‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 7 sur 102 · ÉTYMOLOGIE · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIE

Voici ce que répond le Père Bonaventure :

Le Père Bertholet veut-il nier qu'il y eut autrefois à Arlon un autel de la lune? — On lai opposeroit d'abord son propre sentiment ; 4» vol urne page 21, il dit : • Je ne trouve pas que le Luxembourg ait adoré d'autres dieux que c Diane. On vénéroit cette déesse à Arlon, à Bollendorff, à Dînant, à Malmedy, c à Trêves. Entre Yvoix et Virton étoit érigée une statue monstrueuse de cette c idole que Saint Walfroy renversa. Diane étoit la divinité spéciale de la forêt c d'Ardenne, et les Romains conservoient dans leur Pantbéon une de ses c statues en marbre avec cette inscription : Deanœ Arduinœ (4).>

Le Père Bonaventure cite ensuite les écrivains et les géographes qui sont du même sentiment que lui.

D'abord Bertels : c Arlon tire son nom de l'autel que, autrefois dans cet endroit, les habitants, poussés par une superstition payenne, avaient élevé à la lune et sur lequel ils offraient des sacrifices comme à une divinité. — Au surplus, je trouve probable que le temple élevé à la lune à Arlon, fut le plus célèbre de tous les simulacres érigés du temps de la gentilité et qui étaient multipliés dans la contrée. Les peuples venant de loin y accouraient en foule pour y adorer la lune avec des cérémonies idolâtres (2).

L'opinion de Bertels est suivie par de nombreux auteurs désignés par le Père Bonaventure (3).

(i) Dans sa dissertation sur les antiques d' Arlon, le Père Bertholet avait dit aussi : « Quoiqu'il soit constant que Diane ait été la divinité propre d* Arlon, ainsi que delà forêt d'Ardenne, on ne peut pas néanmoins se persuader que l'autel en question ait été l'autel de la lune. »

(a) Arlunuro quod ab Ara Lunœ gentili superstitione olim eo loco ab incolis terra positâ, in quâ sideri isti lanquam numini alicui divino sacrificium ofîcrcbant, nomen duxit. — Geterum probabile ezistimo fanum boc Lunas omnium suo tempore gentili tatis simulacrorum, que per circuitum valde erant frequentia fuisse celeberrimum. Quo etiam a longinquo populi ad lunam rîtu idolatrico colendam, conflucre catervatim assolebant (Bertelius, p. 147 et i48).

(3) Voici les auteurs cités :

Description des Pays Bas, Anvers i58a, p. 455, par Louis Guicbardin : « Arlon, qui est une autre ville du duché de Luxembourg, signifie en latin Aralunae, c'est-à-dire l'autel de la lune, sur lequel est un temple consacré à Diane : on luisacrifioit avec honneur

et respect Arlon est situé sur la croupe d'une montagne où l'on adoroit la lune

et de là d'un vocable corrompu, au lieu de dire Aralunae on a donné nom à celui-cy Arlon. »

Le dictionnaire de Moreri parle d' Arlon comme il suit : on croit que le nom de cette ville vient de ce que du tems du paganisme, il y avait un temple avec un autel que les Tréviriens avaient consacré à la lune, Aralunae, d'où est venu par corruption Arlun

Après avoir cité ces autorités, le P. Bonaventure entre dans la discussion :

c Le P. Bertholet soutient que les temples n'existoient que dans les villes et les localités importantes et qu'Arlon n'étoil qu'un simple village. — Mais selon la doctrine des antiquaires, il y a eu des temples du paganisme sur les grands chemins, sur les montagnes, sur les bords des fleuves, dans les champs et ailleurs que dans les villes.

c Arlon étoit d'ailleurs un vicus, ce qui dénote quelque chose de considérable, et ce que prouvent les nombreux débris antiques découverts à Arlon, tant avant 1671 qu'à cette époque delà démolition des remparts de la forteresse. Parmi les pierres tumulaires, on a trouvé des architectures, des frises, des colonnes, des pierres ornementées de différentes dimensions et en abondance. Tout cela n'appartenoit pas à des tombes, mais anoonçoit une construction importante, un édifice majestueux, un temple. »

Arrivant à l'explication $Orolaunumy le P. Bonaventure poursuit ainsi :

c Orolaunum est un mot dérivé du grec et signifie en cette langue la même chose qu' Aralunœ.

c Suivant Calepin, dictionnaire des racines grecques et latines, Ara vient d'un mot grec qui signifie : Je prie. Quod est Oro, quod in sacrificando oretur. (Calepin V. Ara).

ou Arloi. Antonin l'appelle Orolaunum et d'autres Arlonum. » Il cite ensuite Valère, Guichardin, Andres et Metel. Bourgn. Geogr. hist Andrit et Géog. tome 2.

L'auteur de l'ouvrage intitulé les Délices des Pays-Bas, imprimé à Bruxelles, dit en parlant d'Àrlon « qu'anciennement on y adoroit la lune; que du tems des Romains, on ne connnissoitdausces provinces que la religion payeune ; que ces anciens payens adoroient la Lune sous la figure d'une femme élevée sur un pied d 'estai, ayant des souliers pointus, une robe fort courte, un chaperon à oreilles et tenant la lune dans ses mains. Elle étoit, dit-il, particulièrement honorée des bateliers, des pécheurs et généralement de tous les voyageurs de mer qui la tenoient pour leur déesse. »

Gérard Me rcator, dans son atlas, lit. Luxemb. et Trêves, dit : » Arlun ou Arlon est une assez belle ville sur la cime d'une montagne, que Ton croit tirer son nom de la Lune adorée autrefois par les payens dans ce même endroit, où ils sacrifioient avec beaucoup de religion à cette divinité. »

Le Dictionnaire théologique, historique et poétique de Jaigné Brouissinière : « Arlon ville du Duché de Luxembourg et ainsi dit quasi Ara Lunae à cause d'un autel dédié a la Lune. »

Frédéric Weiskoll, Abrégé de la description des 17 provinces des Pays-Bast Art. 3, du Duché de Luxembourg, page i5o, imprimé en Allemand à Nuremberg, 1672, dit : Arlun ou Arlon est une ville située sur une montagne à 5 lieues de Luxembourg, laquelle, selon l'opinion commune, tire son nom $ Ara lunae, & cause que les premiers habitants y adoroient la lune et lui a voient dressé un autel, mais la foy de Jésus-Christ y ayant été reçue, cet autel fut démoli et on y édifia une chapelle & l'honneur de S t. ~ Biaise. »

ÉTTMOLOGIE. 9*

c De sorte qu'Oro venant du grec, signifie proprement autel et par conséquent la même cbose qu'ira.

c Quant à Launum, il faut savoir que les anciens Gaulois, qui étoient allemands d'origine, ne prononçoient pas la lettre u sur le pied du françois de nos jours, ainsi que faisoient aussi les Romains, et disoient launa au lieu de luna.

c Ainsi Orolaunum, par son étymologie, signifie autel de la lune.

c La langue des Gaulois étoit un jargon partie tudesque, partie gaulois, partie latin. Leur langage primitif, qui pouvoit être l'allemand pur, a été modifié par les relations et le commerce avec leurs voisins ; de sorte que, à l'arrivée de César, dans les Gaules, le langage admettoit du gaulois, de l'allemand, du latin.

c Les Tréviriens, en fondant Àrlon et son temple, ont pu lui donner un nom dérivé du latin. Les principaux d'entre eux entendoient assez de latin pour savoir qu'ara lunœ signifie autel de la lune. >

c La tradition qui veut qu' Arlon, Arlun, Arlunum, vienne d'Ara lunœ, n'est donc pas fondée sur un bruit populaire et récent ; elle est aussi ancienne que le nom à'ArUm et a passé de siècle en siècle jusqu'à nous sans variation, i

Telles sont les pièces du débat. Examinons-les.

La prétention qu'il y ait eu à Arlon anciennement un temple et une idole de la Lune, que ce temple ait été détruit et les débris jetés dans la montagne, lors de rétablissement de la Foi, et que par suite la ville ait été appelée Araluna, parait surtout avoir été mise en avant par l'abbé Bertels.

L'autorité de Bertels, sur ce point, laisserait beaucoup à désirer, pareeque, dans ses étymologies, il place un Olympe tout entier dans le Luxembourg (1).

Son autorité se trouve par là beaucoup affaiblie.

Quant aux auteurs cités par le Père Bonaventure, ils ne peuvent exercer d'influence ; car il est évident que, en rappelant la tradition arlonnaise, ils se sont eopiés successivement, sans donner aucune preuve nouvelle : ils ont rapporté un sentiment commun ; ce n'est pas le cas de compter les auteurs, mais de les peser.

(1) La Lune à Arlon Ara lunœ.

Phœbus à Luxembourg Lucis bnrgum.

Dido à Dîekirch Dide Kirch.

Apollon à Soleuvre Solis delubrium.

Jupiter à Yvoix Jovis templum.

Mars à Marville Martis villa.

Mercure à Montmédy Mercurii mons.

Mars a Marche Martis fanum.

Mercure à Marcourt Mercurii curia.

Jupiter à Virton Vir tonans.

10 HtSTQHB fe'AttON.

Sériels n'est pas le seul auteur apeien qui se soit occupé d'Àrlon, de son origine, de son étymologie. Nous lisons ce qui suit dans le manuscrit de Wilhelm Wiltkeimy intitulé Disqumtiones, lib. 2, cap. XI, § i :

c Orolaunum ou Orolaunum, comme ie dii Scrieckius Geogra. lnd. /, sa»s doute par suite d'une transcription fautive, est pris, suivant Orleliu*> in thetanro Geogr. pour Arlauna ou Aralauna, afin d'arriver à Aralunœ, comme l'appellent les écrivains de notre temps, parceque, dans le même itinéraire d'Àntooin, oq trouve Alouna qu'il croit être le même qu' Orolaunum. Quoi qu'il en soit de ces doutes divers sur un nom, il est certain pour nous que le nom le plus récent de Orolaunum désigne Arlon. Depuis, Lupus, qui vers 900 écrivait la vie de Saint-Maximiu, mentionne le castellum d'Arelonis, ou comme le veut une leçon corrigée, Arlonis. Également dans le partage de Louis et de Charles, rapporté par Pithou in chariâpost Nilh. hist., de l'année 870, on lit ArUm^ absolument comme les français le disent aujourd'hui. >

iScrieckius, au lieu cité, pense qu' Arlon vient d'anciens mots celtes our-hol- <m, c'est-à-dire ulterior cavilas propinqua, en français, la proche creuseté ultérieure; mais cette étymologie ne me plaît nullement, puisque Arlon est sur une montagne qui ne présente nulle pari de trou ni de cavité (1). »

Le Cantatorium de Saint-Hubert écrit Areleonis castellum.

Au surplus, ainsi qu'on le verra plus loin, on lit dans une charte de 1175 : Petrus de Aralunae, et dans une autre charte de 1182: Waltçrus de Arâlunâ.

L'abbé BerteU n'est donc pas l'inventeur de Vara lunae, l'autel de la lune, pour désigner Arlon.

Quoi qu'il en soit, afin d'appuyer l'opinion de BerteU et de ceux qui ont suivi son sentiment, il faudrait, ce me semble, établir deux choses :

Que très-anciennement on adorait à Arlon la lune, Lunam ;

Que Luna ou Diana y avait un temple et un autel.

(i) Orolaunum seu Orolannum, ut legit Scrieckius. Geogra lnd. corruptâ forte scriptîone suppositum, Orlelius, in thesauro Geogr. pro Arlauna seu Aralauna, ad hoc ut fiât Ara lunae, prout hodie ab liujus œvi scriptoribus nominalur, facitrem probabilem,quod in eodem Antonini itinerario inuent Alounam quam eu m Orolauno hodiernum esse Arlunum non ambigimus, unde et Lupus, qui ante annos 900 circiter vitam S. Maximini couscripsît illud in vita S. Maximini • apud Jurium castellum d'Arelonis seu, nt emendata habet lectio, Arlonis vocal: in portionibus quoque Ludovici et Caroli apud Pithonem in charta post Nitâ : hist. anno C. 870 dicîtur Arlon, plane ut a Gallis hodie. Scrieckius, /. cit. dictum putat Celtis prise is our-hol-av, id est ulterior cavitas propinqua, gai lice : la proche creuseté ultérieure, sed omnino non place t, cum Arlunum in colle sit, et nullum patiatur hiatum, aut cavîtatem {Wilh. Wiltheim, disquisitiones lia. a, cap. XZ.)

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