CHAPITRE VIL
Les premiers comtes d'Arlon.
D'où procèdent les premiers comtes d'Arlon ?
Le comté d'Arlon a-t-il été réuni au comté de Limbourg dont les maîtres auraient fait souche nouvelle de comtes et de marquis d'Arlon ?
Ou bien les comtes de Limbourg sont-ils issus des comtes d'Arlon ?
Ces deux questions sont très-controversées. Examinons les opinions diverses et essayons de résoudre les difficultés.
D'où procèdent les premiers comtes d'Arlon ?
Les auteurs qui ont traité cette question, sont remplis de contradictions. N'en soyons pas surpris : l'histoire de notre pays, aux huitième, neuvième et dixième siècles, est très-obscure ; des noms, qui auraient pu appartenir à des personnes distinctes, ont été appliqués à un seul et même personnage. Dans les familles de nos grands feudataires, les descendances sont diversement établies. L'erreur commise par un écrivain a été copiée par d'autres, si elle n'a pas été amplifiée, et la confusion s'en est accrue. Au milieu de ces ténèbres, quelques lueurs apparaissent, c'est-à-dire des faits précis, incontestables ; ce sont ces faits qu'il faut détacher et mettre en relief, parce qu'ils sont des guides à peu près certains vers la vérité.
Ce qui est hors de controverse, ce qui est reconnu dans les deux systèmes en présence, c'est que, dès 4052, nous trouvons un comte Waleran d'Arlon, marié à Adèle, fille de Thierry I de Bar, duc de la Basse Lorraine, qui lui procréa deux fils Foulques et Waleran.
Voici ce que porte un acte de précaire de 1052 (1) :
(i)Bertholet, tome ni preuves p. ai.
404 HUTOIU D'AHLON.
Convention entre Eberbard arche* Eberhardus Trevirorum archiepis-
véque de Trêves, le comte Waleran copus eu m comité Waldramo de Arlo
d'Arlon et sa femme Adèle et uxore ejus Adelheide, convenimus.
Nous donnons en précaire à Waleran Waldramo de Arlon et uxori ipsius
d'Arlon et à sa femme Adèle Adelheidae in precariam dedimus
Après leur mort, le précaire passera Post eorum autem mortem tantum
seulement à leurs fils Waleran et Foui- ad filios eorum Waldramum et Fol-
ques conem haec eadem precaria transiret
On Ut ensuite dans le Cantatorium Ae Saint-Hubert, § 28 :
Adèle, comtesse d'Arlon, était la fille Adeladis comitissa Areleonis fuerat
du très noble duc Thierry et la sœur filia nobiiissimi ducis Theodorici,
de Sigefroi, père de la marquise soror vero Sigefridi patris marebissœ
Beatrix. Beatricis.
Adèle,avait plusieurs fois envoyé des messages à l'abbé Thierry pour le prier instamment de lui faire visite ; elle l'obtint enfin et l'abbé fit annoncer son arrivée à la comtesse. Celle-ci, d'un cœur viril et ayant le sentiment de sa propre noblesse, n'avait d'égard pour aucune dignité ou personne de son temps. A l'annonce de l'abbé, elle se leva vivement pour aller au-devant de lui. Ses fils Foulques et Waleran, tout surpris de voir chez elle cette nouveauté de respect, la soutinrent de leurs bras et elle s'avança vers l'abbé.
Elle offHt à l'abbé l'église de son fisc d'Anlier, pour être à perpétuité à l'usage des frères ; ses fils applaudirent à ce don et le confirmèrent.
Illa quantocius missft legatione ad abbatem (Thierry I), magnis precibus ut ad se veniret obtinuit, veniensque nuntium adventus sui ad comitissam praemisit. Viso nuntio virilis animi, et quae, conscia propriae nobilitatis, nullius curabat dignitatem vel personam ejus tempo ris, surrexit velociter ut occurreret a b bâti. Mirantibus filiis ejus Fulcone et Gualeranno, quae esset apud eam novitatis hujus veneratio, eorum sustentata brachiis obviam processit abbati
Obtulit abbati ecclesiam de fisco Anslaro perpetuo habendum in usus fratrum, praefalis filiisejuslaudanlibus et confirmantibus hoc idem donum.
Cet événement se passait en 1005 ; car, selon l'inventaire des archives de St-Hubert de 1730, la donation de l'église d'Ànly ou Anlier k Saint-Hubert est de cette année 4005.
Nous trouvons donc en 4053 un Waleran comte d'Arlon, époux d'Adèle de Bar. Le doute n'existe que pour ce qui précède ce Waleran et pour ce qui le suit.
LIS PUNiraS COMTBfl. 105
Autant est claire l'origine de la comtesse Adélaïde ou Adèle, qui était fille de Thierry I, duc de la haute Lorraine, autant celle de son mari Waleran est couverte de ténèbres (1).
De qui procédait-il T
Mettons d'abord les systèmes en présence. Extrait de Berthokt, lame III, en tête du volume : c 1° Liste généalogique des comtes de Luxembourg.
Sigefroy 1« comte de Luxembourg, mort en 998, laissa une nombreuse postérité, entre autres enfants :
a) Henri l'aîné fut comte d'Arlon et duc de Bavière, mort en 1025 ; il eut un fils nommé Henri, mort sans enfants en 1082 ;
b) Gilbert, tué à Pavie en 1005, laissa un fils nommé Conrad, qui succéda au comté d'Arlon en 1032, après la mort de son cousin Henri.
2* Liste généalogique des comtes et des marquis (TArlon.
Sigefroy, premier comte de Luxembourg, l'était pareillement d'Arlon.
Henri I, fils aîné de Sigefroy, fut comte d'Arlon et duc de Bavière en 4002; il décéda en 1025.
Henri H, son fils, duc de Bavière et comte d'Arlon, mourut en 1082 sans enfants.
Conrad, fils de Gilbert» petit fils de Sigefroy, devint comte d'Arlon et mourut en 1040.
Waleran I, fils de Conrad, épousa Adèle, fille de Thierry, duc de Lorraine et eut deux fils Foulques et Waleran. >
La généalogie présentée par le P. Bertholet, pour les premiers comtes d'Arlon, est adoptée par Hontheim, historia Trevirensis diplomatiea, tome I page 392, seulement quelques intermédiaires sont qoutés :
Sigefroy, 1er comte de Luxembourg, possédait Arlon qu'il laisse à Son fils Henri l'ancien mort en 1025 ; celui-ci à Henri le jeune mort sans enfants en 1032 ; puis,
Conrad I, son cousin, fils de Gilbert, sixième fils de Siegfroy, mort en 1040. Conrad II, son fils, mort sans enfants ; Un parent, comte de Limbourg ;
Waleran I, époux d'Adèle de Bar, qui figurent tous deux à la charte de 1052(2).
U) Ernst, hîit. Lîmb. II. 19.
(a) Les deux intermédiaires en plus, ainsi que cela sera obserfé plus loin, compliquent singulièrement la difficulté»
Ainsi entre Sigefroy, mort en 906, et Waleran I souscrivant le précaire de 1052, c'est-à-dire dans l'espace de 54 ans, il y aurait eu six comtes d'ÀrloD parmi lesquels trois en douze années.
bertels, historia Luxemburgensis, page 46 de l'édition de 1856, présente une autre origine des comtes d'Arlon :
c Conrard, fils de Gislebert, eut le comté d'Arlon ; il fut le père de Henri qui lui succéda k ce comté et épousa Adèle, fille de Thierry de Bar, et il eut d'elle deux fils Falco et Waleran. Falco étant décédé sans enfants, Waleran obtint seul le comté d'Arlon et se maria avec Isabelle, fille du comte de Loos et gagna ainsi les pays d'outre Meuse. 11 eut une fille Isabelle mariée à Henri luxemburgmsi (n'est-ce pas une erreur, il faut lire limburgensi) f fi).
Des écrivains, qui se sont occupés de ces questions généalogiques, ont adopté les idées de Bertbolet et de Hontheim (2).
Je passe maintenant à l'opinion contraire.
Le système du P. Bertbolet est inadmissible ; de même que Bertbolet, Jean Bertelius, dans son historia Luxemburgensis, p. 28, a rapporté l'origine des comtes d'Arlon k ceux de Luxembourg, mais avec des erreurs si lourdes, que ce serait abuser de la patience et du temps des lecteurs que de vouloir les réfuter. (Ernst, histoire du Limbourg, tom. II, p. 51).
Hontheim, hist. trev. dipl. 1. 392 note A, donne à Conrad un fils du même nom qu'il fait père de Waleran, quoique Bertbolet ne parle que d'un seul Conrad fils, selon lui, de Gilbert. Mais Gilbert étant mort jeune, egregius juvenii, par suite d'une blessure reçue en Italie, en l'année 1004, il est à croire qu'il n'a jamais été marié, comme l'indique la qualification de egregius juvenis.
C'est d'ailleurs un être imaginaire que ce Henri, fils de Henri, duc de Bavière, que Bertbolet fait succéder à ce duché jusque l'an 1032; il est certain que Henri de Luxembourg, duc de Bavière, mort en 1027, fut remplacé, la
(i) Quelle confusion ! Voilà un Henri, fils de Conrard qui épouse Adèle de Bar, et a deux fils, Waleran et Foulques, tandis que Bertbolet donne pour fils à Conrard, Waleran icr comte d'Arlon qui vivait en io5i. Et puis Waleran, fils de Henri, petit fils de Conrard, épouse Isabelle, fille du comte de Loos, tandis que Waleran I eût pour femme Adèle de Bar, et que Waleran II, son fils, épousa Judith de Luxembourg. Que voit-on encore ?
Isabelle, fille de Waleran, petite fille du comte de Loos, épouse Henri le Limbourgeoit* Limbourgeois ! comment ? à quel titre ? D'où surgit ce Henri dans les pays d'Outre Meuse déjà acquis à Waleran ?
(a) M. Jeantin,les marches des Antennes et des Woëpres, tome i«r, p* 9«> M,
même année, par Henri, fils de l'empereur Conrad, suivant l'annaliste d'Hildesbeim ; ce prince, ayant succédé à son père dans l'empire, nomma en 1042, au duché de Bavière, Henri de Luxembourg, neveu du premier et de l'impétrice Cunegonde (Ernst, hist. du Limbourg, 1. 11, note de la page 50).
Voilk donc frappés dans leur base les généalogies de Bertels, de Bertholet et de Hontheim.
Passons au système de M. Ernst.
Wigeric (le même que Ricuin), comte de Bedgau et de Trêves et comte palatin du royaume de Lorraine en 916, marié à Cunegonde, eut pour enfants :
4° Adalberon évêque de Metz en 929 ;
2° Frédéric, premier comte de Bar, et en 959, duc de la haute Lorraine ;
3° Gozlin, Gozzilin ou Godefroy marié à Huoda, mort ayant 943 ;
4° Sîgefroy, premier comte de Luxembourg en 963 ;
5° Giselbert.
Sans parler de Henri mentionné dans une charte de 975 (1).
Ces filiations sont établies ainsi qu'il suit ; aux preuves fournies par Ernst, j'en ai ajouté d'autres extraites de divers auteurs.
Dans une charte de 945, Adalberon se déclare fils de Wigeric (2).
Diplôme de Othon 1 de 960 : Frédéric, duc de la haute Lorraine, est déclaré frère germain tf Adalberon (3).
Charte de 943, donnée à Trêves, contenant confirmation d'une donation de Hûnsdorff à l'abbaye de SU-llaximin : Furent présents, Huoda, veuve de
(i) A cette filiation donnée par Ernst, ne faut-il pas ajouter un Ricuinus 117 En effet, nous verrons plus avant qu'une charte de 963 est scellée Sige/ridus et Ricuinus, les deux frères sans doute. Dans tous les cas, Ricuinus de la charte de 963 est un autre personnage que Wigeric ou Ricuin, décédé en 943.
Parmi les enfants de Ricuin, on cite encore un Reinier (Reginardus.) ; on ajoute que sa vie est inconnue. Mais dans une charte de l'Empereur Othon de 982, on lit : Cartes ameila et Godolphi villa vocatas, in pago werbia {Wotpret) dicto et in comitatu Réginardi comitis sitas.
Peut-être s'agit-il de Reinier, fils de Gozlin et de Huoda, déjà cité dans deux chartes de 943 et de 963. J'en parlerai bientôt.
(2) Quemadmodu/n genitor meut nobilis cornes Wigericus fuit. (Hontheim, dipl. I. p. 378, 297. D. Calraet, histoire de Lorraine, II, preuves col. 200).
(3) Cette charte est citée par Tabouillot,. tome 2. p. i3, ce qui est aussi attesté par Frodoard, annis 951 et o54 et par Sigebert, anno 945.
40g H1STWH1 D'aKLON.
Gozzelin ou Godefroid, donateur, et son fils Reinkr. Témoins Frédéric, Gilbert et Sigefroy, frères de son mari (1).
Charte de 950 à' Eve, veuve de Hugo ou OfAon, comte du Ghaumontois, et mère de l'archevêque Uldaric de Rheims, contenant donation d'un château près de Nancy, à l'abbaye Saint àrnould de Metz.
Charte de 958, confirmative par Uldaric; elle est attestée par les quatre frères, Adalberon, Frédéric, Sigefroy et Gislebert (2).
Charte de 975. Le comte Henri déclare remettre k l'abbaye de St.- Maximin de Trêves un fief à Okisheim qu'il tenait de la succession de son père Nigeria et de sa mère Cunegonde.
A ces preuves, ajoutons que :
Gazelin est frère germain d'Àdalberon, au rapport du biographe de Jean, abbé de Gorze ;
Sigefroy, comte de Luxembourg, était oncle de Godefiroy, fils de Gozilin. (Gerberl).
Voilà pour les fils de Wigeric ou Ricuin ; voici pour les enfants de Gozlin, Gozilin ou Godefiroy, époux de Huoda :
Dans la charte de 943 citée plus haut, Huoda, veuve de Gozilin, figure avec Raginerus, un de ses fils.
Charte de 963, donnée k Trêves, contenant donation de Frisingen aux moines de Saint Maximin, par Huoda, pour ses péchés et ceux de son mari Gozlin, et de ses quatre fils Henri, Régnier, Godefroy et Adalberon. Cette charte est revêtue des sceaux des comtes Sigefroy et Ricuin, qui, selon toute apparence, étaient frères (3).
Adalberon fut archevêque de Rheims de 969 k 988. Godefroy est son père et le comte Henri est son frère (4).
(i) Fuît igitur Gozzelîous nomine miles quidam. ..... uxor ejus Domine Huoda et
iilius ejus vocabulo Reginerus tradunt légitime
Signa Frederici, Giselberti, Sigeft edi fratrum ejus. (Hontheim, dipl, I. 278). fa) Signa : Adalbero, évéque de Metz.
Frederici ducis, premier comte de Bar et duc de la haute Lorraine.
Sigefridi comités, premier comte de Luxembourg.
Gisleberti comtois, comte d'Ardenne.
Leur frère Godefroid, comte de Metingowe, était alors décédé.
(3) Ego Fbda Gratta Dei Comitissa, pro remedio et absolutione peccatorum meorum, seniorisque mei Gozelini, nec non filiorum meorum, Henrici, videlicet, et Reginneri, Godefredi quoque et Adalberonis Sige/rido comité. Ricuino comité
{Hontheim, dipl. /. 297. D. Caimet, tome II, pr. col. 196).
(4) Obituaire de l'église de Rheims.
Àdalberon, archevêque de Rheims, fils de Godefroid, dit que Godèfroid le captif, comte de Verdun, fut son frère (1).
Le comte Henri est également nommé frère d'Àdalberon dans l'obitoaire de Reims ? VIII Idus octobris Henricus cornes frater Adalberonis archiejritcopi.
Henri, comte en Ardennes, dit M. Ernst, fils de Gozlin ou Godefroid, et peut fils de Wigeric ou Ricuin, peut être considéré comme la souche des comtes d'Àrlon. Il appartient certainement à la maison d'Ardennes fondée par Wigeric et propagée par les fils de celui-ci en quatre branches : Bar, Verdun , Luxembourg , Arlon.
Un des ancêtres de Waleran-Udon, comte d'Arlon, doit avoir porté le nom de Henri, donné a son fils et successeur, continue M. Ernst, mais il ajoute : on n'a pas cependant de preuves positives que Henri, fils de Gozlin, fût comte d'Arlon (2).
Il y a des différences marquantes entre la liste des fils de Wigeric ou Ricuin, donnée par le P. Bertholet et celle fournie par M. Ernst. Celte dernière est appuyée de preuves qui manquent k la première et je l'adopte dès à présent, sauf à examiner ce qui est dit de Henri, fils de Gozlin, comme premier comte d'Arlon (3).
Le P. Bertholet omet, parmi les enfants de Ricuin, Frédéric, 1er comte de Bar, et il y place Othon, duc de Lorraine. C'est que, bien qu'il dise que Othon soit mort sans enfants en 944, il y a des auteurs qui prétendent
(i) Epistolœ Gerberti. Ep. XVI et XXX ep. X et LXL
(s) On ne peut douter qu* Arlon n'ait été du domaine des anciens comtes d'Ardennes et les comtes d'Àrlon peuvent être regardés comme une branche de cette famille.
Les ducs de Li m bourg ont été appelés duc$ d'Ardennes et les comtes d'Arlon comtes d'Ardennes. Le duché de Basse-Lotharingie resta longtemps entre les maius des ducs d'Anton nés.
C*est d'un Henri, comte en Ardennes, mentionné en g63f fils de Gozlin ou Godefroi et petit fils de Wigeric, premier auteur connu de la maison des comtes d'Ardennes, que je voudrais dériver les comtes d'Arlon et de Limbourg. Il est presque certain qu'un des ancêtres de Waleran-Urion, comte d'Arlon et de Limbourg, doit avoir porté le nom de Henri, qui fut donné à son fils et successeur. Ce nom et celui de Waleran ont élé héréditaires dans leur maison (Ernst, histoire du Limbourg, tome II, page 5i).
(3) Kreiner, cité par Oom Calmet, t. II, pr. col 100, donne également pour enfants a Wigeric :
Gozlin ou Godefroy, tige des comtes de Verdun ;
Frédéric, duc, premier comte de Bar ;
Giselbert ou Gilbert, comte d'Ardenne ;
Sigefrîd ou Sigefroy, premier comte de Luxembourg ;
Adelbert ou Adalberon, évoque de Metz.
que Othon, marié à Hedwige ou Hélène de Suèves, 3e duc bénéficiaire de haute et basse Lorraine, eut quatre enfants, deux fils et deux filles, et entre autres, donna le jour à Frédéric Ier, qui bâtit le château de Bar en 950 et qui fut die de haute Lorraine en 959.
11 est difficile de soutenir une prétention contraire aux énonciations des chartes énoncées plus haut qui disent que Frédéric est frère d'Adalberon, de Gozzelin, de Sigefroy et de Gilbert.
D'un autre côté, Ricuin meurt en 945, et dès 951, c'est-à-dire six ans après, Frédéric construit le château de Bar. Il n'est guère possible de placer une génération entre Ricuin et Frédéric, premier comte de Bar (1).
L'omission d'Adalberon, comme frère de Sigefroy dans la liste du P. Bertholet, ne peut pas s'expliquer non plus.
Il y a eu plusieurs Adalberon :
A Metz, Adalberon 1, de 929 à 960. C'est un des fils de Ricuin. Les dates et les chartes citées résistent à toute autre interprétation.
A Rheims, Adalberon le Grand de 969 k 989. C'est uo petit fils de Gozlin, marié a Huoda.
A Verdun, Adalberon II de 984 à 988. C'est un arrière petit fils de Ricuin, un petit fils de Gozlin, époux de Huoda, un fils de Godefroid l'ancien, comte d'Ardenne, ensuite de Bouillon, de Stenay et de Verdun.
A la vérité, le P. Bertholet cite parmi les enfants de Frédéric, fils de Sigefroy et 2e comte de Luxembourg, un Adalberon, évéque de Metz, mort en 1072. Il est d'abord impossible de le confondre avec son grand oncle, mais renonciation du P. Bertholet est-elle d'une parfaite exactitude ?
Il y a eu aussi un Adalberon II, évéque de Metz ; il était frère d'Adèle de Bar, épouse de Waleran comte d'Arlon, et petit fils de Frédéric, premier comte de Bar, fils de Ricuin.
(i) Veut-on uo exemple de l'incertitude dans les énonciations des diplômes de cette époque : On possède une charte de 959, où Frédéric est qualifié de duc de Lorraine ; il aurait donc succédé, dans celte haute dignité, à son grand oncle Gisilbert frère de Ricuin, immédiatement et sans intermédiaire, Gisilbert, duc bénéficiaire de Lorraine, étant mort noyé dans le Rhin à Andernach, en 939. Pour concilier l'existence de Othon arec celle de Frédéric son frère, celui-ci comme duc de basse Lorraine dès 959, il faudrait croire que Othon n'aurait été, dès 939 aussi, que duc bénéficiaire de la haute Lorraine. Mais je crois qu'un Frédéric, duc de la basse Lorraine en 939 serait une erreur. En effet, en 939, il n'y aurait eu qu'un seul royaume de Lorraine, et c'est l'archiduc Brunon qui, en 959, partagea la Lorraine en haute et basse, donnant l'une à Frédéric de Bar et l'autre à Godefroid Ier comte d'Ardenne et de Bouillon.
Il y a encore un Adalberon III, évéque de Metz, frère de Frédéric de Luxembourg, duc de la haute Lorraine (1).
L'argument cité par M. Ernst de ce que l'un des ancêtres de Waleran- Udon doit avoir porté le nom de Henri, donné à son fils ou successeur, n'est pas absolument concluant, puisque, dans le système du P. Bertholet, on trouverait au moins un Henri, fils de Sigefroy, parmi les premiers comtes d'Arlon
Cependant les noms de Waleran et de Henri, qui appartiennent tous deux à la dynastie Arlon-Limbourg, ne sont pas sans valeur comme argument en faveur d'un Henri, ancêtre de Waleran I d'Arlon.
On ne voit pas néanmoins que Henri, fils de Gozlin, époux de Huoda, se soit marié et ait eu des enfants. Au contraire, des auteurs le font mourir très jeune et sans avoir été marié, assertions qui cependant restent sans preuves.
A quelque système que Ton s'arrête, on remonte toujours k Ricuin, auteur commun comme on peut le voir par la généalogie ci-jointe qui résume les deux systèmes.
Jusqu'à présent, je me suis borné à peu près à exposer ces deux systèmes, sans avoir beaucoup indiqué une préférence pour l'un ou pour l'autre. Me voici parvenu à la partie critique de mon travail ; je l'aborde sans aucunement me dissimuler la difficulté de rencontrer quelques lueurs certaines au milieu des ténèbres des neuvième, dixième et onzième siècles, époques de troubles, de luttes, d'usurpations, préliminaires obligés de la formation des grandes familles féodales maîtresses de certaines étendues de pays.
S'il était démontré positivement que', au partage de 941, entre les enfants de Ricuin, ce qui a formé depuis le Comté d'Arlon, était tombé dans la part de Sigefroy, il serait prouvé en même temps que ce comté aurait pu être attribué k l'un de ses fils, par conséquent k Henri, son aîné, devenu duc de Bavière en 1002.
li ) Charte d' Adalberon III de Luxembourg évêque de Metz, de io45. Bertholet, tome 3, preuves p. 39 : Il donne l'avouerie de Saint Trond en fief & un seigneur nommé Udon, gendre de son frère : pressente domino Udone fratris mei suce essore» Il s'agit ici de Waleran II, comte d'Arlon, qui avait épousé Judith, fille de Frédéric de Luxembouig, duc de Lorraine.
On a encore en io65, une charte d' Adalberon, évêque de Metz, où il est dit : Ob contentionem inter germanum meunt ducem Lotharingiae Fredericum et abbatem S* ï>«donis exortum.
Ainsi Frédéric de Luxembourg, duc de Lorraine, est bien frère d' Adalberon III, évêque de Metz* Celui-ci serait décédé vers 107a.
Le P. Bertholet l'affirme, mais sans preuves* et au chapitre précédent, je crois avoir élevé les doutes les plus sérieux sur l'attribution d'Arlon et de son territoire à Sigefroy, tandis que l'opinion contraire est fondée sur des probabilités qui paraissent approcher beaucoup de la vérité.
Cependant, on trouve dans Hontheim, diplom. I, p. 358, une charte du 10 décembre 1023, avec cette énonoialion de l'auteur :
c Diplôme de l'empereur Henri II qui prend (à titre de bénéfice), de l'abbé de Saint Mazimin, 6656 manses qu'il rétrocède au même titre à Ezzon, comte palatin du Rhin, à Henri, duc de Bavière, premier comte d'Arlon, fils de Sigefroid, comte de Luxembourg, et frère de l'impératrice Cunégonde» et au comte Othon, fils d'Ezzon. >
On ajoute : c Aucun document historique ne fait connaître la position positive de ees domaines. Quelques historiens les placent sur les bords du Rhin et même au-delà. C'est de cet acte, en très-grande partie du moins, que les comtes d'Arlon ont tiré leur puissance (1). >
Si toutes ces assertions étaient vraies, la question serait promptemont jugée en faveur du système du P. Bertholet.
Henri est-il donc nommé comte d'Arlon, dans le corps de l'acte, ou même duc de Bavière f Nullement ; voici le texte :
Nous avons reçu en bénéfice du dit c Quasdamcurtes et lerrîtoria, villas
abbé plusieurs cours et territoires, et possesiones.... a praefato abbale io
Villas et autres possessions et nous en beneficiura accipimus, et bis fidelibits
avons bénéficié nos fidèles Ezzon, comte nostris, Ezzoni vîdclicet pàlatio eoraiti
du Palais, Henri, duc et Othon, comte, et Henricoduci, neenon Othonicomili,
sons cette condition eâ condition* beneficîavimus
Ainsi : Heurico duci, à Henri duc, sans plus. De quel duché? Peut-être de la Bavière? Mais ce Henri était-il comte d'Arlon?
Du moins reconnaissons-nous dans les noms des lieux énumérés dans la charte de 1023, des localités appartenant avec toute certitude au comté d'Arlon?
Hoc est m bis locis : Suabheim, Hesinesbeim, Brizinheim, Eversheim, Weldinstein, Albucha, Gosolvesheim, Bingin, Holzhusa, Âpula, Alsontia, Seeringesfelt,Hakincsheiro,Bukinheim,Siemera,Mannendal,Karheim,Folemaresbacb, Provcrstervoth» Gracna, Décima, Vallis cum suis pertinentibus, Rateresdorff, Bikendorf, Meisbratb, Ebeno, Arnolfesbere, Lieznich, Okisheim, Rivenacba,
^i) Les Marc/tes des Ardennes et des Jfoëpres par A#. Jeantin, tome *, page 207,
Loavia, Windingis, Lukeinsgis, et in pago Sallingowe Dincriche, Juolkurt, Bisangis ; et in civitate m et en si et circumcirca, domos, vineas, agros et areolas ; et in bis locis, Diedenbov un, Wilare, Besiaco, Luzelenkiricha, Tavena, DrnhdiliDgis, et Marmiringa, Meroldivilla, Wimares-Kiricha, Straza, Crufta, Seranna. Markidith, Krische, Billicb, Curmirîngun, Brunacba, Hanivilleri; insuper etiam in pago Drachere, locus qui vocatur Guntheres busan ; nec non et in pago Eenricbe locus alius vocabulo Prichina, cum omnibus ad se juste et legaliter pertinentibus vel aspicientibus rébus. »
On croira sans peine à mon embarras au milieu de ces noms étranges et barbares et je ne suis pas surpris si l'on n'a pu déterminer pour tous leurs emplacements ; cependant il est possible de démêler quelques appellations. Les localités suivantes, in civitate metcnsi, ne sont-elles pas de notre connaissance ?
Diedenhovun, Tbionville.
Wimares Kiricha, Weimerskireh.
Slraza, Strass en.
Crufta, Cruchten.
Billig, Wasserbillig ou Waldbillig.
Toutes ces localités étaient-elles bien de la cité de Metz? Il est vrai que la charte ajoute : Et circumcirca et aux environs ; quels environs ! Weimerskireh, Wasserbillig, Strassen!
Pouvons-nous retrouver quelques anneaux brisés de la chaîne qui aurait rattaché ces localités au comté d'Arlon? Prenons Thionville, par exemple.
Thionville a-t-il jamais fait partie du comté d'Arlon ?
Nous voyons d'abord, en 1210, Henri, duc de Limbourg, marquis d'Arlon, céder à l'abbaye de Munster la part qu'il avait au patronage de l'église de Kettenhoven, dans la prévôté de Thionville, donation confirmée par Waleran, son (ils, en mars 1215.
Nous lisons ensuite dans Berthokt, tome 4, page 422 :
c II n'est pas aisé de savoir en quelle année et à quelle occasion Thionville fat annexé au marquisat d'Arlon, plutôt qu'au comté de Luxembourg! c'est ce que l'histoire n'éclaîrcit pas ; mais nous pouvons conjecturer que, puiftquft» dans le commencement, les fils aînés de Sigefroy ont possédé le comté d'Arlon préférablement à celui de Luxembourg, on aura indubitablement attaché h celuilu Thionville par préciput.
Ainsi Thionville aurait été anciennement une annexe du marquisat d'Arlon. Ce n'est cependant qu'une conjecture, Bertholet n'affirme rien,
304 H18TOIRE D'ABLON.
et sa conjecture ne repose elle-même que sur une assertion trèsdou.euse.
Serait-ce en vertu de la donation du 10 décembre 1023? Ce serait un puissant argument en faveur de Henri, duc de Bavière, fils aîné de Sigefroy, comtae premier comte d'Arlon, si effectivement c'est à ce Henri que la donation a été faite. Ce qui tendrait à l'établir, c'est que Henri de Luxembourg était frère de Cunegonde mariée a l'empereur Henri II et qu'il était en même temps duc de Bavière.
Allons plus avant.
La possession dans les mains des comtes d'Arlon de localités situées vers le Rhin et au-delà résulte incontestablement de deux autres actes.
Le premier est l'acte de précaire de 1052 entre d'une part Eberhard, archevêque de Trêves et d'autre part, Waleran, comte d'Arlon, Adèle de Bar, sa femme et leurs fils Foulques et Waleran (Hontheim, I, 392).
Propriétés cédées par l'archevêque de Trêves :
Les fermes de Buschweiler, Mertzig, Villas Bussawilre, Mereche, Fuhde,
Fuhde, Osima, Evesche, Serveche, Osima, Evesche, Serveche, Bureche,
Bureche, Igel, Macher«m,Miena, Was- Egle, Mâchera, Miena,Billiche,Sulyiue,
serbtllig, Sœul, Aule, lerang, Pfalz. Aule, Ieranc, Palenzelc.
Propriétés cédées par le comte et la comtesse d'Arlon :
Les domaines situés dans Obtimède Prœdh in obtimedinc et in Pulicha,
et Puliche, savoir : Camda, Rheterod, Camda, Rheterod, Leinena, Cuberna,
Lemena, Cuberna, Alcaoa, Langenfelt, Alcana, Langenfelt, Bucho, Encricb,
Bucho, Encrich, Rigila et les fermes Rigila et villis circumjacentibus ad
à l'en tour qui appartiennent aux do- prsenotatapraediapertinentibusetpras-
maines désignés et les domaines qu'ils diaquae possidebantin Trogona etcirca
posédaient sur la Drohue et aux envi- rivum Trogonœ fluviî cura ecclesîis,
rons des rives de cette rivière, avec areis et vineis. les églises, les champs et les vignes.
Les noms de ces localités n'ont aucun rapport avec les noms de lieux de la charte du 10 décembre 1023 cités plus haut. On n'en connaît pas les noms actuels. Tout ce qu'on sait, c'est leur emplacement général, les environs du Rhin.
Le second acte est une charte, sans date, mais attribuée k l'année 1151, par laquelle Henri, duc de Limbourg, accorde aux moines d'Orval, passage libre par son comté d'Arlon ; on y lit :
LB8 PREMIERS COMTES. tOB
Henri, par la grâce de Dieu, doc Henricu8,Deigratia,dax deErluns» d'Arion, pour le remède de mon âme» pro remedio aniroœ mese bénigne conje concède volontiers aux frères d'Or- cedo fratribus de Àurea valle et couvai et j'ai confirmé à toujours aux firrao et in perpetuum confirmavi
dits frères que, partout où ils passe- prœdictis fratribus, ut ubicumque tranroot sur ma terre soit avec leurs cba- sierint per terram meam cura bigis et rettes et chariots, soit à cheval, à curribus suis vel equitaluris, scilicet savoir de St-Vith jusqu'à Cologne, et apud sanctum Viium usque Coloniam, antre part, tant en allant qu'en rêve- et alibi in transitu et redilu, liberi sint oant, ils soient libres et exempts de etabsoluti ab omnibus jusliciis et tritons droits et tributs appelés vulgai- butis quae vulgo nominantur passarement de passage geis (1 ) .
Ainsi, les propriétés des comtes d'Arion se trouvaient placées de St-Vith à Cologne et autre part aux environs du Rhin.
Toutes les conjectures seraient donc en faveur de cette proposition : que la puissance des comtes d'Arion pourrait venir en partie des concessions faites par l'empereur Henri II dans la charte du 10 décembre 1023. On devrait en conclure que le duc Henri, dont il est question dans cet acte, serait bien Henri, duc de Bavière, frère de Cunégonde, mariée à Henri II et fils aine de Sigefroy, premier comte de Mosellane, bénéficiaire on héréditaire, peu importe pour le point historique à examiner.
Hais comment venir du Henri, fils aine de Sigefroy à Waleran i, comte d'Arion en 1052? Il est établi que les filiations inscrites dans les généalogies de Berthokl, de Bertels et de Honlheim sont impossibles.
Voici encore un acte qui indiquerait an Henri comte d'Arion, je ne veux dissimuler aucune objection :
Ann. 1000. Warnerus fait donation au couvent de St-Maximin de la serve Vadela et de ses enfants et d'uuc demi censé à Platen : in villa quae vocatur Plalana in pago arrelensi el in comitatu Henrici comitis. (V. essai cbronol. n° 3 et 3 bis.)
C'est pour la première fois qu'il est question d'un pagus arrelensis ; s'agit-il bien du pays d'Arion ?
Platen est situé au Nord de Ospereti et de Beichlange, k l'Ouest d'Everlange, h l'Est de Hosterl. Toutes ces localités appartiennent, plus ou moins, au marquisat d'Arion (dénombrement de 1420).
Pratz est situé au Nord de Platen et Pratz faisait partie de la chatellénie d'Arion en 1309.
Ci) Ernst, hisU Liinbourg; tome VI. i4i.
S06 HISTOIRE D'AHLON.
Ptaten serait donc bien sitné dans le pays d'Arlon. Mais comment ce pays était-il dans le comté d'un comte Henri ?
Faut-il comprendre que Plalen, situé sur la limite de l'Ardenne mosellanique, aurait pu appartenir, comme cette Ardenne, à un comte Henri, (ils de Sigefroy, bien que placé dans le pagus d%Arlon, sans que tout ce pagus fût sous la régie du comte Henri ?
À la charte de Tannée 1000, je puis opposer une autre charte de l'an 938 déjà citée, qui place Arlon in comilatu Wabrensi.
On peut aussi se demander quel était ce comte Henri. Il y avait également un comte Henri, fils de Godefroy, comte d'Ardenne, marié à Huoda, lequel possédait le pays de Wavre ou de Metingove. Ce Henri serait-il la souche des comtes d'Arlon et le père ou le grand-père de Waleran I, marié à Adèle de Bar?
Je l'ai déjà dit : Il est assez difficile d'expliquer clairement ce qui se passait dans notre pays aux ixe, xe et xie siècles. Il y avait confusion dans les actes, dans les noms, comme elle existait dans les faits.
Poursuivons.
Quelles que soient les conséquences à tirer des diverses chartes que je viens d'analyser, elles ne peuvent l'emporter sur un fait qui parait positif: l'existence, dès 981, d'un Waleran, comte d'Arlon. Voici les preuves de ce fait.
Dans une note de la page 91, tome 1er des Marches des Ardennes et des Woëpres, on lit : « Waleran parait avoir existé en 981 , contemporainement avec Arnoux, comte de Vianden. »
Je trouve ce qui suit dans l'Histoire de Vianden de M. Neyen, page 64 :
c Arnoul, comte de Vianden, qui vivait en 981, fit une alliance offensive et défensive avec Godefroid le jeune, comte d'Ardenne, Albert I, comte deNamur, Henri, comte de Durbuy, Waleran I, comte d'Arlon, les citains de Metz, etc. >
M. Neyen n'est pas le seul qui mentionne un Waleran comme comte d'Arlon dès 981 . M. Jean tin, qui déjà a rapporté le passage ci-dessus de l'Histoire de Vianden, nous fournit également la citation d'un autre auteur. Voici la note page 209, tome I des Marches des Ardennes et des Woëpres :
c Gozelon était comte de Bohogne (ou Rochefort), cette charte (982) justifie le travail de M. Laine sur la maison de Briey, quand il nomme Sigefroid le premier comte de ce nom. Sigefroid était immanquablement, soit le comte de
LES PREMIEHS COMTES. 107
Luxembourg lui-même, soit son fils du même nom (4 ). C'est de lui (ou de son flis) dont il s'agit quand le généalogiste dit qu'en 981 v Sigefroid de Briey se ligua avec Albert, comte de Namur, Henri, comte de Durbuy, Arnoul, comte de Cbiny, Walram, comte d9 Arlon9 et Herman, comte de Grandpré, pour soutenir la révolte de Godefroid le jeune (fils de Godefroid le barbu), qui réclamait le duché de Basse Lorraine à l'empereur Othon II. >
Voici ce qu'en dit M. Ernst, dans son Histoire du Limbourg, tome II :
i Au surplus, il serait possible qu'il y eut eu une génération au moins entre Henri, vivant en 963 et Waleran, vivant en 1052. >
c Vers 900 (v. Robcrti, historia S. Huberti, cap. 15 p. 92), Thierry et Aleran (Waleran) gouvernaient chacun une portion égale du comté d'Ardennes. »
c On aurait cette génération, ajoute M. Ernst dans la note 4 de la page 52, tome II, si l'on pouvait reconnaître Waleran comte d'Arlon, dont parle sous Tannée 981, une chronique manuscrite de Metz citée par Dom Calmet dans les additions et corrections en tête du tome V de son histoire de Lorraine, mais le récit de ce chroniqueur pèche en trop d'endroits pour qu'on puisse y ajouter foi. •
Ainsi, l'autorité de la Chronique manuscrite de Metz serait mise en doute pour le fait en question, parce qu'elle pécherait en d'autres endroits ; mais de ce que des erreurs auraient été relevées, il ne s'en suivrait pas que l'ai* liance de 981 ne fût pas vraie. Entend-on contester le fait de la révolte de Godefroid le jeune? si cette révolte est exacte, on peut comprendre aussi que Godefroid ait cherché des alliés parmi les seigneurs de sa famille et ses voisins. L'erreur porterait-elle sur le nom de Waleran, comte d'Arlon? Mais Waleran, époux d'Adèle de Bar, était le beau-frère de Sigefroid de Briey et celui-ci a pu facilement l'entraîner dans cette levée de boucliers contre Othon II.
Le raisonnement serait le même, s'il s'agissait d'un Waleran père de Waleran I comte d'Arlon, puisqu'il serait proche parent de Sigefroi comte de Briey.
Enfin, on remarque à l'acte testamentaire de Sigefroy 1er, comte de Luxembourg, en 993, un Waleran comme sixième parmi les nombreux
(i) Cest une erreur.
Sigefroid, comte de Briey, était frère d'Adèle de Bar, femme de Waleran I, comte d'Arlon. 11 ne peut donc être question ni de Sigefroy, comte de Luxembourg, ni de son fils ; mais on comprend très bien que Sigefroid, comte de Briey, ait entraîné dans son alliance son beau frère Waleran, comte d'Arlon.
Voir le tableau généalogique indiqué ci-dessus.)
108 BISTOIRE d'arlon.
témoins de cette charte. Ne s'agirait-il pas d'un Waleran I, comte d'Arlon en 981 et peut-être auparavant, et le rang qu'il occupe parmi les témoins, n'indiquerait-il pas assez la position occupée dans l'ordre social ?
Les faits postérieurs concorderaient au surplus avec l'existence de Waleran I, comte d'Arlon, au moins dès 981 .
En 1052, il signe l'acte de précaire avec Eberhard, archevêque de Trêve».
En 1065, on trouve Adèle de Bar, sa femme, veuve et bien vieille, puisque, pour recevoir l'abbé de St-Hubert, Thierry I, venant la visiter i Arlon, elle était soutenue dans les bras de ses deux fils Foulques et Waleran (Cantatorium, § 28), qui étaient alors âgés eux-mêmes.
Elle était veuve. En effet, dans la charte de fondation du prieuré de Longlier de 1055 (Bertholet, III, preuv. p. 22), au nombre des témoins figure Fulco, cornes de Arlon. C'est Foulques, fils de Waleran I et d'Adèle de Bar, probablement l'ainé. Waleran 1 était donc décédé entre 1052 et 1055, et à en juger par l'étal où se trouvait sa veuve dix ans après, on peut conclure qu'il était mort dans un âge également très-avancé.
Waleran décédé entre 1052 et 1055, pouvait donc exister et être comte d'Arlon en 981 ; cela n'a rien d'impossible ; à la vérité, il devait être bien jeune alors. Mais le traité d'alliance de 981, cité par plusieurs historiens, n'a rien d'incertain et le nom de Waleran, comte d'Arlon, y figure positivement.
Ces dates de 981 et de 993, la première, qui parait k peu près certaine, ont passé presque inaperçues, et cependant elles sont décisives, puisque les faits énoncés ruinent complètement tous les systèmes contraires à l'opinion de M. Ernst.
Peut-être, je le répète, avant Waleran, époux d'Adèle de Bar, un autre Waleran, père de celui-ci, a-t-il existé. Ce serait alors de cet autre Waleran dont il serait question en 981. Il semble n'y avoir de positif que l'existence d'un Waleran, comte d'Arlon en 981 .
Avec un Waleran, comte d'Arlon dès 981, et en 1052, qu'on essaie donc de concilier :
Sigefroy, son grand-oncle, comte de Luxembourg, mort en 998, également comte d'Arlon ; Puis Henri I, fils de Sigefroy, comte d'Arlon, décédé en 1025 ; Puis Henri II, fils du précédent, aussi comte d'Arlon, mort en 1032; Ensuite Conrad, son cousin, toujours comte d'Arlon, mort en 1040. L'existence d'un Waleran bien établie en qualité de comte d'Arlon dès
981 9 annule tontes les antres prétentions ; et ne saurait être fils de Conrad, à qui il aurait succédé, comme le veut le P. Berthoiet.
Autre impossibilité palpable :
Entre Conrad mort en 1040 et Waleran I comte d'Arlon, signataire à l'acte de précaire de 1052, qui a des fils en âge de contracter avec lui, on ne compte que douze années, et dans ce court espace de temps on voudrait placer, comme intermédiaires, suivant Hontheim, un fils de Conrad mort sans postérité et un comte de Limbourg qui devient son successeur et a Waleran I pour fils, c'est-à-dire, trois comtes d'Arlon.
Sans doute, la chose n'est pas absolument impossible, mais reconnaissons du moins qu'elle est en dehors des choses ordinaires.
Allons plus avant : En 1053, Waleran I est marié, il a deux fils, il meurt avant 1055, puisque son fils Fulco prend alors le titre de comte d'Arlon. Il faut l'avouer : dans ce système, les comtes d'Arlon meurent fatalement; car de 1025 à 1055, c'est-à-dire en trente ans, on en compte cinq.
A quelle époque pourrait-on d'ailleurs fixer la prise de possession du comté d'Arlon par Waleran ? assurément à quelques années seulement avant 1052. Qu'était- il auparavant? Il devait occuper une grande position pour avoir épousé Adèle de Bar, la fille du très noble duc Thierry ', comme le dit le Cantatorium. Quelle était cette position ?
H appartenait, dit-on, à la maison de Limbourg (1). Mais le comté de Limbourg n'existait pas encore. Il n'y avait alors, aux environs de Liège, qu'une montagne appelée Limpurk qui appartenait à Frédéric de Luxem-
(i) Le P. Berthoiet n'en dit rien ; il le fait descendre directement de Conrad de Luxembourg, ce qui semble plus dans l'ordre naturel des choses, bien qu'il soit établi que Conrad est décédé Jeune homme. Cest Hontheim qui place entre Conrad et Waleran, d'abord un fils de Conrad, eusuite un parent, comte de Limbourg. Résumons en peu de mots la discussion : On trouve dans le système Berthoiet, comme comtes d'Arlon : Sigefroy, décédé en 993 , Henri I, son fils, décédé en io*5, Henri H, son fils, décédé en 1062, Conrad, son cousin décédé en io4o, Waleran I, son fils, décédé en io54, Foulques, son fils, décédé après 1078, Waleran II, son autre fils, décédé avant 1082. En 1082, Foulques et Waleran sont déjà avancés en âge, puisqu'ils sont parties à l'acte de piécaire avec Eberhard archevêque de Trêves.
En io65, lors de la visite de l'abbé Thierry à Arlon, la comtesse Adèle est veuve- et très-vieille.
Selon toute apparence, Waleran était mort avant io55 également très-avancé en Age. Tout cela reporte son mariage à une époque assez reculée et tout engage à croire qu'il
bourg, duc de la Basse Lorraine, et celui-ci, plus tard, la donna en dot, avee le pays environnant, à sa fille Judith mariée à Waleran II d'Arlon, qui bâtit le château de Limbourg.
Waleran I ne tirait donc pas son importance d'une maison de Limbourg encore à créer ; il était comte d'Arlon peut-être dès 981 , et en cette qualité, il avait assez de lustre et de puissance pour épouser Adèle de Bar, la fille du très noble duc Thierry.
Dans le système contraire à celui du P. Bertholet et de Hontheim, Henri fils de Gozlin ou Godefroid, mari de Huoda, aurait été le premier comte d'Arlon et aurait eu pour fils Waleran I, époux d'Adèle de Bar.
On dit que contre ce système, il s'élève des objections qui paraissent insolubles ; car, ajoute-t-on, comment combler la lacune entre ce Henri et Waleran Ier mentionné dans la charte de 1052?
Combler cette lacune semble chose assez facile. Waleran 1er époux d'Adèle de Bar, signataire de la charte de 1052, est mort avant 1055, puisque, i cette époque, son fils Fulco est comte d'Arlon (1). Adèle était Teuve et très-vieille en 1065, Waleran, son mari, est mort dans un âge également très-avancé. Il a donc pu être comte d'Arlon en 981.
Ainsi, entre Gozlin, mari de Huoda, mort avant 943 et Waleran, comte d'Arlon dès 981 et sans doute auparavant, c'est-à-dire dans un intervalle de 40 ans, on peut bien placer Henri, fils de Gozlin, comme père de Waleran I.
Entre 981 et 1055, il n'y a que 74 ans. Il n'y aurait donc riend'impos-
ne s'est marié que comme comte d'Arlon ; il devait avoir alors une position élevée pour épouser la fille du duc Thierry.
D'un autre côté, aes enfants Foulques et Waleran devaient déjà avoir un certain âge eux-mêmes en io5i, puisqu'ils sont décédés l'un vers 1078 et l'autre avant 1081.
Gela reporte leur naissance à un temps où il n'est pas permis de supposer un comte d'Arlon autre que Waleran ni en io4o, ni même en io52, et peut- être même en ioi5, * moins d'admettre que le lit s de Conrad ne fut né et marié à Adèle de Bar à une époque où il ne pouvait pas encore être question pour son père de la succession au comté d'Arlon, ce qui rendrait assez invraisemblable son mariage avec la fille du noble duc Thierry, n'étant que le petit fils d'un cadet de Sigefroy.
Admettez maintenant, dans le système de Hontheim, deux intermédiaires de plus entre Conrad et Waleran, c'est-à-dire Conrad II et un parent comte de Limbourg, et les invraisemblances augmentent.
(1) Cb. de fondation du prieuré de Longlier en io55 par l'empereur Henri :
Testes : Dielhumus' episcopus, Dux Fredericus, cornes Gozelo, Cono et Rodulphus
filii ejus, Eustachius de Bolouia ; Fulco, cornes de Arlo, Godefridus de Bullonia, etc.
(Bert. t. III., pr. p. aa).
Les mêmes témoins figurent à la charte de io64 portant confirmation de la charte de
io55 ci- dessus. On y voit encore le nom de Fulco, cornes de Arlo.
LES PREMIERS COMTES. Si!
sible à ce que Waleran, signataire à l'engagère de 1052, fût comte d'Arlon en 981.
D'ailleurs, ainsi que je l'ai dit, pourquoi ne placerait-on pas un intermédiaire, entre Henri et Waleran I, époux d'Adèle de Bar ?
Concluons : Waleran I, comte d'Arlon, est arrière petit-fils de Ricuin, par son aïeul Gozlin ou Godefroid et par son père ou grand-père Henri ; ce sont du moins les conjectures les plus vraisemblables.
Appendice h la première question : d'où procèdent le* comte* d'Arlon?
J'ai rejeté ici les objections qui auraient pu arrêter le couis de la discussion et la rendre moins lucide.
M. Jeantin, dans les Marches des Ariennes et des Woêpres, où H a consacré le chapitre X tout entier aux premiers comtes d'Arlon, a presque en même temps adopté les deux systèmes contraires, et a fini néanmoins par donner la préférence aux idées du P. Bertholet et de Honlheim.
Je relève les différents passages de cet auteur :
Note de la page 91 , tome I :
c La plupart des historiens ont omis Henri I, fils de Gozlin et petit-fils de Ricuin, et ils ont fait prétention de Waleran I, mari d'Adèle de Bar. C'est ce qui change la nomenclature, et qui porte une grande confusion dans les faits. Ce Waleran paraît avoir existé en 981, comptemporainement avecArnoux, comte de Vianden (l). »
Note de la page 297 :
c Ha semblé à quelques savants qu'on pourrait trouver la souche des comtes d'Arlon dans Gozelin, fils atné de Wigerîc et mari de Huoda ou Voda (Ce Gozelinus miles quidam, ex nolMssimd Blotharii ducens prosapiam, de la charte de 943) et qui est la tige véritable des comtes de Bouillon et de Verdun. Ses frères Frédéric, Gisilbert, Adalberon et Ricuin II sont énoncés dans cette charte et dans celte de la comtesse Huoda de l'an 963 ; on y trouve aussi les noms de ses enfants : Godefroid I (dn Bedevxis et du Melhingovensis), Reginher ou Rainard (des Woëpres\ Adalberon de Rheims et Henri. C'est celui-ci qu'on pourrait peutêtre indiquer* comme premier comte héréditaire d'Arlon ; mais contre ce
(i) Cette dernière observation mettait l'auteur sur la voie véritable; mais, après l'avoir posée, il l'a négligée au. lieu de l'approfondir et de la vérifier.
système il s'élève des objections qui nous paraissent insolubles ; car comment combler la lacune entre cet Henri 1er d'Arlon et Waleran Ier mari d'Adèle de Bar mentionné dans la charte de 4052 (4)?
On lit dans le même ouvrage, tome I, p, 146 ;
c Henri étaiMl comte d'Arlon et l'un des fils de Sige froid?
Et en note :
c Ce Henri que Ton répute avoir été le premier (ou l'un des premiers) comte d'Arlon, était le fils aîné de Sigefroid I" comte de Luxembourg et d'Hadwide. Il était frère de Sainte Cunégonde, épouse de l'empereur Henri II, dit le Saint. 11 fut institué duc de Bavière. On le trouve mentionné dans plusieurs chartes de son père (2).
Même ouvrage page 197 :
c Sigefroid a-t-il été comte d'Arlon ? L'opinion la plus commune est celle-ci. »
c Sigefroid, premier comte de Luxembourg, possédait Arlon (3) ; c'est loi qui est la souche, saior est, de la première dynastie de ce nom. Par son Us atné, Henri I (dit l'ancien, + 1025), ce comté fut transporté à son petit-Us Henri II (dit le jeune -f- 1032). Cette première branche éteinte, Arlon revint à Conrad I, né de Gilbert ou Sigelbert (sixième fils de Sigefroid» -f 4005). Ce Conrad (-f 1040) avait un fils du même nom qui, décédé sans postérité, aurait eu pour successeur un sien parent, comte de Limbourg, et alors, voici venir Waleran I" époux d'Adèle de Bar, dont la possession et le titre sont authentiqués par la charte de 1052. Ce système, étayé sur quelques chroniques, admet des intermédiaires dont l'existence est équivoque ; il suppose des transmissions qui restent à l'état de simple probabilité : est-il plus exact? peut-être bien (4)
Voici enfin comment conclut l'auteur, tome I, p. 207 :
c Aussi n'hésitons-nous pas à placer Sigefroid et son fils Henri au nombre
(i) J'aî essayé de combler cette lacune, et j'espère que l'objection n'a point été insoluble.
(2) Daos ces chartes citées plus haut, Henri est désigné par son père Sigefroid, comme comte cfArdenne. Pas un mot à* Arlon. La partie de l' Ardenne régie par Henri, fils de Sigefroy, renfermait-elle nécessairement Arlon ? c'est là précisément la question que j'ai examinée. Je crois avoir établi que Henri, fils de Sigefroy, gouvernait seulement V Antenne moêellanique qui ne comprenait pas Arlon.
(3) Cest précisément ce qu'il faut prouver et ce qu'on ne prouve pas*
(4) Ce système est plein d'improbabilités j c'est ce qui a été démontré.
des bénéficiaires (1) du comté d'Arlon, mais sous la haute mouvance de l'empire pour le tout, et sous celle de l'archevêque trévirien pour partie (2). »
Dans une note à* Une notice sur l'église mire de Mersch (publications de la société archéologique du Grand-Duché de Luxembourg, 1855, tome XI), M. de Lafontaine s'exprime ainsi :
4° Charles le Chauve n'a pas, dans le capitulaire de 877, proclamé une mesure générale, publiée, dans l'intention d'encourager les nobles à se joindre à lui pour une expédition en Italie ; la concession restreint le privilège promis aux comtes dont les fils succomberaient dans cette campagne : Si cornes abierit cujus film nobiscum sis. D'ailleurs, il aurait été bien difficile de rendre héréditaires des comtés qui n'existaient pas encore de nom ni d'effet, et c'étaient là les cas que présentaient les comtés de Luxembourg, Arlon, Chiny et Vianden. Ainsi, à Luxembourg, le comte Conrad (4065 à 4086), nommé comte parce qu'il administrait divers comtés de la Mosellane, n'est pas connu pour avoir pris, même deux siècles après Charles le Chauve, le titre de comte de Luxembourg ; il s'est borné à exprimer la velléité de prendre ce titre, en le faisant graver sur un seing que l'on possède de lui ; ce fut son fils Guillaume (4086-4428) descendant au quatrième degré de Sigefroid, qui le premier s'en revêtit officiellement et qui le reçut dans des diplômes de la chancellerie impériale. Arnoux de Chiny intervenant en 4094 comme témoin dans une charte rapportée par Bertholet (tome III, page XXX111) ne signe encore que dans la forme Arnulphus cornes. En 4097, le même osa déjà aller plus loin et dit : Ego Arnulphus Dei favenle graiiâ non mediocris amplitudinis cornes dictus. Mais dès 4409, son fils Othon
(i) Bénéficiaires! Mais déjà l'auteur avait dit que Ricuin, père de Sigefroy, avait été investi héréditairement par Ollion le grand, des comtés d'Ardcnne, de Bouillon, de Verdun et de Mosellane. S'il n'en avait pas été ainsi, comment, en 941, Ricuin aurait- il pu partager ses vastes domaines entre ses enfants, et fonder de cette manière les maisons de Bar, de Bouillon, de Verdun, d'Arlon et de Luxembourg? La transmission héréditaire ne dispensait pas d'ailleurs ces grands fiefs de relever directement de l'empire d'Allemagne.
(a) L'auteur le conclut ainsi des deux chartes suivantes : charte testamentaire de Sigefroy de 993 et charte d'Irrainard de 996. J'ai déjà fait remarquer que se servir des «pressions in comitatu aidennensi regimini filii nostri Henrici comitis subjacenti, pour conclure de l'Ardenne, ou plutôt d'une partie de l'Ardenne à Arlon, cela n'était pas logique. La conséquence n'est pas nécessaire, immédiate.
M. Jeantin parle aussi du comté d'Arlon placé pour partie sous la mouvance de l'archevêque de Trêves. Gela est-il exact entièrement ? Je traiterai cette question à part. Je crois pouvoir dire, dès à présent, qu'elle n'était pas encore née sous Sigefroy on son fils Henri, en supposant qu'on dût les compter au nombre des premiers comtes d'Arlon*
n'hésite plus, et prend ouvertement la qualification de cornet chiniacenms (voir Lemire tome IV, p. 5i0 et 514).
M. de Lafontaine avait résolu en partie l'objection par cet autre passage de la même notice :
c Survint le régné de l'empereur Henri IV (1056-1406), accompagné des guerres civiles, qui longues et sanglantes en marquent l'époque ; alors s'accomplit une révolution qui ébranla et finit par renverser l'édifice primitif delà constitution germanique des Franks* dans lequel le chef de l'État se trouvait revêtu d'un pouvoir dont l'absolutisme accusait l'origine purement militaire.
c La nécessité du maintien de l'ordre dans une société qui marchait à grands pas vers sa dissolution, conserva au poste de comtes régionnaires les fils ou les collatéraux des nobles qui avaient jusque-là exercé les fonctions comtales* C'était-là un effet des vieux usages germaniques, selon lesquels, même dans des emplois électifs et révocables de leur nature, le fib ou le plus proche héritier succédait à l'emploi occupé par son auteur, à moins que des raisons puissantes ne l'en repoussassent. Alors on vit dans l'Allemagne entière surgir les premiers comtes héréditaires. La puissance impériale» neutralisée par les révoltes, se trouva réduite à tolérer des usurpations qu'elle n'avait plus la force de réprimer ; elle dût reconnaître des comtes qui, dans le sentiment de leurs forces, s'étaient contentés de demander à leur épée l'investiture comtale, et qui se maintenaient dans l'exercice de ce pouvoir soit par eux-mêmes, soit selon que les choses paraissaient s'être communément passées, de l'agrément et même à l'instigation des pairs qui les environnaient, comme eux intéressés dans le maintien et la conservation de la sécurité publique.
c C'est de cette époque que date, dans l'ancienne Lotharingie, l'apparition de ce grand nombre d'états souverains dont l'histoire avait jusque-là ignoré les noms. Ce fut spécialement vers cette époque que se constituèrent dans le pays de Luxembourg les comtés nouveaux nommés du nom de leurs capitales, comtés d'Arlon, Chiny, Luxembourg, Vianden. Tons les comtés devinrent la propriété de familles qui étaient depuis plusieurs siècles en possession de fournir à l'État des fils et des gendres pour les gouverner. Ceux des membres de ces familles qui administraient un ou plusieurs de ces comtés durant l'époque des guerres civiles, perpétuèrent, comme ailleurs, leurs gouvernements, en les centralisant et en leur imprimant des noms nouveaux comme témoignage de leur mainmise. On comprendra qu'aucun d'entre eux n'oublia d'incorporer dans ses domaines privés les terres considérables dont le fisc impérial avait de tout temps abandonné les fruits aux comtes régionnaires poor leurs frais d'administration, ceux de la conservation des établissements militaires et leur récompense personnelle (4). »
(i) M* de Lafontaine, Notice sur l'église mère de Mersch, pages i5 et i4. — Publications de la Société archéologique de Luxembourg, i855, XI).
H. de Lafontaine semble reporter seulement au règne de l'empereur d'Allemagne Henri IV, et aux troubles de cette époque, la formation des comtés héréditaires ; mais ne faut-il pas remonter plus haut, à l'époque des longues lottes entre l'Allemagne et la France, au sujet des limites des deux souverainetés? Ces limites si longtemps contestées étaient précisément les pays partagés entre les enfants de Rîcuin et leurs descendants. Ceux-ci ont été d'abord suzerains bénéficiaires, relevant toujours de l'empire ; on l'admet, mais les fils succédaient aux bénéfices, cela était dans les mœurs de l'époque ; de là à la pensée d'un titre héréditaire et ù l'interpréta! ion plus large del'éditde Charles le Chauve, il n'y avait qu'un pas, qui fut bientôt franchi à l'aide des troubles qui divisèrent longtemps le pays, des usurpations furent tolérées parce qu'il était à peu près impossible de les réprimer et peut-être aussi parce qu'il importait, de chaque côté (France et Allemagne), de s'assurer des partisans sur des frontières toujours objet de sanglants litiges.
Au surplus, concession ou usurpation, les grands fiefs n'en existaient pas moins et avaient déjà des noms qui se sont perpétués.
2* c Les comtes d'Arlon sont fort peu connus par les chartes des xi* et xn* siècles ; on sait que la plupart des monuments de ce genre ont été conservés dans les archives des premiers couvents avec lesquels Arlon parait avoir eu très-peu de relations. Hontheim rapporte un tel document émané de l'archevêque Eberhard, de Trêves, en l'an 1052, dans tequel il est fait mention de Walram qualifié cornet Watdramm de Arlo, et qui fait mention de sa femme nommée Adelheide. Les profonds travaux de Kremer (Geschichte de$ Ardennischen Oetchlechts) ont parfaitement fait connaître ces deux personnages, leurs auteurs et leur pareil tage, et l'on ne se voit nullement autorisé de déduire des renseignements puisés dans le récit de ce savant» qu'en 1052 il aurait déjà existé un comte d'Arlon héréditaire. Le titre de cornes Waldramus de Arlo peut n'avoir été que la signification du comte Waldram résidant à Arlon, locution plusieurs fois employée en parlant des fils et petits-fils de Sigefroi de Luxembourg, qui étaient comtes, mais comtes purement bénéficiaires et qui résidaient à Luxembourg, dans un pays qui, du moins sous Sigefroi, n'était nullement régi par lui (l)i.
C'est toujours la même objection qui se continue : on conteste que Waleran, époux d'Adélaïde de Bar, ait été comte héréditaire d'Arlon, et l'on s'empare des expressions de la charte de 1052 : cornes Waldramus de Arlo, pour déclarer qu'il ne s'agit que d'un comte Waleran résidant à Arlon. La traduction pourra sembler étrange à ceux qui, se fondant sur les passages des plus anciens chroniqueurs, ont fait de Waleran, époux d'Adèle de Bar, non seulement un personnage
(i) M. de Lafontaine. Notice sur l'église mère de Mersch, page i4 noie. Publications delà Société archéologique de Luxembourg, année i855, XL
puissant résidant à Arlon, mais encore an comte d'Arlon ; était-il comte bénéficiaire on comte héréditaire ? peu importe. Ce que j'aperçois dans la succession des temps» c'est que, dans la charte de la fondation du prieuré de Longlier, en 1055, par l'empereur Henri, Foko, fils de Waleran I, est qualifié cames de Arlo. Il en est de même dans la charte de 1064 confirmative de celle de 1053. Ici, le doute n'est pa3 possible, il s'agit bien d'un comte d'Arlon, reconnu par la chancellerie de l'empire, peut-être à titre héréditaire; car ce titre n'a pas été contesté à Waleran 11, frère du Foulques en question, après qu'il lui eut succédé comme seul comte d'Arlon et qu'il eut fondé le comté de Limbourg, à la suite de son mariage avec Judith, fille de Frédéric de Luxembourg.
J'ai une autre remarque à faire sur la fin du dernier passage de M. de Lafonfaine : il reconnaît que Sigefroy ne régissait pas le pays occupé plus tard pas ses fils et petits-fils résidant à Luxembourg. C'est la thèse que j'ai soutenue dans le chapitre VI de cette histoire. Comment donc Sigefroy aurait-il régi Arion, lui ou ses fils?
lie Metfetagewe.
An chapitre précédent, Ager orolaunentis, j'ai dit que le Pagui wabrensis avait pris plus tard le nom de Pagus melhingowe. C'est une inexactitude que je tiens à rectifier.
Le pagns methingowe n'était pas inconnu des historiens du Luxembourg et du pays de Trêves, mais on n'était pas d'accord sur l'origine de cette appellation. Quelques-uns ont cru que le pagus était régi par un comte du nom de Metin, de là la terre de Metin, Metingau.
D'après un beau travail sur les institutions communales dans le département de la Moselle, par M. Ch. Absl et inséré dans les Mémoires de F Académie impériale de Metz, Lh année, 1869-1870* ce serait une erreur à corriger.
Voici l'analyse de ce travail sur le pagus en question.
Le pagus était une étendue de pays sous un chef dépendant d'un supérieur.
Lm pagi étaient en général déterminés par des cours d'eau et leurs vallées.
Le Pagus mosellensis comprenait le cours de la Moselle. La division de ce pagus donna naissance au Pagus metensis.
Le pays Mosellan était borné vers l'Occident par un vaste plateau tout couvert de broussailles, en latin wepre et qui formait ce qu'on appela le Pagus wabrensis. 11 s'étendait depuis la vallée de la Meuse jusqu'au vallon de l'Orne, c'est-à-dire depuis Verdun jusqu'à Conflans.
Le sol arrosé par VAlzette, la Chièr et la Crusne, était humide et marécageux, surtout par opposition au plateau de la Woêvre. Aussi appelait-on ces petits
vallons les Matta, c'est-à-dire les prairies marécageuses ; ce qui valut à cette contrée de former le pagus inédit appelé Matinsis, qu'il ne faut pas confondre avec le pagus metemis, le pays de Metz ; d'où il suit que cette partie du département de la Moselle en a conservé le nom de Matois. Yoici les preuves :
Charte de 780. Labry, in villa labriago in pago materne.
926. Redange, Xivry, Beuviller, Viller, Augeviller. — Rodinga, Syvrum, Bœvillare, ViUare et Ausliere-Villarf, in pago Matensi. 983. Aumetz, Aimas in pago Matinée.
990. Bailleux en Malbois, BaUodium fundun in pago Mathinsi. On lit dans des chartes postérieures :
4264. Amas au Matois en la chatellenie de Lonvy. 4274. Amas en Mattois en la chatellenie de Lonvis.
Il s'agit d'Aumetz.
4298. Seinrei ou Maioi. C'est Xivry le franc.
1438 et 1434. VUle en Mathois, encore nommée aujourd'hui Villers en matois. 1530. Viller en raatoy.
Mangiennes est appelée, en 855, Villa Metgauis.
Le rû de Mad, rivus maticus, prend sa source dans l'ancien Pagus matenris. Le mont Mathenm est devenu le Mons maiimsis, Montmedi. Le vallon de l'AIzette et ses alentours était aussi compris dans le Pagus motkensis; ce pagus, dans un pays allennnd, a pris la forme de Matingau ou UcUhingaUy et par corruption Methingow.
Charte de 909. Contren. Contrain in pago Mathinse. 960. Marner. Mambra in Methingow.