la torture. D'autres fois, elles enfonçaient dans les bras ou les seins de leurs suivantes les longues épingles qui retenaient leurs cheveux.

Gestamina. — Bijoux.

Les Romaines portaient des bijoux de différents genres. Je ne dois pas supposer que les riches habitantes d'Orolaunum se passaient de ce luxe. Dans nos monuments funéraires, on ne voit que rarement un anneau simple ou un bijou ornementé qu'une femme tient entre les doigts. Y. N° 289, pi. 66 du Lux. rom. et N° 20 de la série du Musée provincial ; mais, des mains de quelques matrones, on voit pendre les coffrets carrés destinés k renfermer les bagues, les bracelets, les colliers, les agrafes, qui servaient à orner ces dames.

Autres objets.

Les autres objets portés par les personnages des monuments du Musée d'Àrlon, sont les mêmes que dans les monuments du Luxemburgum romanum ; ce sont les sponsalia, les rouleaux des hommes d'affaires, des magistrats, un coffret, une bourse, une fiole lacrymatoire.

Meubles.

Les monuments romains d'Arlon, ai-jedit ailleurs, offrent plus d'un enseignement pour les scènes de la vie intérieure de nos ancêtres : j'ai à parler maintenant des représentations que AL Willheim qualifie de lectis* ternium. Sous ce nom, Anthony Rich désigne un banquet somptueux offert aux dieux, dont les statues étaient tirées de leurs niches et placées sur des lits devant une table chargée des mets les plus délicats, par les soins des prêtres qui présidaient aux festins des sacrifices.

Dans les monuments d'Arlon sur lesquels des repas sont représentés, il n'est pas question de statues des dieux couchées sur des lits ; on y voit de simples repas de famille, où figurent le maître, la maîtresse, des enfants, des serviteurs. Pourquoi ces repas sont-ils sculptés sur des monuments funéraires ? On les retrouve aussi sur quelques représentations funèbres de l'Italie.

Veut-on indiquer par lk le banquet qui a suivi les funérailles et qu'il était de coutume de donner aux parents et aux amis, coutume qui a traversé les siècles et a persisté jusqu'aujourd'hui dans quelques pays ?

Quoi qu'il en soit, ces scènes et d'autres offrent en détail une étude des mœurs et de l'existence intérieure des Romains d'Arlon que je ne dois pas négliger.

Voyons d'abord les meubles.

Les sièges en bois sont massifs et de forme carrée avec des dossiers également massifs. Dans un des monuments (scène du marchand, N° 18 de la 2e série), les bras partent du dossier et tombent droit sur le siège. Veut-on figurer un fauteuil ou bien un canapé? Quelquefois, les bras sont de forme carrée, attachés au dossier horizontalement et ramenés perpendiculairement sur le siège au moyen d'une autre pièce de bois enchâssée dans la première.

Dans un autre monument, N° 9 du Luzemburgum romanum, la chaise également en bois, est massive avec un dossier de forme circulaire, comme le sont quelques comfortables de nos jours. Il en est de même des chaises des numéros 142 et 165, sur lesquelles une femme est assise.

Ces chaises ou fauteuils sont ordinairement portés sur quatre petits pieds en formes de boules.

. Anthony Rich définit ainsi ces sièges appelés cathedra : chaise k dos et sans bras, massive ou évidée ou supportée par quatre pieds.

La chaise, sella, était un siège sans dossier, espèce de tabouret supporté par quatre pieds droits ou courbés en forme de X. Il y en avait de richement ornés, d'autres étaient simples.

Les tables, les comptoirs, les buffets et autres meubles de ce genre, sont massifs aussi, carrés ou bien avec des pans coupés aux coins. Dans ces meubles, comme dans les chaises, les côtés massifs sont k panneaux. Y ménageait-on des tiroirs ou des armoires ? On peut le conjecturer, sans oser l'affirmer.

II y avait aussi la table des repas dont je vais parler.

Repas.

Quelle était la position des convives aux repas des Romains ? Les homme étaient ordinairement couchés sur les lits, position assez incommode, qui ne laissait que la main droite de libre, tandis que le haut du corps était soulevé sur le coude gauche. C'est la pose indiquée par les auteurs dans les descriptions qu'ils donnent des repas à Rome ; les lits entourent la table, et les convives y sont couchés ; — ils le sont encore dans les gravures qui représentent des repas dans l'ouvrage d'Anth. Rich.

Quant aux femmes, dans les gravures des repas que donnent les auteurs, elles sont toujours représentées assises soit au milieu du lit, soit aux bords;

MONUMENTS BOMATO. liS

c'est que, chez les anciens Romains, il était honteux aux femmes de se coucher k table, cela n'était permis qu'aux concubines. Mais plus tard, quand les mœurs se corrompirent, les dames romaines ne trouvèrent plus d'indécence à paraître couchées Ji table.

Les lits étaient ornés richement, plus ou moins, de couvertures, de draperies dont les bords frangés tombaient par devant.

Il en est ainsi dans les monuments du Luxemburgum romanum : V. le N° 142, planche 36.

Dans les repas figurés sur les monuments d'Arlon les hommes sont-ils couchés sur les lits ?

Il n'y en a qu'un exemple, c'est celui du N° 142, pi. 26. — L'homme est réellement couché enveloppé d'une serviette. Dans les numéros 127, pi. 17, 135, pi. 22, 165, pi. 54, on voit bien un lit, mais les convives y sont assis dans une position verticale. — Voici une exception plus marquée encore h la règle généralement adoptée : l'homme assiste au repas assis dans une chaise massive en manière de fauteuil, N° 222, pi. 45, 108, pi. 12, 2W, pi. 68.

Dans les repas figurés sur les monuments du Luxemburgum romanum, les femmes sont toujours assises, non sur des lits, mais dans des fauteuils.

Dans les repas, on plaçait devant les convives une petite table portée sur trois pieds à jour et réunis par des traverses, mensa tripes ; on la voit figurée dans plusieurs numéros du Luxemburgum romanum, 127, pi. 71, 135, pi. 22, 142, pi. 26, 165, pi. 34, 222, pi. 45, 221, pi. 53, 291, pi. 68. Ces tables à trois pieds étaient nues ou garnies d'une nappe simple avec des franges.

Je dois cependant faire remarquer que, au numéro 108, pi. 12 de l'atlas du Luxemburgum romanum, l'homme, vu de côté, est assis sur une chaise devant une table massive carrée. — Au numéro 165, pi. 34, les deux hommes qui, dans le fond, sont assis sur un lit, ont devant eux une table longue carrée ou arrondie ornée d'une nappe frangée. Il est vrai que, devant cette table, il y en a une autre, la petite table ordinaire k trois pieds. A quoi servait donc la table longue carrée ? Cette table est nue, si ce n'est qu'on y voit un seul objet, dont je ferai bientôt mention. Les tables à trois pieds ne sont pas surchargées de mets : on n'y aperçoit qu'un seul plat, uue volaille, quelques fruits ou bien un flacon et quelques verres. Cependant les repas des Romains pouvaient consister en plusieurs services ; mais les auteurs enseignent qu'on changeait de table et que, pour chaque service,

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on en apportait une antre toute dressée ; c'est ce qu'ils expriment sous ces mots : mensa prima, mensa secunda, etc.

On voit, ai-je dit, dans plusieurs monuments de l'atlas d'AI. Wiltheim, sur la table à trois pieds, et servis sur un plat une volaille, N° 465, pi. 34, 291, pi. 168 ; ou bien des fruits ou un mets de forme ronde, N° 127, pi. 17, 142, pi. 26, 222, pi. 45. On aperçoit de plus, soit sur une table N° 165, pi. 34, soit dans la main de la femme N° 142, pi. 26, ou dans la main d'un serviteur, un objet long de forme ronde qu'on pourrait prendre pour un pain ou pour une sorte de pâtisserie.

Avec les habitudes contractées dès notre enfance, nous sommes tentés de demander : où sont les assiettes pour les convives, où sont les cuillers, les fourchettes ? Les tables à trois pieds étaient trop petites pour y disposer un service comme pour les repas de notre temps.— Devait-on avoir recours, pour les convives, a des patères variées de grandeur et de profondeur et que les serviteurs leur distribuaient individuellement? Au numéro 108, pi. 12, un vase à deux anses est placé sur la table, devant l'homme assis, au numéro 165, pi. 34, la femme assise a sur les genoux un vase dans lequel elle puise avec la main.

On voit, au numéro 222, pi. 45 du Luxemburgum romanum, un couteau dans la main de la femme, avec lequel elle coupe un fruit ou tout autre mets de forme ronde ; mais les Gallo-Romains, nos ancêtres, se servaientils de cuillers et de fourchettes ? On n'en aperçoit aucune trace sur nos monuments, comment donc mangeaient-ils?

Les soupes étaient-elles inconnues aux Romains? Ils avaient un vase nommé puUarius dont la forme est inconnue et dans lequel on servait du potage. Comment le distribuait-on aux convives et comment ceux-ci le consommaient-ils ?

Les Romains avaient quelques genres de cuillers : Ligula, petite cuiller à manger des confitures ; rudis, rudicula, cuiller de bois pour remuer et mélanger un mets cuisant sur un four ; trua, cuiller à écumer. Comment ne sont-ils pas arrivés à la cuiller de table ? Cependant, je dois faire remarquer que, au numéro 165, pi. 34 du Luxemburgum romanum, on distingue sur la table carrée placée immédiatement devant les convives, un petit instrument long, qui pourrait être une spatule, sorte de cuiller plate avec de légers rebords sur trois côtés ; ce n'est pas la cuiller de nos jours. — A quoi cette spatule pouvait-elle servir? Il n'y en a qu'une pour trois convives.

MOmWBNTS ROMAINS. 145

On troute dans quelques dictionnaires de la langue latine le mot cuiller, ustensile de table, traduit par cochlear, cocMearium, ligula et quelques écrivains latins sont cités comme autorités. Mais, suivant Anthony Rich, cochlear désignait une cuiller dont on se servait pour manger des œufs et des coquillages : elle avait un cuilleron très-creux k une de ses extrémités et se terminait en pointe k l'autre bout. Le large bout servait de coquetier et avec la pointe, on tirait le poisson de la coquille. Cochlear était aussi une mesure de liquide qui répondait k notre cuillerée.

J'ai déjà dit ce que c'était que ligula. — La spatule, lingula, devait avoir le même usage que la ligula.

D'autre part, Anthony jRicA, au mot fuscinula, cite deux exemples de fourchettes de table : l'un est douteux ; dans l'autre, l'instrument ressemble aux fourchettes de nos jours. Quel en était l'usage? Cet exemplaire unique, trouvé en Italie, ne prouverait pas une pratique ordinaire, même chez les Romains les plus riches, et dans les plus somptueux banquets. Il y a d'ailleurs, dans les auteurs grecs et latins, absence de tout mot pour exprimer une fouchelte de table, comme celle dont l'usage est universel aujourd'hui.

Comment, sous les Romains, n'avait-on point fait dériver la fourchette furcilla, de la fourche furca ? ils avaient furcula, la fourchette k découper, de là, il n'y avait qu'un pas k furcilla et furcinula (latin moderne) la fourchette k manger. On a d'ailleurs fait remarquer que la fourchette k manger venait d'Italie. Voilk quelques probabilités en faveur de cet instrument de table sous les Romains, sans qu'on puisse positivement affirmer que l'usage en existait ou du moins en était commun.

Quelle était d'ailleurs la disposition des repas chez les Romains ? On sait que la table chargée de mets était entourée de lits sur lesquels les convives étaient couchés; — cette position ne permettait pas l'usage d'assiettes, de cuillers, de fourchettes et de couteaux.

Dans les représentations de repas reproduits par Anthony Btcfe, les convives semblent porter les mets k la bouche avec les mains. N'oublions pas non plus que les Romains avaient des découpeurs, scissores et qu'avant et après les repas, ils se lavaient les mains.

Dans plusieurs scènes de repas des monuments d'Arlon, l'homme a devant lui une serviette qui pend des épaules ; peut-être est-elle nouée par derrière ou attachée sous le menton. Les serviettes servaient k s'essuyer les mains et la bouche. Pourquoi essuyer les mains, si celles-ci ne devaient

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pas saisir les mets pour les porter k la bouche? L'usage des serviettes, devenu commun, était un raffinement de propreté et de civilisation.

J'ai déjà fait observer que, au numéro 165 pi. 34 du Luxemburgum romanum^ la femme avait sur les genoux un vase rempli de mets qu'elle paraissait saisir avec la main. Au numéro 291 pi. 68, il Jr a, sur la table ronde à trois pieds, un plat avec une volaille sur laquelle la femme porte la main. Dans le numéro 292, même planche, les enfants qui mangent n'ont aucun autre instrument que les doigts pour conduire les mets à la bouche.

Qu'étaient les festins chez nos ancêtres, les Francs et les Germains? L'usage des cuillers et des fourchettes leur était inconnu ; ce n'est que plus tard, longtemps après que la conquête des Gaules eût été affermie entre les mains des Français, qu'on a commencé & introduire insensiblement, dans les repas journaliers, les usages qui ont fini par prévaloir. Il serait trop long de suivre cette transformation qui aboutit enfin aux commodités de iios tables ordinaires et au luxe des banquets d'aujourd'hui.

Cette transformation n'a été ni générale, ni complète : Voyez, de nos jours encore, sans parler des peuplades sauvages de l'Afrique et de l'Amérique, voyez les Turcs mangeant le pilau avec les doigts, les Arabes partageant les viandes rôties avec les couteaux et leurs mains saisissant les morceaux coupés.

Les récits des voyageurs ne nous représentent-ils pas les Persans accroupis sur des tapis, prenant avec une seule main laissée libre, les mets placés devant chaque convive.

Ne comptons-nous pas, de notre temps encore, un peuple chez lequel l'usage de la cuiller et de la fourchette n'est point pratiqué k table? Reportons-nous aux repas des Chinois, aux soucoupes chargées de mets distribuées individuellement k chaque invité, au jeu des bâtonnets si habituel aui indigènes, instruments ridicules entre les mains das Européens, convives des Chinois.

Je reviens aux habitants d'Orolauntm et à leurs habitudes culinaires.

Dans les monuments romains d'Arlon, qu'apercevons-nous sur les tables placés devant les convives ? Un oiseau, des mets ronds ou des fruits avec des vases à boire k une ou deux anses. Les serviteurs portent des cruches en terre k une anse, sans doute remplies de vin ou de cervoise.

On a trouvé k Arlon, en 1870, lors des déblais pour placer les tuyaux à gaz, à la descente du parc vers la station du chemin de fer, une cruche de petite dimension, en poterie rouge assez grossière, mais toujours de forme

élégante et pure, renflée du bas, k col étroit terminé par un bec, avec une seule anse qui est absente. Est-ce un capis ou pot à vin ?

Les Romains avaient aussi des bouteilles, ampullae, c'est-à-dire des vaisseaux en verre, au col étroit et au ventre enflé comme une vessie. Notre Musée provincial en a des exemplaires trouvés dans les déblais de la station do chemin de fer à Arlon, \k où l'on a découvert, dans le temps, des substruetions antiques. Il faut noter, comme provenant du même terrain et appartenant à l'existence ménagère des Romains, un vase en terre noire oblong, un peu gonflé dans le bas, un débris d'un vase semblable, et puis an verre à boire assez grand, plus étroit du pied, avec des canelures pour mieux le saisir avec la main.

Un autre exemplaire de ce genre de verre, de même grandeur, a été trouvé dans des tombes à Lenclos, commune A'Etalle, mais il est brisé en partie. On a retiré du même endroit un vase en verre, espèce de cruche à une seule anse, d'une forme très-élégante et d'une conservation parfaite, ainsi que les débris d'un autre vase plus élégant encore : tout le corps est formé de lignes transversales multiples partant du haut et se prolongeant en se contournant vers le bas. Dans quelques parties, il y a des renflements évidés ornés de dessins à jour en verre bleu.

D'autres débris, toujours venant du même lieu et également en verre, appartiennent à une ou plusieurs grandes coupes ou corbeilles des plus élégantes.

Dans le pied d'un de ces débris, on voit, à l'intérieur d'un verre, un cercle d'une pâte blanche donnant à cet ornement un reflet irisé qui rappelle l'opale.

Poculutn était le terme générique des vases à boire ; il y avait des termes particuliers pour distinguer les espèces : Patera, un vase circulaire sans anse et calix un gobelet circulaire à deux anses.

Sur un plateau représenté dans Anthony Rich> au mot scutella, on voit un verre comme nos verres à bière et même un verre à vin à pied comme ceux de nos jours.

La nourriture des Romains était composée ordinairement de viandes, surtout de celles de porc fraîches ou àalées, de légumes, de poissons, de volailles, de fruits et Je pâtisseries de plusieurs sortes. Ils avaient des aliments liquides, des ragoûts, des compotes, des confitures.

Les ustensiles sur lesquels ces mets étaient servis avaient des formes variées ; circulaires, allongées, plates ou profondes avec des noms divers :

catinum, paropsis, patina et palella, calix, alveus, disent, suivant la forme ou l'usage.

Les plats étaient* ils présentés aux convives avec les mets découpés, ou bien Tétaient-ils par portions dans des vases à part de plus petites dimensions ? Nous revenons ainsi à la question des assiettes, des cuillers et des fourchettes, question qui peut encore paraître indécise.

Des serviteurs et des servantes vont et viennent autour des convives, et servent à boire ; une servante, dans une posture familière appuyée sur le dos du fauteuil, cause avec sa maîtresse.

Une lampe double éclaire le repas ; un chasse-mouche est là pour écarter un insecte importun et les convives sont distraits ou égayés par les sons de la musique.

Plus loin, dans un cartouche, est figuré un repas d'enfants entourés de plusieurs serviteurs.

Tout cela indique un certain luxe chez les habitants à'Orolaunum.

Mais il ne s'agit là que de simples repas de famille et non de banquets de Lucullus. Dans ces banquets somptueux, la position des convives autour de la table était-elle différente? Je ne le crois pas; seulement les mets étaient plus nombreux, plus variés, plus recherchés (1).

Chambres à coucher.

Les numéros 295 du Luxemburgum romanum et 39 de la 2e série donnent une idée des lits à coucher des Romains distingués des lits de table : ils

(i) On a beaucoup écrit sur les repas des Romains, sur le luxe qui y présidait; on mettait à contribution les produits du monde alors connu et on n'hésitait pas à faire jeter un esclave en pâluie aux raurèues, pour en rendre la chair plus délicate. Un peintre moderne a su reproduire sur la toile, en traits énergiques, tous les détails d'une orgie romaine.

La liste suivante des serviteurs d'une salle à manger à Rome donnera une idée de ce que pouvaient être les usages à cette époque :

Trichiniarius avait soin de la salle à manger ;

Structor arrangeait les mets ;

Scissor, Captor, Chironomon coupait les mets ;

Veribitor servait les convives ;

Oenoptes, Pocillator, ministrator a Cyatho versait à boire ;

Ortocopus avait l'intendance du pain ;

Puis venaient :

Un esclave chargé des bouteilles, des vases à boire d'argent, des plats d'or enrichis de pierreries ;

Des esclaves qui goûtaient les viandes et les vins ;

Enfin Scoparii dont la fonction était ainsi définie : cum discumbimus, alius sputa deter git, alius reliquias temulentorum colligit,

« Le latin dans les mots, brave l'honnêteté. »

étaient en général, assez étroits, dans la forme des canapés de nos jours, garnis d'un matelas et de coussins. Us étaient quelquefois très-élevés ; on y montait k l'aide de gradins. On rencontre dans les gravures à9 Anthony Rich des formes de lit du genre des nôtres, c'est-à-dire fermés h la tête et aux pieds, ouverts sur les côtés et supportés par quatre pieds élevés.

Au surplus, les Romains dormaient dans de petites chambres k peine éclairées ; la vie du jour se passait dans d'autres appartements plus vastes et mieux ornés, et en partie dans les cours et les jardins tenant à l'habitation.

L'appartement des femmes était séparé et fermé aux personnes étrangères à la famille ; c'était le gynécée.

Architecture. — Constructions. — Intérieur des maisons.

Il devait y avoir à Arlon des œuvres d'architecture autres que des monuments funéraires. Comment, en effet, expliquer ces blocs de pierre de grande dimension chargés d'ornements, ces frises, ces trigliphes, ces chapiteaux, ces fûts de colonnes de divers ordres, ces corniches si amples avec des dessins sculptés pour être vus à une grande hauteur ; ces représentations entre des pilastres canelés de soldats triomphant ou de cavaliers combattant ?

H y avait donc l Orolaunum des édifices d'une belle construction : lesquels? S'agissait-il de ten.ples ou de bâtiments destinés à des services publics? De tous peut-être.

On devait rencontrer aussi un certain luxe dans les habitations particulières : on connaît les dispositions générales de ces maisons par ce qui en reste a Pompéi.

Ces mêmes dispositions pourraient-elles se retrouver dans les ruines de l'ancien Arlon ?

La ville d'Arlon u'a conservé aucune ruine des habitations àf Orolaunum qui permette d'en étudier la construction et la distribution intérieure. Cette ville a subi tant de désastres, tant de transformations, qu'elle n'a conservé aucune tiace des édifices romains. On doit recourir aux vestiges d'habitations a la campagne, dont l'isolement a mieux conservé les débris, bâtiments ruraux dans lesquels on retrouve en partie la distribution des maisons urbaines. Je citerai les villas de Sommerait^ de mompont, de Hatrival et celle de Hollange plus récemment mise au jour, les habitations agglomérées de Htblon, près de Werpin, celles de Majerou, près de Virton, et plus

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