‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 40 sur 102 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La forteresse d'Arlon sous les Romains et au moyen-âge.

Orolaunum res(a-t-il un endroit ouvert, sans une enceinte de murailles?

Les Barbares envahissaient l'empire romain dès 406 ; des stations sur les voies impériales furent fortifiées. Le vicus Orolaunum était important par sa population, par ses établissements, principalement par sa position élevée, facile à fortifier, commandant une partie de la contrée. En 408, dit-on, on l'entoura de murs, on en fit un caslrum, et le vicus fut remplacé par un praesidium, confié en grande partie a la garde des Laeli-lingonensium. C'est le sentiment des frères WUtkeim partagé par d'autres auteurs.

Quelques personnes ont douté qu' Orolaunum eût une garnison quelconque. Elles allèguent que, parmi les monuments antiques découverts en cet endroit, il n'y avait pas de tombes militaires. La notice de l'empire d'Occident ne fait mention ni d'Arlon ni d'aucun autre endroit de la Belgique première, comme résidence de garnison militaire ou de magistrats, si ce n'est seulement Yvoix.

On répond que, parmi les nombreux monuments funéraires trouvés à Arlon, on a rencontré deux tombes de légionnaires avec des indications de la VIIIe et de la XXXe légion : on ajoute que, si Arlon n'est pas nommé dans la notice de l'empire d'Occident, c'est que les Francks occupaient tout le pays au-delà d'Ivoix, lorsque la notice a été publiée (1).

(i) $ 5. Ortelius ut et Scârineckius, I. cit., legionem XX locant Arluni in prœsidiis; sed is ex itincrario Anton!. o propugnatus error eorum est, qui leugarum numéros legionibus adsculebant, quos supra cap. 1 refutavi. Fuisse lamen Orolauoi prœsidiarium Romanorum militum haud <!n!>îum est ; sed iu notifia imp. occid. oeque Orolauni, neque aliorum Belgicœ primai locorum fit mentio, neque militum magistratuumve iis locis continentium, prster quam solius Ivodii, eu quôd jam Franci occupassent omoia, tùm cùm nolitia illa describeretur. ( Wiih, Wiltheim, disgitisitiones lié. a, cap. XI. Ms).

En parlant d* Yvoix, Fauteur dit encore :

$ i. Constat fuisse castellum et romanorum quoddam propugnaculura, adversus Francos qui jam Belgicam primam magna parte cum urbe Trevirorum occuparant. Cum enîm in

Ce qui parait ne pas laisser de doute à cet égard, c'est ce que dit AL Willheim sur la situation d'Arlon, comme point k fortifier contre l'invasion des Barbares :

c Depuis le règne de Julien, la défense du Rhin avait été négligée; Constantin le garnit de forteresses. Il n'est pas douteux que, de ce côté-ci du Rhin, le même soin ne fut apporté à fortifier les lieux qui s'y prêtaient le mieux, surtout ceux qui, placés sur les voies consulaires, offraient un passage sûr pour le transport des armements militaires, des vivres et des bagages. Sur ces voies, la station d'Arlon occupait le premier rang. En effet, il y avait une grande route qui, presque au centre de la Gaule, allait d'Arles, résidence impériale, aux métropoles de Reims et de Trêves dans les Belgique seconde et première. De Trêves l'accès était admirablement et facilement ouvert, également par eau et par terre, vers le Rhin et les principales villes de ce fleuve. En effet, par la Moselle, on gagnait à la fois Coblentz, le Rhin supérieur et le Rhin inférieur,

Is (Constantinus) Rhenum a Juliani temporibus negligentiùs custoditum prsesidiis firmavit. Nec dubium qnin ad interiora quoque Rheni fbunitionibushabilioraloca, ea cura pertinuerit, praesertim quae ad Consulares Vias, quo militi necessarius belli apparatus, annona et impedimenta subvehi toto possent ; quibus in viis, Orolaunensis principem tenebat locum, quippè ex merâ ferè Galliâ, Àrelate ubi Constantin! Regia, ad Belgicse secundœ ac Primae Métropoles, Durocortoram Rhemorum et Treviroriim Augustam publicum erat iter. Treviris autem flumine aequè ac terra ad Rhenum Rhenique praecipuas civitates, mira opportunitate patebat aditus, Mosellà per Confluentes ad superum inferumque Rhenum, terra vero sinistrorsùm Coloniam Agrippinam, dextrorsùm Moguntiacum ducentibus Consularium viarum aggeribus. Adde quod lis

eo libello (tiotitia împerii) oulla fit meutio et de criptio locorum Belgicœ primae et Germaniœ secunda, nullique illic duces et comités assignentur, utique fit in aliis provinciis.

Ortelius et Schrineckiu$% à l'endroit cité» placent la XXe légion au praesidium d'Arlon, mais d'après l' itinéraire d'Antonio, ils faisaient erreur eu attribuant aux légions les numéros des lieues, ce que j'ai réfuté* dans le chapitre ie'. Cependant il est certain qu'Orolaunum fut uu praesidium de soldats romains. Mais dans la notice de l'empire d'Occident, il n'est fait mention ni d'Arlon ni de tout autre endroit de la Belgique première, ni des garnisons ou des magistratures résidant dans ces localités, si ce n'est seulement lvoix, parce que les Francks occupaient presque tout le pays, lorsque cette notice décrivait ce qui restait aux Romains.

Il est constant qu' lvoix fut un château et une certaine forteresse contre les Francs, lesquels occupaient la plus grande partie de la Belgique première avec la ville de Trêves. Car dans la notice de l'empire, on ne fait nulle mention ni description des lieux de la Belgique première et de la seconde Germanie et on ue désigne ni ducs ni comtes, comme cela se fait pour les autres provinces.

tandis que, parterre, des voies consulaires conduisaient à gauche à Cologne et à droite àMayence. A cette époque»

pour gagner le Rhin moyen, à peine restait-il une autre route sûre que celle qui passait par Arlon. Si,de cette route, on voulait, pour conduire des troupes, se détourner d'un côté ou de l'autre, ici, sur le Rhin inférieur et dans la seconde Germanie, on tombait sur les Francs comme ennemis ; là, sur le Rhin supérieur et dans la première Germanie, on rencontrait les Bourguignons comme maîtres du pays. C'est pourquoi je pense que Constantin, frappé de tant d'avantages, et dans l'intention de fortifier le Rhin, et plutôt forcé qu'invité parlescirconstances, entoura de fortes murailles le viens Otolaunum, antique station sur la voie impériale, dont j'ai parlé, l'endroit le plus élevé de la contrée et le plus propre à recevoir une fortification. » -

c Tel est, à mon avis, l'origine du riait d' Arlon converti en eastrum ; il n'est pas douteux qu'on n'y ait ajouté on praesidium militaire, c'est-à-dire une garnison ; car à quoi bon une forteresse sans soldats? cependant, parmi toutes les pierres antiques trouvées à Arlon, il n'y avait presque pas de tombes militaires. Quoi d'ùtonnant! Arlon était un vicusf un endroit où l'on s'occupait ou d'affaires civiles on du service d'une route consulaire, endroit sans garnison depuis le temps d'Auguste, placé presque au centre de la première Belgique, loin du Rhin, limite formidable et jusque là non inquiétée de l'Empire; cette station avait donc

temporibus, medii adeundi Rheni, vix alia quàm haec Orolaunensis via tuta supererat, a quâ si copiis militaribus ducendis, in latus deflecteres, indè in Francos, Rheno infero et Germanise secundse infestos incideres ; bine in Burgundiones su péri Rheni-Germaniae, que Primse dominos incurreres.

Tôt ergo commoditatibus Constantin nom Rheno firmando intentum, non tam invitantibus quàm cogentibus, credo Orolaunensem vicum, hujus vise stationem antiquam, totâ regione celsissimam, adeoque munimentis aptissimam, mûris circumplexum, communivit.

Hsec sunt ergo, me judice, Orolaunensis vici in eastrum conversi prima tempora, haud dubiè addilo tum quoque militari praesidio. Quorsùm eniin sine milite eastrum? Et hoc tandem loco succurrat, quodsupràmonebam, per tôt Orolauni effossa saxa nullum ferè militis repertum. Nimirùm vicus civilibus rébus et usui Viae Consularis destinât* statio, jam indè ab Augusti temporibus absque praesidio in gremio ferè Primse Belgic», longé a Rheno, inquietosemper etformidoloso Imperii limite, per otium tranquille consedit, donec perrupto a Barbaris Rheno, arma opportuit militemque in interiora contrahere, atque inter alia Orolaunum

466 HISTOlftfi d' arlon.

prospéré dans on tranquille repos; pr&sidio firmare, vicumque civîlemio mais lorsque les Barbares eurent forcé castrum militare convertere. Quae obla barrière du Rhin, il devint opportun servatio pondus adit iis, quae de Orode reporter dans l'intérieur les arme- launensis castri origine disputaviments et les soldats, et entre autres de mus (4). fortifier Arlon comme praesidium et d'un vieus civil faire un castrum militaire. Cette observation vient confirmer ce que nous avons dit de l'origine de la forteresse d' Arlon.

Les faits d'ailleurs ont paru corroborer cette opinion.

Quelle était cette enceinte de fortifications rasées en 4671 ? Où était-elle placée ? Quelques années après la destruction des murs romains, on entoura Arlon d'une chemise murée avec plusieurs bastions, sur les dessins, dit-on, du maréchal Vauban.Une portion de cette enceinte existe encore, l'autre fut détruite lors de la construction de l'hôtel du Gouvernement provincial, sur une partie de l'emplacement qu'occupent aujourd'hui la place Léopold et le parc. L'enceinte construite par Vauban sous Louis XIV fut-elle établie, ou à peu près, sur la ligne de l'ancienne forteresse romaine ? Cela est probable: il n'y avait pas longtems que celle-ci avait été rasée et la partie habitée de la ville n'avait pas dû prendre de l'accroissement.

Aucun autre emplacement d'ailleurs n'est possible pour cette première enceinte qui englobait toute la localité.

Il existait une deuxième enceinte qu'on retrouve encore aujourd'hui : elle soutient la ville haute, c'est-à-dire tout le terrain qui, suivant la tradition, formait la cour de l'ancien château d'Arlon, où demeurait ce que, dans le temps, on appelait la famille des comtes.

La deuxième enceinte s'étendait à partir du mur supérieur de la cour de l'Athénée royal jusqu'à la rue des Carmes ; puis en partant de cette rue, un peu plus bas, tout le long de la Grand'rue jusqu'à l'ancien marché aux pommes de terre. Il y a toute une rangée de maisons avec leurs cours entre la rue et cette vieille muraille. Voici mes preuves.

Je veux parler de l'intéressante découverte de monuments romains faite en août 4854, lors de la reconstruction d'une partie de cette muraille, dans la cour de la maison Gérard, découverte dont j'ai raconté les circonstances dans le rapport présenté à notre société, lors de sa réunion

(i) AL Wiltheim. Lux. rom. lib. 6, cap. XIV, p, 168.

FORTEUttB SOUS LIS 10MAINS. 167

annuelle de 4865, rapport imprimé dans nos annales, et que je viens de repoduke dans le chapitre des monuments romains d'Arlon. La position des monuments les uns k côté des autres, servant de fondement à une muraille très-épaisse, construite en ciment avec des pierres entassées dans la chant, le tout d'une consistance et d'une dureté extrêmes, toutes les circonstances sont les mêmes que celles rapportées par AL Wiltheim* lors de la destruction des fortifications rasées presque au niveau du sol en 1671.

La muraille qui soutient une partie de la ville hame serait donc également romaine, et aurait formé la deuxième fortification du castrum Orolaunense; ce qui démontrerait l'importance de la position et le soin que les Romains auraient mis à en tirer tout le parti possible.

Une troisième enceinte, le cbàteau lui-même, avec ses trois tours, complétait le système de défense de l'ancienne forteresse arlonnaise.

Telles ont été sur Arlon romain, viens, castrum et praesidium, les idées reçues jusqu'aujourd'hui, mais la critique moderne qui est exigeante, les conteste ; elle demande : i9 Si réellement Arlon a été fortifié par les Romains ; 2* si, en admettant l'affirmative prouvée, les fortifications romaines ont été effectuées en 408.

Qa ne veut plus jurer sur la parole des maîtres, on veut scruter, examiner. Examinons donc.

Les Romains ont-ils fortifié Arlon? Les trois enceintes de murailles reconnues sont-elles leur ouvrage ?

Le seul document romain qui mentionne Arlon, l'itinéraire d'Antonin, qui date de la dernière moitié du vie siècle, en fait un viens , c'est-à-dire un endroit habité ouvert.

D'autre part, le Cantatorium de St-Hubert, rapportant un fait passé en 1065, fait connaître que la ville d'Arlon se trouvait alors rétrécie dans les murailles d'une forteresse.

Dans l'intervalle, il n'est fiait mention d'Arlon que dans le traité de paix de 870, sans qu'on sache s'il est question d'un endroit ouvert ou fermé.

Qui avait construit la forteresse de 4065, telle qu'elle a été reconnue depuis? Sont-ce les Romaips ou bien les Comtes d'Arlon? Est-ce Waleran, mari d'Adèle de Bar ou bien ses prédécesseurs, dans le courant dp Xe ou dq xie sciècle et peut-être auparavant ?

Des pierres massives simplement équarries, d'autres avec des inscriptions ou des personnages fortement en relief; d'autres encore sculptées, ornementées, parties de constructions importantes, tous ces débris de monuments divers qui formaient la base de l'enceinte fortifiée détruite en 1671, sont évidemment romains et de l'époque de l'occupation d'Àrlon par les Romains. Il en est de même des pierres que ont été extraites, en 1854, de la deuxième enceinte ou qui s'y trouvent encore.

Doit-on en conclure que ce sont les Romains qui les ont ainsi mises en œuvre pour faire du viens d'Arlon un castrum, puis un praesidium f

La conclusion ne semblerait pas tout à fait exacte.

En effet, l'abbé de S1 Hubert faisant, en 1065, visite à la comtesse Adèle d'Arlon, et voyant, en dehors de la forteresse, gisantes sur le sol, une grande quantité de pierres ayant servi a construire l'ancienne ville qui s'étendait en dehors de l'enceinte des murailles, demanda ces pierres à la comtesse pour aider à bâtir l'église de S1 Hubert (Canlatorium § 28).

Ainsi, a cette époque de 1065, les ruines dont le sol luxembourgeois a été semé à la suite de l'invasion. des Barbares et de l'irruption des Huns, étaient encore très-apparentes en dehors de la forteresse arlonnaise. Il n'y a donc rien d'impossible à ce que, dans l'intervalle entre 451 et 1065, c'est-à-dire dans l'espace de six siècles, les comtes d'Arlon, ou leurs prédécesseurs, aient construit leur château, en le protégeant de deux enceintes et aient employé les matériaux romains si nombreux couchés sur la terre.

Peut- on admettre aussi que le castrum ou le praesidiun d'Oroluunum% s'il avait existé sous les Romains, aurait pu résister à l'irruption des Huns et se maintenir debout, tandis que, tout à l'entour, il n'y aurait eu que destruction, ruines et décombres ?

Voilà des raisons très-sérieuses de douter.

Voyons les arguments en faveur du castrum construit par les Romains.

Il y a d'abord la tradition qui a fait remonter aux Romains les hautes tours de l'ancien château des comtes d'Arlon, construites sur la hanteur des Capucins, dont la dernière fut détruite par le duc de Guise en 1558; ensuite, le sentiment des auteurs, Dom Calmet, qui publia Y histoire de la Lorraine et les deux frères Alexandre et Guillaume Wiltheim, très au courant des antiquités luxembourgeoises, qui écrivirent dans la moitié du XVIIe siècle.

La tradition ? C'est une preuve concluante, quand elle peut concorder

avec les faits, sans que ceux-ci la contrarient. Nous avons vu ce que c'était que la tradition de YAra lunae, comme étymologie d'Arlon.

Quant aux auteurs, nous n'avons qu'un passage assez concis de Dom Calmet, sans preuve. Au contraire, l'opinion des frères Willheim est appuyée de raisons.

AL Willheim croit que le viens d'Arlon devint un castrum sous les Romains ; il se fonde sur la nécessité de garantir les frontières de l'empire contre les invasions des Barbares, sur la situation élevée d'Arlon commandant la route de Trêves à Reims, présentant ainsi une position facile à fortifier, sur la construction même de l'enceinte arlonnaise détruite en (661, et sur les monuments évidemment romains enfermés dans les murailles.

Ce qui parait appuyer cette opinion, c'est le soin que les Romains prirent de couvrir la cité trévirienne de nombreux postes fortifiés, tels que châteaux, camps, redoutes, et cela dès l'année 260, à laquelle se rapporte, dit-on, la construction de château du Boucq h Luxembourg. Il est certain que notreprovince renferme des vestiges de camps et d'endroits fortifiés disséminés sur tout le territoire ; citons quelques noms: Allrier, Dalheim, Titelberg, Izel,et dans le nord, Orlho, Laroche et le Thier près de Marche.

Pourquoi, poussés par les mêmes motifs, les Romains n'auraient-ils pas choisi Arlon, pour en faire une barrière? le viens était k cheval sur une des grandes voies qui conduisaient au cœur des Gaules ; sa position sur un mammelon élevé, commandant le pays, en facilitait la fortification. Tout cela rentre dans l'ordre ordinaire des choses et acquiert beaucoup de vraisemblance.

La probabilité emprunte un degré de plus en considérant la muraille fouillée en 1854 et sa construction.

Al. Willheim constate, lors de la destruction, en 1671, de l'enceinte extérieure, que le mur était assez large pour qu'un char pût y circuler à l'aise; que la maçonnerie était d'une telle cohésion et ténacité, que le marteau n'en pouvait rien détacher et qu'il a fallu employer des coins et de la poudre.

Les mêmes circonstances se sont reproduites, en 1854, pour la deuxième enceinte de l'ancienne forteresse : la muraille avait quinze pieds d'épaisseur ; tous les blocs de pierres sculptées ou non ont pu en être extraits, sans que la partie supérieure du mur tombât, elle formait une voûte qui se maintint presque sans étais, jusqu'à ce que la cavité pût être comblée avec de la maçonnerie nouvelle.

470 HISTOIRE n'A*!**,

Voici quelle avait été la construction : eu bas les masse» de pierres juxta-posées et parfaitement assises; à l'extérieur, un mur régulier de mojen appareil ; de l'autre côté, un pareil mur plus grossier ; m milieu, au-dessus des pierres de monuments, un bain de ciment dans lequel les moellons avaient été jetés pêle-mêle, le tout ayant acquis la dureté d'un rochçr.

Les Romains seuls avaient pu construire de la sorte.

Les comtes d'Arlon auraient-ils d'ailleurs élevé les trois enceintes qui avaient un grand développement ? On croit qu'ils auraient pu construire un château sur le point culminant de la montagne, se bornant k cela, suivant les usages du temps.

A quelle époque d'ailleurs pourrait-on bien reporter la construction de la forteresse arlonnaise, depuis les Romains jusque 1065? On rencontre un Waleran, comte d'Arlon dès 981, mais quels ont été ses prédécesseurs? Ils n'existaient pas avant Ricuin et Raignier. Quand donc auraient-ils été assez puissants pour construire la triple enceinte fortifiée d'Arlon ? On conteste même à Waleran Ier le titre de comte d'Arlon. Ces comtes existaientils auparavant? A quel siècle faudrait-il remonter?

Les rois des Francks n'avaient pas de résidence fixe ; ils parcouraient le territoire qui leur était soumis et s'arrêtaient tantôt dans une localité, tantôt dans une autre ; de là une quantité de villac regiae dont Mabillon donne rémunération dans son ouvrage diplomatique. Au nombre de ces villae on rencontre :

Arelaunvs% Arlop,

Rtdense çastrm* Ridbourg,

Epternacum, Echternacb,

Theodoni* vilkk, Thionville,

Tombœ, Tbommen.

La possession directe d'Arlon par les rois francs de la première race et les premiers souverains de la seconde, repousse toute pensée d'une autre possession, à la même époque, par des comtes même bénéficiaires.

La maison comble d'Arlon, comme d'autres, n'a pu prendre naissance qu'au milieu des troubles qui ont suivi la mort de Charlemagne et le partage de la succession de Louis le pieux, son fils.

Al. Wiltheim, présent à la démolition de l'enceinte extérieure, en 1671, constate que les murailles de la forteresse arlonnaise avaient une forme circulaire avec des tours dont la maçonnerie était pleine.

Ce genre de fortification appartenait aux Romains, de même qu'il a été continué au moyen-âge. Ce ne serait pas une objection fondée*

FOHTEHB86B 80C8 LES ROMAINS. 1T1

On peut donc adopter, non sans raisons, le changement du viens en i*wtrum dn temps des Romains, sans dissimuler que ce sentiment peut avoir des contradicteurs.

À quelle époque le changement fut-il opéré ? Est-ce en 408, comme on le croit communément ?

L'envahissement de l'empire romain par les hommes de l'Est et du Nord de l'Europe, commença en 406 et fut complet en 411. Comment les Romains auraient-ils pu songer a fortifier Arlon en 408? En auraient-ils eu le temps? Etaient-ils, à cette époque, encore en possession assez paisible du Luxembourg ? La date de 408 nous semble donc erronée. Mous avons entendu exprimer l'avis que, si Arlon a été fortifié par les Romains, ce fut du temps de Valentinien I, de 364 à 375.

Nous ferons tfne remarque : Les débris de monuments qui formaient la base des fortifications, paraissent indiquer une grande hâte, une certaine précipitation dans la construction : on se servit des matériaux qu'on avait sous la main, des pierres de monuments funéraires ou de temples élevés au colle des faux dieux que renversèrent les chrétiens déjà nombreux. Il faut donc se rapprocher du moment où la barrière du Rhin allait être franchie par les Barbares, c'est-à-dire à la fin du ive siècle ou bien au commencement du Ve.

Pour ces points historiques, il n'y a pas de document certain, mais seulement des conjectures plus ou moins bien justifiées.

AL Wiltheim fixe lui-même à l'année 408 la conversion du viens orolaunum en caslrum. Voici comment il raisonne : Les remparts détruits en 1671 renfermaient en grand nombre des fragments de tombes funéraires et autres monuments. Une loi rendue, en 4t)8, sous le consulat de Bossus et de Pfnlippus, ordonnait de détruire partout les autels et les autres emblèmes du culte payen ; cette destruction eut lieu à Arlon pour construire les murs du castrum ; ce qui n'a pu se faire qu'en exécution de la loi qui venait d'être édictée (1).

(i) Nec facile dictu, quod Ethnicorum tumulos subruendî primum tempus fuerit, nîsî quod post Julianum, nullœleges Ethnicorum tumuloruin conservation! scrrptœ habeantur usque ad Honorium et Theodosium juniorem Àugustos. lis quîppe imperatoribus, Basso et Phîlippo coss. Renias Àugustalis proinulgata lex,u/ arœ loch omnibus de&truantur.

J7i HISTOIRE D'ARLON.

Je le répète, il était déjà bien tard, en 408, pour convertir Arlon en une forteresse, afin de se défendre contre le passage des Barbares, qui avait commencé deux ans auparavant.

Mais il devait y avoir depuis assez longtemps des chrétiens à Arlon et leur zèle, devançant la loi qui ordonnait la destruction des autels des. faux dieux, avait pu détruire les temples et les autres monuments, avant 408. Bertels, en parlant du château d'Arlon, le déclare positivement, et sur ces ruines de l'ancien culte, on construisit une chapelle dédiée à St-Blaise.

AL Wiltheim, Lux. rom. chap. XIV, p. 26, passage cité déjà, dit positivement que ce fut Constantin qui entoura de fortes murailles le vicus d'Orolaunum. Constantin le Grand régna de 306 à 337. Quelle contradiction avec la date de 408 !

Je fais remarquer également que, avant l'irruption définitive des Barbares en 406, les frontières du Nord et du Nord-Est de l'empire romain avaient été souvent insultées par lès Francks et les Germains ; les empereurs devaient donc prévoir qu'il viendrait un temps où ces barrières pourr aient être franchies ; leurs soins se portèrent naturellement à garnir notre pays de camps, de forteresses; ce qui a dû avoir lieu dans le courant du quatrième siècle.

Pour AL Wiltheim, le vicus d'Arlon devint un castrum, puis un praesidium, car, dit- il, il n'y a pas de forteresse sans soldats pour la garder. Quelles troupes formaient la garnison du castrum romain d'Arlon ? Selon

Quoniam autera hoc toto opère constitit, aras sepulchri vice dus raanibus, aut etiam superis atque cœlitibus positas, has quoque comprebendi ea lege, quœ locis omnibus, aras subrui praecipit, utique fatendum. Hoc est erg6 illud tempus, quando juxta cura arts sepulchralibus, Ethm'corum bominum turaulos, dejicere licuit atque destruere. Proindè tune quoque tôt Orolaunensîa funebria monimenta excisa, sublataque sunt, pro fondamentisfutura, mœnibus atque mûris substrata.Tunc castrum ex vicofactum Orolaunui»; consulibus nempè Basso et Philippo, boc est anno CCGGVIII. (Al. Wiltheim, Luxemburgurn romanum, lia. 6, cap. i4, p. 267).

Il n'est pas facile de dire à quel temps il faut remonter pour placer la destruction des tombeaux des payais, si ce n'est que, après Julien, aucune loi ne fut portée en faveur de leur conservation ; mais sous les empereurs Honorius et Tbéodose le jeune, Bassus et Pbilippus étant consuls, il a été promulgué à Rome une loi qui ordonnait de détruire partout les autels des faux dieux. Mais comme cette loi ne formait qu'un ensemble, il faut reconnaître qu'on dût l'appliquer aux autels sépulcliraux consacrés aux Dieux-Manes, soit aux divinités inférieures ou Supérieures. Ce fut alors le temps où il fut permis de renverser et de détruire les monuments funéraires des payens. Cest vers cette époque aussi qu'à Arlon, tant de raouuments funèbres furent détruits, enlevés pour servir de fondement» couchés et entassés en manière de murailles. Cest alors que d'un vicus on fit d'Arlon un castrum, ce fut sous les consuls Bassus et Philippus, c'est-à-dire en l'année 4o8.

l'auteur, c'étaient des Laeti lingones, et il cite la notice de l'empire d'Occident.

A l'époque où cette notice fut écrite, les Romains occupaient encore Yvoix (Carignan) et y avaient un poste de Laeti astorum avec un préfet ; mais, comme alors les Francks étaient en possession de tout le Nord de la Belgique première, la notice en parlant des Laeti lingonenses, ajoute qu'ils étaient dispersés dans la Belgique première ; Où ? La notice n'en dit rien ; cependant des écrivains n'hésitent pas k les placer à la Rame (Luxembourg), k Arlon, à Longwy, k Long uy on. Sur quoi cette assertion est-elle fondée ? Sur ce qa'Orolaunum était un castrum principal de la cité de Trêves, qu'il devait y avoir une garnison et que ce devait être un des points où, suivant la notice, il y avait des Laetilingons (4).

Tout cela est bien vague et incertain et repose sur cette idée que le viens d'Arlon a été converti par les Romains en castrum; or c'est ce qui n'est pas clairement démontré ; la forteresse arlonnaise existait en 4065, cela est hors de doute, mais elle avait pu être bâtie par les comtes d'Arlon, quoique cette opinion ait peut-être moins de certitude encore.

Au surplus, n'y attachons pas trop d'importance : qu'Arlon ait été fortifié par les Romains ou par les comtes d'Arlon, cela n'a pas d'influence sur le point de savoir si cette ville a été romaine et si les monuments, dont les débris sont recueillis, ont été élevés sous la domination du Peuple-Roi.

Sur ce point, aucun doute ne peut exister.

(i) Scd de hujus praesidii génère milîtum qttœri posse video; rem nullibi tradîtam libet tamen périclita ri : in Libello notitiae imper ii occidentis, quo loco omnia Belgicas primas iUorura temporum praesidia, sic etiumeranlur :

Prœ/ectus Laetorum Lingonensium per diversa dispersvrum Befgicae primat*

Prmfectus Laetorum Astorum Epuso Belgicae primae.

Epoïssi ergô miles excubabat, de nomme Lœtus astus, caeteris omnibus castris Belgicae primas. Laetus lingon undè haec colleclio, Orolaunum in ter castra Primai Belgicas prateipnum et maxime memorabile, pro prœsidio babuisse Laetos Lingon as. Cœterùm haud diu îd praesidium Orolauni persistere potuit, Trevirorum Augustâ, et cum ea oroni pro- ▼inciâ, paulo post in Francorum ditionem traditâ {A/. Wiltàeim, Lux. rom. lib. 6, cap. i4,/>, 268).

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