‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 69 sur 102 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

La forteresse d'Arlon depuis 1309.

La forteresse d'Arlon, après 1309, resta ce qu'elle était auparavant. On croit que l'enceinte extérieure fortifiée occupait à peu près le circuit de la ceinture bastionnée construite sous Louis XIV.

D'après le témoignage de Al. WUlheim, qui assista a la destruction de 1671, les fortifications romaines étaient circulaires, les murailles avaient assez d'épaisseur pour permettre à deux chars d'y passer ; d'intervalle à intervalle, des tours d'une maçonnerie pleine servaient de contreforts. Il est croyable qu'au-dessus du terre-plain, ces tours étaient creuses et servaient à l'observation comme à la défense.

La ville d'Arlon, comme forteresse, ne fut point négligée, lors des luttes du pays avec la France, dans le courant du xvie siècle.

20 mars 1516. Les États consentirent à une aide de 2 fl. sur chaque feu, pour la réparation des fortifications des villes, y compris Arlon.

On y travaillait de 1542 2» 1547.

Après deux sièges en 1442 et en 1542 par les Français, la ville d'Arlon subit un désastre complet en 1558.

Le siège de Thionville terminé, les Français se tournèrent sur Arlon. La garnison, trop faible pour se défendre, se retira après y avoir mis le feu. L'incendie n'empêcha pas les ennemis d'entrer dans la forteresse (1).

C'est alors que l'antique château d'Arlon, avec une des trois tours qui était restée debout et la vieille chapelle de Sl-Blaise, fut abattu ; les portes et les murailles furent également rasées.

(i) Ccst là une version donnée par quelques annalistes. La vérité csl que la ville fut emportée par surprise et presque sans résistance, aiusi que je le rapporterai plus loin.

La ville d'Arlon resta quelque temps en cet état avec ses murailles nivelées en partie et rompues en plusieurs endroits. En décembre 1574, les habitants s'adressèrent au Roi en ces termes :

Remonslrent très humblement les justicier, ecbevins et bourgeois d'Arlon, au pays de Luxembourg, comme la dicte ville depuis l'an 58 seroit esté par troys fois mis en feu, entièrement consommée y ayant les françois pour lors ennemis de vre majesté mis le feu et les aultres inconvénients seroîent advenus en Tan 63 et 69 par feu de meschieff ayant auparavant aussi esté en la dicte ville en l'an 42 entièrement brûlée, qu'ils ont soutenus plus que tous autres dommaiges outraiges militaires, grand gendarmerie de pied etchevaulx ensemble. toutes aultres charges et molestations, il n'y aurait apparence que la dicte ville se put unque remettre en estât, ains plutôt que les bourgeois seroîent contrainctsde la délaisser déserte. Afin que cela ne se fitt et pour avoir meilleur couraige pour relever leurs édifices et maisons, églises et hospitaulx, supplie d'accorder l'affranchissement des aydes l'espace de douze ans.

D'aullre part ne se contentant les François en l'an LVUI d'avoir bruslez les maisons de la dicte cité, ains sachant icelle ville leurs avoir toujours faict grande résistance, comme par la qualité et condition du lieu elle pourrait si besoing encore faire auroîent aussi rompu brisé et en plusieurs lieus entièrement avecq force de pouldre renversé les murailles et remparts d'icelle ville laquelle par la destruction divoy est maintenant ville frontière, n'aiant les subiects à l'entour d'icelle ville d'Arlon à neuf et dix lieues aultre refuge et retraite, estant toutes fois le dict lieu ainsi disposé que en aulcuns endroits l'on peult entrer et sortir de nuit et de jour parmi les dictes murailles. Et comme la resta uraon d'icelle est entièrement necêsse supplient d'estre accordé quelque somme de six ou huit mille florins ou telle somme comme il plaira à vtre maiesté pour maintenant sans aucun délay rédifier les dictes murailles en lieux rompus et mesmes' redresser ce que les françois ont abatuz affin de pouvoir sûrement cloirre et fermer la dicte ville et empescher que par les dictes murailles Ton ne puisse entrer ni sortir de la dicte ville (1).

Cette supplique fut sans doute favorablement accueillie et l'enceinte fortifiée fut de nouveau rétablie, néanmoins avec une certaine lenteur.

On y travaillait encore en 1606, car le Conseil provincial, le 15 mai de cette année, adressait la lettre suivante aux échevins d'Arlon, qui trouvaient trop onéreuse la surveillance qui leur était imposée à ce sujet :

(i) Manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne, u° 6915.

Traduction de l'allemand.

Ordonnance aux échevins d'Arlon d'estre partout présens à l'ouvrage de la fortification an dit lieu.

TltfcS-CHBRS,

Le seigneur de Roliingen nous a fait savoir que vous vous plaignez de ce que» sur son invitation, l'un des échevins doit se trouver aux nouveaux travaux pour fortifier la ville d'Arlon et ce un jour par semaine et à tour de rôle pour y exercer la surveillance afin que les ouvriers soient excités à leur devoir.

Mais, si cette surveillance est une œuvre nécessaire qui doit contribuer aux progrès de la construction, nous sommes d'autant plus étonnés de votre refus, que la construction est dans l'intérêt de la ville et dans votre propre intérêt, et qu'il est d'usage dans toutes les villes bien administrées, que les membres de la Magistrature s'emploient volontiers à cette surveillance.

Nous vous invitons donc et au besoin vous requérons et vous ordonnons de ne vous refuser, en aucune manière, à ce service, et que chacun des échevins, le jour et à l'occasion de son tour d'être échargaite (@$auoa$t),se trouve aux travaux et qu'il y fasse avec diligence ce qui lui incombe ; afin que nous n'ayons pas de raison d'user de notre autorité, à défaut d'exécution.

Nous vous recommandons à Dieu.

Daté de Luxembourg, le XV Mai 1606 (1).

En 1633, les fortifications d'Arlon étaient loin d'être achevées. En effet, en septembre de cette année, le Conseil provincial du Luxembourg représenta au Gouvernement la nécessité de réparer les fortifications des villes de Thionville et d'Arlon, qui semblaient être k la merci des Français.

On y travaillait encore en 1645 et même en 1648. En cette dernière année, une somme de 3000 livres fut employée pour payer des réparations aux murailles d'Arlon (2).

En 1656, on construisait une redoute près du vieux château de Seymerich d'Arlon (3).

En 1642 et 1643, des troupes étaient cantonnées à Arlon (4). Mais en 1650, au mois d'août, lors de l'entrée des Français dans le Luxembourg, la ville d'Arlon se trouvait dégarnie de gens de guerre. Le Conseil provincial ordonna aux prévôts et aux officiers des seigneuries d'y envoyer quatre

(i) Archives de Luxembourg. Enregistra lure du conseil prov., vol. I. 76.

(al Inventaire des archives de la chambre des comptes. Bruxelles, i8659 p. 60 et 61.

(1) Même inventaire p. 63.

(4) Même inventaire p. 23i.

cents élu$(l)i c'est-à-dire des premiers hommes venus mis en réquisition et qu'on improvisait en soldats, en lès babillant et en les armant. Arlon avait, dans ses magasins, des vivres et des munitions (2),

En 1671 et 1672, les remparts et les fortifications de la ville d' Arlon, qui étaient alors considérables, furent entièrement démolis par ordre du comte de Monterey, alors Gouverneur général des Pays-Bas, et toute l'artillerie avec la poudre fut conduite à Luxembourg.

Une aide de 50,000 florins avait été accordée par les États pour la construction des fortifications de Luxembourg et la démolition de celles d' Arlon (3).

Yoici la curieuse correspondance qui s'est ouverte au sujet de la démolition des remparts d' Arlon (4).

4° 23 juillet 1671 . — Uttre du comte de Monterei au prince de Chimay.

J'attendrai à apprendre ce que le prix de la vente des pierres et pallissades d'Arlon aura porté, mais je consens que les portes, ponts-levis et tapans (?) de la dite villo d'Arlon puissent être appliqués à la réparation de l'église, puisque vous me mandez qu'Us ont été faits aux frais de la bourgeoisie.

2° 8 août 1671 . — Lettre au prince de Chimay.

Puisque les ferailles des portes, ponts et barrières provenant d'Arlon sont jà menés à Luxembourg, vous dounerezaux bourgeois du dit Arlon les 181 florins provenant de la vente des palissades, et si vous ne pouvez trouver marchand pour les pierres de taille des remparts, vous les laisserez pareillement suivre aux dits bourgeois.

3* 25 octobre 1671. — Lettre du prince de Chimay.

L'on ira achever ce qui ne l'a pas bien été à Arlon, que son Excellence a très grande raison d'avoir ordonné, car la haulteur n'étant pas bien abattue ni les fossés remplis. Je n'avois pas eu le loisir d'y aller voir, maïs j'y suis esté du depuis. Son Excellence a promis de faire donner le pain aux esleux qui travailleront à cela.

4° Dernier jour d'octobre t671. — Lettre du comte de Monterei.

On a donné l'ordre pour le fournissement du pain de munition à l'advenue de 125 rations par jour pour les esleux que l'état fournit pour les ouvrages

(i) Archives de Luxembourg.

(a) C'est ce qui résulte d'un compte rendu en septembre 1 573 par Jean Schockweiler, écliev.'n et Steurmeyer d'Arlon.

(3) Inventaire des archives de la chambre des comptes. Bruxelles, i865, p. 65.

(4) Archives d'Arlon. Copie des pièces dont les originaux sont restés à Luxembourg, archives du Gouvernement. La correspondance a trait à plusieurs objets; je n'en extrais que ce qui concerne Arlon.

(à Luxembourg). Je procurerai par le courrier prochain celuy que vous démandez pour ceux qui achèteront la démolition d'applanissement d'Arlon.

» 1er novembre 1671. — Le prince de Chimay au comte de Montera.

La place d'Arlon est très mal rasée et je ne sais pas si ù la fin votre Excellence ne trouvera pas à propos de faire raser la hauteur des Capucins.

6» 7 novembre 1671. — Réponse du comte de Monterei.

J'ai donné les ordres nécessaires afin de livrer aux esleuz tant de Luxembourg que d'Arlon le nombre de rations de pain que vous ordonnerez; ne manquez pas d'avoir soin que cette dernière soit démolie et applanie de telle sorte qu'il ne reste plus aucune fortification, haulteur ni autre avantage dont l'ennemi se pourrait prévaloir.

7o 14 novembre 1671 . — Lettre du mêm 'à M. de Lotwignies.

Je souhaiterais que la démolition de la petite ville d'Esch et d'Arlon fussent entièrement achevées.

8° 14 novembre 1671 . — Lettre du comte de Monterey au prince de Chimay.

Vous enchargeant autrefois d'avoir soing que la démolition d'Arlon se fasse en telle sorte qu'il n'y reste aulcune fortification ni avantage dont on se pourrait prévaloir.

9° 17 novembre 1671 . — Le prince de Chimay au comte de Monterey.

Demain, je m'en vas à Arlon pour commencer à disposer les choses pour achever la démolition.

10» 13 décembre 1671. — Lettre au comte de Monterey (Extrait d'un long rapport).

Quant à la démolition d'Arlon, j'attends les députés pour leur demander des esleus, et aussitôt après j'y ferai travailler incessamment. 11 faut que je me sois mal expliqué sur le placard que j'avais demandé à votre Excellence au sujet des bourgeois d'Arlon pour la démolition des remparts, puisqu'elle croit qu'il est rude à l'égard des dits bourgeois ; c'est qu'au contraire nous croyons les bénéficier puisque l'on leur donnera plus d'héritages qu'ils n'en ont point, c'est affin que votre Excellence soit mieux informée de celte pensée, je luy envoyé cy joint lu cospie d'un autre formulaire de placard qui est mieux expliqué que le premier.

Et ce que l'on dit dans le dit placard que les bourgeois qui ne voudront point entreprendre la démolition des remparts à l'endroit de leurs héritages, les perdront au profit de celuy qui entreprendra la dite démolition ;

Cela ne s'entend point pour les maisons mais seulement pour les jardins qui sont entre les maisons et le terre-plain, lesquels aussy bien pour aplanir le rempart avec plus de promptitude, il faudra remplir de terres de ipéme que le fossé, autrement ce serait un ouvrage qui cousteroit presque autant flue les ouvrages de terre de la forteresse de Luxembourg ; il y a ipesjnë déjà

les Carmes qui veulent entreprendre une bonne partie derrière leurs maisons et quelques bourgeois qui se sont déclarés d'en vouloir Taire de mesme.

Tout ce que je propose en cela est pour gagner temps et éviter la dépense, cela n'empeschera point que nous n'abattions ce que les bourgeois ne voudront pas entreprendre. J'attendrai les ultérieurs ordres de votre Excellence sur cet article.

11° 20 décembre 1671. — Représentation des députés des Etals.

Quant à la démolition entière des hauteurs restantes à Arlon et rem plissement des fossés, nous supplions votre Excellence d'entendre qu'ayant Tait visiter les hauteurs par des gens experts, il se trouve impossible de les oster et raser en sorte qu'il n'y en reste aucune, quand mesme Ton voudroit raser les maisons et qu'il y faudroit employer des années et grande partie des sujets de la province et en une saison où ils seroient empêchez de cultiver leurs terres et faire leurs moissons, bors de quoy seul ils subsistent et fournissent à tant de charges, par lesquelles nous les avons tellement abattus et accablés, que nous nous trouvons obligés d'en avertir pour notre descbarge votre Excellence.

12* 1er janvier 1762. — Réponse du comte de Montera.

A Tégard delà démolition d'Arlon, nous vous dirons qu'ayant fait un placard pour la faciliter, nous ne croypns pas que la province voulusl résilier maintenant de la promesse qu'elle nous avoit faite la dite démolition, puisqu'elle sçait comme quoy elle importe.

Ainsy, nous vous ordonnons d'envoyer sans réplique ny remise le nombre d'esleuz que le sieur de Louvignies jugera nécessaire pour achever tant plustot la dite démolition et retirer l'infanterie qui y est restée si nécessaire à la ville capitale pour sa conservation.

Précisons ce qui ressort de cette correspondance.

Le Gouverneur général voulait raser complètement la forteresse, afin de ne laisser aucun avantage aux ennçmis ; la hauteur des Capucins devait même disparaître, quoique la cession en eût été faite à ces religieux dès 1624. Les États firent à ce sujet des représentations bien fondées; M. de Monterey persista, mais il parait que les difficultés signalées par les États étaient réelles, et la force d'inertie aidant, la hauteur qui domine Arlon fut conservée.

Le Gouvernement voulait obtenir, sans beaucoup de dépense, le rasement complet des fortifications extérieures; par un premier octroi du 7 décembre 1671, le roi Charles II d'Espagne autorisa la démolition des remparts d'Arlon et attribua le terrain occupé par ces remparts & ceux des bourgeois

qui possédaient des propriétés contiguës, et qui auraient, k leurs frais, démoli ceux-ci et comblé les fossés.

Ce premier octroi ne suffit pas pour l'avancement des travaux de démolition; il y fut pourvu par un second en date du 17 décembre 1671, publié en janvier 1672.

Les bourgeois dont les propriétés touchaient1 aux remparts devaient les démolir et les niveler a leurs frais ; s'ils négligeaient de le faire ou s'ils s'y refusaient, l'entreprise de la démolition était cédée k un tiers qui devenait propriétaire des jardins ou des terrains rapprochés sur lesquels les terres des remparts étaient versées. C'était lk un singulier respect de la propriété privée. Aujourd'hui, il faudrait exproprier et indemniser; en 1672, on n'y regardait pas d'aussi près (1).

J'ai déjà dit qne les pierres romaines provenant de la démolition des remparts d'Arlon avaient été vendues. J'en trouve la preuve dans les lettres du comte de Monterey ; ce qui n'a pu être vendu a été distribué aux habitants pour les indemniser.

Je ferai une autre remarque. La démolition de la forteresse d'Arlon ne devait rien ou presque rien coûter k l'État; la province, parait-il, s'en était chargée pour tous les ouvrages abandonnés par les bourgeois. Comment devait-elle s'y prendre? Au moyen à'e$leuxy c'est-à-dire par corvées a imposer à tous les habitants de la province : l'autorité les élisait et ils devaient obéir, quelque dommage qu'ils dussent éprouver. Ce procédé, indiqué pour la démolition de la forteresse d'Arlon, était employé pour élever les remparts de la forteresse de Luxembourg. C'était une des plaies de l'époque pour la gent corvéable ; c'est ce que révèle la représentation des États du 20 décembre 1671, ci-dessu» reproduite.

Je passe k d'autres actes de spoliation.

31 avril 1681, arrêt de la Chambre des réunions de Metz qui ordonne la réunion à la France du comté de Chiny, a défaut des reliefs prescrits au Roi de France, ledit comté ayant été un fief du duché de Bar.

Ensuite de cet arrêt, les Français s'emparèrent du comté de Chiny et du restant du duché de Luxembourg comme ayant fait partie de ce comté de Chiny.

C'est ainsi qu'ils vinrent k Arlon, qui était un marquisat entièrement séparé.

Mais l'arrêt du parlement de Metz n'était qu'un prétexte ; k défaut de la

(ij V* à l'appendice le placard du 17 décembre 1671*

raison alléguée, le souverain français en eût trouve une autre ; la force manque-t-elle jamais de motifs pour colorer ses usurpations?

En 1681, c'est-à-dire dix ans après, lorsque les Français s'emparèrent de nouveau d'Arlon, la démolition des remparts n'était pas encore complète, des terre-plains subsistaient toujours ; l'ennemi en profita pour établir une nouvelle enceinte : il construisit des murailles bastionnées à l'entour de la ville pour la renfermer et il fortifia le couvent des Capucins en forme de citadelle. Ainsi s'est réalisée la crainte du Gouverneur général des Pays-Bas, que les Français pussent se prévaloir des hauteurs d'Arlon et en tirer avantage.

Ceux-ci demeurèrent dans cette ville jusqu'à la paix de Riswick.

Le Gouvernement des Pays-Bas reprit Arlon, conserva les fortifications nouvelles et y mit garnison ; ce n'est qu'à la paix de Rastadt en 1714, que le magasin à poudre et toute l'artillerie de guerre, qui se trouvaient au couvent des Capucins, furent de nouveau transportés à Luxembourg.

Arlon perdit dès lors de son importance comme forteresse et ne fut plus, en cas de guerre, qu'une position militaire assez importante.

Cependant, en 1727, au mois de septembre, Arlon reçut une garnison de troupes impériales.

Il ne reste plus à noter, sous le rapport militaire, que les batailles de 1793 et 1794 entre les Français et les Autrichiens. J'en parlerai bientôt.

Pour terminer le sujet de ce chapitre, je dirai quelques mots de l'emplacement qu'occupaient les anciens remparts d'Arlon, aussi bien de la forteresse des Romains que de l'enceinte fortifiée de Vauban. Si je n'en consignais ici quelques traces, le souvenir en serait bientôt perdu, tellement tout a été changé depuis quarante ans environ.

L'enceinte bastionnée, construite par les Français en 1681, avait deox portes : l'une, celle de Bastogne, était ouverte vis-à-vis de l'hôtel actuel du Nord. On assure qu'à la gauche de cette porte, sur l'emplacement de cet hôtel et de son ancien jardin, il y avait une caserne d'infanterie. A la suite du jardin, commençaient les remparts que j'ai maintes fois parcourus : là ils séparaient la cour de l'ancien hôtel Cathias des jardins où l'on parvenait par une voûte percée sous les remparts ; on arrivait, par un seul alignement, vers un premier bastion. Un second alignement conduisait à la porte de Luxembourg, qui s'ouvrait à la hauteur du jardin du Casino- actuel; ce jardin est lui-même un reste de rempart.

A partir du Casino, la ligne fortifiée se prolongeait jusqu'à un bastion formant coin, vis-à-vis de 'l'ancien jardin Wallzing, occupé aujourd'hui

FORTBBESSE DEPUIS 4309. 327

par le pensionnat de l'Athénée royal. Là, les remparts faisaient retour presque à angle droit, en revenant vers le nord, jusqu'à un troisième bastion, placé vis-à-vis à peu près de l'église des Capucins. De ce bastion, un alignement conduisait à un quatrième formant angle du côté du nord ; de là, les remparts se prolongeaient directement jusqu'à la porte de Bastogne, tels qu'ils existent encore en partie.

La ville est restée ainsi enfermée assez longtemps après i 830, à l'exception qu'on avait ouvert une troisième porte du côté du nord-est qu'on appela la Porte Neuve. A quelle époque ? Apparemment sous l'occupation française, depuis 1794.

Au pied des remparts, à la place des fossés, on voyait une ceinture de jardins ; au-delà de ceux-ci, un mauvais chemin de ronde ; puis plus loin, encore des jardins.

Tout cela a bien changé. Le premier coup de pioche a été donné a l'occasion de la construction de l'hôtel du Gouvernement, ce qui a amené la création du parc, de la place Léopold, et plus tard du nouveau palais de justice- La seconde percée a été faite vis-à-vis de l'ancien jardin Waltzing, pour donner «ne issue directe vers la route d'Arlon à Mersch et la nouvelle caserne d'infanterie. Là aussi tout un quartier est sorti de terre.

Le» remparts ont encore été éventrés pour procurer un passage vers la route d'Arlon à Oberpallen. Là, plus tard, on a construit l'école des garçons et des maisons particulières se sont également élevées.

Enfin, dans le haut de la ville, la rue de l'hôpital a obtenu également une issue vers la caserne d'infanterie.

Depuis l'incendie de 1785, la ville d'Arlon ne s'était presque pas développée en dehors de l'enceinte bastionnée de Louis XIV. Lorsque, à la fin de 1830, l'administration provinciale y fut établie, quelques maisons, audelà de la porte de Bastogne, constituaient ce qu'on appelait un faubourg, et plus loin» sur la grande route, on trouvait les bâtiments Sibenaler et Lacroix.

L'hôtel du Nord était alors construit, ainsi que quelques maisons vis-àvis une place restée vide, la maison Rimbeaux formant le coin vers le chemin de Virton. Je dis le Chemin de Virlon, car la route provinciale n'existait pas encore : il n'y avait alors, en cet endroit, pour sortir d'Arlon, qu'un chemin de terre étroit, encaissé entre des haies clôturant des jardins, à peu près impraticable aux piétons dès la moindre plaie. Quelques baraques

existaient au bas de la côte.

Quelle est la situation d'aujourd'hui ?

Les maisons Kœnig et Verbrughe occupent l'emplacement laissé vide auprès de l'hôtel du Nord, qui lui-même a été agrandi. Les bâtiments du faubourg de Bastogne ont reçu des accroissements et des embellissements; le faubourg de Neufchàteau a été créé presque tout entier, avec la caserne de gendarmerie et les vieilles prisons. De ce côté aussi, une route vers la station du chemin de fer a été ouverte récemment. La construction de la prison neuve date de cette époque, ainsi que les nouveaux édifices qui garnissent déjà cette route.

La construction de la route provinciale d'Àrlon à Virton a donné naissance également à tout un nouveau quartier élégant, où se trouve l'hôtelde-ville. En descendant de ce côté vers la station, on rencontre quelques comfortables habitations, la direction des contributions et l'établissement du gaz.

Voilà pour ce côté de la ville allant vers l'ouest. Au midi, la rue do palais de justice et la rue S^Jean sont aussi de création assez récente, ainsi que la caserne d'infanterie, les habitations qui lui font face et se prolongent vers la route de Mersch.

Je ne dois pas omettre ce petit quartier qui, en dehors des remparts, s'est développé entre la porte Neuve et la caserne d'infanterie ; non plus que la nouvelle rue de Diekirch, au nord, allant de la porte de Bastogne à Oberpallen, qui s'est développée à la suite d'une quatrième percée des remparts.

Voilà pour l'extérieur de l'ancien Arlon. A l'intérieur aussi quels changements ! L'emplacement des voies publiques et des maisons n'a guère varié, si ce n'est pour les percées que j'ai indiquées ; je noterai pourtant un changement remarquable. Qui se souvient encore aujourd'hui des hôtels Cathias et Richard, de leurs vastes cours, de leurs jardins, ainsi que de quelques bâtiments qui les séparaient ? Qui se les rappelle, sinon quelques rares personnes reconnaissantes du bon accueil qui attendait les voyageurs, ainsi que du comfort de toute nature dont elles pouvaient jouir si amplement, sans que leur bourse en souffrit beaucoup. Tout a disparu et a fait place à un quartier nouveau, la rue et la place Léopold, ainsi que le parc et les voies avoisinantes. Tout passe ou se transforme.

II faut bien rappeler ce qui a existé jadis, pour le comparer à l'état d'aujourd'hui.

Bientôt, de la forteresse d'Arlon, il ne restera qu'un souvenir; tout s'efface avec le temps, les œuvres de la paix remplacent les gestes de

guerre, et Ik où résonnait le fracas des combats, s'élèvent des habitations paisibles et triomphe l'ère d'un travail civilisateur.

Appendfec an chapitre M.

1° Les Gouverneurs d'Arlon. En 1657, M. Guillaume de Lymosin, seigneur de Roussy, du conseil de guerre, colonel au service du roi, était gouverneur de la ville d'Arlon (Bibliothèque de Luxembourg, n° 3079).

Quelle était cette charge de gouverneur ?

Etait-ce un simple commandant militaire? Cette fonction existait encore au commencement du xviii6 siècle ; j'en trouve la preuve dans la pièce suivante :

Lettre au magistrat d'Arlon par le feldmaréchal, comte de Gronsfeldt,

Gouverneur.

Très chers et especiaux Ayans trouvé convenir pour le service de

Sa Maté Impie et catholique et des raisons de guerre à nous connues de commettre le sieur Materne de Septfontaines pour commandant de votre ville par provision et jusques à autres ordres.....

Nous vous faisons cette pour vous en avertir et vous ordonner de le reconnaître en cette qualité et de luy obéir jm tout ce qu'il vols commandera de notre part pour le service de sadte Maté et de lui fournir le logement convenable, ainsi et de même qu'à un commandant appartient et qu'il a été fourni cy devant aux commandans prédécesseurs du d. sieur Materne. A tant nos chers et especiaux Dieu vous ait en sa garde. Luxembourg, le 9 janvier 1717. Le comte de Gronsfeldt (i).

2° Pourquoi les prévôts d'Arlon étaient-ils appelés capitaines prévôts (2)? Ce titre de capitaine leur donnait-il quelque autorité militaire dans la ville? Cela pouvait être anciennement; mais plus tard, ce ne fut plus qu'un titre honorifique. J'en donnerai la preuve dans la suite de cet ouvrage.

3° Placard du 17 décembre 1671, touchant le comblement et l'aplanissèment des fortifications de la ville d'Arlon.

(il Annales de la Société archéologique d'Arlon, tom. ?, 1849 à i85i, pape 57. (2) En 1681, M. Marchant et en 1790, M. Breiderbach sont nommés capitaine Prévôt de la ville, prévôté et marquisat d'Arlon.

380 HI8T0IRS Il'AltLOV.

Charles par la grâce de Dieu etc. Convenant 'a notre service Royal que les terres plaines et haulteurs des remparts de notre ville d'Àrlon soyent entièrement applanyz et les fossez remplyz en sorte qu'il ne reste plus aucune apparence de fortifications, voulans gratiCer les bourgeois et habitants de notre dite ville et autres propriétaires qui y ont des héritages, bous avons h la délibération du comte de Monlerey, gouverneur général. .... déclaré et déclarons que nous leur permettons d'estendre et agrandir leurs dits héritages adjacents aux dits remparts et tenant à leurs maisons ci avant que le dit rempart et fossé s'estcnd, à condition que pour le commencement du mois de mars prochain les dits bourgeois seront teouz $t obligés d'avoir rempli les fossez abatus absolument la hauteur et pour récompense et fraiz de leur travail le dit fond ainsy applany leur demeurera a leurs boires et ayans cause propriétairement sans aucune charge, cens ni rente, imposons à nos fiscaulx et recepveur général de noz domaines silence perpétuel au regard de touttes actions et poursuittes qu'ils pourrayent intenter à leur charge au sujet du dit fond que les bourgeois s'auront ainsi approprié, les enchargeons neantmoins de se déclarer en deans la huitaine après la publication de celte sur l'acceptation de l'offre ci dessus et de l'assurance de l'exécution en deans le commencement du mois de mars prochain à celuy qui sera commis par noz très ehiers et feaulx notre cousin le Prince de Chimay, chevalier de notre ordre de la Thoison d'or, gouverneur et capitaine général de notre pays et duché de Luxembourg et comté de Chiny et Christian Lodon seigneur de Louvignies, sergent général decrotailles de noz armes, à peine que le dit terme de huit jours pour la déclaration de l'acceptation et du commencement de mars pour l'exécution, il sera loisible et permis à ceux qui vouldront entreprendre Papplanissement du dit rempart et comblement des fossez susdits de s'approprier aussy le fond des particuliers y adjacens dans la ville jusques aux murailles de la maison la plus voisine, afin qu'ils eussent les moyens d'y porter le terrain et unir le tout comme il convient et ce nonobstant les oppositions des dits particuliers, lesquels déclarons dechuz de la propriété du fond de leur héritage pour leur négligence et en considération du travail de ceux qui auront entrepris le dit comblement et au regard des demy lunes, ouvrages à cornes, chemins couverts et contrescarpe de notre dite ville, nous déclarons que les propriétaires auxquels le fond at autrefois appartenu pourront [se le rapproprier parmy les déclarations et exécutions des clauses, charges et conditions susdites, et

pour tant plus bénéficier et animer ceux qui entreprendront le dit applanissement, nous déclarons que les dits fonds qu'ils auront ainsi comblez seront tenuz et censez pour aisance particulière et exempts de tout pasturage. Si ordonnons k nos très chiers et feaulx les gens de notre conseil privé, président et gens de notre grand conseil, gouverneur, président et gens de notre conseil provincial à Luxembourg et tous justiciers et officiers et subjets qui ce regardera et à chacun d'eux en droit soy et si comme à lui appartiendra, que cette notre présente ordonnance ils publient et facent publier par tous les lieux de leurs jurisdictions respectivement où l'on est accoustumé, faire cryz et publication et au surplus la gardent et observent et entièrement facent garder et observer et entretenir en tous les points et articles, selon sa forme et teneur, sans port, faveur ou dissimulation de ce faire et ce qu'en dépend, leur donnons plain pouvoir, authorité et mandement spécial. Mandons, etc.

Donné en notre ville de Bruxelles, le 17 décembre 1671.

Ce placard a été publié le 5 janvier 1762. Archives gouvernement Luxembourg, Enreg. cons. prov., vol. I, fol. 196.

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