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rapprochées d'Arlon, la villa à la descente de la Geichél et celle un peu plus éloignée qui occupait le plateau supérieur dominant Lischert.
J'ai déjà indiqué qu'on devait distinguer les chambres à coucher étroites, peu éclairées, des pièces plus vastes destinées à la vie de famille en commun et peut-être de celles consacrées à la réception des étrangers ; cela dépendait de la fonction, du rang, de la fortune.
Ce qu'on a rencontré en général dans les villas explorées du Luxembourg, ce qu'on y a le plus remarqué, c'est l'bypocauste ; voici ce que j'ai vu moimême à Hollange :
En février 1866, on construisait un chemin qui, contournant l'église, descendait, sur un terrain communal, du haut du village vers le bas. On mit au jour derrière l'église une ancienne construction : c'était une pièce carrée d'environ dix mètres de long sur quatre mètres de large ; sur un des côtés, il y avait, du dehors en dedans, des encoignures rentrantes appartenant sans doute à des appartements contigus.
Le parquet, composé d'une espèce de béton, était uni ; les quatre murailles qui en formaient l'enceinte, étaient conservées jusqu'à plus d'un mètre de hauteur. En-dessous se trouvait l'bypocauste entier d'une parfaite conservation ; il était composé de plusieurs séries de petits piliers circulaires formés de rondelles en terre cuite d'environ quinze à seize centimètres de diamètre superposées, assis sur le terrain uni et couverts par deux dalles carrées d'inégale grandeur, formant chapiteau. Ces piliers, distants d'environ cinquante-sept centimètres d'axes en axes, avaient une hauteur totale de quarante centimètres et étaient construits en quinconce ; il y en avait dix sur le grand côté et six sur le petit, leur nombre était de cinquante-sept en tout, et non soixante, à cause des angles rentrant sur un des côtés.
Au-dessus de la double dalle formant chapiteau, il y avait une dalle plus large, épaisse de cinq centimètres, qui couvrait à la fois le quart de chaque dalle formant le faite des piliers, de sorte que les grandes dalles se touchaient les unes les autres et formaient un ensemble sans interstices, c'està-dire un premier parquet uni. Sur ces grandes dalles, on avait établi une chape formée d'une couche de ciment d'une certaine épaisseur, mélangée de briques et de pierres dures pilées. Ce dessus, qui avait acquis la dureté du rocher et était parfaitement nivelé et uni, constituait le parquet de l'appartement.
On avait construit dans le corps des murailles, des petites cheminées au moyen de carreaux évidés en terre cuite et superposés ; il y en avait cinq
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sur le grand côté, une sur un des petits côtés et quatre sur le second grand côté, oft se trouvait le foyer. Ces cheminées en miniature servaient de courants d'air & l'hypocauste en même temps qu'elles amenaient la chaleur le long des murailles. L'appartement était donc chauffé en-dessous et sur les côtés ; c'était un comfort très-bien imaginé.
Le foyer de l'hypocauste était placé sur un des côtés et en dehors du périmètre des piliers.
Par où s'échappait la fumée du foyer? C'est une question que je me suis faite, pourquoi ? Les piliers et les cheminées de rappel avaient conservé le rouge de leur couleur naturelle, sans trace de noir ; il y avait donc, dans la construction du foyer, une particularité qui renvoyait la fumée au dehors sans perte de la chaleur, laquelle circulait sous le plancher et dans les murailles.
J'ai, à diverses reprises, fait éclairer le dessous du parquet et ces rangées régulières de colonnettes offraient un coup d'œil charmant.
Je m'intéressais beaucoup au maintien d'un travail romain d'une conservation parfaite ; mais les exigences brutales de la voirie en demandaient la destruction ; j'en ai fait enlever plusieurs débris de toute sorte qui, transportés an Musée provincial d'Àrlon, en laisseront du moins quelques traces.
Les piliers de l'hypocauste entièrement ruiné de la villa de Habay-la- Vieille étaient formés aussi de rondelles de terre cuite. Ceux de la villa de Hatrival étaient carrés; les carreaux ont été employés, injure du sort, par le propriétaire du terrain, à carreler la cuisine et le corridor de sa maison.
M. Geubel de Marche nous a donné plus de détails sur l'hypocauste de ht villa de Jftiompont. Il y avait d'abord un pavage de tuiles enchâssées dans la chaux. Au-dessus s'élevaient des piles carrées formées de douze tuiles de O^OB d'épaisseur et de O^M de côté ; elles étaient surmontées de deux tuiles épaisses aussi de QPflS et larges celle de dessous de O^SW et celle de dessus de O*,^ Sur celle-ci s'étendaient des dalles de brique rouge de O^OO de côté qui se touchaient sans intervalle. Au-dessus était établie une couche de ciment de chaux, surmontée d'une autre couche de ciment rouge, puis venaient les cubes de la mosaïque d'un centimètre de hauteur. Les trois couches étaient épaisses de O^SS.
H n'est pas douteux que ce comfort, introduit dans les habitations rurales, existait aussi dans les maisons d'Orolaunum ; l'hypocauste servait
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également à chauffer l'eau des bains particuliers que les riches Gallo- Romains d'Arlon pouvaient posséder dans leurs demeures. La villa de Wiompont en présentait un exemple assez remarquable, composé de trois pièces, dont deux se trouvaient immédiatement au-dessus de l'hypocauste. La place la plus petite touchant au foyer, devait être la plus chaude, {calidarium), la seconde à côté était moins chauffée (tepidarium), puis venait une place non chauffée (frigidarium); il s'agissait là évidemment de bains particuliers, accessoires d'une bonne maison.
Dans les habitations somptueuses des Romains d'Italie, les murailles des appartements étaient couvertes de peintures représentant des hommes, des divinités de la Fable, des feuillages ou des natures mortes. Ce luxe s'étaitil introduit à Orolaunum ? Peut-être par exception, mais en général, ia décoration devait être plus simple. Le Musée d'Arlon possède quelques débris de décoration de murailles ramassés dans les ruines à'Heblony où il existait des habitations agglomérées du temps de la domination romaine (1).
Ici, les murailles intérieures étaient formées d'un petit appareil de pierres calcaires carrées, bien pincées, rangées par relevées d'égale épaisseur.
Là, sur un fond blanc, des lignes perpendiculaires, simples ou doubles, étaient tracées en noir à des distances égales, ou bien, des lignes horizontales coupaient les lignes perpendiculaires.
Ailleurs, chaque muraille de l'appartement était encadrée dans un dessin ainsi composé formant panneau :
Sur un fond blanc, de grosses lignes rouges tirées au gros pinceau ; de petites lignes noires tracées au-dessus et au-dessous des lignes rouges espacées à O^SO.
Ailleurs encore, les murs blancs étaient ornés de carreaux empreints de trois lignes, une jaune, une noire et une rouge, avec lambris rouge, le tout à l'encaustique.
D'autres places étaient peintes différemment d'une seule couleur : rouge uni et bien poli, jaune avec de petites fleurs noires, ou bien bleu pâle, vert, brun, rose ; ces couleurs étaient appliquées à la détrempe et sans corps gras. Les couleurs pâles décoraient-elles les plafonds? C'est une question mal aisée ï résoudre.
(i) Voir la relation de M. Geuàel, Annales de notre Société archéologique, années i84g à i85i : notice sur les fouilles de Ueblon et de Werpin.
Quelques débris du Musée d'Arlon sont couverts d'une couleur rouge foncée dont la fixité et l'éclat ont traversé les siècles sans altération.
Selon toute apparence, ces genres de décoration intérieure ou tous autres semblables, variés dans la forme, ornaient les appartements de nos Gallo-Romains d'Arlon.
J'ai déjà dit comment les parquets étaient d'un blocage de ciment mélangé de morceaux de briques et de pierres blanches, le tout parfaitement nivelé, uni et poli, ayant la dureté de la roche. C'était là une sorte de mosaïque irrégulière de deux ou trois couleurs, peu coûteuse et qui devait être trèsordinaire.
Dans quelques habitations rurales de la province, on a trouvé des* parquets plus riches. Je citerai encore la villa de Wyompont, qui devait avoir une certaine importance. Une des salles était très-remarquable ; elle se composait de deux carrés, dont l'un en retraite.
Le grand carré était long de 4m,40 sur 4m,20 de large. Le carré en retraite avait les dimensions suivantes : 3m,i0 sur im,i5. L'encadrement blanc de O00,^, 0m,20 coupé au milieu par une grosse ligne bleue, était enveloppé par des losanges alternés blancs et bleus, larges de 0ra,20. Tout autour était une rangée très-serrée de petites cheminées destinées a élever la température de l'appartement.
La mosaïque était formée de carrés de trente centimètres de long sur vingt centimètres de large, renfermant six petits cubes de tyMO de côté, trois blancs, deux et un, formant ensemble, opposés à trois bleus également rapprochés deux et un. Le tout composait un dessin gracieux et assez riche.
Ces petits cubes, blancs ou bleus, étaient en terre cuite très-dure.
Un débris de cette mosaïque fait partie du Musée provincial d'Arlon.
Dans la villa de Halrival, la mosaïque avait été détruite, la disposition en est ignorée ; il n'en reste que quelques morceaux de forme carrée régulière, de plusieurs couleurs rouge, verte, bleue. Ces cubes, évidemment l'ouvrage d'un potier, ont par la cuisson acquis une grande dureté, la couleur du dessus est couverte d'un vernis. On a dû les enfoncer dans un bain de ciment pour former des figures quelconques. Lesquelles?
Puisque je suis k discourir sur les mosaïques des demeures romaines, je consacrerai quelques lignes à celle de Nennig en Prusse, un chefd'œuvre en ce genre. Cette petite digression ne sera pas hors de mon sujet : la villa, à laquelle appartient cette mosaïque, était de la cité de Trêves, de laquelle nous dépendions aussi, et éloignée d'Orolaunum de dix
lieues au plus. Cette ruine touche aujourd'hui au village prussien de Nennig, situé vis-à-vis de Remicb, k peu de distance de la Moselle. Elle dépendait d'une villa considérable appartenant à des personnages trèsopulents.
Lorsque j'ai vu la mosaïque, elle venait d'être découverte ; elle n'était pas encore enfermée sous un abri, elle brillait au grand jour et pouvait être scrutée et étudiée dans toutes ses parties. Voici ce que j'ai vu pour autant que mes souvenirs soient restés fidèles.
L'appartement formait un carré long d'assez grande dimension. Dans la partie inférieure, il y avait un vide de forme circulaire peut-être, ce qui accuserait l'existence d'un bassin avec un jet d'eau ; c'était du moins l'impression d'alors!
La mosaïque est composée d'abord d'un encadrement large, très-riche en arabesques variées, admirables surtout dans les coins ; les dessins sont de couleur grise sur fond blanc. Le milieu est occupé par quatre grands médaillons à pans coupés richement encadrés, figurant des scènes diverses. Ces médaillons aux couleurs vives ressortent avec éclat sur le ton grisâtre de l'ensemble. Ici, combattent deux gladiateurs le glaive à la main ; là, un gladiateur armé du glaive, se précipite sur son adversaire qui n'a pour arme qu'un long fouet; plus loin, c'est un homme qui se défend contre un animal féroce. Enfin, dans un autre cartouche, un personnage monté dans une chaire ou une tribune, donne une leçon ou prononce une harangue que plusieurs auditeurs écoutent. Le dessin exact dans toutes les situations des personnages, la pureté des contours, le jeu des lumières et des ombres, les vêtements tombant naturellement, la vivacité et l'éclat des couleurs, tout est admirable ; ce sont de véritables tableaux qu'on dirait tracés avec le pinceau d'un artiste habile ; tout cela est sorti de l'arrangement de petites pierres de toutes les couleurs avec lesquelles sont indiquées les nuances les plus délicates.
La mosaïque de Nennig est un véritable chef-d'œuvre qui égale, s'il ne le surpasse, tout ce que l'Italie ancienne a produit en ce genre.
Les habitations A'Orolaunum avaient-elles aussi des parquets en mosaïque ? Cela est probable, parce que la localité devait renfermer des demeures somptueuses, suivant le rang, la fortune, les fonctions. Les murailles devaient avoir également leurs peintures simples ou riches. De tout cela on n'a cependant aucune certitude, car il n'en reste aucun vestige.
Le numéro 37 de la deuxième série des monuments d'Arlon nous révèle une circonstance intéressante de l'intérieur des maisons du vicus romain,
MommntTS romains. 485
c'est la séparation de deux chambres an moyen de portières en étoffe attachées sur une tringle par de grands anneaux. Ce mode de séparation de deux appartements a été renouvelé de nos jours.
Fonctions, industries, commerce.
Quels étaient les fonctions, les états, les industries et le commerce chez les Gallo-Romains d'Arlon ? Les monuments en fournissent-ils quelques signes ?
On peut le conjecturer d'après les gestamina qui désignent des hommes d'affaires, des négociants, des agents du fisc.
Je renvoie au chapitre intitulé : Importance d'Arlon sous les Romains, pour faire comprendre le nombre et l'importance des hommes préposés aux services publics.
Sur quelques tombes, on trouve la voiture légère, à deux roues, attelée d'un cheval en course avec son conducteur et quelquefois un voyageur. Cest le Cisium servant le plus souvent de voiture publique. Lorsqu'elle est représentée sur la tombe d'un Secundin, elle indique un entrepreneur de transports publics, un courrier.
Nous avons également la représentation d'un marchand d'étoffes : sa boutique, son comptoir, ses marchandises et même ses clients, homme et femme. Les étoffes sont rangées sur une étagère.
On pouvait confondre cette étagère avec une bibliothèque renfermant des volxtminat mais la scène qui se passe en dessous explique facilement la chose. D'ailleurs, dans une bibliothèque, chaque volume avait une étiquette index, qui pendait au dehors et désignait le sujet du manuscrit. Aucune étiquette n'existe au N° 18 de la 2e série de nos monuments arlonnais.
Il s'agit bien d'étoffes, car les paquets sont repliés en double sur eux-mêmes.
Il y avait aussi dans Orolaunum des agriculteurs, car sur des tombes sont figurées plusieurs scènes de culture : bœufs conduits k la charrue, terrain tâché, moisson fauchée, fruits récoltés, sans compter des moutons pâturant.
On trouve sur une autre tombe les marques d'un commerce d'exportation : des marchandises renfermées dans un ballot et des voitures attelées prêtes à les emporter.
Plus loin, ce sont des tonneaux de cervoise, des jarres de vin transportées pour la consommation des Arlonnais. Le cabartage était un commerce qui s'annonçait aussi par des signes extérieurs et était rappelé dans une scène d'intérieur que je pourrais nommer le mémoire du cabaretier. Quant \k l'industrie proprement dite, je n'en aperçois aucune marque sur
les monuments romains d'Àrlon. n devait cependant y avoir des métiers de toute espèce dans une localité aussi importante, des tailleurs, des cordonniers, des coiffeurs, des baigneurs, des potiers et des gens d'autres professions
J'allais oublier la scène du lavandier du N° 300, pi. 74 du Luxemburgum romanum.
Écoles .-Artistes.
L'Arlon romain avait ses écoles ; nous le savons d'après une scène d'un monument qui prouve que certains moyens de correction appliqués à un écolier remontent très haut, monument du Lux. rom. de AL Wilthehn N° 225, pi. 54.
Est-ce une scène d'intérieur d'une école que ce cartouche du monument du Musée d'Arlon N° 18 où l'on voit un homme assis lisant et deux personnages l'écoutant appuyés sur une table ? La chose parait douteuse. La scène se rapporte plutôt au commerce du marchand d'étoffes décrite dans le cartouche supérieur.
Orolaunurn avait ses artistes. J'en atteste les nombreux monuments, dont les derniers mis au jour appartiennent à notre Musée provincial. Sans doute, tout n'est pas beau dans les sculptures de ces monuments ; il y a du mauvais, du médiocre ; c'est quelquefois grossier de conception et d'exécution, mais on y rencontre quelques autres œuvres bonnes et même remarquables.
Songez donc que ces représentations étaient taillées dans une pierre dure, d'un grain grossier que fournissaient les carrières du pays.
Voyez en effet, ces personnages par un, deux, trois ou quatre, sculptés dans des niches : le relief en est plus ou moins accusé, quelques personnages semblent sortir k peu près entiers de la pierre ; le dessin est presque toujours correct, les positions des corps sous les vêtements qui les couvrent, sont naturelles et les proportions bien observées ; les bras soit pendants, soit relevés vers la poitrine, sont correctement sculptés ; les têtes, celles qui restent, sont bien caractérisées; les habillements drapés avec soin tombent naturellement ; cela n'est pas traité comme le serait une statue de marbre; mais les monuments devaient être vus k distance et alors l'effet voulu était produit.
J'appellerai plus spécialement l'attention sur les particularités suivantes :
Considérez attentivement dans le monument N° 19 du Musée d'Arlon, parmi les quatre personnages de la face, celui qui est le dernier placé à
Btowwmrrs homaini* i bt
leur droite. La télé est à peu près entière, mais voyez en-dessous du nez un pen mutilé, cette bouche gracieuse si finement entrouverte et creusée, qui sourit; c'est la nature rendue par l'art, on ne ferait pas mieux aujourd'hui. La danseuse aux cymbales, l'homme à la grappe de raisin du même monument sont, à mon avis, assez remarquables également, quoique les formes de la danseuse soient un peu allongées.
Mais quoi de pins élégant que la femme an voile du monument N* 20 du Musée d'Arlon. Comme ce voile est bien jeté et drapé ! Comme il est porté avec grâce et une certaine désinvolture !
Et puis, à ce même monument, au côté à droite du spectateur, il y a là une jeune mariée qui semble sortir de la niche et venir à vous, tellement le relief est saillant, la léte presque entière étant dégagée.
Que dirai-je ensuite de cette moitié inférieure de corps de femme soutenu contre un bloc de pierre ornementé, N° 15 du Musée d'Àrlon? Ici, le statuaire atteint presque la perfection. Comme ce tronc est bien modelé ! Quelle grâce dans la position ! Avec quelle perfection est reproduit ce qui était dans la pensée de l'artiste ! La grossièreté de la matière n'a point arrêté la main ni le ciseau, et l'œuvre que nous admirons est sortie d'un bloc de nos pierres calcaires.
Ce beau corps a été mutilé par derrière. C'est un acte de vandalisme ; mais combien ce qui reste fait regretter ce qui manque : qu'est devenue la partie supérieure ? Ici, nous aurions eu plus d'un motif nouveau de justifier notre admiration.
J'allais oublier ces modestes potiers qui, aux moindres œuvres de leur industrie, fussent-elles de la matière la plus grossière, et servissent-elles aux usages les plus communs, imprimaient les formes les plus élégantes, tellement ils étaient pénétrés du sentiment du beau.
Que dirai-je encore de nos artistes en mosaïques ! Beaucoup d'habileté sans doute était exigée dans la préparation de petits cubes aux mille couleurs; mais dans remploi de ces cubes, il fallait quelquefois plus que la dextérité de la main exécutant un dessin préparé d'avance» il fallait le génie d'un artiste produisant ses propres conceptions, de riches encadrements, de véritables tableaux dans lesquels la pureté et le fini de la forme le disputaient k la vivacité et à la durée des couleurs.
Toutes ces représentations sculptées sur les monuments romains d'Àrlon sont-elles le travail des ouvriers de la localité ? Pour quelques-unes, mauvaises ou médiocres, on sera tenté de répondre affirmativement sans hésiter*
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Les bonnes sculptures de conception et d'exécution seraient-elles donc l'œuvre d'artistes étrangers qu'on aurait fait venir de loin ? La chose est peu probable. Pourquoi d'ailleurs cette distinction ? Il devait y avoir k Arlon de bons sculpteurs et de simples tailleurs de pierre ; tous ces monuments k personnages ou bien ornementés ont été conçus et exécutés, j'aime à le croire, par des artistes et des ouvriers Adonnais ou du moins Tréviriens.
On trouvera peut-être que, en parlant de nos monuments de la période romaine, je cède à une admiration quelque peu empreinte d'exagération, parce qu'elle découlerait de sentiments qui se rattacheraient à une quasi paternité, pour les avoir en quelque sorte remis au jour, étudiés souvent et attentivement. Mais cette admiration a été partagée : des artistes, des sculpteurs, des touristes intelligents ont vu les monuments du Musée d' Arlon, et leur appréciation a été la même ; ces monuments excitent l'attention autant par leurs formes que par leur antiquité.
La matière est grossière et n'attire l'œil ni par la couleur ni par le poli, mais arrêtez-vous un instant ; considérez et étudiez la position des personnages, le naturel de cette position, le dessin correct, la pureté 'des lignes, le caractère des figures, la netteté et la grâce des contours, et vous admirerez, comme je l'ai fait, le talent des artistes Gallo-Romains d'Arlon qui, dans une pierre du pays, ont creusé ces niches profondes où ils ont placé, en relief très-saillant, deux, trois ou quatre personnages dans des positions diverses et avec des physionomies caractérisées.
II y a là du talent, un véritable talent, qui date de quinze à seize siècles et ajoute un nouveau lustre au Luxembourg et en particulier & la ville d' Arlon.
Je ne puis quitter les vestiges de la domination romaine, sans achever la liste que j'ai donnée au chapitre III, page 40, des établissements dont les ruines ont été mises au jour dans un rayon de deux lieues environ et qui formaient la ceinture A'Orolaunum.
1° En 1843, M. de Miraumont de Hondelange fit exécuter, dans un terrain entre Hondelange et Sélange, des excavations pour l'écoulement des eaux et découvrit des s instructions anciennes importantes ; c'était une villa romaine. Dans une des salles, il existait un parquet en mosaïque aux bril-
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tantes couleurs : Au milieu d'un riche encadrement, des divinités de la Fable étaient représentées peut-être avec le même talent qui a été employé k la mosaïque de Neonig. Ce précieux débris du territoire de Hondelange a été complètement détruit ; les petits cubes coloriés ont été brisés et transportés sur les champs comme amendement. Qui sait si, en haine de ce que la population a pu qualifier d'oeuvres du démon, un zèle religieux inintelligent n'a pas cherché à n'en laisser aucun vestige.
Combien de découvertes pareilles restent ignorées et ne sont plus que dans le souvenir fugitif de quelques vieillards.
Dans les environs de Sélange, au fond d'un puits, on avait découvert également, k peu près à la même époque, une tête en marbre blanc bien conservée. Celle-ci a été préservée de la destruction et remise à M. De Lafontaine à Luxembourg, qui en a fait don à l'institut archéologique d'Arlon.
La figure est pleine et d'un caractère assez sévère. Le nez et la bouche sont un peu mutilés. Le front découvert est surmonté de cheveux abondants crêpés partout en petites boucles. C'est la tête d'une Julia d'Auguste. Est-ce Livie qui a pris le nom de Julia après la mort de son mari Auguste? On bien est-ce Julia, la fille à9 Auguste et de Scribùnia, mariée d'abord à Marcêllus, fils d'Octovte, sœur d'Auguste, ensuite à Agrippa et en troisièmes noces à Tibère ?
A quelle occasion cette tête qui appartenait à un buste ou bien à une statue entière, est-elle arrivée dans le pays de Trêves ? Ornait-elle la villa dont je viens de faire mention ?
2° A une époque qu'on ne peut préciser, dans un terrain situé au-dessus de Stockem vers la route d'Arlon à Virton, on a découvert également d'anciennes murailles indiquant une habitation : il n'en reste qu'un chapiteau de colonne qui sert de borne pour garer l'entrée d'une porte.
3° Dans les bois de Thiaumont, il existe de nombreux vestiges d'une vaste construction, murailles ruinées, débris de tuiles, de briques. Par la succession des années, la forêt a couvert ces vestiges. Les a-t-on fouillés? J'ai entendu dire à M. Cordier, alors géomètre du cadastre à Arlon, qu'un habitant de Thiaumont était en possession d'objets antiques précieux. Je n'ai pu en obtenir la cession ; que sont-ils devenus ?
4> Sur le territoire de Bonnert, k l'Est du village, il existe un plateau élevé, appelé Kessel-Knap ; le fond du vallon a nom Kessel-Grund. Les ruines du château consistent en une excavation mur ai liée dans laquelle une monnaie romaine a été ramassée. Pour parvenir au plateau qui commande une partie de la contrée et qui a pu servir d'observatoire, on suit un che-
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min qui contourne la montagne. A gauche de ce chemin en montant, on trouvait deux énormes pierres érigées en dolmen avec une troisième gisante k terre, ayant servi à couvrir les deux autres. Ces pierres étaient appelées Huns Elter, autel des Huns, dénomination qui rappelle le Hunebow d'Arlon. Elles ont disparu.
5° Il y a six ans environ, M. Lefebvre-Brucher de Guirsch faisait déroder un bois qui lui appartenait situé au Sud-Est du village de Heckbous ; sur la hauteur qui domine une partie du territoire du Grand-Duché, on a découvert une cave assez vaste et profonde, appartenant k une habitation, en avant de laquelle on remarquait des restes d'une muraille circulaire désignant une tour. Dans ces ruines, on a ramassé des débris de tuiles, de vases divers, des objets en bronze et une monnaie d'argent de Septime Sévère. Ces substructions étaient romaines ; il y avait peut-être Ik aussi un observatoire.
6° Vers le même temps, sur le territoire de Guirsch, dans la propriété de M. Witry, dans la partie supérieure d'une déclivité regardant le Grand- Duché, également dans un défrichement de bois, j'ai visité les restes d'une habitation romaine assez vaste ; j'ai pu suivre toutes les traces des murailles composant les diverses salles. Les débris étaient peu nombreux et avaient été emportés.
7° En décembre 1857, k l'Est de Fouches, k 300 pas de la dernière maison de ce village, au sommet de la colline dite : Winkelknap, on fit la découverte d'une tombe païenne d'une époque très-reculée, qui, par les divers objets précieux sous le rapport artistique, qu'on y a recueillis, sembla présenter un haut intérêt pour l'archéologie, ainsi que pour l'histoire chronograpbique de la province de Luxembourg. Voici en quelques mots les détails de la découverte en question :
i. Une urne cinéraire de médiocre grandeur, a goulot étroit, a deux anses, poterie de pâte jaunâtre pâle, renfermant des cendres.
2. Un vase en forme de jatte, en terre cuite, de couleur rouge lustrée. Vers la base, tout le contour est garni d'un beau filet en relief ; l'espace intérieur était rempli de terre, de cendres et de charbons. Ce vase est d'une conservation parfaite.
3. Une tasse également en poterie rouge lustrée d'une forme des plus gracieuses. Vers le haut, quatre linéaments entourent parallèlement les parois extérieures ; le pied est concave et de jolie forme. Elle était placée sur une terrine de poterie mate plus grossière, de couleur jaunâtre, et
contenait nne matière noire décomposée dans laquelle se trouvaient quelques objets de bijouterie en fer.
4. Le plus beau dans sa forme est un autre vase en terre grisâtre dont le corps se rétrécit un peu vers le haut, en goulot a large rebord, et vers le bas en pied circulaire, de dimensions moindres cependant que celles du rebord de l'orifice.
11 était difficile de dire au juste la matière y contenue.
Mais l'objet de toute cette intéressante trouvaille qui méritait d'attirer plus spécialement l'attention de notre société pour la recherche des monuments historiques dans le Luxembourg, est une coupe en verre verdâtre, fin et transparent, dont le contour porte encore les traces de trois cercles qui y sont empreints en lignes parallèles.
Ce vase si précieux ayant reçu un coup de pioche, on n'en a recueilli que quelques fragments à l'aide desquels on est parvenu a reconstruire les contours et à en préciser les dimensions.
La même tombe renfermait des ossements calcinés, deux morceaux de bronze qui paraissent être les débris d'une poignée d'épée, des lacrymatoires et d'autres petits vases pyriformes, dont on n'a pu donner la description, vu qu'ils étaient déjà brisés à l'arrivée au lieu de la découverte.
Tous ces objets font partie des collections du musée d'Arlon.
J'ai consigné ici ces souvenirs, afin qu'ils ne soient point entièrement perdus.